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lundi 18 mars 2019

« La Tefaf, toujours au sommet par Didier Rykner » N°4649 13e année


« Comme chaque année à la Tefaf (foire de Maastricht), dès l’ouverture ou presque, la foire bruit de rumeurs sur les plus belles œuvres qui y sont présentées. Cette année, on y trouvait de manière unanime le tableau de Wright of Derby présenté par Lowell Libson (ill. 1), une de ces scènes de nocturne extraordinaires dont le peintre a le secret. L’œuvre s’est vendue tout aussi rapidement. Selon nos informations, l’acheteur serait le Getty, ce que le vendeur et le musée se sont pour l’instant refusés à confirmer. Nous y reviendrons probablement dans une prochaine brève.
Parmi les autres objets qui tenaient la vedette, outre le diorama chez Philippe Perrin dont nous avons déjà longuement parlé (voir notre éditorial), prenait place la grande Crucifixion de Louis Cretey (ill. 2), chez Rob Smeets, sans doute le chef-d’œuvre de cet artiste qui n’avait pas été retrouvé pour la rétrospective de 2010 (voir l’article) et qui ne figurait à l’époque dans le catalogue que par une photographie en noir et blanc. Cette grande toile intéressait au moins deux musées français, mais hélas elle fut acquise presque tout de suite par un des collectionneurs particuliers étrangers les plus actifs, notamment dans le domaine de la peinture baroque. »
La suite ci-dessous :


Jean Vinatier
Seriatim 2019



« Regards croisés sur la justice fiscale (Xe-XXIe siècle) : Egalité ou statuts particuliers ? » N°4648 13e année


Annonce de ce colloque international à Amiens les 4 et 5 avril, organisé par l’université Jules Verne…

« Parce que l’impôt est un prélèvement contraint – ou, tout du moins, pouvant se dispenser de l’accord du contribuable –, la question de sa justice est un problème constant. Il est certes possible, sinon tentant, d’y répondre sommairement en le considérant comme intrinsèquement injuste – Taxation is theft – ou de juger la question vaine puisque, juste ou non, l’impôt devra être payé – Nothing is certain but death and taxes ! Pourtant, à l’heure où le gouvernement français s’apprête à engager plusieurs réformes de la fiscalité, la justice fiscale semble à questionner sur plusieurs plans. Dans ses aspects les plus concrets, elle se donne bien sûr immédiatement à voir dans l’organisation, le fonctionnement et les réformes successives du système fiscal. Cependant, l’incontestable technicité de la matière – souvent fantasmée comme forcément attentatoire aux intérêts particuliers – ne doit pas dissimuler l’importance des questions qui s’y jouent. En effet, à travers l’idée de justice fiscale, c’est toute une conception du monde – et aujourd’hui, particulièrement, une conception de l’État et de ses missions – qui apparaît derrière la technique juridique. Pour saisir l’ambiguïté de cette double dimension, l’analyse historique se révèle essentielle. Permettant d’envisager l’évolution du système fiscal en fonction des contextes, des inflexions politiques et des ambitions du temps, elle seule permet une analyse fine des enjeux les plus contemporains en leur offrant la mise en perspective qu’ils méritent. C’est donc à travers ces trois dimensions – fiscale, théorique et historique – profondément imbriquées que l’on se propose de questionner ici la justice fiscale. »



