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vendredi 30 novembre 2007

Galileo : merci les vaches ! N°87 - 1ere année

Le salut du satellite européen, Galileo, est venu du plancher des vaches. Les Vingt-Sept ont finalement trouvé le financement public intégral dans le budget 2007 et 2008. Ce sont les sommes disponibles dans le budget agricole européen qui permettent ce premier résultat. Merci la PAC !
Le gâteau à distribuer sera divisé en six lots : satellites, lanceurs, logiciels, relais au sol, centres de contrôle, gestion de l'ensemble. Une entreprise chef de file chapeautera chacun d'eux. Les six lots du programme sont assortis de règles de non cumul (pas plus de deux par groupe) et d'obligations de sous-traitance (à hauteur de 40 %), afin de faire participer les PME européennes.
Jacques Barrot se passe les mains sur le front étonné, peut-être, de réussir in extremis au milieu de toutes les disputes des Etats de l’Union. Madrid a traîné jusqu’à ce jour en accusant le Portugal de ne pas respecter la régle de l’unanimité !
Le projet européen a accumulé plus de cinq ans de retard par rapport au calendrier initial, tandis que les Etats-Unis préparent une nouvelle génération de GPS aux capacités décuplés.
Sur le plan stratégique, il est temps. L'écart se creuse entre les Etats-Unis et l'Europe. Les Américains dépensent vingt fois plus pour le spatial militaire que les Vingt-Sept réunis. Dans la galaxie de l'espace militaire, la position de l'Europe s'apparente à celle d'un satellite en orbite basse assistant, impuissant, au passage d'une flotte spatiale américaine.Dans un premier temps, le financement de ce projet stratégique fut confié, pour complaire à la demande anglaise, à des entreprises privées (EADS, Thales, Inmarsat, Alcatel-Lucent, Finmeccanica, AENA, Hispasat et TeleOp). Ces dernières ne voulurent pas démarrer le projet avant que les fonds publics ne fussent rassemblés. Remarquons, au passage, la limite atteinte de la capacité d’investissement du secteur privé quant aux risques, à sa vision stratégique ! Les querelles internes entre les différents contractants, l’incapacité des autorités européennes de leur faire entendre raison, — et pour cause —
« tout cela a conduit, sans trop de tambour et avec des trompettes discrètes, à ce que EUObserver désigne comme un «virage à 180° sur le financement de Galileo» ; savoir, passage du privé au public pour ce financement, les Etats honnis, inefficaces et pervers, étant jugés tout de même plus dignes de confiance dans la pratique de la responsabilité, de l’évaluation stratégique et du respect des engagements. Galileo vaut bien une messe, — et quelle messe ! »¹
Le mérite final revient à Nicolas Sarkozy –saura-t-on comment il fonctionne ? – qui a poussé à la conclusion positive de ce projet stratégique presque fondateur d’une souveraineté européenne dans ce cas, mais qui doit beaucoup aux conceptions françaises en cette matière, « C’est un projet qui convient à l’idée absolument française d’Europe puissance »². L’Europe se ferait-elle par accident ? Les puissances de l’Union savent-elles ce qu’elles font en disant oui à Galileo ? On garde le doute. Mais, c’est fait et cela suffit à respirer un peu.
Galileo a fait la démonstration éclatante de la nécessaire existence des Etats-nations d’une part, de l’utilité manifeste, d’autre part, du financement public. Ce soir, Londres boude, Washington aussi. Tant mieux. La Chine, l’Inde, la Russie ont encouragé à la réalisation de Galileo. Les monarchies du Golfe sont loin de désapprouver ce résultat. Un signe ?


©copyright Jean Vinatier 2007

Sources :

1-Philippe Grasset in De defensa.org : « Galileo vaut bien une messe, — et quelle messe ! » 15 juillet 2007
2- ibid

Liens :

http://cirpes.net/article188.html
http://www.cnes.fr/web/860-galileo.php
http://www.touteleurope.fr/fr/union-europeenne-en-action/les-projets/les-grands-projets-europeens/galileo.html
http://www.lesechos.fr/info/aero/300222827.htm

http://seriatim1.blogspot.com/2007/10/galileo-cherche-leurope-et-leurope.html

jeudi 29 novembre 2007

Nicolas Sarkozy et les cités interdites N°86 - 1ere année

A peine descendu d’Elysée One, Nicolas Sarkozy s’est précipité au chevet des policiers blessés lors des événements de Villiers-le-Bel. Il bouillait bloqué en Chine de ne pouvoir déjà intervenir devant les caméras. Pendant deux jours, il avait contemplé la Cité interdite source du redoutable pouvoir impérial ; en France il est face aux cités interdites qui marqueraient les limites de son autorité.
Comme toujours, il fait le matamore ! Il promet que les tireurs iront devant les assises et ainsi de suite. Le feuilleton continue. Nous sommes dans la saison 2 de "
Sarkozy et les teci".
Le climat général est encore favorable au Président. Mais c’est tangent ! On se souvient qu’il était ministre de l’Intérieur pendant les émeutes de novembre 2005. On se souvient aussi qu’il martelait pendant la campagne présidentielle son souci de balayer la racaille. Que nous dira-t-il aujourd’hui ? Sylvain Lapoix de Marianne2.fr est laconique « Telle est la politique sarkozyste : des images de violence pour mobiliser le peuple devant sa télévision et, dans les hôpitaux, des hommages aux policiers blessés en service. » Bilan médiatique que ne reprend pas exactement le sociologue Charles Rojzman: « Le phénomène n'a fait que s'amplifier depuis deux ans. Le calme apparent est le fruit d'une double omerta : celle des habitants qui ont peur des représailles et celles des pouvoirs publics qui craignent le procès en incompétence. Dans les faits, cette violence s'exerce au quotidien sur les personnes qui vivent et travaillent dans certaines banlieues comme les gardiens d'immeuble, les employés municipaux, les militants associatifs, etc. »¹
Sommes-nous à la veille d’un Grenelle des banlieues ? Pour discuter, il faut être deux ou plus. Avec qui établir le dialogue dans les banlieues ? Les maires de ces villes sont sur un baril de poudre. Le conseil régional observe le silence. Les associations étant, pour certaines d’entre elles l’objet de la vindicte des jeunes gens des cités, ne peuvent garantir leur influence.
On n’ose pas admettre le très grand marché souterrain en activité dans ces villes entourant Paris. On y trouve de tout ! Depuis la drogue, les armes à feu jusqu’aux téléviseurs, ordinateurs et vêtements. Il devrait aussi exister des sortes de banques officieuses. Bref, nous avons à nos portes parisiennes –mais aussi autour des métropoles régionales - une anti-société prospère, dynamique et naturellement inquiétante.
Les gangs, les mafias pullulent dans ces "Banlieues 13"². Que fait l’Etat ? Est-il devant son ambiguïté ? Tous les habitants des banlieues ne sont pas des trafiquants mais tous sont englobés dans une image négative. Les meilleurs cherchent à s’échapper faute de trouver sur place du travail, de monter leurs entreprises. Les autres qui ne sont pas tous des mauvais vivent douloureusement. Le malheur veut que l’actuel exécutif ne considère pas le dossier des banlieues comme une priorité exception faite de l’exploitation médiatique de tel ou tel événement. Aux rodéos des jeunes répond le rodéo présidentiel. Nous tournons donc en rond.
Les conversations publiques à Paris font état d’impatiences. Certains parlent d’envoyer l’armée et surtout la Légion étrangère….Pourquoi pas l’OTAN ou une force onusienne ? S’il faut bien distinguer le côté fort en gueule du Monsieur « Ya qu’à » de l’observation froide de la situation, on entrevoit, cependant, le risque d’une tentation hautement explosive : clore policièrement et militairement certains quartiers de telle ou telle ville. Pour la com Elyséenne, on montrerait l’autorité de justice du chef de l’Etat et pour le grand public l’illusion que tout est calme. Les Michu seront-ils satisfaits ?
Les forces de l’ordre ont subi des tirs. 130 policiers ont été blessés à divers degrés. Dans son discours aux gendarmes, Nicolas Sarkozy a, une fois de plus, succombé, à la facilité du langage quasi militaire. Fort bien. Il compte visiblement sur le récit filmé qu’il en fera pour passer à un autre sujet. Dangereuse méthode !
Le passage de la banlieue champêtre à la cité interdite est une défaite, une image négative pour l’état de droit et notre société. Donner le sentiment que le rapport de force répond de tout balance hors de toute raison une politique censée vis à vis de nos banlieues. Il faut protester énergiquement contre le ghetto. La France n’a pas d’un côté des villes touristiques et marchandes et de l’autre des cités interdites. En laisser entrevoir la possibilité est une erreur politique.

©copyright Jean Vinatier 2007

Sources :
1-voir Marianne 2.fr
2- Allusion au film culte de Luc Besson sorti en 2004, Banlieue13.

