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mardi 20 octobre 2020

Conflit du Haut-Karabakh : comprendre pourquoi par Caroline Galactéros n°4993 14e année

 « C’est de nouveau la guerre, les souffrances indicibles, la vanité des sentiments et des attachements réduits en poudre, les morts pour rien, les destructions jubilatoires des ouvrages humains patiemment édifiés, la mise en pièces gratuite de l’ordinaire existence de la population courageuse de cette enclave forestière superbe depuis si longtemps entre deux eaux qu’elle avait fini par croire en la permanence du provisoire. Les pauvres gens inoffensifs pris au piège de la violence et de la bêtise du monde, se posent toujours les mêmes questions apparemment légitimes : Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Pourquoi maintenant ? et surtout :  pourquoi tout le monde s’en f… ?

Convoquer le génocide arménien, les amitiés indéfectibles et les trahisons opportunistes ne sert de rien. La guerre n’est ici pas faite pour ça. Et si on ne concentre son regard que sur le Nagorny Karabagh, confetti d’empire disputé, prisonnier des injonctions contradictoires du droit international sur l’autodétermination des peuples et le respect de l’intégrité territoriale des Etats, on ne peut voir ce qui ne se joue ni l’ampleur de la manœuvre qui se déploie. 

Si on veut tenter un diagnostic lucide, un premier pas consiste à comprendre que Bakou et Ankara veulent faire disparaître cette verrue récalcitrante sous leur botte conquérante avant d’unir leurs deux Etats et d’affermir leur emprise sur les républiques turcophones d’Asie centrale. Il s’agit d’équilibrer leur rapport de force avec Moscou – et même, soyons fous, disposer d’un outil de plus pour déstabiliser l’Europe si elle ne rendait pas assez gorge via le chantage migratoire. 

Mais c’est encore l’écume des choses. Le jeu est bien plus vaste. Il est en fait planétaire et se joue en simultané sur tous les continents. L’objectif tactique de la réouverture du front arméno-azéri pour pousser Moscou voire Téhéran à réagir et les faire s’embourber dans la zone semble peu accessible. Moscou ne devrait pas tomber dans le piège ni s’impliquer militairement, en dépit de son accord de défense avec Erevan et de ses quelques forces prépositionnées. La Russie parviendra sans doute à étouffer pour quelques temps encore ce surgeon sud caucasien de l’offensive globale menée contre elle et au-delà d’elle. Ainsi, peut-être les pourparlers actuels sous égide russe aboutiront-ils à une trêve qui sera applaudie mais signera non la fin, mais le début d’une onde de choc. Car ce qui se passe n’est qu’un test… et un début. Le début d’une manœuvre enveloppante infiniment plus vaste, dont la cible est le nouvel « Axe du Mal » d’une Amérique en discrédit moral et politique aggravé et qui ne connaît qu’une posture : la fuite en avant. »

La suite ci-dessous :

https://geopragma.fr/conflit-du-haut-karabakh-comprendre-pourquoi/



Jean Vinatier

Seriatim 2020



mardi 6 octobre 2020

Erdogan : toupie cherche axe….. ? N°4978 14e année

La Turquie d’Erdogan ne cesse pas de faire parler d’elle : en Libye, en Syrie, face à la Grèce et maintenant dans le Caucase.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Erdogan, nous avons une rupture consommée avec le kémalisme plutôt neutre en matière de politique étrangère et l’essai de mettre en place de nouveaux axes géostratégiques tant religieux que turcophones (panturquisme), migrants et expansionnistes. Y-arrive-t-il ?

La Turquie puissance fondatrice de l’OTAN à l’immense avantage d’être géographiquement incontournable pour les Russes, les Américains, les Européens. Ce qui avait constitué un handicap pour les Ottomans deviendrait-il sous cette présidence une force de frappe ?

Cet été, la Turquie a débarqué en Libye puis a taquiné Grecs et Chypriotes et rejouer la carte du « lâcher de migrants » vers l’Union européenne pour immobiliser l’Allemagne. Emmanuel Macron, en quête de postures et de discours prométhéens, a su, il est vrai, tirer à son avantage, le flottement américain, prisonnier de sa singulière campagne présidentielle, pour jouer des coudes. Il est exact aussi que le seul fait d’assurer une présence navale même modeste au côté de celle hellénique a incliné Ankara à temporiser. A l’inverse du Groupe Mars qui publie un article dans la Tribune où il voit une ambition française, je crois qu’il s’agit, hélas, plus d’un mouvement de menton présidentiel que de la mise sur orbite d’un axe stratégique français mal remis de son échec en Syrie et qui vient de connaître une déconvenue au Liban.

Cela étant dit, la Turquie se tourne maintenant vers le Caucase : est-ce pour gommer sa reculade méditerranéenne ? Pas impossible. En alimentant un conflit régional, celui entre l’Azerbaïdjan (chiite) et l’Arménie via le Haut Karabach, Ankara prouverait-elle son capital de nuisance ?

Regardons en face la Turquie d’Erdogan : depuis sa présidence, lui qui plaide pour l’union des turcophones : a-t-il initié une sorte de marché commun ? Non. Lui qui rêve de califat, se croit-il en mesure d’aboutir ? Il s’imagine un califat du temps de l’époque ottomane plus simple à garder alors, tandis qu’aujourd’hui, y parvenir nécessiterait de convaincre des peuples musulmans sunnites aussi divers que les Indonésiens, les Ouighours, les Afghans, les Arabes, les Kurdes, les arabo-berbères du Maghreb, les peuples d’Afrique noire, Européens (des millions de sunnites)…..etc.

La Turquie n’est-elle pas une toupie avec un mouvement de faux ? Le Président Erdogan a une ambition exacerbée depuis la tentative du coup d’Etat de juillet 2016. Il essaie d’avancer des pions tantôt avec l’appui américain, tantôt avec celui russe, tantôt  jouant l’un contre l’autre, se faufile entre des divisions européennes  et orientales mais au final où arrive-t-il sinon à des impasses ?

Sur le papier avec une armée turque, une des plus puissantes au monde, Erdogan, pourrait facilement mettre le siège devant Vienne tant l’Union européenne est démobilisée militairement (sauf la France) : et après ? Le gros problème d’Erdogan est l’importance accordée aux chimères, de négliger sa relative puissance économique, de raviver des comportements génocidaires des Jeunes turcs (frères Pacha dont l’un finit dans la neige caucasienne), de se montrer incapable de favoriser des axes communs turcophones : comme je l’évoquais au début de cet article, mettre sur pied un marché commun lui permettrait de se poser en acteur face, par exemple, à la Chine ? Il y a chez cet actuel Président turc des discours, des actes mais point de routes, il est une toupie en quête d’axe stabilisateur.

Ce mélange de califat et de panturquisme (historiquement plutôt laïc) aura du mal à prendre à moins que les divisions en Europe, que les acteurs majeurs comme la Russie, les Etats-Unis connaissent des crises intérieures considérables. 

 Pour l’heure, ces mêmes puissances pourraient-elles borner l’actuel chef de la Turquie?

 

Jean Vinatier

Seriatim 2020