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dimanche 30 novembre 2008

Edito : le citoyen un homme dangereux ? N°346 - 2eme année

L’affaire Vittorio de Filippis, ex-PDG de Libération, a suscité de sérieux remous parmi la presse, les représentants des partis politiques et les syndicats de la magistrature. Seuls les syndicats de police ont haussé les épaules.
Il est inutile de revenir sur les faits abondamment décrits dans les médias et sur les colères auxquelles je m’associe bien évidemment.
Les humiliants moments subis par Vittorio de Filippis, les avocats les voient chaque jour. Ils les dénoncent sans beaucoup retenir l’attention, ni de la chancellerie, ni du ministère de l’Intérieur, ni de la presse. De nombreux citoyens lambdas sont confrontés à ces examens déshonorants dans l’indifférence générale.
L’affaire Filippis servira-t-elle de leçon et appellera-t-elle à des actions plus puissantes quand de nouvelles dispositions pénales seront adoptées, quand des lois redoutables seront approuvées ou proposées (fichier Edvige, rétention de sûreté, projet d’incarcération des mineurs des l’âge de dix/douze ans…etc.) sans grand débat par l’actuelle majorité et sans que l’opposition les combatte vigoureusement au-delà de ses disputes intestines ?
On voit comment les citoyens sont traités au pays des Droits de l’Homme. La France a les prisons les plus épouvantables de l’Union européenne et la cour européenne condamne régulièrement l’Etat français.
Le plus grave est que les citoyens ne parviennent plus à être respectés par l’Etat. Rappelons ce qu’écrit le philosophe italien, Giorgio Agamben dans son article
, « Non au tatouage biopolitique¹ » :

« Ce qui est en jeu ici n’est rien de moins que la nouvelle relation biopolitique « normale » entre les citoyens et l’Etat. Cette relation n’a plus rien à voir avec la participation libre et active de la sphère publique, mais concerne l’inscription et le fichage de l’élément le plus privé et le plus incommunicable de la subjectivité : je veux parler de la vie biologique des corps. Aux dispositifs médiatiques qui contrôlent et manipulent la parole publique correspondent donc les dispositifs technologiques qui inscrivent et identifient la vie nue : entre ces deux extrêmes d’une parole sans corps et d’un corps sans parole, l’espace de ce que nous appelions autrefois la politique est toujours plus réduit et plus exigu.
Ainsi, en appliquant au citoyen, ou plutôt à l’être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu’ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les Etats, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c’est l’humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse. »


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Source :

http://www.philosophie.org/giorgio.html

vendredi 28 novembre 2008

Edito : Sarkozy/Dati : la guerre aux enfants ? N°345 - 2eme année

Le célèbre juge pour enfants, Jean-Pierre Rosenzweig tonne contre les propositions de la commission Varinard dont l’une d’entre elles proposerait l’incarcération des enfants dés l’âge de 12 ans voire de 10 !¹
Mais, où sommes-nous tombés ? Qu’est-ce qu’une société qui fait d’un enfant un adulte ? Qu’est-ce qu’une société qui applique à tout être humain quel que soit son âge le même traitement ? Répétons-le avec force : un enfant reste un enfant.
Les suicides d’adolescents emprisonnés souvent pour des infractions légères auraient dû appeler à plus de réflexion. La commission Varinard se conforme aux souhaits répressifs de Nicolas Sarkozy, Président de la République et de Rachida Dati, Ministre de la Justice & Garde des Sceaux : culpabiliser et punir le plus tôt possible.
Ce n’est plus une société démocratique, c’est la société de l’enfermement et de l’interdiction.
Où sont les intellectuels pour combattre cette politique néfaste ? Où sont les déclarations des partis d’opposition ? Mesdames et Messieurs les policiers dressez-vous ! Mesdames et Messieurs les magistrats levez-vous!
Tout ce silence glace le sang ! Voilà le règne de Chronos !
Peu importe que dans tel ou tel pays de l’Union européenne, l’âge légal de la responsabilité de l’enfant soit à 10 ans chez l’un ou 14 ans chez l’autre. Rappelons simplement que nous sommes en France et la France n’est pas une nation ordinaire. Nous revendiquons une histoire singulière, alors ruons dans les brancards contre cette politique odieuse envers des enfants. Quels adultes seront les enfants passés par la case prison ?

Jean Vinatier

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Source :

1-
http://jprosen.blog.lemonde.fr/2008/11/27/ne-megottons-pas-en-prison-a-3-ans-282/

jeudi 27 novembre 2008

Chine/France: un coup d’éventail de trop? N°344 - 2eme année

Le gouvernement chinois a spectaculairement annoncé l’annulation de sa participation au sommet avec l’UE sous la présidence française à Lyon le 1er décembre. Pourquoi? Nicolas Sarkozy a prévu de rencontrer à Gdansk le 6 décembre le Dalaï-lama!
Est-ce un coup d’éventail donné à bon escient ou bien une faute du parti communiste chinois? Pékin n’a oublié ni le tumultueux parcours de la flamme olympique dans Paris ni les cris des députés depuis la terrasse du Palais-Bourbon, ni les atermoiements de Nicolas Sarkozy sur sa possible absence à la cérémonie d’ouverture des Jeux en août 2008. Tous ces faits réunis constituent-ils une juste raison au boycott pékinois ce 1er décembre? Pourquoi Nicolas Sarkozy serait-il le maillon faible de l’Union européenne? N’est-il pas toujours en effervescence?
En quoi une rencontre avec le Dalaï-Lama pourrait-elle courroucer à ce point la Chine? Après tout le dignitaire tibétain fait le tour du monde depuis longtemps, il ne compte plus les rencontres avec les grands de ce monde et il participe à de multiples réunions internationales. Le Dalaï-Lama ne convient-il pas lui-même qu’il négocie une autonomie plus favorable au Tibet et non une indépendance? La France ne s’est pas immiscée dans les affaires intérieures chinoises autrement que par le biais du discours sur les droits de l’Homme!
Le Dalaï-Lama est-il l’arbre qui cache la forêt? Les Chinois n’ont eu guère de peine à obtenir de Google et de Yahoo qu’ils assouplissent leurs règles de confidentialité et l’Empire du Milieu écoute attentivement tout ce qu’on lui demande pour solutionner la crise du capitalisme « Atlantique » et prévenir la récession économique planétaire. Nicolas Sarkozy n’appelait-il pas récemment à un rapprochement euro-asie? Dans un tel cadre, les dirigeants chinois ne se sentent liés par aucune diplomatie.
Pékin ne cherche-t-il donc pas à étouffer de n’importe quelle manière tout discours répétitif sur les Droits de l’Homme ? La France, au nom de 1789, aime beaucoup user de cette notion sans prendre beaucoup de précaution. Pour Pékin, il s’agit de faire taire le président français estimé là-bas comme instable et insatiable dés qu’il trouve une cause pour avoir une caméra et un micro sous son nez! Si les communistes chinois pensent, un seul instant, affaiblir davantage le Chef de l’Etat auprès des Français, ils commettent une erreur. Le Français, comme tout Gaulois qui se respecte n’aime pas beaucoup qu’on vienne lui imposer un dictat premièrement et secondement, cette menace chinoise loin de décourager Nicolas Sarkozy l’excitera encore plus tant il aime se quereller tel un coq de village. Troisièmement, la Chine oublie que l’Union européenne subissant le contre-coup du report du sommet de Lyon, célébrera sans gêne à Gdansk la réception du Dalaï-lama le 6 décembre. Toute l’Europe sera-t-elle consignée? Il est vrai que la présidence française agace plus d’un membre de l’Union par son comportement unilatéral, dénué de toute concertation. D’autres sanctions d’ors et déjà prévues : suspension de la signature de contrats, difficultés pour obtenir des visas…etc.
Cependant, le courroux chinois a ses limites par la nécessité de bonnes relations commerciales et financières avec les 27 pays de l’Union. Si, nul ne doute de la vigueur du nationalisme chinois, Pékin a-t-il commis l’erreur de croire nous atteindre en misant sur la non-solidarité européenne? Le moment n’est-il pas mal choisi car, cahin-caha tout notre continent se serre les coudes pour prendre les mesures les plus efficaces contre la récession économique? D’un autre côté, les pays européens souhaitent que la Chine continue à souscrire à leurs emprunts d'Etat ce qui induit sans doute un assouplissement des barrières douanières. Là, est, peut-être, la véritable raison de l’offensive chinoise !
En sus de son côté instable et tourne-casaque, Nicolas Sarkozy est frappé d’un certain discrédit : le Président russe, Medvedev ne le singeait-il pas voilà peu de jours et, sans doute, les présidents américains n’ont guère d’estime pour lui! Les Chinois ont donné le coup d’éventail.
L’affaire du Dalaï-Lama semble plus que jamais un faux-semblant, la France et l’Union européenne relèveront-elles le défi?

