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lundi 27 mars 2023

Macron aux syndicats : Canossa ou la matraque N°5660 17e année

 

Sur les conseils de l’Intérieur, Emmanuel Macron renonça à se rendre au stade de France où étaient les publics hostiles, il n’y eu donc pas de manifestation sauvage à Paris ce week-end. Les affrontements se déplacèrent en province à Sainte Soline où écolos et forces de l’ordre se livrèrent à de véritables combats : il n’était plus question de la contre-réforme des retraites mais d’écologie contre les grandes bassines. Ces ordres donnés de taper et de retaper étaient pour les Français un message, notre maintien de l’ordre sera plus dur qu’au moment des Gilets Jaunes : pour résumer, tout ce qui proteste, quel que soit le motif (sauf wokiste, indigéniste…etc) sera tétanisé…

Le rassemblement du mouvement Horizons d’Édouard Philippe présenté comme rassembleur du camp présidentiel avait des relents de parti versaillais : n’oublions pas qu’Édouard Philippe fulminait davantage qu’Emmanuel Macron contre les Gilets Jaunes et qu’il représente bien plus que le Chef de l’Etat le bloc bourgeois comme il le fut lors de la Commune en 1871. Sur le plan victimaire, le camp macronien donna de l’ampleur au « coming out » du ministre Dussopt , aux twittes et mails adressés , notamment, à Aurore Bergé et à la Présidente de l’Assemblée nationale : si leur contenu était odieux, il n’en fallait pas moins les porter à l’autel de la Victime pour émouvoir l’opinion publique…

La semaine à venir s’annonce puissante avec déjà quelques petits craquements, d’abord de la part de Jean-Luc Mélenchon qui aimerait un peu plus de modération, de Laurent Berger de plus en plus mal à l’aise au milieu de la rue qu’il craint. En réalité, tous redoutent la perte de contrôle des colères, des révoltes. Les syndicats ont allumé une mèche qui arrive vers des barils qui ne sont pas les leurs. Et c’est bien ce qu’Emmanuel Macron veut faire passer comme message, qu’il opte pour une répression politico-sociale existante depuis le 17 juillet 1791. L’Élysée est dans la logique historique d’un pouvoir de classe ou d’un corps électoral très mobilisé. Aujourd’hui (depuis 2017) et quoique minoritaire ce corps électoral s’impose dans les urnes face à une majorité abstentionniste et dispersée, à des partis opposés qui ne sont fédérateurs ni entre eux ni auprès des Français.

Emmanuel Macron, tout à fait assuré de la discipline policière et judiciaire, de l’approbation européenne et des fonds étrangers, se sent les coudées franches : il se vêt en Metternich ! Rappelons que le Congrès de Vienne (1814-1815) pour éviter le retour des calamités, prévoyait un soutien automatique entre les États confrontés à des révoltes : ainsi, les congrès de Troppau, de Laybach (1820-1821) lors des tensions dans les États italiens, l’Espagne, le Portugal.

.Nul ne peut savoir comment se déroulera cette nouvelle journée de manifestation si elle sera explosive ou bien une gueulante avec ici et là des groupuscules. Il est dommage que les intellectuels (il vrai majoritairement plutôt wokistes) et les influenceurs ne soient pas dans les rues (sauf Frédéric Lordon) : rien ne remplace le terrain et le contact physique avec les gens, idem pour les politiques trop peu publics. Cela manque, cela empêche la progression d’un corpus intellectuel indispensable pour aller plus loin que l’actuelle contre-réforme. Mais les Français ont-ils envie d’aller plus loin, Alain Bauer disait justement que la crise présente était dans la continuation de celle inaugurée par les Gilets Jaunes. Elle restait, néanmoins, à l’état de « bouillon » qui ne parvient pas à prendre. C’est là le résultat de la fin, d’idéologies dépassées, de la souveraineté, de l’idéal national, du monde liquide qui absorbe tout (on le voit avec les banques, les conflits), de l’abolition des distances qui empêche le recul…etc. Il est donc très difficile de se reconstituer, de retrouver des repères, de proposer une alternative politique…et puis la France est un pays de vieux (moyenne d’âge 47 ans !), un corps électoral à son image pleinement égoïste (il a joui de la Reconstruction, des Trente glorieuses….et même de Mai 68) soucieux seulement de la pérennité de la retraite : Bruxelles encourage la Lituanie à proposer un départ à 72 ans…. L’égoïsme du vieillard est terrible.

