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mercredi 20 juin 2018

Merkel-Macron vers les derniers jours ? N°4514 12e année


La question migratoire s’impose à l’Union européenne et menace même de la faire exploser en plein vol. Angela Merkel en ouvrant  si largement les frontières en 2015 imaginait-elle que ce geste serait sa perte ? Les élections de septembre dernier ont vu l’entrée en nombre de l’AFD et pendant plus de quatre mois il a fallu élaborer une coalition dont personne ne voulait que le SPD et la CDU/CSU acceptèrent au nom de l’Union européenne. Sans popularité, sans soutien véritable, cette coalition implose. Le ministre de l’Intérieur, un Bavarois patron de la CSU, craignant par-dessus-tout de perdre son land en septembre prochain face à l’AfD et le parti indépendantiste bavarois, ne cesse plus de surenchérir et de menacer la chancelière. Elle a rejeté son ultimatum, la CSU lui accorde un sursis jusqu’à sommet européen du 29 juin.
Ce mardi, la rencontre entre Angela Merkel et Emmanuel Macron était un moment de théâtre quand depuis l’Italie jusqu’à la Pologne et même les pays Baltes une ligue parait se mettre en place. Je ne sais quelle écriture la chancelière pourra imposer mais outre la crise des migrants le ressentiment envers sa personne est considérable, en France exceptée où l’ébahissement remplace la politique. Cela étant dit, serait-il de l’intérêt d’Emmanuel Macron d’avoir pour partenaire une Angela Merkel agonisante jusqu’aux européennes? Le problème est que si de nouvelles élections avaient lieu l’Allemagne serait ingouvernable et cette fois-ci pour de bon : ni le SPD ni la CDU/CSU ne voulant rejouer la grande coalition. Emmanuel Macron escompte-t-il, s’il parvenait à influer sur les différents discours du 29 juin, une approche allemande plus favorable à ses projets ? On en doute. La reconnaissance en politique est rare et si reconnaissance il y avait cela voudrait dire qu’enfin une conscience politique émergerait de ces deux personnages. Mais avocats de l’Union européenne telle quelle est, ils n’ont qu’une seule monture.
La prise de position de Donald Trump contre le gouvernement allemand est une véritable déclaration de guerre, son actuel ambassadeur à Berlin rappelant à chaque instant tout le mal qu’il pensait de la chancelière et tout le bien qu’il espérait des populismes en Europe. Ni Berlin, ni Paris ne pouvant se tourner vers Moscou qui regarde l’enfoncement « du couple franco-allemand », pas davantage vers la Chine qui n’a pas besoin de leur aide commune pour accroitre sa présence en Europe. L’Union européenne est seule, Merkel et Macron également. Il est symbolique que leur affaiblissement parallèle se fasse sur les migrants qui met en première ligne la question identitaire que l’Union européenne a toujours refusé de recevoir, de même qu’au sujet des frontières croyant que la félicité économique arrangerait tout. L’Union européenne a bafoué les peuples et les bafoue encore. Quelle que soit l’issue du sommet des 28 et 29 juin et quel que soit le communiqué fabriqué, nul n’y verra quelque chose de solide. Dernier point, on néglige beaucoup ici, la force du vent qui se lève depuis les Etats-Unis où Donald Trump poursuit sa guerre contre « les mondialistes » et l' « Etat-profond ». Cet été, pendant que tout le monde sera à la plage après avoir été abruti par le mondial de football, les femmes et hommes célèbres qui verront arriver le FBI dès potron-minet stupéfiera et cela touchera également l’Union européenne.
Le grand tort de l’Union européenne et de Paris-Berlin est ne pas avoir compris que le mondialisme ou globalisme tel qu’il fut prévu par Barack Obama et les Clinton, ne tenait plus depuis l’arrivée de Donald Trump. La seule riposte de Bruxelles est dans des manœuvres constantes pour arrêter le processus du Brexit, les migrants sont secondaires. C’est dire leur parfait aveuglement. Quant à Merkel et Macron peu importe que nous assistions à leurs deniers jours ou pas, ils sont presque déjà, hors-jeu.

Jean Vinatier
Seriatim 2018


lundi 4 juin 2018

Italie : «Les élections italiennes prouvent que la zone euro a basculé dans la post-démocratie» N°4513 12e année

On lira avec intérêt l’entretien ci-dessous puis l’analyse proposée par François Asselineau le 31 mai (à quelques heures du coup de théâtre) où il apparait que le Président Mattarella se montre plus fin presque machiavélique ce que j’ai sous-estimé faute d’avoir été sur le site du Quirinal et d’avoir lu son discours : mea culpa !

