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dimanche 22 juin 2025

Guerres du capital : Ils sacrifient les peuples à l’autel de leurs profits avec Annie Lacroix-Riz N°5721 19e année

 Annie Lacroix-Riz Professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université Paris 7. Ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée d'histoire. Auteur de nombreux ouvrages dont le dernier “Le choix de la défaite - 3e édition : Les élites françaises dans les années 1930” (Dunod), et dernièrement “Industriels et banquiers français sous l'Occupation” (Dunod) 

Jean Vinatier 

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samedi 13 avril 2024

L'histoire a-t-elle un avenir? L'humanité à l'heure du péril contre le vivant par Dominique Bourg N°5767 18e année

« Conférence du 21 mars 2022 donnée par Dominique Bourg, Professeur honoraire, Université de Lausanne et Johann Chapoutot, Professeur d’histoire contemporaine, Sorbonne Université.

Assistons-nous simultanément à la fin de la « fin de l’histoire » et au début de la fin du futur ? 

En cette période qui a vu la curieuse concomitance entre la parution du rapport complémentaire du GIEC et le déclenchement d’un conflit armé majeur au cœur de l’Europe, l’Université de Genève et l’Association des étudiant-es en développement durable vous convient à un dialogue en ouverture de la « Semaine de la durabilité 2022 ». 

Interroger le récit prométhéen, la notion d'anthropocène, ainsi que le moment particulier que nous vivons depuis les années 1970 avec les premières alertes argumentées et étayées à propos de la catastrophe environnementale en cours, sera au cœur de l’échange entre le philosophe Dominique Bourg et l’historien Johann Chapoutot. 

Est-il encore possible de faire coïncider le temps court de notre présence sur terre, le temps long de la nature et des civilisations et le temps géologique au sein d’un même récit ? » 

Jean Vinatier 

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dimanche 12 mars 2023

France : puissance indo-pacifique par Paco Milhiet N°5650 17e année

 

« La stratégie promue par la France place de facto les collectivités françaises de l’Indo-Pacifique à la confluence de projets géopolitiques concurrents. Pourquoi ? Cette passionnante conférence l’explique clairement, avec une carte fort utile. Dr. Paco Milhiet s’exprime en son nom propre. Il est enseignant-chercheur au Centre de recherche de l’École de l’air (CREA, école de l’air et de l’espace, Salon-de-Provence). Auteur de "Géopolitique de l’Indo-Pacifique", préface de Christian Lechervy, éd. Le Cavalier Bleu. » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

mercredi 22 février 2023

Ukraine : la Chine parle urbi et orbi N°5637 17e année

 

Le discours de Vladimir Poutine, la visite de Joe Biden à Kiev, avec la garantie sécuritaire de la Russie, et les propos ici et là qui avertissent les opinions publiques de la longueur du conflit précipitent la Chine sur le devant de la scène. Appelée à être une actrice pacifique, le gouvernement chinois répond en rappelant la solidité « en béton » de ses rapports avec la Russie !

Jusqu’alors, la discrétion chinoise apparaissait comme une période analytique des mouvements géopolitiques nés ou rendus apparents par le conflit russo-ukrainien. Les difficultés américaines à faire appliquer les sanctions par le Japon, la Corée illustrant sans doute que l’équipe Biden néo-conservatrice et russophobe au-delà de la raison n’avait pas du tout mesuré, en montant le piège ukrainien, l’étendue des ondes de choc.

Je me souviens que dans l’un des premiers Seriatim de l’après février 2022, j’écrivais que ce conflit modifierait en profondeur les rapports de force, précipiterait aussi l’Union européenne vers un véritable désastre, qu’il y avait, également, un côté « ancien régime » dans ce qui avait conduit via des acteurs étrangers à ce que Russes et Ukrainiens, si proches, s’entretuassent sauvagement.

Une grande question aujourd’hui turlupine justement l’Otan : la Chine livre-t-elle des armes ou en livrera-t-elle ? Il existe tellement de façons de faire parvenir des armes par des intermédiaires qu’il est bien difficile de se montrer affirmatif et puis au-delà de la caisse d’armes, il y a aussi les aides logistiques, technologiques qui l’équivalent.  Le fait même que la Chine dise et répète la qualité de ses rapports avec la Russie est en soi un propos armé.