Ainsi, Emmanuel Macron assuré des médias entre les mains de ses soutiens électoraux tient la dragée haute, certain d’être le parti de l’ordre et des « honnêtes gens », après avoir bridé le parlement (47,1, 49,3) tient la dragée haute aux syndicats : Canossa  ou la matraque. Seul le Conseil constitutionnel pourrait jouer un rôle apaisant mais avec comme membres, notamment, Laurent Fabius, Alain Juppé, Jacqueline Gourault, le doute s’instille….

Dernier point Emmanuel Macron voudra-t-il aller au-delà de cette crise, c’est-à-dire la pousser à un point tel qu’il pourrait envisager une dissolution, en escompter une majorité  puis modifier la Constitution et donc envisager un troisième mandat… ? A suivre…..

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

samedi 13 novembre 2021

Pologne, Chypre : vers des ricochets post-démocratiques en France ? N°5749 15e année

En dehors du fait à savoir le degré de responsabilité de la Biélorussie dans l’arrivée aux frontières, polonaise, lituanienne, de migrants en provenance d’Afghanistan, d’Irak, de Syrie, de s’interroger sur la demande de suspension de visas de la part de Chypre, il apparait, à la fois, que dans la prévision de la présidence française de Commission européenne et de la campagne présidentielle française qui auront lieu en même temps, les conséquences s’annoncent importantes et glaçantes.

Je dis d’entrée qu’il faut être prudent dans les observations car des évènements soudains peuvent bouleverser le cours tracé.

Peu de gens s’interrogèrent sur les propos critiques de Michel Barnier vis-à-vis de l’Union européenne, de même peu soulignèrent l’inclination bruxelloise vers le tour de vis migratoire en même temps que celle-ci opérait des mesures de plus en plus coercitives envers les rétifs aux passes sanitaires et aux vaccins (7 doses dans les frigos européens !).

De son côté, Emmanuel Macron a décidé que conjuguer présidence européenne et présidence française, de mettre, en quelque sorte, l’Europe en France jusqu’aux législatives de juin 2022.

La gauche est partie pour l’émiettement complet, Anne Hidalgo ne se maintenant qu’avec l’espoir d’une chute du successeur de François Hollande sans laquelle, elle n’aurait pas un score suffisant pour devenir la cheffe du PS, Yannick Jadot n’a pas de manœuvre pour se recentrer face au courant Rousseau qui menace d’aller vers Jean-Luc Mélenchon lequel poursuit son jeu de bilboquet en essayant de jouer la boule nationale autant que celle globaliste. Quant au parti communiste il va avec les migrants (légaux, illégaux),  LGBTQ…etc faute d’ouvriers remplacés par des robots et des classes populaires trop nationales pour lui.

Quant à Éric Zemmour et Marine Le Pen, les médias, tous favorables à Emmanuel Macron, usent comme à l’accoutumée des sondages. Après avoir tellement insisté sur la montée d’Éric Zemmour, ils remettent en selle Marine Le Pen. L’idée de fond étant de montrer aux citoyens que ni l’un ni l’autre ne sera en mesure de l’emporter qu’ainsi l’alternative serait ou bien de se résigner ou bien de s’abstenir….

Quant aux Républicains, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand en décidant de retourner dans leur parti d’origine ont apporté la preuve qu’ils ne disposaient pas des forces nécessaires. Il serait assez logique que les militants Républicains se dirigeassent vers un Michel Barnier resté dans le parti ayant selon eux la probabilité au second tour de l’emporter contre Emmanuel Macron via une abstention forte !

Ainsi, au milieu de ce jeu politicien, Emmanuel Macron dispose effectivement de l’ensemble du jeu de cartes avec cerise sur le gâteau une Union européenne moins laxiste lui permettant tout à fait de tenir un discours « en même temps » plus national  et plus européen.

Le tragique de cette histoire politicienne est que quoi qu’il advienne jusqu’à présent, le fait ou l’événement joue en faveur du tenant du pouvoir. L’on sait les multiples colères qui parcourent la France sur différents sujets importants mais elles ne sont que colériques c’est-à-dire vouées à une durée déterminée dans leur phase active celle de la manifestation dans la rue. Le rapport de force jouant en faveur du pouvoir : tout peuple y compris le plus brimé, applaudira ou se taira car il s’aimante aisément à celui qui a, ou su garder le pouvoir ou su le prendre.

