« Les auteurs dressent un tableau
documenté de la situation en mer Rouge puis dans l’océan Indien. Ils étudient
ensuite les possibles liens de causalité entre les attaques Houthis en mer
Rouge et le renouveau des attaques pirates dans l’océan Indien. Ce qui
illustre, sur fond de guerre à Gaza, dans l’interdépendance terre / mer, le
chaos des échelles et l’interconnexion des crises du temps présent. Deux cartes
inédites illustrent cet article.
LES
IMPLICATIONS maritimes de l’attaque du Hamas le 7 octobre
2023 ne se sont manifestées qu’après plusieurs
semaines de conflit. Afin d’analyser l’état de la menace selon les zones
considérées, un bref point de situation semble nécessaire, la guerre qui oppose
le Hamas et Tsahal étant la cause de l’extension du conflit actuel en mer Rouge.
Effectivement, d’après leur discours officiel, les Houthis continueront leurs
actions à l’encontre des navires qui transitent dans la zone tant que les
opérations israéliennes se poursuivent à Gaza. Si l’objectif est de porter
atteinte aux intérêts israéliens, Israël et sa façade maritime en Méditerranée
orientale sont pourtant restés relativement épargnés sur le plan maritime [1].
Toutefois, avec l’entrée des Houthis dans la
guerre, le conflit a changé d’échelle géographique, basculant d’une
dimension régionale à une logique mondiale, en menaçant directement les
navires transitant en mer Rouge, entre le détroit de Bab el-Mandeb [2] et le
canal de Suez, deux seuils stratégiques indispensables à la libre circulation
d’une économie mondialisée et maritimisée, et par lesquels transitent 30 %
du volume de conteneurs (15 % du commerce mondial). Parmi ces premières
victimes collatérales figurent le canal de Suez, qui a annoncé une chute de
près de 50 % de ses recettes et 37 % du nombre de passages. La
plupart des armateurs, au premier rang desquels figurent MSC, Maersk ou la
CMA-CGM, préfèrent contourner la mer Rouge par le cap de Bonne Espérance, soit
un détour de 6 000 km impliquant une hausse conséquente des tarifs de fret.
La géopolitique ayant horreur du vide, l’appel
d’air opérationnel et médiatique créé par le conflit en mer Rouge a délaissé
l’océan Indien, où les pirates sévissent de nouveau depuis fin novembre 2023.
En dressant un tableau général de la situation
en mer Rouge (première partie) et dans l’océan Indien (seconde partie),
l’objectif de cet article sera, notamment, d’étudier les potentiels liens de
causalité entre les attaques Houthis en mer Rouge et les attaques pirates dans
l’océan Indien.
Une fois les espaces géographiques délimités,
il convient d’identifier le type d’acteurs et de menaces auxquelles les navires
civils et bâtiments militaires déployés sur zone sont exposés. Ainsi, il est
important de distinguer les attaques Houthis [3], groupe
insurgé paramilitaire pro iranien motivé par des objectifs politiques,
stratégiques, symboliques et médiatiques visant les intérêts israéliens et
leurs alliés, des attaques pirates - dont le mode opératoire diffère grandement
- motivés par l’appât du gain, et recherchant le ratio gain/risque le
plus favorable possible. Les groupes terroristes jouent dans cette équation un
rôle différent. Le groupe qaïdiste Al-Shebbab assure un rôle de soutien
indirect aux groupes pirates en Somalie. Alors que le chef des rebelles
Houthis, Abdul-Malik al-Houthi avait annoncé mi-mars 2024 son intention
d’étendre ses attaques vers l’océan Indien, donc dans une zone proche des zones
de piraterie, ces distinctions sont d’autant plus importantes. »
La suite ci-dessous :
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Jean
Vinatier
Seriatim2024