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lundi 31 mars 2008

Zimbabwe : jeune maison de pierre N°172 - 1ere année

Qui présidera la « maison de pierre » (Zimbabwe) ?
Le dessinateur Kal publie dans
The Economist¹, un dessin représentant Robert Mugabe haranguant son peuple : « Je vous ai donné 100 000% d’inflation, 80 % de chômage, je vous ai donné le statut de parias vis-à-vis du reste du monde. Vous devez me réélire à la présidence parce personne n’a autant donné que moi au Zimbabwe
L’opposition conduite, notamment, par Morgan Tsangiray, battu lors du scrutin de 2002, revendique la victoire.
Le pouvoir en place à Harare (ex-Salisbury) tentera-t-il de truquer les bulletins de vote ? Robert Mugabe, chef de l’Etat depuis 1987 (et Premier ministre depuis 1980) s’inclinerait-il, enfin ? Des observateurs évoquent un scrutin «
pacifique et crédible ». Quoi qu’il en soit, les résultats arrivent au compte goutte et, en cette heure, les deux camps sont à égalité ; la tension ne baisse pas.
L’Associated Press reprend le dire du porte-parole de l'opposition, Nelson Chamisa «
Nous donnerons à Mugabe le temps d'accepter la défaite [….] Même s'ils tentent de tricher, ils n'y arriveront pas. Notre victoire est écrasante».
Les milieux économiques régionaux ont hâte de tourner la page. La chambre sud-africaine de commerce et d’industrie (SACOB) s’inquiète, de la menace que constituerait une " implosion économique " du Zimbabwe pour l’ensemble des pays frontaliers, regroupés au sein de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU - Afrique du Sud, Botswana, Swaziland, Lesotho, Namibie). Effectivement, si un tel désastre advenait c’est toute l’Afrique australe qui basculerait ; le Zimbabwe étant la seconde puissance économique régionale après l’Afrique du Sud. Il est riche –quel pays d’Afrique ne l’est-il pas !- en blé, en mines de platine, de diamants, en gisements aurifères, en pétrole (la compagnie nationale a fait faillite)!
Le Zimbabwe remplace en 1980 la Rhodésie, ainsi dénommée en l’honneur de Cecil Rhodes en 1895. Mais le pays a failli porter le prénom de l’épouse du Premier ministre de la Reine Victoria, Cecilia Salisbury. Finalement, on reconnaissait le mérite de Cecil Rhodes, créateur de la Bristish South Africa Company (BSAC) d’avoir su obliger le roi des Ndebeles, Lobengula à faire la cession, en 1888, de tout le territoire entre les fleuves Zambèze et Limpopo. Ainsi, Londres brisait net l’expansion de la république sud africaine du Transvaal (Boer) et les appétits lusitaniens depuis le Mozambique. Rhodésie et Le Cap(Afrique du sud) formaient un immense territoire gouverné par une minorité blanche. Les Africains subissaient ou la ségrégation (Rhodésie) ou l’apartheid (Afrique du sud).
Ian Smith, homme fort de la Rhodésie entre 1953 et 1980, se battit bec et ongles pour maintenir cet état. La couronne britannique oscilla entre soutien et réprobation. Dans toute cette région Robert Mugabe(1924) comme Nelson Mandela (1918) et Monseigneur Desmond Tutu(1931) se battirent contre l’inégalité des droits.
Quand Robert Mugabe devient Premier ministre, en 1980, du Zimbabwe, il a des années de combat derrière sa personne. Que fit-il ? Il rassura les fermiers blancs et tenta de mettre au pas les Ndebeles, ethnie opposée à la sienne, les Shonas.
Autant la République sud africaine réussit, jusqu’à présent, à réunir Blancs et Noirs, autant Robert Mugabe, Chef de l’Etat depuis 1987, expropria tous les fermiers blancs en 2000 et 2003. Au Kenya, en Afrique du Sud les Blancs demeurent et ont la nationalité de ce pays, pourquoi le Zimbabwe fait-il exception ? Mystère. Mugabe a 84 ans, c’est un homme d’une autre époque. Pourquoi ne voit-il pas le comportement de Nelson Mandela comme un modèle ? Certes Abdoulaye Wade (Sénégal) et quelques chefs d’état africains répugnent à le condamner parce qu’ils le pensent objet de la vindicte des « blancs » (Royaume-Uni, Etats-Unis…etc). Le constat est là : le pays a faim !
Morgan Tsvangiray (1952), lui succédera, peut-être dans les jours à venir : le président sud-africain Mbeki le dédaigne parce qu’il n’est pas suffisamment diplômé à l’inverse de Mugabe. Tout tient à peu de choses. Tsvangiray sera-t-il le bon architecte de la maison de pierre ?

©Jean Vinatier 2008

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Source :

1-reproduit dans Courrier international
www.cartonweb.com

samedi 29 mars 2008

Eloge de la Terre par Guillaume de Saluste du Bartas N°171 - 1ere année

Guillaume de Saluste du Bartas (1544-1590), ami du roi Henri IV pour lequel il commit le cantique de la victoire d’Ivry¹ (la bataille) et de Jacques VI Stuart, roi d’Ecosse. Poète fameux de son temps et au siècle suivant.
Je vous propose un extrait de son poème encyclopédique, la Création de l’univers qui retrace pour la première semaine les étapes de la naissance du monde en suivant le texte de la Genèse et l’ordre des sept jours; la seconde semaine, elle, est dédiée aux grands épisodes de l’histoire humaine.

Eloge de la terre est le 3e jour de la 1e semaine :


"Je te salue, ô terre, ô terre porte-grains,
Porte-or, porte-santé, porte-habits, portes-humains,
Porte-fruits, porte-tours, alme, belle, immobile,
Patiente, diverse, odorante, fertile,
Vêtue d’un manteau tout damassé de fleurs,
Passementé de flots, bigarré de couleurs,
Je te salue, ô cœur, racine basse, ronde,
Pied du grand animal qu’on appelle le monde,
Chaste épouse du ciel, assuré fondement
Des étages divers d’un si grand bâtiment.
Je te salue, ô sœur, mère nourrice, hôtesse
Du roi des animaux. Tout, ô grande princesse,
Vit en faveur de toi. Tant de cieux tournoyants.
Le feu, pour t’échauffer, sur les flottantes nues
Tient ses pures ardeurs en arcades étendues.
L’air, pour te rafraîchir, se plaît d’être secous
Or d’un âpre Borée, or d’un zéphire doux.
L’eau, pour te détremper, de mers, fleuves, fontaines,
Entrelace ton corps tout ainsi que des veines. "



©Jean Vinatier 2008

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Extrait de : La premiere et seconde sepmaine de Guillaume de Saluste, seigneur du Bartas . A Heidelberg, [Hieronymus Commelin] M D XCI (1591)
Œuvre rééditée sous la direction d’Yvonne Bellenger en 1994.

Note :

1- Cantique de la victoire obtenue par le Roy le 14. de mars à Ivry. Envoyé à Sa Majesté. A Tours : par Claude de Monstr'oeil et Jean Richer, 1590

vendredi 28 mars 2008

Le FMI, un vieux fonds ? N°170 - 1ere année

Dominique Strauss-Khan a-t-il été flingué en plein vol dans sa volonté de réforme du FMI qu’il préside depuis l’automne 2007 ?
Que proposait-il ? Rien de bien révolutionnaire : modifier le système de vote pour réussir un transfert de vote de 1,6% en faveur des pays du Sud qui verraient leur pourcentage de voix passé à 42,6% contre 40,5% actuellement. D’après
Libération, une bonne dizaine de think tanks engagent l’ensemble des 185 membres du FMI à ne pas approuver cette mesure : « Selon eux, cette mesure est «loin d’apporter une réponse aux défis auxquels le FMI est confronté pour devenir une institution vraiment mondiale».¹
Institution mondiale issue (1947) comme la banque mondiale (alors BIRD) des accords de Bretton Woods signés en 1944 dans le New Hampshire, le FMI se voyait en charge de bien des tâches : promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité financière, contribuer à un niveau élevé de l’emploi, faire reculer la pauvreté. Il devait assumer, la stabilité du système monétaire international et gérer les crises monétaires et internationales. Son principal moyen d’action est de fournir des crédits à des pays qui pâtissent de situations internes difficiles et donc perturbent le système financier et le flux d’échanges du commerce mondial. Il impose une politique d’austérité monétaire et de rigueur budgétaire dont l’Argentine a fait les frais et avant, l’Asie en 1997.
En 2008, le FMI est-il le médecin malade de notre temps² ? Correspond-il aux défis du monde nouveau ?
Les accords signés à Bretton Woods –mais quasiment rédigés à Atlantic City - sont le fait de deux figures célèbres, le chef de la délégation américaine, Harry Dexter White (par ailleurs espion à la solde de l’URSS) et du côté anglais, John Maynard Keynes, devenu Lord Tilton en 1942.
Deux points de vue. Pour Keynes, l’économie est subordonnée au politique. Il proposait la construction d'un nouvel ordre monétaire international, destiné à favoriser le plein-emploi, la croissance, et à préparer un monde sans guerre. Pour ce faire, il suggérait la création d’une monnaie supranationale baptisée Bancor. Cette monnaie, purement fiduciaire, serait détenue par les différentes banques centrales des pays. Sa gestion échapperait donc au contrôle d’un pays en particulier. Cette idée plaisait, évidemment aux européens affaiblis par la guerre et dont le pouvoir économique et politique était en déclin ; ils éviteraient, de la sorte, d’être à la merci du pouvoir décisionnel américain. Enfin, chaque monnaie nationale se verrait attribuée une parité fixe avec le Bancor³. Keynes échoua, le rapport de force ne lui était pas favorable.
Pour le gouvernement américain, il fallait coûte que coûte empêcher que ne se reproduisent les problèmes liés à l’instabilité monétaire(inflation et déflation) observée après la première guerre mondiale : c’est-à-dire éviter les dévaluations en chaîne vécues lors de la crise des années trente qui ont conduit à la forte contraction du commerce international ; d’où sa préférence pour la désignation d’une monnaie (le dollar) pour le commerce international et de la gestion des taux de change. Au FMI d’être le fonds de stabilisation pour financer les déséquilibres temporaires des différentes balances des paiements des états membres. C'est une sorte de « banque centrale des banques centrales et trésors publics ».
Les accords de Bretton Woods perdirent de leur force dans les années 1970 : Richard Nixon décida de suspendre la convertibilité en or du dollar (15 août 1971) et permit d'élargir les marges de fluctuations pour les monnaies nationales. Avec l’abandon de facto du système de Bretton Woods au profit de taux de change flottants, officialisé par les accords de la Jamaïque en 1976 débuta une nouvelle période pour le FMI. Il aida, principalement, les PVD ( pays en voie de développement).
La crise financière triplée en crises bancaire et économique avec le spectre d’une récession que l’on feint de limiter aux Etats-Unis, met le nouveau patron du FMI, Dominique Strauss-Khan devant un défi et une marge de manœuvre étroite. Les États-Unis sont le contributeur principal et possèdent ainsi 16,79 % des droits de vote ; l'Union européenne possède 32,1 % des droits de vote. Washington décourage toute réforme qui remettrait en cause la suprématie du dollar et Bruxelles se gorge comme Gordon Brown « d’Europe mondiale »
S’il faut rééquilibrer les votes, la question d’une monnaie supranationale ne devrait plus être éludée. D’une part des puissances comme la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique piaffent et, l’entrée sur la scène internationale des fonds souverains, d’autre part, pourraient établir un rapport de force original.
Le FMI court le risque comme responsable en dernier ressort de la liquidité du système financier international et comme acteur décisif pour éviter le blocage des échanges et la contagion à tout le système (risque systémique) de problèmes momentanés de solvabilité d'un pays ou d'une banque centrale donnée de n’être plus qu’une sous-structure du dollar.
En 1944 Keynes notait sur son ton sarcastique : « Les Américains n'ont aucune idée sur la manière de placer ces institutions dans une perspective d'intérêt international, et leurs idées sont mauvaises dans presque toutes les directions. Ils sont pourtant complètement déterminés à imposer leurs convictions sans considération pour le reste d'entre nous. [...] Ils croient posséder le droit de donner le ton à propos de pratiquement tous les points abordés. S'ils connaissaient la musique, passe encore, malheureusement ils ne la connaissent pas. »4
Réfléchissons !