mercredi 28 novembre 2007

La Géorgie : à l’ouest de l’Asie, à l’est de l’Europe... N°85 - 1ere année

« Lieu de refuge comme toutes les chaînes de montagnes, le Caucase est habité par une multitude de peuples, petits ou grands, modestes ou glorieux, anciens ou nouveaux, proches ou éloignés les uns des autres par la langue, la culture, la religion –ils sont musulmans ou chrétiens. Trois d’entre eux occupent des territoires qui dépassent largement la chaîne caucasienne, les Azéris, les Arméniens et les Géorgiens. Tous trois ont joué un rôle important dans l’histoire, les premiers d’origine relativement récente, pesant de tout leur poids sur le destin de l’Iran, les deux autres, très anciens, ayant élaboré de grandes civilisations et constitué de vastes et puissants royaumes.¹ »
Trois siècles plus tôt, l’envoyé de Louis XIV, Joseph Pitton de Tournefort notait dans sa relation de voyage:« Ce qu'il y a de plus édifiant sur la frontière de Georgie c'est qu'on ne demande rien aux étrangers. On peut entrer et sortir comme on veut des terres du Roy de Perse sans demander permission à qui que ce soit. Les marchands de notre caravane qui avaient un peu grossi en chemin, nous assuraient que non seulement on traitait respectueusement les Francs, mais qu'on les regardait avec crainte et vénération quand ils avaient des chapeaux et des juste-au-corps; au lieu qu'on les lapiderait en Turquie s'ils marchaient en pareil équipage. On n'exige que des droits fort modiques sur les marchandises qui entrent en Perse. Nous passâmes sur cette frontière, la rivière d'Arpagi. [….] Après avoir passé par des pays assez plats, on s'engage dans des défilés escarpés en s'approchant de Teflis (Tbilissi). Cette ville est sur la pente d'une montagne toute pelée dans une vallée assez étroite à cinq journées de la mer Caspienne & à six de la mer Noire quoique les caravanes en comptent le double. Teflis ou Tiflis est aujourd'hui la capitale de la Georgie connue par les anciens sous les noms d'Ibérie & d'Albanie. Pline et Pomponius Mela font mention de peuples appelés Georgi. Peut-être que la Georgie en a retenu le nom, peut-être aussi que les Grecs les appelaient Georgi, comme qui dirait de bons Laboureurs."²
Une patrie de bons laboureurs ? Hélas non, sa situation géographique et la route du pétrole aiguisent tous les appétits comme je l’écrivais avec Hélène Nouaille dans La Lettre de Léosthène en 2005:
« La région tout entière est compliquée, la Géorgie aussi, ce que Staline avait voulu et organisé. Les conflits y sont multiples, à l’intérieur des pays (Arménie, Géorgie, Tchétchénie) et entre eux. Mais elle a toujours, comme jadis, une grande importance géopolitique. Sans quoi, pour quelle raison la Géorgie, qui dispose de peu de gaz et de pétrole (fourni par les Russes à un tarif préférentiel, l’un des moyens de pression de Moscou si la fâcherie devenait sérieuse) occuperait-elle la scène ? Les intérêts des grands joueurs mondiaux s’y affrontent au travers l’un ou l’autre des camps locaux – sans trop se soucier des souhaits réels de leurs populations. A Washington, la communication politique est aujourd’hui, plus qu’à la lutte contre le terrorisme, à la “ mission démocratique ” dont on souhaiterait, à l’encontre de l’exemple irakien, qu’elle s’incarne ailleurs que dans les discours. L’Union européenne, qui, rappelons-le, est riveraine de la Mer Noire par la Roumanie et la Bulgarie, travaille pour l’heure semble-t-il à équilibrer ses rapports avec la Russie au travers d’un partenariat stratégique signé à Moscou le 10 mai dernier (la signature de cet accord avait été reporté en raison de la crise ukrainienne : il porte sur “quatre espaces stratégiques”). Elle a peu de cartes à jouer. Comme dans tout le Caucase, une stabilité reste à trouver : l’équilibre, en Géorgie et ailleurs, est aux mains des adversaires de la guerre froide, incarnés aujourd’hui par Vladimir Poutine et George Bush […] Non, les choses ne sont pas si simples en Géorgie, ce pays du sud Caucase riverain de la Mer Noire, d’un peu moins de cinq millions d’habitants. L’Ossétie du Sud (sa partie nord est en Russie) et l’Abkhazie y réclament leur autonomie, russes et américains y ont des bases militaires. Le dégel de l’URSS a libéré les aspirations, souvent contradictoires, des populations, divisées par Staline afin qu’aucune région ne soit ethniquement cohérente. Washington s’est empressé, ici comme ailleurs autour de l’ancien empire russe, d’installer ses pions. Soulignons surtout que la Géorgie, l’Arménie voisine et l'Azerbaïdjan relient la Mer Noire à la Mer Caspienne et constituent donc le couloir par lequel transite, par de très chers oléoducs, le pétrole en provenance d’Asie centrale, sans passer par la Russie.( voir le projet d’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan )Enfin, l’établissement de bases aériennes dans les trois pays permettrait à George Bush de poursuivre l’encerclement de l’Iran. Depuis la “ révolution de la rose ” et le départ de Chevardnadze en 2003, c’est Mikhaïl Saakachvili, élu le 25 janvier 2004 avec un score tout soviétique (96,3 %) qui dirige le pays : nationaliste, très pro-occidental et soutenu par les Américains, il a, dès sa prise de pouvoir, défini son objectif : contraindre, par la force s’il le fallait, les régions dissidentes à rentrer dans le rang. »³
La Géorgie n’a plus de Président. Mikhaïl Saakachvili a démissionné le 25 novembre 2007 sous la pression de la rue. Les prochaines élections auront lieu en janvier prochain. Il est fort à parier que l’instabilité du pays demeurera. Elle est placée à un endroit clef des intérêts de ses voisins immédiats. Membre du Conseil de l’Europe depuis 1999 et de la CEI (Communauté des Etats indépendants) qui la place dans l’aire d’influence russe, elle reste donc à l’ouest de l’Asie et à l’est de l’Europe.
©copyright Jean Vinatier 2007

Sources :
1 in Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs, Paris, Fayard, 2000, p.362
2-Joseph Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage au Levant d'ordre du Roy (1700-1702), Paris, Imp. Royale, 1717, 2 vol.
3-
http://www.leosthene.com: Géorgie : la route du pétrole occupe la scène, n°121, 14 mai 2005

Liens :

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/Asie/georgie-regions-map.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Georgie_carte.gif
http://www.rzuser.uni-heidelberg.de/%7Eci4/georgien/karten/georgia_magela.gif

mardi 27 novembre 2007

France sereine…. N°84 - 1ere année

L’avion présidentiel, Elysée One a atterri en Chine. Le Président Sarkozy, accompagné d’une pléiade de ministres, d’industriels, de VIP, de sa mère et de l’un de ses fils plaide pour l’harmonie. Il apposera sa signature en bas de contrats pour un montant de vingt milliards d’euro. Areva et Airbus nous portent chance, tant mieux ! Le chef de l’Etat respire, ne vient-il pas de remporter la bataille sociale ?
Quel calme ! Quel silence ! Vous n’entendez plus rien. La semaine dernière au moment fort des grèves, les éditorialistes se déchaînaient dans les médias quel que soit le support. Aujourd’hui, sont-ils au lit la main bleuie, la voix éteinte ?
Les syndicalistes essaient la position bouddhique du lotus. Les hommes politiques de tous les bords ont tourné la page sociale. Cool men!
«
La France du refus » (titre du Nouvel Obs) elle aussi est gagnée par la discrétion. Quelques murmures et grognements pour les plus enragés comme Sud mais c’est tout. Peace and love!
Les Français renouent joyeusement avec les transports en commun: ils sont serrés certes mais rien à voir avec l’agglutination des jours derniers. Là, ils sont en contact les uns avec les autres. L’instant pacs entre deux stations!
Le MEDEF qui menaçait ruine s’applaudit en se regardant debout, les jambes arquées sur les profits à venir. Douce joie, les fines bulles de champagne sont de retour. Heures suaves !
Il reste ici et là d’incorrigibles gamines et gamins étudiants divisés en deux camps : d’un côté les bloqueurs, de l’autre les anti-bloqueurs. Ils s’agitent dans des dizaines de facultés en ordre dispersé mais, gentiment les forces du régime interviennent en chantant, qui sait, Che Guevara pour amadouer les plus décidés.
Tout va bien donc. La France serait sereine. Pourtant, dans la teci de Villiers le Bel les djeuns et les policiers s’affrontent. Quels sont ces irréductibles djeuns qui perturbent l’ordre serin ? Les légions bleues, non sans mal, tâchent de les mettre au pas. Pas facile. La mort de deux garçons en scooter après avoir percuté un véhicule de police suffit à nous rappeler que les banlieues gardent une puissance explosive.
La consigne officielle est de vanter la nouvelle harmonie qui nous guiderait sous le regard bienveillant de notre Président. Mais, les dures réalités, l’incorrigible réalité ne démord pas, elle revient à la surface malgré la com. Très rapidement des tas de Villiers le Bel pourraient surgir !
Nicolas Sarkozy a réussi les conquêtes de nombreux « chefs » français et des « élites » s’affolent de lui. Or, sous ses pieds, harmonieux, serins, il y a un immense corps vivant, fragile et irrité, la France.


©copyright Jean Vinatier 2007

lundi 26 novembre 2007

Liban, Palestine, deux malheureux pays d’Orient ! N°83 - 1ere année

Le Liban n’a plus de chef de l’Etat ; la Palestine n’a pas d’Etat.
Le mardi 27, s’ouvrira la conférence d’Annapolis( USA) sur le devenir Israélo-palestinien. Les nouvelles d’Orient, comme le disait Lord Salisbury à la Reine Victoria, sont toujours aussi mauvaises depuis 6000 ans . Rien ne change ?
De par sa position géopolitique, le Liban a toujours été au carrefour de trois continents et le passage obligé entre l'Occident et le monde arabe, bénéficiant au surplus d'un accès vers l'Asie centrale et la Russie. La Palestine, elle, est au centre de l’histoire religieuse de l’Orient et de l’Europe. Tout le long de cette côte méditerranéenne, le monde paraît arrêté par l’Histoire. Par le rivage débarquèrent les gens de l’Ouest. De l’intérieur arrivèrent les peuples d’Asie, d’Afrique.
Si le Liban est un Etat, la Palestine n’est qu’une Autorité. Le point commun qui, hélas, les réunit tient dans leur faiblesse générale et historique. Ce propos ne conduit pas à les désigner du doigt de la justice. Il ne revient surtout pas à un occidental – au sens large – d’exprimer un jugement sur l’histoire de ces deux peuples.
Le désastre commun du Liban et de la Palestine tient aux ambitions occidentalo-américaines et aux familles politiques qui occupent des places décisives tant chez elles qu’à l’étranger. Les fortunes des libanais et des palestiniens ne sont pas mystérieuses, elles s’affichent de Londres à New York en passant par Paris.
Il est délicat d’établir un parallèle entre Beyrouth et Jérusalem-est mais il faut, pourtant, oser le proposer. L’histoire, sans remonter à Nabuchodonosor, observe sans contexte que les imbrications familiales, religieuses qui font l’Orient ont été et sont encore des portes d’entrée pour des puissances ambitieuses et jalouses de leurs appétits.
Comment les puissances européennes, avant les USA au XXe siècle, purent-elles s’ingérer sur le long de cette côte pendant la domination ottomane ? Les Ottomans et les Perses se sont combattus jusqu’à l’épuisement pour avoir le contrôle du Caucase, de l’Asie centrale, de la Mésopotamie. Les Anglais et les Français d’un côté, les Russes de l’autre planchaient depuis la fin du XVIIIe siècle sur la question d’Orient en comptant les coups que se donnaient Istanbul et Téhéran, crurent le fruit mur pour intervenir en Orient via des prétextes religieux. Le Liban est une conséquence de cette politique occidentale dés les années 1840, la Palestine recevant, elle, une décennie plus tard les premiers migrants juifs russes. Les familles arabes ( chrétienne, musulmane) du Liban et les familles arabes de Palestine ne perçurent point les enjeux en cours. Qui pourrait le leur reprocher ? Le drame, sans doute, est qu’elles ne changèrent pas de position le siècle suivant. Les divisions dans le camp arabe ne les incitaient pas à une révision audacieuse.
Des familles politiques libanaises (chrétiennes, musulmanes) s’unirent toujours aux puissances occidentales et aux régimes arabes dits modérés et les plus liés à l’Occident. Les grands propriétaires palestiniens firent de même. L’Orient dessiné par les stylos des diplomates européens sous le regard du Président Wilson en 1920 a privilégié les intérêts mercantiles des forces victorieuses des Ottomans en bafouant les promesses tenues aux princes arabes. Les nationalistes arabes qui prirent de la force à la fin de la Seconde guerre mondiale avaient lu – et sans doute trop- les idéologies marxistes, socialistes de l’Europe. En 2007, le résultat n’est pas flatteur.
Le Liban et la Palestine sont, je le crois, emblématiques de l’égoïsme occidental tout autant que de leur incapacité à se dégager de l’emprise occidentale.
L’invasion de la Mésopotamie en 2003 par les forces anglo-américaines a ravivé toutes les aigreurs et tous les ressentiments, Arabes, chrétiens, musulmans sans oublier les Kurdes, les Arméniens, les Juifs, les Turcs, les Perses. N’est-ce point, une fois de plus, les Etats-Unis qui veulent réaffirmer leur Orient à Annapolis ? N’est-ce point un ministre français, Bernard Kouchner, qui vint à Beyrouth pour apporter le souhait de la France dans la solution à l’imbroglio libanais ? Il n’y resta pas. L’avenir du Liban et de la Palestine tient sans doute dans une stratégie de sortie comme pièces politiques de l’échiquier régional. On ne compte plus les guerres civiles ou intestines, libanaise, palestinienne ! Ces deux malheureux pays d’Orient sont toujours sur une hypothétique « route des Indes », appelée, maintenant, Nouvel Orient par les leaders néo-conservateurs américains et européens. Les Libanais, les Palestiniens devraient par leur parcours respectif favoriser une conscience orientale. L’instant n’est pas venu. Tout se rétrécit et tout se rétracte : les religions, musulmane et chrétienne, les Etats régionaux. Et parmi ces derniers les plus puissants, voient d’abord l’extension, par exemple, du sunnisme, avant toute pensée arabe. Liban et Palestine sont dans la peine : ils craignent leur sacrifice sur l’autel de la mondialisation au profit de puissances extérieures et régionales.
Liban et Palestine, deux pays malheureux ? Oui mais dans un Orient arabe qui a survécu à de puissantes civilisations, égyptienne, grecque, romaine…A méditer !
©copyright Jean Vinatier 2007

