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lundi 18 juillet 2016

« Pokémon Go : quand l'Empire du Rien contre-attaque par F.X Ajavon » N°4218 10e année



« Le lancement du nouveau jeu géolocalisé de Nintendo connaît une ampleur planétaire. Pour François-Xavier Ajavon, quand des gens se mettent à chasser frénétiquement des Pokémon virtuels, une réalité s'impose : le Rien a triomphé.

A quelques encablures du chassé-croisé des juilletistes et des aoûtiens, en pleine torpeur estivale, tandis que les français dilapident leurs congés payés sur des plages surpeuplées pleines de touristes allemands en short, alors qu'un ennui palpable gagne toutes les rédactions, une information de premier plan est tombée sur les télescripteurs du monde entier: l'humain vient enfin d'accéder à un plein accomplissement intellectuel grâce à un jeu: Pokémon Go. A l'heure où j'écris ces lignes seuls le Pape François, Elvis Presley et Michel Rocard ne se sont pas encore exprimés sur cette révolution dans la mutation de l'humain, créature animale déjà élaborée, vers encore plus de sophistication. La plupart de ceux qui ont une certaine mémoire des choses de la vie se souviennent de la précédente vague de Pokémon-mania qui avait envahi les cours de récréation hexagonale ; cette résurgence ne peut que nous rappeler les heures les plus sombres de notre Histoire. Alors de quoi s'agit-il? D'une application ludique développée par Nintendo pour les Smartphones, exploitant leurs capacités de géolocalisation et leurs caméras intégrées, permettant d'incruster les Pokémons dans l'environnement des joueurs. Le but est, comme à l'époque de leur lancement il y a 20 ans, sous Alain Juppé, de les capturer et de les dresser. Au fil de leurs déambulations dans la ville, téléphones en mains, les joueurs se livrent donc à une «chasse» aux Pokémons virtuels. Il n'en fallait pas moins pour que des titres terrifiants surgissent dans la presse, avec des mots du type: «engouement planétaire», «folie», «buzz», «fureur», «frénésie», l'action Nintendo «s'envole» et bien entendu l'imparable «phénomène de société»… On a demandé leur avis à des psychologues, des sociologues, des experts de toute sorte. Hollywood songe à faire un film sur le sujet. Et naturellement on a tiré le signal d'alarme sur les périls auxquels s'exposent les joueurs, on a fait jouer le principe de précaution… A l'instar de la pratique de la perche à selfies, la chasse aux Pokémon n'est pas sans risque: elle peut en effet entraîner les participants le long de routes ou de voies ferrées, et la presse américaine signale déjà des cas de blessés. La radio-télévision belge a solennellement mis en garde la population du royaume au sujet des risques que présente la traque des Pokémons en voiture. Les autorités françaises n'ont pas tardé à se saisir officiellement du dossier ; face au risque de bousculade, de mouvement de foule, d'émeute, de Nuit debout ou de tout autre débordement, un rassemblement qui devait regrouper plus de 3000 personnes au Jardin du Luxembourg a été interdit par la Préfecture de Police de Paris. Et comme le moderne vit dans une société sans Histoire, plusieurs points de rencontre de chasseurs de Pokémons se sont trouvés dans le mémorial de l'Holocauste, à Washington. «Il est inapproprié de jouer à Pokémon GO dans ce musée, qui est un mémorial aux victimes du nazisme», a déclaré l'un des responsables des lieux. Des zombies, portables en mains, arpentent - le regard hébété - musées, lieux de culte, et hôpitaux. On sait encore peu de choses de leur vie intérieure. On ne sait pas vraiment s'ils sont heureux. L'histoire dira s'ils finiront eux-mêmes par devenir aussi virtuels que le monde qu'ils adulent. Ils auront, quoi qu'il en soit, occupé leur temps. Un bel exercice pour l'examen d'entrée à l'ENA serait de faire écrire aux futurs élèves une note expliquant ce prodigieux progrès de l'humanité - l'un des plus décisifs après le moteur à explosion et le Gin tonic - au Préfet Poubelle par exemple, ou à un quelconque type né au XIX ème siècle.
Résumons la situation: la fin de l'Euro de football a laissé un tel vide que l'actualité s'en trouve ainsi dominée par Emmanuel Macron, Jean-Marc Morandini, le coiffeur de François Hollande et les Pokémons. (Quatre noms désignant d'ailleurs la même chose: le grand Rien). C'est triste. Vivement le siècle prochain. »

Source :


Jean Vinatier
Seriatim 2016

« Déficits ibériques : Bruxelles perd sur les deux tableaux par Pierre Lévy » N°4217 10e année



Peines contre l’Espagne et le Portugal quand la France est laissée en roue libre….

« Les observateurs s’accordent sur un point : face aux déficits budgétaires «excessifs» confirmés par l’Espagne et le Portugal, les dirigeants européens sont confrontés à un dilemme quasi-insoluble : s’ils sanctionnent les deux pays, l’UE accumulera un nouveau motif de colère populaire – et pas seulement dans la péninsule ibérique ; s’ils ne sanctionnent pas, le précédent ainsi créé achèvera de décrédibiliser le «pacte de stabilité» et les dispositifs renforcés de surveillance économique des Etats membres.
La suite ci-dessous :


