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jeudi 9 mai 2024

L'histoire méconnue de l'Afghanistan - Entretien avec Didier Chaudet N°5779 18e année

 “De l’Empire perse défait par Alexandre le Grand au retour des Talibans au pouvoir en 2021, l’histoire du territoire qui va devenir l’Afghanistan est très riche, et pourtant méconnue… alors qu’il y a de quoi faire ! Entre Alexandre le Grand, les Kouchans, les Mongols, les Durrani, l’Émir de Fer, la Guerre froide, ou encore la guerre de 2001, il y en a pour tous les goûts ! Alors pour en savoir plus, j’ai reçu Didier Chaudet, un géopolitologue spécialiste de l’Asie du Sud-Ouest, notamment de l’Iran, de l’Afghanistan et du Pakistan, ainsi que de l’Asie Centrale, qui s’est beaucoup intéressé à l’histoire de la région. Alors prenez place, et je vous souhaite une bonne écoute ! 

Retrouvez les deux derniers livres de Didier : 

  Géopolitique de l'Afghanistan des Talibans (à paraître) : https://www.eyrolles.com/Loisirs/Livr...  

L'Asie Centrale en 2023 : évolutions géopolitiques, diplomatiques, et sécuritaires : https://www.editions-harmattan.fr/liv... »

Jean Vinatier 

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mardi 30 novembre 2021

Afghanistan: quelle stratégie pour la Chine ? N°5759 15e année

Conférence du 29 novembre à l’INALCO

 « Le 28 juillet dernier, alors que les talibans fonçaient sur Kaboul, la Chine accueillait très officielle-ment une délégation du mouvement islamiste dans la ville de Tianjin. Une façon pour Pékin de préparer la nouvelle ère, celle d'un Afghanistan sous contrôle taliban, affranchi de toute présence américaine. 

 La Chine, comme la Russie, a maintenu son ambassade ouverte à Kaboul et multiplie depuis les prises de contact avec le nouveau pouvoir. Elle promet 30 millions de dollars d'aide humanitaire à l'Afghanistan et appelle les grandes institutions internationales à débloquer les fonds de la banque centrale afghane. 

Les enjeux sont avant tout économiques et sécuritaires, à l'heure où Pékin promeut tous azimuts son gigantesque projet de « Nouvelles routes de la soie ». La Chine, qui partage 76 kilomètres de frontière avec l'Afghanistan, compte s'appuyer sur les talibans pour lutter contre le développe-ment de cellules de combattants ouïghours réfugiés sur le sol afghan. 

Cette conférence tentera de définir la "stratégie chinoise" en Afghanistan et d'analyser si le gouvernement taliban peut constituer un partenaire crédible pour Pékin. Plus largement, elle aborde-ra la place centrale occupée par l'Afghanistan dans les ambitions chinoises sur l'ensemble de l'Asie centrale. 

Avec : 

- Shahrbanou Tadjbakhsh, professeure à l'Institut d'études politiques (Sciences Po) de Paris et spé-cialiste des enjeux sécuritaires en Asie centrale et Afghanistan.

 - Emmanuel Véron, géographe, spécialiste de la Chine contemporaine et chercheur-associé à l'école navale et à l'Inalco. 

- Mathieu Duchâtel, sinologue et directeur du programme Asie à l’Institut Montaigne. 

Modération : Baptiste Fallevoz, rédacteur en chef à France 24, journaliste à Asialyst et ancien correspondant en Chine. » Jean Vinatier 

Seriatim 2021

 

vendredi 19 novembre 2021

dimanche 7 novembre 2021

La culture afghane face aux talibans : masterclass du professeur Michael Barry N°5742 15e année

« La Fondation Inalco a eu l’honneur d'accueillir le Professeur Michael Barry à l’occasion de sa conférence donnée à la Maison de la recherche de l’Inalco sur le thème : « Une opération d'urgente sauvegarde : enseigner dans la guerre leur haute culture afghane aux jeunes Afghans - à Kaboul puis ici ». Cette intervention a permis de parcourir, en fil conducteur, les divers destins du pays, de l'antiquité à nos terribles jours. Une conférence à la résonance particulière, alors que l’Inalco et sa Fondation s’engagent pour accueillir des universitaires et étudiants afghans en exil. » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2021

