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vendredi 31 mai 2024

Les lumières et l’esclavage : Cugoano, Condorcet et les débats sur l’abolition à la veille de la Révolution Jennifer Pitts N°5793 18e année

Pour l’anecdote, aux archives diplomatiques, j’ai eu, entre les mains, une lettre de 1786 de William Pitt , Premier ministre, adressée à Vergennes lui proposant de travailler de concert à l’abolition de la traite.

 « Thoughts and Sentiments on the Evil of Slavery (1787) de Quobna Ottobah Cugoano, l’un des traités antiesclavagistes les plus radicaux publiés au XVIIIe siècle et le premier publié par un auteur noir dans le monde occidental, est apparu dans une traduction française anonyme l’année suivante. Dans le cadre de recherches entreprises avec mon collègue Michael Suarez, S. J., de l’université de Virginie, nous présentons des arguments tendant à démontrer que la traduction pourrait être l’œuvre de Nicolas de Caritat, le marquis de Condorcet, et nous examinons les implications, pour notre compréhension de la pensée de Condorcet et du mouvement antiesclavagiste français, de cet effort visant à mettre rapidement à la disposition du public français le remarquable traité politique, philosophique et religieux de Cugoano. L’histoire complète des activités abolitionnistes de Condorcet reste à écrire, et son engagement probable avec l’esprit et les écrits de Cugoano devrait figurer dans cette histoire. » 

Jean Vinatier 

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jeudi 30 mai 2024

Où vont les Etats-Unis? Par le Sénat N°5792 18e année

 Intervenants : 

Alexandra de Hoop Scheffer (German Marshall Fund of the United States), 

Lauric Henneton (université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines). 

Jean Vinatier

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mercredi 29 mai 2024

Condamnées à mort - L’épuration des femmes collaboratrices par Fabien Lostec N°5791 18e année

“Dans ce livre passionnant, publié par les Éditions du CNRS, Fabien Lostec ouvre un champ totalement ignoré par l’historiographie de l'Occupation, de la Libération puis du rétablissement de la République. 

"Contrairement à une légende tenace, toutes les femmes collaboratrices n’ont pas été graciées par les tribunaux de l’épuration à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Elles sont 650 à être frappées par la peine capitale, dont 45 sont finalement exécutées. Jamais, depuis la Révolution française, autant de femmes n’avaient été condamnées et mises à mort en si peu de temps. Qui sont ces condamnées à mort, de quelle façon ont-elles collaboré, comment vivent-elles leur épuration et par qui sont-elles jugées ? Fabien Lostec brosse le portrait individuel et collectif de ces femmes. Il nous montre qu’au-delà de l’image de la collaboratrice sentimentale, elles se sont résolument engagées au service de l’ennemi, ont commis des actions violentes et des tortures, ont provoqué des déportations et des assassinats. 

La morale et le droit s’entremêlent lors de leurs procès, puisqu’elles sont accusées d’être de mauvaises épouses et/ou mères et, plus largement, de mauvaises femmes. L’auteur examine le temps du jugement jusqu’à la mort pour celles dont le recours en grâce est rejeté et n’oublie pas le temps de l’incarcération ni celui de la sortie de prison pour celles qui bénéficient d’une commutation de peine. Une étude fine qui vient renouveler par le genre l’histoire de l’épuration et de la violence politique." source CNRS. » 

Jean Vinatier 

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lundi 27 mai 2024

La guerre en Ukraine est-elle une rupture historique ? par Yann Marquand N°5790 18e année

 

« Identifier la rupture historique dans le présent, un exercice périlleux

Si l’histoire est faite par les historiens et l’actualité par les hommes, l’un des paradoxes de la science historique – et corrélativement l’un de ses obstacles – est précisément que l’histoire est faite par un homme à la fois observateur du présent et interprète du passé. L’historien est donc à la croisée d’une double tension intellectuelle : analyser le passé avec son regard du présent, observer le présent avec son interprétation du passé.

Interpréter le passé, c’est donner un sens à la chronologie, c’est la condenser dans des moments de ruptures explicatives. Cette opération de condensation a le bénéfice de démêler l’écheveau de la complexité événementielle à travers la simplicité d’un prisme interprétatif. Interpréter les événements c’est au fond peser, évaluer, trier, conserver les faits déterminants, rejeter les quantités négligeables. C’est finalement construire la chronologie et rendre tangible les ruptures. L’événement-rupture quant à lui, est un basculement, une discontinuité dans la continuité temporelle, un bouleversement notable avec un avant et un après.