Pourquoi la Chine choisit-elle ce moment pour se placer sur la ligne qu’épouse en réalité les 2/3 du monde ? Sans doute parce que les dirigeants de l’aire Atlantique (Union européenne/USA) évoquent le conflit long. Or dans le temps, qui de l’Asie ou de « l’Occident » tiendra le plus, qui a le plus besoin de l’autre ? Les interdépendances accélérées par les doctrines mondialistes ou globalistes font que chacun est plus ou moins en dépendance de l’autre. On peut même écrire que cette interdépendance a permis à l’Asie devenue l’atelier du monde de saisir tous les tenants de ce savoir « Occidental » dont leurs dirigeants ne voyaient dans ce continent qu’un bas coût horaire et des profits colossaux. Aujourd’hui, cette même Asie a ses propres outils, ses propres savoirs et surtout sa conscience de ce qu’elle est et de la dépendance dans laquelle se placerait l’aire Atlantique. Cela ne veut pas dire une entrée en guerre. Non, cela signifie que les Etats asiatiques depuis l’Orient jusqu’au Pacifique sauront être des routes puissantes à eux qui articuleront les rapports Atlantique Pacifique via l’Asie. L’axe Indopacifique voulu par les États-Unis verra sa construction parsemée d’autant d’embûches que de sourires trompeurs. Quoique que veuillent les États-Unis et derrière les États européens qui se verraient bien dans un nouveau néo-colonialisme, le monde est réticent à la prépotence d’un seul lui préférant les diversités, les axes multipolaires.

Face au conflit russo-ukrainien, nous retrouvons les illusions tragiques « de la guerre fraiche et joyeuse », la Russie en voulant opérer un contre-Maidan, l’aire Atlantique en pensant effondrer l’adversaire en quinze jours. C’est sans doute ce qu’observe l’Asie qui s’agace d’un bellicisme des anciens empires coloniaux, d’États-Unis persuadés que leur messianisme est la vrai monde. En cela, le nouveau monde se lèverait davantage au sud et à l’est tandis que l’ancien se coucherait lentement à l’ouest

Jean Vinatier

Seriatim 2023

samedi 11 février 2023

Zelensky…la trainée de poudre, « fatigue d’Ukraine » aux USA ? N°5630 17e année

 

La tournée en Europe du Président Zelensky impressionnait par le dispositif sécuritaire : 850 hommes à Paris, 9 avions militaires britanniques …etc. De l’autre côté de l’Atlantique, les fébrilités politiques ne cessent pas. Elles iront de manière ascendante jusqu’à la présidentielle de 2024. Des fébrilités que les médias français se gardent bien d’évoquer, qui taisent les auditions de tous les GAFAM et autres décideurs qui passent véritablement sur le grill du Congrès sans omettre les interventions du FBI ici et là….Bref, dans cette atmosphère arrive comme un cheveu sur la soupe, la résolution du jeune Républicain Matt Gaetz pour que cesse l’intervention américaine en Ukraine, elle est dite « fatigue d’Ukraine ». L’important n’est pas le succès ou l’insuccès de cette résolution mais de secouer le Congrès qui compte historiquement dans ses rangs une part de « non interventionnistes » appelés ici les « isolationnistes » eux-mêmes le reflet d’une partie des Américains, l’Amérique rurale et des petites villes. Autre fait, l’article du célèbre journaliste d’investigation Seymour Hersh sur le sabotage de North Stream par le gouvernement américain qui connait un succès sur les réseaux sociaux quand les grands médias le mettent sous le boisseau…En Europe, l’enquête sur ce sabotage est une enquête Corse : quelle enquête ?

Dans le conflit ukraino-russe, vous avez deux acteurs décisifs, un État, les États-Unis et un continent, l’Asie via des poids lourds (Chine, Inde, Iran, Turquie, Arabie Saoudite..etc). C’est pour cela qu’il faut bien observer les événements en Amérique, en Asie, là sont les clefs. L’Union européenne n’assure que « l’entertainment » belliqueux sur fond de tragédie ukrainienne sans être la maitresse d’œuvre mais la déléguée. Une exception, le Royaume-Uni post-brexit qui prévoit des avions de combat et des missiles, Harpoon, Storm Shadow, non bridés  dont l’impact serait plus rapide et plus fort que tous les discours autour des chars, lourds, lents à acheminer, chers en équipage mais avec ce danger d’empêcher Vladimir Poutine de poursuivre dans sa résilience, de reculer encore les lignes rouges…Bref arriverait le moment où à force d’escalade, on trébucherait…

S’installerait donc un décalage entre les États-Unis et l’Union européenne sur le dossier ukrainien. Pour les USA, l’Ukraine est un enjeux mais bien moindre que celui de l’Asie en général, de la Chine en particulier. Il leur sert à affaiblir la Russie et l’Union européenne, la première le sait, la seconde s’imagine de nouveau au balcon sans prendre garde, d’une part que plus le conflit durera, plus remonteront à la surface des revendications territoriales depuis la Finlande  jusqu’à la Roumanie, en passant bien évidemment par la Pologne qui a soif d’Ukraine, d’autre part, que les États-Unis pourraient tourner casaque…

J’avais écrit dans un Seriatim, qu’il fallait répondre à deux questions : qui a amené à l’invasion de l’Ukraine, qui a, désormais, intérêt, à la poursuite de cette guerre ? L’Ukraine, n’étant étymologiquement qu’une frontière bornant une aire géographique devenue Etat en 1991, est donc par définition autant que par son histoire, l’objet de réclamation par tous ses voisins immédiats (Pologne, Biélorussie, Russie, Slovaquie, Hongrie, Roumanie/Moldavie) avec en supplément le rêve allemand depuis Guillaume II et un zeste de nostalgie ottomane depuis Ankara. S’affiche donc la différence entre les vues froidement géostratégiques américaines et les antagonismes historiques en Europe : les USA raisonnent mondialement l’Europe régionalement. Bref, nous ne jouons pas dans la même cour d’école !!!