Jean Vinatier

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Edito : Les Français font l’information! N°343 - 2eme année

C’est bien la première fois que l’on voit un Président de la République proposer une réforme de l’audiovisuel publique aussi radicale pour favoriser les chaînes privées. La télévision publique serait contrainte de s’effacer devant Bouygues et Bolloré d’une part et serait entre les seules mains présidentielles. Ce retour à l’ORTF est dangereux quoique logique avec la politique clairement énoncée pendant la campagne électorale de 2007. On est très loin de prendre exemple sur la BBC!
Nicolas Sarkozy part de l’idée que l’information passe principalement par la télévision et qu’il lui faut donc le contrôle total et direct. Mais l’information passe-t-elle encore par les seules chaînes télévisuelles? Non! C’est Internet qui est le premier diffuseur mondial des informations. Que ce soient les médias, les blogueurs et les particuliers via les forums et les commentaires qu’ils font en dessous des articles, l’information passe par ce canal. Pour l’heure, il est impossible à un Etat de le contrôler : il peut l’empêcher, créer des contraintes mais rien n’y fait, la diffusion de la nouvelle est en flux continu.
Que pèse les JT? Plus grand chose. Il est illusoire de croire des femmes et des hommes liges placés à la télévision donneront à l’Elysée une influence plus grande. La défiance du public envers les médias institutionnels est une donnée qui ne variera plus. Le message envoyé par le pouvoir via ses porte-parole a un impact limité. Pire encore il fait vieux.
La réforme audiovisuelle avancée par Nicolas Sarkozy renforcera la suspicion. Plus que jamais les Français, comme partout les hommes dans le monde, veulent faire l’info et échanger. Ce sont les citoyens qui sont les messagers de l’info et plus seulement les patrons de chaînes.. Nicolas Sarkozy veut gouverner France Télévision et France 24, or, la liberté et le pouvoir d’informer sont désormais entre les mains des Français.

Jean Vinatier

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mercredi 26 novembre 2008

Au PS : l’alliance des Dames? N°342 - 2eme année

C’est fait, c’est fini! The winner is Martine Aubry! Au terme de quatre jours de disputes et de recomptages à travers toutes les fédérations, le conseil national a validé l’élection du 21 novembre.
Le parti socialiste a-t-il nui à son image en exposant aussi publiquement toutes ses querelles internes? Si les Français avaient perdu l’habitude de la vie militante au sein d’un parti, le parti socialiste leur a offert une plongée sans fard ni malice parmi tous les acteurs décisifs socialistes. La vie d’un parti politique ne devrait en aucun cas ressembler à une réunion du PC ou de l’UMP : un homme, vos voix! C’est là l’aspect éminemment positif de toute cette effervescence.
Pour le reste, évidemment la pénible élection de Martine Aubry ne résout pas la problématique de ce parti de la rose. La maire de Lille a eu le soutien de tous les TSS (Tout Sauf Ségolène) ce qui représente grosso modo l’électorat conservateur et assez parisien à l’inverse de Ségolène Royal qui a bénéficié du soutien des barons locaux (Collomb, Guérini, Frêche) et a bien regroupé sous son aile la plupart des nouveaux militants. Bref à 102 voix prés, les deux dames sont dans un presque face à face.

Martine Aubry doit sa courte victoire à une alliance bien fragile : quel rapport entre Benoît Hamon et les éléphants? Le premier prend la place qu’occupait Mélenchon avant son départ de la rue de Solferino, les seconds se drapent encore dans une toge socialiste alors qu’ils sont tous, à des degrés divers plus proches idéologiquement du MoDem de François Bayrou que des principes fondateurs du congrès de Tours! Quelle connexion entre Aubry et Delanoë? Aucune. Ils ne s’apprécient pas.
Ségolène Royal a beau jeu de dire qu’elle reste une «
force de transformation » tout à fait capable de se présenter aux élections présidentielles de 2012! Elle a perdu alors que son camp est bien plus homogène que celui de son adversaire. Le soutien des barons municipaux ne quittera pas Ségolène Royal ce qui promet de belles bagarres lors des investitures pour les prochaines élections (européennes, régionales). Ségolène Royal a tenté, en échouant sur le fil, de prendre la direction du parti à l’instar de Tony Blair qui avait réussi son pari de dépoussiérer le parti travailliste avec le succès que l’on sait.
En ce jour, aussi paradoxal que cela paraisse, la dynamique reste en faveur de Ségolène Royal tandis que Martine Aubry sera contrainte de gérer d’abord une coalition avant toute annonce. Si le parti socialiste est apparemment bloqué au sommet, la base s’est considérablement dégourdie les jambes. L’opinion publique voit bien que la seule détestation de la personne physique de Ségolène Royal a abouti à l’actuel résultat. En ce sens, les éléphants ont emporté une victoire à la Pyrrhus. Nul n’est dupe que leur soudain attachement aux principes de la gauche (Jack Lang) n’est que pure communication circonstancielle : ne sont-ce pas parmi eux que Nicolas Sarkozy a fait les plus beaux débauchages?
Où ira le PS : à gauche, au centre ou nulle part?Ce parti s’étant totalement
« désidéologisé »¹, il a l’embarras du choix pour construire une identité neuve. Mais voilà, Martine Aubry a été élue sur un programme de gauche qui induit une alliance non seulement avec Hamon mais aussi avec Mélenchon et le PC. C’est là recréer une union de la gauche fort peu crédible auprès de nos concitoyens. Le PS peut-il élaborer un programme social-démocrate qui impliquerait des concordances de vues avec le MoDem? C’est là le chemin pris par Ségolène Royal. Il reste le nulle part et beaucoup de communications pour donner l’illusion du réveil.
Il y a encore une solution, une alliance entre les deux Dames. Qui pourrait empêcher cette journée des dupes? Sont-elles tellement différentes si l’on fait abstraction du poids des éléphants? Pas tellement. N’oublions pas que Martine Aubry est la fille de Jacques Delors et que celui-ci joue, certainement, un rôle auprès de sa fille. En fait le PS veut rompre avec une certaine idéologie de gauche qu’il juge surannée. On sent bien parmi les militants combien le désir de bâtir un parti neuf avec des idées modernes est puissant. Nous ne sommes donc pas à l’abri d’un nouveau coup de théâtre! Martine Aubry ne vient-elle pas de dire :
« Ma première tâche est de voir Royal »!

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008
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Source :
1-
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/11/25/au-dela-de-la-tragi-comedie-socialiste-par-remi-lefebvre_1122875_3232.html

mardi 25 novembre 2008

France : début du réveil citoyen ? N°341 - 2eme année

Si le parti socialiste a occupé l’attention des médias, le lancement de « Debout la République », dirigé par l’ex-député UMP Nicolas Dupont-Aignan ne doit surtout pas être négligé. C’est la première fois que l’UMP voit un mouvement de droite naître, sur sa gauche puisqu’il se réclame des idées gaulliennes. C’est un véritable mouvement politique à l’inverse du Nouveau Centre sous la houlette d’un fort méchant homme, Hervé Morin. Piqûre de moustique diront certains ! Peut-être, mais n’oublions pas qu’au sein de l’UMP Alain Juppé et Jean-François Copé entendent bien au moment opportun rassembler les contestataires de leur parti. S’il n’est pas temps de tirer des plans sur la comète, il est bon de voir des hommes de droite entrer en dissidence ou se disposer en chiens de veille.
La gauche entre dans les turbulences avec la fin du parti socialiste tel que nous le connaissions depuis le congrès d’Epinay quand François Mitterrand, venu de la droite, sauvait la SFIO de Guy Mollet, en 1971, d’une fin toute aussi semblable que celle à laquelle nous assistons.
Cette guerre des roses ou des dames est-elle un mal ? Il n’est pas sûr que cette implosion sera négative à terme pour la gauche tant elle a l’occasion de réaliser son aggiornamento. Ce commentaire vaut tout autant pour le sénateur Mélenchon que pour Marie-Georges Buffet, Olivier Besancenot, les Verts et Benoît Hamon, le grand gagnant de cette compétition. Idem pour le Modem de François Bayrou. Il importe assez peu de savoir que quelques années seront nécessaires pour repositionner cette gauche et le centre. Ce qui compte c’est la naissance de nouveaux partis. Trop petits pour compter, diront les plus sarcastiques ? Eh, alors ! C’est le début d’une longue marche avec des idées neuves et des adhérents dynamiques.
L’année 2009 annonce des conflits sociaux importants. Les syndicats qui entendent toujours guider leur troupe respective sont les derniers à ne pas avoir été contraints à la réforme. Eux aussi devraient craquer ou entrer en crise. Certains analystes proches de Nicolas Sarkozy, disent déjà ce qu’ils attendent de ces derniers : qu’ils soient sages, raisonnables et qu’ils veillent sur leurs syndiqués comme une mère poule sur ses poussins !
Si nous regardons de plus prés, ce ne sont pas tant les institutions qui bougent mais plutôt les Français qui reviennent dans la vie politique et syndicale. Le Net joue, à cet égard, un rôle considérable que le pouvoir sarkozien souhaiterait réduire à la portion congrue. Cette libération des idées conjuguée à la reconfiguration de la scène politco-syndicale constitue une nouvelle positive. Chaque Français qui s’engagera sera sa propre avant-garde. Les citoyens ne seront plus isolés, Internet favorisant l’émergence d’une opinion publique d’un genre neuf et puissant qui échappe, pour l’heure, et c’est heureux, à l’exécutif qui essaie, pour le corps enseignant une surveillance malavisée et odieuse.
La politique intérieure de Nicolas Sarkozy rappelle celle menée par Georges Bush durant huit ans. L’actuelle politique française se trouve donc depuis l’élection d’Obama, en retard sur son époque !
Quelque chose s’est donc passée ce week-end….. L’Elysée se mord les lèvres d’avoir vu Bertrand Delanoë mordre la poussière à Reims : c’était l’adversaire idéal avec son parisianisme étriqué. C’est le premier grain de sable dans le scénario bien huilé, mais les jours heureux (avec un soleil voilé) sont encore en faveur du Président de la République lequel ne résistera à renforcer son emprise sur la société française. Les citoyens auront la tâche de se réveiller et de se réapproprier la scène politique. C’est, peut-être, ce qui a commencé pendant ce week-end.