 

lundi 20 septembre 2021

Marc Eichinger ou révélations d’un homme qui en savait trop: Israël, Afghanistan, Qatar N°5713 15e année

“Frédéric Dalmas: Étant donné que le Qatar est allié aux États-unis au Moyen-Orient, le fait qu'il ait la main sur l'aéroport de Kaboul n'est-il pas un moyen pour les États-unis de garder de l'influence ? » 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

jeudi 16 septembre 2021

Australie : échec français, solidarité anglo-américaine N°5709 15e année

L’élimination du chef de l’État islamique au Grand Sahara, Adnan Abou Walid al Sahraoui, qui a déjà son successeur, est un succès qui n’efface pas la déconvenue française en Australie. Sydney a annulé la commande pour un montant de 56 milliards d’euros de sous-marins français. L’axe indopacifique, initié historiquement par les Japonais, que les États-Unis promeuvent indique clairement que sur le plan militaire, l’union anglo-américaine prévaut sur tout.

La France savait son succès fragile, le royaume australien étant lié militairement aux États-Unis, le Royaume-Uni veillant simplement à ce que ce continent ne rompit pas son appartenance au Commonwealth. Une fois de plus, il est montré que Washington fait ce que son intérêt lui commande (comme en Afghanistan).

La France seule face à Londres et Washington qui enserrent Sydney, ne pesait pas lourd. Avec l’Union européenne, en aurait-il été autrement ?

Sur le papier a joué cette absence de l’Union européenne derrière la France pour négocier le contrat sous-marin. La présidente de la Commission de l'Union européenne, Ursula Von der Leyen, n’appelait-t-elle pas, ce 15 septembre, à renforcer l'autonomie économique, industrielle mais aussi militaire de l'Union ? La fameuse "Union de la défense" sur fond de désunion interne !

Il faudrait que l’Union européenne devînt réellement une puissance politique, détachée de l’OTAN : en un mot, souveraine ! L’on sait bien qu’Emmanuel Macron qui présidera l’Union à partir du 1er janvier 2022, fera de l’Europe puissance son crédo pour ébahir son électorat que l’Union fera mine ne de pas contester jusqu’au second tour de l’élection présidentielle française. Le fait est que nous sommes à des années lumières de toute défense européenne et par conséquent de toute vision géopolitique et géostratégique. Cette apathie se voit dans la mise en œuvre de l’axe indopacifique où la France, par ses présences, notamment, militaires, depuis l’Afrique d’abord continentale puis de Mayotte à Tahiti, est de facto embarquée.

Pour l’heure, le Royaume-Uni, débarrassé du carcan européen, reconsidère le Commonwealth, se place sans problème sous l’aigle américain dont les yeux sont très souvent britanniques : Londres, tout en se défaisant de l’Empire, a veillé à garder, à la fois suffisamment de réseaux, à ne jamais cesser d’envisager le futur, à avoir sur le « cousin américain » un temps historique plus étendu et mieux appréhendé.

Joe Biden profite de l’accord intervenu avec l’Australie pour réactiver le Quad (Japon, Inde, Royaume-Uni, USA) face à la Chine devenue la puissance négative, après avoir été tant d’années l’atelier du monde pour le plus grand profit de financiers dont les américains. Le départ précipité de Kaboul de l’armée américaine sans consultation aucune de ses alliés n’empêcha pas tous les poncifs au moment de la commémoration des tragédies du 11 septembre et surtout, les adhésions à l’idéal de puissance depuis Washington ! Avec de tels partenaires aussi rampants, pourquoi voudrait-on que les États-Unis s’embarrassent de prévenance envers une Europe qui ne semble plus ni les inquiéter, ni effrayer les Chinois, l’Allemagne de la chancelière Merkel ayant rempli toutes les cases pour cela !

Cependant, la mise sur orbite de l’axe indopacifique sert aussi les intérêts japonais qui le voient comme une opportunité remarquable pour regagner des influences. Si en Europe le nazisme a tétanisé et généré la culpabilité permanente, en Asie, les atrocités japonaises se dissolvent apparemment dans le temps et ne gênent donc pas l’empire du Soleil levant dans ses ambitions. L’Inde, secoué par l’été afghan, ne parait pas disputer le leadership aux Américains face à la Chine. Mais, elle se montre prudente et ne s’éloigne pas trop de son partenaire russe. L’Inde est membre du Quad mais, je le pense, un membre oscillant.

