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vendredi 30 mai 2008

Israël et la huppe fasciée N°216 - 1ere année

L’Orient-Le Jour nous apprend une bonne nouvelle d’Orient : les Israéliens, à l’occasion du soixantième anniversaire de leur Etat, ont élu la huppe fasciée comme symbole de leur pays¹
Nous ne saurons jamais ce qui a conduit les Israéliens à choisir ce volatile élégant mais ils ont fait un choix très intéressant qui indique, peut-être, à tous les politiques non seulement leur immense espoir et également leur ouverture vers l’Autre.
La huppe est l’oiseau central de l’œuvre merveilleuse du poète persan, Farid Al-Din Attar (1140-1230),
La Conférence des oiseaux (1177) qui débute par un salut :
« Huppe, je te salue guide des hauts chemins et des vallées profondes, toi qui t’en fus (heureux voyage !) jusqu’au royaume de Saba et qui revins chanter sa reine à l’oreille de Salomon ! Son cœur en fut autant enivré qu’il t’en murmura ses secrets. C’est, paraît-il, à cet honneur que tu dois le plumet qui couronne ta tête. Sois-en digne. Un conseil bâillonne tes démons, si tu veux demeurer auprès du Roi des rois dans la chambre des confidences ! »
Quel en est le sujet ?
Tous les oiseaux se rassemblent pour constater qu’ils leur manquent un roi. La huppe (messagère d’amour dans le Coran) les convainquit de partir à la recherche de l’oiseau roi, Simorgh, (symbole de Dieu dans la poésie persane) de cette façon :

« Voici donc assemblées tous les oiseaux du monde, ceux des proches contrées et des pays lointains,

Ils se firent, mi-voix, ces réflexions émues : « Est-il sur cette terre un royaume sans roi ? Aucun sauf un, le nôtre, et cela n’est pas bon. Unissons-nous cherchons, trouvons enfin celui qui conduira nos vies. Sans lui que sommes-nous ? Une foule sans âme, un peuple chaotique, un désordre ambulant ! » Voilà ce qui fut dit en bruissements craintifs.
Or, tandis qu’ils tenaient : leur pépiant débat, la huppe s’avança au-devant des plumages. Un espoir impatient avivait son regard. Sur sa poitrine était inscrit le signe des chercheurs de vie et sur son front resplendissait la couronne de vérité. Elle distinguait le bien du mal. Elle connaissait le chemin juste.
-Oiseaux, dit-elle, sachez-le, je fus aimée de Salomon. Mon vol a guidé ses armées, et chose incroyablement vraie, si dix oiseaux l’abandonnaient, à l’instant il les oubliait, mais moi, qu’une heure je m’absente, que faisait-il ? Il s’inquiétait, il me faisait chercher partout. Il ne pouvait vivre sans moi. Il me confiait ses messages, je les portais, je revenais. Derrière le rideau tiré, j’étais sa seule confidente. Il me fit reine, par amour. Plus grande joie ne saurait être même au jardin du paradis ! J’ai vécu près de Salomon ce que nul ne saurait connaître. Avec lui j’ai couru les mers, j’ai traversé monts et déserts, j’ai franchi les eaux du déluge. Quels que soient la route et le temps, je fus sans cesse auprès de lui. S’il me fut donné de toucher au secret de la Création, je le dois à son amitié, autant qu’à mon propre labeur.
Je suis désormais la servante et la messagère de Dieu. Son nom est la clé de mon bec. Je règle seule mes affaires. Ai-je besoin des autres ? Non. Les créatures m’indiffèrent. Que je leur sois indifférente est donc, je pense naturel. Je n’ai désir que de l’Aimé. Ses sujets m’importent fort peu. Il m’a dit où naissent les sources, et tant et tant d’autres secrets ! Je connais tout de mon Seigneur. Pourtant sans votre compagnie je ne peux rejoindre son nid. Suivez-moi donc, mes beaux oiseaux, et vous les connaîtrez bientôt ! Jetez au vent ces vanités, ces doutes qui vous paralysent, détournez-vous de ce démon qui grince en vous que rien ne vaut. Voulez-vous être délivrés du pesant souci de vous-mêmes. Sur Lui seul jouez votre vie. Bien et Mal ne sont que poussière sur le chemin du Tout-Aimant. Jetez au vent vos vieux habits ! Que la route soit une fête, chantez, ne marchez pas, dansez ! Je sais où trouver Sa demeure. Elle est derrière le mont Kâf. Et je connais Son nom : Simorgh.
Nous sommes loin de lui. Il est pourtant si proche ! Son nid ? Le temple saint, enfoui plus haut que tout, lumineux au-delà des plus sombres ténèbres. Cent mille rideaux de soleil et cent mille de nuit profonde voilent son seuil à tout regard. Nul ne peut dire : Il est à moi. Il est l’Infini Souverain. Où est exactement ce lieu où Il demeure ? Aucun savoir humain n’en a la moindre idée. Son pays ? Inconnu. Mille et mille affamés le cherchent, fous d’amour, mais aucun n’eut jamais la patience d’aller jusqu’au bout du pèlerinage. Bref, l’âme la plus pure est impuissante à dire, elle demeure muette au seul nom de ce Roi. Comment donc la raison pourrait le concevoir ? Elle est aveugle, hélas, et l’âme est éblouie. Ainsi la vérité demeure insoupçonnable, hors de portée du saint autant que du savant.
Que sommes-nous, vivants, auprès de Lui l’Unique ? Une poignée de sable. Même en rêve nous ne pouvons imaginer sa découverte, pauvres petits poissons qui d’un bond hors de l’eau voudraient toucher le ciel ! A espérer Le voir, mille fronts insensés se cognent, s’entrechoquent comme boules lancées sur un terrain de jeu. Voulez-vous vraiment parcourir ce long chemin qui mène à Lui ? Il est fait d’eau profonde et de terre rugueuse. Avez-vous un cœur de lion ? Assurément il le faudra pour affronter jour après jour les ébahissements sans fond, les fatigues, les désespoirs, les joies aussi qui nous attendent. Et que pouvons-nous espérer au bout de ce pèlerinage ? A peine un soupçon de Son souffle, peut-être un écho de Son pas.
Sachez-le, rien n’importe plus que le désir qu’Il nous inspire. A quoi bon l’âme dans nos corps sans un être à nourrir d’amour ? Es-tu prêt à partir sans remords, sans regret, la face offerte au vent ? Es-tu vraiment celui qu’aucun danger n’effraie ? Oublie-toi donc et va. Abandonne aux buissons ta veille peau sans âme. Sois brave. Fais cela. Le Bien-Aimé t’attend pour te vêtir de Vie à tout instant nouvelle. »
Est-on si loin de l’utopie d’Aristophane dans sa pièce Les Oiseaux (-414 AVJC) ? La huppe (autrefois un homme, Terée) accepte de guider les hommes à bâtir une cité sous le ciel et non sur la terre. Farid Al-Din Attar connaissait les œuvres grecques, s’en est-il inspiré ?
Le plus important aujourd’hui est qu’un peuple choisisse maintenant un oiseau à la symbolique si riche. Ô ironie, la quête d’Israël se connecterait-elle, à la pensée de Farid Al-Din Attar ?
« Lis ce livre, chercheur, tu sauras où aller. Savoure-le longtemps et tu seras nourri. Car il a de quoi t’étonner, Tu le lis une fois et tu crois le connaître, mais non ! Lis-le cent fois, cent merveilles nouvelles ébahiront ton œil. Le voile de l’épouse ne s’écarte que peu à peu devant le sein dissimulé. »

©Jean Vinatier 2008

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Sources :


1-
http://www.lorientlejour.com/page.aspx?page=article&id=373168
2- Farid al-Din Attar, La conférence des oiseaux, d’après la traduction du persan de Manujeh Nouri-Ortega, adaptée par Henri Gougaud, Paris, Seuil, 2002 pp.31, 39,40,41 ,42
L’œuvre a été traduite en français la première fois par Joseph-Héliodore Garcin de Tassy (1794-1878)

