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mercredi 16 janvier 2019

Gilets jaunes : Quand le magistrat et le policier ne font plus qu’un N°4622 13e année


La lecture du dernier article de l’avocat Régis de Castelnau « Gilets jaunes : la Justice est là pour rendre la Justice. Pas pour rétablir l’ordre. » édifie: malheureusement ce n’est pas la première fois que la justice se comporte de cette façon : après la Commune (mai-juin 1871), sous Vichy, par exemple.

« Que se passe-t-il dans la magistrature française ?
Dans le silence obstiné des organisations syndicales, un pouvoir aux abois a instrumentalisé une répression judiciaire sans précédent pour tenter de mater un mouvement social. Il y a bien évidemment la stratégie du ministère de l’intérieur qui pousse à la violence pour tenter de disqualifier le mouvement. Mais malheureusement la magistrature accepte ces dérives et joue sa partition dans ce qui désormais s’apparente à une répression de masse qui entretient des rapports très lointains avec l’État de droit dont on nous rebat pourtant les oreilles. Cravachés par Nicole Belloubet en personne (!) se déplaçant au tribunal de Paris un dimanche, et par les interventions permanentes de la place Vendôme voire de Matignon y compris des instructions individuelles pourtant interdites par la loi, les parquets déchaînés basculent avec zèle dans la répression de masse, font procéder à des arrestations souvent préventives, par milliers, défèrent également par milliers des gens devant les tribunaux, à l’aide de procédures d’urgence dans lesquelles par des réquisitoires violents, il demande des peines folles. Et de façon stupéfiante la magistrature du siège a accepté de rentrer dans cette logique et distribue en cadence des peines ahurissantes. Depuis le début du mouvement, plus de 5000 arrestations, 1000 condamnations, 350 personnes incarcérées sur la base d’incriminations parfois farfelues. Et avec des interprétations de la loi répressive souvent audacieuses pour ne pas dire plus. Désolé, mais ceci n’est pas de la justice, c’est de l’abattage.
Et manifestement c’est loin d’être fini. Des anecdotes effarantes remontent de toute la France sur ce qui est en train de se passer. Tel sera condamné à six mois de prison ferme pour avoir partagé un statut sur Facebook, tel autre à 28 mois tout aussi fermes, sans avoir été défendu par un avocat, au prétexte selon la présidente du tribunal « que cela n’aurait rien changé ». Il y a des dizaines et des dizaines d’autres histoires qui font froid dans le dos. La France prend un drôle de chemin.  Dans tel département, le procureur et le préfet font conférence de presse commune pour menacer : « la justice sera impitoyable ! » Depuis quand sont-ce les procureurs et les préfets qui jugent ? Jusqu’à nouvel ordre, dans une démocratie, ils sont responsables du maintien de l’ordre, pas de rendre la justice. Dans tel autre, il semblerait bien que le procureur ait organisé une forme de « comité de salut public » chargé de fournir les charrettes, et on dit que les juges du siège qui vont juger le font sur la base du volontariat ! Naturellement les pressions se font nombreuses contre les avocats qui s’élèvent contre ces dérives et font leur devoir. Gare à la fermeté, l’exigence ou la passion, les plaintes du parquet contre les défenseurs dégringolent immédiatement. Et naturellement il y a le refus obstiné de se pencher sur la multiplication des violences policières, sur l’usage incroyablement excessif de la force. Notamment avec les flashs ball et les grenades de désencerclement utilisés en violation de règles pourtant claires. Et puis il y a bien sûr la violence directe, arbitraire dont de multiples vidéos donnent de tristes exemples. Cette impunité, ne peut qu’être un choix délibéré, et provoque fatalement l’émotion et la rage. Le procureur de Toulon ayant sous les yeux les vidéos du commandant Didier Andrieux permettant de voir parfaitement à qui on avait affaire a trouvé le moyen de se déshonorer en refusant immédiatement toute enquête au motif que le comportement du commandant frappeur aurait été « proportionné ». On rappellera que dans le passé ce n’était pas l’avis de ses subordonnés, et que le préfet plus malin et devant l’évidence a demandé une enquête de l’IGPN.
Dans cette ambiance, et comme les tribunaux les suivent, comment s’étonner que les ministres les plus déplorables se permettent de proférer des menaces comme le font tous les jours Christophe Castaner, Benjamin Grivreaux ou Marlène Schiappa qui viennent d’inventer une nouvelle définition de la complicité, et exigent des arrestations préventives (!). Comment s’étonner qu’un premier ministre dont on attendait peut-être un peu plus de tenue annonce des mesures législatives liberticides qui vont finir par faire envie à Erdogan ? »
La suite ci-dessous :




