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mardi 11 décembre 2018

De l’acte IV à l’acte V ? N°4607 12e année


Après un mois de silence, le Chef de l’Etat est intervenu lors d’un discours enregistré ce qui dénote, une fois encore ce refus d’être en même temps et au même moment avec les Français.
Emmanuel Macron a presque dit qu’il avait entendu les plaintes, les colères et a décrété une « urgence économique et sociale » et a annoncé quelques mesures dont une hausse du SMIC de 100€ et la suppression de l’augmentation de la CSG pour les retraités modestes.
L’impression générale est que les réajustements budgétaires ont le pas sur la profondeur de la colère ou révolte. Tout reste en place : le Premier ministre, le gouvernement, la politique générale.
Emmanuel Macron a manqué l’occasion de taire d’un coup les rancœurs et les plaintes légitimes des gilets jaunes. Pour cela, il fallait intervenir en direct, annoncer un nouveau pacte social avec des mesures immédiates, le référendum d’initiative citoyenne et le renvoi d’Edouard Philippe lié à ce qui a amené les troubles sociaux.
Peut-être que la colère descendra d’un cran mais pour un temps car l’exécutif est toujours engagé dans une politique de hausse de la pression fiscale. Ce qui a été dit hier soir est une proposition de répit mais pas de remise en cause. Le soin à complaire à Bruxelles et à Berlin se devinait tout au long de l’intervention présidentielle, d’un Président qui n’a toujours pas vu ou reçu un gilet jaune !
Les dangers à chipoter, à pinailler le bout de gras ou à compter les piécettes jetées du carrosse ont historiquement des retours dramatiques quand bien même le gouvernement disposerait du fameux « liquide incapacitant » pouvant terrasser toute une foule.


Jean Vinatier
Seriatim 2018

« L’existence de l’euro, cause première des « gilets jaunes » – Tribune de Todd, Sapir, Gomez, Rosa, Hureaux, Werrebrouck… » N°4606 12e année


« Près de vingt ans après le lancement de l’euro, le 1er janvier 1999, la situation de la monnaie unique européenne est paradoxale. D’un côté, l’échec de ce projet est patent, étant reconnu par la plupart des économistes compétents, dont de très nombreux prix Nobel. De l’autre, ce sujet est maintenant tabou en France, au point qu’aucun responsable politique n’ose plus l’aborder de front. Comment s’explique une telle situation ?
Personne ne relie le mouvement actuel des « gilets jaunes » à l’échec de l’euro. Or, l’appauvrissement du plus grand nombre, dont il est le signe le plus manifeste, découle directement des politiques mises en œuvre pour tenter de sauver, coûte que coûte, la monnaie unique européenne. Il ne s’agit pas tant, ici, de la politique monétaire d’assouplissement quantitatif pratiquée par la Banque centrale européenne, peu efficace, au demeurant, pour relancer la production, mais des politiques budgétaires de hausse des impôts et de baisse des investissements publics, partout exigées par la Commission de Bruxelles. Celles-ci ont, certes, fini par redresser les comptes extérieurs de certains pays déficitaires. En revanche, ce fut au prix d’une « dévaluation interne », c’est-à-dire d’une diminution drastique des revenus, associée à un étranglement de la demande interne. Elles ont ainsi engendré un effondrement dramatique de la production dans la plupart des pays d’Europe du Sud et un taux de chômage resté très élevé, en dépit d’un exode massif des forces vives de ces pays. »
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Jean Vinatier
Seriatim 2018

« Gilets jaunes : apprendre de l’histoire et agir dans le présent par Eric Toussaint »N°4605 12e année


«Le démarrage de la révolution française a été marqué par le rejet de la politique injuste de la monarchie au niveau fiscal. La majorité de la population était soumise à une charge d’impôts énorme et totalement inéquitable puisque la noblesse et le clergé ne payaient pas d’impôts. Pourquoi la monarchie augmentait-elle les impôts ? Pour rembourser la dette publique empruntée aux bourgeois, dette publique qui servait les intérêts du régime sans prendre en compte les besoins de la population.
Un des déclics de la révolution liégeoise de 1789 a été l’impôt sur la bière, qui a constitué la goutte qui a fait débordé le vase. Là aussi, le peuple n’acceptait plus que le clergé et la noblesse soient exemptés du paiement de l’impôt et dénonçait le fait que 25 % du budget de la principauté de Liège allaient au remboursement d’une dette publique illégitime.
La première révolution russe de 1905 a été notamment provoquée par les impôts injustes servant à financer le remboursement de la dette publique qui avait augmenté suite aux guerres dans lesquelles le pouvoir tsariste s’était engagé. Avant son arrestation par la police du Tsar, la direction du mouvement révolutionnaire à la tête des conseils d’ouvriers, de paysan-ne-s et de soldats de la capitale Saint-Pétersbourg avait annoncé qu’il fallait arrêter de rembourser la dette contractée par le pouvoir en place.
L’imposition de la poll-tax décrétée par Margaret Thatcher en 1989 en Grande-Bretagne a provoqué un très grand mouvement populaire de résistance car cette taxe sur les logements frappait injustement le peuple. Cela provoqua des émeutes à différents endroits du pays et entraîna la chute de la Dame de fer. »
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Jean Vinatier
Seriatim 2018

