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vendredi 14 mai 2021

L’histoire sombre dudécolonialisme par Marian Tupy N°5693 15e année

 «Marian L. Tupy est rédacteur en chef de HumanProgress.org et analyste politique du Center for Global Liberty and Prosperity. Ses analyses portent sur la mondialisation et le bien-être dans le monde, ainsi que sur l'économie politique de l'Europe et de l'Afrique subsaharienne. » 

 

« Le discours universitaire dominant sur la race soutient que les écarts de richesse et de puissance entre les groupes ethniques résultent de l’imposition, par un de ces groupes, de systèmes sociaux, juridiques et économiques créés pour bénéficier à celui-ci au détriment d’un autre.

Le système colonialiste est largement pointé du doigt comme l’exemple d’un système oppresseur-opprimé. Depuis la résurgence des thèses anticoloniales en Occident et la mise en accusation de « l’impérialisme européen », des militants scandent à tout va l’urgence de « décoloniser » l’éducation, la beauté, la musique, et même la santé.

Si l’on parle de résurgence et non d’émergence, c’est par ce que ce n’est pas la première fois que la colonisation européenne est accusée d’être responsable des grands écarts de développement observables entre l’Occident et le Sud.

L’histoire commence avec Karl Marx.

Marx admirait le capitalisme dans lequel il voyait la destruction du féodalisme et  l’ineptie de la vie rurale. Marx perçut tôt le problème de la concurrence dans le système capitaliste, et comprit que cette dernière faisait baisser les profits. Il expliqua que, pour rester rentables, les propriétaires d’usines amputeraient les salaires des travailleurs, ce qui conduirait finalement à l’appauvrissement continu de la classe ouvrière. Pour pallier cela, Karl Marx envisagea un système où la concurrence serait inexistante, remplacée par une planification hypercentralisée. C’était une grossière erreur, et pas la seule.

Entre la naissance de Marx en 1818 et sa mort en 1883, le salaire moyen des Britanniques a augmenté de 83 %. Si l’augmentation des salaires de la classe prolétaire anglaise était le sujet d’un vif débat, l’amélioration serait suffisante pour poser un dilemme aux marxistes : comment concilier la théorie de Marx et ce qui se produit dans la vie réelle ?

La colonisation selon Lénine »

La suite ci-dessous :

https://www.contrepoints.org/2021/05/12/397343-lhistoire-sombre-du-decolonialisme

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

La France et le génocide rwandais Entretien avec Rafaëlle Maison N°5692 15e année

 « Raphaëlle Maison est professeur de droit public à l’Université Paris Saclay (droit international). Elle a beaucoup travaillé sur la justice pénale internationale et récemment publié Justice pénale internationale, Paris PUF, 2017.

En rapport avec le génocide des Tutsi au Rwanda, elle a notamment publié « L’opération ‘Turquoise’, une mise en œuvre de la responsabilité de protéger ? La responsabilité de protéger, Paris, Pedone, 2008, p. 209-232 ; « Que disent les archives de l’Élysée ? » Esprit, mai 2010, p. 135-159 ; « Coup d’Etat et génocide : l’affaire Bagosora », Les Temps Modernes, 2014, p. 213-237 ; avec Géraud de La Pradelle, « L’ordonnance du juge Brugière comme objet négationnistes », Cités, 2014, p. 79-90 ainsi que l’ouvrage Pouvoir et génocide dans l’œuvre du TPIR, Dalloz, 2017. »

« La Vie des idées (Florent Guénard) : Vous faisiez le constat, en 2015, que les historiens français avaient du mal à appréhender le rôle de la France dans le génocide des Tutsi. Vous listiez les obstacles auxquels ils avaient à faire face. Est-ce que le travail fourni par la commission Duclert signifie que ces obstacles ont enfin été levés ?

Raphaëlle Maison : En effet, il me semblait en 2015 que certains obstacles empêchaient une recherche historique sur le rôle de la France au Rwanda : les contraintes du champ académique, l’indisponibilité des sources, la crainte d’être appelé à soutenir des procédures pénales, la question de l’engagement militant, le fait que le rôle de la France ne paraissait pas prioritaire aux historiens travaillant sur le génocide des Tutsis.