Jean Vinatier
Seriatim 2019

dimanche 17 mars 2019

Acte XVIII : Macron hors-piste, Hidalgo hors Champs(Elysées) N°4647 13e année


Il était su de tout le monde que la journée du 16 mars ne serait pas aussi calme que les précédents samedis mais apparemment pas par le Chef de l’Etat qui jugea heureux de changer d’air au ski ce qui, au vu de ce qui se déroula sur les Champs-Elysées redevenus un champ d’affrontement comme en novembre et en décembre, est aujourd’hui totalement dénoncé par tout à chacun.
Ce qui apparaît au lendemain de l’acte XVIII des Gilets jaunes est l’impasse dans laquelle le gouvernement est. Après avoir déroulé tout un long catalogue de caractéristiques fautives des Gilets jaunes, de l’homophobie à l’antisémitisme en passant par la hausse du chômage, et après avoir lancé des « casseurs », l’exécutif ne peut compter que sur un retournement de l’opinion publique. Or, celle-ci restera majoritairement favorable aux revendications sociales des Gilets jaunes lesquels savent plus qu’au début que la violence, malheureusement, reste la seule musique qu’un gouvernement autiste perçoit.
Longtemps sans la possibilité d’écrire mais pas d’entendre ni de voir, j’ai observé avec effarement le successeur de François Hollande se complaire en télévangéliste version Obama (chemise blanche) pérorer pendant des heures et des heures au grès des réunions du Grand débat national qui prirent des formats différents au fur et à mesure que l’audience chutait. Loin de s’être épuisé Emmanuel Macron tiendrait à cette errance jusqu’à la campagne pour les européennes, cette échéance électorale qu’il ne peut pas perdre et pour laquelle il fera tout y compris jusqu’à l’extrême. Quasiment paranoïaque, Emmanuel Macron voit des Russes partout, des complots ici et là et s’insupportant de la moindre critique sur les agissements des forces de l’ordre (Conseil de l’Europe, ONU) il « jugea insupportable dans un droit de droit de parler de violences policières » (7 mars France info) !!!!
Pendant ce temps, les Gilets jaunes se mobilisent semaine après semaine avec des nombres différents ce que les médias, tous aux ordres de l’Elysée se plaisent à noter et souligner. Cela fait quatre mois que les Gilets jaunes battent le pavé sans être un seul instant écoutés.
Les Gilets jaunes sont là et Emmanuel Macron aimerait s’en servir pour rassurer un électorat très minoritaire mais actif et se déplaçant jusqu’aux urnes. Les Gilets jaunes sont là face aux hostilités des syndicats, des médias, des « penseurs » du régime qui débitent bien des âneries avec ce qu’il faut de pédanterie et de morgue pour qu’un jour tout ne dérape. Le degré de nervosité du pouvoir n’est plus masqué par la carte blanche donnée aux forces de l’ordre qui obéissent droits dans leurs bottes et se défoulent sur les grands boulevards comme jamais ils en auraient la possibilité dans des banlieues. C’est un défoulement également parmi des magistrats qui se frottent les mains d’appliquer les consignes de la Garde des Sceaux, du procureur de Paris qui incitent à garder au-delà de tout l’égalité des Français en GAV. Il y a un défoulement malsain mais tout à fait à l’unisson pour une classe sociale mondialisée aux réflexions mille fois plus dures et haineuses que des aristocrates à la veille de la Révolution. C’est dans ce moment-là que l’on mesure bien le degré de haine de la bourgeoisie pour le peuple,  une détestation (qui est aussi une peur) du peuple remonte à 1789. La bourgeoisie a eu besoin de lâcher le peuple dans le pays pour imposer au Roi le partage du pouvoir avant de s’effarer que ce même peuple refuse de rentrer dans le rang et la soumission. Cette classe mondialisée bien plus déconnectée du réel que ne l’était la noblesse à la veille de la chute de la Bastille, dispose d’outils très redoutables pour réprimer, casser, briser. Avec Emmanuel Macron  cette classe a son héros qui trouverait sa place parmi les douze César de Suétone, un treizième César paranoïaque persuadé de son aura, de ses mérites, de sa gloire, de ses victoires imaginaires quand bien même ces deux années du quinquennat ne présentent aucune réussite tant nationale qu’internationale : tout est discours, communication illusion. Tout ce que cette équipe parvient à faire c’est à dégouter les Français d’aller voter sachant bien leur déroute si nos compatriotes sortaient hors de leurs gonds. Emmanuel Macron et ses soutiens dénoncent des violences qu’eux-mêmes allument par leurs actes, leurs propos.
Pour l’heure, Emmanuel Macron promet des « mesures fortes » quand bien même la carte « antifa » ne semble plus utilisable et que les Gilets jaunes, tout en maintenant les samedis, promettent des opérations ici et là ce qui signifie qu’une guérilla entre sur la scène, la pire chose pour un pouvoir quel qu’il soit. Le Président de la République voulait bien écraser les Gilets jaunes avant les européennes mais les choses évoluent : le débat national n’a pas été populaire et les rendez-vous citoyens annoncés par l’Elysée sont rejetés par la quasi-totalité des gens questionnés. Sa tribune dite « Renaissance » ne connut le succès, ni en France, ni en Europe et la réplique cinglante de l’actuelle présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer anéantit tout ce qui a été dit autour du traité d’Aix la Chapelle : Emmanuel Macron a œuvré pour le roi de Prusse : ce n’est pas lui de dire, il doit écouter et suivre !
Si les nuages s’amoncellent au-dessus de l’Union européenne via le BREXIT, ils sont surtout au-dessus d’Emmanuel Macron avec des coups de tonnerre pour l’heure éloignés et l’empereur du Potomac n’est pas en reste pour se rappeler à son bon souvenir par tweet interposé, une communication tout sauf innocente. Emmanuel Macron n’est pas le seul à faire les frais de la détestation, Anne Hidalgo, selon CNews, ayant voulu se rendre sur les Champs-Elysées samedi en fin de journée, a été reconnue et chassée par des gilets jaunes….On reconnait enfin qu’Emmanuel Macron, télévangéliste à tendance paranoïaque et Anne Hidalgo obnubilée par l'extrême-droite, sont deux faces d’un monde exécré, sauf par les bobos sur leurs trottinettes…




