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vendredi 2 août 2019

Retour le 2 septembre


Je pars tout le mois faire un  périple de 1700 kilomètres à vélo : toute la Bretagne puis la côte atlantique jusqu’au Périgord avant un retour vers Paris via la Sologne. J’emmène pour m’élever Les métamorphoses d’Ovide et la Jérusalem délivrée….

Jean Vinatier
Seriatim 2019

jeudi 1 août 2019

Le TASSE – Une Vie, une Œuvre : 1544-1595 (France Culture, 2003) N°4634 13e année

Un très beau portait du grand poète italien, auteur célèbre de La Jérusalem délivrée ou libérée magnifiée jusqu’au XXe siècle. Jean Vinatier 
Seriatim 2019

« Hidalgo: Falcon, c’est mon vélo! » N°4633 13e année


Anne Hidalgo, la maire-Macron de Paris, est en parfaite harmonie avec son électorat et le parti présidentiel en n’estimant pas du tout contradictoire de prendre un avion affrété par le Tour d France pour se rendre à une arrivée d’étape pour promouvoir le vélo. Pourquoi, pas le train : C’est plouc ? Quelle obligation y avait-il à se pointer à une arrivée du Tour alors qu’en qualité de maire-Macron de Paris, elle accueillait l’étape finale ?
En réalité, elle se meut comme tous ces députés vautrés devant une adolescente handicapée suédoise, promue sans gêne par ses parents, manipulée par des personnages et des sociétés et qui ont trouvé du contentement à se faire chapitrer quelques heures avant d’approuver le CETA, un traité de libre-échange en totale contradiction avec les dires de Greta !
Anne Hidalgo qui vitupère dès qu’elle voit une voiture, hormis la sienne, estime que l’avion ne pollue pas. D’ici quelques jours Google organisera en Sicile une sauterie autour du thème du réchauffement climatique, que plus d’une centaine de jets s’y posent n’émeut personne.
On est bien dans cet univers bobo-mondialiste : haro sur la voiture mais pamoison devant les avions et les navires-villes dont chacun pollue plus que quiconque. L’assemblée nationale a refusé de taxer le carburant car réduire le tourisme de masse menacerait tout l’édifice idéologique des adeptes du « vivre-ensemble » qui associent aux déplacements aériens les migrations. Ces mêmes personnages qui ne cessent pas d’assombrir les gens avec le réchauffement climatique ne s’aperçoivent pas que si des mesures drastiques étaient prises pour réduire l’émission de CO2, le billet avion classe touriste Paris-New-York afficherait 10 000 dollars l’aller ?
Cette oligarchie rend publique ses propres contradictions et se rend odieuse par GAFA interposés lesquels voudraient bien avec le Libra s’émanciper des Etats

Jean Vinatier
Seriatim 2019

« Les droits humains, compagnons impuissants du néolibéralisme par Élodie Djordjevic » N°4632 13e année


À propos de : Samuel Moyn, Not Enough. Human Rights in an Unequal World, Cambridge

Les droits humains ne sont pas un rempart contre la montée des inégalités. Au contraire, ils s’accommodent très bien d’un simple idéal de subsistance, qui ne prévient pas les écarts de richesse. Difficile dans ces conditions d’en faire un instrument d’émancipation.

Moins de dix ans après la parution de The Last Utopia, ce sont de nouveau ces « droits humains » alors soigneusement distingués des « droits de l’homme » [1] que S. Moyn examine dans ce nouvel opus qui prolonge et éprouve les thèses du premier à la lumière de la montée – et du triomphe – du néolibéralisme, phénomène contemporain de celui par lequel les droits humains se sont imposés comme notre « dernière utopie ». Partant de l’apparent paradoxe par lequel l’âge d’or des droits humains est aussi celui des plus riches et des plus grandes inégalités de richesse, l’ouvrage vise à éclairer les raisons par lesquelles les droits humains s’accommodent si bien d’un accroissement exponentiel des inégalités et sont devenus l’idéal le plus élevé d’un monde dont l’organisation économique et politique est structurellement productrice d’inégalités matérielles, tant au sein des États qu’à l’échelle mondiale.
Suffisance et égalité
Bien que de grands progrès soient à mettre au crédit des droits humains s’agissant de l’égalité statutaire, leur triomphe n’en a pas moins coïncidé avec l’abandon de l’exigence d’égalité matérielle au profit de la seule suffisance, et la « distinction fondamentale », posée dès l’introduction, entre « idéal de suffisance » (ideal of sufficiency) et « idéal d’égalité » (ideal of equality, p. 3 sq.), sert de fil conducteur à l’enquête, comme de critérium pour la détermination de la teneur des droits économiques et sociaux corrélés aux droits humains.