Il est d’autant plus aisé pour l’interprète-historien d’identifier la rupture passée que l’après rupture est donnée dans une perspective historique déjà visible. En revanche, l’observateur du présent, historien ou non, peut identifier un événement présent comme une rupture alors que l’histoire prouvera qu’il n’en est rien. Inversement, ce même observateur peut vivre la rupture sans la voir puisque l’après rupture est encore invisible.

 

Les guerres et les révolutions sont-elles des indices de rupture ?

« L’histoire universelle n’est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ses pages blanches. » Cette formule, extraite des Leçons sur la philosophie de l’histoire du philosophe allemand Hegel, peut servir de guide méthodologique pour identifier l’événement-rupture. Si nous retenons de l’histoire sa dimension tragique faite essentiellement de guerres et de révolutions, c’est sans doute parce que ce genre d’événement peut prétendre constituer des moments décisifs de compréhension. Ils sont des marqueurs qui méritent toute notre attention.

Tentons d’illustrer ces quelques réflexions par l’exemple, ou plutôt commençons par le contre-exemple. Les biens mal nommés « printemps arabes » de 2011 ont pu laisser penser à l’observateur contemporain que nous avions à faire aux signes objectifs d’une rupture révolutionnaire avec à la clef l’avènement de la liberté démocratique dans le monde arabe. Rares sont les contemporains irrévérencieux qui contre les opinions reçues ont analysé qu’il n’en était rien. Au risque de subir les affres de l’ostracisme intellectuel, rares sont les rabat-joie qui ont osé dire que ces expressions de « printemps arabes », de « liberté », de « droits de l’homme » et de « démocratie » n’étaient que préjugés, la projection de catégories occidentales en l’occurrence peu consistantes qui ne correspondaient pas à la réalité sociologique et politique régionale. Ces catégories ont été évidemment largement relayées par les médias occidentaux du tout-venant et le nez pointé sur l’information du jour, l’Occident a célébré le Moyen-Orient touché par la grâce révolutionnaire et démocratique.

Pourtant, il n’y a pas eu d’authentique révolution démocratique ni en Tunisie – quand bien même ce cas est plus discutable que les autres – ni en Égypte, ni en Libye, ni en Syrie, ni au Yémen, ni à Bahreïn. Nous avons voulu voir ce que nous croyons, principe peu défendable du point de vue scientifique, alors que nous aurions dû inverser la syntaxe dans une approche empirique et croire en ce que nous voyons. Comprenons par le verbe « voir » : enquêter, analyser, distinguer. Nous conseillons à ce propos l’excellent ouvrage d’Alain Chouet, Au cœur des services spéciaux. La menace islamiste : fausses pistes et vrais dangers. L’auteur, ancien directeur de la DGSE, chargé de mission notamment à Damas ou Beyrouth, arabophone, pétri de culture arabo-musulmane et de ses alentours (Turquie, Iran, Afghanistan et Pakistan) mérite une attention particulière sur le sujet.

L’ouvrage questionne[1] en effet cette expression de « printemps arabes » dans sa spontanéité, sa profondeur et son authenticité. Au fond, dit-il, la question n’est donc pas tant de savoir pourquoi ces pays arabes connaissent de tels mouvements de contestations en 2011, mais plutôt : pourquoi les Occidentaux s’y intéressent-il tant, alors que depuis la fin des années 60 les contestations violentes dans cette région sont observées avec une splendide indifférence ? D’une manière générale, l’Occident a manifesté, il est vrai, un enthousiasme doublé d’une volonté « bienveillante » et toute paternaliste d’accompagner le « dégagisme » des autocraties arabes. En préambule de l’analyse de Chouet, relevons sa formule qui propose une analogie intéressante : « Quelle aurait été la légitimité des révolutionnaires de 1789 si c’était une coalition anglo-russo-prussienne qui avait coupé la tête du roi de France ? »[2].”

La suite ci-dessous :

https://cf2r.org/tribune/la-guerre-en-ukraine-est-elle-une-rupture-historique/

Jean Vinatier

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Quelle est la dimension maritime de la guerre à Gaza, de la mer Rouge à l’océan Indien ? par Kais Makhlouf et Louis Borer N°5789 18e année

 

« Les auteurs dressent un tableau documenté de la situation en mer Rouge puis dans l’océan Indien. Ils étudient ensuite les possibles liens de causalité entre les attaques Houthis en mer Rouge et le renouveau des attaques pirates dans l’océan Indien. Ce qui illustre, sur fond de guerre à Gaza, dans l’interdépendance terre / mer, le chaos des échelles et l’interconnexion des crises du temps présent. Deux cartes inédites illustrent cet article.