La résolution du Républicain Matt Gaetz « fatigue d’Ukraine » s’entend comme une remontée isolationniste au sujet d’un fait si loin, en Europe bien à l’inverse de la sinophobie, elle, parfaitement fédératrice aux États-Unis comme le fut en son temps celle envers le Japon. Cette résolution n’est pas une nouveauté, elle est intervenue à chaque fois que les États-Unis se disputaient le sens de la doctrine de Monroe (1823) et de la destinée manifeste  (1845) qui en était sa justification divine que certains virent comme prioritairement intérieure quand d’autres la jugèrent comme naturellement expansionniste. Or sur cette oscillation, la question asiatique actuellement chinoise est vue les Américains, de manière défensive : notre isolationnisme est menacé par Pékin et par conséquemment remet en cause la justesse de notre destinée manifeste. Tel n’est pas directement le cas pour l’Ukraine.

Dans les semaines à venir, nous verrons si la trainée de poudre ukrainienne exacerbera la fuite en avant bruxelloise (Kiev protégeant l’Europe de l’invasion russe) et si elle agrandira ou pas la « fatigue » aux USA à la veille de la campagne électorale pour 2024. Rappelons-nous, seulement, que Franklin Delano Roosevelt fit sa campagne de 1940 en s’appuyant sur la justesse de l’isolationnisme….

 

Sources :

https://seymourhersh.substack.com/p/how-america-took-out-the-nord-stream

https://gaetz.house.gov/sites/gaetz.house.gov/files/documents/Ukraine%20Fatigue%20Res.pdf

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

 

vendredi 9 septembre 2022

Elisabeth II : une image globale N°5890 16e année

 La modernité de la Reine défunte se fond dans l’image. La mise en public du souverain britannique ne date que de l’époque de la Reine Victoria, auparavant, les monarques vivaient hors de la vue de leurs sujets depuis Hampton Court. La présentation au public fut un choix politique au vu du discrédit des fils et successeurs de Georges III (Georges IV, Guillaume IV) et longtemps la reine Victoria regimba, surtout après le décès de son époux.

Georges V le disait au futur Édouard VIII, un roi ne peut plus se contenter de parader deux fois l’an, il lui faut être au milieu de son peuple et de savoir manier tous les outils de communication (dans les années 20 : radio, cinéma). Sur ce point la leçon est retenue avec cette conséquence qu’un monarque sans pouvoir exécutif réel peut par un geste, une attitude exprimer un courroux, une satisfaction agir sur l’opinion publique à la condition, toutefois, que l’institution royale ne soit pas abaissée. Sans doute Louis XIV qui avait parfaitement compris l’importance de sa publicité, au point d’y paraitre en danseur lors d’un carrousel, opinerait complétement. Au passage, c’est cette absence de « communication » qui affaissera ensuite la royauté française sous Louis XV et surtout Louis XVI auquel il aura aussi manqué « un communicant ».

Cela étant dit, il est tout de même assez exagéré de parler du règne d’Élisabeth II comme d’un siècle élisabéthain tel un clin d’œil à celui d’Élisabeth Ière, fille d’Henri VIII car alors le souverain était effectivement gouvernant autant que régnant : imprimer son siècle au point qu’il porte votre prénom suppose un ensemble que la défunte Reine n’a eu que par l’intermédiaire de l’image. Nous eûmes et nous vîmes une illusion de puissance qui s’insère bien dans notre monde liquide au point que l’amoindrissement du Royaume-Uni camouflé par son accrochage au char de l’empereur du Potomac passe pour un chemin agréable d’autant plus que s’y mêlent et entremêlent les souvenirs de la Seconde guerre mondiale que connut la future Reine (19 ans en mai 1945). L’on peut dire aussi qu’avec le sacre et le couronnement d’Élisabeth II au vu du monde débutaient une narration aux saisons renouvelables faisant de la royauté britannique un navire allant par tous les temps, donnant la magie d’être par-dessus les flots alors même que l’empire disparaissait avec toutes les majestés et ce splendide isolement si cher aux élites britanniques….

L’image globale de la royauté britannique fonctionne encore tant que l’Occident garde une maitrise du récit grâce aux seuls américains (softpower) lesquels ont également les institutions internationales sous leur férule comme on le vit dès le conflit ukrainien. Londres fait les images royales et Washington les actes géopolitiques. Il y a donc une certaine dureté dans ce partage des tâches et ce n’est pas pour rien que l’on ne trouve guère de trace de la bonté de la Reine : que fit-elle pour les Irlandais lors du mariage du futur Charles III ? Rien. Que fit-elle encore pour Julian Assange, sujet australien dont elle est la souveraine ? Rien. Qu’est-ce qu’un monarque qui n’use pas de sa grâce ? Rien.

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022