samedi 24 novembre 2007

Airbus entre euro et dollar ? N°82 - 1ere année

Le cours de la monnaie européenne a atteint 1,4966 dollar dans la nuit de jeudi à vendredi. Certains européens tirent la sonnette d’alarme. L’exemple frappant est le cas d’Airbus dont le PDG, Tom Enders, affirme dans le Financial Times1 que sa société est menacée de mort…par le dollar ! Louis Gallois, le 18 novembre2 parlait d’ « épée de Damoclès ». Une prise de conscience s’emparerait-elle de l’Union européenne sur un point où elle est unie : la construction aéronautique dont l’Airbus est le porte-étendard ?
Les cris des patrons de EADS sont un écho aux multiples conversations qui parcourent les « élites ». Il reste à savoir si cette préoccupation se liera à une future action politique ou bien s’il s’agira, une fois de plus, de sauver le soldat dollar au nom de la prospérité américaine. Mystère !
Les pays de la zone euro et les membres de l’Union européenne, comprendront-ils qu’une monnaie est un outil de puissance qui suppose des intérêts nationaux bien compris ?Et les intérêts nationaux sont politiques. Les Etats-Unis le savent bien. Ils nous le répètent chaque matin «
c’est notre monnaie mais c’est votre problème ». Les critiques pleuvent sur la tête du secrétaire d’Etat américain au Trésor, il y répond qu’avec le temps tout s’arrangera. Traduction, l’ « america way of life » prime sur nous tous y compris envers les alliés, hommes et cercles les plus Atlantistes. Fermez vos gueules : America first !
Les Chinois froncent les sourcils. Pour continuer à conquérir des parts de marché, ils ont besoin des dollars (à cours faible) et en même temps disposer d’une puissance de feu dans cette monnaie avec un dollar…fort. Les monarchies du Golfe pour compenser leurs pertes en dollars spéculent sur le pétrole pour regagner …du dollar. Les Européens qui pensaient jouir d’une monnaie tranquille telle une petite maison dans la prairie de la mondialisation irénique écarquillent les yeux. Le problème Airbus soulève le lièvre : « Qu’on le veuille ou pas l’évolution de la crise place l’Europe en position antagoniste des USA dans un domaine (la puissance d’Airbus) où l’unanimité européenne existe ! C’est une des premières fois où l’existence de l’euro, par position antagoniste du dollar avec ses effets dans la situation d’Airbus, prend un sens politique fort de confrontation avec les USA. » Le propos de Philippe Grasset (www.dedefensa.net) est net.
Nicolas Sarkozy peste depuis longtemps contre l’euro fort (et le dollar faible) et depuis hier la chancelière Merkel grogne aussi. Tous les regards se tournent vers la banque centrale européenne. Elle est une forteresse indépendante voulue comme telle par les gouvernements de l’Union. Elle n’a d’autre tâche que de contrôler l’inflation.
Les pays de l’euro pourraient-ils décourager les spéculateurs sur l’euro fort ? La masse financière en circulation réduit l’impact des gouvernants, des banques centrales dont la BCE. Or la monnaie est un outil politique entre les mains de la puissance publique, elle ne devrait jamais être entre les seules mains des « financiers » internationaux. L’Union mesure-t-elle via Airbus le vide politique devant lequel elle est arrivée ? Airbus sera-t-il un accélérateur d’Europe ? La question est posée.
Etrange monde où chacun des acteurs se renvoie la balle sans faire autrement qu’accuser le voisin. Où est donc la prise de conscience européenne ? On assiste à un combat de sourds dans un monde « junglerisé ».
L’Allemagne étant le premier pays exportateur mondial, son changement d'attitude, conjugué au récent propos de Nicolas Sarkozy sur l’Europe protectrice et indépendante enclenchera-t-il un mouvement dynamique ? Si la prudence est de mise, l’ironie veut que ce soit les plus Atlantistes qui se chargent des premières salves contre la FED.

©copyright Jean Vinatier 2007
Liens :

1-
http://www.ft.com/cms/s/0/1b848ae2-993a-11dc-bb450000779fd2ac.html?nclick_check=1
2-http://www.ft.com/cms/s/0/a5583744-9608-11dc-b7ec-0000779fd2ac.html

Pays membres de la zone euro en 2007 : France, Portugal, Espagne, Italie, Grèce, Slovénie, Autriche, République Tchèque, Allemagne, Luxembourg, Belgique, Hollande, Finlande, Irlande.

jeudi 22 novembre 2007

Fénelon à Louis XIV N°81 - 1ere année

Vous subissez les grèves en ruminant ou bien en les soutenant !En 1694, quand on n’était pas content, on n’hésitait pas. On prenait la plume et directement on disait son fait au Roi ou à ses ministres. Le pamphlet était un genre très pratiqué et risqué. Est-ce encore possible dans nos sociétés ? C’est très dur. Les médias, les éditeurs veillent au grain et, naturellement le pouvoir politique. En 2007, l’autocensure est chose courante. On ne risque plus la Bastille, on n’encourt que l’anonymat.
Ci-dessous les extraits de la lettre très forte envoyée anonymement par Fénelon archevêque de Cambrai à Mme de Maintenon pour la présenter au Roi. Heureusement pour le prélat, le Roi ne la vit jamais.
« La personne, Sire, qui prend la liberté de vous écrire cette lettre, n'a aucun intérêt en ce monde. Elle ne l'écrit ni par chagrin, ni par ambition, ni par envie de se mêler des grandes affaires. Elle vous aime sans être connue de vous; elle regarde Dieu en votre personne. Avec toute votre puissance vous ne pouvez lui donner aucun bien qu'elle désire, et il n'y a aucun mal qu'elle ne souffrît de bon cœur pour vous faire connaître les vérités nécessaires à votre salut. Si elle vous parle fortement, n'en soyez pas étonné, c'est que la vérité est libre et forte. Vous n'êtes guère accoutumé à l'entendre. Les gens accoutumés à être flattés prennent aisément pour chagrin, pour âpreté et pour excès, ce qui n'est que la vérité toute pure. C'est la trahir que de ne vous la montrer pas dans toute son étendue. Dieu est témoin que la personne qui vous parle, le fait avec un cœur plein de zèle, de respect, de fidélité et d'attendrissement sur tout ce qui regarde votre véritable intérêt.
Vous êtes né, Sire, avec un cœur droit et équitable; mais ceux qui vous ont élevé ne vous ont donné pour science de gouverner, que la défiance, la jalousie, l'éloignement de la vertu, la crainte de tout mérite éclatant, le goût des hommes souples et rampants, la hauteur, et l'attention à votre seul intérêt.
Depuis environ trente ans, vos principaux ministres ont ébranlé et renversé toutes les anciennes maximes de l'État, pour faire monter jusqu'au comble votre autorité, qui était devenue la leur parce qu'elle était dans leurs mains. On n'a plus parlé de l'État ni des règles; on n'a parlé que du Roi et de son bon plaisir. On a poussé vos revenus et vos dépenses à l'infini. On vous a élevé jusqu'au ciel, pour avoir effacé, disait-on, la grandeur de tous vos prédécesseurs ensemble, c'est-à-dire, pour avoir appauvri la France entière, afin d'introduire à la cour un luxe monstrueux et incurable. Ils ont voulu vous élever sur les ruines de toutes les conditions de l'État : comme si vous pouviez être grand en ruinant tous vos sujets sur qui votre grandeur est fondée. Il est vrai que vous avez été jaloux de l'autorité, peut-être même trop dans les choses extérieures; mais pour le fond, chaque ministre a été le maître dans l'étendue de son administration. Vous avez cru gouverner, parce que vous avez réglé les limites entre ceux qui gouvernaient. Ils ont bien montré au public leur puissance, et on ne l'a que trop sentie. Ils ont été durs, hautains, injustes, violents, de mauvaise foi. Ils n'ont connu d'autre règle, ni pour l'administration du dedans de l'État, ni pour les négociations étrangères, que de menacer, que d'écraser, que d'anéantir tout ce qui leur résistait. Ils ne vous ont parlé, que pour écarter de vous tout mérite qui pouvait leur faire ombrage. Ils vous ont accoutumé à recevoir sans cesse des louanges outrées qui vont jusqu'à l'idolâtrie, et que vous auriez dû, pour votre honneur, rejeter avec indignation.[ …..]
Cependant vos peuples, que vous devriez aimer comme vos enfants, et qui ont été jusqu'ici si passionnés pour vous, meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre État, pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au-dehors. Au lieu de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir. La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions. Les magistrats sont avilis et épuisés. La noblesse, dont tout le bien est en décret, ne vit que de lettres d'État. Vous êtes importuné de la foule des gens qui demandent et qui murmurent. C'est vous-même, Sire, qui vous êtes attiré tous ces embarras; car, tout le royaume ayant été ruiné, vous avez tout entre vos mains, et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un roi qu'on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple, et qui le serait en effet si les conseils flatteurs ne l'avaient point empoisonné.
Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance, et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus; il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le Roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloire à leur donner du pain, et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière, qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ? Les émotions populaires, qui étaient inconnues depuis si longtemps, deviennent fréquentes. Paris même, si près de vous, n'en est pas exempt. Les magistrats sont contraints de tolérer l'insolence des mutins, et de faire couler sous main quelque monnaie pour les apaiser ; ainsi on paye ceux qu'il faudrait punir. Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité, ou de laisser la sédition impunie et de l'accroître par cette impunité, ou de faire massacrer avec inhumanité des peuples que vous mettez au désespoir en leur arrachant, par vos impôts pour cette guerre, le pain qu'ils tâchent de gagner à la sueur de leurs visages.
Mais, pendant qu'ils manquent de pain, vous manquez vous-même d'argent, et vous ne voulez pas voir l'extrémité où vous êtes réduit. Parce que vous avez toujours été heureux, vous ne pouvez vous imaginer que vous cessiez jamais de l'être. Vous craignez d'ouvrir les yeux; vous craignez qu'on ne vous les ouvre; vous craignez d'être réduit à rabattre quelque chose de votre gloire. Cette gloire, qui endurcit votre cœur, vous est plus chère que la justice, que votre propre repos, que la conservation de vos peuples qui périssent tous les jours des maladies causées par la famine, enfin que votre salut éternel, incompatible avec cette idole de gloire […]
Voilà, Sire, l'état où vous êtes. Vous vivez comme ayant un bandeau fatal sur les yeux ; vous vous flattez sur les succès journaliers qui ne décident rien, et vous n'envisagez point d'une vue générale le gros des affaires, qui tombe insensiblement sans ressource. Pendant que vous prenez, dans un rude combat, le champ de bataille et le canon de l'ennemi, pendant que vous forcez les places, vous ne songez pas que vous combattez sur un terrain qui s'enfonce sous vos pieds, et que vous allez tomber malgré vos victoires. Tout le monde le voit, et personne n'ose vous le faire voir. [….] »
Notes:

Louis XIV (1638-1715), fils de Louis XIII. Roi de 1643 à 1715. Son arrière-petit-fils lui succédera sous le nom de Louis XV.
Fénelon (1651-1715), prélat et précepteur du petit-fils de Louis XIV, Louis de France, duc de Bourgogne (1682-1712). Auteur des Aventures de Télémaque et des Tables de Chaulnes, ses écrits politiques .
Maintenon (1635-1719), Françoise d’Aubigné marquise de. Elle épouse secrètement le 9 octobre 1683 Louis XIV. Selon Françoise Chandernagor, elle n’eut jamais une vocation de « femme d’Etat » ou « d’abbesse universelle » mais seulement une vocation d’éducatrice (Ecole de Saint-Cyr)


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mercredi 21 novembre 2007

Sarkozy : « JE NE CEDERAI SUR RIEN et sur AUCUNE REFORME » N°80 - 1ere année

Devant l’Association des Maires de France (AMF), le chef de l’Etat a rappelé qu’il ne faiblirait sur aucune des réformes proposées dont quelques-unes engendrent un conflit social dont la fin est pour le moment interrogative.
Cette fermeté de ton, presque un discours de flagellation, a impressionné certes les maires mais aussi tous les communicants professionnels qui ont salué le professionnalisme de l’exercice présidentiel. Fort bien mais l’emballage fait-il le contenu ?
Les maires sont des notables presque les plus proches de leurs administrés, exception faite des édiles des grandes villes. Ils répéteront chez eux le discours présidentiel en le déformant quelque peu histoire de capter un pan du monarque élu. La France profonde sera, ainsi, à portée de calme. Nicolas Sarkozy a usé de toute la familiarité qu’il pense être un atout. Ainsi assistâmes-nous à un déluge de « tu » en direction des maires de droite comme de gauche. L’échange entre le maire de Paris et le Président, par tours parisiennes à construire interposées, valait le coup d’être vu. On avait là un résumé complet de la manière de procéder de Nicolas Sarkozy.
Ce dernier sait d’autant mieux emballer « le chaland politicien » que celui-ci quoique membre d’un parti ne s’y sent plus en fidélité permanente. Le Président réactive sa stratégie d’ouverture : les maires sont happés. Le service de com de l’Elysée le vendra à la presse en la pilonnant.
Tout le monde est d’accord sur les réformes à entreprendre. La nation est encore suffisamment unie derrière le chef de l’Etat pour l’applaudir lorsqu’il réitère ses actions. Mais, petit à petit la machine patine, notamment sur la question de pouvoir d’achat. Que peut le Président sur les cours du blé, du lait, du maïs, du pétrole… ? Pas grand-chose. Que peut-il contre l’euro à 1,48 ? Rien. Le contexte social rencontre le contexte économique sur lequel sa capacité d’action et de séduction n’opère pas. Le danger est-il là ?
L’une des fautes, peut-être, du quinquennat dit rénovateur est de ne pas avoir privilégié la révolution politique que le candidat Sarkozy prônait, par exemple, sur le devenir des départements. Commencer son mandat par l’acte Politique aurait donné un coup de fouet à toute la Nation, surtout la nôtre qui s’y source comme aucune autre au monde. Une fois encore, répétons-le, la meilleure façon de tenir les Français et d’éviter qu’ils partent de tous côtés, est justement leur pleine adhésion à la société Politique.
Le « je ne céderai sur rien et sur aucune autre réforme » indiquerait-il que le Politique reprendrait sa place ? Notre temps s’abandonne à la communication permanente au risque de la confusion, de l’amalgame malchanceux. Nicolas Sarkozy croit-il que la com est si puissante ?.
En terme d’image le « je ne céderai rien et sur aucune réforme » dessine la puissance immobile et attractive du premier des Français. Mais, dans la vie quotidienne de la ménagère, c’est la tenue du journal des dépenses qui s’impose. Réalité dérangeante ?


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mardi 20 novembre 2007

La Belgique, une bombe européenne ? N°79 - 1ere année

35 000 Belges à Bruxelles qui défilent pour le maintien de l’unité du royaume : est-ce peu ? C’est peu comparé à la Marche Blanche. En pleine affaire Dutroux 350 000 personnes marchèrent vers le Palais Royal en octobre 1996. L’unité de la nation concerne-t-elle moins les Belges ?
Le combat conduit par les Flamands contre les Wallons empêche toute formation de gouvernement. Voilà cinq mois que le roi Albert II reçoit, appelle, propose, entend et finalement rien ne se conclut. Le pays est donc en apesanteur politique. Devant ce vide, la partition du royaume refait surface. La Wallonie se tournerait vers la France, la Flandre deviendrait une république. Question clef : quel serait le devenir d’Anvers et de Bruxelles ? Les deux villes ont une appartenance historique commune : le duché de Brabant formé en 1183 en faveur d’Henri Ier issu des comtes de Louvain et de Bruxelles. Il était aussi marquis d’Anvers.
Le duché de Brabant sera une entité politique décisive en Europe (Occident) d’alors : France, Angleterre - se rivalisent autour du puissant comté de Flandre - et Saint-Empire Romain Germanique se disputant tour à tour la marche Belge. En 2007, le Brabant n’a plus rien de sa splendeur d’origine, il est divisé en deux, Brabant-Flamand et Brabant-Wallon tandis que Bruxelles, en raison de son rang de capitale du royaume est une région autonome.
Les Flamands réclament Anvers sans laquelle leur future république ne tiendrait pas longtemps tout comme ils guignent Bruxelles. Ces revendications sont importantes en ce sens qu’elles marquent combien la revendication linguistique s’émancipe de l’histoire du territoire Flamand. Si Anvers parle le flamand et l’anglais au détriment du français, se pense-t-elle capitale d’une Flandre indépendante ? Bruxelles privilégie le français quand les Flamands usent de toutes les arcanes juridiques pour s’imposer tout en étant minoritaires.
La Wallonie (pays des Celtes) a un passé complexe et très intéressant. Mais résumons pour dire que la Wallonie s’est unifiée autour de la principauté de Liège et du pays Mosan. Elle a été un poumon industriel très ancien, très dynamique jusque dans les années 1970. La Wallonie s’est liée à une bourgeoise francophone dont le projet et le cadre national étaient belges.
Le royaume de Belgique est né de l’accord des puissances européennes en 1831. En 2007, son implosion est apparemment facile, son application l’est nettement moins. Lors de cette crise politique grave, la carte une fois de plus, montre à quel point il fallait d’une part que la Belgique soit indépendante pour l’équilibre des forces au début du XIXe siècle et la logique d’autre part, des pères fondateurs de l’Europe contemporaine pour y élire les principales institutions de la future l’Union européenne après 1945.
La Belgique, quelle que soit l’opinion que l’on en a, est incontournable. Elle aurait toutes les raisons de ne pas exister mais elle aurait tous les motifs pour être à nouveau fondée. Les énergies indépendantistes ou sécessionnistes flamandes et wallonnes se heurtent ipso facto à la réalité européenne. Dans le cadre d’une Europe des Etats nations le maintien des Etats est une maxime. Dans le cadre d’une Europe des seules régions qui s’appuierait principalement sur la revendication linguistique, la Belgique ne serait pas le seul Etat concerné. La France, par exemple.
La Belgique est donc un problème ou une question européenne essentielle. Le silence officiel des chefs des institutions de l’Union européenne cache ou un désintérêt dangereux ou un calcul redoutable. Pour information, regardons avec plus d’intention les calculs sous jacents autour d’une possible indépendance du Kossovo.



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lundi 19 novembre 2007

Les JT, les animateurs et les Michu ! N°78 - 1ere année

Les JT et les émissions grands publics des chaînes publiques et privées rivalisent jusqu’à présent de dynamisme pour vouer aux gémonies les grévistes. Leur partialité est complète. Le téléspectateur croule sous les chiffres, les sombres tableaux économiques si les grèves ne cessent pas. Les grévistes nuisent même à la qualité de l’air !!!
Christine Bravo, improvisée spécialiste des universités, s’est éclatée dans l’émission
« On n’a pas tout dit » de Laurent Ruquier le 13 novembre sur France2. Elle a gêné, non pas Laurent Ruquier complice de son propos, mais les téléspectateurs. Dans son émission Duel sur France 3, Christine Ockrent Regina impose la pensée politique du moment. LCI n’est pas en reste. France Culture et France Info ne détonnent pas dans ce climat partial. Les chaînes publiques sont plus dures que leurs concurrentes du privé comme pendant la campagne référendaire de mai 2005. Un signe ?
M et Mme Michu se regardent interrogativement. Ne se passe-t-il pas quelque chose de
« pas très catholique » dans l’information ? Pourtant, les rues sont calmes, leurs voisins aussi, les commerces sont ouverts, les toutous matent les chiennes…etc. Mystère !
Les grèves sont toujours une source de galères quotidiennes pour les salariés, les lycéens, les étudiants. Et évidemment pour les entreprises :
« Beaucoup d'entre elles sont menacées dans leur rentabilité (...) et donc dans leur pérennité, a déclaré Laurence Parisot aux Echos de ce matin dans un communiqué. Nous demandons et espérons la reprise du travail dès ce lundi. C'est désormais une affaire de responsabilité, mais aussi de solidarité nationale. »
Les syndicats le savent. L’époque n’est plus où ces derniers passaient outre au sentiment des Français (nos parents connurent les coupures brutales d’électricité, de gaz ).
Aujourd’hui qu’avons-nous ? D’un côté les centrales syndicales protestent contre la fin des régimes spéciaux des retraites, de l’autre les étudiants contestent l’utilité de la loi Pécresse qui porte, notamment, sur l’autonomie des universités. Demain, les fonctionnaires se mettront en grève puis le 29 ce sera la magistrature. Entre les deux ici et là des protestations policières auxquelles s’ajouteraient celles des douaniers.
Les sondages qu’il faut toujours lire avec prudence, apportent un bémol au pouvoir. Celui du 18 novembre n’accorde que 51% d’opinions positives au Président de la République et celui de ce jour donne 53% d’opinions favorables envers les fonctionnaires. Dernier point, la manifestation contre les grèves à Paris a été un échec.
Nicolas Sarkozy a toujours dit son attachement aux médias c’est-à-dire qu’il les aime sous sa coupe : ne vient-il pas de sidérer la rédaction des
Echos en annonçant le nom de leur patron, Nicolas Beytout (en charge du pôle médias de LVMH) et de donner tous les détails du montage financier de Bernard Arnault pour acquérir le journal ? Le chef de l’Etat leur dit aussi comment Alain Weill pourra acheter La Tribune sans en avoir les moyens. Notons que le départ de Beytout du Figaro donne le premier rôle à Etienne Mougeotte, ex-numéro 2 de TF1.
L’ambiance médiatique pour l’heure satisfait pleinement l’Elysée. Journaux télévisés et émissions people ou grands publics sont sous contrôle. L’’équipe présidentielle compte ainsi tenir la France profonde. La consigne est simple : fixer le couple Michu devant leur télé.
Il reste Internet, seul espace de liberté relative où, a priori, les Michu n’y surfent pas mais leur descendance si
.
Le pouvoir tient la barre sur les médias. Nicolas Sarkozy veut tout savoir. Le climat social peut dégénérer d’un instant à l’autre. Le passage en force sur le traité de Lisbonne doit censurer toute critique sur les ondes et à la télévision.
Les syndicats de journalistes de la télévision ne bronchent pas: le temps est clair, le soleil brille. Ils se choquent à peine lorsque les étudiants disent tout haut leur méfiance envers eux. Etonnant ?
Les journalistes télé et les animateurs acceptent de bon cœur de jouer une partition qui leur assure une tranquillité financière mais les enchaîne à un système où toute parole est supervisée par de brillants cerveaux en communication.
Que craint le pouvoir ? Que les mauvaises humeurs se rejoignent sur fond de pouvoir d’achat ? Certes oui. L’Elysée transmet déjà les messages à Christine Lagarde pour bien répéter que la croissance atteindra en dépit de tout 2%. C’est Ruquier qui annoncera aux Michu cette bonne nouvelle
.
Pour l’heure Sarkozy raisonne simplement, logiquement. Il a été élu par 53% des Français pour lui faire nettoyer les écuries d’Augias ? Sarkozy sera balayeur !
Sa chance est que les médias se passent les menottes et se bâillonnent a priori, son malheur serait que les Michu éteignent la télé et aillent sur le Net.