©Jean Vinatier 2008

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Notes :

1-
http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/318042.FR.php

2-
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-09-30-Le-FMI-medecin-malade

3- l’économiste, Jacques Riboud (1908-2001) fondateur du Centre Jouffroy pour la réflexion monétaire a repris ce nom dans Le nouveau bancor, Paris, Centre Jouffroy, 1999 & 2005

4-Extrait des The Collected Writings de Keynes, traduits par Charles-Henri Hession, professeur au Brooklyn College, NY en 1985. (30 vol., Londres, McMillan, 1971-1989)

jeudi 27 mars 2008

Sarkozy : par le guêpier afghan, je reviens dans l’OTAN ? N°169 - 1ere année

Si le Président Sarkozy n’a pas commis d’impair en compagnie de la Reine, il vient d’en réaliser un en évoquant devant les lords et les députes des communes, l’envoi de troupes françaises en Afghanistan. Impair ? Oui, le Parlement français n’est pas du tout saisi du dossier ! Seul Jack Lang s’est élevé quelques jours plus tôt contre cette possible décision. Depuis 24 heures, les leaders de la gauche et des députés UMP enfourchent le cheval de la contestation. S’il faut bien dissocier la critique politicienne de la géopolitique, le choix opéré par l’Elysée de fournir aux troupes otaniennes épuisées un renfort considérable relèverait lui de la politique de la quémande.
«
Six ans après, le constat est cruel, dit Le Monde : les talibans sont de retour dans les zones pachtounes de l'Est et du Sud, l'OTAN épuise ses troupes dans des combats sans fin, la culture de l'opium fleurit comme jamais, la corruption gangrène jusqu'au cœur de l'Etat afghan. »
Le locataire de l’Elysée est préoccupé de bouleverser les alliances stratégiques, de rentrer dans le rang tout en exigeant de la Maison Blanche une reconnaissance publique par un commandement clef dans l’OTAN.
Le moment est-il bien choisi ? Le pays est en campagne présidentielle, l’administration Bush pare aux affaires courantes. Dick Cheney accomplit son dernier périple pour conforter des accords énergétiques et rameuter quelques troupes supplémentaires pour l’Afghanistan : Ankara lui a dit non. Premier point, le nouveau chef de l’Etat, républicain ou démocrate considérera comme nulles, les promesses faites par le prédécesseur. Deuxième point, ces considérations notées, l’empressement élyséen se heurte à une opposition très peu discrète de l’état-major français qui parle de bourbier et de guerre perdue. Ne doutons pas des fortes tensions internes au sein des militaires, dont les vies sont en jeu.
Dans un article publié par Le Figaro, Pierre Lellouche se faisait le chantre d’une défense européenne maintenant que nous avions rassuré les Etats-Unis sur nos intentions non-concurrentes à celles de l’OTAN. Cette organisation, née en 1954, si elle a étendu son champ d’action, garde toujours son principe de défense de l’Europe de l’Ouest….contre la Russie ex-URSS !
En observant bien la progression de l’offensive de Nicolas Sarkozy, il apparaît qu’il tâche de constituer une défense européenne hors le champ otanien et dans le même temps juge adéquat d’envoyer dans des combats incertains et dangereux nos soldats d’élite comme gage, assuré, croit-il, de gagner ses galons de chef otanien !
Plusieurs pays de l’Union dont la Pologne et l’Allemagne, excluent toute poursuite de leur présence ou de leur renforcement. La France a bien envoyé quelques avions et un corps, déjà considérable de 2000 hommes dont les effectifs ont été augmentés au début du quinquennat de l’actuel Président. La province et ville de Kandahar, berceau des dynasties royales pachtounes (sunnites) et du régime des Talibans est une position clef aux confins de l’Afghanistan et du Pakistan. La ville abrite nombre de seigneurs de la guerre, producteurs d’opium et, ô ironie, les forces otaniennes ou FIAS, patrouillent dans les champs de pavot sans en arracher le moindre pied ! Pourquoi ? Le pavot est la seule ressource de la population.
Les villages et gros bourgs avoisinants Kandahar ont été rasés par la FIAS et l’ANA (armée nationale afghane) pour prévenir tout attentat majeur. L’insécurité est, cependant, réelle, dans et autour de la ville : les Canadiens n’en peuvent plus !
L’envoi de 1000 soldats supplémentaires –assistés, en 2009, par le porte-avions, Charles de Gaulle et ses 2500 hommes - nous place en première ligne pour nous impliquer dans l’évolution politique pakistanaise- les pachtounes y étant en grand nombre !- d’une part, et d’autre part, de répondre aux desiderata américains pour nous impliquer dans la mise sous contrôle du « sud-ouest asiatique »¹Le député Myard prévient : «
Cette décision apparaît à l'évidence comme un alignement atlantiste sur les positions américaines alors même que la politique étrangère de Washington est un échec total »
L’espérance d’un rang particulier dans l’OTAN justifie-t-elle une expédition militaire importante ? Le Parlement doit être consulté, la presse informant l’opinion publique sur les enjeux et les risques.
A la fin, on ne sait toujours pas : 1 :pourquoi Paris veut instituer une défense européenne…pour la placer sous la tutelle, de facto, de l’OTAN ?2 : en quoi le contrôle de Kandahar nous y assurerait d’un commandement de haut rang ? Ne nous demandera-t-on pas énormément plus ? Nous courons le risque d’appuyer sur l’accélérateur sans disposer du moindre frein.

©Jean Vinatier 2008

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Note :

1-Voir la citation de Paul-Marie de La Gorce dans le Seriatim du 11 février 2008 :
http://seriatim1.blogspot.com/2008/02/afghanistan-700-parachutistes-franais.html

mercredi 26 mars 2008

Sarkozy à la Reine : Just a kiss! N°168 - 1ere année

Les choses sont claires : toutes les caméras et tous les appareils photos seront braqués sur le moment de la révérence de Mme Sarkozy devant la Reine et la possible gaffe de son époux. Cette visite d’Etat, la première du quinquennat prend donc une tournure éducative, d’usages de cour et de bon ton. On regrette, même, que Nicolas Sarkozy ne se soit pas rendu à Londres dés son entrée en fonction, dix mois de vulgarité eussent été épargnés.
Cet aspect officiel noté, le déplacement du Président de la République devrait-il faire bouger les relations avec le gouvernement de Sa Majesté ? Le Français aurait le souci de complaire à l’Anglais quand celui-ci ne penserait qu’à rester seul maître de son gouvernail.
Les relations entre Gordon Brown et Georges Bush ne relèvent plus du « special relationship » de la période blairiste, et ici et là des fritures sur la ligne intercontinentale existent. Mais, le Royaume-Uni attend sagement le nouveau locataire de la Maison Blanche pour se replacer en orbite.
Londres est membre de l’Union européenne à sa manière, à géométrie variable : point d’euro ni d'espace Schengen, idem pour les affaires de justice et d'immigration et un traité de Lisbonne ratifié en catimini qui lui autorise des dérogations.
Nicolas Sarkozy souhaiterait inviter le Royaume-Uni pour relancer l’Europe de la défense (refaire un second accord de Saint-Malo de 1998) sous fond otanien. Gordon Brown lui répond dans
Le Monde : C'est au président Sarkozy d'annoncer ce que veut la France mais j'accueillerais favorablement cette initiative.( retour dans l’OTAN)»¹
Pourquoi Nicolas Sarkozy tient-il autant au soutien britannique pour accompagner sa présidence européenne de juillet à décembre 2008 ?
Françoise Crouïgneau des
Echos note justement : « Enfin, sur l'Union européenne, Nicolas Sarkozy sait qu'il lui faut avancer à pas comptés, alors même qu'il veut élargir à la Grande-Bretagne un axe franco-allemand devenu trop limité pour entraîner l'Europe durant sa présidence de l'Union »²
Le 10 Downing Street aime assez bien les appels du pied d’une puissance continentale parce qu’il y devine une division ou une faiblesse. La démarche française n’est donc pas adroite, elle part d’un postulat faux, la dimension insuffisante de Paris/Berlin ; or le lien avec la capitale allemande est la base sine qua non de l’Union européenne. Mais, des deux côtés du Rhin, c’est exact, nous ne savons pas être ensemble. Londres ne fera rien pour cimenter cet axe, au contraire il y dénichera les failles.
La France et le Royaume-Uni peuvent tout à fait œuvrer sur des points précis (nucléaire, climat, aérospatial, universitaire…etc) sans aller au-delà au risque de s’entendre dire de Brown
: « Il n'est pas seulement un bon ami depuis des années; nous avons travaillé ensemble lorsqu'il était ministre des finances et nous partageons la même vision du monde globalisé. France et Grande-Bretagne peuvent donc travailler main dans la main avec des intérêts communs et des valeurs partagées »¹ Elégante manière de botter en touche tout en rassurant les gens persuadés que l’anglophilie sauvera la planète ! Gordon Brown en rajoute une louche supplémentaire : « L'Europe mondiale, l'Europe unie, travaillant ensemble pour des enjeux mondiaux dans la société mondiale est capable de changer fondamentalement les choses. »¹
L’appel à l’Europe unie est une gageure puisqu’elle n’existe pas ! Le drame du continent est bien dans cette incapacité, à agir par lui-même, à réfléchir sans maître et se satisfaire d’une bienveillance définie depuis les rives du Potomac et avalisée sur les bords de la Tamise. Remarquons que le politique anglais ne mentionne jamais le Président des Etats-Unis, pas davantage l’Asie ! Pense-t-on sérieusement que la modernisation des institutions internationales se fera sans leur aval ?
Le problème de Gordon Brown se limite à garder l’Angleterre anglaise dans la mondialisation. Le Premier ministre sait le mépris que les Américains ont pour le royaume depuis la Première guerre mondiale. Peu lui importe tant que son pays avance, conserve le Commonwealth, accueille tous les milliardaires du globe y compris quelques seigneurs de la guerre afghans lesquels envoient leurs progénitures à Oxford, à Cambridge. C’est aussi pour cela que la candidature de Tony Blair à la présidence de l’Union n’est l’objet que d’un soutien très mesuré, presque hostile.
Londres ne veut nullement être contraint ou arrimé à notre continent, la Reine est le pays.
Le Royaume-Uni est-il un Etat européen ? Non, c’est un Etat anglais.
Le Président de la République peut dire sincèrement à la
BBC :«Oui, j'ai l'ambition de travailler avec les Anglais, main dans la main, contre personne. Cela ne remet pas en cause la nécessité d'un axe Paris-Berlin. Cela la complète, voilà la vérité des choses […] Moi je dis: mettez-vous à l'intérieur de l'Europe, on a besoin de vous, on a besoin de votre force, on a besoin de votre potentiel, on a besoin de votre dynamisme.»C’est bien, mais c’est idéaliser une nation toujours pragmatique. En 1783, Vergennes et Shelburne pensèrent à une union étroite, Guizot parla, dans les années 1830, le premier d’« Entente cordiale » avant son officialisation en 1904 ou encore Churchill en 1940.
Pour l’heure, c’est « Pump and circonstances Marches» !³

