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mardi 5 juillet 2022

Macron quête les bornes N°5780 16e année

 Un Président borné, un gouvernement appelé à se former en marchant, une Assemblée où aucun groupe n’est majoritaire…le remaniement d’hier annoncé hier est presque un non-événement à ceci prés qu’en dehors de quelques socialistes débauchés (ex-proches de François Hollande), d’un MODEM renforcé, Emmanuel Macron a veillé à placer Franck Riester au ministère en charge des relations avec le Parlement . Ce dernier étant un ex-LR, sa seule mission ou son seul ouvrage sera de putasser les rangs Républicains en fonction des objectifs législatifs gouvernementaux. Quant à Olivier Véran, l’homme qui a tellement menti et menacé les Français, le voici promu porte-parole, c’est singulier et cynique.

Pendant ce temps, l’Élysée a laissé dire tout le bienfait de la présidence française du Conseil de l’Union européenne mais sur le plan géopolitique, hormis qu’elle ne cessa d’appuyer toutes les sanctions contre la Russie, qu’elle se jeta dans les bras de Zelensky et qu’elle courut derrière Joe Biden, je ne distingue rien de significatif exception faite de la constance.  On se rappellera ce moment où Olaf Scholz, Mario Draghi et Emmanuel Macron se retrouvèrent dans un train, le chancelier allemand se plaignit de l’étroitesse de sa cabine comparée à celle du Français, l’Italien lui répondit tout sourire qu’il « tu comprends, il préside l’Europe » !

Pour l’heure, la dissolution plane sur l’Assemblée nationale et aucun des élus n’a envie de retourner devant les électeurs mais comme il faut bien que chacun garde ses habits et montre à chaque levé qu’il pas retourné sa veste, s’ouvre nécessairement la voie aux chatoiements des étoffes. Les « âpres discussions » à l’assemblée face à chaque texte gouvernemental auront une part de forme, chacun avançant sa borne à ne pas dépasser, à franchir mais sous condition. Emmanuel Macron a les mains assez libres quoique contraint de tout discutailler attendant, sans doute, le moment opportun d’une dissolution quand la situation intérieure aggravée l’assemblée tergiversera de trop lui offrant alors l’occasion de dire au peuple l’évidence d’une nouvelle chambre.

Il se pourrait aussi que les situations intérieures comme aux États-Unis et les affrontements géopolitiques s’élargissant et se déployant, sans omettre des soudainetés climatiques, la France soit alors dans une position telle qu’une simple dissolution ne suffise pas : au loin, un carrefour où seront quatre cavaliers.

Emmanuel Macron quête la borne escomptant la mouvoir à son avantage mais s’il a lu Shakespeare , il sait que Richard III tout matois qu’il était, quêta in fine son destrier à Bosworth.

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

dimanche 3 juillet 2022

Paris jachère N°5879 16e année

 On a une idée de la démence d’une ville, autrefois capitale souveraine, à quelques signes. Ainsi pendant plusieurs jours, les feux de signalisation disparurent de la place de la Résistance (pont de l’Alma) sous les yeux des policiers en charge de la sécurité de la cathédrale russe dont pas un n’eut l’initiative de réguler la circulation. De même pas un ne bougea quand les trottinettes lancées à toute vitesse passèrent au feu rouge (rétabli) manquant de renverser cyclistes et passants….

L’autre signe est la désinvolture qui gangrène tout Paris à laquelle s’agrège la vulgarité pour ne pas dire l’insulte qui assaille le malheureux passant évitant à peine d’être renversé par un vélo, une trottinette : l’utilisateur (parfois à deux) oreillettes enfoncées, le mobile en usage (selfie ou autre) s’empourpre dès que son élan trouve une contrariété dans son monde de glisse, d’isolement, d’autisme. D’ailleurs les voies dites à « circulation douce » sont un concentré de tensions et de je-m’en-foutisme : moi-même cycliste passionné, je préfère la proximité de la voiture infiniment plus prudente tout simplement parce que le conducteur est responsable ce que le deux roues (vélo, vélo électrique, trottinette) n’est pas du tout : je fais ce que je veux, rien à cirer des autres, l’urbanité est pour les chiens…L’habitude prise de prendre les rues, avenues en sens contraire, certaines autorisées mais beaucoup pas, fait que désormais la circulation douce va et vient dans n’importe quel sens : les pistes cyclistes elles-mêmes en font les frais : beaucoup sont à sens unique, il n’est point rare de voir surgir vélo et trottinette, sans parler des bandes adolescentes qui monopolisent toute la piste sous les yeux passifs de la police (nationale, municipale)

