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samedi 19 février 2022

Mali : tourner la page sans fermer le livre ? N°5806 16e année

Depuis l’annonce par Emmanuel Macron de la fin de Barkhane au Mali, personne n’a cru bon de s’interroger sur ce que pensaient les militaires français engagés dans cette guerre depuis des années et s’ils comprenaient la décision élyséenne ?

Quand une armée quitte un pays où elle était sans avoir obtenu la reddition ou une paix victorieuse, c’est que l’échec est patent. Si Emmanuel Macron ne pouvait pas dire publiquement l’échec, il ne peut aujourd’hui méconnaitre que les différentes structures du renseignement français ne cessèrent de tirer la sonnette d’alarme et qu’il tarda à admettre une situation de moins en moins soutenable.

Ce qui arrive à l’opération Barkhane/Takuba est une suite assez logique de l’amoindrissement de l’influence française en Afrique de l’Ouest. Déjà lors de la crise ivoirienne qui a vu la France encourager la chute de Laurent Gbagdo aujourd’hui en retour triomphal, démarrait la seconde étape de notre déclin, après celui de l’échec de la Communauté en 1960.

Laurent Gbagdo furieux de voir le jeu français, accueillit et permit l’édification de la plus grande ambassade américaine d’Afrique, un signe tout à fait révélateur qui soulignait que Washington n’acceptait plus l’Afrique de l’Ouest comme une « chasse gardée française ».

La montée en importance de l’espace sahélien c’est-à-dire des ressources énergétiques, minières, des routes sur fond de l’extension de groupes djihadistes que l’Europe ne distinguait pas des raids ancestraux entre villages, des nomades contre les sédentaires, des querelles ethniques et tribales et religieuses (animiste, musulman, chrétien) a fait que cette immense bande de plusieurs milliers de kilomètres est devenue une zone floue qui se jette dans les désordre, libyen et inter-soudanais (des désordres où France et États-Unis  y sont pour beaucoup)

Ce n’est pas tant le développement djihadiste qui a décidé la France de se retirer officiellement vers le Niger et le Tchad que le nouveau rapport de force géopolitique (Américain, Russe, Algérien, Anglais) dont on trouve la source aussi dans les évènements ukrainiens. Nul doute que l’entrée sur la scène malienne des russes via le groupe Wagner se relie à ce qui se passe à des milliers de kilomètres au nord de l’Europe. Vladimir Poutine est passé maître dans cet art de savoir frapper au cœur ou au carrefour stratégique avec précision et le minimum d’effectif (voir la Syrie et même le Kazakhstan).

Vladimir Poutine prend des gages ou des positions pour se donner des marges manœuvrières lors de négociations principalement avec les États-Unis, la Turquie. Emmanuel Macron, bloqué à la fois dans l’Union européenne et dans l’Otan, ne dispose pas de la même capacité et n’a aucun gage à se saisir. La France était dans une opération de combat contre les groupes islamistes africains, pas dans la garantie de son espace géostratégique bien démoli par Nicolas Sarkozy qui nous fit revenir dans le commandement militaire intégré et ouvrit, en même temps l’Afrique de l’Ouest à Washington…

Quelque part, la France était dans une nasse qui ne l’était apparemment pas tant que nos alliés « américains » n’avaient pas d’autres défis à relever, par exemple, contre la Chine, la Russie…Cet équilibre, désormais rompu, nous n’avions d’autre choix que celui du redéploiement en espérant que le défi logistique imposé par le départ du Mali ne soit pas une réplique de la débâcle US à Kaboul d’août dernier !

Le possible repli vers le Niger et le Tchad, deux pays fragiles, le premier avec un Président auquel on reproche ses racines libyennes avec au sud le bouillonnant Nigeria, le second surtout où Emmanuel Macron a cru devoir honorer par sa présence Mahamat Idriss Déby fils du dictateur défunt, n’est en rien une garantie pour la France.

L’exploit de la France aura été de tenir avec une moyenne de 5000 hommes un territoire aussi étendu, qu’elle le put grâce au passé colonial où elle apprit et annota et espère que cette page malienne qui se tourne ne fermera pas le livre Afrique où l’armée française veut encore avoir ses pas.

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

 

jeudi 29 avril 2021

Mali : un avenir incertain par Abderrahmane MEKKAOUI N°5674 15e année

 A croire l’auteur, tous les éléments s’agrègent pour que le Mali devienne un Afghanistan du futur ». Je pencherai plutôt pour un devenir somalien. En Afghanistan, les talibans sont forts partout et unifiés contrairement au grand Sahara: querelles intertribales et ententes subites via Etat islamique, Daech ,Acqmi…, pouvoir central faible, acteurs régionaux (Algérie) et mondiaux (USA)…Pour la France, quels seront nos capacités militaires : il semble difficile de tenir à bout de bras à la fois le Mali et le Tchad…..Les guerres contre le terrorisme sont des guérillas contre lesquelles il est difficile de vaincre. Pourquoi nous embarquons-nous dans ces combats ? Nos soldats acquièrent une expérience terrain remarquable, c’est aujourd’hui, le seul point positif à relever…

JV

 