Jean Vinatier
Seriatim 2019

vendredi 15 mars 2019

« Olivier Koch, Tristan Mattelart, dirs, Géopolitique des télévisions transnationales d’information »N°4646 13e année


Courte critique de cet ouvrage par Olivier Arifon pour la revue Questions de communication :

« Cet ouvrage traite d’un sujet peu abordé, les télévisions nationales d’information continue à vocation internationale développées par de nombreux pays. Il propose un état des lieux en regroupant dix contributions de chercheurs venus des sciences de l’information et de la communication et d’autres horizons. Après un (très) long article historique et de contexte développé par Tristan Mattelart (pp. 31-82), ce livre présente plusieurs cas, dépasse la focalisation classique et déjà ancienne sur cnn et sur Al jazeera. Les cas traités sont la Turquie, la France, Al jazeera, les présentatrices dans le monde arabe, le Venezuela, la Russie, la Chine, l’Inde et la diplomatie publique des États-Unis à l’heure des réseaux.
Le concept d’économie politique de l’information est l’élément central pour l’analyse des télévisions transnationales. Il est brièvement introduit et il est peu repris par les autres auteurs, comme nous le verrons plus loin. Le postulat est le suivant : nombre de télévisions transnationales d’information non occidentales existent pour faire contrepoids à l’hégémonie des télévisions issues de l’Occident. Le terme clé est celui de domination. Ceci peut expliquer pourquoi certains articles sont soit essentiellement descriptifs, soit tendent vers l’analyse du discours et des logiques d’acteurs. Les chapitres descriptifs insistent sur les historiques des projets de télévisions et permettent – parfois – de comprendre les enjeux ou les paradoxes de ces chaînes. Cependant, les contributions axées sur les analyses d’acteurs sont souvent plus percutantes comme dans les articles sur Al jazeera, le Venezuela, la Russie et les réseaux aux États-Unis.
Venons-en maintenant aux contributions avant de soulever les limites de l’ouvrage. L’article de Tristan Mattelart (pp. 31-82) aborde de nombreux thèmes tels la censure, les agences internationales de vidéos, les satellites, internet, les agrégateurs, les blogueurs, la diplomatie publique… Il est difficile de savoir si ce texte est un cadrage théorique ou un descriptif exhaustif des instruments de diplomatie publique. En outre, ce qui marque, c’est l’absence de ces mêmes thèmes dans la plupart des autres textes de l’ouvrage.
L’article suivant sur l’audiovisuel français présente, de manière historique, les deux facettes et les ambiguïtés propres au dispositif du pays concerné. L’article sur Al jazeera, fort pertinent, montre le lien entre politique d’un pays et usage d’un média. Le jeu complexe de la chaîne se fait entre influence, occupation de l’espace pan arabe et autonomie – relative – vis-à-vis du pouvoir qatari. Mohammed El Oifi (pp. 151-167) replace Al Jazeera dans son contexte essentiellement panarabe et va au-delà du discours sur les effets de cette chaîne en Occident. La contribution sur les présentatrices dans les chaînes pan arabes esquisse les concurrences et le ressort de ces télévisions pour attirer du public en jouant avec les codes vestimentaires. Il explique ensuite les responsabilités prises par des femmes dans l’animation d’émissions telles que les débats. Un regret toutefois, des copies d’écrans auraient été bienvenues. Le papier suivant, sur teleSUR, la télévision du gouvernement vénézuélien (pp. 169-186), indique que ce canal est pensé pour refléter les