« Gilets jaunes Acte 4: le Gouvernement fait monter d'un cran la répression, sans apporter de réponse sur le fond par Karine Bechet-Golovko » N°4604 12e année


«Ce 4e Acte des Gilets Jaunes a fait monter la communication d'un cran, tout autant que la répression. Evidemment, les Gilets jaunes n'étant pas les tueurs à gages que le Gouvernement annonçait (voire espérait), ils n'ont pas tiré sur le bon peuple de France et de Navarre. Mais l'opération dénigrement est en route, l'opposition est idéologique : Macron ne peut répondre à la demande des Gilets Jaunes d'un retour de l'Etat, puisqu'il est là pour implanter la mondialisation grâce au recours massif au management. C'est une rupture idéologique, l'individu au service du chiffre, donc on frappe, on gaze, on discrédite, on menace de prison. L'Acte 4 a dévoilé la consommation de la rupture entre le peuple français et ces élites mondialisées.

Comme nous l'avions écrit, nous sommes loin de la guerre civile, malgré la campagne sans précédent de communication mise en place par le Gouvernement, qui instrumentalise à cette fin et la police et la racaille (voir notre texte ici).

Alors qu'une attitude de fin du monde était de rigueur dans les médias et les politiques, certaines scènes sont passées totalement inaperçues, bien que hautement symboliques. Par exemple, ce concert près de la Bastille, avant que les policiers n'aient l'ordre de rétablir l'ordre macronien et qu'un policier semble bien apprécier :

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Gilets Jaunes : les forces de l'ordre doivent-elles sauver la Macronie au prix de la République?

« Si l'on en croit les médias et les responsables politiques, la France serait au bord d'une révolution ou d'une guerre civile. Personnellement, j'ai du mal à le croire. Il semblerait plutôt que les revendications sociales fondées de la population rencontrent le vide de la politique nationale, remplacée par la mythologie managériale. La rencontre de ces deux composantes met la Macronie en danger, qui semble se défendre en faisant monter les enchères. Les forces de l'ordre et les blindés, suite à une opération de communication nous plongeant dans les tréfonds des mises en scène de la Syrie ou de l'Irak, doivent alors sauver la Macronie. Au prix de la République ?

Ces derniers temps une confusion volontaire est entretenue en ce qui concerne les violences qui se déroulent ces dernières semaines dans le pays. Il y a amalgame confortable entre les violences inévitables lors de tout mouvement revendicatif réel, c'est-à-dire en dehors des grands-messes idéologiques sur le climat, les violences faites aux femmes, la paix dans le monde, etc, qui rappellent les manifestations du 1er mai dans l'Union soviétique. La grande fête du système qui célèbre ses piliers.

Ici, nous sommes dans une situation diamétralement opposée et il est fondamental de différencier les types de violences. 

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Jean Vinatier
Seriatim 2018

lundi 10 décembre 2018

« En cours : forte houle en France par Hélène Nouaille » N°4603 12e année


«Le modèle marche toujours », constatait Emmanuel Todd lors d’une matinale sur France Culture le 2 décembre. « Cette capacité des masses à s’organiser toutes seules est toujours là, à la surprise de tous. Je suis moi-même un peu surpris de la persistance de cette culture française dont je ne savais plus trop (…) si elle était toujours présente. Et là, pour moi qui suis anthropologue et historien, c’est comme si j’en avais la démonstration : ces valeurs libérales et égalitaires, qui mènent une population (…) à se révolter devant ce qu’elle considère comme l’injustice marchent toujours » (1).

Et devant ce mouvement qui bloque la France depuis trois semaines – la France et non pas Paris -, mouvement largement soutenu par les trois quarts de la population quand le président Emmanuel Macron reste étrangement mutique, l’anthropologue d’ajouter : « cette sympathie générale de la population pour le mouvement, cet espèce d’hommage à la culture libérale égalitaire française traditionnelle (peut céder) devant la peur du désordre. Et moi je pense que le gouvernement cherche consciemment le chaos pour provoquer cette rupture ». Néanmoins, les résultats d’un sondage effectué après un second rassemblement violent à Paris, le 1er décembre, démentent cette hypothèse : 72% des Français continuaient d’être en sympathie avec le mouvement, 90% d’entre eux estimant que « le gouvernement n’a pas été à la hauteur des événements », si 85% des sondés désapprouvent les violences (2). Le constat est sévère. D’autant que, au fil des jours, on voit des lycées bloqués ou des tracteurs apparaître – la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) menace de mettre les agriculteurs dans la rue dès la semaine prochaine (3). FO et la CGT appellent les routiers à la grève illimitée à partir de dimanche soir (4) ; et qu’après les annonces du premier ministre le 4 décembre, les gilets jaunes maintiennent leur appel à manifester samedi 8 décembre à Paris. Annonces d’un moratoire de six mois pour les taxes sur les carburants, assorti de quelques mesures destinées à se rallier au moins une partie de l’opinion, parce que sans son assentiment, il n’y a pas d’issue.

Quelle est cette France qui se révolte devant l’injustice ? »

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Jean Vinatier
Seriatim 2018