jeudi 29 mai 2008

France, défense européenne et l’Europe centrale N°215 - 1ere année

La durée d’une visite officielle raccourcit de jour en jour ! Il est bizarre de ne plus prendre le temps de rencontrer les hommes, ici les Polonais autres que les officiels : mardi 24 mai, quelques heures à Varsovie. Bref, c’est ainsi ! En quelques heures donc a été signé un partenariat stratégique et annoncé l’ouverture complète, avec un an d’avance, du marché du travail aux huit pays entrés dans l’Union européenne en 2004. Ce voyage reprend des thèmes abordés en septembre 2007 par Nicolas Sarkozy en Hongrie.
Sur l’Europe :
L'Europe ne sera pas indépendante tant qu'elle ne sera pas capable de se défendre par elle-même"[….] "Je n'opposerai jamais l'Europe de la défense et l'Otan (...) Il ne s'agit pas dans mon esprit de substituer la politique européenne de défense à l'Alliance atlantique mais bien de créer deux systèmes complémentaires."
Sur la coopération :
" Ce que je viens proposer aux Hongrois aujourd'hui, c'est de poursuivre notre action commune en Europe. Je pense par exemple au domaine énergétique, dans lequel la Hongrie entend tenir un rôle central et constituer une place stratégique concernant les approvisionnements de l'ensemble des acteurs européens "
Et enfin, sur la place de notre continent : "Dans ce monde si violent, si instable (...) l'Europe doit être passionnément raisonnable et passionnément démocratique. L'Europe n'a pas comme seule ambition d'être riche, d'être en croissance, d'avoir le plein emploi. L'Europe doit aussi porter un message politique, un message d'humanisme dans le monde dématérialisé d'aujourd'hui. L'Europe doit être politique ou elle ne sera plus."¹
A la veille de la présidence française, répéter aux pays d’Europe centrale qu’ils sont sur un pied d’égalité est une bonne chose. La phrase cinglante de Jacques Chirac à l’encontre de l’Est ne se séparait pas des conditions de l’invasion de la Mésopotamie, du fameux appel du 30 janvier 2003 signés par huit chefs de gouvernement (République tchèque, Espagne, Portugal, Italie, Grande-Bretagne, Hongrie; Pologne, Danemark) qui appelaient à une unité de vue avec les Etats-Unis complété par la déclaration de Vilnius du 3 février 2003 (Albanie, Bulgarie, Croatie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Macédoine, Roumanie, Slovaquie et Slovénie).²
En 2008, le désastre oriental est consommé, les mêmes pays signataires rechignent à envoyer des effectifs supplémentaires en Afghanistan pour une guerre sans durée déterminée, le mandat de Georges Bush se termine, la Russie n’est plus la puissance paria…etc. L’éditorialiste de
Polityka, Adam Szostkiewicz confirmerait-il son écrit d’avril 2007 : " Si j’étais Français, je voterais pour Sarkozy, dans l’espoir qu’il réussisse à créer une nouvelle droite post-chiraquienne, post-gaulliste, qui soit à la hauteur des défis du XXIe siècle et de la France dans le monde… " ?
A première vue la France rattraperait ces pays d’Europe centrale en prônant une politique de fidélité à Washington via son retour complet dans l’OTAN, par l’envoi de troupes en Afghanistan et par des commentaires identiques au sujet de la question nucléaire iranienne.
Dans ce cadre la proposition française de bâtir une Europe de la défense qui ne gênerait pas l’OTAN est assurée de leur bénédiction générale. Paris donnerait en quelque sorte raison à l’Est dans son alliance américaine. Cette unité de pensée bute, cependant, sur la question du bouclier de radars antimissiles que Washington voudrait installer juste en face de la Russie. Varsovie, dans un premier temps enthousiaste tempère ses ardeurs par la difficulté à obtenir en quelque sorte des retours sur investissement. La Russie ne donne aucun signe de faiblesse et ne se gêne pas pour défendre son espace historique dont l’Ukraine. Moscou et Pékin viennent de conclure un accord stratégique qui contrebalance le projet américain.
Dans ce contexte, quelle est la crédibilité du programme de Nicolas Sarkozy ?
La France, adopte une politique de défense axée sur l’économie plutôt que sur celui de l’affirmation de son rang ; ainsi, le report de la décision de construire ou pas le second porte-avions aux années 2011/2012 ; en réduisant la sienne, il sera, a priori, plus difficile de séduire l’Europe centrale sur la défense commune ; s’en tenir à la notion de « luttes diffuses » paraît, quand même bien incertain pour prôner l’Europe de la défense ; une bonne part, enfin, du discours de Sarkozy repose sur une place d’exception de la France dans l’OTAN. Actuellement, rien n’indique, le degré de reconnaissance des Etats-Unis (Mc Cain ou Obama) pour notre virage diplomatique.
Dés lors, adhérer aux propos présidentiels ne présente pas un risque majeur puisqu’ils vont dans le sens des politiques suivies par ces pays de l’Est depuis les années 1989/1991 ( chute du Mur de Berlin et fin de l’URSS) l’union de principe avec les seuls Etats-Unis.
Chaque gouvernement sait bien le changement du monde en cours et les problèmes complexes qui en découlent mais s’en remettre à une seule nation paraît imprudent.
Si le « oui » à la défense commune revient à dire, l’OTAN est la protection européenne. C’est une erreur mais faute de mieux, on se saisit de ce paravent.
Le souhait d’Adam Szostkiewicz que la France invente de toute pièce une politique post gaullienne et chiraquienne n’est pas encore établi alors que l’union pour la Méditerranée sera, peut-être, une usine à gaz, le lien orageux entre Paris et Berlin et l’engagement britannique toujours lié aux « special relationships »
Aller devant ces pays européens sans posséder une puissance politique (donc militaire et financière), un axe solide franco-allemand en adéquation avec le dessein projeté serait une chimère qu’une habile communication n’effacerait pas. La complémentarité (défense européenne/OTAN) à laquelle fait allusion Nicolas Sarkozy semble répondre davantage à une question de la part de ces Etats d’Europe centrale qu’être une solution pérenne.
En toute logique, l’Europe de la défense ne peut naître que si l’Europe le décide et non à la condition de ne pas contrarier une alliance conçue dans la dernière moitié du XXe siècle.
Nicolas Sarkozy parviendra-t-il à déclencher quelque chose, une vague prise de conscience européenne entre juillet et décembre 2008 à force de parler de notre continent dans tous les sens ? Tout est possible, les enjeux sont primordiaux.

©Jean Vinatier 2008

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Sources
:

1-
http://www.lejdd.fr/cmc/international/200737/ue-sarkozy-met-le-cap-a-l-est_55246.html
2- pour la relecture des textes : http://www.diploweb.com/ue/crise2003.htm

mercredi 28 mai 2008

Yves Paccalet : « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! » N°214 - 1ere année

« J’écris ce livre afin que ce que j’écris dans ce livre n’arrive pas.
Hélas ! Cela adviendra. Je n’ai aucune influence. Je ne suis que quelques molécules ornées de rares idées fugaces. Au reste, la littérature, la philosophie, la poésie, l’art ou les idéologies n’ont jamais transformé l’homme, ni le monde »
L’auteur de ces lignes, Yves Paccalet (né en 1945), philosophe(Normal Sup), journaliste a parcouru les mers aux côtés du commandant Cousteau puis avec Nicolas Hulot. Auteur d’une soixantaine de publications, il a voulu proposer au public un essai d’humour noir sur les hommes et leurs incorrigibles incuries. Cet ex-soixante-huitard regarde, compare sans tomber dans le piège du moraliste. Il est plus fin, plus redoutable.
Il a été sur toutes les mers ; il a visité toutes les terres jusque les plus singulières : qu’en retire-t-il ?
« Je ne prédis aucun avenir radieux à l’humanité, mais je ne puis m’empêcher de lutter pour sa survie[…] Lorsque je dénonce le saccage des récifs et des mangroves, je ne défends pas uniquement la biodiversité des océans, mais la sécurité de mes congénères…. »
Et de prendre pour exemple les Papous :
« Je bois des bières avec des indigènes : même en ne parlant pas la même langue, on peut trinquer. Je donne des tee-shirts « Sauvons les oiseaux de paradis » à des adolescents qui connaissent mieux que moi ces volatiles, mais qui, pour quelques roupies, les piègent et les vendent à des trafiquants. L’un des « souvenirs » qu’on peut rapporter de Nouvelle-Guinée consiste en un paradisier coupé en deux dans le sens de la longueur, séché et cloué avec ses plumes sur une planchette de bois. Un objet du meilleur goût, plus cher et plus chic que le coquillage en voie de disparition ou la mâchoire de requin…
Je croise un homme hilare, qui arbore un tee-shirt « Winston », une casquette « Marlboro » et un short « Camel » tout en fumant des cigarettes made in Indonesia : réconfortant méli-mélo ! Ce luron aux cheveux crépus résume le mépris qu’il faut opposer aux grandes compagnies industrielles et commerciales.
Je salue mon frère papou soixante-huitard. »
Et de faire une première conclusion : « Je généralise, de la Nouvelle-Guinée à la Terre entière ; Les liens fragiles qui unissent l’homme à la nature sont en train de lâcher. Sur notre planète, la « longue maison » de la sagesse et de la poésie supporte la violence et les pillages, la brûlure des incendies et la suffocation des déluges. Notre espèce ne survivra pas aux désastres qu’elle provoque. Nous n’en avons plus pour très longtemps. Nous sommes tous des papous. »
Yves Paccalet poursuit son ouvrage par une liste de treize catastrophes éventuelles où l’astronomie et la géologie prédomineraient : la météorite tueuse, le nuage interstellaire, les volcans en furie, le destin de l’île de Pâques, les armes de destruction massive, Gaïa défigurée, mer d’Aral le grand saccage, le sida des dauphins, l’effondrement de la biodiversité, nouvelles épidémies, des moissons d’OGM, des trous dans l’ozone, les climats en folie.
Terminons avec un court paragraphe où Yves Paccalet, le voyageur, apaisé, sourit (pas longtemps), respire
:
« Les hauteurs du Yunnan, en allant vers le Tibet ; aux confins du sud-ouest de la Chine.J’ai quitté la vallée supérieure du Yangzi (le Yang Tsé-kiang, ou fleuve bleu). J’ai admiré les gorges du Saut du Tigre : de monstrueux rapides gris-jaune avec, au milieu, ce rocher sur lequel la légende prétend qu’un tigre, poursuivi par des chasseurs, bondit pour sauver sa vie….Je gravis les pâturages à yaks et les forêts de conifères illuminées de rhododendrons. Le col…Quatre mille mètres d’altitude. Je continue dans la pente. Souffle court. Cinq mille cent cents mètres…Je contemple, vers l’est, la montagne du Dragon de Jade et le Yangzi qui s’en va vers Shanghai, jusqu’à la mer de Chine orientale. Je tourne les yeux vers l’ouest. Un autre fleuve : le Lancang Jiang (le Mékong) descend vers l’Indochine et la mer de Chine méridionale, en léchant la parfaite pyramide blanche du mont Taizi. Six mille sept cents mètres, l’un des cinq sommets sacrés du bouddhisme tibétain…Je me sens quantité négligeable. »