« Le déchirement du Mali et son incapacité d’asseoir une unité nationale sont dus à des facteurs endogènes et exogènes. Ils prennent leur source dans le découpage territorial colonial qui reste l’origine première de tous les maux actuels L’État n’est pas uni malgré qu’il ait le monopole de la violence. Le pays connait une situation très complexe où les groupes armés et djihadistes contrôlent 80% environ du territoire. Les attaques qui se sont multipliées dernièrement, selon les rapports espagnols et de la MINUSMA, ont engendré l’apparition de nouveaux groupes d’autodéfense provoquant de nombreux conflits d’intérêts et d’exactions accompagnés, de manière prévisible, de vengeances interethniques. Cette instabilité a principalement profité, depuis 2012, aux organisations terroristes AQMI et l’État islamique. Ainsi, la population a du mal à vivre en paix en raison la multiplicité des ingérences régionales et internationales.

En effet, depuis les indépendances, la population autochtone du Nord fait face à une politique de colonisation de peuplement et de rupture des anciens équilibres démographiques au profit de l’ethnie minoritaire des Bambaras – ou Bamanane – au pouvoir à Bamako. Les Maliens du Nord et du Centre veulent être souverains et rejettent toute ingérence porteuse d’injustice et d’exactions assimilée à une occupation qui leur rappelle la période coloniale. Cette ingérence ne se limite pas aux troupes occidentales, mais est aussi le fait de l’Algérie[1]. et de la Libye sans oublier la salafisation graduelle instrumentalisée par des ONG du Moyen-Orient dans le cadre de la Ligue mondiale islamique, aux mains des Saoudiens. Dans ce contexte, Alger avait soutenu le régime de Modibo Kaita qui avait déjà commis des massacres de Touaregs et d’Arabes maures nomades. Ces massacres se font selon l’axe Alger-Bamako par peur commune d’une remise en question de leur hégémonie sur ces vastes territoires, contrairement à la position du Maroc qui est intervenu en obtenant la libération de Mohamed-Ali Al Ansari, chef des Kel Ansar – Touaregs majoritaires de Tombouctou – et qui l’accueille à Rabat en tant qu’exilé politique.

 

Les manœuvres de l’Algérie au Nord-Mali “

La suite ci-dessous :

https://cf2r.org/tribune/mali-un-avenir-incertain/

 

mercredi 21 avril 2021

Tchad/Sahel : France frappée au cœur… N°5664 15e année

Idriss Déby est-il tombé lors de l’offensive lancée au Fezzan (Kanem) sur un champ de bataille contre les FACT (Front pour l’Alternance et la Continuité du Tchad) de Mahamat Madhi Ali, rallié au maréchal Haftar ou bien a-t-il succombé à une rivalité interne dans son ethnie Zaghawa (Bedeya contre Kobe)?

Le Tchad est un pays complexe : un sud francophile, chrétien (catholique, protestant) et animiste, un nord arabo-musulman que la Libye contesta longtemps dès 1969, la fameuse bande d’Aozou où est le Tibesti rendu célèbre par l’affaire Claustre.

Les chefs d’État qui se succédèrent depuis 1960, un seul était du sud, François Tombalbaye, les suivants, Goukouni Weddaye (79-82), Hissene Habré (2982-1990) et Idriss Déby en 1990 viennent du nord. La famille Déby est plus particulière par son appartenance ethnique, celle minoritaire des Zaghawa située au nord-est du Tchad et au Soudan (Darfour du nord). Une ethnie au contact avec ce nord tchadien contesté par la Libye plus que sensible aux rebondissements des guerres intestines libyennes et bien placée sur les différentes routes caravanières.

Quoique le Tchad ne manque pas d’atouts économiques (pays exportateur de pétrole via les compagnies américaines et malaisienne : Exxon-Mobil, Chevron, Petrolas), il pâtit de la corruption de ses dirigeants. Selon les Panama papers la famille Déby aurait une fortune évaluée à près de 11 milliards de dollars. Sur le plan humain, le Tchad est régulièrement signalé pour les répressions intérieures. C’est peu dire que la France qui se targue des droits de l’homme ferme les yeux, la guerre au Sahel obligeant à une realpolitik que toute la classe politique ici accepte !

Le QG de Barkhane installé à N’Djamena montre toute l’importance que la France apporte à la solidité de l’appui tchadien dont le président Déby, installé par nous via un coup d’Etat en 1990, était l’acteur principal et qui donnait toute l’apparence d’un combat africain contre Boko Aram et Daech. Dans cette guerre au Sahel, le Tchad était le pivot. Qu’en sera-t-il demain ?

La France avait-elle anticipé la disparition de son allié ? En toute logique la France misera sur le fils du défunt, Mahamat Idriss Déby Itno, qui assure l’intérim à la tête du Conseil de transition voudra succéder. L’on nous dit que les FACT combattus n’ont pas d’allié : je répondrai jusqu’à présent ! Ces rebelles ont pour base arrière la Libye où, notamment, la Turquie et la Russie veulent grandir leur influence respective.

Le décès d’Idriss Déby est un choc géopolitique dont le premier effet sera de dynamiser les opposants internes et les ennemis extérieurs avec cette conséquence d’engager plus profondément la France, peu épaulée par les Européens, le second effet une potentielle implosion du pays. .A suivre !

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021