Jean Vinatier
Seriatim 2019

lundi 14 janvier 2019

Avant l’acte X N°4621 13e année


La lecture de la lettre aux Français du Président Macron est un long propos adressé à lui-même : débat borné, questions écrites dont les réponses vont de soi. Toute cette démarche est huilée de telle façon que rien n’en puisse sortir qui contreviendrait au programme présidentiel de 2017.
Nous sommes bien éloignés de la ferveur qui s’emparait de la France en 1789 lors de la rédaction des cahiers de doléances, Louis XVI laissant une entière liberté rédactionnelle à ses sujets, trop diront certains, par inconscience diront d’autres. Le Roi voulut le doublement du Tiers en décembre 1788 : il jugeait logique de libérer la parole, de biffer la censure sur la presse et se préparait certainement à soutenir le Tiers Etat échaudé après les réactions des privilégiés lors des deux assemblées des Notables en 1787 et 1788. L’agonie du Dauphin puis sa mort le 4 juin 1789, le Roi ne voulut plus être qu’un monarque dans son particulier, s’abîma dans la douleur laissant le Tiers Etat naviguer et s’enhardir…On connaît la suite.
Deux siècles plus tard, il est beaucoup moins question de liberté et d’émancipation, l’horizon est moins ensoleillé : il ne faut jamais oublier que tout ce que fait l’actuel gouvernement a pour objectif de dégager l’horizon à un mois des élections européennes. Les Gilets jaunes ne seront plus en avril, ou bien conséquence de leur usure, ou bien de leur écrasement physique.
La Lettre aux Français n’est pas une ouverture mais une nasse à partir de laquelle le successeur de François Hollande espère compléter sa grande manœuvre politique : aplatir Mélenchon, favoriser une liste de gauche macron-compatible (PS, Benoît Hamon, les Verts, Place publique de Raphaël Glucksmann), se garder un tout petit PC en digue d’appoint, à droite évider Les Républicains via notamment les affaires judiciaires (affaire Fillon réapparait : simple hasard ?), générer une liste centro-juppéiste tout à fait macron-compatible. Dans l’absolu, Emmanuel Macron souhaiterait n’avoir qu’une liste, la sienne. Son inconvénient accréditerait l’idée qu’un seul parti serait en faveur de l’actuelle Union européenne. Pour éviter cette critique, favoriser deux autres listes sœurs. Armé de la sorte, Emmanuel Macron se tournerait d’un bloc contre Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan se retrouvant dans la même situation qu’au soir du second tour de la présidentielle de 2017.
Hier à La Mutualité, Marine Le Pen a lâché nombre de flèches contre Emmanuel Macron, désireuse qu’elle était de rejouer le débat où elle s’empêtra avant de parler assez souvent de l’Union européenne plaidant la nécessaire alternance au Parlement de Strasbourg. Cette nouveauté ne peut se séparer des manœuvres italiennes : Matteo Salvini s’est déplacé en Pologne pour poser les premiers jalons de ce que pourrait être un ensemble souverainiste au parlement. Les difficultés actuelles du gouvernement de Teresa May pour parvenir à un BREXIT découragent certainement celles et ceux qui prônaient une sortie. L’option qui apparait au sein des différents mouvements populistes ne serait plus de sortir de l’Union européenne mais de s’y ancrer davantage, de miner l’actuel édifice, d’en prendre à terme possession. Cette possible stratégie aurait le mérite de ne plus effrayer le citoyen lambda lequel est terrorisé dès qu’on évoque l’Euro et Bruxelles. On ne sait pas si les architectes de l’Union européenne qui ont beaucoup prévu, ont évacué cet entrisme renversant que suggèrent les propos de Matteo Salvini ?
La réplique d’Emmanuel Macron se bornerait, pour l’heure, à signer le 22 janvier un second traité de l’Elysée avec Angela Merkel le premier datant de 1963 et avait alors pour signataires le Général de Gaulle et Conrad Adenauer. En 1963 la France était souveraine, dotée d’une économie florissante et non délocalisée, la RFA disposait d’une industrie, épargnée par les bombardements alliés, et veillait à la discrétion dans les relations internationales, il y avait donc un rapport assez équilibré entre les deux nations avec, notamment, un objectif éducatif, l’enseignement du français en Allemagne et vice-versa ce qui aurait fait de l’axe Paris-Berlin, une voie bilingue très prometteuse. L’on sait que ce traité ne fut rien. En 2019, Angela Merkel est une dirigeante en fin de parcours, Emmanuel Macron est impopulaire et même plus. L’Allemagne a réussi la réunification, favorisé l’entrée des anciens pays membres du pacte de Varsovie dans l’Union européenne qui ont longtemps été un réservoir humain à bas coût pour son industrie. Aujourd’hui Berlin est la puissance hanséatique qui conduit l’Europe et très naturellement, elle accroit son budget militaire, s’affirme davantage hors de ses frontières. Son empire couvre largement l’actuelle Union. Quant à la France, affaiblie, embourbée dans une dette colossale, son industrie éparpillée, épouillant son identité, elle ne cherche plus à redevenir une puissance mais tente par des renoncements de convenir aux desiderata berlinois. C’est peu dire que le second traité de l’Elysée n’est pas une pâle copie du premier, il n’est qu’un écran de fumée tragique.
Les Gilets jaunes poursuivent leur route et gardent les ronds-points si importants à tous égards : ils s’enracinent dans le paysage, suscitent des élans similaires dans d’autres pays : les Argentins rêvent d‘en devenir. Chaque semaine apporte son évolution et surprend à chaque fois par la tactique retenue. Les Gilets jaunes sont une longue mèche, l’Elysée une grenade dégoupillée ?