LES IMPLICATIONS maritimes de l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 ne se sont manifestées qu’après plusieurs semaines de conflit. Afin d’analyser l’état de la menace selon les zones considérées, un bref point de situation semble nécessaire, la guerre qui oppose le Hamas et Tsahal étant la cause de l’extension du conflit actuel en mer Rouge. Effectivement, d’après leur discours officiel, les Houthis continueront leurs actions à l’encontre des navires qui transitent dans la zone tant que les opérations israéliennes se poursuivent à Gaza. Si l’objectif est de porter atteinte aux intérêts israéliens, Israël et sa façade maritime en Méditerranée orientale sont pourtant restés relativement épargnés sur le plan maritime [1].

Toutefois, avec l’entrée des Houthis dans la guerre, le conflit a changé d’échelle géographique, basculant d’une dimension régionale à une logique mondiale, en menaçant directement les navires transitant en mer Rouge, entre le détroit de Bab el-Mandeb [2] et le canal de Suez, deux seuils stratégiques indispensables à la libre circulation d’une économie mondialisée et maritimisée, et par lesquels transitent 30 % du volume de conteneurs (15 % du commerce mondial). Parmi ces premières victimes collatérales figurent le canal de Suez, qui a annoncé une chute de près de 50 % de ses recettes et 37 % du nombre de passages. La plupart des armateurs, au premier rang desquels figurent MSC, Maersk ou la CMA-CGM, préfèrent contourner la mer Rouge par le cap de Bonne Espérance, soit un détour de 6 000 km impliquant une hausse conséquente des tarifs de fret.

La géopolitique ayant horreur du vide, l’appel d’air opérationnel et médiatique créé par le conflit en mer Rouge a délaissé l’océan Indien, où les pirates sévissent de nouveau depuis fin novembre 2023.

En dressant un tableau général de la situation en mer Rouge (première partie) et dans l’océan Indien (seconde partie), l’objectif de cet article sera, notamment, d’étudier les potentiels liens de causalité entre les attaques Houthis en mer Rouge et les attaques pirates dans l’océan Indien.

Une fois les espaces géographiques délimités, il convient d’identifier le type d’acteurs et de menaces auxquelles les navires civils et bâtiments militaires déployés sur zone sont exposés. Ainsi, il est important de distinguer les attaques Houthis [3], groupe insurgé paramilitaire pro iranien motivé par des objectifs politiques, stratégiques, symboliques et médiatiques visant les intérêts israéliens et leurs alliés, des attaques pirates - dont le mode opératoire diffère grandement - motivés par l’appât du gain, et recherchant le ratio gain/risque le plus favorable possible. Les groupes terroristes jouent dans cette équation un rôle différent. Le groupe qaïdiste Al-Shebbab assure un rôle de soutien indirect aux groupes pirates en Somalie. Alors que le chef des rebelles Houthis, Abdul-Malik al-Houthi avait annoncé mi-mars 2024 son intention d’étendre ses attaques vers l’océan Indien, donc dans une zone proche des zones de piraterie, ces distinctions sont d’autant plus importantes. »

La suite ci-dessous :

https://www.diploweb.com/Quelle-est-la-dimension-maritime-de-la-guerre-a-Gaza-de-la-mer-Rouge-a-l-ocean-Indien.html

 

Jean Vinatier

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mercredi 22 mai 2024

Déconstruire un récit impérial : le mythe Sykes-Picot par Louis Le Douarin N°5788 18e année

 

« La carte dite de Sykes-Picot (1916) est souvent présentée comme l’illustration la plus flagrante de l’impérialisme européen au Moyen-Orient et de la manière dont les frontières y ont été tracées arbitrairement. En replaçant cette carte dans son contexte historique, l’historiographie récente nuance cette idée. Exagérer son importance revient à occulter la longue histoire des frontières et tend à faire oublier que ce mythe est lui-même en partie hérité des discours impériaux.