©Jean Vinatier 2008

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Sources :

1-
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/26/gordon-brown-une-europe-mondiale-peut-changer-les-choses_1027364_3214.html#ens_id=1026862

2-
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4705943.htm

Note :

3- de Sir Edward Elgar (1857-1934), occupe la charge de Master of the King's Music sous le Roi George V

mardi 25 mars 2008

Combat naval d'Anjouan, 25 juillet 1720 N°167 - 1ere année

Une des îles de l’archipel des Comores, Anjouan, a été le théâtre d’un débarquement militaire.
«
Hier soir, j'ai donné l'ordre à l'armée nationale de se joindre aux forces de l'Union africaine pour rétablir la légalité républicaine à Anjouan », a déclaré le Président de l’Union des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. Le colonel Bacar, qui avait pris le pouvoir, en 2001, sur cette île est en fuite, déguisé en femme…dit-on !
L’Océan Indien a des îles singulières comme cet archipel, peuplé, à l’origine de Bantous puis d’arabo-persans (Chiraz) à compter du XIe siècle. Au XVIe siècle, les Européens y arrivèrent en suivant la route des Indes via le canal du Mozambique. Portugais, Hollandais, Français puis Anglais s’y disputèrent. Mais les pirates chassés des Caraïbes par l’action conjuguée des puissances européennes trouvèrent, ici, un nouvel espace de chasse à la fin du XVIIe siècle. Leur heure de gloire dura peu, quelques décennies. Le 25 juillet 1720 à Anjouan des pirates anglais et français, eurent un rude combat contre un navire britannique.
Le pirate irlandais se nommait Edward England, le second John Taylor, le troisième, un Français, Olivier Levasseur dit La Buse (1680-1730), en face, James Macrae, commandant le
Cassandra, déterminé à vendre chèrement sa peau et à protéger, par sa résistance, la fuite des deux navires de commerce hollandais.L’équipage du Cassandra finira par rompre le combat, il s’enfuit dans l’île d’Anjouan. Il implora la grâce d’England qui la leur accorda. Que croyez-vous qu’il arriva ? Les pirates destituèrent leur chef qui mourut mendiant sur l’île Maurice et Taylor et La Buse partirent pour de nouvelles aventures.
L’année suivante, dans le port de Saint-Denis, La Buse livra un combat naval contre le navire portugais, la
Vierge du Cap, contraint à réparer pour avaries. Le vice-roi des Indes et l’archevêque de Goa sont présents. Pas question de se rendre aux pirates ! Eh voilà, le comte d’Ericeira, tout vice-roi qu’il est, regroupant ses hommes, les galvanisant en dépit de leur infériorité numérique contre la troupe d’Olivier Levasseur (La Buse) et de John Taylor. Ces derniers remporteront la victoire au terme d’un long et sanglant combat.
Le pirate français finira pendu haut et court à Saint-Paul de l’île Bourbon, aujourd’hui La Réunion en 1730 et l’anglais fuira aux Antilles.
Les pirates laissèrent un mystère : ils auraient fondé, à la fin du XVIIe siècle, une colonie dans Madagascar sous le nom de
Libertalia, pas loin de Diego-Suarez. Vérité ou légende, on ne le saura pas. On soupçonne l’auteur de Robinson Crusoe, Daniel Defoe, d’avoir écrit une véritable utopie politique, sociale et philosophique à partir de récits de flibustiers, de pirates d’une part, et de s’inspirer, d’autre part, des idées radicales des « levellers » (niveleurs) ou chapeaux ronds de la révolution anglaise des années 1640/1650.
Le mercenaire Bob Denard , auteur malheureux d’un coup d’état aux Comores, était, sans le savoir, dans la lignée de tous les pirates qui écumèrent cette région !

©Jean Vinatier 2008

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Source :

Daniel Defoe : Histoire générale des plus fameux pirates, trad. de l’anglais par Henri Thies et Guillaume Villeneuve, Préf de Michel Le Bris, Paris, Payot, 1992, 2 vol.

vendredi 21 mars 2008

A Madame Sebire N°166 - 1ere année

Jusqu’au bout rien n’aura été épargné au calvaire de Mme Sebire ! Même morte, l’Etat a osé faire pratiquer l’autopsie contre l’avis de sa famille. L’acte était légal mais, enfin, où est le principe d’humanité ?
Atteinte d'une esthésioneuroblastome, tumeur rarissime et incurable aux sinus et à la cavité nasale, qui la défigurait et la faisait atrocement souffrir depuis huit ans, cette ancienne enseignante, mère de trois enfants, avait médiatisé depuis plusieurs semaines son sort. C’est le commentaire classique, laconique de la presse où l’on y trouve quasiment un reproche « médiatisé son sort. »
Ceci est totalement erroné, Chantal Sebire a alerté l’opinion publique comme un être humain en appelle à tous les humains pour la soutenir dans sa dignité et l’accompagner dignement dans son malheur. Osez dire qu’elle s’est quelque sorte mue en publicitaire de sa cause, est terrible.
La mère de Vincent, Marie Humbert dit plus juste
: « J'ai une grande colère parce que je me dis voilà, encore quelqu'un qui a été obligé de se cacher pour mourir […] Ca fait cinq ans que je demande une exception d'euthanasie, et tout ça pour en arriver là, à une femme toute seule chez elle qui se suicide »Les secs propos de deux femmes ministres, Boutin et Dati la semaine dernière n’ont été atténués que par l’attitude de Nicolas Sarkozy, le seul a avoir été sensible (au plein sens du terme) jusqu’à proposer la visite d’un médecin. On se demande si une grâce présidentielle, celle de libérer le médecin pour secourir Chantal Sebire, n’eut pas été l’acte juste.
Chaque être est propriétaire de son corps. L’Etat n’a pas (encore ?) nationalisé l’humain. Chaque homme a le droit de se laisser mourir, si tel est son choix.
Le corps médical est contraint par le serment d’Hippocrate
: « Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté[…] Dans quelque maison que je rentre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.
Le législateur intervient pour des motifs évidents et devient la seconde limite pour le médecin.
Face à des cas aussi poignants que Vincent Humbert et Chantal Sebire, les politiques pourraient tout de même ne pas craindre de faire preuve d'humanité en la mettant à un degré supérieur de la loi. C’est tout ce que suppliait Chantal Sebire. Que l’Etat et la presse, complètement passive, incapable de relayer un mouvement d’opinion publique, aient été si rigides et compassés génère un malaise. L’humanité…était-ce trop demander à la veille de Pâques ?

©Jean Vinatier 2008

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jeudi 20 mars 2008

Marc Aurèle nous fait signe… N°165 - 1ere année

Marc-Aurèle (121-180 APJC)¹ est le dernier des cinq bons empereurs des Antonins (Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux) L’empereur philosophe rédigea les Pensées à moi-même prés de la rivière Hron située dans l’actuelle Slovaquie pendant les dernières années de son règne. Il luttait victorieusement (mais durement) contre les Marcomans et les Quades.
Homme profond, réfléchi, il s’interrogea sur ce que l’homme peut apporter à son harmonie comme à celle du monde :
« Tous les êtres sont coordonnés ensemble, tous concourent à l'harmonie du même monde » Ce monde romain était immense. Il était à son apogée et il était complexe.
Les courts extraits des
Pensées de Marc Aurèle que je soumets à vos réflexions ne sont pas éloignés de la situation que nous vivons. Osons réfléchir au monde.
« Même si tu vivais trois mille ans, souviens-toi que personne ne perds une autre vie que celle qu’il vit à présent, ni n’en vit une autre que celle qu’il perd. Le plus long délai ou le plus court est donc identique. Le présent est à tous ; mourir, c’est perdre le présent, qui est un laps de temps infiniment bref. Personne ne perd le passé ou l’avenir, car on ne peut enlever à personne ce qu’il n’a pas. Souviens-toi que toutes choses tournent inlassablement dans les mêmes orbites et que pour le spectateur, il revient au même qu’il les voie un siècle, ou deux, ou l’éternité durant[…] Qui a vu le présent a vu toutes choses : celles qui sont arrivées dans le passé insondable, celles qui arriveront dans l’avenir.
[…]
Réfléchis souvent à l'enchaînement de toutes choses dans le monde et à leurs rapports réciproques, elles sont pourrait-on dire entrelacées les unes aux autres et, partant, ont les unes pour les autres une mutuelle amitié, et cela en vertu de la connexion qui l'entraîne et de l'unité de la matière. »

©Jean Vinatier 2008

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Note :

1- Son fils Commode (161-192) lui succéda en 180. Il sera le dernier des Antonins. Le film Gladiator a narré les années sanglantes et désordonnées de son règne. Commode aimait combattre les gladiateurs dans l’arène mais il mourut étranglé dans son bain par son esclave Narcisse.