L’autre signe également est l’appropriation de l’espace public par des particuliers pour assouvir leur zumba et autres gymnastiques sonores : les quais de Seine, les parcs et jardins de Paris ont font les frais. Il est à voir l’état lamentable du parc Monceau : bancs cassés, pelouses râpées avec des matinées aux musiques puissantes installées par les coachs…On est dans la plaine Monceau, le XVIIe chic et pourtant s’y développe le « moi d’abord »

S’ajoute bien évidemment le bruit ou l’agression sonore : le tam-tam ayant une capacité de nuisance démesurée via la Seine quand il ne pourrit pas tout un bois (Vincennes, Boulogne…etc) : là-aussi passivité de la mairie de Paris, de la préfecture.

On sait depuis Boileau que les embarras de Paris font partie de la vie quotidienne mais avec cette différence entre les bruits liés à un chantier, à un travail et ceux générés par l’égoïsme particulier. Le Paris jusque dans les années 50 était un Paris où les parisiens goutaient les chants qui ne sollicitaient ni micro ni ampli ne rendant pas les sons agressifs.

La mairie de Paris depuis Bertrand Delanoë n’a d’yeux que pour la nuit. J’ai connu les derniers temps de Paris la nuit, où la nuit appartenait aux promeneurs et "baguenaudeurs" : le silence, la merveille de la Seine une fois les bateaux-mouches au lit. Nuit rêvée pour les insomniaques et amateurs de furtives galipettes, il y avait ces moments merveilleux d’être dans un « monde » et d’autant plus que les transports en commun cessant tout fonctionnement, le parisien retrouvait sa ville, c’était ces heures remparts…Aujourd’hui, les errances, touristiques et  banlieusardes telles des sauterelles ont gommé ce Paris là qui ne reviendra plus…..

Il est de voir comment le parisien est passé pour la mairie de Paris au second plan : sont prioritaires les touristes, les étrangers, les multinationales. Pour un peu Anne Hidalgo ferait bien de l’anglais la langue vernaculaire administrative parisienne…L’idée des villes globales dans un monde globale trouve à Paris son laboratoire diabolique servi par une équipe municipale et aussi une sociologie applaudissant le monde connecté. Peu importe les salles de shoot, les chantiers, les laideurs et même les écologistes approuvant les arbres abattus, les parcs et jardins ensauvagés (d’ailleurs en Allemagne les Verts se taisent sur le charbon… !) entre  Tour Triangle et des idées débiles de forêts urbaines  le tout alimenté par la haine du quatre roues : David Belliard est plus dans un taxi que sur un vélo, Anne Hidalgo est plus dans sa tuture électrique et les avions (bonjour le CO2) : il est vrai que certains africains l’entourent d’une aura de génie et d’intelligence (sommet des maires francophones d’Abidjan)  alors même qu’elle affiche son incapacité à faire des phrases, visiblement sa mégalomanie éblouie le chaland ivoirien….

S’installe l’idée que Paris a été extrait de l’Histoire pour n’être plus qu’un espace ou lieu ou endroit au sein d’une géographie nationale qui est, reste encore hexagonale (temporaire ?). Paris n’est plus la ville politique puisqu’elle n’est plus capitale au sens où s’y tenait et s’exerçait la souveraineté, celle-ci déléguée à Bruxelles (Union européenne, OTAN) et aussi aux organisations internationales gouvernementales ou pas. La société parisienne est morte, s’installe et s’y déploient les « va-et-vient ». Autant Londres ou Rome garde son identité, autant Paris la défait avec la complicité de l’État. Ainsi, voir l’Élysée et l’Hôtel de ville, Emmanuel Macron et Anne Hidalgo, deux têtes d’un même corps, deux mégalomanes, se crêpant le chignon pour les Jeux Olympiques de 2024 tout en s’accordant sur le fond : il serait cynique de voir Paris mis sous tutelle par un État lui-même sous la "tutelle" d’autres….