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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dimanche 23 novembre 2008

Edito : Vers le despotisme? N°340 2eme année

Quel que soit le verdict final, le parti socialiste offre aux Français un spectacle qui défie toutes les imaginations et annonce, s'il n'y est pas porté remède de très sombres jours pour notre démocratie.
Alors que la crise économique est de plus en plus menaçante, l’UMP poursuit son cycle de réformes sans tenir compte de la dégradation sociale qui frappe la majorité des Français. Le parti socialiste qui pouvait par un vote clair être un contre-pouvoir visible par nos concitoyens s’entre-déchire, ses leaders envisagent d’aller devant les magistrats pour les départager ! François Hollande, qui est encore
premier secrétaire, qui pouvait remettre les pendules à l’heure tient à suivre la procédure interne. On croît rêver !
Face à une situation intérieure française qui se dégrade et un Président, Nicolas Sarkozy ouvertement moqué par les grands dirigeants de la planète, Alain Juppé lance un avertissement sévère
!
Ce n’est pas tant de savoir qui de Martine Aubry ou de Ségolène Royal l’emportera en définitive qui compte mais de contempler l’étendue et la profondeur de la plaie d’une part et, pour conclure, de prendre acte, d’autre part, de la fin d’une certaine démocratie française laquelle s’efface au profit d’un seul homme gouvernant
depuis l'Elysée avec une équipe de gens dont aucun n’est élu. N’est-ce pas l’avènement du despote : « un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices » (Montesquieu) ?

Jean Vinatier
©SERIATIM 2008

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vendredi 21 novembre 2008

Pier Paolo Pasolini : « Les jeunes sont doublement conformistes » N°339 - 2eme année

1975 : quelques mois avant son assassinat, Pier Paolo Pasolini rédige un véritable « traité pédagogique » qu’il destine à un adolescent imaginaire prénommé Giennariello. Ce traité a la forme d’une série d’articles publiée dans Il Corriere della sera : tous les thèmes sont abordés : presse, sexualité, télévision, école… Qui le connaissait ainsi ?
Dans l’article proposé ci-dessous (presque en intégral) , « les jeunes sont doublement conformistes », Pasolini se révèle un homme moderne, fin et observateur.
Si l’on prend soin de noter que nous sommes dans l’Italie des années de plomb (70) quand les Brigades rouges sévissaient (voir la belle fresque baroque de
Romanzo criminale (2006) par Michele Placido), ce texte ne pourra pas nous gêner. Au contraire, quelle liberté de ton et quelle chance Pasolini a eu d’avoir un journal capable de publier in extenso !

« 15 mai 1975
Nous commençons, aujourd’hui la deuxième partie de notre traité.[…]…passons au langage pédagogique des adolescents de ton âge, qui, à cette époque de la vie (à quinze ans), sont tes éducateurs les plus importants. A tes yeux, ils privent de leur autorité aussi bien la famille que l’école. Ils transforment les pères et les maîtres en des ombres muettes et haletantes. Pour atteindre ce résultat, il ne leur faut pas un grand effort. Bien plus, ils n’en sont même pas conscients. Pour détruire la valeur de toute source d’éducation, il leur suffit simplement d’être là : d’être là tels qu’ils sont.
Ils ont entre leurs mains une arme très puissante : l’intimidation et le chantage – ce qui est vieux comme le monde. Chez les jeunes, le conformisme des adultes est déjà mûr, féroce, complet. Ils savent d’une manière très subtile comment faire souffrir les jeunes du même âge, et ils le font bien mieux que les adultes, parce que leur volonté de faire souffrir est gratuite : c’est une violence a l’état pur. Leur découverte de cette volonté est la découverte d’un droit. Ils y investissent toute leur vitalité intacte et aussi, bien sûr, leur innocence. Leur pression pédagogique sur toi ne connaît ni la persuasion, ni la compréhension, ni aucune forme de pitié ou d’humanité. C’est seulement au moment où tes camarades deviennent tes amis qu’ils découvrent sans doute la persuasion, la pitié, l’humanité ; mais les amis ne sont tout au plus que quatre ou cinq. Les autres sont des loups, et ils t’utilisent comme un cobaye servant à expérimenter leur violence, et vis-à-vis duquel ils peuvent vérifier la validité de leur conformisme.
Leur conformisme est issu tel quel du monde des adultes. Le schéma est identique. Cependant, ils présentent toujours quelques caractères nouveaux par rapport aux adultes. Ils vivent dans leur existence concrète des valeurs nouvelles, différentes de celles que les adultes ont vécues et codifiées. C’est en cela que consiste leur force. C’est à travers ce quelque chose de nouveau que les jeunes, par leur manière d’être et de se comporter (puisqu’il s’agit d’un pur « vécu »), rendent vain le conformisme pédagogique des adultes et s’imposent comme les véritables maîtres réciproques. Leur « nouveauté » non dite ni même pensée mais uniquement vécue, puisqu’elle dépasse le monde des adultes, le conteste, même lorsqu’elle l’accepte totalement (ce qui arrive dans les sociétés répressives, voire fascistes). Tu te sens écrasé par cette « nouveauté » - que tu as peur de vivre imparfaitement, alors qu’à tes yeux tes camarades la vivent parfaitement – constitue le noyau de ton désir anxieux d’apprendre. Les adultes (moi compris) ne peuvent te l’enseigner ; c’est pourquoi, tout en écoutant les adultes et en mettant toute la bonne volonté à assimiler le savoir des pères, tu en as fait dans ton cœur un seul désir qui te tourmente : partager cette nouveauté avec tes camarades, en apprenant par eux tous les jours d’une manière obsessionnelle. En somme, tes camarades sont les dépositaires et les porteurs de ces valeurs qui seules t’intéressent, même si elles ne sont que de très légères variantes, presque imperceptibles, des valeurs des pères.
Il y a toutefois des époques historiques, comme celle que nous vivons, où les jeunes croient savoir aussi quelles sont les nouvelles valeurs qu’ils vivent, ou bien ils croient savoir de quelle manière nouvelle ils vivent des valeurs déjà instituées. Dans ces époques, la force d’intimidation et de chantage des jeunes d’un même âge est encore plus violente. A l’intérieur du schéma du conformisme qu’ils ont puisé – comme à l’époque des hordes barbares – dans l’ordre social des pères, ils ajoutent une nouvelle dose de conformisme : celui de la révolte et de l’opposition.
Or, notre cas n’est pas celui d’une société explicitement répressive ou fasciste. Nous vivons, au moins nominalement, une époque de démocratie parlementaire, de bien-être et de tolérance. L’ « en plus » que vivent les jeunes n’est donc pas un « en plus » fasciste, un « en plus » de dévouement à l’autorité. Ou du moins ce n’est pas seulement cela : il y a aussi un « en plus » de désobéissance, d’anarchie, ou de dévouement à la révolution ouvrière. A l’époque du fascisme, quand j’étais adolescent, mes camarades me donnaient quotidiennement des leçons non seulement sur la manière d’être viril et vulgaire, mais aussi sur la manière d’être séditieusement loyal à l’égard de l’autorité fasciste. Aujourd’hui, tes camarades te donnent des leçons « répressives » non seulement de dévouement à l’autorité sous son aspect subversif (fasciste), mais aussi, et certainement surtout, d’esprit révolutionnaire, communiste ou extraparlementaire.
En même temps, ils te donnent tous, tous les jours, une terrible leçon sur la manière de se comporter et de penser dans une société de consommation.
Nous sommes, tu le vois bien, dans la fosse aux lions. Il y a une infinité de cas, toujours ambigus. Il n’est pas facile de t’aider dans la lutte que tu mènes –toi qui est complexé et faible- contre tous les autres, qui sont forts parce que individuellement ce sont les champions de la majorité.[…] »

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Source :


Pier Paolo Pasolini : Lettres luthériennes –Petit traité pédagogique, Paris, Seuil, 2000, pp.63-66

Lire également du même auteur une réflexion sur la vie et la mort:

La longue route de sable, Paris, Arléa, 2004

jeudi 20 novembre 2008

La voie de garage pour les voitures euro-américaines ? N°338 - 2eme année

Après l’immobilier, l’automobile ?
Voilà quelques années, un de mes amis, François de La Chevalerie, un entrepreneur qui travaille entre la Chine et la péninsule arabique, me confiait que le compte à rebours pour les constructeurs européens et américains aboutirait à la fin d’une ère industrielle glorieuse des deux côtes de l’Atlantique. La Chine préparant une offensive générale, l’Inde derrière !
Les appels au secours de General Motor, Ford et Chrysler, de Renault/Nissan et de leurs homologues anglais, allemands auprès de leur gouvernement respectif indiquent bien que nous sommes dans une phase dangereuse de la crise actuelle. L’automobile (avec l'immobilier) est un secteur symbolique au plus haut point, synonyme de prospérité, d’élévation sociale et d’évasion! Prés d’une personne sur dix en France travaille pour la voiture ! Le dernier Salon s’est tenu à Paris avec un grand succès mais le carnet de commandes est resté en berne….
Le secrétaire au Trésor américain, Paulson, refuse d’accorder la moindre facilité aux constructeurs d’autos alors que les centaines de milliards ont plu et pleuvent sur les banques ! Mais voilà les caisses se vident et pas seulement celles des Etats également celles de la FED et du FMI. Les républicains ne seraient-il pas fâchés de voir fermer les sites de Détroit, bastion syndical ? A priori le chômage potentiel de 3 millions d’ouvriers américains n’effraie pas l’administration bushienne pas mécontente de laisser Barack Obama trouver une solution! Mais une autre hypothèse pourrait être avancée : Washington discute avec Pékin l’achat de T-Bonds en sus d’autres accords bilatéraux. Dans le cours de cette négociation, peut-on exclure que le gouvernement chinois ne demande pas l’arrêt de la production automobile américaine en contrepartie de son aide ?
En Europe, la commission annonce ce soir, un plan de soutien à l’économie des 27 pour un montant de 130 milliards d’euros toutes activités confondues ! C’est peu. Les gouvernements anglais, allemand, français agissent en ordre dispersé pour trouver des solutions provisoires au secteur automobile à la grande différence des banques qui bénéficièrent de l’appui commun de ces trois gouvernements ; pour l’heure, elles ne rouvrent pas le robinet du crédit mais elles rassurent leurs actionnaires dans l’indifférence générale et aucune sanction n’est à l’ordre du jour !
L’argument qui consiste à dire qu’aider un secteur en fin de course fragiliserait davantage les établissements bancaires, constitue une démission pure et simple. Les gouvernements ont le droit et le devoir de leur forcer la main. L’industrie automobile a massivement investi dans la voiture écologique et les moteurs hybrides, les Etats-Unis étant en pôle position. Il serait insensé de sacrifier la vie de millions d’hommes et de femmes. Hélas, les fonds d’investissement – eux-mêmes passés sous la houlette d’autres fonds - se sont engouffrés dans les entreprises et ont imposé la délocalisation à outrance en Asie. Les gouvernements n’ont guère bataillé pour défendre une politique industrielle : En France la gauche autant que la droite en portent l’immense responsabilité !