©Jean Vinatier 2008

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Source :

Yves Paccallet : « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », Paris, Arthaud, 2006, pp. 35,36, 38, 137, 153,154
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mardi 27 mai 2008

L’Union européenne : entre le Potomac et le Yang-Tsé-Kiang N°213 - 1ere année

Qui se soucie aujourd’hui de la crise immobilière américaine ? Alan Greespan a beau dire sa crainte d’une récession modérée dans son pays et Warren Buffett tirer carrément la sonnette d’alarme, l’indifférence est quasi générale. Les sueurs froides de cet été et automne 2007 liées à la crise des suprimes nées dans les institutions bancaires anglo-saxonnes étant sur la fin nous disent tous les spécialistes et les gourous, on persuade les opinions occidentales de sa presque non-conséquence : et pourquoi ? Parce que les pays émergents d’Asie tirant la croissance vers le haut et que nombre de nos entreprises y étant délocalisées, toutes nos billes seraient en quelque sorte dans cette partie du monde dynamique.
La croissance asiatique attiserait-elle toute seule la spéculation sur les minerais et les céréales ? L’explication est de toute évidence un peu courte.
Les banques et différents fonds spéculatifs s’activent énormément pour regagner une grande partie de ce qu’ils ont perdu lors de la crise des subprimes. Les fonds souverains qui doivent pour un grand nombre d’entre eux leur puissance nouvelle à leur richesse pétrolifère tiennent à compenser la faiblesse du dollar (monnaie qu’ils ont en masse) par une politique haussière du cours de l’or noir. On est dans un système mondial qui voit à la fois se déplacer la richesse économique de l’Ouest vers l’Est et dans le même temps le système bancaire et financier (encore à l’Ouest) qui cherche à garder non pas une prépondérance mais une place dans le peloton mondial.
Les citoyens de tous les pays, eux font les frais de tous ces mouvements prodigieux. Les gouvernements ne font pas grand-chose ou s’en remettent à plus grands qu’eux !
Un point est avéré : quelles que soient les difficultés à venir de l’économie américaine, les impacts devraient être de peu d’effets. Et ce n’est pas ordinaire. Voilà dix ans, une récession de ce pays aurait plongé le monde dans un abîme ; en 2008, il s’en faudrait de peu qu’on hausse seulement les épaules ! Si le trait est intentionnellement exagéré, c’est, cependant, un événement remarquable qui devrait provoquer des réflexions parmi les citoyens et ce que l’on appelle par commodité de langage, les élites. L’Union européenne ne devrait pas rester indifférente à cette révolution ; pour l’heure, elle est presque attentiste. Les compliments adressés à la direction de la BCE nous flattent mais quelles conséquences auront-ils si cette banque ne devient pas un outil de l’Union européenne dans le nouveau rapport de force ? On ne peut se satisfaire d’une banque seulement technique, elle doit être également une arme. Il ne faudrait pas qu’elle soit à l’instar de la FED une structure au service des seuls financiers mais des 350 millions d’Européens. Evidemment cela implique de la part de l’Union européenne une révolution mentale et des audaces qu’elle craint de proposer. Il faut aussi prévoir que cet eldorado de l’Est connaîtra des arrêts et des événements sociaux, politiques, économiques : comment les affrontera-t-on ? Là aussi l’Union européenne devra avoir sa task force monétaire.
Point n’est besoin d’être pro ou anti-américain pour présupposer les impacts de cet Est économique ! Il faut tout simplement être réaliste et ambitieux. Si l’Union européenne ne sait pas se hisser au niveau nécessaire pour relever les défis, le monde n’aura aucun équilibre entre des Etats-Unis vacillants et un Est de grand appétit.
L’Union européenne n’a pas d’autre choix qu’être un centre capital.

©Jean Vinatier 2008

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lundi 26 mai 2008

Delanoë/Royal les socialistes presque jumeaux N°212 - 1ere année

Ségolène Royal contre Bertrand Delanoë deux figures de proue qui en annoncent d’autres, Jack Lang, Dominique Strauss-Khan et en arrière-fond les patrons de fédérations tels Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini.
Comme rien ne distingue véritablement les deux protagonistes, Bertrand a eu l’idée de se dire libéral et socialiste ce qui a conduit Ségolène à en prendre le contre-pied : pour quel résultat ? Du bruit et des grincements de dents. Mais au-delà, franchement pas grand chose. Tous les deux pourraient nourrir les pages débats de l’hebdomadaire
Marianne (Ils ne pensent pas (forcément) comme nous) qui opposent avec une rare prudence soit Philippe Manière/Edwy Plenel soit Denis Tillinac/Elie Barnevi ! Une vraie mer des Sargasses…..
Bertrand Delanoë, réélu à la mairie de Paris, à la grande satisfaction de Nicolas Sarkozy, guette le poste de secrétaire général du PS pour bondir soit sur le grand Paris soit vers la Présidence de la République. Ségolène Royal dirigeante de la région Charente-Poitou guignerait seulement l’Elysée. Est-ce la province contre Paris ? Eh bien même pas ! L’amendement sur l’introduction des langues régionales dans la Constitution approuvé à la quasi-unanimité des députés –et donc des socialistes- en est la preuve.
Le parti socialiste fait figure de maison « dinosorienne » aux yeux de toute l’Europe. L’idée sociale-démocrate a été tellement étouffée qu’aujourd’hui la seule manière de faire peau neuve serait non plus d’être social-démocrate ni même blairiste mais, pourquoi pas, sarko-socialiste ? C’est choquant ? Il s’agit d’être sarkozien par la méthode de conquête du secrétariat général. Et Bertrand Delanoë passe presque pour un maître en communication : n’a-t-il pas su proposer le velib et le tramway dans les derniers mois de son premier mandat pour que les Parisiens ne pensent pas à s’interroger sur l’ensemble de son travail de premier édile? Oublié le silence abyssal sur les ventes à la découpe, par exemple ?Oublié la fuite des classes moyennes de Paris au profit de la jet-set et des catégories sociales bénéficiaires du « paquet fiscal » ? Oublié que Paris est devenue une ville à spectacles pour touristes : de Paris-Plage, à la Nuit Banche en passant par les transhumances de rollers encadrés par de solides policiers-bergers et la future cité de la mode qui ressemble à un batracien sur le bord de Seine ?Oublié que Paris est devenue une ville médiocre comparée à Londres et à New York. Son projet de tours si laides (c’est l’avis juste de Nicolas Sarkozy) comparées à celles souvent magnifiques que l’on voit grandir sur tous les autres continents est bien un aveu sur le Paris dont il rêve !
Ségolène Royal, battue au second tour des élections présidentielles, a déjà ce handicap ainsi que la surveillance de son proche Julien Dray. Comment tout gommer sinon à se forgeant en urgence une image de socialiste de gauche en s’alliant avec Jean-Luc Mélenchon : mais voilà, il n’aime pas beaucoup la dame du Poitou !
L’aspect original dans cette agitation est le souci des deux candidats (les autres arrivent) à d’abord faire leur image respective et, une fois celle-ci dessinée, à rédiger un programme : la couverture fait le livre ! La politique est bien bannie, le marketing lui est en pleine forme.
Depuis l’Elysée, on se frotte les mains devant autant de gesticulations qui apportent de bonnes nouvelles : voici une gauche qui de la LCR (bientôt parti anticapitaliste) à la rue de Solférino succombe à l’image médiatique. C’est le premier point. Le second est le nombre de candidats socialistes de la même génération ou à peu prés qui découragent la génération suivante d’espérer franchir une étape avant longtemps. Il n’est pas étonnant que 17 députés d’entre eux se soient déclarés favorables aux aménagements constitutionnels de Sarkozy ! Après tout Bernard Kouchner et Eric Besson cornent aux oreilles du plus grand nombre que plus ils sont ministres de ce gouvernement plus ils se sentent de gauche. Nicolas Sarkozy a asséché le Rubicon !
Ainsi devant un Président de la République qui ne faillit pas dans son action de démembrement des partis politiques, le PS, avec ses deux héros du jour et son actuel secrétaire général, véritable gobe-mouches extasié, se dissout-il idéologiquement sans penser à renaître. Bertrand Delanoë est un maire de Paris sarkozien : il veut du riche, du touriste et au milieu des Parisiens pantomimes ! Ségolène Royal est une dame poitevine bien en peine, certes populaire auprès des militants mais haïe des « éléphants ».
Il reste les patrons des fédérations socialistes qui pourraient s’unir, s’ils perdaient l’habitude de rallier le vainqueur choisi à Paris et déclencher une réaction citoyenne et militante. Ne sont-ils pas le socialisme municipal ? Ils détiennent des cartes de valets ou de rois, c’est selon leur degré d’ambition !