Au-delà du Quad et de la Chine, se trouve l’Asie, un continent qui saisit bien qu’il est désormais le centre mondial et qui n’entend pas se livrer à des conflits internes sanglants pour le contentement d’une tierce puissance.

La France a démarché l’Australie car elle regardait justement cette occasion comme une manière d’être incontournable dans cet espace Pacifique trop longtemps délaissé comme on le voit en Nouvelle-Calédonie. Cette intrusion manquée éclaire notre solitude, notre faiblesse. La France a sciemment déléguée sa souveraineté, à une Union sans puissance, à l’OTAN où nous n’avons aucune manette. Notre pays mesure chaque jour qu’au Sahel sa situation effritée, poreuse, la disparition d’un chef islamiste n’étant qu’un grain de sable en moins dans un désert.

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

samedi 11 septembre 2021

Du 11 septembre 2001 à Kaboul 2021 : l’homme tombé N°5707 15e année

 L’évacuation précipitée par les forces américaines de Kaboul termine-t-elle la période du terrorisme ou bien inaugure-t-elle quelque chose d’autre ?

Certains verront dans les événements du 15 août un clin d’œil pas innocent avec la commémoration du 11 septembre 2001, d’autres pas. Les réseaux terroristes sont comme les services secrets, dans des terrains que nous ne connaissons pas, que nous subodorons seulement. On voit surgir une foule, de vidéos, d’écrits sur les interprétations à avoir autour du 11 septembre, quel est l’intérêt d’y ajouter le sien forcément noyé dans le flot ininterrompu ? Il en ira du 11 septembre comme du trésor des templiers, des morts, de Jeanne d’Arc et du petit Louis XVII et de l’errance d’Anastasia. C’est justement parce que le terrorisme islamiste (selon nous) véhicule, ses organisations, ses noms effacés dés l’élimination lors d’une OPEX, ses actions soudaines apparemment décousues que l’homme, déjà naturellement porté, à raconter des histoires, des récits allant jusqu’au mythe, s’y engouffre.  Depuis l’homme préhistorique, autour du feu, au retour d’une chasse, les humains parlent, vrai ou faux, pas d’importance, l’essentiel est dans le conte, alors, la chasse, plus tard l’ennemi tribal…et ainsi de suite. Nos réseaux actuels amplifient le naturel de l’homme : dire pour ne rien dire, dire pour dire pour que voyage le dire.

Certainement, est-il plus intéressant de regarder ce qu’a été la marche du monde entre 2001 et 2021 tout simplement parce que nous le voyons et le ressentons dans notre quotidien. Avons-nous l’impression de mieux respirer aujourd’hui qu’hier ? Ne visualisons-nous pas davantage qu’il y a vingt ans, une chape de plomb s’étendre au-dessus de nos têtes ? La dégradation climatique n’a pas ralenti, toutes les questions fondamentales restent en suspens. Les présents modèles, économiques, financiers sont aux antipodes ce qu’il serait nécessaire d’anticiper. La seule chose qui a progressé, c’est l’avidité, l’appétence pour les profits et les multiplications des marchés même s’ils contreviennent à des idées morales, même si les sommes atteignent des sommets. On est baba devant Black rock qui gère 9 trilliards de dollars d’actifs dont son fondateur Larry Fink assure qu’ils ne risquent rien……tant que les banques centrales abondent les « financiers, banquiers », les gouvernements pour étouffer les crises sociales (France), tant que tout le monde joue le jeu : c’est très fragile avec des bourses plus factices qu’autrefois qui vivaient, alors avec les réalités industrielles et économiques. En 2021, c’est du hors-sol total.. C’est du Icare à la merci d’un rayon solaire !