Jean Vinatier
Seriatim 2019

dimanche 6 janvier 2019

« Muhammadu Buhari face à Atiku Abubakar. Un duel au sommet pour la présidence du Nigeria par Benjamin Auge » N°4620 13e année


« En Afrique de l’Ouest, être le président sortant et candidat à la réélection n’assure pas la victoire. À l’instar d’autres pays de la région, le Nigeria a déjà connu une alternance en 2015. En février 2019, le président Muhammadu Buhari, candidat à sa propre succession, devra affronter une forte concurrence en raison notamment d’un bilan mitigé.
M. Buhari fut élu en 2015 en tirant profit du médiocre bilan de la présidence Goodluck Jonathan. Ce dernier avait en effet longtemps minimisé la gravité de la menace Boko Haram tout en laissant sa communauté profiter très largement du pouvoir. Perçu comme l’homme providentiel en 2015, M. Buhari a néanmoins fortement déçu par son immobilisme. En effet, il était arrivé aux affaires en capitalisant sur son image d’homme à poigne, d’ancien général qui allait mater Boko Haram ainsi que lutter sans pitié contre la corruption. Quatre ans après, l’économie est en berne, la campagne anticorruption a été décevante et Boko Haram n’a pas été défait malgré des progrès indéniables dans les zones urbaines dans l’État du Borno. De plus, les violences dans les États septentrionaux (Benue, Jigawa, Plateau) entre éleveurs et agriculteurs ont été très meurtrières[1] et la gestion répressive du Mouvement islamique du Nigeria interpelle[2]. En 2019, M. Buhari sera opposé à Atiku Abubakar, un homme politique expérimenté, deux fois vice-président, qui axe sa campagne sur la relance de l’économie, qu’il dit mieux comprendre que le président sortant, étant lui-même un des businessmen parmi les plus prospères du Nigeria. Atiku Abubakar concentre ses critiques sur une politique économique hasardeuse qui a mal su gérer les impacts de la baisse du cours du pétrole et n’a ainsi pas évité la spirale de récession puis de croissance faible. »
La suite ci-dessous :


Jean Vinatier
Seriatim 2019

« Moyen-Orient : clés de lecture d’une région en tensions. » Pierre Razoux N°4619 13e année

Jean Vinatier 
Seriatim 2019

« La France face aux nouvelles routes de la soie chinoises » par Alice Ekman N°4618 13e année