La chute des constructeurs de voitures des deux côtés de l’Atlantique marque bien la fin d’une hégémonie et d’une force industrielle lesquelles sont les signes avant-coureurs de tensions et de chocs sociaux en proportion.

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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mercredi 19 novembre 2008

Kama Sywor Kamanda : « Un écho de l'au-delà » N°337 - 2eme année

Kama Sywor Kamanda (né en 1952) est, sans doute, le poète congolais le plus connu à l’extérieur de son pays. Même s’il parcourt le monde et que ses contes sont traduits dans plusieurs langues dont le japonais et le chinois, Kamanda n’est pas peu fier d’être en quelque sorte le griot congolais itinérant. Griot ? Oui, les griots apparurent à la cour des empereurs Mandingue (Mali) au XIIe siècle. C’était les poètes-musiciens qui se déplaçaient de village en village un peu comme nos troubadours au moyen-âge. Au Congo, parfois le griot est synonyme de valet, de flagorneur auprès des maîtres du moment. Mais Kamanda, passe outre, au contraire, il les incorpore dans son œuvre (Contes du griot ou contes des veillées africaines)
Kamanda est un Bantou (dont sont les Hutus, les Tutsis), le peuple majoritaire au Congo. Ce peuple a migré depuis le Nil et Kamanda revendique ce lien antique avec la terre des pharaons.
Kamanda comme ses compatriotes pleure de voir le pays pillé (Kivu) par ses voisins avec l’appui de sociétés privées, de regarder les enfants-soldats embrigadés dans des guerres qui ont fait des millions de morts. Cependant, les Congolais ne fléchissent pas, ils tiennent à leurs frontières : leur pays n’est-il pas l’un des 4 géants de l’Afrique avec l’Egypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud ?
Ci-dessous trois courts poèmes de Kamanda


« La Somme du néant

Nous ferons tomber les murs obscurantistes
Qui émiettèrent nos visages comme cristal brisé
Nous serons la lumière de notre culture profonde
Nous serons le grain indélébile de notre humanisme
Et le bourgeon de notre africanitude sans ambages
Nous cultiverons sous le soleil l’âme du peuple
Avec notre vent s’éloigneront les sables mouvants
Les fumées énigmatiques n’aveugleront plus nos yeux
Nous puiserons dans les marigots avides le sang de l’espoir
Et nous bâtirons avec les chants nos siècles à venir
Nulle œuvre humaine ne vaut la liberté d’une Nation. »¹


« Les rapides du Congo

L’harmattan s’est achevé
Acheminant un chant d’où s’entendent
La vie, la mort et le feu allumé de soleil.
Au loin, l’écho étrange des rapides du Congo
Me rappelle les visages sanglants
Du pays d’où je viens.La liberté est morte.
Laissant dans la poussière avide
Une âme défaite qu’abandonne un vital espoir. »


« Un écho de l'au-delà

Je viens d’un pays inhabité,
Mon peuple est sans terre
Et mon âme déshéritée.
Mon cœur de brasier exsangue
Se vide de tendresse.
Exilé, je suis dépouillé de mes rêves
Comme un arbre sans racines,
Sans feuillaisons,
Qui n’a plus de soleil
Que le reflet des ombres.
Mon visage stérile,
Mon corps tatoué de peines,
J’habite un cœur d’effroi et de pierre
Qui broie ma vie
À chaque secousse.
Je viens d’une terre en feu;
Ma patrie est dépeuplée,
Mon honneur bafoué.
De mes yeux, il ne reste que brisures.
Le vent de la terreur emporte
Comme cynique vestige
L’écho des consciences blessées
Qui scintille des forêts
Trop tôt désertées.

Kama Sywor Kamanda»


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Source :


1-La Somme du néant, Paris, L’Harmatan, 1989

Lire également en sus des Contes du griot, Paris, Magnard, 2005 en un seul volume :

Au-delà de Dieu, au-delà des chimères, Lausanne, L’Âge d’homme, 2007
Chants de brumes, Liége, Dricot, 1986
Les contes du crépuscule, Dakar, Présence africaine, 2000

Sites de l’auteur :

http://webplaza.pt.lu/public/kamanda/
http://www.kamasyworkamanda.info/index.htm

mardi 18 novembre 2008

Sarkozy : une diplomatie de garçon de course ? N°336 - 2eme année

De la prise d’otage à l’école maternelle de Neuilly en mai 1993 à la tenue du G20 en novembre 2008, Nicolas Sarkozy témoigne d’une activité fébrile : tout événement susceptible de le placer en pôle position médiatique retient son attention, déclenche une offensive de com tous azimuts. C’est ainsi qu’il fonctionne depuis ses débuts en politique.
Entre mai 2007 et l’automne 2008, Nicolas Sarkozy revêtu de sa fonction présidentielle a fait un jogging intensif dans la cour des grands de ce monde. Entre juillet 2007 et juillet 2008, le galop d’essai a été les infirmières bulgares puis la libération d’Ingrid Betancourt. Le rodage accompli, le Président de la République (chef de l’Union européenne pendant six mois) est passé à la vitesse supérieure durant l’été 2008 où il intervient efficacement lors de la guerre russo-géorgienne puis il recharge ses batteries pour obtenir une conférence mondiale sur les nouvelles régulations monétaires : chose faite pendant ce week-end.
Pendant ce temps, il a lancé l’Union pour la Méditerranée, préparé une conférence sur le Darfour (juin 2007), a envoyé des troupes en Afghanistan (2008) tout en proclamant haut et fort un Atlantisme passionné auprès de Georges Bush puis a déclaré sa flamme au tandem Medvedev/Poutine. En Europe, il s’énerve d’Angela Merkel et vice-versa : résultat, Nicolas Sarkozy fait sa cour à Saint-James apparemment avec succès.
Cet homme vous donne le tournis : jamais en repos toujours sur la brèche médiatique, fouillant et farfouillant tout ce qui pourrait prolonger sa célébrité et sa renommée auprès des dirigeants en quête d’un intercesseur ou intermédiaire. Nicolas Sarkozy construit-il une politique des affaires étrangères ou bien s’en moque-t-il ?
Hubert Védrine à
Parlons net (France-info) disait que l’actuel chef de l’Etat avait abattu toutes ses cartes devant un Georges Bush finissant et qu’il ne voyait pas quelle marge de discussion il aurait avec Barack Obama ! La remarque de l’ancien ministre est sensée sauf qu’elle s’adresserait à un homme politique classique ce que n’est pas Nicolas Sarkozy. S’il misait sur la victoire de McCain, l’élection d’un démocrate ne le découragera pas, son intention est d’abord d’être indispensable.
Le rapprochement réalisé avec la Russie se produit hors de toute réflexion à terme. Bien sûr, on salue qu’à Evian puis à Nice, le Président Sarkozy réaffirme son appui à Moscou et qu’il critique l’installation des batteries anti-missiles américains (BMDE) en Pologne et en Tchéquie. Mais être tout autant pro-américain que pro-russe, pro-chinois que pro-tibétain tiennent de la gageure source à terme d’acrobaties et de contradictions dont la France pourrait faire les frais.
Le problème est bien là avec Nicolas Sarkozy : la confusion totale entre une politique étrangère pensée et une omniprésence médiatique qui cour-circuite tout. Si les deux ne sont pas forcément incompatibles, elles doivent faire l’objet d’une réflexion tactique et stratégique. Pour l’heure l’Elysée est à la fois Chronopost et DHL !
C’est bien beau de se voir confier des missions ou de s’en choisir une pour rapprocher deux points de vue mais est-ce que cela fait une politique ? Evidemment pas. Pendant ce temps, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, le Qatar…etc poursuivent leur chemin sans se préoccuper de notre sort.
Ce dynamisme présidentiel apporte, sur le moment, la satisfaction de l’efficacité de la méthode française pour résoudre un conflit, réunir des hommes d’Etat mais il manque toujours la pièce suivante puisqu’un autre événement survient !
On rétorquera que cette hyperactivité a le mérite de secouer les uns et les autres. Ce point est exact et il bénéficie de la période particulière où nous nous trouvons : acteurs anciens et nouveaux sont sur la scène en même temps. Quelque part, qu’un homme se charge de les guider ou placer n’est pas inutile quoique totalement temporaire.
Washington, Moscou, Pékin, New Delhi, Brasilia, Londres…etc gardent une vision panoramique mondiale et ils n’ont besoin de personne pour se rassurer sur ce point. La marche des dirigeants des méta-nations requiert parfois l’intervention d’un intermédiaire en CDD.
Nicolas Sarkozy, un pragmatique empirique, peut gâcher beaucoup alors qu’il pourrait réussir s’il s’en tenait à des buts précis. Ainsi son idée de constituer un gouvernement économique des pays de la zone euro, elle est excellente pour donner à l’Europe une puissante cohérence politico-économique. Mais, pour cela, il faut consacrer du temps et parfois, patienter, dodeliner, être patelin ! Autre idée sarkozienne, rapprocher l’Europe de l’Asie ; d’accord mais ce n’est pas en sautant d’un avion à un autre que le but sera atteint : une fois encore, patience, travail, concentration et discrétion !
Tout va plus vite aujourd’hui que dans la décennie précédente. Il faut être plus réactif, développer une énergie sans pareille mais la France – et donc l’Europe - perdrait énormément si le garçon de course l’emportait sur le Chef de l’Etat.