mercredi 19 mars 2008

Tibet: Pays des Neiges du Grand Ouest chinois ! N°164 - 1ere année

Née, pendant la célébration annuelle de la fuite du Dalaï-Lama, la révolte tibétaine prendrait-elle fin ? Le Premier ministre chinois se dit prêt à dialoguer avec le Dalaï-lama. Des Tibétains commenceraient à se rendre aux soldats envoyés par Pékin.
Le 6 octobre 1950 Mao Tsé Toung envahissait le Pays des Neiges sans rencontrer une grande résistance de la part de l’armée tibétaine forte de 5000 hommes. De 1956 à 1959, les Tibétains se soulevèrent d’abord dans la province de Kham puis dans l’Amdo (Qinghai) et enfin dans tout l’Ü-Tsang (Lhassa) . La communauté internationale ne bougea pas, pas plus qu’elle n’avait appuyé la candidature du Tibet à l’ONU en 1949 ; elle n’avait, alors, d’yeux que pour la guerre en Corée.
En 2008, les réactions internationales sont à l’identique. Rama Yade et Bernard Kouchner se sont chargés de refroidir toutes les initiatives à quelques mois des Jeux Olympiques !
Que pèsent les Tibétains ? On en compte plus de 5 millions dans l’ensemble du Tibet (Tibet historique (devenu une région chinoise - Qinghai, ou intégré à d’autres : Sichuan, Gansu, Yunnan - et région autonome du Tibet) et, en dehors, ses locuteurs se répartissent principalement en Inde, Népal, Bhoutan, Myanmar. Les Tibétains exilés se concentrent en Inde (85 000), Népal (14 000), Taiwan (10 000), Etats-Unis (6 000), Bhoutan (1600).
L’autorité spirituelle du XIVe Dalaï-Lama (Tenzing Gyatso) ne suffit pas à stopper les chars chinois : le Tibet est une aire géostratégique de premier plan dans le Grand Ouest chinois avec le pays des Ouïgours ou Xinjiang (Turkestan oriental).
L’invasion communiste de 1950 appliquait à la lettre un « plan de libération » qui prévoyait de « libérer de l’oppression réactionnaire » le Tibet, la Mongolie, le Népal, le Bhoutan et le Sikkim (royaume annexé par l’Inde en 1975).
Au-delà des discussions sur la souveraineté ou pas du Tibet, son sous-sol regorge de richesses minérales et énergétiques de tout premier intérêt : les plus grands gisements planétaires de borax et d’uranium ( Qinghai ex-Amdo ), la moitié des réserves mondiales de lithium, le premier rang national pour le cuivre et le chrome, mais aussi des hydrocarbures, de l’or, de la bauxite, de l’étain. Il y a bien plus, dans le domaine nucléaire, la Chine a fait du Qinghai un véritable pôle où se concentrent toutes les filières atomiques : mines, raffineries, centre d’expérimentations civiles et militaires, zones de stockage, usine de retraitement des déchets contaminés et, des bases de lancement de missiles balistiques intercontinentaux. Les observateurs étrangers regardent aujourd’hui cette province comme l’une des principales poubelles nucléaires de la planète avec tous les effets néfastes que l’on connaît sur la santé des populations nomades environnantes.
L’enjeu tibétain dépasse en tous points le pacifisme prôné par les Dalaï-Lamas depuis des siècles. Qu’on ne s’y trompe pas, les Tibétains ont été un peuple guerrier redouté et qui sut conquérir la Chine. Le roi Songtsen Gampo (618-650) unifie toutes les provinces, favorise le bouddhisme et défie la Chine de Tang Taizong, en allant chercher les armes à la main la princesse chinoise qu’il lui refusait ! En 763, le roi Trisong Detsen (740-757) pille leur capitale, Chang’an, et installe un nouvel empereur de Chine en lui imposant un tribut. En 821, un traité entre les deux puissances fixe les frontières qui resteront telles quelles jusqu’à Mao Tsé Toung.
Ensuite, le Tibet belliciste se transforme en pays irénique où les chefs des monastères fondent une théocratie. Il n’y a donc plus d’armée. En 1249, les Tibétains se placent sous le protectorat des Mongols, avec l’instauration du chöyön ou relation personnelle entre un maître spirituel et son protecteur ou bienfaiteur laïc. En un mot, les moines s’engageaient à enseigner les principes bouddhiques au Khan Mongol et à assurer son salut divin. Les souverains mongols n’abusèrent pas de leur force. Au XVIIe siècle, la Mongolie s’enfonce dans la guerre civile, la Chine voit l’avènement des Mandchous (1644-1911). En 1717, l’empereur Kangxi libère Lhassa des Mongols Dzungars et son successeur le grand Qialong (1736-1793) renforce son emprise sur cette théocratie et, parallèlement, sécurise, vers 1760 le Xinjiang (pays des Ouïgours) C’est l’avancée vers le Grand Ouest chinois.
Au XIXe siècle, les disputes intestines chinoises « libèrent » les Tibétains quand surgissent la Russie (un peu) e,t surtout, la Grande Bretagne. Cette dernière, depuis l’Inde, avançait vers l’Himalaya et les hauts plateaux d’Asie centrale pour entrer en Chine (commerce) et contrecarrer l’ambition russe, qu’elle surévalua grandement. Le Tibet s’opposant aux vues anglaises, Londres se tourne vers Pékin pour obtenir des traités commerciaux avantageux. Londres admettait, de fait, la suzeraineté de l’empereur chinois sur le Tibet. Lhassa refuse d’appliquer les traités signés : le colonel Younghusband occupe la capitale en 1904. Le Dalaï-Lama fuit avant de s’incliner en 1907 et accepter l’ouverture de trois bases commerciales anglaises.
Londres s’aperçoit, un peu tard, de la domination virtuelle chinoise sur le Tibet et décide de ne traiter qu’avec lui parce que souverain ! En 1910, Pékin réagit en entrant dans Lhassa. Le négociateur anglais, Mac Mahon, impose, par la convention de Simla (1913-1914) le règlement des problèmes frontaliers entre l’Empire des Indes, le Tibet et la Chine. Il distingue le Tibet intérieur (aujourd’hui Région autonome) du Tibet extérieur (aujourd’hui provinces chinoises). Mais la Chine refusa de signer le traité. Le Dalaï-lama, profitant de l’instabilité de son voisin après la proclamation de la république en 1911, proclama l’indépendance…qui ne fut reconnue que par la Mongolie.
Le Tibet est sacrifié, comme la Pologne au XVIIIe siècle, aux égoïsmes bien compris de la communauté internationale. Le soulèvement tibétain intervenu dans l’ensemble du Tibet ne peut espérer prendre de la force qu’en cas de vastes révoltes paysannes dans les provinces chinoises. Mais pour le monde, la Chine est le moteur qui ne doit pas connaître de panne. Washington n’a-t-il pas retiré de la liste des Etats les plus répressifs…la Chine !


©Jean Vinatier 2008

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Cartes:

http://www.tibet-info.net/www/IMG/pdf/occupe.pdf

mardi 18 mars 2008

Etats-Unis: fuite des avoirs étrangers ? N°163 - 1ere année

La Fed interviendra aujourd’hui, en abaissant, une énième fois, ses taux pour rassurer toutes les places financières. Les bourses seront donc dans le vert…combien de temps ? Il n’empêche, faute de savoir avec exactitude la dimension du « trou », le doute, la rumeur demeurent.
La Chine est très préoccupée par les répercussions potentielles au niveau mondial de la crise des subprimes aux Etats-Unis
:
"Je regarde de près et suis profondément inquiet de la situation économique mondiale, notamment de l'économie américaine[…] Ce qui me préoccupe est la dépréciation continue du dollar américain et de savoir quand le dollar touchera son point bas", a déclaré le Premier ministre chinois Wen Jiabao lors d'une conférence de presse. Pourtant, les Chinois avaient l'intention d'avancer de l'argent pour soutenir la banque Bear Stearns !
L’ancien directeur à la JP Morgan Bank, Carlos Asilis fait un court rappel : "Pendant des années, l'économie américaine a emprunté à des prêteurs riches en liquidités, de l'Asie au Moyen-Orient. Les sociétés et les ménages américains ont profité d'un crédit facilement disponible, à des taux favorables, même pour des paris risqués. Ce n'est plus le cas [….]De toute évidence, le monde entier est concentré sur la crise financière ; les Etats-Unis sont en fait l'épicentre de cette tension […] Résultat, nous voyons les capitaux fuir les Etats-Unis"
Ambrose Evans-Pritchard, dans son article paru dans The Daily Telegraph : « Foreign investors veto Fed rescue.¹ » pose la question: les étrangers commencent-ils à se méfier des Etats-Unis ?
Le journaliste rappelle que ces étrangers détiennent (chiffres de juin 2007) 66% de la dette fédérale étatsunienne, soit $6.700 milliards. Les principaux détenteurs (en milliards de dollars) sont les suivants: Japon (901), Chine (870), Royaume-Uni (475), Luxembourg (424), Iles Caïmans (422), Belgique (369), Irlande (176), Allemagne (155), Suisse (140), Bermudes (133), Hollande (123), Corée (118), Russie (109), Taiwan (107), Canada (106), Brésil (103).
Le problème est essentiel à cause du mélange direct de sa dimension financière et de sa dimension politique, puisque ces créances constituent indirectement une reconnaissance et un soutien de la puissance des Etats-Unis et du dollar.
Pour l’heure les étrangers pensent d’abord à sauvegarder du mieux qu’ils peuvent leurs avoirs et voient les décisions de la Fed comme les seules adéquates. Ces dernières leur permettent de reprendre leur respiration avant de quitter (à quel rythme ?) le navire avec le maximum d’effets.
Où iront tous ces avoirs ? Comment se répartiront-ils ? Dans quelle monnaie ?
On parle beaucoup de récession et de la crise de 1929 ! Rappelons que nous ne sommes pas à l’échelle d’il y a quatre-vingt ans ! Nous sommes dans une situation inédite pour laquelle les remèdes sont des palliatifs. Peut-être sont-ce les fonds souverains qui sauveront le dollar et les Etats-Unis de la banqueroute ?
Pour s’en sortir, Washington ne peut même plus lancer une nouvelle guerre : ses officiers comme ses financiers sont fatigués et dans le doute !