Jean Vinatier
Seriatim 2019

A partir de l’acte VIII N°4617 13e année



Les Gilets jaunes ont réinvesti les rues des villes de France. Combien étaient-ils ? 50000 pour le ministère de l’Intérieur, 300000 pour le syndicat Policiers en colère. Le mouvement est reparti avec force. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux qui fulminait contre les Gilets jaunes a vu son ministère envahi et a été contraint à la fuite….Du jamais vu depuis 1999. Paris s’en émeut quand la province a pris l’habitude de voir les agriculteurs assiéger les préfectures et même davantage. Dans ce cas précis, on notera que les gendarmes n’étaient guère présent rue de Grenelle, entre l’Assemblée nationale et Matignon et on ne manquera pas de s’interroger sur les états de service des hommes en noir aux côtés des Gilets jaunes.
Hier soir sur France Culture, les commentateurs ne sous-estimaient plus le nombre de manifestants et se lamentaient sur le cas de ce policier ou gendarme casqué, armé, cuirassé frappé par un boxer aux poings nus sur le pont de Solferino et ne s’attardèrent pas du tout sur les 4000 gardes à vue, les plus de 1000 condamnations, les 1500 blessés et la dizaine de Gilets jaunes morts depuis la fin novembre 2018. On ne sait encore quel sera le contenu de la « Lettre aux Français » d’Emmanuel Macron ni son impact. Quel accueil peut-il être réservé à un homme détesté, abhorré par 80% de la population ?
Depuis l’Elysée, Emmanuel Macron sait qu’il peut compter actuellement sur plusieurs acteurs : ceux qui l’on mit sur orbite (la conjuration des opulents), le MEDEF, les médias, les forces de police, de gendarmerie, de l’armée, les syndicats de la CGT à la CFTC en passant par ceux des étudiants et des lycéens, d’un socle électoral certes réduit mais votant massivement pour leur champion ou les candidats sous sa bannière.
Il ne serait guère étonnant que l’exécutif se lance dans une stratégie de la tension ou politique du pire en laissant gonfler le mouvement des Gilets jaunes laissant le temps au gouvernement de baliser le terrain politique.
A gauche, en dévalorisant Jean-Luc Mélenchon lequel prête le flanc à cette manœuvre ainsi, sa dernière apologie d’Eric Drouet comparé à Jean-Baptiste Drouet le fameux maître de poste qui aurait reconnu Louis XVI sur la route de Varennes et personnage central d’un tableau où on le voit menaçant d’un pistolet le président de la Chambre. Benoît Hamon emboitant le pas à la manœuvre élyséenne a déclaré que le chef de la France insoumise avait « quitté les rives de la gauche ».
A droite, par la montée des intentions de vote en faveur du Rassemblement National et de Debout la France étouffant les Républicains de Laurent Wauquiez, ce dernier devenant de plus en plus invisible. Il y aurait donc la formation non pas d’une liste unique pro-Macron pour les Européennes mais une à gauche compatible avec Bruxelles et peut-être une au centre-droit où entreraient les petites formations centristes et apparentées. Le pouvoir aurait donc un socle électoral de 40%.
Dans cette vue, l’idée selon laquelle Emmanuel Macron laisserait monter en puissance les Gilets jaunes ne serait pas fortuite et entrerait pleinement dans cette stratégie à préparer premièrement leur écrasement physique un mois avant les élections européennes puis de se présenter comme le rempart démocratique face au fascisme/nazisme que serait nécessairement Marine Le Pen.
Cette narration ne présage en rien de différents évènements qui pourraient intervenir : du pourrissement du mouvement des Gilets jaunes ou à leur division : Bernard Tapie, fidèle de Macron accueillant certains dans les locaux de son journal La Provence est un exemple, d’un dérapage, d’actions extérieures, de la non-maitrise du Débat sur la concertation nationale, du RIC, de l’évolution de l’affaire Benalla lequel s’est prudemment installé à Londres….etc.
Il faut bien avoir à l’esprit que ce sont les élections européennes qui fixent et occupent les esprits. Emmanuel Macron ne supporterait pas un échec en mai prochain d’où pour lui de savoir manœuvrer les Gilets jaunes, de réaliser un coup politique, de se rétablir apparemment solidement. Il importe peu à cette équipe et à ceux qui soutiennent sa politique d’être ou non impopulaires, ce qui compte c’est d’être élu, de maintenir les apparences de la démocratie représentative. Rappelons-nous de la dernière élection législative partielle à Evry qui vit le successeur de Manuel Valls, Etienne Chouat, ex-socialiste devenu LREM devenir député avec 10% des suffrages exprimés (il obtint 60% de 17,7% de votants). Ayons bien à l’esprit que cette équipe gouvernementale est tout à fait en mesure de suspendre la démocratie au nom de la démocratie, d’accepter une répression violente et sanglante : sa base électorale bourgeoise n’a que deux vues : son pognon, sa liberté et que cela vaut bien quelques « dégâts ». La bourgeoisie est un corps social très violent contre le peuple et même les régimes dès l’instant où ses intérêts sont contestés et/ou pas reconnus. Dans l’histoire française les exemples récents sont nombreux : en juillet 1789, 1791, 1830, juin 1848, mai 1871.
Enfin, n’oublions surtout pas qu’en cas de victoire des partis populistes aux élections de mai prochain au parlement Européen aurait pour conséquence rapide une réaction de la Commission entre les mains de Junker qui n’hésiterait pas à réduire à rien le peu de pouvoir de cette Chambre toujours au nom de la démocratie et des fameuses « valeurs ».
Il faut le répéter c’est une guerre sous une forme inédite qui se déroule sous nos yeux.. Ce qui se passe actuellement est grave. Les Gilets jaunes sont-ils des avant-gardes ? Le pouvoir macronien et son corollaire Bruxelles (Berlin) sont-ils en passe de vaincre ? Nous sommes loin de la colère fiscale de cet automne, nous sommes de plein pied sur un champ de bataille inconnu jusqu’alors.



Jean Vinatier
Seriatim 2019