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jeudi 28 mars 2024

Le djihadisme, de Moscou au Sahel : se préparer à la crise qui vient par Asiem El Difraoui N°5761 18e année

« Si le Sahel s’embrase, l’Europe sera la première touchée.

L’attentat de Moscou a remis Daesh au centre du jeu. Alors que la guerre s’est étendue de l’Ukraine à Gaza, c’est en Afrique que la disruption non-westphalienne est peut-être la plus imminente. Pour l’instant, nous ne sommes pas prêts à faire face au choc. »

« La guerre d’Israël contre le Hamas, l’invasion russe en Ukraine, les tensions entre la Chine et les États-Unis ont chassé des gros titres un autre foyer de conflit : le Sahel. C’est là, pourtant, que la prochaine catastrophe géopolitique semble imminente. Pour les géographes allemands, le Sahel regroupe généralement les anciennes colonies françaises du Mali, du Niger, du Burkina Faso, certaines parties du Cameroun, du Sénégal et du Tchad. La terreur djihadiste ne cesse de s’y propager, en particulier dans trois États où des juntes militaires sont au pouvoir depuis deux ans. Au Niger, plus de 200 personnes ont été tuées par des attaques terroristes djihadistes depuis la prise de pouvoir des militaires fin juillet ; 4.000 personnes sont mortes au Burkina Faso depuis le putsch de septembre 2021 et 5.000 au Mali depuis mai 2021.

Au cours des dix dernières années, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées dans ces trois pays — et des centaines de milliers sont en fuite. La situation continue de s’aggraver. D’autant plus que ni l’ONU, ni les Européens et en premier lieu la France, ancienne puissance coloniale, n’ont encore une influence politique ou une présence militaire sur place. Si les Français avaient été salués comme des libérateurs en 2013 après avoir sauvé la légendaire ville de Tombouctou des griffes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et des milices alliées lors de l’opération Serval, ils sont aujourd’hui persona non grata.

C’est au Sahel que la prochaine catastrophe géopolitique semble imminente. »

La suite ci-dessous :

https://legrandcontinent.eu/fr/2024/03/27/le-djihadisme-de-moscou-au-sahel-se-preparer-a-la-crise-qui-vient/

 

Jean Vinatier

Seriatim2024

mercredi 30 mars 2022

Le vieux projet d’union du Sahara, source de méfiance entre le Mali et la France par Simon Pierre N°5841 16e année

 

Effectivement, le Général de Gaulle a tenté via « l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) de positionner la France en Afrique, l’Algérie se détachant. C’est un épisode peu connu qui illustre bien la qualité visionnaire du Général qui buta face aux circonstances autant de la guerre d’Algérie que de l’échec de l’Union française.

Article :

« Depuis que le torchon brûle entre Paris et Bamako, le pouvoir militaro-civil malien accuse la France de jouer un double jeu dans le nord du pays. Une suspicion fantasmée, mais qui se nourrit (entre autres) d’un épisode bien réel : le projet français, à la fin des années 1950, de conserver le Sahara et d’en faire un territoire d’outre-mer à part entière. Retour sur l’éphémère existence de l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS).

La crise de confiance entre les autorités françaises et le pouvoir militaro-civil au Mali a atteint son paroxysme en ce début d’année. Depuis le coup d’État d’août 2020, des politiciens et des activistes proches de la junte diffusent des interprétations particulières au sujet d’une éventuelle collusion des militaires de l’opération Barkhane avec l’ennemi djihadiste. Cette stratégie vise à transformer les échecs patents à écraser l’insurrection djihadiste en une accusation de complicité. Elle s’appuie sur les tentatives maladroites, à Paris, de ménager la chèvre et le chou entre les indépendantistes touaregs des régions de Kidal et de Ménaka et l’État malien, qui les considère comme des terroristes au même titre que les salafistes avec qui, il est vrai, ils ont collaboré en 2012. Dès lors, par une fausse transitivité, l’ancienne puissance coloniale ne serait pas seulement faible ou inefficace, elle collaborerait ouvertement avec les djihadistes dans le but, selon les versions, de détruire le Mali ou d’y justifier son occupation afin de s’accaparer les richesses naturelles du Nord.

Cette théorie peut paraître séduisante mais elle est infondée. Le pourrissement de la crise et les massacres aveugles et terrifiants qui en découlent concernent aujourd’hui davantage le delta intérieur du fleuve Niger. Or cette région ressortit pour l’essentiel de la zone sous contrôle direct de l’État malien, hors des objectifs initiaux de Barkhane qui concernaient la boucle du fleuve et que les indépendantistes appellent « l’Azawad ». Étendre le conflit plus au sud ne présente aucun intérêt ni tactique ni stratégique pour contrôler le Sahara.

Cela étant dit, la suspicion à l’égard d’objectifs secrets fomentés depuis Paris et d’un soutien à la rébellion ou aux djihadistes qui sous-tend la propagande du pouvoir malien n’est pas le produit que d’un fantasme. Elle repose sur des choix stratégiques récents de la France, comme lorsque l’armée française a empêché l’armée malienne de reprendre le contrôle de Kidal en 2013. Mais elle s’appuie également sur une méfiance communément partagée au sein de certaines élites maliennes depuis trois générations - méfiance qui sert de liant au ciment nationaliste que les putschistes tentent de (re)créer pour se maintenir au pouvoir1.