Jean Vinatier
Seriatim 2016

Fin de la minute de silence N°4216 10e année



Pendant que François Hollande suivait la minute de silence depuis la place Beauvau sans craindre le moindre incident, Manuel Valls se rendait sur la promenade des anglais où il subit les avanies de la fonction quand se pose la question de la responsabilité. Les sifflets, les huées, les « démission » étaient bien trop nombreux pour être le seul fait du FN, n’en déplaise à Matignon. Les failles qui permirent l’attentat islamiste contre les Français sont si béantes que l’état d’urgence lui-même s’effondre. N’osant passer à l’état de siège, l’exécutif prolonge un état d’urgence dont tout le monde sait le discrédit. Pour se dégager, maladroitement, Manuel Valls affirma que l’Etat avait déjoué un attentat à la veille de l’Euro, un propos qui amène une question : pourquoi, alors François Hollande a-t-il annoncé la fin de cet état d’urgence un 14 juillet ?
L’exécutif n’a plus la main. L’opposition le devine et monte à, l’assaut de l’ambulance gouvernementale oubliant combien le quinquennat de Sarkozy avec Kouchner et Juppé avait été, en politique étrangère et migratoire, une catastrophe complète dont hérita un François Hollande, lequel, loin de soigner les plaies les ouvrit un peu plus.
C’est donc toute une classe politique qui affronte le vide ou approche le grand vide. Nicolas Sarkozy, évidemment sans mémoire mais sentant bien l’opinion publique, se prépare à enfourcher le discours qui fera mouche. Cet attentat de plus lui permettra-t-il d’affaiblir le FN d’ici les présidentielles ?
C’est une classe politique toute proche du précipice qui n’ose pas dire quel est l’ennemi. Dire « combattre le terrorisme » ne signifie rien, c’est une incantation. Pour donner le change, la France a bombardé des positions de Daech en Irak : What else ?
Manuel Valls, bien fataliste, en déclarant qu’il nous fallait vivre avec le terrorisme, se désarme tout seul. Depuis Charlie Hebdo, en janvier 2015 à Nice, le 14 juillet 2016, ce sont près de deux cents cadavres, en majorité français, qui jonchent leur politique. Un échec patent qui n’empêche pas Bernard Cazeneuve de se féliciter de son action. Pas un seul ne démissionne: pourquoi changer une équipe perdante ? Une nation française ensanglantée mais des ministres contents. Daech 3-0


Jean Vinatier
Seriatim 2016


dimanche 17 juillet 2016

« Attentat à Nice, le glas de l’insouciance par Hélène Nouaille »N°4215 10e année



«[….]
 D’autre part, en dehors des réactions très désordonnées des politiques désemparés au lendemain de l’attentat de Nice, qui laissent surtout l’impression de l’impuissance du politique, de l’impuissance de l’Etat, où en est la réflexion de fond sur la situation ?
 [….]
La suite ci-dessous :

Jean Vinatier
Seriatim 2016

samedi 16 juillet 2016

Erdogan l’homme toupie N°4214 10e année



La nuit du 15 au 16 juillet 2016 aura été bien sanglante et tumultueuse à Istanbul et Ankara : un groupe d’officiers a tenté de démettre le Président Erdogan. Mais était-ce seulement une conjuration du petit nombre ? Des dizaines de généraux et officiers généraux démis de même que 3000 juges. Nous saurons dans les jours à venir que cette conjuration quoique mal préparée comptait un réseau plus divers et fourni. Ce jour, Erdogan accuse formellement son ancien gourou, Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis depuis 1998, d’être la tête pensante des événements actuels et vient de sommer la Maison Blanche de faire procéder à son extradition.
Habitué à suivre les humeurs turques, serais-je surpris d’assister à un nouveau spectacle qui autorise une question : Erdogan a-t-il été réellement surpris par le coup d’état ? L’homme est assez habile et cynique pour savoir laisser aller ses adversaires vers la faute. Le Président Erdogan, n’est-il pas dans une logique de vouloir concentrer le maximum de pouvoir entre ses mains, ne fait guère mystère de se doter d’une constitution quasiment bonapartiste ? Delà à ce qu’il rêve sultan……Ne lui fallait-il pas, en quelque sorte, un « duc d’Enghien » ?
Quel que soit l’avis sur la situation turque, ce pays d’entre les deux continents s’illustre par son instabilité et ses multiples fractures. Le Président Erdogan a, depuis longtemps éliminé ce qui restait de kémalistes militaires, seul faisait ombre un courant musulman compatible avec la modernité libérale et « le vivre ensemble », représenté par Fethullah Gülen qui nie formellement toute participation au coup d’état.
Il y a déjà deux choses que l’on peut écrire : d’abord l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne est compromise, ensuite, la politique turque vis-à-vis de la Syrie obliquera-t-elle dans un sens plus favorable à Bachar Al-Assad et donc aux Russes et aux Iraniens ? Ou bien approfondira-t-il  ses liens avec les monarchies wahhabites  ce qui le placerait évidemment sur le chemin d’une islamisation plus profonde ?
Renforcé sur le moment par l’échec du coup d’état,  jouissant d’une réelle popularité auprès des classes modestes et moyennes en les fixant, notamment sur le cas kurde sera-t-il tenté par une transformation institutionnelle radicale, osera-t-il quitter l’OTAN si la Maison Blanche refusait de lui livrer, ce qui est sûr, Fethullah Gülen ? Il a pour l’heure, le fameux coupable parti de l’étranger pour asseoir sa personne. Quoi qu’il en soit, la question syrienne et les migrations vers l’Europe vont nous ouvrir de nouvelles combinaisons lesquelles pourraient par ricochet satisfaire Vladimir Poutine. Erdogan dispose d’atouts maîtres ce qu’il fera de ce jeu le hissera ou le précipitera.

Jean Vinatier
Seriatim 2016