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mardi 27 mai 2025

Les médiocres ont pris le pouvoir et conduisent le monde à sa perte par Alain Deneault N°5718 19e année

 « Alain DENEAULT est professeur de philosophie à l’Université de Moncton au Canada et directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris. Il est l'auteur de « La médiocratie » et tout récemment « Faire Que ! L’engagement politique à l’ère de l’inouï » (Lux), mais également de plusieurs essais sur les multinationales et les souverainetés de complaisance. Dans cette interview par Olivier Berruyer, pour Élucid, Alain Deneault montre à quel point notre monde a basculé dans la médiocratie, un régime où les dérives politiques sont conduites par un extrême centre de plus en plus autoritaire. Cette philosophie mortifère a tout corrompu : le savoir, le langage, les liens collectifs, la créativité, et bientôt notre planète. Nous devons faire face à ce système, faire un pas de côté, et résister. » 

Jean Vinatier 

Seriatim2025

mercredi 23 février 2022

Ukraine : The show must go on N°5811 16e année

 Les marchés financiers estiment le risque de conflagration générale quasiment faible, les États-Unis tenant les manettes et n’ayant pas de concurrents à leur hauteur : Poutine courbera l’échine tôt ou tard tout comme Xi Jiping. Bruno Le Maire ne dit pas autre chose quand il dit que l’économie française était peu exposée à la Russie. Mais dans un monde interdépendant, n’est-on pas de facto exposé ?

Après tout, qu’est ce que Poutine a fait, il a ordonné l’entrée de quelques chars et troupes dans la partie du Donbass où sont les deux républiques auto-proclamées de Donetsk et de Lougansk…il n’a pas foncé, comme en Géorgie en 2008, vers la capitale Kiev. Donc le geste est bien maitrisé : ni peu ni trop.

Les marchés ont, pour l’heure, l’assurance, que rien de tangible ne changera, tout parait bien bordé y compris les hystéries de part et d’autre. The show must go on

Comme je l’ai écrit dans des Seriatim précédents, les enjeux véritables dépassent largement le cas non seulement de l’Ukraine, une puissance blette, mais plus encore celui des deux républiques du Donbass.

Depuis son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine n’a cessé de dire qu’il avait été marqué par la dislocation de l’URSS et le mandat lamentable de Boris Eltsine où la Russie ne semblait plus s’appartenir. Vladimir Poutine se croit investi d’une mission, transmettre à son successeur une Russie reconstituée et respectée et si possible indispensable autant à la Chine qu’aux USA et de peser sur l’Europe via l’Allemagne. Pour l’heure, ce n’est évidemment pas le cas. Il a réussi à l’extérieur des coups dont le plus remarquable a été en Syrie…même François Heisbourg le reconnait !!!

Pour les Etats-Unis, l’objectif est de ne pas avoir de gêne géopolitique et géostratégique pour abaisser la Chine (après ce sera le tour de l’Inde). La Russie pouvait très bien ne pas être un obstacle, elle l’est parce que les principes politiques qui gouvernent Poutine impliquent une souveraineté et par conséquent un rapport d’égal à égal, ce dont la Maison Blanche ne veut pas. On le voit bien avec l’Union européenne et plus particulièrement avec l’Allemagne qui essaie par tous les moyens de garantir leur espace hanséatique par l’abandon du domaine militaire alors même que le contraire leur éviterait trop de rappels à l’ordre. Mais l’Allemagne bloquée par son passé douloureux n’est pas en mesure de franchir le pas. Sa seule action en matière de Défense est de prendre des parts dans des entreprises françaises stratégiques.

 

L’objectif américain est aussi de s’assurer de la mise en ordre des sanctions financières et économiques contre la Russie, de contraindre la Chine à s’y plier, d’imposer leur gaz de schiste très onéreux et excédentaire à l’Europe pour mieux la tenir par le coût : une Europe qui passerait donc d’une dépendance russe à une dépendance américaine…

L’intéressant sera de voir les conséquences du Donbass parmi les acteurs politiques américains. Si Donald Trump a affirmé qu’avec lui, jamais Vladimir Poutine n’aurait franchi ce « petit » Rubicon, il devra compter avec un nombre non négligeable d’élus Républicains russophobes, de même que Joe Biden avec quelques élus démocrates dans une atmosphère intérieure lourde, à la veille de l’ébranlement du convoi de la liberté le 23 février (Pasadena/Washington) et à quelques mois des mid-terms.

Si sciemment les médias français taisent l’atmosphère américaine comme ils surent le faire pour le Canada afin de gêner le moins possible Emmanuel Macron, nous ne sommes pas à l’abri des ricochets ukrainiens. Les images Tik tok d’un Macron réfléchi, pas rasé, harassé, travaillant à pas d’heure qui doivent influencer les jeunes en sa faveur sont, sans doute, le prélude à un cadenassage de l’élection présidentielle. Bien servi par l’actualité internationale et des médias domestiques, et fort de sa réussite à pourrir les élections comme il y parvint pour les municipales et les régionales par Covid interposé, il rêverait d’une réélection sans campagne à un peu comme Albert Lebrun a été réélu par le Congrès Président de la République en 1939. S’il réussissait cet exercice, il aurait à son palmarès une déconstruction remarquable de l’exercice démocratique.