©Jean Vinatier 2008

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Lien :

1-Article d’Ambrose Evans-Pritchard :
http://www.telegraph.co.uk/money/main.jhtml?view=DETAILS&grid=A1YourView&xml=/money/2008/03/17/ccview117.xml

lundi 17 mars 2008

Sarkozy, de mars à juillet 2008 N°162 - 1ere année

Singulier lendemain de consultations nationales pour les municipales. Le parti socialiste reconquiert les villes perdues en 2001 sans attirer, profondément, un nouvel électorat (il a perdu 40% de ses adhérents), faute d’un leader accepté et incontesté. Nicolas Sarkozy et l’UMP reçoivent chacun une gifle mais les deux affectent de n’avoir qu’un seul mot d’ordre, accélération des réformes, que les Français découvriront sous le vocable de plan de rigueur.
Le MoDem, grand perdant de cette consultation, François Bayrou manquant de très peu la mairie de Pau, sera encore plus illisible pour les Français, les médias et les deux partis (IMP, PS) se chargent consciencieusement de ne pas les éclairer sur sa logique tactique. Il ne reste plus sur la place de la cité que deux partis plus campés sur leurs positions que jamais.
C’est la fin de l’ouverture.
L’UMP entend bien imposer ses candidats pour les maroquins et non plus applaudir les candidats socialistes éblouis par les lumières élyséennes. Le parti socialiste, toujours dans l’attente de son congrès de septembre prochain, verra les principaux compétiteurs regrouper leurs troupes. La priorité sera, maintenant, de devenir le meilleur candidat pour le poste de secrétaire général et non plus d’aller chercher fortune à droite. Bien sûr, il y aura ici et là quelques « vieilles bêtes » ronchonnes.
Le Président de la République débute cette semaine par des cérémonies consensuelles (hommage au dernier poilu ce jour, aux résistants des Glières demain) et quelques-uns de la majorité ne désapprouveraient pas qu’il y prenne goût tant que l’opinion publique n’estompera pas son côté bling-bling. Or, Nicolas Sarkozy entend bien garder sa dynamique, faute de pouvoir remercier François Fillon ; il fera un remaniement ministériel pour complaire aux médias et aux Français et lancera de vastes réformes économiques, sociales et administratives. En politique étrangère, dans l’optique de la présidence française de l’Union européenne à partir du 1er juillet, il compte rendre inévitable le retour total de Paris dans l’OTAN tout en concoctant une Europe de la Défense pour donner le change. Il faudra regarder avec attention l’augmentation des troupes françaises en Afghanistan (2000 hommes en ce jour).
Cette action gouvernementale oublie, semble-t-il, la crise financière qui secoue le monde. La baisse du pouvoir d’achat devant les augmentations du prix des denrées les plus essentielles demeure le très gros problème. Comment espérer passer en force avec un plan de rigueur quand le porte-monnaie permet d’acheter de moins en moins ? La France, c’est entendu, ne peut s’épargner les réformes structurelles mais il manque toujours le cadre politique. Il est prévu d’aborder la question de la garantie de l’emploi des fonctionnaires : on imagine les manifestations qui s’enclencheront et ce même si les syndicats veulent avoir la maîtrise du tempo des protestations.
Nicolas Sarkozy est-il prêt à affronter une colère nationale ? Par caractère oui et peut-être, y verrait-il l’occasion de renvoyer in fine Fillon dont la popularité l’irrite totalement. Le Président de la République aura, encore une fois la chance, de se trouver en lien direct avec les Français faute de PS remis sur orbite. Moment propice pour redire son programme politique et ramener à lui les classes populaires. Ce sera du quitte ou double. Les économistes tablent sur une fin rapide de la crise financière et la baisse régulière du chômage. Le pouvoir n’aurait qu’à trouver les habiletés nécessaires pour tenir jusqu’à la fin de l’année 2008.
Nicolas Sarkozy sait qu’il doit l’emporter. L’UMP ne masque plus ses tensions internes et les chiraquiens se redressent : le cas Juppé est éclairant. Ne dit-on pas que Jacques Chirac compterait devenir sénateur à l’automne (et dans la foulée la présidence de la haute assemblée ?) pour des raisons, notamment, judiciaires ? Si le PS réussit son congrès après l’été 2008, il recouvrera sa force et surtout sa lisibilité auprès des Français.
Les semaines prochaines auront donc une importance cruciale par la mise en chantier des réformes capitales prévues par le candidat Sarkozy et , sur le plan extérieur, par l’accélération de la synergie avec les Etats-Unis (affaiblis, discrédités) de Georges Bush (et peut-être demain de Mc Cain, reçu discrètement à l’Elysée la semaine dernière), le sommet de l’OTAN à Bucarest en avril étant le coup d’envoi.



©Jean Vinatier 2008

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Sources in Seriatim :

http://seriatim1.blogspot.com/2008/03/alain-jupp-sort-du-bois.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/03/france-den-bas-de-plus-en-plus-de-monde.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/03/le-socialisme-municipal-un-parti-des.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/02/sarkozy-un-weekend-vache.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/02/ltrange-prise-de-villiers-le-bel.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/01/france-peuple-souverain-crateur-de.html

vendredi 14 mars 2008

Alain Juppé sort du bois N°161 - 1ere année

Le soutien très appuyé apporté à François Bayrou dans sa difficile campagne pour la conquête de la mairie de Pau est passé sous silence. Il n’empêche, tout indique qu’Alain Juppé, fort de sa réélection au premier tour à Bordeaux, pose quelques jalons pour revenir en force dans la majorité présidentielle puis devant les Français :
"
Je souhaite le succès de François Bayrou à Pau et si j'étais électeur à Pau je voterais pour lui […] Nous serons bientôt reliés par une nouvelle autoroute et les relations entre le Béarn et la capitale de l'Aquitaine sont pour nous très importantes. Ce sera pour moi un interlocuteur de grande qualité"
Convaincu, le bonhomme l’est, de son intelligence, de sa supériorité et de son dépit de n’être pas à la place du calife ! Quel que soit le résultat de second tour (défaite de la droite ou victoire de la gauche), le rapport de force entre le Président de la République et l’UMP entrera dans une période singulière.
Première observation, Nicolas Sarkozy sera dans l’impossibilité de remplacer François Fillon (une première dans la Ve république).
Deuxième observation, les élus de ce parti, en excluant, au maximum, le Chef de l’Etat de la campagne municipale, ont l’intention de clamer haut et fort leurs succès comme personnels. Elysée, Matignon, UMP, voilà une triangulaire sur laquelle les projecteurs seront posés dés dimanche soir.
Troisième observation, les disputes internes auront lieu, ainsi pour la présidence du conseil général des Hauts de Seine entre Isabelle Balkany, Patrick Devedjian et Roger Karoutchi, et aussi pour le poste de secrétaire national du parti ; bien évidemment, les chiraquiens et les villepinistes sortiront du bois UMP.
C’est dans ce cadre que les propos d’Alain Juppé ont un poids original. Le Président de la République face à un Premier ministre revigoré en mesure de lui donner le tempo augure mal de la suite du quinquennat. Le retour sur la scène nationale d’Alain Juppé est un tournant. Son appui à François Bayrou, ennemi juré de Nicolas Sarkozy, constitue un premier acte politique significatif.
Pour conclure, notons qu’Alain Juppé et Bertrand Delanoë ( n’oublions pas Martine Aubry à Lille) comptent bien depuis leur citadelle respective, une municipalité, secouer leur parti. A droite comme à gauche, l’édile serait-il le réformateur politique et administratif adéquat pour la France ?

©Jean Vinatier 2008

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jeudi 13 mars 2008

France d’en bas : de plus en plus de monde ! N°160 - 1ere année

Le 3 mars, Canal+ a proposé, un documentaire de Pascal Catuogno intitulé, « Je travaille mais je suis pauvre. »
Au fur et à mesure que les politiques (gauche et droite) et les experts nous rassurent sur la stagnation des inégalités depuis une décennie, les femmes et hommes de terrain (magistrats, travailleurs sociaux, inspecteurs du travail…etc) nous dressent, eux, un tableau en tout point contraire et alarmant.
Aux classes populaires qui pâtissent, hélas, depuis longtemps de la cherté de la vie, s’ajouterait une partie de la classe moyenne. Une minorité d’entre elle monte et s’éclate dans la mondialisation quand la majorité prendrait, elle, le « descenseur social ». Les étudiants, eux-mêmes, subissant de plein fouet les nouvelles conditions de vie économique s’ajoutent à cette masse de Français pour lesquels le lendemain est une interrogation.
On a l’impression d’avoir d’un côté une société des experts consultés en permanence par les médias et les gouvernants qui s’envoient statistiques et rapports par cocktails et petits fours interposés, de l’autre, une société qui vit dans la réalité qui voit bien la valse des prix, la montée des loyers, le coût de l’essence et ainsi de suite grever son budget. A cela s’ajoute, le « je travaille, mais je suis pauvre ». Réponse de Sarkozy : « Travaillez plus, pour gagnez plus. » !
Les gouvernements veillent depuis longtemps à élaguer des listes de chômeurs de l’ANPE pour gérer leurs communications, pour faire passer leurs discours positifs et apprendre aux citoyens qu’ils tiennent bien ferme la barre de commandement. Or, les Français qui disposent d’un emploi, complet, partiel, sont de plus en plus nombreux à voir avec effroi leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil. Ce constat est relayé par tous les acteurs sociaux et indépendamment d’une sympathie partisane.
Crise du salaire, crise du pouvoir d’achat, précarité en hausse, la société française est en voie de fragmentation. Jean-claude Guillebaud dans
Le Nouvel Obs enfonce le clou : « La crise démocratique, c’est quand les citoyens ne se reconnaissent plus, et ne reconnaissent pas leur quotidien, dans le discours des politiques et des experts. Cette crise-là –gravissime- voilà qu’elle apparaît en pleine lumière. »
Crise politique tout court, oui ! La colère gronde même si elle ne s’entend pas, ni ne se voit pas encore. On se moque assez des discours d’un Olivier Besancenot, d’une Arlette Laguillier, il n’empêche que devant les ministres (actuels et anciens) ; les experts, leurs arguments visent au cœur de la cible. La responsabilité des gouvernements de droite comme de gauche dans l’organisation de la précarité et l’impunité des profiteurs du système exacerbent les Français.
Cette crise sociale débouchera-t-elle sur une révolte ouverte ? Les experts l’écartent d’un revers de la main, est-ce rassurant ?