Pour un certain nombre de Maliens, cette histoire ressemble à un éternel recommencement : celui d’une succession de tentatives françaises visant à leur arracher « leur » Sahara. Ces tentatives ont parfois pris la forme de rébellions touarègues que l’on pense, à Bamako, téléguidées par Paris. Mais avant cela, elles avaient surtout pris, au moment primordial de la fondation du Mali moderne sous Modibo Keita, la forme bien tangible d’une agence gaullienne en charge de conserver le Sahara en tant que Territoire d’outre-mer français au détriment des États nouvellement « indépendants » : l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS). Par une coïncidence qui n’est pas fortuite, l’intérêt particulier pour ce territoire tient au contraste entre la richesse de ses potentialités minières (fer, hydrocarbures et uranium) comparée à une densité de population extrêmement faible (0,2 hab/km²). En d’autres termes, contrôler les ressources du Sahara constituait, comme pour la Calédonie ou la Guyane, un gain bien plus important que le coût d’octroyer à sa population quelques droits politiques et sociaux.

« Susciter l’installation d’industries extractives »

La suite ci-dessous:

https://afriquexxi.info/article4952.html

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

 

samedi 19 février 2022

Mali : tourner la page sans fermer le livre ? N°5806 16e année

Depuis l’annonce par Emmanuel Macron de la fin de Barkhane au Mali, personne n’a cru bon de s’interroger sur ce que pensaient les militaires français engagés dans cette guerre depuis des années et s’ils comprenaient la décision élyséenne ?

Quand une armée quitte un pays où elle était sans avoir obtenu la reddition ou une paix victorieuse, c’est que l’échec est patent. Si Emmanuel Macron ne pouvait pas dire publiquement l’échec, il ne peut aujourd’hui méconnaitre que les différentes structures du renseignement français ne cessèrent de tirer la sonnette d’alarme et qu’il tarda à admettre une situation de moins en moins soutenable.

Ce qui arrive à l’opération Barkhane/Takuba est une suite assez logique de l’amoindrissement de l’influence française en Afrique de l’Ouest. Déjà lors de la crise ivoirienne qui a vu la France encourager la chute de Laurent Gbagdo aujourd’hui en retour triomphal, démarrait la seconde étape de notre déclin, après celui de l’échec de la Communauté en 1960.

Laurent Gbagdo furieux de voir le jeu français, accueillit et permit l’édification de la plus grande ambassade américaine d’Afrique, un signe tout à fait révélateur qui soulignait que Washington n’acceptait plus l’Afrique de l’Ouest comme une « chasse gardée française ».

La montée en importance de l’espace sahélien c’est-à-dire des ressources énergétiques, minières, des routes sur fond de l’extension de groupes djihadistes que l’Europe ne distinguait pas des raids ancestraux entre villages, des nomades contre les sédentaires, des querelles ethniques et tribales et religieuses (animiste, musulman, chrétien) a fait que cette immense bande de plusieurs milliers de kilomètres est devenue une zone floue qui se jette dans les désordre, libyen et inter-soudanais (des désordres où France et États-Unis  y sont pour beaucoup)

Ce n’est pas tant le développement djihadiste qui a décidé la France de se retirer officiellement vers le Niger et le Tchad que le nouveau rapport de force géopolitique (Américain, Russe, Algérien, Anglais) dont on trouve la source aussi dans les évènements ukrainiens. Nul doute que l’entrée sur la scène malienne des russes via le groupe Wagner se relie à ce qui se passe à des milliers de kilomètres au nord de l’Europe. Vladimir Poutine est passé maître dans cet art de savoir frapper au cœur ou au carrefour stratégique avec précision et le minimum d’effectif (voir la Syrie et même le Kazakhstan).

Vladimir Poutine prend des gages ou des positions pour se donner des marges manœuvrières lors de négociations principalement avec les États-Unis, la Turquie. Emmanuel Macron, bloqué à la fois dans l’Union européenne et dans l’Otan, ne dispose pas de la même capacité et n’a aucun gage à se saisir. La France était dans une opération de combat contre les groupes islamistes africains, pas dans la garantie de son espace géostratégique bien démoli par Nicolas Sarkozy qui nous fit revenir dans le commandement militaire intégré et ouvrit, en même temps l’Afrique de l’Ouest à Washington…

Quelque part, la France était dans une nasse qui ne l’était apparemment pas tant que nos alliés « américains » n’avaient pas d’autres défis à relever, par exemple, contre la Chine, la Russie…Cet équilibre, désormais rompu, nous n’avions d’autre choix que celui du redéploiement en espérant que le défi logistique imposé par le départ du Mali ne soit pas une réplique de la débâcle US à Kaboul d’août dernier !

Le possible repli vers le Niger et le Tchad, deux pays fragiles, le premier avec un Président auquel on reproche ses racines libyennes avec au sud le bouillonnant Nigeria, le second surtout où Emmanuel Macron a cru devoir honorer par sa présence Mahamat Idriss Déby fils du dictateur défunt, n’est en rien une garantie pour la France.

L’exploit de la France aura été de tenir avec une moyenne de 5000 hommes un territoire aussi étendu, qu’elle le put grâce au passé colonial où elle apprit et annota et espère que cette page malienne qui se tourne ne fermera pas le livre Afrique où l’armée française veut encore avoir ses pas.

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022