©Jean Vinatier 2008

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vendredi 23 mai 2008

Malesherbes fait des « Remontrances » aux rois N°211 - 1ere année

Philippe Seguin, Président de la Cour des comptes menaçait, hier encore, de ne pas certifier les comptes de l’Etat après avoir donné quelques « coups de gueule » qui siéent à son caractère. Avant 1789, certains grands corps du royaume (Parlements, Cour des Aides) jouissaient du droit de remontrance au Roi.
Le mot de « remontrance » doit être ici compris dans le sens de « montrer à nouveau » sans connotation négative, péjorative. Le droit de remontrance connut une grande portée à la fin du règne de Louis XV lors des querelles entre les Parlements et le gouvernement royal portées à leur paroxysme à la fin des années 1760 (Parlement de Bretagne contre le duc d’Aiguillon). En décembre 1770 Louis XV et le chancelier de Maupeou décidèrent de remplacer les parlementaires (magistrats titulaires d’un office) par des « fonctionnaires » ou juges nommés. Cette soudaine disparition de corps intermédiaires fit craindre le despotisme royal que dénonça avec force Chrétien-Guillaume de Malesherbes, président de la Cour des Aides dans sa Remontrance de janvier 1771 :
« Sire,
la terreur qu’on veut inspirer à tous les ordres de l’Etat, n’a point ébranlé votre Cour des Aides ; mais son respect pour Votre Majesté lui aurait fait désirer de n’avoir jamais à discuter ces premiers principes, qui sont le fondement de l’autorité des Souverains et de l’obéissance des Peuples [….]
On vous a présenté, Sire, le fantôme d’une révolte générale de la Magistrature, on a fait valoir la nécessité de soutenir votre autorité souveraine, on a calomnié votre Parlement de Paris : et on vous a déterminé à une vengeance éclatante, le moyen qu’on vous propose pour punir les Ministres des Lois, est de détruire les Lois elles-mêmes ; et pour marquer votre mécontentement au Parlement de Paris, on veut enlever à la Nation les droits les plus essentiels d’un Peuple libre.
Voilà ce qui résulte de l’Edit de décembre 1770.»
Et Malesherbes poursuit :
« Les Cours sont aujourd’hui les seuls protecteurs des faibles et des malheureux ; il n’existe plus depuis longtemps d’Etats Généraux, et dans la plus grande partie du Royaume point d’Etats Provinciaux : tous les Corps, excepté les Cours, sont réduits à une obéissance muette et passive. Aucun Particulier dans les Provinces n’oserait s’exposer à la vengeance d’un commandant, d’un Commissaire du Conseil, et encore moins à celle d’un Ministre de Votre Majesté.
Les Cours sont donc les seuls à qui il soit encore permis d’élever la voix en faveur du Peuple[…] »
Et de finir :
« Or, par qui les intérêts de la Nation seront-ils défendus contre les entreprises de vos Ministres ? Par qui les droits vous seront-ils représentés, quand les Cours n’existeront plus et seront remplacées par des Tribunaux avilis dès l’instant de leur création ?
[…]
On en est venu, Sire, jusqu’à étouffer la voix de ceux que leur dignité, leur office, leur serment obligent à maintenir les Lois du Royaume et les fonctions essentielles du Parlement dont ils sont Membres…..Interrogez donc, Sire, la Nation elle-même, puisqu’il n’y a plus qu’elle qui puisse être écoutée de Votre Majesté. Le témoignage incorruptible de ses représentants vous fera connaître, au moins s’il est vrai, comme vos Ministres ne cessent de le publier, que la Magistrature seule prend intérêt à la violation des Lois, ou si la cause que nous défendons aujourd’hui est celle de tout ce peuple par qui vous régnez, et pour qui vous régnez»

La deuxième Remontrance date de mai 1775 : Malesherbes revenu de son exil de 1771 a retrouvé la présidence de la Cour des Aides rétablie tout comme les Parlements par Louis XVI à l’automne 1774.
Le Royaume espère énormément du jeune Roi: il a 20 ans! L’idée de réforme est partout. Cette remontrance porte sur les impôts. Mais le long texte, des dizaines de pages, embrasse bien plus que son intitulé. L’auteur s’attaque au système politique et administratif tout entier. Il dénonce, notamment, les abus de la Ferme générale
(« les Suppôts ») : « Jamais, écrit Elisabeth Badinter, jusqu’à ces Remontrances n’avait-on démonté avec tant de finesse le mécanisme administratif et le système d’oppression qui le définissait. Jamais non plus n’avait-on décrit si clairement la pyramide des pouvoirs propres au centralisme français. »¹

« Sire,
….c’est la cause du Peuple que nous devons à présent plaider au Tribunal de Votre Majesté. Nous devons vous présenter un tableau fidèle dans votre Royaume, et qui font l’objet de la Juridiction qui nous est confiée ; nous devons faire connaître à Votre Majesté, au commencement de son règne, la vraie situation de ce Peuple, dont le spectacle d’une Cour brillante ne lui rappelle point le souvenir.
[…]
On loue, Sire, et on implore en même temps votre bienfaisance ; mais nous, défenseurs du Peuple, c’est votre justice que nous devons invoquer ; et nous savons que presque tous les sentiments dont l’âme d’un Roi est susceptible, l’amour de la gloire, celui des plaisirs, de rendre heureux ceux qui approchent de lui, sont des obstacles perpétuels à la justice rigoureuse qu’il doit à ses Peuples, parce que ce n’est qu’aux dépens du Peuple qu’un Roi est vainqueur de ses ennemis, magnifique dans sa Cour, et bienfaisant envers ceux qui l’environnent.
Et la France, et peut-être l’Europe entière, est accablée sous le poids des impôts, si la rivalité des Puissances les a entraînées à l’envie dans des dépenses énormes qui ont rendu ces impôts nécessaires ; et si ces dépenses sont encore doublées par une dette nationale immense, contractée sous d’autres règnes, il faut que Votre Majesté se souvienne que vos ancêtres ont été couverts de gloire, mais que cette gloire est encore payée par les générations présentes ; qu’ils captivèrent les cœurs par leur libéralité, qu’ils étonnèrent l’Europe par leur magnificence, mais que cette magnificence et cette libéralité ont fait créer les impôts et le dettes qui existent encore aujourd’hui […]
Malesherbes évoque le danger de despotisme : « On parle souvent d’un genre de gouvernement qu’on nomme le despotisme oriental : c’est celui dans lequel non seulement le Souverain jouit d’une autorité absolue et illimitée, mais chacun des exécuteurs de ses ordres use aussi d’un pouvoir sans bornes. Il en résulte une tyrannie intolérable : car il est une différence infinie entre la puissance exercée par un Maître dont le véritable intérêt est celui de son Peuple, et celle d’un Sujet qui, enorgueilli de ce pouvoir auquel il n’était pas destiné, se plaît à aggraver le poids sur ses égaux : genre de despotisme qui, étant transmis graduellement à des Ministres de différents ordres, se fait sentir jusqu’au dernier Citoyen [….]
Le recours au Roi contre ses Ministres a été regardé comme un attentat à son autorité. Les doléances des Etats, les Remontrances des Magistrats ont été transformées en démarches dangereuses, dont le Gouvernement devait se garantir [….] et c’est sous ce prétexte qu’on a introduit en France un gouvernement bien plus funeste que le despotisme et digne de la barbarie orientale : c’est l’administration clandestine par laquelle, sous les yeux d’un Souverain juste, et au milieu d’une Nation éclairée, l’injustice peut se montrer[….]
Nous annonçons comme la première démarche de ce despotisme, celle d’anéantir tous els représentants de la Nation [….] Les assemblées générales de la Nation n’ont point été convoquées depuis cent soixante ans (1614), et longtemps auparavant elles étaient devenues très rares, nous oserons même dire presque inutiles, parce qu’on faisait sans elles ce qui rendait leur présence le plus nécessaire, l’établissement des impôts »
Et de tonner : « Voilà, Sire, par quels moyens on a travaillé à étouffer en France tout esprit municipal, à éteindre, si on le pouvait, jusqu’aux sentiments de Citoyen : on a, pour ainsi dire, interdit la Nation entière, et on lui a donné des tuteurs. »
Et de conclure ce chapitre : « Daignez songer enfin, Sire, que le jour que vous aurez accordé cette précieuse liberté à vos sujets, on pourra dire qu’il a été conclu un traité entre le Roi et la Nation, contre les Ministres et les Magistrats ; contre les Ministres s’il en est d’assez pervers pour vouloir vous cacher la vérité ; contre les Magistrats, s’il en est jamais d’assez ambitieux pour prétendre avoir le privilège exclusif de vous le dire. »

Les extraits de ces Remontrances devraient nous encourager à réfléchir à la situation nationale actuelle. Les écrits de Malesherbes nous atteignent sur bien des points.