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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lundi 17 novembre 2008

G20 : début du monde multipolaire N°335 - 2eme année

Certes, le G20 ne pouvait pas accoucher de la solution au terme de sa première réunion. Comme je le disais le 27 octobre dans « Caravansérail à Washington », les divisions entre les grandes puissances émergentes étaient, pour l’heure, un répit pour les Etats-Unis et, j’ajoutais le 10 novembre que la réunion des ministres des finances à Sao Paulo officialisait une prise de conscience globale de tous les acteurs politiques, peut-être aux dépens des seuls intérêts des cartels bancaires et financiers.
La réunion de ce G20 est forcément exceptionnelle : pour la première fois, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, participent directement à une réunion planétaire de réorganisation des relations internationales. Georges Bush ne voulait pas entendre parler d’un quelconque protectionnisme et plaidait pour
« le marché libre avec des hommes libres », une manière de botter en touche et de terminer son double mandat à la tête des Etats-Unis. En fait cette réunion pose de nouvelles pierres pour l’élaboration d’une communauté internationale qui n’existe pas aujourd’hui. Le G20 répond à sa façon à l’élection singulière de Barack Obama : oui quelque chose s’est terminé, oui quelque chose commence. C’est neuf, c’est inédit.
Certains observateurs soulignent à gros traits que ce monde multipolaire reconnu de facto par Washington pendant ce week-end indiquerait comme obsolète le concept de la puissance unilatérale. C’est exact mais, nous commençons, par contre, une période inédite d’une série de traités et d’accords bilatéraux, trilatéraux entre une grande partie des états. Au vu de tous les défis qu’ont et qu’auront en commun toutes les nations, il n’est pas vain que l’on passe pendant quelques années par une période intermédiaire faite d’accords entre deux pays ou des ensembles de pays quitte à les faire avaliser par le G20. Prenons garde, néanmoins, à ce que des accords bilatéraux comme ceux projetés entre Washington et Pékin ne viennent déséquilibrer les rapports de force entre les 20 !
L’actuelle crise économico-financière conduit à la mise en place dans l’avenir de nouvelles régulations ou de dérégulations et pas seulement dans le domaine de l’économie de marché. Le G20 dont le président brésilien, Lula da Silva a dit qu’il succédait au G8, est une structure informelle qui est, cependant, la seule à pouvoir établir un agenda ou une feuille de route. L’Union européenne et les Etats-Unis ne sont plus les seuls décideurs, pas davantage les puissances émergentes. Ce soir, il n’y a plus de maître d’école, on considère la construction de l’école comme décidée et incontournable.
La présence des nouvelles forces politico-économiques obligera à des négociations interculturelles qui ne permettront plus à un pays comme la Chine de se fermer selon sa convenance et contraindra un ensemble comme l’Union européenne à se définir politiquement. Le G20 ne pourra fonctionner et prendre des décisions qu’à la condition que chacun des membres y participe effectivement. Inutile d’écrire que cela promet quelques couacs !
La prochaine réunion du G20 aura lieu à Londres entre la fin mars et la fin avril 2009, serait-ce la dernière fois qu’une réunion de ce niveau se tiendrait en Europe ? C’est possible comme le G20 appelle sans le dire à une refonte de toutes les organisations internationales nées pour la plupart au sortir du second conflit mondial.
Comment harmoniser autant de peuples d’histoires et de cultures différentes, toutes aussi riches les unes que les autres, toutes avec des degrés d’ancienneté qui autorisent que toute voix soit à égalité à celle du voisin ? Très rapidement un désordre pourrait s’installer mais c’est sans compter sur l’entrée sur scène de l’Inde, par exemple, qui ne fut jamais une nation expansionniste ou bien de l’Afrique du Sud. Ces deux nations raisonnent en termes de rayonnements, d’influences pas de conquêtes. Une telle approche laisse de beaux jours à la diplomatie et n’interdit –c’est le plus important- aucun dialogue y compris avec un pays exécré. Le monde multipolaire oblige à cette discipline.

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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vendredi 14 novembre 2008

Atiq Rahimi, Tierno Monémembo, Le Clézio, Obama ou l’énigme de l’arrivée N°334 - 2eme année

Voilà quelques semaines, JM Le Clézio recevait le Nobel. Les jurys des prix Goncourt et Renaudot créent la surprise en récompensant deux francophones, l’un venu d’Afghanistan (Atiq Rahimi, Syngué Sabour ), l’autre de Guinée (Tierno Monémembo, Le roi de Khahel). Le point commun entre tous ces lauréats ? Les connaissances croisées et nomades du monde exprimées dans la langue française. Voilà trois bonnes nouvelles pour la francophonie.
Le 4 novembre, Barack Obama devenait le 44e Président des Etats-Unis. Des écrivains et un chef d’Etat se retrouvent connectés les uns aux autres et apprennent au monde l’arrivée d’une ère plus neuve, celle où les origines cessant d’être des inquiétudes pourraient être une source intelligente et moderne de notre temps.
Cette source est encore bien faible et fort peu bruyante mais elle commence à irriguer dans nos champs, à couler dans nos villes.

Voilà longtemps qu’Edouard Glissant annonce le métissage naturel entre les hommes indépendamment de la couleur de peau et de la croyance religieuse : « cette capacité de se transformer d'une manière continue sans se perdre » Voilà longtemps que Naipaul s’est interrogé dans son roman éponyme sur l’énigme de l’arrivée. Pour lui, on est toujours à destination à condition de trouver le parcours, c’est le chemin initiatique.
Les jurys des deux prix littéraires (Goncourt, Renaudot) ont-ils succombé à l’ambiance de l’instant ou bien ont-ils voulu par ce choix qui renvoie les auteurs médiatiques dans leurs boudoirs, participer à ce craquement ?
Les Américains en élisant Barack Obama veulent-ils renouer avec le rêve messianique ou bien tracer une autre voie ?
On revient à cette énigme de l’arrivée : pourquoi se fait-elle ? Qu’est-ce qui fait que des hommes à part reçoivent les prix ? Verrait-on parmi ces auteurs et Obama une réponse singulière des peuples face à notre tour de Babel planétaire qui n’offre aucun élément structurant sinon du bruit, de la confusion et des céphalées ?
Atiq Rahimi et Tierno Monémembo viennent des pays des contes et des récits oraux dont chaque histoire ou poème apporte une philosophie détachée de toute idéologie, ce sont l’écoute et l’imaginaire que les hommes ensuite vont reproduire et transmettre à leur tour aux autres. Le monde a besoin de récits c’est-à-dire d’un imaginaire que les auteurs nationaux ne parviennent plus à écrire tant ils sont plongés dans les détails du quotidien et des intimités. Les gens perdent leur oxygène, ne lèvent plus les yeux au ciel, n’écoutent plus. N’est-il pas magique de lire la première phrase titre de
Syngué Sabour : « Quelque part en Afghanistan ou ailleurs » ? Cela rappelle Shéhérazade dans Les Mille et une nuits : « Il m’est parvenu, Ô Roi fortuné » ! Et de relever un propos de Sandeval, le héros du Roi de Khahel parlant des Peuls : « les connaître plutôt que les combattre. »
Le Clézio, Rahimi, Monémembo, Obama sont les acteurs de cette arrivée énigmatique. Enigmatique parce qu’ils savent entrer dans une société non pour la dénaturer mais lui fournir, eux qui viennent de la terre méconnue, des graines à ensemencer. Naipaul n’est-il pas le conteur déguisé en Constable dans L’énigme de l’arrivée ?
Ces trois hommes sont aussi vecteurs de reconnaissance de l’autre, de celui qui apporte et non de celui qui dérange. L’énigme de l’arrivée est celle de l’accueil et des échanges. Atiq Rahimi passant du persan au français ne dit-il pas le « voyage à faire » ?
« Le poète achemine, dixit Edouard Glissant, la connaissance du monde dans son épaisseur et sa durée, l'envers lumineux de l'histoire qui a l'homme pour seul témoin. »
On ne se souvient plus du temps des troubadours. On s’est longtemps moqué des nomades du désert. Eh bien ! C’est justement pour se souvenir et ne pas se moquer que ces quatre hommes des nouveaux départs dont trois écrivains bousculent à leur manière la toupie du monde.