Une colère n’a d’essor qu’irriguée par un courant politique idéologique donc une alternative autant institutionnelle que sociologique. Sans ce courant là, tout se résumera à des jacqueries qui finiront dans le sang et la férocité de la classe dominante qui aura eu peur. La violence envers les Gilets Jaunes dont certains sont toujours en prison ou en cours de jugement s’explique très bien : Emmanuel Macron a d’autant plus accepté d’avoir du sang sur ses mains qu’il savait ce sang-là un gage d’attachement à une minorité tenant fermement les cordons de la bourse. Quant aux questions et interrogations identitaires, Éric Zemmour , s’il dispose d’une écoute et d’ une sympathie, aura bien du mal à passer à une alternative véritable à partir de cette thématique car il se heurtera à la parcellarisation française difficile à métamorphoser en quelques mois. A cet égard, actuellement, le « en même temps » macronien est plus fort , plus rassurant dans un pays vieillissant s’arcboutant sur son portefeuille.

Juan Branco peut bien espérer que « les fourches sortiront bientôt » mais sans l’intellect derrière, c’est l’écrasement assuré. Emmanuel Todd l’a très bien écrit, nous sommes entrés dans une ère post-démocratique où perdurent, selon moi, les institutions d’avant, les maximes économiques et financières d’avant et où, c’est le plus important ni les puissances au pouvoir ni celles et ceux qui les contestent n’ont d’alternative : Impasse ! A cet égard, la transition énergétique est plus dans l’ordre du divertissement (positif, négatif) que de l’alternative. Dans cette vue, « Le temps des soulèvements » évident pour Michel Maffesoli pourrait très bien être annihilé par les « mondes virtuels » donc de la distraction pathologique l’emportant sur le fond.

Nous sommes dans une situation où les coups s’opèrent mais tombent avec un bruit sourd sans écho apparent, où rien ne se lie alors même que l’on est en plein dans les réseaux, les horizontalités. Les fins des verticalités, des transcendances accélèrent la liquéfaction du monde et l’atomisation des citoyens

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

 

dimanche 25 juillet 2021

Liberté seringuée N°5768 15e année

 Hier j’avais le choix entre deux manifestations dans Paris, la première itinérante, la seconde statique au Trocadéro : les deux avaient en commun la dénonciation du passe sanitaire. J’optais pour la seconde, après quoi, j’allais par les rues vers les Champs-Élysées où je vis arriver depuis l’Étoile un grand groupe de manifestants poursuivis par les CRS, d’autres groupes déboulèrent depuis la droite venant certainement de la porte de Champerret. Surprise totale qui déboula au milieu des touristes et des malandrins très nombreux sur cette avenue désertée par les parisiens. Il n’y a pas eu d’affrontement hormis les cris de « liberté, liberté »et du gaz lacrymogène mais j’observais bien que les bandes présentes pour détrousser les touristes hésitaient à entrer dans la danse pour opérer des pillages : elles ne firent rien et retournèrent à leurs vols à la tire…..

Mieux que la semaine précédente, les Français descendirent dans les rues des villes jusqu’au plus petites pour dire « Non » à un passe sanitaire dangereux que les deux assemblées viennent d’approuver à une vitesse record, le sénat surtout ! Une fois de plus, l’on vit les Républicains à la manœuvre cynique : à l’Assemblée ils s’abstinrent, au Sénat, ils exigèrent le rétablissement de l’état d’urgence avec à leur tête un Bruno Retailleau, déchaîné et dangereux bien plus que son collègue Philippe Bas.

Une hystérie sécuritaire pour traiter une pandémie peu létale s’empare des assemblées qui rivalisent d’imagination inquiétante comme le rapporte Marianne citant le rapport fait par trois sénateurs en juin: « bracelet électronique, boitier autour du cou, portique d’entrée sonore, désactivation du passe navigo, caméras thermiques dans les restaurants »…A quand la crécelle ? et pourquoi pas toutes les places de mairie où seraient exposés publiquement les non-vaccinés ? A quand l’estrapade, le chevalet ou les brodequins ( la question supprimée par Louis XVI en 1780). Belle attraction touristique avec en sus une visite de maladrerie pour les non-vaccinés ! car en l’espèce c’est le non-vacciné qui deviendrait le malade !

