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mardi 12 mars 2019

Robert Darnton, Un tour de France littéraire. Le monde du livre à la veille de la Révolution N°4637 13e année


Ci-dessous la critique de Maxime Triquenaux pour la Vie des idées :

« Robert Darnton se met pour ce nouvel ouvrage dans les pas de Jean-François Favarger, commis voyageur envoyé en 1778 par ses employeurs de la Société Typographique de Neuchâtel (STN) sur les routes de France, à la rencontre des libraires de province. Il nous permet ainsi d’approcher cet univers complexe du commerce du livre au siècle des Lumières. Et si son ouvrage se présente comme un vaste bilan de tout un pan de ses recherches, Un tour de France littéraire est aussi, à sa manière discrète et élégante, un bel exercice d’écriture de l’histoire.
La synthèse d’une carrière
S’appuyant sur son travail au long cours dans les archives de la Société Typographique de Neuchâtel, R. Darnton revient sur une question qui l’occupe depuis le début de sa carrière d’historien : à quoi ressemblait le monde du livre des Lumières, dans son aspect non pas intellectuel mais matériel ? Qui se prêtait à toutes ces tâches (fabriquer, transporter, vendre…) de la production et de la diffusion du livre dans l’Europe du XVIIIe siècle ?
Pour qui suit avec attention les recherches de R. Darnton, les analyses et les matériaux présentés ici peuvent avoir un air de déjà-vu. Le personnage de Favarger, le protagoniste de ce livre, est depuis longtemps une figure familière des publications de R. Darnton, de même que certains des personnages qu’il croise dans son périple, comme le fascinant Joseph Duplain, libraire lyonnais sans scrupule, ou Jean Ranson, protestant rochelais admirateur de Rousseau. Un tour de France littéraire apparaît toutefois comme un ouvrage à la fois nouveau et important dans l’œuvre de R. Darnton, d’abord parce qu’il propose la synthèse la plus aboutie de ses travaux sur l’histoire matérielle du livre. Dans le chapitre conclusif en particulier (« Neuchâtel : une vue d’ensemble de la demande en littérature »), certainement le plus dense, et vraisemblablement destiné aux spécialistes du champ, R. Darnton fait l’état de l’art, répond à ses critiques et se prête à une discussion méthodologique très précise des conclusions – en particulier statistiques – qu’il peut (ou non) tirer de son enquête sur les archives de la STN. Il propose également une typologie des différents types de livres demandés par le public. Cette quarantaine de pages constitue certainement le meilleur bilan de son travail d’historien du livre.
Mais l’ouvrage dans son ensemble est aussi – et surtout – une enquête historique qui prend son point d’appui sur le grand voyage dans la France principalement méridionale entrepris par le commis voyageur Jean-François Favarger. Chargé par ses employeurs de la STN de prospecter les différents marchés possibles et de leur livrer toutes les informations utiles à leur commerce, l’homme fournit dans sa correspondance et son carnet de voyage le matériau qui donne la trame principale de l’ouvrage, complété par la connaissance intime qu’a R. Darnton des archives et de la bibliographie secondaire.
Tout part en tout cas de cette fameuse Société Typographique de Neuchâtel. Entreprise d’édition et de commerce de livres plus ou moins licites, à destination notamment du marché français, elle est active dans les trente années qui précèdent la Révolution. Surtout, elle laisse un immense fonds d’archives, certainement le plus riche qui soit connu à l’heure actuelle concernant une maison d’édition d’Ancien Régime. »
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2019

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