©Jean Vinatier 2008

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PS :

La suppression des Parlements en 1771 souleva la joie de Voltaire qui se souvenait de leur aveuglement général dans les affaires Calas et du chevalier de La Barre.
Les lecteurs seront, peut-être surpris de noter que des juges nommés risquent la partialité : a priori ils sont au service de l’Etat donc de tout le monde.
Mais le XVIIIe siècle est plongé dans des réflexions profondes et variées autour de la monarchie absolue (parfaite) telle que Louis XIV l’a définie. Malesherbes est sincère dans son propos : il pense parfaitement que les corps intermédiaires composés de magistrats titulaires de leurs offices ont une indépendance à l’égard du pouvoir ; ils forment donc un corps qui protège de la tyrannie le Peuple. Son appel aux Etats Généraux procède du même raisonnement : en revenir aux sources de la monarchie et renouer un contrat entre le Roi et la Nation.
Louis XVI est le monarque qui a le plus hésité et a été le plus partagé par les réformes profondes. Son choix de généraliser les assemblées provinciales à tout le royaume en 1788 est intervenu trop tardivement pour contrebalancer les vigueurs, à venir, des débats des députés aux Etats Généraux. Son règne est sans doute une chance manquée.
Ajoutons, enfin, comme le fait fort justement Elisabeth Badinter, les corps intermédiaires en 1771 eussent pu se déclarer incompétents et exiger les Etats Généraux seuls légitimes à traiter des réformes fiscales.

Sources :
1-Elisabeth Badinter, Les « Remontrances » de Malesherbes, coll. Texto-Le goût de l’histoire, Paris, Taillandier, 2008, p.103 (Editions précédentes : 1978 & 1985)

Remontrances de la cour des aides de Paris, délibérées dans le mois de janvier 1771, touchant l'édit de règlement du mois de décembre 1770, (S. l.,), 1771 (Voir BnF & Arsenal)
En complément : AN : en AP les fonds Rosanbo, Lamoignon, Leusse et Tocqueville.

Notes :

A-Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (1721-1794) succède à son père, Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil ,Chancelier de France (1683-1772) à la présidence de la Cour des Aides (1750-1771&1774-1775) et à la direction de la Libraire (censure) jusqu’à sa démission en 1763. Entre-temps, il aura réussi à sauver l’Encyclopédie, La théorie de l’impôt de Mirabeau et l’Emile de Rousseau. Jamais, on ne vit un censeur si pressé de faire éditer ! Le pouvoir royal lui trouvera un remplaçant plus sur…le lieutenant de police.
Ami de Turgot, qui le fit entrer au gouvernement en 1775 comme secrétaire d’Etat à la Maison du Roi. Il travailla à l’Edit de Tolérance en faveur des protestants que son cousin, Lamoignon de Basville (1735-1819) Garde des Sceaux en 1787-1788 fit signer à Louis XVI.
En décembre 1792 il demanda à défendre Louis XVI. Arrêté en décembre 1793, il sera guillotiné le 21 avril 1794 en même temps que sa fille, certain de ses petits-enfants et de son gendre, le frère de François-René de Chateaubriand. Tocqueville se maria avec l’une de ses petites-filles.

B- D’où vient cette Cour des Aides ? Elle avait été établie pour statuer sur le contentieux en matière d’impôts. Pourquoi « Aide » ?Tout simplement parce que l’impôt a été longtemps considéré comme une aide temporaire apportée au Roi par ses sujets et renouvelée avec le consentement des Etats Généraux. En 1390, la Cour des Aides reçoit une double mission qu’elle gardera jusqu’à sa suppression en 1791 : garder le Roi contre les fraudes, protéger le peuple contre les excès de la perception.
Quelles étaient ses compétences ? Elle enregistrait les édits relatifs aux finances extraordinaires (taille, gabelle…) ; elle était juridiction d’appel pour tous les procès jugés en première instance par les administrateurs des finances extraordinaires et statuait sur les délits commis par les officiers. Son rôle, on le voit, n’était nullement négligeable puisqu’elle devait trancher les litiges qui opposaient les imposables les plus défavorisés, le peuple, et les agents de l’administration royale.
La Cour des Aides prendra, au cours de sa longue histoire, des décisions politiques via les remontrances. Les plus célèbres furent celles écrites par Malesherbes en 1771 et en 1775 qui « fut de ces hommes qui préférèrent l’opposition, aussi risquée soit-elle, aux responsabilités gouvernementales fussent-elles les plus brillantes. » écrit Elisabeth Badinter dans son ouvrage précité (p.18)
En 1673, Louis XIV, supprima le droit de remontrance que le Régent rétablit en 1715.


Textes historiques in Seriatim :
Ovide (clin d’œil) :
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Etienne de La Boétie :
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Jonathan Swift :
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Marie-Madeleine Davy :
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Louis de Bertier de Sauvigny :
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V.S Naipaul :
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Patrick Ourednik :
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Georges Corm :
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Fénelon :
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Alphonse Dupront :
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Giambattista Vico :
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Abbé Dinouart :
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Louis XIV/Vauban :

jeudi 22 mai 2008

Golan un paravent oriental N°210 - 1ere année

Les entretiens entre Syriens et Israéliens sous l’égide des Turcs captent l’attention de nombreux médias. Les dépêches de presse indiquent que les deux parties ont précisé jeudi les conditions -déjà connues- sans lesquelles aucun accord de paix n'est possible: le retour du plateau du Golan à la Syrie d'un côté, l'abandon par Damas de son soutien à des arabes militants. Mme Livni, ministre des Affaires Etrangères, a déclaré que la Syrie devait renoncer à soutenir le Hamas et le Hezbollah, et couper ses liens avec l'Iran.
On avance comme motif principal de ces discussions le devenir du plateau du Golan.
Qu’est-ce que le Golan ? Un plateau de 1200k2 conquis par Tsahal sur les Syriens pendant la guerre des Six Jours en 1967 puis annexé unilatéralement en 1981. Prés de vingt mille Israéliens se sont installés, ils représentent la moitié de la population composée d’Alaouites et de Druzes. Aujourd’hui le Golan n’a plus d’intérêt stratégique majeur pour Israël. Les ultra orthodoxes dénoncent toute restitution à la Syrie sous le prétexte que le Golan avait été promis par Dieu aux Hébreux et que le roi David l’avait conquis.
On a vu l’intérêt des Israéliens pour ce plateau, celui des Syriens est évident mais les Turcs qui gardent leur mémoire ottomane intacte, n’oublient pas qu’à la fin du XIXe siècle le Sultan avait fait venir des peuples du Caucase, les Circassiens chassés par la conquête russe, pour qu’ils surveillent les tribus bédouines.
Outre ces points, on souligne également la valeur du Golan par les réserves en eau et son accès au Jourdain. L’eau est, effectivement, un élément capital pour les Israéliens et les Palestiniens.
Damas n’a pas de relations diplomatiques avec Tel Aviv et la méfiance entre la Syrie et la Turquie est grande. Ankara est un allié stratégique de Tel Aviv et de Washington. La Maison Blanche, officiellement, se montre circonspecte sur ces contacts : ne vient-elle pas de dénoncer un axe Damas-Pyongyang et rappeler que la Syrie était toujours tenu comme responsable de l’assassinat de Raffic Harriri ?
En fait, la question du Golan tient compte de l’actualité libanaise. Le sommet de Doha (Qatar) a vu les Etats Arabes imposer un motus vivendi aux acteurs politiques libanais. Le courant sunnite libanais représenté par Saad, le fils de Raffic Harriri, s’est incliné faute de soutien de la part de Riad, son soutien. Le courant chiite (Hezbollah) peut s’estimer vainqueur : il bénéficie de l’opinion positive des Etats de la péninsule arabique qui ne tiennent pas à ostraciser Téhéran. Etonnant de la part d’émirs sunnites ? Etonnant aussi que Riad se taise ? L’Arabie Saoudite laisse faire, elle a son jeu double et juge, certainement plus habile de se placer en retrait. Pourtant le roi saoudien n’apprécie guère la famille dirigeante damascène, El Assad (Alaouite) qu’il suspecte de vouloir prendre la tête d’un axe alouito-chiite et donc de permettre une influence directe de Téhéran jusqu’à Beyrouth via Bagdad et Damas ! Le professeur Simon Haddad le soulignait en 2006 : « la Syrie pourrait renforcer ses liens avec l’Iran par la signature d’un traité de défense ; la plupart des régimes arabes sunnites, en particulier l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Égypte, redoutent l’émergence d’un axe alaouito-chiite et les conséquences qu’il aurait sur leur propre autorité. Bachar (El Assad) est resté jusqu’ici réticent, essayant de se maintenir au pouvoir sans s’aligner totalement sur les Iraniens. »¹. L’Orient établi les zones d’influence selon les courants religieux, sunnite, chiite plaçant les tracés frontaliers sur un second plan.
La mise sous les projecteurs du Golan tient compte également de l’affaiblissement de la puissance américaine en Mésopotamie et dans tout l’Orient. Le dernier déplacement de Georges Bush a soulevé l’ire de tous les Arabes jusque parmi ses alliés. Cette baisse de puissance incite, sans doute le gouvernement Olmert à prendre des contacts via une puissance amie tierce, la Turquie. Celle-ci étant la nation la plus forte militairement et la plus entreprenante : interventions contre les Kurdes avec le soutien tacite d’une partie du gouvernement de la zone verte dans Bagdad et Téhéran. Ankara souhaite, naturellement, jouer un rôle clef : la mémoire ottomane la taraude.
Israël a intérêt à poser quelques jalons dans cet Orient qui se reconfigure très rapidement et qui déconcerte tous les esprits cartésiens occidentaux ; même si une élite israélienne ne jure que par le Pentagone et la Maison Blanche, la population, elle, cherche avant tout la sécurité et le commerce avec les voisins.
On le voit si la question du Golan n’a pas d’urgence stricto sensu, elle incite les principaux acteurs de la région à innover, préfigurant, peut-être une révolution diplomatique. Le Golan est bien un paravent oriental.