Les Français ne font pas le lien avec les autres lois liberticides et ne veulent pas regarder ce passe sanitaire comme le début d’une nouvelle extension à d’autres maladies infectieuses selon les vues gouvernementales après les choix proposés hors de tout contrôle parlementaire via des conseils scientifiques, de conseils de Défense. La mécanique en route avec la bénédiction des élus (députés, maires, conseillers…etc), dans le silence, des ONG d’habitude si intervenantes dès qu’il s’agit de minorités et de clandestins, des avocats, des écrivains, des comédiens, des historiens, des universitaires, auteurs tous muets, des syndicalistes y compris patronaux, de médias qui récitent comme des perroquets (avec quelques exceptions) et font la morale. Cette immense lâcheté ou corruption morale des « sachants » laisse un peuple éperdu contraint à la soumission que secoué par de sourdes colères.

L’on parle de nouveaux Gilets jaunes. Les Gilets jaunes plus ruraux qu’urbains surgirent dans les rues pour dénoncer une dureté sociale qui échoua à s’étendre à d’autres thématiques Dans le cas présent, la dénonciation du passe sanitaire s’empare aussi bien de ruraux que de citadins, de citoyens de tout l’échiquier des opinions politiques. C’est plus large et bien plus dangereux pour le pouvoir. Voilà pourquoi, il séquence autant les sondages d’opinion pour ou contre la vaccination : du personnel de santé, des enseignants…etc avec des réponses forcément approbatives en raison du nombre de vaccinés et parce que les gens ne prennent pas de recul, étant dans le zapping, l’immédiateté et le continu informationnel. Tout cela procède d’une stratégie longuement murie après les couacs de l’hiver et printemps 2020. N’oublions pas que depuis mars 2020, nous ne cessons pas d’aller de contrôle en contrôle sous des formes et appellations différentes, c’est peu dire que le conditionnement du Français est avancé. L’on sait qu’une troisième vaccination s’avance, que les variants succéderont à d’autres au point que l’assemblée refuse d’envisager le terme du passe sanitaire (amendement CL 185 proposé par la députée Ménard, rejeté ce 20 juillet).

Personne ne réagit quand le Premier ministre, Jean Castex, propose d’accorder de nouvelles libertés à celles et ceux qui s’inclineront : nul ne relève la dangerosité du propos. Qu’est-ce qu’une liberté seringuée.

Dans les décennies à venir, l’histoire observera comment avec quelle facilité un gouvernement a manipulé tout un peuple veillant bien évidemment à stigmatiser et exciter aux délations tout en s’attachant les forces de police, de gendarmerie par des privilèges.

Cependant, le nombre des manifestants dans tout le pays indique bien que des résistances, certes éparses, s’installent. Les résistants (vaccinés, non-vaccinés) sont minoritaires, c’est logique, elles ont l’intelligence qui manque à la masse qui ne réagit qu’à l’émotion et au conditionnement (le cirque antique était une façon de tenir la plèbe : du pain et des jeux !). C’est un long combat qui débute, il faut le temps que se constituent les réseaux, les contacts dans tous les corps et organes de commandement. C’est bien ce dont se doute le gouvernement actuel qui rappelle opportunément un risque d’attentat djihadiste : « belle » occasion de donner sans problème un tour de vis supplémentaire en matière de surveillance, de fichage.

Sur ce point, nul ne s’étonne que des tonnes de commentaires se fassent au sujet du logiciel Pegasus utilisé depuis longtemps par les États et les entreprises, alors même qu’Emmanuel Macron met en place la surveillance et l’espionnage de toute une nation ! Entendre dans les rues de Paris les cris de « liberté, liberté » vous frissonnaient rappelant ô combien les libertés si sanglantes à conquérir, se perdent si facilement et ne se récupèrent ou pas ou peu.

De la liberté, égalité, fraternité, il ne reste en définitive que ce qu’en fit de façon comique Jean Yanne en 1985 avec Liberté, égalité, choucroute, où Jean Poiret venant de Perse se rendait en 1789 à Paris au salon de la torture pour, in fine, y demeurer….

Jean Vinatier

Seriatim 2021