luttes « globales » du sud par rapport au nord grâce à des informations alternatives en réponse à la domination de l’Occident. Ce projet amorcé par Hugo Chavez est plein de paradoxes et de limites, car il est essentiellement un objet politique, fortement sensible aux alternances dans les pays contributeurs au financement de la teleSUR. Ilya Kiriya avec Russia Today (pp. 187-204) résume la problématique de certaines chaînes d’information en deux mots, autant dire deux pôles : propagande et compétitivité. La comparaison internationale entre chaînes transnationales est souvent rude pour les chaînes axées sur la propagande qui voient leurs contenus révélés en creux par les chaînes de références que sont, entre autres exemples, cnn et Al jazeera. L’auteur montre ici que Russia Today, au lieu de faire la promotion du régime russe, s’attache à appauvrir, voire à dévaloriser, l’image des États-Unis. Le chapitre sur la Chine et la chaîne cnc world (pp. 205-226) débute par un très long historique de la politique chinoise de communication (citant également Confucius et Sun Tzu) et propose deux points clés intéressants : le « journalisme de prudence » et le « recrutement de prudence ». Ces deux notions sont mobilisées pour expliquer les difficultés d’audience de cnc World et les limites pour devenir un média crédible et reconnu à l’échelle internationale. Cependant, il est dommage que ces notions soient présentées sans être réellement débattues dans les trois dernières pages.
Enfin, le travail d’Olivier Koch sur les réseaux aux États-Unis (pp. 247-266) est intéressant. Il analyse l’échec de Al hura, chaîne créée et soutenue par les États-Unis pour contrer Al jazeera dans le monde arabe. L’auteur propose ensuite un nouveau paradigme, aujourd’hui répandu dans la diplomatie publique : l’influence qui passe aussi par les réseaux, dans une logique d’autonomisation des acteurs sur place. Ce type d’action conduit souvent à fournir des solutions techniques, à soutenir des projets locaux ou les acteurs devenus autonomes et relais d’influence au lieu de tenter d’imposer un message par une télévision.
Au total, deux limites se dessinent dans cet ouvrage. Si, comme le propose l’article introductif, ces télévisions sont analysées avec une lecture d’économie politique, reflet d’une logique de domination, l’ouvrage laisse au lecteur un goût d’inachevé. En l’absence d’une problématique précise, les articles font rarement référence soit à ces logiques annoncées de domination, soit à d’autres logiques. Ainsi, même si le concept de soft power, fondé par Joseph Nye, est imprécis et débattu, peu de chapitres de ce livre introduisent cette notion. C’est dommage car la notion construit un cadre d’analyse qui peut expliquer les actions des acteurs étatiques, comme le montre l’article sur la Chine. D’ailleurs, l’un des défis des travaux sur la communication internationale apparaît. Centrée sur des monographies par pays, la recherche peut facilement passer à côté des approches pourtant fécondes du comparatisme.
Ensuite, l’ouvrage aurait gagné en profondeur en proposant une mesure et une évaluation des foyers réceptifs et des audiences, chiffres assez faciles à obtenir. La question de l’évaluation et de la réception, plus sensible, car très politique, aurait encore enrichi le propos. En effet, l’une de problématiques de la communication transnationale reste la réception d’un média hors de son pays d’origine et, in fine, l’impact espéré et attendu par les opérateurs, ici les États. « 
Source :


Jean Vinatier
Seriatim 2019