Fondé sur la définition d’un seuil minimal de biens, le premier « idéal » vise l’obtention, pour chacun, d’un niveau d’approvisionnement convenable, tenu pour nécessaire à la satisfaction de réquisits posés par ailleurs. Dans ce cadre, l’égalité n’est en rien déterminante. Une fois le seuil de suffisance atteint pour chacun, peu importe que soient présents les plus grands écarts de richesse : il suffit que chacun ait ce qui (lui) suffit. L’« idéal d’égalité » en revanche ne vise pas seulement à conjurer l’indigence, mais exige en outre un minimum d’égalité dans la répartition des richesses. Il ne prescrit pas une égalité matérielle absolue, mais une modération des inégalités matérielles, seule à même de conjurer, outre la pauvreté, les risques de dislocation sociale et la domination des plus riches sur les plus pauvres que de trop grandes inégalités produisent nécessairement. Pour une telle position, tant du point de vue de la justice que d’un point de vue pragmatique, il ne suffit pas que chacun ait ce qui lui suffit : assez n’est pas assez.

Or, s’il n’y a pas nécessairement de rapport de disjonction exclusive entre les deux types d’idéaux, il ne va pas non plus de soi qu’ils aillent toujours de pair. La contemporanéité montre même le contraire, qui manifeste une parfaite compatibilité de l’aspiration à la suffisance avec l’existence des plus grandes inégalités. Historiquement toutefois, bien qu’ils n’aient pu l’accomplir pleinement dans les faits, la tentative de liaison de ces deux idéaux a bien existé qui est le fait des Jacobins, la pression des Sans-culottes ayant permis la liaison de la question des « subsistances » et du « droit d’exister » à l’exigence de revenus égaux. En cette combinaison jacobine de l’idéal de suffisance avec l’idéal égalitaire résident les origines de la justice sociale et l’héritage que veut exhumer le premier chapitre : ayant trouvé dans le welfare state [2] sa réalisation institutionnelle et politique la plus aboutie, cette « synthèse » est aujourd’hui morte ou du moins moribonde, tombée sous les coups du néolibéralisme sans que les droits humains se soient interposés pour la maintenir debout [3].
Transposer à l’échelle mondiale les principes du welfare state
 ?

Éclairant la liaison de cette «
 synthèse jacobine » avec la réalité historique du welfare state, les chapitres 2 et 3 examinent à nouveaux frais la Déclaration universelle de 1948 et le « Second Bill of Rights » de F.D. Roosevelt, qui ont tous deux pu être interprétés comme des tentatives, sinon des réalisations, d’une « mondialisation » des principes de justice portés par le welfare state.
À l’encontre de sa lecture à partir des prémisses néolibérales de notre temps, la Déclaration Universelle de 1948 doit être replacée dans son contexte, celui de l’âge d’or du welfare state : loin de l’importance qu’on lui reconnaît aujourd’hui, elle n’était alors qu’un « satellite mineur gravitant autour du programme de welfare national » (p. 91). L’inscription des droits sociaux n’est elle-même qu’une justification indirecte de celui-ci, appuyant et soutenant l’intervention et la planification étatiques : les droits sociaux sont subordonnés à la consolidation de l’existence d’un welfare state dont, à l’instar des aspirations à la justice sociale et à l’égalité alors présentes dans le monde, le discours des droits n’est pas la langue privilégiée. La langue de 1948 n’est pas (encore) la langue des droits, mais il s’agit bien d’une langue parlée par des États nationaux, et en dépit des références de son préambule « aux mesures progressives, nationales et internationales [4] », aucune politique transfrontalière de droits sociaux n’est alors sérieusement envisagée.