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Livres :


Edouard Glissant : La Lézarde, Paris, Seuil, 1958. Prix Renaudot
J.M Le Clézio : Désert, Paris, Gallimard, 1980 Prix Nobel de Littérature
Tierno Monémembo : Le roi de Khahel, Paris, Seuil, 2008. Prix Renaudot
V.S Naipaul : L’énigme de l’arrivée, Paris, Christian Bourgois, 1991. Prix Nobel de Littérature
Atiq Rahimi : Syngué Sabour-La pierre de patience, Paris, P.O.L, 2008. Prix Goncourt

jeudi 13 novembre 2008

Mellin de Saint-Gelais : « Ode faite au nom d’une demoiselle » N°333 - 2eme année

Médecin, astrologue, musicien, poète Mellin de Saint-Gelais (v1490-1558) est né dans une famille noble de l’Angoumois : son père naturel serait Octavien de Saint-Gelais, futur évêque d’Angoulême !
De son long séjour en Italie où il accomplit de solides études, il revint poète et avec le sonnet.
L’ami de Clément Marot avait l’art pour tourner un compliment, improviser de petits vers, faire des épigrammes, des chansons afin de briller à la cour des Valois sous François Ier et Henri II dont il fut l’aumônier.
Le prestige de Ronsard et des poètes de la Pléiade jettera un voile malheureux sur son œuvre poétique exquise, douce, galante. Ainsi dans ce huitain :

« Dites oui, ma Dame et ma maîtresse,
Pour alléger ma languissante vie
Jusqu’au jour propice de mon envie ;
Puis, s’il vous plaît, manquez-moi de promesse.
J’aime trop mieux servir une traîtresse
Disant oui plein de vive espérance,
Que de tomber en fâcheuse tristesse
Par un nenni voisin de jouissance. »

Et dans cette ode :


« Ô combien est heureuse
La peine de celer
Une flamme amoureuse
Qui deux cœurs fait brûler,
Quand chacun d’eux s’attend
D’être bientôt content.
________
Las on veut que je taise
Mon apparent désir,
Et feigne qu’il me plaise
Nouvel ami choisir :
Mais forte affection
N’endure fiction.
______
Votre amour froide et lente
Vous rend sage et discret :
La mienne violente
N’entend pas ce secret :
Amour nulle saison
N’est ami de raison.
_____
Si mon feu sans fumée
Est violent et chaud,
Étant de vous aimée
Du reste il ne me chaut :
Soit mon mal vu de tous,
Et seul senti de vous.
_____
Si femme en ma présence
Autre vous entretient,
Amour veut que je pense
Que cela m’appartient :
Car lui et longue foi
Vous doivent tout à moi.
_____
Que me sert que je soie
Avecques Prince ou Roi,
Et qu’ailleurs je vous voie
Sans approcher de moi ?
La peur du changement
Me cause grand tourment.
_____
Quand par bonne Fortune
Serez mien de tout point,
Lors parlez à chacune,
Je ne m’en plaindrai point :
Je vous pri’ cependant
N’être ailleurs prétendant.
_____
Pensez-vous que la vue
Soit assez entre amis,
Ne me voyant pourvue
De ce qu’on m’a promis ?
C’est trop peu que des yeux,
Amour veut avoir mieux.
_____
De vous seul je confesse
Que mon cœur est transi,
Si j’étais grand Princesse,
Je dirais tout ainsi :
Si le vôtre ainsi fait,
Montrez-le par effet.

Mellin de Saint Gelais »

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Source
:

Oeuvres complètes de Melin de Sainct-Gelays avec un commentaire inédit de B. de La Monnoye ; des remarques de MM. Emm. Philippes-Beaulieux, R. Dezeimeris, etc. ; Édition revue, annotée et publiée par Prosper Blanchemain, Paris, ed.Pierre Daffis, 3 vol., 1873

mercredi 12 novembre 2008

France : ultra-gauche et terrorisme sociétal N°332 - 2eme année

Dix militants «d'ultra gauche mouvance anarcho-autonome» qui s'en prennent aux caténaires SNCF et ont été interpellés ce mardi matin »¹ C’est le ouf de soulagement alors qu’une rumeur sous-entendait que les sabotages intervenus contre les TGV pouvaient être le fait de cheminots !
On évoque déjà le danger d’un terrorisme sociétal : «Une vraie menace pour l'avenir» dit Jean-François Daguzan de la Fondation pour la Recherche Scientifique¹. Le Spiegel écrit que des liens inter ultra-gauche existent dans l’Union (France, Allemagne, Belgique, Italie, Grèce) et même hors d’Europe !²
« Depuis deux ans, soulignait Le Point en mai dernier, les Renseignements généraux disent avoir observé une recrudescence de telles formes d'engagement, à la confluence de l'action politique et du terrorisme. Profil type de ces nouveaux combattants de l'« ultra-gauche » : de très jeunes gens issus de la mouvance anarchiste ou libertaire et de l'extrême gauche la plus radicale, engagés dans le refus de l'Etat, du capitalisme et de la mondialisation, qui vivent et se déplacent en petits groupes, ne travaillent pas et sont à la recherche de toutes formes de contestation radicale. »³
Le film allemand d’Uli Edel sur la Bande à Baader sort en France le 12 novembre, l’affaire Marina Petrella, une ex-des Brigades Rouges et la courte sortie de prison de Jean-Marc Rouillan d’Action directe apporteraient-ils un lien historique avec les sabotages ferroviaires ?
Le terme ultra-gauche est apparu au milieu des années 1920 pour désigner un courant politique d’inspiration marxiste (assez proche de l’anarchisme) opposé à la sociale-démocratie et au bolchevisme. Il est impossible de tracer en quelques lignes toute l’histoire de cette ultra-gauche qui se divise en de nombreux courants de même que les anarchistes. Tout juste peut-on souligner que cette ultra-gauche véhicule un imaginaire précis rappelé par le professeur Roland Granier dans Le Québéquois Libre en 2004:
« l'extrême gauche est fondamentalement d'inspiration marxiste et reste formée de communistes extrémistes (trotskistes et maoïstes en général) qui proposent à ce titre des bases politiques et des analyses stratégiques qui ont bien pour but de conduire à la Révolution finale et au Grand Soir. L'oublier, ou prétendre que tout cela serait aujourd'hui dépassé, relève du rêve, de l'inculture ou de l'inconscience politique la plus totale. »4
Historiquement, les organisations, en Italie des Brigades rouges (1969-1988), la Fraction armée rouge ou bande à Andréas Baader en Allemagne (1970-1980) et Action Directe en France entre 1979 et 1987 ont occupé le devant de la scène politique européenne sous le qualificatif général d’années de plomb. Les Brigades rouges commirent plus de 15 000 attentats et causèrent 415 morts, elles furent de loin les plus redoutables. Les groupes allemand et français firent des hold up, enlevèrent et assassinèrent des hommes, se lièrent à des terroristes comme Carlos. Sommes-nous dans la répétition de cette période ? Si les Etats-Unis ont leur Ben Laden, disons que nous les Européens nous avions eu bien pis.
Les décennies 60 et suivantes jusqu’à la fin du Mur de Berlin s’appuyaient énormément sur les fondamentaux idéologiques qui allaient de l’anarchisme à l’extrême droite en passant par tous les sous-courants du marxisme. Les intellectuels, encore influents, nombreux et de qualités, pouvaient par leur engagement individuel apporter une caution qui empêchait le pouvoir en place d’intervenir plus fortement. Rien de tel aujourd’hui ! Si, l’on prend le cas français, nous avons des tas de groupuscules anciens ou récents qui sont très mobiles et très au fait de l’Internet. Ils sont leurs propres intellectuels. Lutte ouvrière et l’ex-Ligue communiste révolutionnaire devenue le NPA du très médiatique Olivier Besancenot appartiennent à la société politique qui respectent la devise nationale et les usages politiques : elles sont donc neutralisées. Ces organisations tout comme les syndicats et le PS, se sont presque tus lors de l’affaire des Caisses d’Epargne et de la luxueuse nomination de son ex-PDG, Charles Milhaud, symbole s’il en faut de la dérive bancaire et de l’usage singulier de l’épargne !
Il est toujours plus dangereux pour une démocratie de combattre des groupes invisibles ultra-mobiles (inflitrés par leurs adversaires) que des partis structurés et publics. L’amertume, le désespoir et demain la rage seront le fait de plus en plus d’hommes et de femmes révoltés par l’accroissement des injustices, les licenciements préventifs, l’esquive de l’Etat et in fine les vœux pieux des syndicats. C’est donc un boulevard qui risque de s’ouvrir et qui fait dire à Daguzan précité le danger d’un terrorisme sociétal.
L’Europe est-elle dans la même situation qu’il y a trente ans ? L’Union européenne est le fait d’adeptes de l’économie libérale et même ultra-libérale, un Barroso, ex-trotskiste portugais, dirige la commission de l’Union et bien des néo-conservateurs américains ont dans leur CV une étiquette trotskiste.
Le système financier anglo-américain s’effondre par pans entiers, précipitant des millions de gens hors de leurs maisons. L’Europe va connaître une crise sociale très dure. Le climat international n’est guère radieux. Et de toutes parts via les ONG, les alter-mondialistes et d’autres organisations sur tous les continents, les envies de changer de monde grandissent mais sans ordre. Les menaces pour l’avenir : le désordre où nous sommes, l’incertitude environnementale les projets concoctés par des puissants cartels bancaires, le développement redoutable des armées privées dont Blackwater est la plus célèbre…etc.
En France, notamment, l’encadrement régulier de nos libertés au nom de notre sécurité se fait alors que Nicolas Sarkozy accorde à la police un degré de pouvoir jamais atteint depuis Fouché ! La policiarisation de la démocratie se justifierait lors des actions de ces groupuscules désarmant par la même occasion le citoyen qui craint, aujourd’hui, de descendre dans la rue quelques heures. Nous nous dirigeons sans doute vers des moments de confrontations soudains et violents mais courts.
L’affaire des caténaires agit comme une piqûre de moustique : il serait imprudent à la fois de négliger l’ultra gauche mouvance anarcho-autonome et de sous-estimer le désespoir des citoyens.
Jean Vinatier
©SERIATIM 2008

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mardi 11 novembre 2008

Mangin et la marquise de Foucault juin 1918 N°331 - 2eme année

Aujourd’hui le beau château de Pronleroy situé à une centaine de kilomètres de Paris dans l’Oise en Picardie est la propriété de Laurent Boutonnat le Pygmalion de Mylène Farmer pour laquelle il réalisa le célébrissime vidéo-clip, Libertine en 1986.
1918 : « Libertine » c’est la marquise de Foucault (parente du Père de Foucauld) qui préside aux destinées de ce château. Elle tient un journal de la guerre qu’elle côtoie de très prés : le front étant pratiquement à ses portes ! C’est dans cette demeure que le général Mangin prépare, dans le cadre de l’offensive générale planifiée par Foch, la contre-offensive de juillet (2e bataille de la Marne) qui arrêtera l’armée allemande.
Dans les extraits proposés ci-dessous, l’action se déroule au début de juin. L’armée de Guillaume II tente de casser le front des alliés en Picardie d’abord en mars 1918 puis en mai-juin et enfin en juillet.
La marquise de Foucault donne un témoignage précieux et instructif sur l’atmosphère d’alors parmi les habitants de la commune et les officiers souvent de son milieu qui assistent les généraux Fayolle, Pétain, Humbert, Mangin cinq mois avant l’Armistice.

