Les manifestations d’hier ont confirmé la montée en puissance, au milieu
des congés estivaux, de la colère contre l’instauration du passe sanitaire.
Remarquons d’entrée, que les défilés ne donnèrent lieu à aucun pillage ou destruction
de devantures et que les cortèges rassemblèrent des Français d’univers aussi
opposés que le chrétien traditionaliste et le militant NPA : certains
manifestants en firent la remarque, en notèrent l’étrangeté tout en s’en
accommodant très bien. Ce constat pour souligner que le spectre contestataire
envers l’instauration d’un passe sanitaire commence à cheminer du haut en bas
et de droite à gauche de la société française, un courant électrique encore très
hétérogène et pas encore intellectualisé mais qui se montre, ne se cache plus.
Le passe sanitaire s’inscrit
dans la logique et la suite des lois sécuritaires votées, notamment, depuis le
quinquennat d’Emmanuel Macron avec pour principal effet, la fin de l’anonymat :
pour aller prendre un café, un verre, manger, vous devrez afficher votre identité.
Les cafetiers, bistrotiers, restaurateurs, pour ne retenir que ce secteur,
sauront tout de leur clientèle, trouvant là, pour certains d’entre eux, une
source nouvelle de profit. Autrefois, les hôteliers demandaient le passeport,
obligeaient le client à remplir un cahier avec les noms et adresse, nous assistons
à son retour élargi à d’autres secteurs. Il n’y a pas si longtemps, l’État obligeait
les gens du voyage à avoir un passeport intérieur supprimé seulement en 2016 et
qui réapparait aujourd’hui sous un autre nom.
La caractéristique générale du
passeport sanitaire est la fin de l’anonymat, de l’accès aux soins contrevenant à des siècles
d’hospitalité comme l’est le sauvetage en mer (demain il faudra brandir un
passe sanitaire pour être secouru ?), du secret médical ne choquant
absolument pas le corps médical étonnamment muet sur un objet fondamental qui établissait
la même confiance qu’entre un confessé et son confesseur : désormais, une
société comme Otentik disposera d’une montagne de données qui rapporteront des
centaines de millions d’euros et plus. Ce transfert et ce lien malsain entre l’État
et des sociétés privées abolit la liberté fondamentale pour un homme qu’est l’anonymat.
D’ici deux ans, la BCE mettra en service l’euro numérique, qui aura pour but de
tarir l’argent liquide, autre moyen d’être anodin et anonyme dans ses parcours
et désirs quotidiens.
A cette fin de l’anonymat qui ne
révolte pas les jeunes, des moutons sur trottinette, se greffe le risque de
perdre son emploi si via la vaccination, on n’obtient pas le passe sanitaire.
Sur ce point, le gouvernement indispose le monde de l’entreprise qui y voit une
source d’embarras, de disputes et de perte de temps. Sans doute, le Conseil
constitutionnel invalidera la loi votée par le Parlement, désamorçant un point très
important de coalition des colères dont celles des libéraux, jusqu’à présent un
soutien sans faille à Emmanuel Macron.
Le 5 août sera donc intéressant
selon que le Conseil constitutionnel modifiera à la marge la loi ou bien l’invalidera.
De là dépendront les vigueurs des prochaines semaines. Mais même si le Conseil se
contentait de corrections périphériques, se poserait toujours la question, de l’anonymat
et de la liberté de choix. Quand la IIIe République rendit obligatoire la
vaccination des enfants, elle n’y adjoignit aucune sanction, de même tout
récemment quand on décida un nouveau paquet de onze vaccins, le gouvernement ne
l’assortit d’aucune punition ou menace. Il y a donc une nouveauté dangereuse à
stigmatiser le citoyen qui choisit ne pas se faire vacciner : le pouvoir
allant très loin, en dispensant les adolescents d’avoir l’autorisation
parentale. A la stigmatisation s’ajoute la division des familles au sens large
et l’affaiblissement de la fonction parentale au profit de lois coercitives et
punitives. Le gouvernement accentue sa pression en alimentant les publicités
sur la contagiosité du variant delta sans dire sur sa létalité : les hospitalisés,
ont moins de soixante ans, ne sont pas vaccinés…etc. Désormais, dans les rues,
les gens s’effraient eux-mêmes. Il n’y a pas si longtemps, on se rentrait
dedans, désormais, on se plaque contre le mur pour laisser passer, le masqué
fixant furieusement le non masqué. Climat délétère et délation…en devenir.
Pour conclure, la violence de l’extension
du passe sanitaire cache la crainte gouvernementale de rétablir des confinements
généraux, d’assister à des hôpitaux submergés faute de lits que l’on continue à
réduire, alors pour convenir autant à des impératifs d’une doxa économique que
de poursuivre la domestication des masses via des policiers, des gendarmes non
vaccinés (musée Rolin à Autun) et des consortiums privés, la peur est leur politique du pire qui n’avoue
pas son nom. Mais bien plus loin, il y a une autre abdication plus tragique que
celle des corps intermédiaires et des élus, celle du spirituel, des églises chrétiennes, des
rabbins, des imams. Un silence qui n’interpelle personne. Le variant à bon dos
pour autoriser une telle démission du spirituel, du religieux, selon moi, aussi
gravissime que les attentats à l’anonymat et aux libertés humaines. Même l’église
ou le lieu de culte n’est plus hospitalier !
Jean
Vinatier
Seriatim
2021