Il est clair que nombre de ces obstacles ont aujourd’hui été levés, en grande partie pour des raisons ayant trait à la décision politique. Mais je voudrais, avant de répondre plus précisément, saluer le travail fait par la Commission. Il s’agit d’un travail très sérieux, mené dans des conditions de temps limitées, où les membres de la Commission – et les jeunes historiens recrutés pour l’assister – ont fourni une recherche et une analyse approfondie et courageuse. Je suis donc impressionnée par leur implication et leur acharnement à servir la cause de la vérité historique. Je note également que ce rapport restaure l’importance de l’Archive dans la production historique ; il restaure l’importance d’établir les faits, les chronologies, les dimensions politiques et internationales d’un génocide commis dans un contexte « post-colonial ». Je relève aussi que le rapport, même si nombre d’éléments peuvent en être discutés, et ses auteurs y invitent d’ailleurs le public, a produit, pour ceux qui examinent cette question depuis longtemps, une forme de soulagement face à l’effondrement du mur de propagande et de manipulations auquel ils étaient confrontés. L’un des grands mérites de ce rapport est de dépasser certains lieux communs, qui ont longtemps dominé : il ne se base jamais sur la thèse des massacres interethniques, du double génocide, du Front Patriotique Rwandais (FPR) comme mouvement « fasciste ». L’analyse du rôle de la France se déploie donc à partir d’une compréhension fine de ce que fut ce génocide.

Enfin, je voudrais rendre hommage ici à certains de ceux qui furent les précurseurs de ce questionnement : François-Xavier Verschave et Sharon Courtoux, de l’association Survie, l’historien José Kagabo, le chercheur Jacques Morel, le juriste Géraud de La Pradelle, les nombreux journalistes engagés pour la découverte de la vérité, parmi lesquels Laure de Vulpian et, bien sûr, Patrick de Saint-Exupéry, qui a d’ailleurs fait l’objet de nombreuses procédures judiciaires pour son ouvrage Complices de l’inavouable.

Je présente mes excuses à ceux qui ne peuvent être cités ici. Ils sont nombreux.

Les obstacles liés aux contraintes du champ académique, à l’indisponibilité de nombreuses sources et à la crainte de l’engagement ont été levés par le processus même qui a conduit à ce rapport. Il s’agit en effet d’une commande publique, accompagnée d’une autorisation d’accès aux archives. Il est vrai que la création d’une nouvelle commission officielle par la Présidence de la République avait d’abord inquiété, certains historiens ayant bien démontré les limites de ce type de commandes politiques.

On pouvait même penser que répondre à une telle commande s’avérait déontologiquement problématique. Mais le résultat des travaux et le fait que les archives, rendues publiques, permettront « des travaux futurs » (Rapport, p. 34), dissipe ces inquiétudes initiales. Les conclusions du rapport pourront être soumises à un examen critique, essentiel à la connaissance scientifique. Il est peut-être possible de regretter l’absence, dans cette Commission d’historiens étrangers qui ont beaucoup travaillé sur l’histoire coloniale ou post coloniale de la France ; la présence de ces chercheurs aurait pu permettre à la Commission d’approfondir la « mise à distance » qu’elle revendique (Rapport, p. 32) et de dépasser rapidement certains « biais cognitifs » (je reprends, en la détournant, la formule fréquemment employée dans le rapport). En effet, en tant que Français(e), il est souvent difficile d’imaginer l’implication réelle de son propre pays.

Il faut tout de même ajouter, s’agissant des sources, que la Commission indique clairement que certaines archives lui sont restées inaccessibles. Elle s’élève vivement contre les refus d’accès et aussi les pratiques de non-versement ou de destruction volontaires d’archives (certaines télécopies retrouvées portent la marque « destruction après lecture », Rapport, p. 738). Ces dernières pratiques sont rattachées par la Commission aux « dérives institutionnelles » qu’elle condamne (Rapport, p. 22). En somme, la Commission n’a pas accédé à toutes les sources, et cela limite ses conclusions, elle le dit explicitement, d’autant plus que tout n’est pas consigné par écrit (Rapport, p. 33). Par ailleurs, certaines périodes sont très peu documentées par la Commission sans que l’on sache cette fois pourquoi (début de l’année 1994, Rapport, pp. 328-331) ; certains thèmes ne sont pas complètement traités, tel celui de l’assistance diplomatique française fournie au Rwanda à l’ONU (Rapport, p. 923). En somme, il s’agit d’une première étape, très conséquente, mais qui pourra être encore approfondie. Cet approfondissement est aussi exigé, et la Commission en est consciente (Rapport, p. 22) par la nécessité d’un croisement des sources car, évidemment, seules les sources françaises sont ici interrogées. Les sources provenant de la MINUAR (la force de maintien de la paix des Nations Unies) seraient, par exemple, particulièrement utiles.

La Vie des idées  : Le rapport pointe différentes formes de responsabilité (politiques, institutionnelles, intellectuelles) du gouvernement français. Mais il reste très équivoque sur la responsabilité morale de l’Élysée (p. 975), concluant alors que la France ne s’est pas rendue complice du génocide. Cette analyse de la responsabilité vous semble-t-elle convaincante ? À partir de quel degré d’implication peut-on être qualifié de « complice » ?

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/La-France-et-le-genocide-rwandais.html

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021