 

L’entrée sur scène du terrorisme islamiste commence après la chute du Shah, en janvier 1979, C’est le moment où le néo-conservatisme se déploie. Peu perceptible car il se fondit d’abord, avec les autres actions terroristes des années 60-80 (bande à Baader, Brigades rouges…etc) qui furent très violentes et sanglantes mais sans impact global. Le 11 septembre 2001 au matin parce que les avions piratés entraient dans les Twin towers à New-York, la ville la plus citée et la plus commentée au monde, leurs images étaient de facto globales. New-York étant un monde, son atteinte, était aussi celle de la planète et devait l’être. Il fallait saisir le monde d’effroi pour mieux le circonvenir, le tenir, le paramétrer. Le terrorisme de ce septembre 2001 nous précipitait vers le monde plus clos : plus de distances lointaines, plus de terres inconnues, plus d’espaces insaisissables.

 

Le « fallen man » (clin d’œil au polar de Tony Hillerman paru en 1996) cet inconnu happé par le vide est aujourd’hui à la une des médias et des réseaux. De l’effondrement sur elles-mêmes des tours new-yorkaises ne reste donc qu’un corps seul descendant.

Mais de quel corps chu parle-t-on ? Chute d’une puissance, chute de l’homme libre ? Il y a un peu des deux. Les États-Unis même contrariés ont encore la maitrise narrative du monde avec les moyens (financiers, monétaires, militaires, technologiques) inhérents, ils ne chutent donc pas, ils changent de fusil d’épaule. C’est sans doute là l’illusion afghane. Sans revenir sur mes propos quant à cet événement du 15 août, je n’oublie pas que cette puissance garde par devers-elle les forces de contraindre. Ce constat n’empêche pas de relever que sa toute puissance (l’hyperpuissance chère à Hubert Védrine) est aussi sa faille : quoi de plus lourd fardeau que la charge du monde : Atlas n’a-t-il pas été contraint à porter le monde ? Un moment arrivera où cette puissance s’affaissera sur elle-même concomitamment, peut-être avec la Chine. On ne mesure pas, soit par incapacité, soit par aveuglement, que le monde clos sans terres neuves ou planètes est étouffant tant pour l’hyperpuissance que pour les autres concurrentes.

L’homme tombé de 2001 écrasé au sol, est assez prémonitoire de ce que nous faisons tous inconsciemment. Chacun d’entre nous tombe et de haut car les idéaux de liberté sont ravalés à des étages inférieurs et présentés non plus comme une totalité mais comme un choix : liberté ou sécurité et santé (contre le terrorisme contre la pandémie actuelle). Le curseur se meut finement, jouant sur les cordes humaines qui nous sensibilisent naturellement pour nous amener à la prise en charge de chacun de nos gestes, de nos envies. La fin de l’anonymat, liberté par excellence, rend les hommes anonymes en ce sens qu’ils sont ramassés, entassés, atomisés séparés de leurs racines historiques. Karl Marx évoquait le danger du « bourgeois flottant », au début du XXIe siècle , nous avons les hommes nomades dont la masse ne cessera pas de croitre en raison des process climatiques en marche.

Le terrorisme islamiste qui s’appuie, une bonne part sur le postulat que son existence et son développement seraient les signes avant-coureurs d’une unité musulmane emportant le monde (sauf les USA) est assez suspect, sans pour autant nier le problème qu’il pose intrinsèquement. Historiquement les divisions inter-arabes plaident pour relativiser ce danger (lire De l’autre côté des croisades, l’islam entre croisés et mongols de Gabriel Martinez-Gros). Ce sont plus les migrations massives qui ont le potentiel explosif principal.

Le terrorisme est au cœur de nos sociétés. S’ouvre à Paris le procès des auteurs des attentats contre le Bataclan en novembre 2013 où les émotions naturelles et inévitables risquent ne nous masquer le panorama tandis que sourdement l’État continuera sa marche vers davantage de mise en tutelle des citoyens.

Du 11 septembre 2001 à l’été 2021, une vingtaine d’années où se mélangent dans un pot-pourri assez tragique donc dramatique, la géopolitique et le contrôle social, s’appuyant comme relais pervers sur des peurs légitimes (peur de la bombe, du coup de machette, peur du virus…etc.) Le « fallen man » de 2001 a mis vingt ans pour s’écraser, s’aplatir au point, que désormais, le passeport est obligatoire pour prendre un café….Si seulement cette chute trouvait sa résonance, si ce fracas trouvait des échos. Le terrorisme a d’une certaine manière emporté une bataille de vingt ans, la guerre n’est, cependant pas terminée….

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021