Quand j’écrivais quelques lignes plus haut que Paris n’était plus politique et donc intellectuelle, j’entendais que depuis l’après-mai 68, les exécutifs successifs, par peur d’une secousse nouvelle, entreprirent le déplacement les universités et grandes écoles hors du centre de Paris : c’était la première étape de l’évidement parisien (en même temps que la fin des halles, ventre de la ville) L’intellect est en 2022 dispersé autour de la ville, son émiettement empêche toute coalition. La seconde étape a été avec la disparition progressive de la société issue de la guerre, l’évidence de l’attractivité américaine comme adhésion intellectuelle et économique et géopolitique sur fond d’hédonisme de société du spectacle (divertissement). La troisième étape a été et est ce qu’on appelle la construction européenne. La quatrième étape, est l’appel d’air lancé par la mairie de Paris avec la bénédiction étatique : « migrants du monde venez à Paris ». La cinquième étape dans laquelle nous sommes est cette illusion écologique telle que l’on nous l’expose et nous l’assène qui s’apparente plus à un rêve de bobo aseptisé imaginant la vache à l’étage et le blé sur le toit…De Paris, il ne reste que des parcs aux herbes rares, un bétonnage délirant dont les corollaires sont la saleté, l’insécurité quotidienne…. et le tout à l’avenant.

L’identité parisienne comme celle de l’État est en jachère : les aménagements des Champs-Élysées, du Champs-de-Mars/Trocadéro, des places sont dans cette ligne quand elles ne sont pas sous la houlette d’une multinationale (Champs-Élysées/LVMH) qui n’y voit que son intérêt publicitaire propre et l’impose autant à la mairie qu’à l’exécutif. Les Jeux Olympiques de 2024 devront être le point d’orgue ou le point culminant de la déconstruction de Paris. Paris sera dans Eurodisney, une attraction parmi d’autres, un divertissement plat…

L’arasement identitaire de Paris va de pair avec celui de l’Élysée (siège présidentiel), il fait place à la jachère, c’est un attelage dramatique mais souriant et hédoniste qui n’a plus que le pain, des jeux et des lois de surveillance liberticides

Jean Vinatier

Seriatim 2022

samedi 2 juillet 2022

La prévôté de Paris en tant qu’« acteur linguistique » au XIIIe siècle par Paul Videsott N°5879 16e année

 Conférence du 26 octobre 2021

« Paul Videsott, professeur de philologie romane à l’Université libre de Bolzano (Italie), invité par l’École sur proposition de Frédéric Duval, professeur de philologie romane, donne une conférence intitulée « La prévôté de Paris en tant qu’“acteur linguistique” au xiiie siècle ». Si l’importance institutionnelle de la prévôté de Paris est relativement bien documentée et a été analysée en profondeur dans une perspective historique, les études sur son rôle d’acteur linguistique à Paris (et en France) au xiiie siècle sont encore rares et très partielles. Cependant, la prévôté est – à côté de la chancellerie royale (et plus tôt que celle-ci) – la deuxième grande institution royale parisienne qui, par son utilisation du français, a fortement influencé l’aspect linguistique de ce qui deviendra un jour le français standard. » 

 

Jean Vinatier 

Seriatim 2022

vendredi 1 juillet 2022

L’Europe et le boa américain N°5878 16e année

 Le dernier sommet de l’OTAN tenu à Madrid est la continuation de ce qui précède sur le fond depuis des lustres et plus encore depuis l’offensive russe en Ukraine. La double entrée de la Finlande et de la Suède dans cette organisation parfait un objectif géostratégique américain : que le continent européen soit un bloc et que ce bloc soit entre ses mains. Il peut y avoir des acteurs européens qui négocient en permanence une spécificité telle l’Allemagne mais au fur et à mesure que s’approche la confrontation ou plus exactement la mise en ordre de bataille du rapport de forces entre les États-Unis et la Chine, l’espace périphérique dédié aux « singularités » se rétrécira. Ainsi, la Turquie par son emplacement géographique est sans doute la seule actrice à pouvoir faire le derviche tourneur et dans ce rôle Reycep Erdogan est un danseur étoile qui a, cependant, le risque à trop être le point central, d’être un catalyseur des tensions euro-asiatiques.