The Show must go on……

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

jeudi 17 février 2022

Macron face aux clivants N°5805 16e année

 Les défections depuis les rangs de Marine Le Pen et de Valérie Pécresse dénotent leur affaiblissement, conséquence pour la première d’avoir lissé tous ces propos au point de n’être plus une alternative, pour la seconde d’avoir, au contraire trop dérivé vers l’aile la plus à droite des Républicains. Ce double mouvement renforce le camp d’Eric Zemmour autant que celui d’Emmanuel Macron.

A gauche, les querelles entre les différents chefs ne permettent qu’à un seul de tirer son épingle du jeu, c’est Jean-Luc Mélenchon qui est vu par l’opinion comme une personnalité clivante.

Ainsi, avant même qu’Emmanuel Macron n’officialise sa candidature à sa réélection, ce dernier savoure de voir se renforcer les personnalités le plus clivantes à droite comme à gauche l’assurant d’entrée d’un capital, non pas d’enthousiasme, mais d’assurance et d’équilibre.

Politiquement, en 2017 l’entrée avec fracas d’Emmanuel Macron sur la scène se poursuit tranquillement, sa déconstruction progresse au point d’épuiser deux partis historiques, le parti socialiste qui git au sol et les Républicains en passe de se fracturer.

Et pourtant, jamais un bilan présidentiel n’aura été aussi désastreux tant à l’intérieur qu’à l’extérieur…Un motif pour lequel Emmanuel Macron retarde le plus possible sa descente dans l’arène. Comme le disait Vincent Lindon, le Président de la République a aidé, en résumé, ceux qui n’en n’avaient pas besoin et tapé ceux qui étaient dans la précarité et l’incertain. Plus que jamais, le monde des villes s’oppose à celui de la ruralité. L’itinérance du convoi de la liberté, hier à Bruxelles, a été accueilli avec enthousiasme lors des traversées des villages et petites villes comme s’il s’agissait d’un Tour de France avant l’heure, ce que les médias turent afin de mieux couvrir les heurts sur les Champs-Élysées, à Paris qui abomine les Gilets jaunes puisqu’elle a voté à 90% pour Macron et a réélu Anne Hidalgo en 2020…Ce convoi de la liberté était aussi celui des abstentionnistes, des Français lassés, désabusés qui boudent l’isoloir pour les routes et les chemins. C’est étonnant de regarder l’accélération de la séparation entre les villes et les campagnes. Lors des Gilets Jaunes, leur chute de popularité débutait dès les villes sous-préfectorales où sont des bourgeois convaincus que ceux d’en haut ne leur fermeraient pas la porte : Une illusion résumée par l’humoriste Gaspard Proust, « l’ascenseur social n’est pas bloqué, il descend très bien » !

Cependant, toutes ces rancœurs et errances se réfugient pour partie vers des candidats plus radicaux à l’instar d’Éric Zemmour et de Jean-Luc Mélenchon. Le premier tablant sur une nostalgie et la crainte d’un « grand remplacement » (en fait une grande évolution démographique), le second qui tente de réunir le patriote et le mondialisé via les minorités, c’est un essai de créolisation idéologique.

La demande de radicalité est latente, celle de l’assurance que rien ne perturbera le train -train d’une France vieillissante. La France poursuit son « archipélisation » dans le cadre d’une Union européenne, elle-même, sans corps politique et qui mise son va-tout sur l’euro numérique qui devrait être un contrôle monétaire des habitants des pays membres, un crédit social à la chinoise. On voit bien que l’Europe se refusant toujours à être politique, veille à clore les citoyens, les suivre et les connaitre dans tout, même l’achat d’une simple baguette !

J’ai écrit à plusieurs reprises que cette campagne présidentielle était d’une grande tristesse, je répète encore tant il apparait qu’Emmanuel Macron le déconstructeur consolide dans le « en même temps » un socle électoral à la fois âgé et de jeunes persuadés d’accéder à la bonne licorne entrepreneuriale. Divisions et émiettements caractérisent la France de 2022.

Paradoxalement, l’environnement géopolitique et la potentielle crise financière apportent du miel à Emmanuel Macron mais nourrit de nouvelles radicalités. Ces radicalités qui montent aussi presto au Canada et aux États-Unis. Le « quoi qu’il en coûte » présidentiel risque bien de caler face aux amertumes post-électorales et aux inflations diverses. Mais pour l’heure et à moins de nouveaux événements et scandales qui écrouleraient Emmanuel Macron, il applaudit un compliment depuis l’Algérie et donc d’un potentiel apport électoral. Mais cet appui est tout à fait intéressé, autant énergétique (en cas de guerre gazière via la Russie) que géostratégique (Alger aimerait nous voir très très loin dans les sables)

Emmanuel Macron rêve d’un second tour face à un clivant,  lui-même, l’étant.