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vendredi 16 novembre 2007

Pain, pétrole et démocratie, le slogan planétaire de demain ? N°77 - 1ere année

Jean-Claude Guillebaud du Nouvel Obs écrit dans sa chronique, « Ecoutez voir »: « Un vilain bruit de grelot tintinnabule, ces temps-ci, un peu partout sur la bande FM. On dirait l’écho très assourdi d’un tocsin que n’arrive plus à recouvrir la grosse rigolade qui continue de prévaloir jour après jour sur les radios […] Il n’est pas sans rapport avec l’envolée des cours du pétrole et la raréfaction, partout annoncé de ce dernier. Il annonce des lendemains sombres, mais pas forcément au sens où on l’entend d’ordinaire. Autrement dit, le séisme prévisible serait moins écologique que social et politique ».
Les cours du pétrole font un mouvement de yo-yo en restant à un niveau élevé. Chacun attend le jour où le cours du baril atteindra puis franchira la barre des 100 dollars ! Frôlé quinze jours plus tôt, le cours est descendu à 93 dollars le baril. Les manifestations des marins-pêcheurs ont mis l’accent sur deux choses : la conséquence dommageable sur le développement des coûts des petites structures les plus dépendantes du pétrole et l’inefficacité de l’Etat. Ce dernier sort de sa poche percée des formules et des fragiles bandages, mais c’est tout. Sarkozy contre le derrick, ce n’est pas pour demain.
On imagine facilement les douleurs qui me manqueront pas d’être dans des pays moins nantis que le nôtre. L’Afrique, enjeu stratégique pour les grandes puissances, les compagnies pétrolières, est en première ligne. Elle est un symbole tragique du monde à venir : argent du pétrole et populations affamées. Elle compte, pourtant, des puissances pétrolifères¹ et une agriculture. Que deviendront, par exemple, leurs services de santé, les mini-centrales électriques fonctionnant au fuel ? Quel avenir pour les communautés villageoises ? Quel futur pour la démocratie ?
Que faire contre le coût élevé du pétrole ? Que prévenir contre sa raréfaction ? L’engouement porte bien des esprits urbains et des groupes agro-alimentaires vers le biocarburant. L’ère étant au bio, les applaudissements parcourent la scène mondiale. Fin de la peur, début d’une nouvelle prospérité ? Et bien pas du tout. Pétrole ou pas, il faudra de plus en plus de carburant pour alimenter les activités mondiales. Aimablement, certains pointent du doigt les « immenses besoins » des pays émergents, Chine, Inde histoire de se dégoter fissa des coupables médiatiques. C’est évidemment facile. Le bio-carburant demandera des surfaces agricoles importantes au détriment des cultures traditionnelles, céréales, légumineuses. L’Inde annonce déjà la réservation de dizaines de millions d’hectares pour les plantes énergétiques. Que réservera une nouvelle PAC de l’Union européenne à nos agriculteurs ? La spéculation sur les cours du blé, du maïs, de l’orge qui s’ajoute à celle sur le pétrole, ne peut qu’inciter à ne pas baisser la garde devant les faux messages que l’on proposera aux consommateurs qui seront aussi des hommes.
Le monde étant de plus en plus entre les mains des financiers, des spéculateurs planétaires leur unique credo, le marché, rien que le marché, ne présage rien de bon. Et pour faire passer le tout? Des ONG choisies avec le cortège de stars. Les Etats isolés ou bien regroupés dans des organisations telle l’Union européenne ne brillent pas du tout par leur combativité.
La prochaine guerre sera-t-elle entre les automobilistes (supposés riches) et des milliards de pauvres répartis sur les cinq continents ?
Le complot de famine planétaire peut faire hausser les épaules des plus puissants : n’ont-ils pas à leur service des sociétés de mercenaires (Blackwater) en mesure de sécuriser les convois céréaliers, pardon des plantes énergétiques ? La porte-parole de Blackwater, Anne Tyrrell dirait, par exemple, la formule redoutée leurs « employés ont agi conformément à la loi en réponse à une attaque. » Bigre, cela promet !
Hier faute de pain, des régimes ancestraux pouvaient succomber. Demain le slogan planétaire ne sera-t-il pas : pain, pétrole et démocratie?
©copyright Jean Vinatier 2007

¹ : Mauritanie, Gabon, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, Sao Tome et Principe, Guinée équatoriale, Congo, Angola, Soudan, Tchad.
Voir ou revoir:
le film Soleil vert (Soylent green) de Richard Fleischer avec Charlton Heston, sorti en 1973.

jeudi 15 novembre 2007

Somalie : une guerre hors caméras N°76 - 1ere année

La capitale de la Somalie, Mogadiscio connaît de violents combats. La population fuit à toutes jambes. L’armée éthiopienne, puissance occupante, soutient un gouvernement sans assise et suspect de servir de paravent aux anglo-américains qui agissent depuis le Somaliland (ancienne possession britannique) un état officiellement inconnu.

Je vous propose de lire ce que j’écrivais le 10 janvier 2007 :
De Bagdad à Mogadiscio cahin chaos

Les derniers raids organisés par l’aviation US sur le territoire somalien motivés par la présence d’activistes islamiques ne surprendront pas ceux qui voient depuis un moment l’objet de reconfiguration de la Corne africaine.
L’invasion éthiopienne a chassé les Tribunaux islamistes – lesquels venaient de renverser les chefs de guerre -, un gouvernement somalien s’est institué. Dans ce cadre bouleversé, une fois de plus, les Somaliens ne veulent ni des éthiopiens, ni des islamistes, ni des chefs de guerre. L’action américaine nous reporte vers le chaos mésopotamien. Washington ne paraît pas comprendre. La guerre contre le Mal suffit à les décider à bombarder ici et là en tuant trois à quatre fois plus de civils que de « terroristes ». On devine les grandes espérances des chefs de guerre somaliens, dont certains eurent le soutien financier de la CIA, devant cette dégradation du pays.
La politique américaine vise tout autant à assurer la protection des concessions pétrolières qu’à maîtriser l’Afrique orientale définie comme une base arrière ou avancée – c’est selon – des musulmans purs et durs. Le Darfour (« région du Soudan), le Tchad et tout le long jusqu’à la Somalie forment un ensemble territorial cohérent sur le plan stratégique pour Washington. L’Ethiopie chrétienne jouant son rôle d’allié, ici, militaire dans un environnement assez musulman.Officiellement, il s’agit de bouter Al Quaïda (Pakistan, Afghanistan, Mésopotamie, Somalie et ici et là des relais financiers comme en Arabie Saoudite). L’argument tient par l’idée du nouvel orient présenté par les néo-conservateurs, par les intérêts mercantiles liant les entreprises au Pentagone : plus il y a de conflits, plus le business des armes marche ! L’argument ne tient pas si l’on observe l’échec total en Mésopotamie, l’échec également dans la lutte contre le Mal. Nous assistons à une poursuite d’une action politique et militaire détachée du résultat réel en faveur de la mission (au sens religieux) et de quelques intérêts précis. Le Congrès issu du 7 novembre est contre la guerre en Mésopotamie sans s’y opposer, Sa position sera identique pour la Somalie.
Si l’on a la paresse de penser que l’Afrique ne compte pas, on aura la surprise du contraire. En déstabilisant sans établir un quelconque équilibre fondé sur une entente entre Etats souverains le résultat probable de la politique américaine serait à terme d’établir un vaste Somaliland .
Le chaos de Bagdad à Mogadiscio se renforce sans se retenir. Un danger supplémentaire pour des peuples entre le marteau et l’enclume.

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mercredi 14 novembre 2007

L’opinion publique, un enjeu citoyen N°75 - 1ere année

La France est en grève ! Les syndicats craignent de ne pas emporter la bataille de l’opinion. Le pouvoir sarkozien se flatte de son excellente communication sur les grèves et de l’apparition en grand nombre de comités anti grèves et d’associations anti-blocages dont quelques-uns de leurs responsables savent donner la réplique sur les plateaux de télévision en usant des mêmes mots et expressions. Ce fait, signalé par un de mes lecteurs, Franck P, donne une indication assez claire du travail qui a été abattu par l’équipe du Président de la République dans l’art de théâtraliser, de scénariser l’événement social.
L’opinion publique, entrée sur la scène historique française dans les décennies précédents 1789, ne cesse pas de faiblir. Son importance n’échappe évidemment pas à l’Elysée à l’inverse des syndicats y compris étudiants lesquels mesurent, tardivement, le défaut total de communication en direction des citoyens. L’époque n’est plus où la plus petite référence idéologique suffisait à emporter derechef le soutien d’une frange de la population. Cet environnement politique disparu, l’opinion publique réagit évidemment sur le seul désavantage d’une grève : plus de transport, plus d’accès à la faculté…etc. L’opinion publique n’étant, désormais qu’une addition de sentiments individuels auxquels les sondages donnent une apparente unité et solidité, le gouvernement s’emploie à la formater contre des structures politiques ou organisations syndicales véritables obstacles à son pouvoir. Le côté négatif de cette stratégie tient précisément dans la grande difficulté à entrer en grève quel qu’en soit le motif, par exemple, pour des salariés, des étudiants. L’effet de masse est considérablement réduit, la liberté aussi. Que reste-il pour dire son mécontentement ? L’occupation de la rue, de l’usine, de la faculté, de telle institution. La violence jouera toujours en défaveur du gréviste puisque les repères collectifs et idéologiques ont quitté la communauté nationale. L’Etat seul maître de ballet de l’opinion publique signifie un danger redoutable pour les années à venir.
La démocratie, aujourd’hui en lambeaux, ne fournit plus au citoyen sa part légitime d’autorité sur le régime politique car apparemment il n’y a plus d’opposition. Prenons l’exemple du référendum sur le projet de traité constitutionnel européen rejeté en 2005 et contourné aux yeux de tout le monde par le chef de l’Etat qui décide d’un trait de biffer le vote des Français.
La défaillance des partis, des syndicats est si énorme que le citoyen reste sans voix. Le pouvoir, par sondages interposés, n’aura-t-il pas, le moment venu, l’opinion publique de son côté ? La télévision jouant un rôle accélérateur contre le citoyen à l’inverse d’Internet qui garde encore une certaine inaccessibilité pour le pouvoir.
Dans notre société de communication l’opinion publique est donc un enjeu nullement négligeable tant pour les citoyens que pour le pouvoir. C’est aux citoyens de se réveiller et de se ressaisir de leur légitimité. N’oublions pas que le peuple est souverain depuis 1789, que la justice est rendue en son nom. La presse, enfin, devrait également renouer avec les citoyens et donc l’opinion publique. La révolution de l’information passe aussi par une nouvelle connexion entre journalistes et les internautes.