Dans ce cadre géopolitique, l’Ukraine fait figure d’antenne relais, de plateforme logistique avec un animateur président uniquement chargé de dire chaque matin tel un curé à sa messe quotidienne, ce qu’il faut faire urbi et orbi. Cette redondance du Ita missa est commence à peser. Mais pèse davantage le total affaissement européen qui va tête baissée sous les ailes américaines persuadées que son plumage sera protecteur. Le grand drame, outre évidemment celui subit par les ukrainiens et dans un autre ordre bien des russes, est ce renoncement à être. On a un exemple avec l’idée lancée par Emmanuel Macron autour de la « communauté politique européenne », davantage une formule MacKinsey que le produit d’une maturation mais bien récupérée par le Premier ministre britannique, Boris Johnson qui y voit une occasion pour le Royaume-Uni se revenir dans le jeu européen comme acteur extérieur et avec l’intention d’y jouer le rôle de diviseur. Tout cela est masqué par l’idée d’une Méditerranée « mare nostrum », une façon de ramasser les restes du projet de Nicolas Sarkozy.

L’absence totale d’interrogation européenne sur la grande crise intérieure américaine est patente de cet abandon d’intelligence dont nous fûmes autrefois le vivier. Le consentement à finir étouffé, pillé, ballotté par les intérêts étrangers, à biffer toute projection semble être le sommet de la construction européenne. On abuse les opinions publiques par les amendes que Bruxelles dresse contre les GAFAM mais c’est là un rôle de gendarme qui ne va pas plus loin.

Tant que nous n’enlèverons pas les lunettes américaines posées sur nos nez, nous irons de mal en pis. Mais l’intoxication des populations et plus encore des « élites » sur l’évidence étasunienne est telle que dès qu’un politique le fait, il est aussitôt sanctionné par les urnes. Cette pétrification des esprits nous prépare très mal aux défis très tumultueux que nous prendrons en pleine figure.

De quoi avons-nous l’air en devenant russophobe, sinophobe par principe? Il serait très instructif de relire des écrits des décennies précédentes autour de ces deux pays pour mesurer l’abîme où nous sommes tombés. Je ne parle pas d’adhésion à ces régimes communistes, je parle de leur puissance géographique, historique, de leur ancienneté de civilisation. Cela fait un bon moment que la Russie et la Chine ont avalé le communisme…

L’ennemi russe permet aux États-Unis de fédérer l’Europe tel un boa s’étendant tout le long de sa future victime…avant de l’ingérer. Ce que l’Europe n’a même pas voulu comprendre, c’est que sans notre continent les Américains n’affronteraient pas la Chine, nous sommes le poids qu’il faut pour que la balance géopolitique leur soit favorable. L’Asie ne se sinise pas, elle apprend l’autonomie ce qui n’est pas la même chose. Que la Chine ambitionne de rayonner sur ce continent est une chose qui ne doit pas faire oublier que depuis l’Arabie Saoudite jusqu’au Japon en passant par la Russie, l’Iran, l’Inde, la Turquie, cet espace historique empêche l’émergence d’une seule puissance mais dans le même temps si les Atlantiques (USA/Europe) par la seule jalousie de la Chine nous voulions l’écraser, nous serions face à une Asie très hostile et qui ne se laisserait pas faire.  Il faut bien distinguer la crainte d’un pays par rapport à un autre avec la prépotence d’un pays non asiatique contre l’un des leurs.

Il y a une prise de conscience asiatique en tant que telle à l’inverse de l’Europe. Nous le mesurâmes tout récemment à l’occasion de la décision de la Cour suprême fédérale américaine sur l’avortement…où l’Europe et principalement la France réagirent comme si cette cour était nôtre…que nous étions donc « américains »…L’Europe serpente dangereusement….

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022