Selon un geste identique qui conjure les lectures rétrospectives, Moyn montre que loin d’être un jalon en vue de la réalisation d’un welfare world, le fameux « Second Bill of Rights » annoncé par Roosevelt dans son discours sur l’état de l’union de janvier 1944 sonne en réalité le glas du New Deal, et manifeste l’échec d’une transformation d’un « État de guerre » (warfare state), de son organisation de l’économie et de la production, de la planification et de la redistribution qui l’ont accompagné en welfare state pérenne. Contre Sunstein [5], il faut dire du « Second Bill of Rights » qu’il ne contient que les miettes ayant échappé au balayage des grandes ambitions du New Deal [6], et bien plutôt qu’une étape vers le désenclavement du welfare de la structure de l’État-nation, il montre l’échec américain à institutionnaliser des dispositifs à même de réaliser la justice sociale. Depuis lors, planification, redistribution, aspiration à l’égalité matérielle ont été abandonnées au profit d’une satisfaction de la seule exigence de suffisance, d’ailleurs elle-même limitée.

La suite ci-dessous:
Jean Vinatier
Seriatim 2019

« La domination européenne : une parenthèse historique ? par Charles Dugranrut N°4631 13e année


L’auteur fait la critique de l’ouvrage de Jason Sharman : Empires of the Weak. The Real Story of European Expansion and the Creation of the New World Order


« Jason Sharman revient sur le récit traditonnel de la domination européenne et interroge les limites de cette dernière.
Selon l’historiographie traditionnelle, la domination de l'Europe sur le reste du monde, qui était à son apogée durant le XIXe siècle, était la conséquence inéluctable de sa supériorité militaire. Mais ne doit-on pas s’interroger sur ce paradigme ? En revisitant l’histoire du développement des empires coloniaux européens, Jason Sharman souligne que les facteurs traditionnellement proposés pour expliquer la domination européenne ne résistent pas à un examen approfondi, mais aussi que cette domination était limitée jusqu’au XIXe siècle.

La supériorité militaire européenne surévaluée ?
L’ouvrage conteste la thèse de la révolution militaire selon laquelle la rivalité permanente entre les nations européennes les a conduites à développer des armes supérieures à celles du reste du monde et à définir des stratégies militaires plus efficaces . Il souligne que la géographie et le climat hors de l’Europe empêchaient l’alignement d’importants effectifs de soldats comme sur ce continent et l’utilisation d’armes plus létales que celles de leurs adversaires. En outre, la conquête européenne a été effectuée par des petites armées voire des bandes de mercenaires.
La supériorité militaire européenne se heurtait à de fortes résistances, voire était menacée. Tout d’abord, des bandes armées autonomes ont combattu en exploitant les ressources offertes par la géographie locale. Cette stratégie est similaire à celle qui sera utilisée par les mouvements de libération nationale au moment de la décolonisation. À l’inverse, les sociétés complexes comme les Aztèques ou les Incas se sont révélées moins efficaces pour résister aux Européens. Dans une perspective de long terme, selon Jason Sharman, les guerres de décolonisation ont révélé la fragilité de l’argument de la supériorité militaire.
Par ailleurs, l’armée ottomane a représenté une menace importante, voire existentielle, pour les Européens. Elle disposait d’une infanterie équipée de fusils, d’une cavalerie, d’ingénieurs, d’artilleurs, était ravitaillée grâce à une logistique organisée par une bureaucratie complexe et, enfin, était financée par des ressources collectées par un système fiscal centralisé. De même, les nombreuses défaites subies par les Européens en Afrique de Nord ont montré les limites de cette supériorité militaire européenne.
Les débuts de la domination européenne, qui se limitaient souvent à des incursions, ont bénéficié d’une conjonction de facteurs favorables. Puisque la domination territoriale était l’objectif principal des gouvernements locaux, ces derniers ne se trouvaient pas en rivalité directe avec les nations européennes. Les Européens, qui se voyaient attribuer des ports ou des concessions commerciales, entretenaient des relations d’allégeance avec les puissances locales.
D’autres facteurs ont contribué à long terme à la victoire des armées des nations européennes : la démographie, leur logistique supérieure notamment grâce à leur maîtrise des mers, leur capacité à s’appuyer sur des alliés locaux, leurs ressources financières et l’exploitation des divisions de leurs adversaires.
Le facteur démographique a joué dans certaines régions du monde un rôle décisif. En Amérique, les épidémies et l’augmentation du nombre des colons européens ont largement contribué à la domination européenne. À l’inverse, en Afrique, les terribles conditions sanitaires et médicales ont freiné l’expansion des Européens sur ce continent.
Le commerce entre une métropole et ses colonies était souvent contrôlé par une compagnie des Indes à qui l’État conférait un monopole. Ces compagnies étaient des sociétés par actions et leur statut était à responsabilité limitée. Mais ces compagnies privées se sont retrouvées souvent en faillite en raison notamment de l’augmentation des dépenses liées aux fonctions régaliennes (administration, défense, etc.) provoquée par l’extension des territoires sous leur contrôle. L’expansion coloniale des nations européennes répondait plus à des soucis de prestige qu’à des calculs rationnels.