 1-«Les élections italiennes prouvent que la zone euro a basculé dans la post-démocratie» 
FIGAROVOX.- Pourquoi estimez-vous que le président italien s'est enfermé dans une contradicti
on insurmontable? Guillaume BIGOT.- En refusant d'entériner la constitution d'un gouvernement appuyé par les deux partis arrivés en tête aux législatives, le président Mattarella serait dans son bon droit mais il ne fait aucun doute qu'il a politiquement tort. On peut considérer que les Italiens se sont trompés en consacrant une majorité eurosceptique. On peut également penser que rompre le cadre ordo-libéral est suicidaire. Mais si l'on reste démocrate, on ne peut vouloir décider contre le peuple. Mattarella aurait dû se souvenir de cette réplique mémorable mise par Brecht dans la bouche de son personnage, Arturo Ui: «Puisque le peuple vote contre (...), il faut dissoudre le peuple.» La méfiance à l'égard du suffrage universel formait déjà l'un des fondements inavoués d'une construction européenne conçue par Jean Monnet comme une camisole de force destinée à maintenir les peuples dans le cadre des droits de l'homme et du marché. La réaction de Mattarella, comme celle du Commissaire Oettinger souhaitant que les marchés apprennent aux Italiens à bien voter, font franchir à l'UE un cap, celui qui sépare la défiance originelle de l'hostilité assumée. Le projet européen n'a jamais été franchement compatible avec le fonctionnement régulier d'institutions démocratiques mais les événements actuels font basculer l'utopie européiste dans une phase ouvertement post-démocratique de son histoire. Pourquoi le pari européiste de Mattarella serait-il perdu d'avance? La réaction des peuples européens en général et des Italiens en particulier est facile à prévoir. Lorsque l'on prêche le mépris et la défiance à l'égard d'un souverain, c'est-à-dire d'un supérieur hiérarchique, on a toutes les chances de l'irriter, de le provoquer et de l'inciter à réagir. Mais les réactions menaçantes des européistes telles que Mattarella, Le Maire ou Oeninger ne tiennent aucun compte des rapports de force. Ce que les élites du vieux continent, massivement favorables à Bruxelles, semblent avoir du mal à comprendre, c'est que tant que les démocraties ne sont pas abolies, elles ne disposent que du pouvoir que les peuples leur ont confié. Pas une once de plus, ni de moins. Que cela leur plaise ou non, dans le vieux monde, le patron demeure la vox populi nationale. »
La suite ci-dessous : 
http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/05/31/31002-20180531ARTFIG00158-les-elections-italiennes-prouvent-que-la-zone-euro-a-bascule-dans-la-post-democratie.php?redirect_premium
 ou 
https://www.les-crises.fr/les-elections-italiennes-prouvent-que-la-zone-euro-a-bascule-dans-la-post-democratie-par-guillaume-bigot/

 2- La situation en Italie : l'analyse de François Asselineau (31/05/2018) - EA63 Partie 1 Jean Vinatier
 Seriatim 2018

dimanche 3 juin 2018

« Turquie : les mercenaires du président Erdogan par Alain Rodier » N°4511 12e année


« Les Sociétés militaires privées (SMP) font beaucoup parler d’elles ces derniers temps, en particulier depuis les pertes importantes enregistrées par la compagnie Wagner russe en Syrie où elle est déployée pour appuyer les forces loyalistes à Bachar El-Assad. Or, il existe une SMP turque depuis 2012 : la SADAT AS International Defense Consulting. Sa mission, officiellement inscrite sur sa plaquette de présentation, est d’« établir une collaboration dans les domaines de la défense et des industries de défense avec les pays islamiques afin de permettre à ces derniers de prendre la place qu’ils méritent au milieu des superpuissances en leur apportant ses services de conseil et d’entraînement ». À noter que les pays occidentaux y sont qualifiés au détour d’une phrase d’« impérialistes » et de « croisés ». L’ambition de cette SMP relativement récente est indubitablement de concurrencer ses homologues dans les pays musulmans, celles-ci ne faisant, selon la SADAT, que servir les intérêts de leurs pays d’origine, principalement les États-Unis. »
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2018

« La puissance agricole américaine au XXIème siècle sera-t-elle californienne ? » N°4510 12e année


Auteurs :
Sébastien Abis, Directeur du Club DEMETER. Thierry Pouch, Responsable du Service Études Direction Économie des Chambres d’agriculture de France. Bernard Valluis, Vice-Président de l’Association nationale de la Meunerie française.