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mardi 13 novembre 2007

USA : demain une « intifada hispana »? N°74 - 1ere année

Le titre volontairement provocateur publié dans Courrier International sur une possible révolte des latinos installés aux Etats-Unis ne masque pas le problème spécifique de la migration hispanique. Excluons de l’article les Cubains réfugiés à Miami pour ne retenir que les Mexicains.
Premiere question importante : sont-ils des migrants au même titre, par exemple, que des Chinois, des Européens, des Russes, des Israéliens ? Deuxième question : participent-ils à la construction de la nouvelle Jérusalem ? Troisième question : installés, sont-ils des Etatsuniens ?
Aux deux premières questions, la réponse se dirige vers la négative. L’histoire est très claire sur ce point. Les territoires annexés par les Etats-Unis en 1848, sur le Mexique (Californie, Texas, Nouveau Mexique) restent toujours dans la mémoire mexicaine comme une injustice. Dans cette vue, le passage du Rio Grande par les Mexicains s’il est motivé par la recherche d’une vie meilleure obéit toujours à un geste naturel : revenir chez soi. Le Mexicain n’est donc pas un migrant type mais un homme américain se rendant sur un territoire qu’il considère comme national sur le plan linguistique. Ajoutons immédiatement, qu’ils ne bâtissent pas des projets politiques et ne pensent pas du tout à établir, par exemple, la Californie comme un état relié au Mexique. Ils sont tout simplement chez eux. Les constitutions de milices privées et le projet de construction d’un mur sans en rien modifier la donne augmentera, à l’avenir, l’incompréhension. Georges Bush fils comprenait mieux que ses pairs l’intérêt à donner un statut particulier aux Mexicains travaillant aux Etats-Unis. L’échec de son projet au Congrès en 2006 intervient dans un moment assez décisif de l’histoire du pays. Samuel Huntington pose lui-même l’interrogation dans un ouvrage presque épais :
Who are we ?
Le journaliste Andrés Oppenheimer écrit dans trois articles instructifs parus dans El Nuevo Herald, son inquiétude sur le comportement dans les prochaines années des treize millions de travailleurs mexicains dont les enfants ne pourront jamais avoir la nationalité étatsunienne. D’où selon lui un possible danger ou « intifada ».
L’historien Anatol Lieven dans
Le nouveau nationalisme américain, ne craint pas de dire le danger potentiel du degré nationaliste de ce pays aussi présent chez les démocrates que chez les républicains.
L’isolationnisme américain présenté comme une doctrine (celle du Président Monroe en 1823) à destination de la politique extérieure pourrait-elle aussi devenir un isolationnisme de l’intérieur au XXIe siècle ?
Le malaise de la classe politique au Congrès n’est pas en soi dangereux. Les débats existent et se développeront dans les années à venir. Leur nation a deux siècles. Les Etats européens sont passés par cette étape nationaliste et cette méfiance et animosité envers les étrangers. Nous y sommes encore.
Les Etats-Unis seraient-ils incapables d’en finir avec la nouvelle Jérusalem et se regarder comme une nation ni plus ni moins originale que les autres ? La problématique soulevée par les venues mexicaines a donc un intérêt puissant. Elle passera à une vitesse supérieure lorsqu’ils conquerront les meilleures places dans les universités, bâtiront des empires financiers ou auront des réussites sociales très hautes et nombreuses, sur le plan politique des gouverneurs…. Et dans ce moment, seront-ils pour autant un danger pour la Maison Blanche ? Si l’on adhère aux cycles de l’histoire, non. Si, l’on se fixe sur la seule idée messianique américaine, oui.
Demain une « intifada hispana » ? Non. Demain, une montée en puissance de la question hispanique, oui. Pour les Etats-Unis, une période originale historique débute. Notons, enfin, que sur le plan extérieur cette puissance entre, aussi, dans une phase singulière. Nous sommes donc en plein dans ce nouveau nationalisme américain dont la question est : qui serons-nous ?



©copyright Jean Vinatier 2007

Liens :

http://www.elnuevoherald.com/172/story/114778.html
http://www.elnuevoherald.com/172/story/114358.html
http://www.elnuevoherald.com/172/story/100543.html
http://www.andresoppenheimer.com

Sources :

Samuel Huntington : Qui sommes-nous ? Paris, Odile Jacob, 2004
Anatol Lieven : Le nouveau nationalisme américain, Paris, Gallimard, 2006

lundi 12 novembre 2007

L’Université : une chaîne vive ? N°73 - 1ere année

Alphonse Dupront (1905-1990), historien majeur du siècle précédent, auteur du Mythe de croisade, a été occupé par trois grandes passions : « l’histoire, l’Europe et l’Université ».
Le texte ci-dessous est un extrait de son allocution prononcée en Sorbonne en février 1976 lors de la remise des diplômes de Docteurs honoris causa. Son titre ? Du « sens de l’université.
A la veille de nouvelles manifestations dont celles d’étudiants, la lecture de ce texte ne devrait pas manquer de nous faire réfléchir. Sa portée est large, riche et dans le même temps évidente.
« Alain qui fut mon maître, aiguisait, lui, sa pensée dans le commerce assidu des grands classiques ; en quelques bourrades à sa manière, il en a éclairé la vertu. Voici l’une, d’une robustesse de fils de la terre normande : « revenir aux œuvres éprouvées, qui délivrent de choisir et nous laissent penser ». Et cette autre, pourchassant la dérive de pensée : « On ne saura jamais assez qu’il est plus important de fixer l’esprit que de l’instruire. » Ce qui nous fixe nous rend libres. Le redire après Alain, c’est encourir l’anathème de toute une intelligentsia possédée de la fièvre du neuf, ce miroir aux alouettes de l’imaginaire ; c’est surtout illustrer la grandeur de nos devoirs vis-à-vis du corps social. Transmettre l’acquis patrimonial fonde une société sur elle-même. Ephémères, les peuples sans racines. Notre œuvre est celle des sources, et des retours rechargeant quand survient l’épreuve.
Il est beaucoup parlé aujourd’hui, dans l’anarchie créatrice d’une possible unité planétaire, de l’identité des cultures. Nous avons élection majeure pour ce service de l’identité : autant dire gardiens de conscience et d’âme. Mais nous y manquerions gravement, si ce que contient le patrimoine d’enseignements, d’expériences, de messages à ambition d’éternel, nous ne le transmettions pas à nos contemporains, aux jeunes d’abord, dans les langages qu’ils soient capables d’entendre, et portés par une ferveur de faire partager ce que nous avons découvert au trésor des âges, enrichi d’un long commerce personnel, dans une discipline exigeante de l’authentique. La transmission est alors création unique, et nôtre, en même temps que manifestation d’un ordre des valeurs du probe, de la révérence de l’objet, du service de l’autre. A mesure que nous découvrons les cloisonnements qui nous emprisonnent, grandit la nécessité d’hommes de pont, - qui se fussent jadis appelés pontifices. Notre service, à l’étiquette de pontife prés, est assurément d’êtres de ceux-là.
L’angoisse d’exister de notre monde cherche sa thérapeutique : de toutes parts, recours exacerbé d’un mot magique, on conjure la communication. Ici encore, du mot à la chose grande la distance. Mais le besoin est tel, et vital que ne pas tenter d’y répondre serait pour nos maisons manquer à leur propre destin […]
Car communiquer, c’est entendre l’autre et donc savoir écouter, se taire et recevoir ; c’est apprendre à lire, et donc au-delà des mots, s’ouvrir au sens, par où passe le message ; c’est enfin s’exprimer – opération entre toutes essentielle où s’imposent la vérité de la personne, la probité de la connaissance et ce respect d’autrui, sans lequel il n’y a dans les relations entre hommes que faux-semblants, méfiance, obscurité et aliénation réciproque. […]
Plus nous avons besoin de communiquer, plus les obstacles grandissent, et pas seulement de vocabulaire : des systèmes mentaux clos et autosuffisants s’affrontent et résolument s’excommunient ou, ce qui est pire, s’ignorent. En pareil état, aucune société n’est viable ; ni politique ni idéologies n’y feront grand chose, hormis pour cloisonner davantage.[…]
Dans une société, la nôtre, où tant au niveau de la famille qu’à celui de la vie scolaire des démissions grandissantes s’accusent, au lieu de nous dire qu’il est trop tard et de devenir ainsi complices de l’abandon général, ne pouvons-nous pas, dans un resourcement ajusté, tenter de proposer à nos étudiants un art de vivre ?[…]
La conjoncture culturelle d’aujourd’hui est grave. Tant par l’immensité submergeante des connaissances que par la tension harcelante de l’analyse à outrance, souvent état second de possession, deux réalités essentielles à la vie spirituelle se trouvent menacées dans leur être : la personnalité comme centre d’identité, de présence et de devoir dans la communication sociale, et l’espérance du grand, qu’elle soit pulsion, idéal ou modèle, niveau en tout cas où atteindre pour un accomplissement de soi. Mais de cette luxuriance engloutissante s’offrent aussi les remèdes. A peine d’être passivement emportée dans le flux d’une société de consommation où elle se consume elle-même, l’humanité contemporaine est contrainte de se reconnaître, c’est-à-dire de se reprendre et de définir par rapport à une information asservissante et épuisante ou à un masochisme de l’analyse, destructeur de l’engagement et de l’acte [….]

Source : Alphonse Dupront, La chaîne vive. L’Université, école d’humanité, Paris, Presses de l’université de la Sorbonne, 2003.

PS : les mots en caractères gras sont soulignés par moi.

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vendredi 9 novembre 2007

France : brumes de novembre N°72 - 1ere année

Le contrat social (voir le lien) débuté au galop stoppera-t-il net devant les grèves des jours à venir ? Les cheminots, la RATP, EDF, les étudiants, les magistrats, les policiers vont arpenter les pavés de France à tour de rôle. Quelle est l’ambiance ?
« Avec ce coup de gueule général, écrit Pauline Delassus de Marianne2.fr, contre le Gouvernement, tout y passe : l'autonomisation des universités bien sûr mais aussi la loi sur l'ADN, les sans-papiers, les mal-logés, les retraites et les acquis sociaux. Soutenu par les principaux syndicats, dont le Snesup majoritaire chez les professeurs, un mouvement de protestation se développe partout en France. »
Dans le magazine Challenges, Denis Kessler, ancien gauchiste passé avec succès dans les affaires, propose un arrière-fond plus historique : « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de la retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme […] A regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ![…] Cette ‘architecture’ singulière a tenu bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. »
Pour l’Elysée l’enjeu est simple : les réformes se feront quoi qu’il advienne. Le souvenir de 1995 est dans toutes les têtes. Mais répète-t-on l’histoire ?
Le pays est traversé par une double crise d’attente et de repliement. Les Français veulent des réformes, les derniers sondages sont clairs là-dessus et dans le même temps ils s’inquiètent du nouveau monde en formation. Nicolas Sarkozy a promis le changement. En six mois, la communication a rythmé la vie présidentielle sans paraître tenir plus d’une minute à une idée ou un propos. Les gens se fatiguent un peu de ce mouvement permanent et voudraient goûter quelques fruits du programme présidentiel. Le pouvoir d’achat figure en tête des impatiences françaises. Or, le chef de l’Etat par son oscillation quotidienne prête le flanc aux doutes, aux interrogations. S’il jouit pourtant d’une popularité indéniable, l’opposition est réduite à la portion congrue, les syndicats étant les seules forces structurées à fonctionner, elle a aussi ses limites ! N’oublions pas de compter celles et ceux privés de représentation politique qui peuvent d’un seul coup descendre dans la rue. Denis Kessler insiste justement sur la dimension historico-politique de la crise française. C’est pour cela que l’on déplore l’absence d’un programme politique similaire à celui du CNR. Le poids politique compte énormément. Il est indispensable pour réformer, d’avoir l’appui dynamique des Français. L’Elysée peine, semble-t-il, à épouser la cause historique. Et c’est, je le crois une faute.
Le Président joue une carte significative en novembre. Le résultat pèsera sur les municipales, le quinquennat et la présidence de l’Union qui commencera en janvier 2008.
« Le coup de gueule général » s’il n’émeut pas encore faute d’en connaître l’exacte profondeur mérite en tout cas qu’on le mesure, maintenant, sinon…..


