L’évacuation
précipitée par les forces américaines de Kaboul termine-t-elle la période du
terrorisme ou bien inaugure-t-elle quelque chose d’autre ?
Certains verront dans les
événements du 15 août un clin d’œil pas innocent avec la commémoration du 11
septembre 2001, d’autres pas. Les réseaux terroristes sont comme les services
secrets, dans des terrains que nous ne connaissons pas, que nous subodorons
seulement. On voit surgir une foule, de vidéos, d’écrits sur les
interprétations à avoir autour du 11 septembre, quel est l’intérêt d’y ajouter
le sien forcément noyé dans le flot ininterrompu ? Il en ira du 11
septembre comme du trésor des templiers, des morts, de Jeanne d’Arc et du petit
Louis XVII et de l’errance d’Anastasia. C’est justement parce que le terrorisme
islamiste (selon nous) véhicule, ses organisations, ses noms effacés dés l’élimination
lors d’une OPEX, ses actions soudaines apparemment décousues que l’homme, déjà
naturellement porté, à raconter des histoires, des récits allant jusqu’au mythe,
s’y engouffre. Depuis l’homme
préhistorique, autour du feu, au retour d’une chasse, les humains parlent, vrai
ou faux, pas d’importance, l’essentiel est dans le conte, alors, la chasse,
plus tard l’ennemi tribal…et ainsi de suite. Nos réseaux actuels amplifient le naturel
de l’homme : dire pour ne rien dire, dire pour dire pour que voyage le
dire.
Certainement, est-il plus
intéressant de regarder ce qu’a été la marche du monde entre 2001 et 2021 tout
simplement parce que nous le voyons et le ressentons dans notre quotidien. Avons-nous
l’impression de mieux respirer aujourd’hui qu’hier ? Ne visualisons-nous
pas davantage qu’il y a vingt ans, une chape de plomb s’étendre au-dessus de
nos têtes ? La dégradation climatique n’a pas ralenti, toutes les questions
fondamentales restent en suspens. Les présents modèles, économiques, financiers
sont aux antipodes ce qu’il serait nécessaire d’anticiper. La seule chose qui a
progressé, c’est l’avidité, l’appétence pour les profits et les multiplications
des marchés même s’ils contreviennent à des idées morales, même si les sommes
atteignent des sommets. On est baba devant Black rock qui gère 9 trilliards de
dollars d’actifs dont son fondateur Larry Fink assure qu’ils ne risquent rien……tant
que les banques centrales abondent les « financiers, banquiers », les
gouvernements pour étouffer les crises sociales (France), tant que tout le
monde joue le jeu : c’est très fragile avec des bourses plus factices
qu’autrefois qui vivaient, alors avec les réalités industrielles et économiques.
En 2021, c’est du hors-sol total.. C’est du Icare à la merci d’un rayon solaire !
L’entrée sur scène du terrorisme
islamiste commence après la chute du Shah, en janvier 1979, C’est le moment où
le néo-conservatisme se déploie. Peu perceptible car il se fondit d’abord, avec
les autres actions terroristes des années 60-80 (bande à Baader, Brigades
rouges…etc) qui furent très violentes et sanglantes mais sans impact global. Le
11 septembre 2001 au matin parce que les avions piratés entraient dans les Twin
towers à New-York, la ville la plus citée et la plus commentée au monde, leurs
images étaient de facto globales. New-York étant un monde, son atteinte, était
aussi celle de la planète et devait l’être. Il fallait saisir le monde d’effroi
pour mieux le circonvenir, le tenir, le paramétrer. Le terrorisme de ce
septembre 2001 nous précipitait vers le monde plus clos : plus de distances
lointaines, plus de terres inconnues, plus d’espaces insaisissables.
Le « fallen man » (clin
d’œil au polar de Tony Hillerman paru en 1996) cet inconnu happé par le vide est
aujourd’hui à la une des médias et des réseaux. De l’effondrement sur elles-mêmes
des tours new-yorkaises ne reste donc qu’un corps seul descendant.
Mais de quel corps chu parle-t-on ?
Chute d’une puissance, chute de l’homme libre ? Il y a un peu des deux. Les États-Unis même contrariés ont encore la maitrise narrative du monde avec les
moyens (financiers, monétaires, militaires, technologiques) inhérents, ils ne
chutent donc pas, ils changent de fusil d’épaule. C’est sans doute là l’illusion
afghane. Sans revenir sur mes propos quant à cet événement du 15 août, je n’oublie
pas que cette puissance garde par devers-elle les forces de contraindre. Ce
constat n’empêche pas de relever que sa toute puissance (l’hyperpuissance chère
à Hubert Védrine) est aussi sa faille : quoi de plus lourd fardeau que la
charge du monde : Atlas n’a-t-il pas été contraint à porter le monde ?
Un moment arrivera où cette puissance s’affaissera sur elle-même concomitamment,
peut-être avec la Chine. On ne mesure pas, soit par incapacité, soit par
aveuglement, que le monde clos sans terres neuves ou planètes est étouffant
tant pour l’hyperpuissance que pour les autres concurrentes.
L’homme tombé de 2001 écrasé au
sol, est assez prémonitoire de ce que nous faisons tous inconsciemment. Chacun
d’entre nous tombe et de haut car les idéaux de liberté sont ravalés à des
étages inférieurs et présentés non plus comme une totalité mais comme un choix :
liberté ou sécurité et santé (contre le terrorisme contre la pandémie actuelle).
Le curseur se meut finement, jouant sur les cordes humaines qui nous
sensibilisent naturellement pour nous amener à la prise en charge de chacun de
nos gestes, de nos envies. La fin de l’anonymat, liberté par excellence, rend
les hommes anonymes en ce sens qu’ils sont ramassés, entassés, atomisés séparés
de leurs racines historiques. Karl Marx évoquait le danger du « bourgeois
flottant », au début du XXIe siècle , nous avons les hommes nomades dont
la masse ne cessera pas de croitre en raison des process climatiques en marche.
Le terrorisme islamiste qui s’appuie,
une bonne part sur le postulat que son existence et son développement seraient
les signes avant-coureurs d’une unité musulmane emportant le monde (sauf les
USA) est assez suspect, sans pour autant nier le problème qu’il pose intrinsèquement.
Historiquement les divisions inter-arabes plaident pour relativiser ce danger
(lire De l’autre côté des croisades, l’islam entre croisés et mongols de
Gabriel Martinez-Gros). Ce sont plus les migrations massives qui ont le
potentiel explosif principal.
Le terrorisme est au cœur de nos
sociétés. S’ouvre à Paris le procès des auteurs des attentats contre le
Bataclan en novembre 2013 où les émotions naturelles et inévitables risquent ne
nous masquer le panorama tandis que sourdement l’État continuera sa marche vers
davantage de mise en tutelle des citoyens.
Du 11 septembre 2001 à l’été
2021, une vingtaine d’années où se mélangent dans un pot-pourri assez tragique
donc dramatique, la géopolitique et le contrôle social, s’appuyant comme relais
pervers sur des peurs légitimes (peur de la bombe, du coup de machette,
peur du virus…etc.) Le « fallen man » de 2001 a mis vingt ans pour s’écraser,
s’aplatir au point, que désormais, le passeport est obligatoire pour prendre un
café….Si seulement cette chute trouvait sa résonance, si ce fracas trouvait
des échos. Le terrorisme a d’une certaine manière emporté une bataille de vingt
ans, la guerre n’est, cependant pas terminée….
Jean
Vinatier
Seriatim
2021