« Que nous apprend le secteur agricole des formes de la puissance des Etats-Unis ? En questionnant de manière multiscalaire la trajectoire actuelle de l’agriculture des Etats-Unis et de sa projection dans le monde, il apparaît indispensable de mettre l’accent sur la Californie, terre agricole historique qui multiplie désormais les investissements pour produire plus et mieux grâce aux technologies. De nouveaux acteurs, venant de l’économie numérique, prennent progressivement le pouvoir sur le développement agricole et l’innovation alimentaire, au point de placer la Californie comme le centre de gravité de la puissance américaine au XXIème siècle.
IL EST ESSENTIEL de revenir sur la place et le rôle du secteur agricole dans l’expression de puissance des Etats-Unis au cours du siècle dernier, afin d’interroger la future pérennité de la domination américaine sur les affaires stratégiques internationales dont l’alimentation fait partie [1]. Ce qui nous conduit à considérer la problématique suivante : que nous apprend le secteur agricole des formes de la puissance des Etats-Unis ?
En questionnant de manière multiscalaire la trajectoire actuelle de l’agriculture des Etats-Unis et de sa projection dans le monde, il apparaît indispensable de mettre l’accent sur la Californie, terre agricole historique qui multiplie désormais les investissements pour produire plus et mieux grâce aux technologies. De nouveaux acteurs, venant de l’économie numérique, prennent progressivement le pouvoir sur le développement agricole et l’innovation alimentaire, au point de placer la Californie comme le centre de gravité de la puissance américaine au XXIème siècle.
Pour comprendre à plusieurs échelles la formation de la puissance agricole américaine et les raisons de l’émergence californienne, procédons à une périodisation de leurs histoires respectives mais imbriquées. A l’échelle internationale, l’agriculture, instrument de la puissance des Etats-Unis au XXème siècle (I). A l’échelle nationale, l’agriculture américaine mise au défi dans un XXIème siècle transformé (II). A l’échelle d’un Etat fédéré, la Californie sera-t-elle la puissance agricole du XXIème siècle ? (III) »
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2018


samedi 2 juin 2018

Serge Dassault : absence antipatriotique d’Emmanuel Macron N°4509 12e année


Serge Dassault est décédé à sa table de travail à l’âge de 93 ans : il est donc mort à la tâche. Quand on évoque la carrière de ce grand industriel, on pense inévitablement à son père Marcel mais surtout au nom véritable de cette famille si patriote: les Bloch dont Marc, le fameux historien est connu pour son ouvrage de référence, L’étrange défaite….et sa fin en martyr.
La famille Dassault prospéra, certes, le long de l’Etat dans la partie aviation autant civile que militaire, ne cessa jamais de porter hautes les valeurs françaises et ne se démarqua jamais de sa fidélité aux différents exécutifs, qu’ils fussent de gauche comme de droite puisque la souveraineté était.
Famille discrète, famille généreuse et attentive, les Dassault-Bloch donnent à la France un empire prospère, certes très lié à l’Etat mais très en avance en technologie et en performance, très protectrice en matière de qualité de travail : nombre de Français souhaiteraient entrer dans cette société.
L’annonce d’une cérémonie d’hommage national à Serge Dassault impliquait très logiquement la présence et le discours d’Emmanuel Macron. C’était tellement évident. Au lieu de quoi, il délégua son Premier ministre dont le discours fut honorable mais perdait en force et en puissance. Entre Johnny Hallyday et Serge Dassault, le Président a choisi pour la facilité, la flatterie à peu de coût. Qu’espère-t-il en ne venant pas aux Invalides ? Flatter une gauche toujours sensible à la question de l’armement militaire ? Dès lors pourquoi vouloir à tout prix rétablir une sorte de service militaire ? On retrouve Emmanuel Macron dans ses soins de dire tout et son contraire. Franchement dans le moment où le pays entre dans les turbulences qui iront en s’accroissant, ne convenait-il pas d’y être et d’y tenir pour le coup un discours solennel.
Emmanuel Macron en dédaignant l’hommage national à la famille Dassault-Bloch a jeté bas son masque, il est de comédie et non Politique.
Le Président de la République, chef des armées absent lors de la cérémonie officielle d’hommage à Serge Dassault est plus qu’un faux-pas, c’est un aveu de ce qu’il n’est pas : un patriote.


Jean Vinatier
Seriatim 2018



« NUCLEAIRE IRANIEN, LES CHANCES DE RIPOSTE EUROPEENNES SONT FAIBLES… » Par Hervé Juvin » N°4508 12e année


« Comment évaluez-vous le dernier sommet Union européenne-Balkans de Sofia où il a été question de la position des pays membre après la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien par les Etats-Unis ?