©Jean Vinatier 2008

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Notes :

1-Simon Haddad, « Le cadre Alaouite III- les fins de la Syrie, Outre-Terre, n°14 2006/1, pp105-107

Les Alaouites sont une branche du chiisme. Mais leur qualité de musulman ne fut reconnue que tardivement par deux fatwas : en 1936 par le mufti de Jérusalem (sunnite), en 1973 par l’imam chiite du Liban.
Les Alaouites représentent un peu plus de 10% de la population syrienne. Ils occupent le pouvoir depuis Hafez El Assad. Voir l’article de Fabrice Balanche, « Le cadre Alaouite I- Alaouites : une secte au pouvoir, Outre-Terre, n°14, 2006/1, pp. 73-96.

Carte :

http://carto.eu.org/IMG/arton642.jpgarte

Sources :

http://www.lesoir.be/actualite/monde/proche-orient-ehoud-olmert-2008-04-24-594113.shtml

mercredi 21 mai 2008

Aménagements constitutionnels entre bi-partisans pour UN SEUL ? N°209 - 1ere année

Après le vote de la loi sur les OGM, voici le chantier non moins important de la réforme des institutions de la Ve République. Et là, c’est la guerre ou presque ! Le ton est donné par le général du corps d’armée UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé : « Si nous sommes divisés, c'est la gauche qui se rassemble ; si nous sommes rassemblés, c'est la gauche qui se divise.»
Le Premier ministre, François Fillon répète beaucoup qu’obtenir le vote des 3/5 des parlementaires (députés et sénateurs) sera difficile, « serré ».
Les 77 propositions de la commission Balladur établies quelques mois après l’installation de Nicolas Sarkozy à l’Elysée ont déjà fait l’objet d’une première sélection avant qu’une seconde ne vienne fragiliser l’édifice : le cumul des mandats sera maintenu ! Edouard Balladur disait, pourtant, que cette mesure était en quelque sorte le ciment de toutes les autres. Sans elle, le ciment deviendrait plâtre !
A gauche, Montebourg, pourfendeur de la Ve République, a été le premier à cumuler et à se contredire. A droite, le faux-gentil maire d’Issy-Les-Moulineaux, André Santini, a enfourché son cheval Cumul avec l’approbation de tout le monde d’un bout à l’autre de l’hémicycle. Et, in fine, Nicolas Sarkozy s’est incliné. Etait-ce si important pour lui ? Il est suffisamment terre à terre pour que l’on ne saisisse pas son dessein : contrôler. C’est déjà une grande différence avec le Général de Gaulle qui voulait une Constitution pour la France, là nous sommes devant une proposition dont le but serait de renforcer le bipartisme et de garantir au parti majoritaire une domination puissante.
On peut lire le projet de réforme en constitutionnaliste et trouver ici et là des propositions pas entièrement négatives. On peut aussi avoir une lecture strictement politique, au sens de la possession exclusive du pouvoir. Et là, effectivement, certains esprits suspectent Nicolas Sarkozy sous couvert d’aménagements positifs en faveur du Parlement, de se donner une force encore plus grande. Ainsi en est-il du discours présidentiel devant l’une des chambres : Il "
peut prendre la parole devant l'une ou l'autre des assemblées du Parlement. Son allocution peut donner lieu à un débat qui n'est suivi d'aucun vote. Hors session, le Parlement est réuni spécialement à cet effet". Il n’est pas dit, par exemple, en quelle circonstance il le tiendrait et pourquoi ? Aux Etats-Unis, le Président lit le discours de l’Union une fois l’an tout comme la Reine Elisabeth II fait le sien lors de la rentrée parlementaire. Ici, silence radio.
Un autre point est le renforcement du bipartisme. On le sait le PS et l’UMP ont eu une alliance orale pour abattre François Bayrou à Pau. Mais ce bipartisme pourrait être également le moyen pour le parti présidentiel de régner sans partage sur les Chambres si l’on considère le fait que le parti socialiste continuant à pérenniser la guerre des chefs avant et après novembre 2008, il ne puisse plus regagner en crédibilité devant la Nation. L’appel du pied de l’UMP pourrait-être un piège pour les socialistes.
Autre tour de passe-passe, le choix d’un candidat à la présidentielle :
:« - remplacement du système actuel de 500 parrainages pour valider les candidatures à la présidentielle par une présélection des candidats par un collège de 100.000 élus. » C’est l’élection confisquée !
Que peut-on conclure aujourd’hui ? L’importance des réformes tient davantage à favoriser le pouvoir d’un seul, le Président de la République. Mais dira-t-on, le citoyen aura la « possibilité [….] de saisir le Conseil constitutionnel "par voie d'exception" pour "apprécier la conformité d'une loi aux libertés et droits fondamentaux reconnus par la Constitution". Mais quelle Constitution aurons-nous, sachant qu’elle serait transformée sans consultation populaire ? Le texte se tait évidemment !
Passons sur les propositions d’inscrire dans la Constitution le nombre de ministres, l’équilibre budgétaire, autant de poudre aux yeux pour nous abuser.
On va occuper l’esprit des citoyens sur des points apparemment positifs tandis que l’on tiendra bien écarté, par exemple, toute réduction du nombre de députés, de sénateurs. Pas davantage nous ne progresserons vers un vrai régime présidentiel puisque le poste de Premier ministre sera conservé. Nous assistons à un rassemblement entre les mains d’un seul parti de tous les pouvoirs. Les Français disent qu’ils souhaitent le changement mais craignent les réformes parce qu’ils ne voient toujours pas l’idée politique, au sens historique, derrière tout cela.
Le parti socialiste pataugeant pour un long moment dans son propre marécage s’illusionne. Si François Hollande était responsable, il péserait de tout son poids pour faire reculer cette réforme au-delà du congrès socialiste de novembre !
Comment dire non à un projet qui n’est pas, en l’espèce, tout négatif et bien le faire comprendre à l’opinion publique ? Aux socialistes de privilégier la lecture politique à celle seulement constitutionnelle. Aux élus UMP anciens gaullistes de faire de même.