©Jean Vinatier 2008

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mercredi 12 mars 2008

FED et banques centrales : pompiers en CDD ! N°159 - 1ere année

Panique à bord ? L’intervention massive et concertée de certaines banques centrales dont la FED et la BCE (200 milliards de dollars) pour remettre les marchés boursiers dans le vert, a été accueillie avec soulagement mais scepticisme : le système financier international menaçant toujours d’imploser. Plus personne ne se prête quoi que ce soit !
Si les banques centrales disposent des outils les plus perfectionnés pour analyser les problèmes de l’heure ; elles doivent aussi en user avec intelligence. Est-ce le cas ? Depuis le mois d’août 2007, prés de mille milliards de dollars ont été injectés.
Remarquons que se sont les banques centrales « Atlantique » qui interviennent (USA, UE, Canada, Royaume-Uni, Suisse), pas celles d’Asie, de la péninsule arabique. Ensuite, les politiques de la FED et de la BCE, par exemple, différent : Jean-Claude Trichet tient à éviter toute inflation dans la zone euro, Bernanke veille à assurer la dynamique financière et le devenir du dollar. A un moment et si la crise perdure, Europe et USA ne seront plus sur la même ligne. Pour l'heure, ces cinq banques centrales endossent l'habit de super-réhausseurs de crédit.
Les initiatives précédentes de la FED ont montré leur durée très limitée : combien de temps durera celle-ci : deux jours, quatre jours ? Et, après, le cycle baissier et la spéculation sur le pétrole et les minerais reprendront de plus belle. Et pourquoi ? Parce que cette crise financière n’a toujours pas touché le fond. Ne vaudrait-il pas mieux, un grand krach plutôt que des bouées de sauvetage à durée déterminée qui entretiennent le malade au lieu de le guérir ?
On craint des effets systémiques. Stiglitz l’évoque bien dans son ouvrage sur le coût de la guerre en Mésopotamie. Nous avons une crise financière stricto sensu d’un côté, et de l’autre côté une vigilance grandissante sur la bonne santé économique et sociale de la Chine. Cette dernière étant le moteur ou le pouls de la planète, une fissure causerait des dommages incalculables. Le parti communiste chinois fait face à des révoltes paysannes, à une montée du mécontentement dans les villes en raison de l’inflation et du coût des aliments de première nécessité. La manière dont la Chine compte gérer les problèmes aura des incidences sur les autres continents. Or, si Pékin veut domestiquer l’inflation, il devra veiller à ne pas augmenter sa masse monétaire et donc se montrer moins accueillant pour les capitaux en dollars tant il en regorge ! D’où, également, un problème de croissance.
L’interdépendance vaut pour tout le monde mais l’exemple précité a une haute valeur symbolique. Les Américains qui ont tellement besoin de voir leurs dollars achetés sous la forme de bons du Trésor pour supporter leur déficit verraient d’un mauvais œil toute restriction de navigation de capitaux en Asie. L’Union européenne n’est pas plus à l’abri devant les craquements de l’immobilier espagnol et britannique. La BCE joue, actuellement, le rôle de prêteur en dernier ressort pour soutenir les banques ibériques. Londres, enfin, a dû nationaliser la Northern Bank !
L’action des banques centrales ne constitue pas un tout. Croire qu’il suffit d’actionner la planche à billets afin de rendre le sourire aux bourses relève du rêve. Les entreprises tiennent le choc mais pour combien de temps. Elles génèrent les richesses, les emplois et l’investissement pour le futur à parts égales avec les places boursières.
Au-delà de la difficulté financière, ce sont les Etats qui doivent proposer un nouveau Bretton Woods. Laisser entre les seules mains des banques, des hedge funds et consorts le destin des générations à venir est d’une parfaite inconscience.
La tâche des politiques est d’œuvrer à un ordre monétaire neuf, à la création d’un étalon monétaire planétaire comme était autrefois l’or, première étape avant la naissance d’une monnaie mondiale.
Pressons-nous, les banques centrales ne sont que des pompiers en CDD !

©Jean Vinatier 2008

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Sources in Seriatim :


Monnaie mondiale:
http://seriatim1.blogspot.com/2008/01/vers-une-monnaie-mondiale.html

mardi 11 mars 2008

Le Modem picore N°158 - 1ere année

François Bayrou est l’homme à abattre pour les partisans du bipartisme tout en étant le chef d’un parti dont ils ont besoin pour le second tour des municipales ! Voilà, la situation paradoxale de ce troisième parti qui n’a que trois solutions : s’unir au PS ou à l’UMP, ou bien à l’un et à l’autre ou absolument pas.
A première vue un citoyen débarquant dans le paysage politique français ne comprendrait rien à ces subtilités. Et pourtant, pour s’installer durablement dans la vie classique d’une formation politique, le MoDem n’a, semble-t-il, d’autre choix que d’adopter, aujourd’hui, la géométrie variable. Point de fier chevalier blanc sur son destrier, mais un crabe !



©Jean Vinatier 2008

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lundi 10 mars 2008

Les Espagnes dans l’Espagne ? N°157 - 1ere année

Le Premier ministre sortant, Jose-Luis Zapatero salue la courte victoire de son parti, le PSOE, sur le partido popular (PP) de Rajoy avec une grande prudence.
L’Espagne arrive au terme d’une période singulièrement prospère de trente ans. Le développement économique, bien épaulé par les 200 milliards d’euros reçus pendant toutes ces années de Bruxelles, a propulsé le royaume parmi les pays européens les plus attractifs du continent. Or, depuis quelques mois, l’immobilier espagnol vacille en totalité : des milliers d’agences ont fermé leurs portes, les constructeurs endettés jusqu’au cou ne peuvent plus faire face à leurs échéances ; ainsi pour l’un des plus grand d’entre eux, Colonial dont les dirigeants essaient d’éviter le dépôt de bilan.
Le nombre de chômeurs est bas mais celui des salariés précaires explose littéralement. Sous couvert d’une image dynamique, l’Espagne couve des braises bien rouges. Gare à l’incendie !
A ce problème se greffe celui des migrants qui proviennent de deux continents, du nord de l’Afrique et de l’Amérique du Sud. Dans les deux cas, les Espagnols ont une méfiance ancienne envers eux et n’hésitent pas à leur reprocher tous les maux du moment. La disparition du garçon de café « typique » au profit du marocain ignorant les usages et le vocabulaire est presque un symbole.
Ensuite, Jose-Luis Zapatero sait que la question de l’identité espagnole ou plus exactement des Espagnes est inévitable. Les menées autonomistes des Catalans, des Aragonais, des Basques sont historiques ; elles ont connu au XIXe siècle une grande force lors des trois guerres carlistes qui opposèrent deux branches de la maison de Bourbon¹. L’une d’entre elle, conduite par le frère de Ferdinand VII, Don Carlos (d’où carliste) entendait rétablir, notamment, les fueros ou privilèges desdites provinces abolis en 1714 par Philippe V², premier souverain de cette dynastie. Ainsi, le nationalisme basque naquit-il à cette époque par les écrits de Augustin Chaho (ou Agosti Xaho, 1811-1859) et de Sabino Arana Goiri (1865-1903) qui firent de l’expression zazpiak bat (les 7 font un) un slogan pour unir toutes les provinces du pays basque.
Le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) penche plutôt en faveur de la reconnaissance effective des diversités espagnoles à l’inverse du partido popular volontiers centralisateur. On retrouve ainsi –et toute proportion gardée – une ligne de fracture très nette entre deux partis qui dominent presque totalement le pays ; mais ils ont un point en commun, maintenir l’unité. L’armée silencieuse depuis l’échec du coup d’état de Tejero en février 1981, ne resterait absolument pas inactive si le danger de division devenait réel.
Zapatero n’évitera pas soit une nouvelle constitution soit une réforme en profondeur de celle de 1978. Sylvia Desazars de Montgailhard le rappelait dans
Le Monde (9/10mars) : « l’Espagne n’a pas choisi un modèle d’Etat explicite, n’a pas souhaité se définir comme ce qu’elle est en train de devenir, une monarchie fédérale. »
Le centralisme bourbonien (1700) puis celui de Franco (1936/39-1975) sont-ils viables dans l’Espagne du troisième millénaire ? N’oublions pas que la reconquista (VIIIe-XVe siècle) se fit en créant, au fur et à mesure, des royaumes aux identités fortes. Charles Quint (Charles Ier d’Espagne) se heurta dés 1520/1522 aux révoltes des comuneros et des germanias³ contre, principalement, une tentative de centralisation.
L’Espagne traverse une période lourde, importante. D’un côté, les institutions européennes favorisant l’épanouissement des régions, elles alimentent les discours des nationalistes catalans, basques…etc ; mais de l’autre, les Espagnols, ne veulent pas sortir de l’hispanidad. Le terrorisme ne parvient pas à emporter la majorité du peuple basque : on vient de le voir après l’assassinat d’un ancien homme politique. Idem lors de l’échec du référendum de 2006 sur le nouveau statut de l’autonomie catalane.
La tâche de Zapatero sera de trouver le moyen de proposer un fédéralisme espagnol qui ne signifie pas, à terme, l’indépendance politique de certaines provinces ; le Roi jouant un rôle symbolique très puissant. Les partis politiques doivent également revoir leur copie respective afin qu’ils cessent de rappeler des idéologies dont ils ne gardent que l’artificiel.
Inutile de dire que Madrid a besoin encore d’une période économique dynamique et de tranquillité sociale ; mais les nuages noirs sont à l’horizon…..

©Jean Vinatier 2008

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Notes :

1- Les trois guerres carlistes : 1833-1840, 1846-1849, 1872-1876. En 1713, le Roi Philippe V par la Pragmatique Sanction établit la loi salique en Espagne qui exclue toute succession d’une femme sur le trône. En 1789, Charles IV abolit secrètement la Pragmatique Sanction. Son fils, Ferdinand VII, n’ayant eu qu’une fille, la future Isabelle II, décide de rendre publique cette abolition. Acte qui entraîne la révolte de son frère, Don Carlos et la première guerre carliste en 1833. Au-delà de la révolte dynastique, le programme politique des carlistes comprenait tout un volet politique qui perdura au-delà du XIXe siècle.
2- Philippe V (1683-1745), duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV. Roi d’Espagne en 1700.
3- Les comuneros désignent les révoltés de Castille ; les germanias ceux de Valence. Germania en valencien signifie frère.
Source in Seriatim:

vendredi 7 mars 2008

Merkel à Sarkozy oui au « Club Med » ! N°156 - 1ere année

C’est finalement le 3 mars au détour de l’inauguration d’une exposition à Hanovre que la chancelière Merkel et le Président Sarkozy trouvèrent un compromis sur l’Union méditerranéenne. Selon la chancelière allemande, l'union comprendra non seulement les 7 pays de l'Union européenne riverains de la Méditerranée, mais aussi tous les autres. Autrement dit, au lieu des 18 membres initialement prévus¹, l'union pourra en compter 38. Nicolas Sarkozy l'a accepté, parce qu'il n'avait pas le choix: comme on le sait, à Bruxelles, n'importe quelle idée européenne est vouée à l'échec si elle n'est pas soutenue par Berlin.
Angela Markel a également insisté pour que l'idée française s'inscrive dans le prolongement du processus de Barcelone, à savoir le dialogue euro-méditerranéen qui regroupe tous les pays riverains de la Méditerranée et tous les pays de l'UE. Lancé en 1995, il est aujourd'hui au point mort. Certains diplomates expliquent cet échec par l'implication de la totalité de l'immense machine bureaucratique de Bruxelles, notamment de pays qui estimaient n'avoir aucun intérêt à participer à un processus se déroulant à mille lieues de leurs intérêts nationaux. Mais, l'Allemagne n’a-t-elle pas sciemment surchargé le "canot méditerranéen" du président français ? Dans ces conditions, on soupçonne qu'il puisse se maintenir à flot.
Nicolas Sarkozy, est déterminé à mener ce projet à bien. Il a l'intention d'annoncer la création de l'union au cours du sommet de l'Union qui se tiendra les 13 et 14 juillet à Paris. Cette annonce est appelée à être la première action importante de Sarkozy qui assumera, au nom de la France, à partir du 1er juillet, la présidence de l'Union européenne.
Or, la Turquie et la Libye refusent d’adhérer au projet français. Ankara y voit un piège : au lieu d’intégrer l’Union européenne, elle appartiendrait à une Union méditerranéenne qu’elle juge, pour l’heure, sans consistance. Les politiques turcs la moquent, c’est un « Club Med » ! Le colonel Kadhafi, parle d’ « une arme qui détruirait l'unité des pays du Maghreb. » Tripoli, comme d’habitude, veut se faire désirer et compte bien tout négocier.
On voit mal, également la solidité de cette union méditerranéenne si le conflit israélo-palestinien ne parvient pas à son terme. A moins d’un miracle…bien sur ! Idem pour le règlement indispensable au sujet du Liban et du rang de la Syrie.
Turquie, Palestine et Liban : voilà quand même trois situations lourdes aux conséquences internationales nombreuses. La Russie, les Etats-Unis et derrière eux les puissances de la péninsule arabique, la Perse seront, n’en doutons pas, des acteurs redoutables.
Et cerise sur le gâteau, n’est-ce pas, aussi, un pas habile de la part de Nicolas Sarkozy pour rendre la candidature plus logique d’Israël à l’Union européenne et à l’OTAN ?
Ne risque-t-on pas une confusion renforcée ? Une de plus parmi le désordre du monde ?
Le « oui » de Berlin arrange malgré tout Nicolas Sarkozy : il restera le metteur en scène et le co-producteur (UE) de son propre spectacle, il le « vendra comme tel » et tant pis si celui-ci risque le surplace. Paris accuse le coup et s’aperçoit, un peu tard, que l’Union européenne n’est pas un « machin ». Les finances bruxelloises sont le nerf de la guerre pour crédibiliser un tel projet.
Preuve est faite, pour conclure, que le couple franco-allemand, est, en dépit des inimitiés, des méfiances, incontournable.

©Jean Vinatier 2008

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Note :

1- Membres de l’union méditerranéenne : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Jordanie, Palestine, Israël, Liban, Syrie, Chypre, Turquie, Grèce, Italie, Malte, France, Espagne, Portugal

jeudi 6 mars 2008

Hubert Robert et 1789 N°155 - 1ere année

Hubert Robert (1733-1808) est l’un des peintres les plus connus du dix-huitième siècle français. Surnommé par ses pairs « Robert des ruines » en raison du nombre de ses dessins et croquis qui les représentaient. Sans doute, est-ce pendant son séjour à Naples en 1760 où il visita le chantier des fouilles de Pompéi qu’il prit goût pour ce genre. Il aménagea certaines parties de Trianon mais surtout les fameux jardins de Méréville – du comte de Laborde- et d’Ermenonville, propriété du marquis de Girardin où vécut Jean-Jacques Rousseau.
Nommé tour à tour, garde des Jardins du Roi, garde des Tableaux du Roi, garde du Museum, l’ancien régime le comblait assez bien.
Arrêté le 30 octobre 1793, peut-être, sur une dénonciation du peintre David qui se voulait si farouche révolutionnaire -, il écrivit pendant les dix mois de sa détention d’abord à Sainte-Pélagie puis à Saint-Lazare, un
Journal imaginaire de mes prisons en ruines.
Dans l’extrait proposé à votre lecture, le peintre lie son œuvre aux événements. Il les analyse, en partie, comme s’il devait s'en servir pour sa défense. Heureusement pour lui, la chute de Robespierre le 27 juillet 1794 entraîna sa libération le 4 août suivant.
On a moqué, un peu, son goût pour les ruines (celui de son temps) ; or dans ce Journal, il donne à la ruine une dimension originale.
Hubert Robert, qui a vécu ces évènements, apporte, ici et là des bémols et une certaine philosophie…autour des ruines
!
« Prison de Sainte-Pélagie, le 25 novembre 1793

[….]En cette fin du siècle je m’aperçois que Jean-Jacques Rousseau, qu’il l’ait voulu ou non, a tout bonnement ressuscité dans une chair politique, le fanatisme que Voltaire avait, lui, combattu sans équivoque, sous sa peau religieuse.
Que certains hommes soient avides de pouvoir, comme d’autre d’argent ou de femmes, c’est ce que je conçois fort bien : la société, sinon la nature, engendre toutes les perversions. Mais, voilà précisément une remarque qui devrait aider à départir et discréditer les uns et les autres. Voilà qui devrait définitivement ceux qui ne partagent nullement ces passions, de mourir ou de tuer pour des désirs particuliers qui cherchent à se satisfaire en se parant du manteau de l’intérêt général.
Il faut admettre que dans des sociétés aussi imparfaites que les nôtres, la police, l’armée, la classe politique sont des nécessités. Mais des nécessités dont on doit avoir honte. Tant qu’elle n’aura pas compris que les hommes politiques forment une catégorie particulièrement méprisable, l’humanité ne se sera pas libérée. J’entends par hommes politiques les citoyens qui prétendent exprimer les exigences générales de la masse aussi bien que ceux qui défendent les privilèges purement économiques d’un groupe. Ils mentent également, et plus que jamais quand ils croient ce qu’ils disent !
Je ne suis pas un partisan de l’ancien régime. Le problème ne se posait pas pour moi de soutenir ou non les institutions que le hasard de ma naissance me contraignait d’accepter. Je n’oublie pas que je suis fils d’un valet de chambre. L’instruction soignée que mon père, tel Horace, me fit donner dans le prestigieux collège de Navarre m’a assez rapproché des enfants de la noblesse pour que je n’ignore rien de leur morgue. Je savais les abus, j’en souffrais parfois, je profitais aussi de certains privilèges dûs à de hautes protections. Je n’exprimerai jamais assez ma reconnaissance envers Monsieur le Duc de Choiseul. Je peux même dire que, si j’ai beaucoup travaillé pendant mon séjour à Rome – au point d’y compromettre ma santé- j’ai eu de la chance en revenant en France. Je n’ai pas attendu longtemps le succès.
Cela ne m’a nullement empêché d’accueillir favorablement la Révolution. 1789 ne m’a pas plus surpris qu’un autre. Et comme chacun, j’ai applaudi la pièce nouvelle qui se jouait sur la scène politique. Mais, je me suis bien gardé de vouloir tenir un rôle parmi les marionnettes du jour. J’assiste à ma vie comme spectateur : j’aime surprendre la lente dégradation des lieux que je traverse. J’aime fixer les événements et les décors avant que l’érosion du temps les ait définitivement effacés. Je crois éterniser les instants ! Prétention dérisoire de peintre, qui m’aide à vivre….
Ainsi, j’ai peint la Bastille dans les premiers jours de sa démolition. Hommage aux démolisseurs ? Certainement pas. Je défie quiconque de montrer sur la toile le moindre élément qui puisse aller en ce sens. J’ai simplement remarqué que sous cet angle et dans cet éclairage rougeâtre, la forteresse ressemblait à un bel édifice romain dont on hâterait la ruine. Cela rejoignait les thèmes fondamentaux de mon œuvre. N’y cherchons pas un acte de rupture avec l’ancien régime. Nulle ingratitude de ma part. De l’indifférence plutôt. Un monde meurt, un autre naît qui lui ressemblera probablement pour l’essentiel, malgré quelques changements superficiels. On détruit une prison, on en peuplera d’autres. On exposa mon tableau au Salon de 1789. Je passais alors pour révolutionnaire. Quelle plaisanterie ! Ma « Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790 » qui me valut un brevet de civisme, est avant tout une peinture de ciel….
En revanche lorsque, en 1792, j’ai représenté la dernière messe de la famille royale, aux Tuileries, on n’a pas manqué de voir là un hommage ému à la monarchie déchue. Autre plaisanterie ! Personne, semble-t-il, en s’est avisé que la famille royale tourne le dos aux spectateurs et demeure agenouillée, figée, l’attention fixée sur les livres de messe, la tête basse devant une tapisserie qui représente une scène passée
La signification de l’ensemble me paraît claire : tous ces personnages doivent quitter l’histoire qui se fait derrière eux, sans eux et bientôt contre eux. Je propose qu’on invertisse les interprétations : ma Bastille exprime la nostalgie de l’ancien régime et ma Messe est une œuvre révolutionnaire !
Que dire de mon dernier tableau peint peu de jours avant mon arrestation, « La violation des caveaux royaux dans la basilique de Saint-Denis » ? Faut-il y voir une condamnation ? […]
C’est l’une des toiles auxquelles je tiens le plus : l’événement est venu au-devant même de mes motifs habituels. C’est le viol que j’ai peint, dans toute sa nudité, toute sa séduction, toute la fascination qu’il exerce sur moi. Un fantasme sexuel, lié à la mort, une fois de plus, qui ne respecte pas plus les Reines que les farouches tricoteuses.
Sans être hostile aux idées nouvelles, je me suis abstenu des actions lyriques. Je n’ai pas donné dans les enthousiasmes ridicules de 1789. On n’a certainement jamais pardonné à ma femme de ne pas s’être rendue, comme Madame Fragonard, Madame David et une vingtaine d’épouses d’artistes, le 7 septembre 1789, à Versailles, faire l’hommage patriotique à la nation de ses bijoux, afin d’éteindre la dette publique ! Ces générosités démagogiques me répugnent. Diderot, au moins me faisait la morale au nom de la peinture, quand il me reprochait de travailler trop vite parce que je voulais gagner beaucoup d’argent : « sa femme est une élégante » écrivait-il ! Oui, j’ai rêvé, je l’avoue, de faire une Reine d’Anne-Gabrielle, on une harengère. Je voulais qu’elle gardât ses bijoux, ses robes, ses parfums. Je ne serais pas peintre si je n’avais la passion du luxe et des parures inutiles.
En vérité, j’ai aussitôt deviné que derrière l’empressement à porter à l’Assemblée ses quelques richesses individuelles, se cachait le désir d’alimenter un nouveau bûcher des vanités. Nos révolutionnaires sont autant de Savonarole…Merci ! Je serai toujours du côté des Médicis fastueux – à quelques excès qu’ils se livrent – contre ces fanatiques à la triste figure. »¹