Hervé Juvin : La réunion européenne de Sofia a donné l’occasion d’afficher une résolution de façade, une unité obligée, vite oubliées devant la réalité des affaires.
De quoi s’agit-il ? De décider de la réponse de l’Union européenne à la décision de Donald Trump de suspendre l’accord signé avec l’Iran, le fameux JCPOA, et de rétablir les sanctions à l’encontre de toute entreprise commerçant avec l’Iran, après une courte période de trois ou six mois suivant la dénonciation de l’accord. La diplomatie européenne voit dans cet accord, qui limite strictement les activités nucléaires de l’Iran et contient un dispositif de contrôle intrusif rarement vu auparavant, l’une de ses réussites – en est-il tellement d’autres ? En accord avec les rapports des missions d’inspection, mais contrairement aux allégations israéliennes, l’Union européenne considère que l’accord est respecté par l’Iran.
Le débat ne porte aucunement sur une plus ou moins grande attention au supposé programme nucléaire militaire iranien, il porte sur la légitimité de la remise en cause de l’accord – est-ce que les activités balistiques de l’Iran, les opérations des Gardiens de la Révolution ou du Hezbollah en Syrie et en Irak, constituent des ruptures implicites de l’accord ? – en même temps, et plus fondamentalement, sur le droit des Etats-Unis à imposer unilatéralement le respect de leurs embargos, non votés par le Conseil de Sécurité ou l’assemblée générale de l’ONU, à n’importe quelle entreprise de n’importe quel pays, y compris en désaccord avec l’embargo ?

Quels mécanismes de riposte les pays européens peuvent-ils actionner ?

Hervé Juvin : Il y a un précédent à la situation actuelle. En 1996, une Union européenne résolue était parvenue à exempter les entreprises européennes des conséquences des lois Helms Burton et d’Amato qui organisaient le blocus de Cuba, et aussi de la Libye. Mais nous n’en sommes plus là. Il est facile d’évoquer des mécanismes de riposte juridique, comme la « loi de blocage », ou encore les représailles commerciales. En réalité, une riposte, si elle n’est pas impossible, est délicate à concevoir, difficile à mettre en œuvre, et tout autant à décider.
D’abord, parce que la globalisation a pour effet de multiplier les interdépendances entre banques, industries, sociétés de services européennes et américaines, au point qu’un conflit semble impensable ; d’ailleurs, au lendemain de la décision américaine, quelques-unes des plus grandes entreprises européennes comme Total ou Maersk ont annoncé qu’elles se pliaient à l’embargo américain ; entre le marché américain et le marché iranien, le choix est vite fait !
Ensuite, parce que sous prétexte de lutte antiterroriste, toute une série de dispositions, d’accords et de lois ont livré aux Etats-Unis des quantités d’information qui leur donnent de fait un pouvoir de contrôle et de blocage inédit sur les entreprises de l’Union européenne, comme d’ailleurs sur leurs citoyens.
Citons seulement l’accès des agences américaines à tous les échanges interbancaires passant par Swift, la communication de toutes les informations personnelles sur tous les passagers du transport aérien, la collaboration de toutes les banques avec le fisc américain au titre de la loi FATCA, sans parler de l’espionnage des données commerciales et financières des entreprises sous couvert de lutte anti-blanchiment… Ajoutons-y le renforcement du FCPA, qui a coûté cher à Alstom, Alcatel, Total, qui va coûter cher à d’autres ! La capacité de tout acteur économique d’entretenir des relations avec l’Iran sans être vu, repéré et poursuivi, est faible.
Enfin, parce qu’il ne manque pas au sein de l’Union européenne, de forces agissantes qui veulent le conflit avec l’Iran, coupable d’avoir défié le plan du « Grand Moyen Orient » et son exécutant local, de pays qui sont dans un concours d’alignement sur l’OTAN et les néo-conservateurs américains, sans parler de ceux qui monnaient leur soumission au prix de leur sécurité.
Autant le dire, les chances de riposte européenne sont faibles. C’est que l’Union a voulu faire l’Europe par le commerce, et par la sous-traitance de la Défense aux Etats-Unis. Le prix à payer pour ce pari raté est sans doute l’existence même de l’Union à laquelle l’Europe préexiste, à laquelle elle survivra ! Si l’Europe doit exister en tant qu’acteur géopolitique, elle n’existera que par une politique de puissance et de Défense indépendante, elle ne s’affirmera qu’en se séparant de ce qui n’est pas elle, et notamment d’Etats-Unis qui ne cessent de s’éloigner des choix sociaux, économiques, diplomatiques des peuples européens.
C’est toute la valeur de l’épreuve iranienne ; les Européens, sous le signe de Vénus, veulent croire que l’aisance économique produira la décomposition du régime des Mollahs. Sous le signe de Mars, les Américains veulent croire que la menace de la guerre seule y parviendra. Au sortir de cette épreuve, il se pourrait bien que l’Union européenne sorte un peu plus affaiblie, pour une fois encore n’avoir pas pu protéger l’Europe, représenter l’Europe, assurer la défense de l’Europe contre l’occupant. »
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Jean Vinatier
Seriatim 2018