« Une journée historique –11 juin 1918.

Violent raid d’avions Boches pendant la nuit, déchirement sec de la bombe, toute proche.
A sept heures, allées et venues d’émigrés logés dans les pavillons qui viennent rapporter des clefs, des ustensiles de cuisine qu’on leur a prêtés. La canonnade redouble. Je monte au grenier, à la fenêtre observatoire ; elle est ouverte…Sur le toit en terrasse, le colonel Loiseau, de l’état-major du 35e corps, se promène très guilleret, la jumelle à la main ; il m’interpelle : - "Hein ? ça ronronne assez bien ! Nous attaquons à dix heures…Nous avons repris trois villages cette nuit, dont Mery perdu hier soir ". Je n’attache pas à ces nouvelles l’importance qu’elles comportent. Je demande : -" Les meubles du salon qu’hier soir vous demandiez qu’on enlève, voulez-vous que je les fasse emporter ce matin. – " Oh non ! pas d’allées et venues dans les salons ; ils seront pleins d’officiers aujourd’hui….pas besoin de chaises en surplus à la salle à manger…on déjeunera en hâte, par groupes successifs….Sortez-vous ce matin ? Si oui, rassurez les habitants de Pronleroy : ça va très bien ".
Docile, je descends porter ces bonnes nouvelles chez Mme Tonnelier, dans les fermes, sur mon chemin. Lorsque j’arrive au carrefour de l’Eglise, je croise un torrent de troupes de toutes armes qui se précipitent par les trois embranchements, Estrées, Cernoy, La Neuville : zouaves, tirailleurs, infanterie coloniale, des auto-mitrailleuses, des canons ; la prévôté a installé des postes à tous les tournants ; des officiers courent, donnent des ordres, canalisent ce torrent, l’engagent dans les routes prescrites. Il fait ce matin un temps clair, beau soleil déjà chaud à neuf heures. Les hommes paraissent las, graves, mais plein d’énergie. Mme Duperron me crie : - " C’est le 4e tirailleurs qui défile, le régiment qui était au château en 1916 ".
Je croise M. de Sainte-Pereuse, un bel officier d’abord un peu froid, d’extrême politesse. Il m’aborde : - "Il y a des gens rentrés cette nuit dans leurs maisons ; tâchez de les empêcher de repartir. ? Il faut aujourd’hui éviter toutes les allées et venues des civils, les exodes d’animaux sur les routes ".
J’entre chez les Drouain, chez les Crem, pour leur rapporter ces paroles ; je monte à ma chambre me reposer. Un vombrissement, et un grand oiseau blanc à cocarde tricolore pique du nord sur le château, passe à raser les toits, tourne en rond au-dessus de la prairie. – "Déployez le panneau " crie le capitaine d’Andurain. Deux hommes courent, déploient au milieu de la pelouse un carré de toile noire avec une étoile blanche au centre : l’avion évolue toujours en cercle, lance une fusée. Le message qui vient du front tournoie avec sa banderole de toile claire, s’abat dans l’herbe près d’un panneau noir. Le capitaine de Rocheboüet est en tête du peloton d’officiers qui courent, saisit la capsule métallique, tire la banderole de papier qui se déploie, l’emporte toujours courant à la grande salle où siègent les chefs et les sous-chefs d’états-majors.
A partir de ce moment, les avions se croiseront de quart d’heure en quart d’heure au-dessus de la prairie, lanceront leurs messages que tous les soldats inoccupés, errant par groupes dans le parc, guetteront, se jetant dans les hautes herbes, y entrant jusqu’au ventre.
Le capitaine d’Andurain m’interpelle : " -Vous doutez-vous, madame, que la journée que vous vivez avec nous s’appelle une bataille victorieuse, la première de la guerre de mouvement ? " - " Oui, je commence à comprendre ". – " Alors, allez voir arriver les prisonniers ; on en a déjà amené une colonne ".
Je croise un général (Humbert*) et son officier d’ordonnance. Il entre à la grande salle. Sur le perron, les officiers rayonnent de joie, parlent tous ensemble. – " Les bois de Mery sont repris… ".
Je m’assois sur la borne de la porte de la maison Crem ; on aperçoit les casques à pointe dans la rue montante ; la colonne des prisonniers débouche, une soixantaine, quatre officiers en tête, arrogants ou plutôt faisant tête, troupe sale, exténuée, contingent d’une extrême jeunesse. On éprouve un sentiment de fierté intense à voir défiler du Boche vaincu ! Une autre colonne, celle-là d’une trentaine d’hommes, quelques-uns blessés, trois gradés en tête.
Sur le perron, les officiers fument et parlent pleins d’entrain. Allongée sur les marches, une grande caisse avec les pigeons. Comme je regarde un peu étonnée : - "Ce sont les pigeons voyageurs pour les nouvelles…en cas de lignes téléphoniques coupées…on n’en aura pas besoin. " - "On a dépassé Tricot, neutralisé le nid de mitrailleuses de Boulogne-la Grasse…On marche sur Rollot. " - " La pointe Wacquemoulin, si effrayante hier, est repoussée…Les colonnes qui avaient évacué Maignelay hier y sont rentrées… ". – " Tout de même, nous sommes à neuf kilomètres du front de bataille…Deux obus trop courts ont raté le château de cent mètres ce matin… " - " En vérité, nous vivons une journée historique. La journée de Mangin**. " - " Et le plus curieux, c’est que nous sommes sous les ordres de tout le monde, ajoute le capitaine d’Andurain ; de Mangin d’abord…d’Humbert ensuite…de Pétain qui sort d’ici ".
-" Comment ! Pétain est venu ? " dis-je avec une curiosité déçue. – " Mais oui, et c’est deux- là qui sortent du salon, c’est Fayolle*** et Estienne****, celui des chars ".
[…]
En passant devant la grande salle très éclairée, je vois une vingtaine d’officiers, de généraux penchés sur des cartes ; je distingue une silhouette puissante, un peu trapue, au profil net…et ce bas de visage où toute l’énergie semble ramassée. – " Celui-là, me dit-on, c’est Mangin. "
[…]
L’adieu du général – 13 juin –

Après le déjeuner, rencontre du capitaine de Rocheboüet dans la cour : - " Madame, nous allons partir…Le général Mangin demande s’il peut, au cours d’une visite, vous remerciez de votre hospitalité " - " J’en serai très heureuse…mais où le recevoir ? Je n’ai plus que ma chambre. " - « A la bibliothèque : on vous en rendra la disposition ". […]" Et vous, madame, qu’allez-vous devenir ? " - " Je vais rester chez moi, bien entendu. " - "Pourtant, madame, il serait sage d’envisager… " - " La sagesse n’est pas mon fait, et puis je vous assure que j’ai examiné bien des éventualités, fait mon testament, mis mes enfants à l’abri. Ma présence est nécessaire. Jusqu’à ce que l’autorité militaire me mette d’office en camion, je resterai ".
[…]
Le général Mangin me tend la main avec une grande simplicité ; il me remercie avec une parfaite courtoisie de la belle chambre que je lui ai donnée, m’assure combien il a joui de la jolie vue sur la vieille tour féodale de Cressonsacq, des lointains bleus de la forêt de Compiègne. Je m’assure que le grand honneur a été pour Pronleroy ; sa seule présence nous a sauvés. – " Il y avait un effort à tenter…Maintenant, le front est solide au-dessus de vous…J’ai beaucoup demandé…l’élan qui a répondu a été admirable…A présent, je vais entre Oise et Aisne donner de l’air à un autre secteur ".
Le général me fixe de ses yeux clairs, gris d’acier, très perçants, des yeux de chef. Ce qui émane de lui, c’est une sensation de puissance, de force équilibrée. – " Vous n’avez jamais quitté votre habitation pendant la guerre ? " reprend le général. – " Jamais. En 1914, j’ai vu passer les Boches, ils ont été vingt jours entre nous et Paris. Nous avons été préservés miraculeusement ".
Le général sourit : "Vous, madame, vous ne devez aimer ni à reculer ni à fuir ….Je puis vous dire, madame, la joie que nous éprouvons, nous autres soldats en guerre, à pénétrer dans une demeure où la vie continue, à se battre pour des habitants fidèles au poste, pas pour des ruines ou des fuyards. Grâce à votre présence continuelle, la guerre n’a pas effleuré ce beau cadre d’ancienne France ; il y a des portes, des fenêtres, des fauteuils avec tous leurs pieds dans les salons, une table qui ne boite pas à la salle à manger…et des livres, une foule de livres ".
[….]
"Alors, mon général, je n’ai plus qu’à vous saluer du vieux salut traditionnel : que Dieu vous garde ! pour nous, pour la France ! "
marquise de Foucault »¹


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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Notes :

*Georges-Louis Humbert (1862-1921), général français sorti de Saint Cyr. Il commandera la 3e armée de 1914 à octobre 1918 puis la 7e jusqu’à la fin des hostilités.
Pour connaître un peu mieux cet officier : Frédéric Le Moal

**Charles Mangin (1866-1925) : il connut sa première publicité au moment de Fachoda sous le commandement de Marchand. Officier dur, courageux, escorté en permanence par son guerrier mandingue, Baba Koubaly. Au printemps 1918, Foch, à la tête de la Xe armée, se prépare la seconde bataille de La Marne. Il charge, Mangin de lancer la contre-attaque depuis Villers-Cotterêts en juillet 1918 : il brisera la résistance allemande. Il meurt mystérieusement en 1925. Dés 1940, les Allemands détruiront sa statue parisienne. Il n’appréciait pas le maréchal Pétain.