©Jean Vinatier 2008

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Sources :

http://www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-823448,49-971363,0.html
http://www.lefigaro.fr/debats/2008/06/12/01005-20080612ARTFIG00001-une-constitution-pour-le-citoyen.php
http://www.lefigaro.fr/politique/2008/05/20/01002-20080520ARTFIG00017-inquietudes-sur-la-reforme-constitutionnelle.php
Bruno Retaillau :
http://www.lefigaro.fr/debats/2008/05/31/01005-20080531ARTFIG00002-ne-faisons-pas-sauter-le-verrou-referendaire.php
http://www.renovation-democratique.org/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=658

Principales propositions (Source : Le Monde) :
EXECUTIF
- inscrire à l'article 5 de la Constitution que le président de la République "définit la politique de la Nation". Le gouvernement la "conduit" (article 20)
- le président de la République "peut prendre la parole devant l'une ou l'autre des assemblées du Parlement. Son allocution peut donner lieu à un débat qui n'est suivi d'aucun vote. Hors session, le Parlement est réuni spécialement à cet effet" (article 18)
- introduire une procédure de contrôle parlementaire sur certaines nominations du président de la République
- prise en compte des interventions du président de la République à la télévision et à la radio dans le temps de parole de l'exécutif
- contrôle de la Cour des comptes sur l'utilisation du budget de la présidence et prise en compte de l'ensemble des crédits nécessaires à son fonctionnement
- remplacement du système actuel de 500 parrainages pour valider les candidatures à la présidentielle par une présélection des candidats par un collège de 100.000 élus
- permettre aux ministres de retrouver leur siège au Parlement lorsqu'ils cessent d'exercer leur fonction
- interdiction du cumul entre une fonction ministérielle et un mandat électif

PARLEMENT

- limiter à la moitié du temps de séance (contre la totalité aujourd'hui) la faculté pour le gouvernement d'imposer l'examen de textes ou débats préparés ou acceptés par lui
- réserver une semaine de séance sur quatre au contrôle du gouvernement et à l'évaluation des politiques publiques
- limiter la portée de l'article 49-3 aux seules lois de finances et de financement de la Sécurité sociale
- rendre publics les avis du Conseil d'Etat sur les projets de loi
- limitation du droit d'amendement du gouvernement
- permettre à chaque assemblée de constituer en son sein jusqu'à dix commissions permanentes, contre six aujourd'hui
- répartir les présidences de commission parlementaire à la proportionnelle des groupes
- discuter en séance publique sur le texte issu des travaux de la commission, et non plus sur le projet du gouvernement
- la discussion d'un texte ne pourra intervenir qu'à l'expiration d'un délai de deux mois après son dépôt
- lever l'interdiction de créer des commissions d'enquête sur des faits faisant l'objet de poursuites judiciaires
- créer au sein de chaque assemblée un comité d'audit parlementaire chargé d'organiser les activités de contrôle
- accorder un temps de parole équivalent à l'opposition et à la majorité dans les séances de question au gouvernement
- permettre à chacune des assemblées de voter des résolutions
- interdire tout cumul entre un mandat parlementaire et une fonction exécutive locale
- élaborer une charte des droits de l'opposition

DEMOCRATIE

- introduire une part de proportionnelle pour l'élection des députés (vingt à trente sièges); redécoupage tous les dix ans des circonscriptions
- institution de référendums à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement soutenue par un dixième des électeurs inscrits
- mettre fin à la présidence du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) par le président de la République, remplacé par une personnalité indépendante; saisine du CSM par les justiciables; élargir sa composition
- possibilité pour les citoyens de saisir le Conseil constitutionnel "par voie d'exception" pour "apprécier la conformité d'une loi aux libertés et droits fondamentaux reconnus par la Constitution"
- instituer un défenseur des droits fondamentaux, habilité à saisir le Conseil constitutionnel- remplacer le Conseil supérieur de l'audiovisuel et la commission des sondages par un "conseil du pluralisme"

mardi 20 mai 2008

Erythrée : une « Palestine de la Corne de l'Afrique »¹ ? N°208 - 1ere année

« La position géostratégique exceptionnelle de l’Ethiopie, point de rencontre de l’Afrique et de l’Orient, en fait pour la France un partenaire stratégique très important. » rapportait, en 2000, Jacques Dewatre ambassadeur de France en Éthiopie et ancien directeur de la DGSE.
Et l’Erythrée également ! Ce pays s’étire sur plus de mille kilomètres du Soudan à Djibouti le long de la Mer Rouge. Derrière l’Ethiopie.
Deux Etats distincts ? Les appétits européens s’aiguisent après l’ouverture du canal de Suez en 1869 ; ils bouleversent la Corne de l’Afrique. Français, Anglais, Italiens se livrent à une concurrence forte. Les premiers sont à Djibouti, les seconds en Egypte, à Aden, sur la côte somalienne, les troisièmes prennent pied en Somalie et débarquent en Erythrée, province alors sous la domination nominale des Ottomans depuis le milieu du XVIe siècle.
Et avant les années 1550 ? L’Erythrée relevait complètement du royaume d’Aksoum qui deviendra l’Ethiopie. Les souverains d’Aksoum lutteront longtemps contre l’arrivée des Arabes depuis Harar (Arthur Rimbaud y vécut) qui veulent contrôler les routes commerciales de la mer Rouge. Le rapport de force faillit basculer définitivement en faveur des Arabes aux XVIe siècle si les Ethiopiens n’avaient reçu le secours des soldats portugais. Les Arabes, à leur tour, demandent l’aide des ottomans installés au Yémen. Ils débarquent en 1551, prennent le port de Massawa et de là tenteront de conquérir, outre l’Erythrée, l’Ethiopie elle-même avant de s’incliner définitivement en 1578. A la fin du XIXe siècle, les Italiens reprendront le projet ottoman depuis l’Erythrée. Leur but : atteindre par l’intérieur leur colonie somalienne ; mais, ils seront sévèrement battus à Amba Alaghi et à Adoua par l’armée de Ménélik II en1895/1896³. Le traité signé tracera, à peu de choses prés, les frontières actuelles entre l’Erythrée et l’Ethiopie. La défaite, en 1941, des troupes du Duce dans la corne de l’Afrique, devant les Anglais entraîne une occupation de l’Erythrée jusqu’au début des années 50. Londres propose de la partager entre l’Ethiopie et le Soudan. Les Etats arabes veulent au contraire un Etat indépendant tandis que la France et l’URSS plaident pour un retour dans le giron italien. Pourquoi ? La première craignait un effet de contagion à Djibouti, la seconde misait sur une victoire électorale du parti communiste italien qui lui aurait permis d’installer une base à Massawa, principal port du pays.
En septembre 1952, l’ONU fait admettre l’union fédérale entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Le Négus Hailé Selassié (1892-1975) n’aura de cesse de revenir sur ce fédéralisme jusqu’à sa dissolution en 1962. Les premiers mouvements indépendantistes érythréens commencent à la fin des années 1950 avec le soutien matériel de plusieurs états arabes dont la Syrie et l’Irak. La proclamation de la loi martiale en 1971 est le prélude à une guerre d’indépendance qui durera presque vingt ans (1972-1991). L’Erythrée est un état souverain depuis 1993. Les disputes autour du tracé des frontières durent toujours malgré la signature des accords d’Alger (2003).
L’ancien leader du Front de Libération de l’Erythrée (FLE), Isaias Afwerki dirige le pays depuis 15 ans. L’Ethiopie n’a toujours pas fait son deuil de ce territoire et guette la moindre occasion. Ainsi ces jours-ci observe-t-elle la tension entre Djiouti et Asmara (capitale érythréenne) à propos d’une prétendue violation du territoire djiboutien. Addis-Abeba, fort de son alliance avec les Etats-Unis, a conquis Mogadiscio mais sans être en mesure de sécuriser la Somalie. Washington a installé une base puissante à Djibouti et guigne l’île de Socotra, située à 400 kilomètres des côtes yéménites. On l’a compris le contrôle de la mer Rouge ne souffre pas trop de partage.
L’Erythrée est donc dans une position fragile sans allié de poids : la ligue arabe ne peut intervenir puisque l’Erythrée n’est pas un des siens. Le Président Afwerki plaide la bonne foi dans le dossier frontalier avec l’Ethiopie. Il pense les Américains derrière le prolongement du contentieux : « Il n'y a rien à débloquer tant d'un point de vue légal que pratique. Dans le cadre des accords d'Alger, une commission neutre a rendu son verdict concernant le tracé de la frontière il y a déjà six ans, en avril 2002. Mais l'application de la décision - dont toutes les parties avaient accepté qu'elle serait "définitive et contraignante" - se heurte aux obstacles mis par les Etats-Unis à l'ONU.
Les Etats-Unis sont devenus partie prenante du conflit. Depuis 2002, ils n'ont eu de cesse de bloquer au Conseil de sécurité la mise en oeuvre du tracé de la frontière retenu par la commission. Ils n'ont aucun droit de se comporter ainsi. Mais les Etats-Unis, c'est de notoriété publique, sont devenus l'un des pays qui violent le plus les droits de l'homme et la légalité internationale sous l'influence des néoconservateurs, que je préfère appeler les "seigneurs du nouvel ordre mondial". Aucun respect pour la légalité internationale, aucun respect pour les institutions internationales... Voilà leur comportement. Nous, nous tenons nos engagements et nous avons une parole. »²
La crainte érythréenne serait de faire les frais d’un pacte conclu entre l’Ethiopie et les Etats-Unis. L’Erythrée compte 45% de musulmans, autant de chrétiens coptes. Il serait tentant de susciter des querelles. Le régime autoritaire d’Afwerki permet-il ce calcul ? Son pays peut-il devenir "une Palestine de la Corne de l’Afrique" ?
L’Ethiopie dispose-t-elle des forces nécessaires pour reconquérir ce pays alors qu’elle compte dans sa population 40% de musulmans ? Pour l’heure, elle est embourbée en Somalie et cela est une excellente nouvelle pour les Erythréens tandis que l’Arabie Saoudite veille sur eux tout comme sur le Soudan.