La carte dite des « accords Sykes-Picot » est généralement associée à la dénonciation de la responsabilité européenne dans les conflits territoriaux que connaît le Moyen-Orient depuis les cent dernières années. Avec ses lignes droites, tracées sur une carte à petite échelle, elle est devenue un lieu commun illustrant la relation supposée intime entre impérialisme, colonialisme et cartographie. La violence de la domination coloniale s’inscrit indéniablement dans la manière dont les Européens ont imposé des frontières et régimes frontaliers sur des sociétés dominées. Le renouvellement de l’historiographie sur l’histoire impériale et la production des frontières nous autorise en revanche à interroger les limites des critiques concentrées autour de « Sykes-Picot ». Tout en voulant porter un message anticolonial, il contribue en effet à perpétuer des imaginaires et des présupposés forgés par les Européens à l’époque du partage, ce qui participe encore à brouiller les lignes.

Une carte et un esprit impériaux

En 1919, le démantèlement de l’Empire ottoman à la suite de la Première guerre mondiale donne naissance à de nouveaux États, dont une partie passe sous l’autorité de la France et de la Grande-Bretagne, sous le régime du mandat délivré par la Société des nations. Aujourd’hui, à l’heure où les anciens territoires de Palestine, d’Irak, de Syrie, du Liban mandataires, mais également de la Turquie, sont tous plus ou moins directement touchés par des conflits à la fois internes et internationalisés, où s’opposent différentes représentations sur la nature même, les contours, et l’avenir des États, des territoires et des nations, le partage qui prend forme en 1916-1920 est sans cesse convoqué et dénoncé comme péché originel. Lors des conflits qui suivent l’intervention américaine en Irak en 2003, et surtout depuis l’enlisement du conflit syrien, de nombreux commentateurs se sont interrogés sur la viabilité de ces territoires, exhumant la carte des accords Sykes-Picot comme un rappel graphique de la responsabilité européenne dans cette création.

Pour comprendre les limites de cette association entre la carte et cette critique, il faut d’abord la remettre dans son contexte. Depuis le milieu du XIXe siècle, voire dès 1830, différents acteurs européens ont cherché à accroître leur influence économique, culturelle et politique dans les territoires de l’Empire ottoman. Cette influence, articulée à des velléités nationales, voient Istanbul perdre pied dans les Balkans, le Caucase, à Chypre et au Maghreb, où les États européens s’imposent. Le conflit mondial, dans lequel les Ottomans sont alliés aux empires centraux, laisse ainsi entrevoir la possibilité d’un démembrement du reste de l’empire en cas de victoire de la Triple-Entente. C’est dans ce cadre, et parce que Londres organise activement la révolte de tribus arabes contre le pouvoir ottoman, que la France et le Royaume-Uni entament des discussions sur le futur de la région. Ces négociations aboutissent au célèbre accord signé en mai 1916. Les véritables signataires sont Edward Grey, secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères et Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres. Il s’appuie sur les négociations de François Georges-Picot, ancien consul général de France à Beyrouth, et de Mark Sykes, jeune officier ayant parcouru l’Orient avant de réussir à s’imposer comme expert de la région au sein du Foreign Office (Barr 2012).

La carte elle-même existe en plusieurs versions mais la plus connue, qui refait régulièrement surface dans les médias, est un tirage de la carte de « Turquie orientale en Asie, Syrie et Mésopotamie » publiée en 1910 par la Royal Geographical Society et portant des surcharges réalisées à la main (document 1). Un ensemble de caractéristiques ont contribué à sa célébrité comme illustration d’un rapport impérial et colonial au territoire. Sa petite échelle et l’absence de représentation des frontières et limites administratives sur le fond de carte (puisqu’il s’agit d’une carte physique) peuvent donner l’impression d’un territoire vide, ouvert aux ambitions. À cette échelle, les traits épais ajoutés à la main correspondent à plusieurs dizaines de kilomètres dans la réalité. Le choix du rouge vif et du bleu, pour représenter les « prises » des puissances, reprennent aussi les codes des atlas coloniaux en circulation à l’époque, donnant à cette carte une valeur presque performative. Enfin, le fait que l’accord soit scellé sur une carte britannique rédigée en anglais témoigne d’un rapport de force cartographique : si la France a multiplié les efforts pour cartographier la région au milieu du siècle précédent, la Grande-Bretagne a considérablement amélioré sa connaissance dans les deux décennies qui précèdent la guerre (Foliard, 2017).

Un accord mais pas de frontières »

La suite ci-dessous :

https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/a-la-une/carte-a-la-une/sykes-picot

 

Jean Vinatier

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