***Marie-Emile Fayolle (1852-1936) : général vainqueur de la seconde bataille de La Marne (15-20 juillet 1918). Maréchal de France en 1921. Polytechnicien

****Jean-Baptiste Estienne (1860-1936) : général qui créa l’arme blindée et compris l’intérêt de l’aviation militaire. Surnommé le « Père des chars ». Polytechnicien.
Sources :

1-« Un château sur le front, juin 1918 » Extraits du Journal de la Marquise de Foucault, châtelaine de Pronleroy publié par « La revue des Deux Mondes » in Société historique de Saint-Just en Chaussée -Pierre Munier-, juin 1998

lundi 10 novembre 2008

G20 : débriefing à Sao Paulo N°330 - 2eme année

La réunion des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales à Sao Paulo ressemble à un essai avant la grande épreuve du 15 novembre à Washington. Ce dimanche, la Chine annonce un plan d’aide financier de plus de 500 milliards en direction de son marché intérieur.
Peut-on rapprocher ces deux informations ? Le plan chinois servira à compenser les pertes subies à l’international et accélérera la modernisation avec l’aide a minima des pays étrangers. Au Brésil, il était question pour le G20 de présenter un front uni mais, il faut surtout remarquer la solidité du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et la mise en ordre relative des puissances européennes. Le BRIC se prépare, peut-être, soit en cas d’échecs des négociations pour un Bretton Woods II, soit en cas de palabres interminables à accélérer, la création de son propre espace communautaire en prenant pour exemple celui de l’Europe. C’est en cela qu’il faut lier l’annonce du gouvernement chinois avec la réunion du G20 au Brésil.
Les Etats-Unis affirment qu’il existe une plate-forme commune entre eux et l’Union européenne. Le Président Tchèque a infirmé le propos du Président français sur la portée du mandat dont disposait Nicolas Sarkozy sans doute pour marquer son irritation de se voir disputer sa fonction de président du conseil de l’Union le 1er janvier 2009. Mais, la remarque pragoise a sa part de vérité : les Etats européens (zone euro et en dehors) garderont-ils longtemps leur unité de vue ? Les disputes entre Paris et Berlin causent des dégâts et le soutien recherché par la France auprès du Royaume-Uni pourrait faire de notre gouvernement le dindon de la farce. En face, la Maison Blanche évalue sa puissance de feu. Tous les commentaires que l’on fait sur le délabrement de l’Amérique n’empêcheront nullement cette dernière de défendre bec et ongles le dollar et attiseront les divisions, en Europe principalement
.
Retour en arrière.
En juillet 1944, les négociations tenues à Bretton Woods si elles étaient officiellement le fait de 44 nations, se résumaient, en réalité, à une confrontation américano-anglaise : Harry Dexter White(1892-1948) sous-secrétaire d’état au Trésor et espion au service de l’URSS d’un côté, John M. Keynes (1883-1946) de l’autre. Le second point, tient dans les circonstances, la fin de la seconde guerre mondiale. Le troisième, les deux puissances victorieuses, Etats-Unis et Royaume-Uni, choisissaient l’armature monétaire de leur choix, la plus favorable à la pérennité de leur influence réciproque.
En 2008, il n’y a aucune guerre mondiale, pas davantage de pays victorieux et moins encore un débat entre deux individus. Si l’on regarde bien les événements financiers et monétaires, c’est l’édifice anglo-américain qui s’affaisse de lui-même. La crise des suprimes et des produits dérivés fait exploser le système plus rapidement que prévu. La nouveauté vient de ce que sont les puissances émergentes qui expriment leur volonté de participer à armes égales à l’équilibre planétaire. Gordon Brown a mesuré, sans le montrer, lors de sa récente tournée dans la péninsule arabique, le peu d’enthousiasme des souverains arabes à apporter les milliards indispensables au fonctionnement du FMI. En effet – le monde Atlantique l’oublie – cet organisme est détesté presque partout. Si le Président Lula a appelé à un renforcement du FMI, il indique surtout –soutenu par beaucoup – que ce fonds monétaire cessera d’être entre les mains américano-européennes!
Nicolas Sarkozy voulant être le premier au front ou le premier tout court, plaide également pour un nouveau Bretton Woods mais en pensant davantage à être un intermédiaire entre les Américains et les Anglais. Cependant, comme président du conseil de l’Union il est obligé de rassembler vaille que vaille les 27 pays européens. Il met en marche une masse de 500 millions d’hommes.
Gordon Brown a besoin de l’appui de la zone euro pour poser ses marques face à Washington et de garantir à la City une place encore plus considérable qu’aujourd’hui.
Quant à Georges Bush et Barack Obama, l’unité de vue et la similarité de propos tombent sous le bon sens pour garder le dollar par-devers eux : les actionnaires de la FED jouent leur futur.
A Sao Paulo, c’est à un débriefing auquel on a assisté. Tout le monde avance vers
la table de négociations pour espérer bâtir un véritable système monétaire planétaire, une première dans toute notre histoire : qui l’emportera les meta-nations ou les cartels bancaires ?


Jean Vinatier


©SERIATIM 2008

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samedi 8 novembre 2008

PS= Passion Ségolène ? N°329 - 2eme année

Tous les ténors socialistes moquaient Ségolène Royal pour son « one womanshow » au Zénith et tous comptaient bien lui faire mordre la poussière. Eh bien ! Les maires des grandes villes dont Gérard Collomb à Lyon, l’ont jouée contre les autres têtes de liste de motion et ils ont contribué à l’échec de Bertrand Delanoë dont la motion arrive en second. Etait-il trop parisien ? Martine Aubry (elle en 3e position) ne mâchait pas ses mots contre le maire de Paris, jugeant que la capitale était devenue ennuyeusement bobo…et c’est ô combien juste !
La première place de la motion Royal obtenue à Reims secoue la rue de Solferino. Ce succès annonce-t-il sa désignation au poste de 1er secrétaire du PS le 20 novembre ? D’ici là s’ouvre une semaine chargée en tractations et combinaisons. Martine Aubry et Benoît Hamon (pas mécontent de ses 19%) formeront-ils les deux bras de Ségolène Royal ? Si la maire de Lille est assez proche de cette dernière, Benoît Hamon se positionne à gauche et refuse toute ouverture en direction du Modem. Ce choix est, aujourd’hui, facilité par le départ de Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez du parti socialiste.
Bertrand Delanoë, soutenu par les barons « solferiniens », François Hollande et Lionel Jospin, maudit la dame du Poitou et n’aura de cesse de manœuvrer pour nuire à l’élection de Ségolène Royal. Il est désormais isolé : partira-t-il ? Il voudra jouer au cardinal de Retz !
La dame du Poitou pourrait-elle ne pas devenir Mme la 1ère secrétaire : c’est ce qui émeut les rédactions et anime des dîners en ville ? En cette heure, elle joue la pondération et laisse avancer Vincent Peillon (Arnaud Montebourg collé à ses basques ?) : est-ce une manœuvre ?
Ecrire qu’elle se déconsidérerait en devenant la patronne du PS après avoir été candidate aux élections présidentielles de 2007 ne résiste pas à l’examen. François Mitterrand aurait-il conquis le pouvoir en laissant à un tiers la direction du parti socialiste ? Evidemment pas. Comment être audible et crédible si on n’a pas la fonction adéquate ? Quand la France entre dans une période de récession économique accompagnée de turbulences sociales récurrentes, ne doit-il pas y avoir à la direction des partis des gens choisis par les militants ? Ajoutons que laisser à un ami de trente, vingt, dix ans ou de 5 jours le poste de commandement représente un risque majeur : souvenons-nous de l’expérience Chirac/Balladur en 1993-1995 !
Si le départ de Jean-Luc Mélenchon ne surprend pas, on s’interroge sur sa capacité à fonder une structure nouvelle. Il a en face de lui le PC et le NPA d’Olivier Besancenot. S’il ne peut se fondre dans le parti de ce dernier qui recrute déjà nombre de sympathisants socialistes « de gauche », il a, aussi peu de chance de convaincre Marie-George Buffet de biffer le nom de communiste pour prendre une appellation nouvelle. En fait le sénateur de l’Essonne est parti trop tard.
Le parti socialiste marche vers le centre entre deux battements d’ailes (une de gauche, une de « droite »). Si Ségolène Royal réussissait à rassembler Aubry et Hamon, elle obtiendrait un succès. Mais, le problème majeur de ce
parti est de reprendre le lien avec les Français. Il n’est pas sain dans une démocratie de n’avoir qu’un seul parti qui décide de la pluie et du beau temps. Nous entrons dans une période de tempête économico-sociale, les partis ont un rôle à jouer : entendre les colères, savoir les canaliser, rédiger les programmes. Jusqu’à présent le parti socialiste sous la houlette de François Hollande a été absent ou au mieux évanescent. Paris-plage c’est fini !


Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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