Une critique de l’historiographie traditionnelle
L’approche de cet ouvrage critique la démarche traditionnelle historique en soulignant le rôle primordial de la culture et des idées, les pièges de la périodisation et les biais dus à l’européocentrisme.
Jason Sharman estime que les idées et la culture sont, depuis les débuts de l’époque moderne, les principaux moteurs de l’histoire humaine à la place de la technique et des rivalités militaires. Les institutions et les organisations, qui sont façonnées par leur environnement social et culturel et qui s’appuient sur la routine et le cérémonial, ne peuvent pas être considérées comme le simple produit d’une recherche permanente et rationnelle d’efficacité. Pour qu’il soit pertinent, le modèle d’optimisation suppose plusieurs conditions : une détermination aisée des relations causales, la lenteur de l’évolution de l’environnement et la possibilité de mettre en œuvre des réformes. Mais, dans la réalité, la concomitance de ces conditions n’existe pas. A contrario, les perceptions et les anticipations des populations, qui sont spécifiques à chaque culture, définissent leurs préférences, déterminent la façon dont elles analysent leur environnement et, enfin, façonnent les institutions. Ainsi, l’impact des technologies et la mise en œuvre des tactiques militaires dépendent des contextes culturels et politiques.
Puisque la connaissance de la fin d’une période historique tend à biaiser son analyse, la domination européenne de la fin du XIXe siècle altère le récit des siècles antérieurs. Seuls les événements supposés annonciateurs de l’issue finale sont retenus tandis que les faits qui infirment l’inéluctabilité de l’évolution sont écartés car ils sont considérés comme des déviations aléatoires et sans signification. Mais fixer la fin de la domination européenne après la décolonisation ou au début du réveil de la puissance chinoise change le regard porté sur elle. Si elle est considérée comme inéluctable, la domination européenne implique que les empires extra-européens étaient en retard et en déclin. Cependant, la Chine a été la première puissance à organiser de grandes armées professionnelles utilisant des armes à feu et effectuant des tirs à la volée, à construire des fortifications résistant à l’artillerie et à s’appuyer sur une bureaucratie sophistiquée.
Selon l’auteur, l’historiographie dominante est le produit d’un européocentrisme qui considère l’Europe comme un modèle universel dont la domination était inéluctable. En adoptant une vision téléologique, cet européocentrisme a imposé ses concepts et sa périodisation sur l’historiographie mondiale, conduisant à accroître l’incompréhension avec les cultures du reste du monde.
Bien que la remise en cause par Jason Sharman du rôle de la supériorité militaire pour expliquer les conquêtes européennes apparaisse convaincante, il semble difficile d’en conclure que les guerres et plus généralement l’activité militaire ont joué un rôle négligeable dans le décollage économique européen. Ainsi, au XIVe siècle, la peste noire, qui avait conduit à l’amélioration de la productivité en raison du manque de main-d’œuvre, a été suivie par une forte mortalité résultant des épidémies propagées par les troupes en mouvement au cours des guerres incessantes. Cette forte mortalité, sans être accompagnée de destructions matérielles très importantes, aurait permis une augmentation continuelle du revenu par tête en Europe .

L’ouvrage de Jason Sharman s’inscrit dans le courant de l’historiographie qui vise à dépasser une vision européocentrique de l’histoire du monde en adoptant une vision extra-européenne et en analysant les échanges multidimensionnels qui ont eu lieu entre les Européens et les peuples extra-européens ; dans une même veine, citons les travaux de Christopher Bayly, Jack Goody, Romain Bertrand ou Serge Gruzinski.
À moyen terme, Jason Sharman anticipe le retour d’un monde multipolaire, le déclin de l’Europe et l’accès de l’Inde et de la Chine au statut de puissances dominantes. La période future serait donc un retour à la normale après une période de déséquilibres au profit de l’Europe. »


Source :
Jean Vinatier
Seriatim 2019