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jeudi 8 novembre 2007

Etats-Unis/Europe : autour de la superpuissance N°71 - 1ere année

Une grande nation se mesure à sa capacité à entendre sans sourciller la liste de ses devoirs prononcée par son invité : en l’espèce le Président de la République Française. Le Congrès assemblé a écouté un chef d’Etat calme, convaincu par son discours en qualité d’ami des Etats-Unis.
On nous reprochera certainement cette impudence qu’il y a à exiger des autres ce que l’on ne voudrait pas entendre d’un chef d’Etat étranger devant nos députés et sénateurs réunis. Mais, enfin, s’adressant à la nation qui se considère comme la plus puissante au monde, ne devait-il pas lui dire son degré de responsabilité. C’est un point important.
Profitons du discours présidentiel pour voir ce à quoi s’engage une nation qui accepte son rang de superpuissance ou d’hyper puissance.
Le débat est ancien autour de la notion de puissance prépondérante. L’Europe fut la première à avoir au XVIe et XVIIe siècles des débats riches, passionnants sur le thème de la monarchie universelle. Les adversaires, les plus nombreux, craignaient par dessus-tout la tyrannie d’une seule nation c’est-à-dire de la monarchie universelle. Longtemps la maison des Habsbourg (Charles Quint) concentra sur elle les tirs puis ce fut l’Espagne de Philippe II et enfin, la France de Louis XIV. Les esprits européens pensaient que l’équilibre entre les puissances était la sage mesure capable de faire vivre en harmonie les unes et les autres. Les traités de Wesphalie signés en 1648 au terme d’une guerre de trente ans qui ensanglanta tout le continent introduisit officiellement la notion d’équilibre européen. Il faudra un siècle de plus pour le consolider. A la veille de 1789, l’Europe arrivait – d’une manière bien fragile – à accepter la stabilité des frontières et la légitimité des pouvoirs en place comme le socle commun. Le partage de la Pologne montrait clairement des progrès à accomplir. Au lendemain de la guerre d’indépendance américaine en 1783, Lord Shelburne, Premier ministre, n’écrivait-il pas au ministre de Louis XVI, le comte de Vergennes, que tout conflit européen à venir serait vécu comme « une guerre civile » ?
Les Etats-Unis en 2007 ? Ezra Suleman écrit dans Le Figaro du 6 novembre : « Quant aux Etats-Unis, même s’ils sont à l’origine des institutions multilatérales nées de la Deuxième Guerre mondiale, ils préfèrent rester la seule superpuissance aussi longtemps que possible. Aucune puissance n’a jamais cherché à diminuer sa propre influence. » Sommes-nous si éloignés du XVIe siècle ? A cette époque les Habsbourg ne voulaient-ils pas être la seule puissance ? Si aucune nation ne veut diminuer sa propre influence, pense-t-elle durer inconsidérément face à des nations qui partagent des valeurs complémentaires, similaires ? Un Etat est-il légitime à indiquer qu’il veut être le seul super pouvoir quand l’évidence lui montre la difficulté à assumer ce rang ?
Un des enjeux du XXIe siècle est justement l’équilibre entre les puissances mondiales. Nous retrouvons en partie toute cette époque européenne d’avant la Révolution Française. On ferait bien de reprendre les ouvrages et les traités sur cette matière. Les débats entre Américains et Européens, par exemple, sont dans une médiocrité affligeante faute d’esprit critique, de réflexion et de repères historiques. Ils se résument à : pro ou anti-américains !
Comment organiser le concert entre les « nations monde » (p.e, Inde, Chine, Russie, monde arabe) ? Voilà un thème riche. Devant le désordre planétaire, on comprend, cependant, les Etats-Unis attachés à leur statut original. Mais ce désordre est en partie celui qu’ils encouragent pour justifier de leur place singulière. Tout le travail intellectuel ne serait-il pas d’amener les Etats-Unis vers le concert des « puissances monde » pour ériger un socle en commun ou en communauté de valeurs ? Quelle serait la diminution de puissance ? Aucune puisque cet équilibre mondial concerté garantirait la puissance légitime de chacune d’entre elles ! Quel serait l’intérêt, enfin, de rester la seule superpuissance et d’assumer en retour tous les fardeaux de la planète ? On n’en voit aucun exception faite de l’égoïsme national.
Autour des droits et des devoirs en commun des nations que le Président de la République a introduit devant le Congrès américain s’ouvre un champ foisonnant pour lequel il est pressant de trouver les laboureurs adéquats. Relisons l’histoire et notamment celle de l’Europe diplomatique pour nous remettre sur des voies intelligentes. A cet égard les droits et les devoirs des Etats-Unis et de l’Union européenne se mesurent pleinement. Et le débat est ouvert urbi et urbi.

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mercredi 7 novembre 2007

Sarkozy Président tecktonik N°70 - 1ere année

La tecktonik est une danse de « djeuns ». Le danseur ressemble à un épileptique qui aurait perdu ses médicaments. Si Nicolas Sarkozy n’est pas épileptique, il est fortement agité. Il saute sur tout ce qui bouge. Des infirmières bulgares à l’Arche de Zoé, des cheminots aux marins-pêcheurs sans oublier les visites et réceptions officielles et ainsi de suite.
Il faut être un grand expert pour séparer dans ses gestes ce qui est de l’homme l’Etat au sens propre de l’opération de communication. A la vérité, il n’y en a plus. Tout est banalisé, mis dans un même sac ou fourre-tout. Les Français sont au spectacle et ne cessent pas de s’esclaffer, d’applaudir tant l’acteur Sarkozy épouse avec un grand naturel toute une série de rôles. Ce one man Show trouve sa récompense dans les sondages. Point de véritable baisse de popularité. Que se passe-t-il ?

Et bien justement, il ne se passe rien. Cet art consommé d’imposer sa personne sur chaque fait du plus anodin ou plus important rend très difficile la publicité de la critique, de la remarque. Le lâche abandon par le parti socialiste de la scène politique gomme une part non négligeable de l’opposition naturelle dans une véritable démocratie. La France n’a plus qu’une seule voix, qu’un seul orateur. Les Français sont-ils atones ? L’élection présidentielle de mai dernier s’est jouée autour de deux candidats programmés. Chacun a donné l’impression d’avoir son rôle propre. On comprend l’immense peur qui a habité le tandem Sarkozy/Royal devant la percée de François Bayrou. Il n’était pas prévu au programme. Au soir du premier tour, le ouf de soulagement des deux candidats ne se masquait pas. Entre deux maux, l’usage veut de choisir le moindre. Et ce fut Nicolas Sarkozy.
L’automne social intervient dans le sixième mois de la Présidence. Il va compter dans le tournant du quinquennat. Tout manifestant individuel ou collectif aura face à lui, Nicolas Sarkozy. C’est neuf et agaçant. Neuf parce que le Président de la République se mêle à la foule en répondant du tac au tac, tutoyant d’entrée, houspillant, rompt la distance qui était d’usage. Agaçant parce qu’il ne fait retenir de son déplacement que le final : applaudissement (marins-pêcheurs) ou silence gêné (cheminots). Agaçant également par les rodomontades : « j’irai chercher les Français détenus au Tchad » en se moquant comme d’une guigne de la souveraineté du pays en question.
Cette omniprésence présidentielle réveillera-t-elle les Français ? Les sondages portant sur des questions concrètes : pouvoir d’achat, niveau de vie, chômage…etc ne sont pas favorables à Sarkozy. Il y a donc une attente plus forte et plus attentive que ne laisse pas paraître les déplacements présidentiels. En politique étrangère, la ratification au pas de charge du traité européen dit de Lisbonne sera une flèche enfoncée dans la poitrine de plus de 55% de Français. Attention ! Ce n’est pas parce que le parti socialiste se déconsidère que les Français oublieront le mépris de Sarkozy pour le référendum de 2005. Le soin qu’il prend à reconquérir le cœur de l’Amérique n’est pas sans houle. Et dans un premier temps le danger viendra davantage des exigences de Washington, ravi d’avoir sous la main un homme aussi empressé de reconnaissance hollywoodienne, que des Français.
Le Président tecktonik court le risque à force de présence de n’être plus vu !C’est le paradoxe de sa méthode. Le matin à la Cour des Comptes aux côtés de Philippe Seguin en tenue d’apparat, deux heures plus tard, il tutoie les pécheurs…etc. Tout danseur s’épuise ! Le Président a intérêt à marquer le pas. Son élection a suscité, peut-être par dépit, un espoir véritable. Son degré de popularité n’est pas tari. Mais il paraît jouer les prolongations. Attention !


