Hier, les bourses chutaient car la Russie devait
envahir l’Ukraine à tout moment. Au Burkina-Faso le Président a été arrêté et
Barkhane a fait face à une attaque (1 mort, 9 blessés). Dans les deux cas, face
à des situations qui se dégradent, ce qui prédomine est le silence européen qui
est également français puisque Emmanuel Macron préside le conseil de l’Union.
Depuis le début des échanges, des menaces et
gesticulations de part et d’autre, seuls Poutine et Biden se mesurent quand ils
ne laissent pas la place à Sergeï Lavrov et Victoria Nuland, très célèbre
depuis 2014 pour son « Fuck the EU » pour rassurer et suivre une
trame qui pourrait être ; retiens-moi où je fais un malheur ! A ce
niveau-là, point d’Europe et de France.
D’habitude Emmanuel Macron se montre plus vif, se
plait à frôler le matamore quitte à heurter ses partenaires. La réserve
présidentielle marquerait-elle une incapacité d’action pour la France ?
Ainsi au Sahel, nous savons que malheureusement notre pays ne peut plus bouger
sans l’aval de la CIA et que le Mali devient de plus en plus un rond-point
sino-russe. Les derniers événements intervenus au Burkina-Faso ne sont pas de
nature à détendre l’Élysée. Si Barkhane (bientôt Takuba) a bien prévu de faire
du Tchad un glacis, cela ne permettra à la France que de constater l’effondrement
des pays sahéliens gangrénés par les djihadistes, les conflits entre nomades et
sédentaires, les influences entre clans. La France se retrouverait dans une
situation délicate, ne pouvant bouger qu’avec l’aval de Washington, avec une
Russie en embuscade et un Sahel qui parce qu’il se déliterait contraindrait nos
soldats à y demeurer pour leur plus grand risque. Au jeu d’échecs, on citerait
ou le gambit et/ou le pat.
En Ukraine, Emmanuel Macron a surpris son monde en
affirmant que la France était prête à envoyer des troupes en Roumanie ce qui ou
affola ou surprit Bucarest parce que Moscou n’a jamais manifesté d’intention
belliqueuse même si la Transnistrie y accueille une division. Pour l’heure des
soldats français s’entrainent à la guerre contre la Russie aux côtés des Etats
baltes. Le grand discours européen du Président a fait l’impasse quasiment sur
la question ukrainienne se limitant aux refrains réguliers : discuter avec
Moscou tout en usant du bâton. Pourquoi Emmanuel Macron est-il aussi
circonspect ? Les avions otaniens volent au-dessus de sa tête. Son silence
n’est-il pas la preuve qu’il n’a aucune prise sur les tractations en cours, ni
la Russie, ni les États-Unis ne demandant un tiers parti. Ajoutons que
l’Allemagne n’encourage pas le Président français, Berlin jouant sa propre
partition en Ukraine au point de provoquer l’ire de Kiev.
Vladimir Poutine espère terminer cette crise
ukrainienne par la reconnaissance américaine du statut russe de grande
puissance laquelle aurait la garantie écrite d’une aire territoriale en quelque
sorte finlandisée depuis les pays Baltes jusqu’à la Géorgie. Pour le Kremlin,
il faudrait aussi indiquer à Pékin que cette nouvelle place pourrait servir à
apaiser les inévitables tensions entre la Chine et les États-Unis, faisant de
la Russie également une grande puissance côté asiatique. C’est un billard à
trois bandes délicat à mener. Mais la Russie immense pays, faiblement peuplé
(147 millions), fragile économiquement, fait le pari d’être incontournable tant
en Asie qu’en Europe car elle n’a pas le choix. Elle opte pour la grandeur car
si elle s’inclinait, elle aurait tout à craindre d’une scénario à la
Yougoslave. La Russie ose ce jeu estimant la situation intérieure américaine
dégradée, l’approche des mid-terms favorisant le face à face des antagonismes.
Pour Joe Biden, même s’il y a deux millions d’ukrainiens sur son sol, l’Ukraine
ne fédère pas les États-Unis à l’inverse de la Chine passée soudainement
d’atelier du monde, à l’enfer contre le monde…En un mot, pourquoi la Russie qui
ne tient pas à envahir l’Ukraine et les États-Unis qui se tournent contre la
Chine n’entreprendraient-ils pas la désescalade ? L’Ukraine est blette,
inutile de se presser, le fruit tombera pour la plus grande convenance de l’Allemagne
qui a assuré aux États-Unis que jamais il n’y aurait de défense européenne et aussi
de la Russie qui aurait la garantie d’influence.
Dans ce grand jeu, Emmanuel Macron est dépassé tout
comme Bruxelles. La proposition française d’une désescalade proposée à la
Russie ne trompe pas. D’abord parce que l’escalade est très largement
venue de l’ensemble euro-américain, la Russie se contentant d’y répondre sans
jamais aller au-delà ; ensuite l’Union européenne n’étant conviée à aucun
rôle décisif et quand elle le fait, c’est avec l’aval de Washington, la
désescalade proposée par la France n’a aucune consistance. Évidemment qu’Emmanuel
Macron aurait aimé que dans la lignée de ses discours pro-européens l’affaire
ukrainienne exprima cette émergence souveraine européenne mais faute de cela,
il court derrière la trame écrite par Biden et Poutine.
Qu’il s’agisse du Sahel, qu’il s’agisse de l’Ukraine,
Emmanuel Macron voit sa présidence française du Conseil de l’Union européenne
malencontreusement embourbée ne parvenant pas tant en Afrique qu’en Ukraine à
placer l’Europe au centre lui facilitant, alors, son entrée en campagne, de dire
aux Français que l’Europe chez eux était synonyme de nouvelle force.
A suivre……
Jean Vinatier
Seriatim 2022