©Jean Vinatier 2008

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Source :

1-Claude Courtot : Hubert Robert : Journal imaginaire de mes prisons en ruine, Ed José Corti, Paris,1988, pp. 24-28

mercredi 5 mars 2008

Le socialisme municipal : un parti des communes ? N°154 - 1ere année

A quelques jours du premier tour des municipales, la rue de Solferino ne donne aucun signal de mutation ou de rénovation profonde. Tous les candidats en lice affûtent leurs dernières armes pour emporter, remporter ou espérer une place de second tour. Ce parti accepte sans mot dire sa nouvelle appellation médiatique de socialisme municipal ce qui constitue une réduction considérable. Passer de la gauche d’Epinay (Mitterrand en 1971) à la gauche plurielle (Jospin 2001) pour finir dispersé parmi les 36 000 communes de France, ne constitue pas à priori un succès éclatant.
Faute de nouveau projet national, d’une doctrine innovante, de leaders singuliers par leurs talents, le socialisme municipal avancé comme une moquerie pourrait fort bien être une base originale et légitime pour reconquérir l’espace politique national tout entier, aujourd’hui, entre les mains d’un homme élu à l’Elysée lequel s’arroge l’enchaînement des événements, la rédaction du calendrier. Situation forcément malsaine et dangereuse pour la démocratie d’une part et le maintien, d’autre part, d’une histoire politique dynamique où les débats ne sont pas des faux-semblants.
Le socialisme municipal a pour lui la légitimité de la commune rurale et des villes. Une victoire les 9 et 16 mars mettrait en branle inévitablement les troupes pour les élections régionales prévues en 2010. Municipalité+ région = un socialisme municipal qui, loin d’être apeuré, serait, pourquoi pas une rampe de lancement puissante dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012. On a connu jusqu’à présent des idéologies et des doctrines qui partaient du haut, là nous aurions une architecture politique débutée depuis la base. Quel bon moyen de reconquérir les citoyens autour de projets et de sujets certes locaux et régionaux qui sont tout à fait dans l’esprit du temps !
Les Français, sujets par excellence politique, brûlent de retrouver de vrais partis politiques, des structures collectives, d’œuvrer à une société moderne de pensée. Face au pouvoir personnel de Nicolas Sarkozy qui décide de tout depuis le haut en lançant ses conseillers sur le devant de la scène sans que ceux-ci ne possèdent le moindre mandat électif, encourage sciemment ou pas le désenchantement du citoyen.
La politique d’ouverture présentée comme une initiative sympathique n’est qu’un moyen pour un pouvoir personnel de semer la zizanie parmi la gauche et le centre ; d’accentuer la pression sur le citoyen et de le convaincre de l’inutilité à combattre.
Le parti socialiste est devant des défis importants. Il est contraint de revoir ses alliances traditionnelles. Le parti socialiste municipal lui offrirait l’avantage d’élaborer de nouveaux contrats politiques sur des thèmes fédérateurs - environnement, agriculture, intégration, rapports sociaux…etc- à partir des villes et des villages.
Immanquablement des nouvelles têtes surgiront et elles se heurteront aux candidats à la succession de François Hollande qui se positionneront par rapport aux courants. Nous aurons alors une confrontation intéressante entre des porteurs de programmes depuis la cité ou la commune face aux fédérateurs de courants socialistes. Le parti socialiste n’a plus que faire de ces courants appuyés sur des idéologies dépassées, ils le fossilisent et ils le rendent illisible aux yeux des militants et des citoyens.
C’est une tâche difficile à mener tant elle bouleverserait les habitudes. Elle devrait être entreprise quel que soit le résultat des élections municipales. L’avenir de la France est, sans doute, entre les mains des villes et des villages. Le parti socialiste ne peut l’ignorer sous peine d’effacement.

©Jean Vinatier 2008

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mardi 4 mars 2008

FARC dans la Grande Colombie N°153 - 1ere année

L’Equateur, le Venezuela et la Colombie sont dans une dispute complète. Entre les trois, les FARC et leurs otages dont Ingrid Betancourt.
La tension est montée d’un cran lorsque l’armée colombienne opéra sur le sol équatorien et tua le numéro 2 des Farc, Raul Reyes. Le Président Rafaele Correa décida l’envoi de troupes à la frontière. Hugo Chavez, dont le pays abrite une partie des FARC qu’il ne considère pas comme des terroristes, se joint à l’Equateur.
« Les FARC et l’ELN ne sont nullement des corps terroristes, ce sont des armées, de véritables armées qui occupent un espace en Colombie... Ce sont des forces insurgées qui ont un projet politique, qui ont un projet bolivarien qui, ici, est respecté», estime-t-il lors de son message annuel à la nation prononcé à la tribune de l’Assemblée nationale vénézuélienne.
Le mot clef est « bolivarien ». Il faut faire un retour historique. Simon Bolivar fonda, au sortir des guerres d’indépendance contre l’Espagne de Ferdinand VII, la Grande Colombie laquelle regrouperait aujourd’hui, les Etats suivants : Venezuela, Colombie, Equateur, Panama. L’ouvrage de Simon Bolivar se résista pas à sa mort en 1830. Mais, il reste dans l’idéal des hommes politiques de ces pays et plus particulièrement du Venezuela. Signalons, au passage, que les FARC, nées en 1964, sont totalement dans cet espace géographique.
Qu’est-ce que le bolivarisme ? Un projet politique axé sur la justice sociale, la liberté et l’égalité des droits. Il sert aussi de discours de rassemblement des peuples dominés d’Amérique Latine. Hugo Chavez ne fait jamais mystère de son ambition et de la main tendue aux autres peuples contre la corruption et l’injustice. Sur ce point, les FARC seraient-elles aussi, « bolivaristes » ? On comprend mieux le soin pris par Hugo Chavez à « couvrir » les leaders de ce mouvement colombien .
La Colombie, est le seul état, suffisamment fort comparé au Panama et à l’Equateur, pour contrer le projet de Chavez. Les Etats-Unis s’appuient sur le Président Uribe et ensemble accusent le Venezuela de devenir un grand centre de trafic de cocaïne vers l’Europe et les autres continents. Quelques années plus tôt, Washington soupçonnait Uribe de soutenir le cartel de Medellin et d‘avoir une relation avec Pablo Escobar. Or, le plus grand producteur de cocaïne et un important consommateur de cette substance au monde n’est pas le Venezuela mais la Colombie. Les Etats-Unis restent le plus important consommateur de drogues de la planète et n’ont jamais agi contre les institutions financières impliquées dans le blanchiment d’argent en provenance du trafic de drogue. Nous sommes dans le plus parfait cynisme !
De son côté, le Président du Nicaragua Daniel Ortega met en garde contre le danger représenté par l’actuelle campagne destinée à lier le Venezuela au trafic de drogue. « Les Etats-Unis sont en train d’utiliser le territoire colombien […]. Il s’agit d’un pays qui est militairement occupé par les Etats-Unis, pour essayer de détruire cet espace qui est en train de s’ouvrir en Amérique latine [….] Nous espérons que le peuple colombien pourra freiner l’attitude de son gouvernement afin qu’il ne commette pas la folie de provoquer une confrontation»¹
Dans ce contexte, les FARC ont beau jeu de se définir comme un mouvement politico-militaire usant du juste droit à la rébellion contre un Etat qui pratique une démocratie de façade. Mais, Hugo Chavez n’obtient pas, en janvier 2008, de la France (hésitante?), l’Allemagne, Washington, l’Union européenne que les FARC ne soient plus considérées comme des terroristes.
Quand le Président Nicolas Sarkozy s’empara du dossier Betancourt, avait-il tous les éléments géopolitiques entre ses mains ou bien obéissait-il à sa seule envie de devenir le libérateur de cette femme franco-colombienne ?
A priori, Hugo Chavez a les cartes pour faire fléchir les FARC mais cela suppose de la part de Paris un soutien plus entier aux projets politiques vénézuéliens lesquels dépassent largement ses frontières. On n’imagine, pas non plus les Etats-unis, en guerre contre Hugo Chavez, encourager la France.
Le dossier Betancourt n’est donc non pas bloqué mais plein de tiroirs et d’embûches. Les pays d’Amérique Latine, dont beaucoup sont à gauche, contestent au Venezuela, l’exclusive du bolivarisme et ont une approche de la lutte contre les inégalités moins belliciste d’une part, et prônent, d’autre part, entre eux l’union plutôt que la confrontation.
Le Président Uribe a de toute manière tout le peuple colombien à ses côtés, surtout lorsqu’il lui annonce la mort d’un des chefs des FARC.
Drogue et bolivarisme forment un cocktail inédit dans la géopolitique moderne.

©Jean Vinatier 2008

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Source :

1-El Nuevo Herald, « Chávez : EEUU propicia conflicto armado Colombia-Venezuela », 26 de enero de 2008.

lundi 3 mars 2008

Shoah un mot de trop à Gaza…. N°152 - 1ere année

Je l’avoue, il m’a été difficile tout au long de cette journée de faire l’exercice d’écriture, cette tâche quotidienne. Rien n’y faisait ! Bien des sujets tournaient dans ma tête : le monde est vivant, tout bouge, rien ne demeure inerte. Les sociétés décadentes, elles-mêmes, vivent !
Non, quelque chose me gênait ; quelque chose qui m’écrasait. J’ai suivi et je suis encore les événements tragiques dans la bande de Gaza : soixante dix victimes civiles (femmes, enfants) dans leur écrasante majorité, en deux jours de bombardements de tsahal. Son opération « Hiver chaud » a pris fin ce lundi. Quelles en seront les conséquences ? Les deux camps, le Hamas et Israël clameront leur gloire avant qu’en découdre pour le malheur de leurs citoyens respectifs.
Le vice-ministre de la Défense d’Israël a menacé de Shoah les Gazaouis. Passé la stupeur, devant quel drame ne sommes-nous pas ? Si un ministre d’Israël se met à user d’un mot qui n’est dit que pour qualifier les horreurs nazies pour effrayer les Palestiniens, le mot garde-t-il son sens ? Ou bien est-il un aveu ? Je crois que c’est plus grave : le mot perd son sens. Voudrait-on faire de la Palestine « une terre de Shoah » ?
Les autorités se sont empressées de borner la portée du mot employé par ce ministre ; il n’empêche, il a été dit. La société internationale accepterait-elle de délier les mots de leur emploi, de leur historique ?
Mais, ne voyons-nous pas les puissances productrices du droit international et des organismes censés les exprimer, Etats-Unis et Royaume-Uni, se complaire à établir de façon douteuse des Etats au bord du droit : Somaliland, Kosovo ?
Triste monde, sans droit, ni étymologie !

©Jean Vinatier 2008

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