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mardi 6 novembre 2007

Pakistan : nous ne savons pas où nous allons ! N°69 - 1ere année

Un homme capable de réaliser un coup d’état est en mesure d’en faire un second ! Pari gagné pour le général Musharaff au pouvoir depuis 1999 ?
Les critiques du président de la Cour suprême, Iftikar Chaudhry, sur la régularité de l’élection présidentielle ne devaient donc pas être publiques. Le général l’a placé en résidence surveillée. Le pays est sous le choc. Les arrestations, les manifestations sont nombreuses. Benazir Bhutto, tout juste rentrée de son exil après avoir conclu un accord de gouvernement avec Musharaff, est restée dans un avion à l’aéroport de Karachi. Officiellement les Etats-Unis et les autres puissances protestent fermement contre ce coup d’état appelé officiellement état d’urgence. Soyons clairs, Washington et ses alliés doivent faire avec le général Musharraf dans leur combat contre les talibans. Le paradoxe de cette situation tient dans ceci : Musharraf a autant besoin des talibans comme ennemis que comme « alliés ». «
Il se pose en rempart contre les intégristes, mais c’est une plaisanterie. En affaiblissant les forces libérales, il favorise au contraire la montée en puissance des islamistes. On le voit bien avec la “talibanisation” croissante de la société pakistanaise » rappelle l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif.
On sait aussi les liens tissés avec les talibans afghans lorsqu’ils recevaient l’aide pakistanaise comme le souligne Gilbert Etienne (IRIS) au journal suisse Le Temps en juillet 2007: « jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001, le pays soutenait le régime des talibans en Afghanistan. De nombreux groupuscules islamistes étaient utilisés par les services secrets et l’armée. Des liens évidents subsistent. Certains militaires ou politiques n’ont sans doute pas enterré toute ambition de reprendre la main en Afghanistan. Des zones tribales, comme la frontière du nord-ouest, sont incontrôlables et constituent traditionnellement un refuge. Par ailleurs, pour asseoir son pouvoir, Musharraf, qui est lui-même un musulman plutôt libéral, se doit aussi de ménager les partis religieux représentés au parlement et qui militent pour une islamisation du système. »
Le Pakistan, né en 1947, se cherche une place légitime. Sur le plan intérieur, les chefs de tribus, les partis religieux, les talibans, l’armée sont des pouvoirs puissants. A l’extérieur, la Chine fournit la majeure partie de l’armement au Pakistan tout comme au Myanmar (Birmanie), les Etats-Unis versent l’argent au nom de la guerre contre la terreur tandis que les monarchies de la péninsule arabique apportent un soutien matériel aux partis religieux.
Le contexte géopolitique ne facilite en rien une évolution pacifique ou démocratique. Doté de l’arme nucléaire le Pakistan est-il aujourd’hui plus dangereux que la Perse ? Allié à la Chine et aux Etats-Unis, le pays est placé entre le marteau et l’enclume. Ne court-t-il pas le risque d’une implosion ? Les néo-conservateurs américains ne prévoyaient-ils pas un Pakistan réduit à une simple bande de territoire au profit du Baloutchistan ?
Pervez Musharraf est un militaire autoritaire, ambitieux, corrompu mais ni plus ni moins que Benazir Bhutto ! Depuis 1947 le Pakistan n'a jamais réussi à établir un régime démocratique stable pour la bonne et simple raison qu'aucune institution démocratique n'a été laissée au Pakistan au départ des britanniques. Pervez Musharraf se veut le chef suprême d’une population de 163 millions d’habitants en s’appuyant sur l’armée et les services secrets. Est-ce suffisant ? Le voisin Indien ne revendique-t-il pas le Cachemire dans son entier en faisant valoir que le caractère fondamentalement fédéral et laïque de son organisation lui permet d'accueillir toute population musulmane ? Cette exigence fragilise la légitimité pakistanaise et bât en brèche le choix britannique de partition de l’empire des Indes selon les religions.
" Nous ne savons pas où nous allons " est une phrase qui connaît, hélas, une grande popularité parmi les couches aisées du pays. Son arme nucléaire ne constitue-t-elle pas une menace majeure pour l'ensemble du sous-continent ? L’appel à la résistance du président de la Cour suprême doit être entendu et suivi. Le Pakistan ne mériterait-il pas un sommet des puissances (Inde, Chine, pays du Golfe) régionales ? Il est à craindre que la politique du pire ou du fatalisme ne soit à l’ordre du jour.

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lundi 5 novembre 2007

Enfants discount ? N°68 - 1ere année

L’affaire de l’Arche de Zoé déroulée sur le sol tchadien émeut à juste titre les opinions. On taira ici le côté spectacle du Chef de l’Etat pour se concentrer sur les enfants, personnages centraux de ce drame, de cet enlèvement qui ne put aller jusqu’à son terme.
Cette affaire nous conduit dans des pénombres successives. L’ONG, le Quai d’Orsay, les bénévoles, les parents "adoptifs" pêchent autant par impéritie que par la faute coupable. Admettons que des personnages influents tel Bernard Kouchner volontiers prolixe sur le droit d’ingérence et bavard sur le génocide en cours au Darfour ont une part de responsabilité morale. Le fondateur de MSF, Rony Brauman l’a rappelé à la télévision.
L’Arche de Zoé est une petite association d’une cinquantaine de bénévoles créée au moment du tsunami en Asie, en décembre 2004, et fondée par des amateurs de véhicules tout-terrain et des sapeurs-pompiers. Eric Breteau, leur chef, est l’un des 9 Français en détention à Abéché. Cette structure sympathique ne semble pas se distinguer par un activisme politique particulier. Son adhésion à d’autres ONG engagées au Darfour ne paraît pas surprenant.
L’inquiétude vient du manque d’analyse et de responsabilité de ces gens engagés dans la cause humanitaire et plus précisément envers des enfants. Ces derniers sont les victimes malheureuses sur lesquelles on ne porte pas suffisamment l’attention. Les enfants seraient-ils devenus des marchandises, des produits de consommation pour combler l’affectif des couples? Comment peut-on s’arroger le droit de s’emparer d’un enfant en décidant d’un coup qu’il était en danger et qu’on avait payé pour l’avoir. Les manifestations des « parents » ont quelque chose d’indécent. On leur suggère, pour l’heure, de faire profil bas au lieu de donner libre cours à des protestations.
De quel droit l’Arche de Zoé décide-t-elle d’ôter à leurs parents légitimes des enfants ? L’argument d’un génocide en cours au Darfour, province soudanaise collée à la frontière du Tchad a été condamnée cet été par la justice britannique. Les réfugiés du Darfour s’ils passent dans le pays voisin entraînent-ils ipso facto un trouble, une guerre au Tchad ? La région est l’objet de longues disputes avec des acteurs étatiques et privés.
Les 103 enfants sont de nationalité tchadienne et non soudanaise. Le Tchad est un Etat souverain. L’adoption d’enfants est soumise à des règles strictes qu’une ONG ne peut balayer d’un revers de la main parce qu’elle fait de l’humanitaire. En l’espèce elle commet plutôt de « l’inhumanitaire ».
Cette pénible affaire nous rappelle que nous pouvons très facilement revenir à des formes de trafics qui passent par le carnet de chèque, le virement bancaire, le paiement par carte, en liquide sous couvert de l’émotionnel. Cette émotion dont notre époque est atteinte gravement n’est pas sans danger. Faire de l’humanitaire suppose un professionnalisme, une culture générale, une évaluation des risques, la responsabilité. Les membres de l’Arche de Zoé ne sont évidemment pas des marchands d’enfants mais ils sont emportés par une sensibilité quelque peu naïve avec les conséquences que l’on sait. Les dirigeants de l’Arche, eux, ont une culpabilité plus évidente. Ils entraînent dans leur sillage des bonnes âmes et ôtent à des parents leurs progénitures. Tel est ce qui paraît être aujourd’hui. Les enfants, répétons-le, ne sont pas une marchandise.

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vendredi 2 novembre 2007

Un ambassadeur à Ispahan N°67 - 1ere année

En 1696, le vice-roi de l’Inde portugaise, le comte de Vila Verde, envoie un ambassadeur à la cour perse de Châh Soltan-Hossayn pour préparer une alliance entre les deux pays.
La prise de Mascate par les Omanis, en 1650, menaçait l’hégémonie portugaise dans la mer d’Arabie et dans leurs communications dans l’Océan Indien occidental. Le Châh de Perse se préoccupait de la montée en puissance des Arabes jusque dans les territoires relevant de son autorité. Portugal et Perse avaient donc un ennemi commun. Le roi Pedro II de Portugal comptait regagner une position forte dans le golfe persique, la mer d’Oman. Lisbonne pensait aussi avec l’accord des Perses expulser les Anglais d’Ormuz.
L’alliance pour diverses raisons n’aboutit pas.
L’ambassadeur Gregório Pereira Fidalgo da Silveira tint la relation de sa mission diplomatique depuis Ispahan où il vécut d’octobre 1696 à mars 1697. Ambiance.
« Le dimanche 23 (décembre) sur les deux heures le mehmândâr vint me dire que sur les quatre heures de ce même après-midi il fallait être au palais car le roi me donnait audience. La nouvelle se répandant, vinrent m’accompagner tous les religieux qui vivent à cette cour, les Français et les Anglais me faisant la même politesse, à laquelle seuls manquèrent les Hollandais. De la demeure où je résidais jusqu’au palais du roi il y avait environ une demi-lieue de distance ; toutes les rues où je passai étaient tellement peuplées de monde qu’il était nécessaire au mehmândâr de faire ouvrir la route à coups de bâton.
A la porte du palais je trouvai le grand-maître des cérémonies, qui se nommait Mohammad Mo’men Khan. Lui et le mehmândâr me menèrent à un édifice intérieur que je trouvai garni de tapis et où j’attendis jusqu’à la venue d’un message m’invitant à entrer dans le madjless où se tenait le roi. Sitôt que j’y arrivai, le Qollar-âqâssi était à la limite des tapis, et il fit office de maître des cérémonies. Apercevant le roi je lui fis un salut à notre manière, en tirant mon chapeau. Cela fut très difficile à obtenir, car on a introduit à cette cour l’usage que les ambassadeurs frappent trois fois le sol de leur tête ; avant l’audience j’avais fait dire au premier ministre comment je ferais les saluts au roi, et bien qu’il ait eu là-dessus beaucoup de scrupules, je les vainquis tous, le roi m’ayant fait dire de saluer comme il était d’usage entre les Portugais.
Lorsque j’arrivai prés de lui je lui fis un troisième salut, et mettant mon chapeau sur la tête je lui donnai les deux lettres, car la coutume à cette cour est de donner ensemble la lettre de créance et celle qui concerne la négociation. Mon interprète parlait au premier ministre en persan, et celui-ci au roi en turc, langue dans laquelle le roi répondait, car la langue persane est peu suée parmi les grands, qui tiennent celle des Turcs pour plus féconde et plus élégante que la leur propre […]
Lundi 24 décembre le capitaine des Hollandais, Mr. Casteleijn, me fit demander la permission de me visiter, ce qu’il fit sur les trois heures après-midi. Il s’excusa de ne pas l’avoir fait plus tôt en disant que c’était à cette cour un grand crime de parler aux ambassadeurs avant le jour de leur audience. A quoi, je répondis que j’agréais toujours sa politesse, mais que cette prohibition s’entendait seulement pour les Persans et les Arméniens et non pour les nations de l’Europe, puisque toutes celles qui se trouvaient là, excepté la sienne, m’avaient accompagné lors de mon entrée et m’avaient depuis visité maintes fois. Il me répondit que s’il avait commis une faute il m’en demandait pardon. Il me traita comme l’avait fait son résident quand je l’avais rencontré en cours de route.
Le lendemain le premier ministre me fit dire que le roi l’avait nommé pour être mon interlocuteur et qu’il fallait aller à la maison pour que nous traitions des affaires. Je répondis que la conférence devait se tenir dans la mienne, et que s’il avait à cela quelque scrupule il pouvait désigner un tiers lieu, à la secrétairerie ou au palais, qu’il verrait mes instructions, lesquelles je devais observer. Je m’ouvris de cette affaire à nos religieux qui vivent à cette cour. Ils me dirent qu’il était inutile que je prétende à ce que la conférence se tienne ailleurs, car il était d’usage qu’elle se fasse toujours dans la maison de l’E’temâdoddowleh soit allé à la maison de quelque ambassadeur, non seulement pour une conférence, mais même pour une visite. Le mehmândâr revint le lendemain et me dit que l’E’temâdoddowleh ayant fait part au roi de mon scrupule, le roi l’avait appelé et lui avait ordonné de venir me dire que j’aille à, la maison du ministre car il étai temps de me donner la réponse, et que je ne fasse pas difficulté à y aller car ainsi avaient fait les autres ambassadeurs. De sorte que je me résolus à y aller le lendemain. »
Lexique :

Mehmândâr : homme chargé d’escorter un ambassadeur
Madjless : parlement ou palais urbain
E’temâdoddowleh : grand-vizir

Source : Jean Aubin, L’ambassade de Grégório Pereira Fidalgo à la cour de Châh Soltân-Hosseyn, 1696-1697, Comité national pour la célébration du 2500e anniversaire de la fondation de la monarchie en Iran, Lisbonne, 1971.
Traduction Jean Aubin

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