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

 

 

mercredi 9 février 2022

Convoi de la liberté : bientôt chez vous N°5797 16e année

 Si l’Ukraine reste un sujet très préoccupant par les mécaniques américaines enclenchées pour faire plier la Russie et régionaliser l’Union européenne en s’assurant que jamais elle ne jouira de ses ailes, les événements intérieurs américains (États-Unis/Canada) épicentre « du vivre ensemble » du woke, de la cancel culture commencent à peser. Je l’ai écrit à plusieurs reprises, les venues au pouvoir de Donald Trump puis de Joe Biden ont fait surgir des fractures intérieures qui n’ont pas cessé de grandir et de se diffuser sur l’ensemble du continent américain. D’ailleurs, les échecs, plus intérieurs qu’extérieurs, de Joe Biden en font le POTUS le plus impopulaire relançant les débats sur, les fraudes électorales, la marche vers le Capitole en janvier 2021 avec en supplément la renaissance de Donald Trump bien soutenu par Elon Musk, l’homme le plus riche du monde !

Que les convois de camions américains soient sous la coupe d’influenceurs et propagandistes ultras, c’est certain mais les échos rencontrés tout au long des parcours montrent aussi une demande insatisfaite, politique, sociale de vie meilleure, le tout sur fond d’une société nord-américaine encore très marquée par le racisme et indifférente aux égalités. En Europe, c’est plus ambigu même si dans ces moments sociaux les extrêmes sont actifs, n’oublions pas qu’à l’inverse des États-Unis, les matières premières y sont chères avec en sus l’interrogation sur l’inflation dont la nature n’est pas la même des deux côtés de l’Atlantique qui pourrait très bien être, à terme, un vase communiquant.

Aujourd’hui, ces « convois de la Liberté » qui sillonnent les routes, suscitent des expressions similaires en Europe (Amsterdam, Bruxelles, Paris) avec un pic prévu ce week-end. Si de l’autre côté de l’Atlantique, les convois de la Libertés sont très antivaccins, en Europe s’y greffent comme écrit ci-dessus, la vie chère, le coût, de l’essence, du gaz, de l’électricité. Cette convergence des colères serait-elle la convergence des luttes chère aux marxistes ?

Si on est bien dans un registre de colère, de fronde, pas aujourd’hui le moindre corpus politique ou alternative. Il n’est guère étonnant que le pouvoir ne s’alarme pas de trop : de toute façon, les médias répéteront en boucle que ces convois ne seront que des « fascistes », des « nazis » et ainsi de suite comme ce fut le cas contre les Gilets Jaunes.

La France verra-t-elle se relever les Gilets Jaunes au passage de ces camions ? Quand on voit le nombre de gens masqués, les jeunes surtout, on doute d’un sursaut, d’un réveil ? Il y a en France, une acceptation des plus jeunes (je le répète) de la soumission, de l’aplatissement unique en Europe sur fond d’une campagne présidentielle d’une tristesse inouïe avec un Président sortant veillant à ne surtout pas faire campagne misant le tout pour le tout, à la fois « sur les braves gens » et l’abstention.

Au sortir de ces deux années « COVID » et des lois de surveillance indignes, les inégalités se sont creusées quand les fortunes atteignent des sommets, que les dividendes sont réinvestis dans les sociétés qui les accordent, réduisant un peu plus l’irrigation monétaire. En réalité, tout se replie : les riches rient et se claquemurent, les autres errent entre les colères rentrées et les chimères de l’ascenseur social (l’humoriste Gaspard Proust dit "qu’il descend très bien" !!)

S’y greffe aussi une révolte globale par des gens hostiles à la globalisation : premier passage de la mondialisation heureuse à celle qui ne le serait plus ?  Difficile de dire si dans un monde liquide, des protestations puissantes peuvent avoir de l’écho et s’agréger, se cimenter.

Cependant, nous sommes au début d’un bouillonnement plus brouillon en Europe qu’aux États-Unis où l’immédiateté des mid-terms et des antagonismes nés des élections de 2016 et de 2020 que nos élites européennes se refusent à considérer n’y voyant bêtement que des ersatz alors même qu’une partie centrale du pays est entrée dans une défiance profonde par rapport aux états côtiers américains. Il y a, aussi, aux États-Unis une véritable problématique politique autour de ce qu’est l’identité suscitant des radicalités diverses divisant les élites américaines !

Les convois de la Liberté, feront-ils ces vents forts, demain les tempêtes de sable et de poussière soulevant d’impressionnantes quantité de matières ? Tout dépendra du degré d’asséchement des sociétés liquides, où nous sommes, le réchauffement climatique et ses corollaires migratoires étant des enjeux déjà sur la route : la poussière est bien à l’horizon, cette ère des soulèvements selon Michel Maffesoli ?

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022