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mardi 18 novembre 2008

Sarkozy : une diplomatie de garçon de course ? N°336 - 2eme année

De la prise d’otage à l’école maternelle de Neuilly en mai 1993 à la tenue du G20 en novembre 2008, Nicolas Sarkozy témoigne d’une activité fébrile : tout événement susceptible de le placer en pôle position médiatique retient son attention, déclenche une offensive de com tous azimuts. C’est ainsi qu’il fonctionne depuis ses débuts en politique.
Entre mai 2007 et l’automne 2008, Nicolas Sarkozy revêtu de sa fonction présidentielle a fait un jogging intensif dans la cour des grands de ce monde. Entre juillet 2007 et juillet 2008, le galop d’essai a été les infirmières bulgares puis la libération d’Ingrid Betancourt. Le rodage accompli, le Président de la République (chef de l’Union européenne pendant six mois) est passé à la vitesse supérieure durant l’été 2008 où il intervient efficacement lors de la guerre russo-géorgienne puis il recharge ses batteries pour obtenir une conférence mondiale sur les nouvelles régulations monétaires : chose faite pendant ce week-end.
Pendant ce temps, il a lancé l’Union pour la Méditerranée, préparé une conférence sur le Darfour (juin 2007), a envoyé des troupes en Afghanistan (2008) tout en proclamant haut et fort un Atlantisme passionné auprès de Georges Bush puis a déclaré sa flamme au tandem Medvedev/Poutine. En Europe, il s’énerve d’Angela Merkel et vice-versa : résultat, Nicolas Sarkozy fait sa cour à Saint-James apparemment avec succès.
Cet homme vous donne le tournis : jamais en repos toujours sur la brèche médiatique, fouillant et farfouillant tout ce qui pourrait prolonger sa célébrité et sa renommée auprès des dirigeants en quête d’un intercesseur ou intermédiaire. Nicolas Sarkozy construit-il une politique des affaires étrangères ou bien s’en moque-t-il ?
Hubert Védrine à
Parlons net (France-info) disait que l’actuel chef de l’Etat avait abattu toutes ses cartes devant un Georges Bush finissant et qu’il ne voyait pas quelle marge de discussion il aurait avec Barack Obama ! La remarque de l’ancien ministre est sensée sauf qu’elle s’adresserait à un homme politique classique ce que n’est pas Nicolas Sarkozy. S’il misait sur la victoire de McCain, l’élection d’un démocrate ne le découragera pas, son intention est d’abord d’être indispensable.
Le rapprochement réalisé avec la Russie se produit hors de toute réflexion à terme. Bien sûr, on salue qu’à Evian puis à Nice, le Président Sarkozy réaffirme son appui à Moscou et qu’il critique l’installation des batteries anti-missiles américains (BMDE) en Pologne et en Tchéquie. Mais être tout autant pro-américain que pro-russe, pro-chinois que pro-tibétain tiennent de la gageure source à terme d’acrobaties et de contradictions dont la France pourrait faire les frais.
Le problème est bien là avec Nicolas Sarkozy : la confusion totale entre une politique étrangère pensée et une omniprésence médiatique qui cour-circuite tout. Si les deux ne sont pas forcément incompatibles, elles doivent faire l’objet d’une réflexion tactique et stratégique. Pour l’heure l’Elysée est à la fois Chronopost et DHL !
C’est bien beau de se voir confier des missions ou de s’en choisir une pour rapprocher deux points de vue mais est-ce que cela fait une politique ? Evidemment pas. Pendant ce temps, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, le Qatar…etc poursuivent leur chemin sans se préoccuper de notre sort.
Ce dynamisme présidentiel apporte, sur le moment, la satisfaction de l’efficacité de la méthode française pour résoudre un conflit, réunir des hommes d’Etat mais il manque toujours la pièce suivante puisqu’un autre événement survient !
On rétorquera que cette hyperactivité a le mérite de secouer les uns et les autres. Ce point est exact et il bénéficie de la période particulière où nous nous trouvons : acteurs anciens et nouveaux sont sur la scène en même temps. Quelque part, qu’un homme se charge de les guider ou placer n’est pas inutile quoique totalement temporaire.
Washington, Moscou, Pékin, New Delhi, Brasilia, Londres…etc gardent une vision panoramique mondiale et ils n’ont besoin de personne pour se rassurer sur ce point. La marche des dirigeants des méta-nations requiert parfois l’intervention d’un intermédiaire en CDD.
Nicolas Sarkozy, un pragmatique empirique, peut gâcher beaucoup alors qu’il pourrait réussir s’il s’en tenait à des buts précis. Ainsi son idée de constituer un gouvernement économique des pays de la zone euro, elle est excellente pour donner à l’Europe une puissante cohérence politico-économique. Mais, pour cela, il faut consacrer du temps et parfois, patienter, dodeliner, être patelin ! Autre idée sarkozienne, rapprocher l’Europe de l’Asie ; d’accord mais ce n’est pas en sautant d’un avion à un autre que le but sera atteint : une fois encore, patience, travail, concentration et discrétion !
Tout va plus vite aujourd’hui que dans la décennie précédente. Il faut être plus réactif, développer une énergie sans pareille mais la France – et donc l’Europe - perdrait énormément si le garçon de course l’emportait sur le Chef de l’Etat.

Jean Vinatier

©SERIATIM 2008

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