©Jean Vinatier 2008

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3- en 1889, l’Italie signe avec le Négus Ménélik II le traité d’Ucciali. Mais le gouvernement italien fait une traduction « différente » dans la version en langue amharique. Par ce subtertuge l’Italie instaurait un protectorat sur l’ensemble du territoire érythréen. Le Négus s’en aperçut rapidement ; d’où la guerre de 1895.
Voir l’ouvrage de Carlo Zaghi, Crispi e Menelich nel Diario inedito del conde Augusto Salimbeni, Turin, 1956.

In Seriatim :

http://seriatim1.blogspot.com/2007/11/somalie-une-guerre-hors-camras.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/02/soudantchad-eufor-et-plus.html
http://seriatim1.blogspot.com/2007/08/puissance-cherche-qg-en-afrique.html

lundi 19 mai 2008

Chine et Myanmar : ondulations N°207 - 1ere année

Cyclone au Myanmar, tremblement de terre en Chine ! Voilà deux régimes, l’un dictatorial, l’autre très autoritaire contraints de tenir compte de l’aide proposée par les autres nations à leur population respective.
La Chine soutient le régime des généraux birmans et s’y considère quelque peu « suzeraine » ce que conteste l’Inde tandis que la Thaïlande noue d’importants contacts économiques et que Singapour sert de courroie financière aux dirigeants birmans.
Cependant, si le régime de Myanmar fait preuve d’une quasi-fermeture à l’aide étrangère et accepte de facto de voir une partie de sa population dépérir, la Chine montre, apparemment, une disposition plus souple pour accueillir les formes de soutien à ses concitoyens du Sichuan.
Pourtant le Sichuan comprend une partie du Tibet historique, zone très sensible ces derniers temps pendant la révolte des moines. Il n’est pas très éloigné de la ville de Changqing situé sur le Yang-Tsé( Yanzi Jiang) juste en amont du barrage des Trois gorges, fierté du PCC et qui ne semble pas avoir été touché par les secousses.
Le gouvernement central ayant en vue la bonne tenue des Jeux Olympiques, constatant l’empressement des sociétés occidentales à vouloir fournir argent et outils opte pour une politique de communication habile¹. Elle lui permet d’offrir un contraste avec les dirigeants birmans (ses alliés), de donner un gage suffisant au monde extérieur et de le convaincre (à demi) d’avoir retenu la leçon des événements tibétains et du parcours chahuté de la flamme olympique. Le deuil national de trois jours s’il réaffirme le nationalisme chinois est aussi un signal envoyé à l’extérieur : nous Chinois, nous sommes unis !
Le Myanmar serait-il laissé à la dérive ? Quand Bernard Kouchner propose une « intervention humanitaire massive » on supposerait presque que les rôles ont été distribués !
On imagine bien la tentation pour Washington d’opérer une révolution dans ce pays par sacs de riz interposés. Si cela survenait, les Etats-unis, qui prendraient naturellement la tête de cette coalition humanitaire, avanceraient leurs pions contre la Chine. Mais ils ne sont plus en état. Premièrement, monter une coalition serait difficile tant leur crédit moral est exsangue dans le monde entier : on ne peut à la fois dénoncer la dictature birmane et envahir un pays (Mésopotamie) hors les lois internationales et sur un mensonge (ADM²), torturer à Guantanamo et dans différentes bases dont celle située au sud du Kosovo (Bondsteel) au mépris des droits fondamentaux -. Deuxièmement, les états de l’Asie du sud-est, se souvenant des guerres d’indépendance, froncent le sourcil en écoutant la morale occidentale.
Il n’empêche, les Birmans souffrent ! On est dans le cynisme le plus complet. Chacun des acteurs est, néanmoins, contraint de faire des concessions. A l’heure d’Internet, nul régime dictatorial, ne peut maintenir fermée sa porte à double tour. Dans le cas du Myanmar, le légère entrouverture tient exclusivement à la géopolitique et aux intérêts sino-indiens sans oublier le poids de compagnies privées comme
Total qui est partie prenante dans le gazoduc birmano-thaïlandais³ et participe, ainsi, à la pérennité du régime militaire.
La Chine et le Myanmar essaient les parades adéquates pour déjouer la pénétration d’une puissance étrangère. Pense-t-on que les autorités officielles chinoises tolèreront des « intrus » dans une province située au milieu du pays ? C’est là l’enjeu, ne nous y trompons pas un seul instant. La facilité avec laquelle le parti communiste chinois autorise les images du Sichuan dévasté ne doit rien à une spontanéité, elle obéit à une nécessité d’ordre politique extérieur et intérieur. Les populations touchées cruellement par le cyclone et le séisme servent, en partie, à arbitrer des influences et des intérêts stratégiques, économiques. On remarquera, tout de même, que dans ces deux pays les ONG n’ont pas de liberté de manœuvre tant elles paraissent suspectes. Les ondulations sino-birmanes ne doivent donc rien au hasard. Ces régimes gagnent du temps mais pour la Chine, confrontée à son « premier désastre humanitaire de la génération de l’enfant unique »4, , qui la place devant un défi social (paysan) et familial sans précédent. Son futur séisme ?


©Jean Vinatier 2008

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Notes :
1-Pékin a menacé de rendre plus difficile l’octroi du visa affaire et notamment pour les Français.
2-ADM : arme de destruction massive

Sources :

Martine Bulard :
http://blog.mondediplo.net/2008-05-18-Le-bling-bling-humanitaire-frappe-aussi-la
RonyBrauman :
Robert D.Kaplan :
http://www.iht.com/articles/2008/05/14/opinion/edkaplan.php?page=1

3- Eric Charmes, « Total et le gazoduc birmano-thaïlandais », FLUX, n°70/2007/4, p.59-64
4-in Sylvie Kaufmann, Lettre d’Asie , « Uniques et disparus » in Le Monde, 20 mai 2008

In Seriatim :

http://seriatim1.blogspot.com/2007/09/entre-chine-et-inde-le-myanmar.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/03/pays-des-neiges-du-grand-ouest-chinois.html
http://seriatim1.blogspot.com/2007/12/linde-dsillusion-gopolitique.html

samedi 17 mai 2008

Pierre Reverdy (1889-1960) : 2 poèmes N°206 - 1ere année

« De sa naissance à sa mort, et plus loin, jusqu’à nous, Reverdy n’a jamais bougé. Je veux dire qu’il n’a jamais reculé, n’a jamais cédé un pouce de terrain, n’a jamais transigé sur un mot »¹

L’un des poètes les plus mystiques du XXe siècle français est né dans une famille de sculpteurs et plus précisément de tailleurs de pierre d’église. Monté à Paris en 1910, il fréquenta, naturellement à Montmartre le bateau lavoir. Il y noua de solides amitiés avec les figures les plus en vue d’alors dont : Guillaume Apollinaire, Aragon, André Breton, Tristan Tzara, Pablo Picasso, Georges Braque, Henri Matisse. L’espace d’une année (1917-1918) il créa et dirigea la revue de poésie, Nord-Sud qui publia des surréalistes et des dadaïstes. En 1926, il se retira dans l’abbaye de Solesmes avec son épouse. Il y mourut en 1970.


« Un homme fini in La balle au bond (1928)

Le soir, il promène, à travers la pluie et le danger nocturne, son ombre informe et tout ce qui l’a fait amer.
A la première rencontre, il tremble –où se réfugier contre le désespoir ?
Une foule rôde dans le vent qui torture les branches, et le Maître du ciel le suit d’un œil terrible.
Une enseigne grince –la peur. Une porte bouge et le volet d’en haut claque contre le mur ; il court et les ailes qui emportaient l’ange noir l’abandonnent.
Et puis, dans les couloirs sans fin, dans les champs désolés de la nuit, dans les limites sombres où se heurtent l’esprit, les voix imprévues traversent les cloisons, les idées mal bâties chancellent, les cloches de la mort équivoque résonnent. »

« Chemin tournant in Sources du vent (1929)

Il y a un terrible gris de poussière dans le temps
Un vent du sud avec de fortes ailes
Les échos sourds de l’eau dans le soir chavirant
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant
Des voies rugueuses qui se plaignent
Un goût de cendre sur la langue
Un bruit d’orgue dans les sentiers
Le navire du cœur qui tangue
Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s’éteignent un à un
Quand les yeux sont mouillés comme des brins d’herbe
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles
Le matin à peine levé
Il y a quelqu’un qui cherche
Une adresse perdue dans le chemin caché
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent
A travers les branches cassées
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées
Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte
Règle le mouvement et pousse l’horizon
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête
Des visages vivants
Tout ce qui s’est passé au monde
Et cette fête
Où j’ai perdu mon temps »


Note:

In Main d’œuvre, recueil de poèmes 1913-1949,Paris, Mercure de France, 1949.
On y retrouve:
La balle au bond, Marseille, Les Cahiers du Sud, 1928
Sources du vent, Paris, Maurice Sachs (éd), 1929

Sources :
1-
http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/10/dossier_pierre_.html
Poèmes in Seriatim: