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vendredi 29 août 2008

La défaite de l’Europe otanienne N°275 - 2eme année

La France, présidente de l’Union européenne a fait tomber le rideau : lors du prochain conseil européen (ce lundi) aucune sanction ne sera prise à l’encontre de la Russie ! Fin de la pièce et défaite considérable de l’Occident devant le monde. Quelques jours plus tôt la Russie était vouée aux gémonies, les articles publiés par l’ensemble de la presse française ont tous été d’une grande partialité et presque tous les médias ont répugné à publier des auteurs qui invitaient à la réflexion, à la prudence.
L’Union européenne ne sortira pas indemne de cette crise : les pays frontaliers avec la Russie comprennent que jamais les Etats-Unis n’entreront en guerre ouverte contre elle : l’exemple géorgien est éclairant à tous égards. L’amiral Mullen, en tournée dans la mer Noire, freine des quatre fers, en parfait accord avec les autres généraux américains, pour éviter le moindre incident et adresse ainsi un avertissement aux politiques démocrates et républicains. Varsovie et Prague peuvent se gratter la tête et relire le propos du Président estonien, Toomas Hendrik Llves, rapporté hier par
Le Monde qui invitait à repenser « l’idée même de sécurité européenne ». Comprendra-t-on que la défense ne peut être le fait que de nous-mêmes et non être déposée entre les mains d’une tierce puissance ? Les Russes pourraient-ils nous forcer, à coups de pied au cul, à devenir des patriotes européens ?
L’OTAN n’est plus qu’un bout de chiffon sanglant qui commet régulièrement en Afghanistan des crimes contre des femmes et des enfants au nom de nos idéaux, le dernier en date a fait 89 victimes : l’Union européenne se tait et BHL reste boulevard Saint-Germain !
Le Président français, Nicolas Sarkozy qui représente actuellement 27 états européens se trouve dans une position délicate. Si son voyage à Moscou était justifié, ensuite, il ne fit qu’une politique de gribouille. Prisonnier de son ralliement total à Washington et aux néo-conservateurs proches de McCain, il ne sut pas saisir l’occasion splendide. Il avait entre ses mains des éléments pour conduire une révolution diplomatique et militaire.
Défaite de l’Occident aux yeux de tous les autres continents : que pensent maintenant les Chinois de nos rodomontades, les Arabes, les Indiens, les Perses, les Turcs, les Africains, les Sud-américains et même quelques esprits nord-américains lucides ?Le Royaume-Uni dont le ministre des affaires étrangères (David Miliband) vient de se couvrir de ridicule lors de son court déplacement en Ukraine¹, garde, malgré tout, un peu plus de force que le continent européen. Pourquoi ? Parce que l’Anglais est et demeure avant tout Britannique et qu’il reste constant dans ses intérêts.
Une autre puissance européenne peut tirer son épingle du jeu : c’est l’Allemagne. A terme, elle nouera plus profondément des liens avec la Russie et la Chine.
Un nouveau monde est en train d’émerger, le Président turc, Abdulhah Gül, le disait dés le début d’août.
Ce n’est pas la Russie qui est isolée mais l’Union européenne victime de son autisme et de la petitesse de bien de ses dirigeants.

©Jean Vinatier 2008

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In Seriatim :


http://seriatim1.blogspot.com/2008/08/monde-rcrire-de-nouvelles-relations.html
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http://seriatim1.blogspot.com/2008/08/afghanistan-le-chemin-de-croix-de-la_20.html


Note :

1- David Miliband est parti à Kiev avec l’idée de monter une coalition anti-russe : il a constaté la fragilité politique de l’Ukraine et les différences d’approche entre le Président et le Premier ministre : il est rentré tête basse !

jeudi 28 août 2008

Monde : « Réécrire de nouvelles relations internationales….. »¹ N°274 - 2eme année

La Russie sourit, ses partenaires de l’Organisation de Coopération de Shanghai ou OCS (Chine, Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizie) lui apportent leur soutien sans équivoque². Hier, les propos du Président chinois rappelant à respecter l’intégrité des frontières donnaient à penser que cet avis était une flèche en direction de Moscou alors qu’ils s’adressaient aussi à ceux qui comptent favoriser les séparatismes en Chine.
L’Union européenne élaborerait un catalogue de sanctions contre la Russie. Les Etats-Unis se montrent discrets. Le
Financial Times dans un éditorial consacré à l’affaire géorgienne ne croyait pas inopportun de « réécrire de nouvelles relations internationales » et que cette tâche ne pourrait être le fait d’une seule puissance : est-ce le message discret du 10 Downing Street envoyé à Moscou ?
Sans mettre la charrue avant les bœufs, convenons que nous allons sur des chemins plus inconnus qu’auparavant et qui ouvrent, pourquoi pas, de nouvelles perspectives ! La déclaration des membres de l’OCS ne peut pas être vue comme un acte belliqueux mais comme une prise de position nécessaire pour rappeler la solidité de cette organisation asiatique de sécurité. Si elle ne joue pas un rôle actif, elle est là et le regroupement de ces Etats par leurs poids, démographique (près de 3 milliards d'habitants), économique, énergétique (20% des ressources mondiales de pétrole, 38% du gaz naturel, 40% du charbon, 50% de l'uranium) est, dés à présent, un ensemble cohérent et non hostile. Moscou n’est pas isolée.
En Europe, les réactions vont bon train entre les pro et les anti-russes, le Président estonien indique dans
Le Monde de ce jour, qu’ « il faut repenser l’idée même de sécurité en Europe. »³ Si cette phrase ne s’éloigne guère de l’article du Financial Times, elle sous-entend la fin d’une OTAN extensible à travers le monde et plaide pour un retour à sa fonction d’origine tout en pestant contre la Russie.
Le conflit aoûtien provoque des craquements de tous les côtés : toute l’architecture proposée depuis la fin de l’URSS et du pacte de Varsovie se fissure rapidement. Aux Etats-Unis, les diplomates se divisent en deux camps : d’un côté les adeptes de la Realpolitk (Kissinger), de l’autre les tenants de principes universels (démocratie, libre marché…etc) représentés, maintenant, par les néo-conservateurs. Les Présidents républicains comme Nixon et Ford ont essayé la Realpolitik à l’inverse de Georges Bush II. Du côté démocrate, il n’est pas exclu que les thèses défendues par les néo-conservateurs ne viennent modifier les principes de politique étrangère contraire à ceux de Bill Clinton.
Les champs des relations internationales changent. Nous quittons la période pendant laquelle une seule puissance pouvait donner le tempo à la planète. Où allons-nous ? Quelles architectures diplomatiques allons-nous bâtir ? D’un côté, nous aurons les Etats-Unis qui resteront, pour un temps, la puissance de référence et de l’autre la promotion sur la scène internationale d’Etats pour la plupart qualifiés d’Etats-continents tels la Chine, l’Inde, la Russie, l’Australie tous dotés de grandes richesses et de moyens économiques importants. Nous aurons des Etats petits par la superficie mais d’une grande capacité financière via les fonds souverains ainsi les pays de la péninsule arabique. Nous aurons aussi l’Union européenne qui offrira l’originalité d’être un Etat-continent mais qui aura à redéfinir l’Etat-nation.
Ainsi de tous côtés (et les cas cités ne sont pas complets : le Royaume-Uni est particulier avec le Commonwealth) de nouvelles puissances se forment. La suprématie américaine quoiqu’il advienne aura sa limite et cela vaudra, aussi pour tous les Etats-continents : comment s’établiront les relations entre toutes ces puissances ? Comment sera conçu l’équilibre ?
Henry Kissinger né en Europe (1923) a gardé de son doctorat, A world restored, 1812-1822, l’idée qu’on ne peut réussir à équilibrer les puissances entre elles qu’à la condition qu’elles partagent des valeurs identiques, similaires. C’est la thèse qu’il développa en étudiant le congrès de Vienne (1814-1815). Le XXIe siècle sera, certainement, le siècle des propositions innovantes : combiner des expressions universelles avec celles des Etats-continents différents les uns des autres : civilisation, langue, religion…etc.
La réécriture du droit international et des relations entre Etats sera longue, complexe. Les organisations internationales doivent être toutes reconsidérées, c’est sans doute par elles que passe la première étape de cette réécriture tout simplement parce qu’un seul ne peut dicter au nom de tous.


©Jean Vinatier 2008

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Sources :

1-
http://www.ft.com/cms/s/0/3940040a-739e-11dd-8a66-0000779fd18c.html?nclick_check=1

2-
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/08/28/les-partenaires-asiatiques-de-la-russie-dont-la-chine-affichent-leur-soutien_1088829_3214.html#ens_id=1036786

3-
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/08/28/pour-le-president-estonien-il-faut-repenser-l-idee-meme-de-securite-en-europe_1088861_3214.html#ens_id=1036786

Note :

L’Organisation de Coopération de Shanghai fondée en 2001 compte 4 membres observateurs : Iran, Mongolie, Pakistan, Inde.

mercredi 27 août 2008

Etats-Unis/Russie : une seconde guerre froide ? N°273 - 2eme année

Poti ou Batoumi ? Finalement le navire américain, « Dallas » accostera dans ce second port géorgien puisque que le premier est toujours sous le contrôle de l’armée russe et ce prés d’un mois après le début du conflit entre Tbilissi et Moscou par Ossètes et Abkhazes interposés.
Le Président russe Medvedev a reconnu et garanti l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie. Cette reconnaissance rétrécit considérablement la largeur des corridors géorgiens par lesquels transitent les oléoducs qui relient la mer Caspienne à la Méditerranée et de Bakou à Soupsa. Le Kremlin menace de supprimer l’utilisation de ses couloirs, aériens et terrestres, pour les forces otaniennes engagées en Afghanistan.
Le défi lancé à l’ensemble Atlantique (Etats-Unis/UE) est patent. Assistons-nous au début d’une seconde guerre froide ?
Parler d’une seconde guerre froide signifierait que le monde est toujours divisé en deux, en 2008 la planète comprend un certain nombre de puissances déterminantes qui sont autant au sud qu’au nord, à l’est qu’à l’ouest. D’un point de vue cartésien toute guerre froide comprise dans son aspect historique est impossible. Pourquoi parler d’une seconde guerre froide ?
Pour les Etats-Unis, la tension avec la Russie commence à intervenir dans les débats électoraux mais il est trop tôt pour affirmer que cette crise jouera en faveur ou en défaveur de Barack Obama ou de John McCain : les élections n’auront lieu qu’à la fin du mois de novembre ! Cependant, cet événement permet d’introduire dans les discours des deux ténors politiques un adversaire connu de tous et autour duquel les Etats-Unis ont bâti une stratégie, un rapport de force parfaitement compris par ses citoyens. Il est plus facile à un candidat et encore à Georges Bush d’évoquer le monde en ayant un adversaire clairement défini comme Vladimir Poutine, totalement visible, au lieu de l’énigmatique Ben Laden totalement invisible. Il permet de radicaliser, de simplifier le discours. Au fond d’eux-mêmes les politiques américains font, certainement, peu de cas (hors cette période particulière) de la « seconde guerre froide » faute de moyens et d’une ligue alliée fidèle.
Pour les Européens, l’idée d’une seconde guerre froide semble être une vue de l’esprit. Hormis les déclarations des dirigeants baltes, polonais, l’Union européenne (France, Allemagne, Italie…etc) craint plutôt, faute d’une indépendance énergétique et militaire, d’être coincée entre le marteau et l’enclume. L’accord signé par le Président Sarkozy avec Moscou et Tbilissi n’est pas caduc comme le prétend, par exemple Libération : pourquoi ? Tout simplement parce que l’une des clauses agrées par les parties ne garantit pas explicitement l’intégrité des frontières géorgiennes. L’indépendance proclamée de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie ne contredit donc pas l’accord diplomatique. La question posée à l’Union européenne est de savoir quelle sera sa place dans les développements à venir de cette crise : immanquablement, des problèmes fondamentaux arriveront sur la table. Qu’ils le veuillent ou non, les Etats de l'Union européenne sont, à terme, contraints, de dire ce qu’ils veulent être ou un pion ou un acteur.
Pour la Russie, la guerre froide est une expression d’une autre époque. Le monde de 2008 ne souffre d’aucune comparaison avec celui des années 1980. La Russie, puissance défensive (il faut le rappeler) et en reconstruction, ne prétend pas à la domination planétaire : c’est le Pentagone qui a 730 bases réparties sur les cinq continents et non l’armée russe ! La politique entreprise par la Russie est tout simplement de garantir son espace vital, de rappeler sa crédibilité aux autres puissances, de montrer, enfin et surtout, qu’elle est incontournable sur tous les plans. Pour elle le monde est multipolaire.
Qu’en est-il pour les pays membres du mouvement des non-alignés ? Après la fameuse conférence de Bandung (18-24 avril 1955), la déclaration de Brioni (19 juillet 1956 signée par l’Egypte (Nasser), l’Inde (Nehru), le Cambodge (Sihanouk) et la Yougoslavie (Tito) lançait le mouvement des états non-alignés situés sur une ligne sud-sud (de la Chine au Mexique) et dont le but était de se protéger de l’influence tant américaine que soviétique. Si cette organisation n’a jamais eu une armature aussi solide que l’OTAN, par exemple, et qu’elle se cherche depuis la fin du Mur de Berlin un second souffle, elle compte, aujourd’hui, 114 Etats (membres et observateurs) dont certains (Chine, l’Inde, le Brésil, Arabie Saoudite) sont en train de bouleverser les donnes, économique, financière, mercantile, énergétique, environnementale. L’idée d’une seconde guerre froide fait donc a minima sourire.
Sur tous ces points dire qu’une « seconde guerre froide » pourrait se mettre en place est impossible, cela paraît être un non-sens.


©Jean Vinatier 2008

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mardi 26 août 2008

Leconte de Lisle : « Les hurleurs » N°272 - 2eme année

Charles Marie René Leconte de Lisle (1818-1894) naît à l’île Bourbon (Réunion). Poète influent, chef de file des parnassiens. Politiquement, il milite pour l’abolition de l’esclavage et sera, un temps, proche des idées fouriéristes avant de se rallier (discrètement à Napoléon III). Elu en 1886 à l’Académie française au fauteuil de Victor Hugo, il connaît une célébrité indéniable. Ses débuts avaient été durs, il connut la pauvreté jusqu’à la publication en 1852, des Poèmes antiques, dont le succès public lui ouvre les portes du monde des lettres. Suivront les Poésies barbares en 1862 (Poèmes barbares en 1889) puis les Poèmes tragiques en 1884.
Leconte de Lisle a une prédilection pour les sujets « barbares » et « antiques », à travers desquels il veille à être fidèle à l’histoire et prend en compte les connaissances de la science contemporaine sur les civilisations passées. Si toute son œuvre est traversée par l’expression tragique du sentiment de l’existence, son talent pour « l’épique » le conduit vers les grandes fresques mythologiques, historiques. C’est également un poète animalier.
Le poème, « Les hurleurs », ci-dessous est tiré des
Poésies barbares :


« Le soleil dans les flots avait noyé ses flammes,
La ville s’endormait aux pieds des monts brumeux.
Sur de grands rocs lavés d’un nuage écumeux
La mer sombre en grondant versait ses hautes lames.

La nuit multipliait ce long gémissement.
Nul astre ne luisait dans l’immensité nue ;
Seule, la lune pâle, en écartant la nue,
Comme une morne lampe oscillait tristement.

Monde muet, marqué d’un signe de colère,
Débris d’un globe mort au harsard dispersé,
Elle laissait tomber de son orbe glacé
Un reflet sépulcral sur l’océan polaire.

Sans borne, assise au Nord, sous les cieux étouffants,
L’Afrique, s’abritant d’une ombre épaisse et de brume,
Affamait ses lions dans le sable qui fume,
Et couchait près des lacs ses troupeaux d’éléphants.
Mais sur la plage arride, aux odeurs insalubres,
Parmi les ossements de bœufs et de chevaux,
De maigres chiens, épais, allongeant leurs museaux,
Se lamentaient, poussant des hurlements lugubres.

La queue en cercle sous leurs ventres palpitants,
L’œil dilaté, tremblant sur leurs pattes fébriles,
Accroupis çà et là, tous hurlaient, immobiles,
Et d’un frisson rapide agités par instants.

L’écume de la mer collait sur leurs échines
De longs poils qui laissaient les vertébres saillir ;
Et, quand les flots par bonds les venaient assaillir,
Leurs dents blanches claquaient sous leurs rouges babines.

Devant la lune errante aux livides clartés,
Quelle angoisse inconnue, au bord des noires ondes,
Faisait pleurer une âme en vos formes immondes ?
Pourquoi gémissiez-vous, spectres épouvantés ?

Je ne sais ; mais,ô chiens qui hurliez sur les plages,
Après tant de soleils qui ne reviendront plus,
J’entends toujours, du fond de mon passé confus,
Le cri désespéré de vos douleurs sauvages ! »

©Jean Vinatier 2008

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Source :

In Poèmes barbares, Paris, A.Lemerre, 1882, pp;172-173

lundi 25 août 2008

UE : l’autruche du monde multipolaire ? N°271 - 2eme année

Nicolas Sarkozy a convoqué un sommet européen le 1er septembre pour traiter la question géorgienne et les rapports avec la Russie. Convocation logique après sa démarche aoutienne.
Bernard Kouchner exclut, a priori, toute sanction à l’encontre de la Russie dont le Parlement vient de reconnaître l’indépendance de la république autonome d’Abkhazie et de la région autonome d’Ossétie du sud.
La Pologne, de son côté, a signé un accord militaire avec les Etats-Unis qui prévoit d’ici à 2012 l’installation des fameux BMDE (boucliers antimissiles) et l’incorporation immédiate de troupes américaines au sein de son armée.
Le dossier géorgien rouvre le cas des minorités situées dans le Caucase et la répartition d’influence des puissances autour de la mer Caspienne.
Les Etats-Unis avancent leurs pions : ils sont la nation offensive. La Russie veut éviter l’étouffement : elle est la nation sur la défensive.
Devant cette crise internationale grave, l’Union européenne est en première ligne sur le plan militaire, économique, constitutionnel, géostratégique. Le malheur veut qu’elle ne soit pas en ordre de bataille.

Sur le plan militaire, comment se fait-il que l’accord passé par la Pologne ne fasse l’objet d’aucune déclaration de la présidence française ? Cet accord se fait en dehors de l’Europe de la défense, de l’OTAN : il est conclu directement entre Varsovie et Washington. La République Tchèque, qui succèdera à la France en janvier 2009, s’apprête à faire de même : toujours le même silence !
La présence de troupes européennes en Afghanistan soit sous l’égide de l’ONU ou de l’OTAN est problématique : tout le monde se prépare à un échec terrible mais nul ne bouge. Le Président Sarkozy s’engage, au contraire, à s’investir davantage.
Sur le plan énergétique, notre dépendance à l’égard de la Russie est patente puisqu’elle nous fournit 50% de nos besoins en gaz et 25% en pétrole. Berlin a joué, certainement, un rôle apaisant début août en cadrant le Président Sarkozy dans sa démarche diplomatique. Mais, au-delà, c’est la question de notre non-indépendance énergétique qui est posée : quels remèdes nous propose-t-on ?
Sur le plan économique, l’échec du dernier sommet de l’OMC, organisation dirigée par Pascal Lamy, un socialiste devenu un Européen libéral convaincu est une claque. On voit, aujourd’hui, le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et les Etats-Unis réfléchir ensemble à un projet de libre-échange. Où est l’Union européenne ?
Sur le plan constitutionnel, le référendum irlandais et l’immobilisme tchèque plombent pour le moment la mise en route du traité de Lisbonne. L’idée de faire revoter Dublin grandit alors que tous les sondages indiquent une progression du « Non » y compris parmi les Irlandais favorables au traité. Quel sera le poids de l’Union européenne avec des institutions entre deux chaises ?
Sur le plan géostratégique, l’Union européenne qui vient, à peine, de célébrer l’Union pour la Méditerranée, montre une incapacité mentale à exister en dehors des cercles influents pro-américains majoritairement néo-conservateurs. Bruxelles a réussi l’exploit de rendre très difficile la migration des sud-américains vers l’Europe alors qu’ils sont, précisément les plus proches de nous. Faute grave quand on sait le taux de développement des locuteurs hispanophones en Amérique anglophone. C’est à juste titre que plusieurs chefs d’état d’Amérique du sud ont violemment protesté.

Dans un monde plus incertain, l’apathie européenne fait peur, très peur. L’Inde et la Russie sont des nations qui n’ambitionnent pas de domination idéologique, à l’inverse des politiques américaine et chinoise nettement plus agressives. New Delhi et Moscou sont prudentes, elles cherchent, avant tout, par tous les moyens à préserver leur identité, leur caractère. Pékin et Washington, quoique opposées sur bien des points, veulent acquérir une primauté mondiale. N’oublions pas les fonds souverains dont la force de frappe ne faiblira pas : ils bouleversent le capitalisme financier. Où est l’Union européenne ? Mystère.
En réalité l’Union européenne sait qu’elle ne pourra plus longuement se calfeutrer auprés de l’oncle Sam mais culpabilisée par les deux guerres mondiales, elle feint de croire que l’émergence d’un monde différent l’épargnera quelque peu et pire, qu’elle y aura, de fait, une place importante.
La présidence française pourrait initier une révolution diplomatique et militaire mais le veut-elle ? L’Union européenne sera-t-elle l’autruche du monde multipolaire ?


©Jean Vinatier 2008

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Sources :

Lire le très bon article d’Alain Joxe :
http://www.mediapart.fr/club/blog/la-redaction-mediapart/220808/georgie-washington-est-irresponsable-par-alain-joxe
et celui de Nikolai Sokov :
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/JH26Ag03.html


http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/simon_jenkins/article4597385.ece
http://www.elpais.com/articulo/internacional/Nuevas/trincheras/guerra/fria/elpepuint/20080825elpepiint_5/Tes

vendredi 22 août 2008

Comte Rzewuski : « L’Arabe…citoyen de son empire » N°270 - 2eme année

Le comte Waclaw Seweryn Rzewuski naît en 1784 à Lvov, aujourd’hui ville ukrainienne, dans une famille aristocratique qui possède dix villes, cent treize villages et trente mille fermes. Attiré très tôt par les voyages et l’Orient si important pour la culture polonaise- n’oublions pas que ce pays a eu une frontière commune avec les Ottomans pendant cinq siècles (XIIIe-XVIIIe siècle) – et doué pour les langues, il apprend outre le polonais et le français, l’arabe, le turc, le tartare; il fonde à Vienne en 1800 la première revue orientaliste d'Europe. Son oncle, le comte Jean Potocki, auteur du Manuscrit de Saragosse, le soutient dans cette passion.
1815 : fin des guerres napoléoniennes. L’Europe manque de chevaux. Le comte Rzewuski propose à plusieurs souverains dont le Tsar Alexandre Ier, de monter une expédition en Arabie pour y acquérir des chevaux à la réputation hautement établie. Rzewuski passera trois années (1817-1819) en Orient (Turquie, Syrie, péninsule arabique), c’est dans ce moment qu’il écrira, en français, les
« Impressions d’Orient et d’Arabie ». Le manuscrit échappera par miracle à tous les bouleversements de l’Histoire et les éditions José Corti auront le privilège de le proposer, pour la première fois, au public en 2002.
Le comte Rzewuski se joindra aux Polonais révoltés contre les Russes en 1830, il mourra, en mai 1831, en combattant à la bataille de Daszwow.
Si son ouvrage fait la part belle aux chevaux, il contient dans tous les chapitres des observations pertinentes et fines sur les peuples d’Orient.
« Le Bédoin habite les déserts. Quoi de plus majestueux, de plus sublime et de plus entraînant su’un désert pour celui dont l’âme est vaste et l’imagination ardente ?[…]L’Arabe parcourt en souverain les provinces de son néant, fécond en sites variés et sliencieux, mais mornes.[…]L’ambition ne saurait troubler son repos. Un silence profond plane sur tout le désert. La pensée y prend son libre essor, elle franchit avec hardiesse les barrières du temps. La mémoire y accumule les archives des siècles.[…] La contemplation y développe l’âme, l’aggrandit, l’inspire. L’homme parle. Un dieu est révélé. La croyance des peuples est assujettie. Le désert est la patrie du calme, l’asile des souvenirs, le volcan des prophètes.[…] L’Arabe veut être citoyen de son empire, il visite alors les lieux auxquels il a confié ses souvenirs. Un palmier isolé qu’un vallon solitaire a vu naître, que parcourt un ruisseau limpide est l’hermite qu’il visite. L’ombre c’est l’amitié, l’onde le cours d’une vie douce, le site l’harmonie du bonheur.[…]Une caverne vient-elle à s’offrir à la vue, c’est l’hospitalité ouvrant indistinctement son sein aux malheureux. Ainsi la nature féconde en sites variés a pétri de ses mains bienfaisantes des lieux qui correspondent aux émotions et aux souvenirs. C’est ainsi qu’en attachant des souvenirs aux lieux, l’Arabe ne cesse de parcourir les monuments de son cœur et de sa mémoire.
[…]
Le Bédoin ne saurait être esclave. Beaucoup de causes entretiennent en lui l’amour indestructible de l’indépendance. D’abord une activité continuelle rendrait inutile la surveillance d’une police qui, nécessaire sous différents rapports en Europe, y entraîne souvent un vice.[…] Sûr de n’être point surveillé, l’Arabe est sans défiance dans sa tribu et ne prend la peine de masquer ni ses idées, ni ses actions. L’opinion générale le tient en respect et ses liens de parenté avec tous les membres de la tribu le maintiennent dans le cercle de ses devoirs. Le code des lois est simple, c’est le Coran. Peu savent le lire, tous le comprennent. Car les Bédoins parlent l’arabe nchawî qui est la langue pure et grammaticale dans laquelle est écrit le livre sacré. Quelque uns en font des lectures à haute voix et comme ils n’ont que cet ouvrage, on écoute toujours avec intérêt et dans un religieux silence. Le style du Coran est sublime, il enchante et attache, on s’en inculque les principes et à force de l’entendre, chacun le connaît à fond. Cette connaissance exacte de ses devoirs rend l’homme meilleur et bon citoyen, elle fait de chacun un censeur prêt à réprimer celui qui paraît s’en écarter. La police se fait donc, non pas comme en Europe par un corps corrompu et corrupteur, mais par la masse du peuple, intéressé à la stricte observance de la loi. Chaque membre d’une tribu est le surveillant des autres. On ne connaît point cette société secrété et permanente qui satisfait quelquefois la curiosité du prince et alimente sans cesse des soupçons qui le rendent souvent malheureux. Le scheich de la tribu est informé de tout, parce que tout est su de tout le monde. Pour ce qui pourrait lui échapper, l’homme de bien ne rougit pas de le lui découvrir.[…]

©Jean Vinatier 2008

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Source :


In Impressions d’Orient et d’Arabie, Bernadette Lizet (éd. Scientifique), Paris, JoséCorti/Museum d’Histoire Naturelle, 2002, pp. 66, 68, 69.

jeudi 21 août 2008

Nadia Tuéni : « Ils sont morts à plusieurs… » N°269 - 2eme année

Nadia Tuéni est une poétesse libanaise née en 1935 et morte en 1983. Profondément marquée par la guerre civile qui fut sa souffrance avec la cancer qui la rongeait, elle n’en fut pas moins aux côtés d’autres poètes (Onsi el-Hajj, Talal Haidar, Youssef el Khâl) l’une des âmes fortes de Beyrouth.
Le poème ci-dessous appartient à son dernier recueil
« Archives sentimentales d’une guerre au Liban » qui reprend « Poèmes pour une histoire ».

« Ils sont morts à plusieurs
c’est-à-dire chacun seul
sur une même potence qu’on nomme territoire
leurs yeux d’argile ou cendre emportent la montagne
en otage de vie

Alors la nuit,
la nuit jusqu’au matin
puis de nouveau la mort
et leur souffle dernier dépose dans l’espace la fin du mot.
Quatre soleils montent la garde pour empêcher
le temps d’inventer une histoire.

Ils sont morts à plusieurs
sans se toucher
sans fleur à l’oreille
sans faire exprès
une voix tombe : c’est le bruit du jour sur le pavé.

Crois-tu que la terre s’habitue à tourner?
pour plus de précisions, ils sont morts à plusieurs
par besoin de mourir
comme on ferme une porte lorsque le vent se lève
ou que la mer vous rentre par la bouche….

Alors, ils sont bien morts ensemble
c’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu. »¹

©Jean Vinatier 2008

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Sources :


In Poèmes pour une histoire, Paris, Seghers, 1972
Ou Archives sentimentales d’une guerre au Liban, Paris, Pauvert, 1982

1-
http://lapoesiequejaime.net/ntueni.htm
http://www.chez.com/francoisxavier/articles/tueni.html

mercredi 20 août 2008

Afghanistan : le chemin de croix de la France? N°268 - 2eme année

Nicolas Sarkozy est devant la réalité : à Saroubi (50 kilomètres de Kaboul), 10 paras du 8eRPIMa sont tombés lors d’un combat contre les talibans. « Il faut continuer le travail (notons que le Président n’emploie pas le mot de « mission » mais de « travail » comme le général Petraeus à Bagdad) ) » a-t-il dit à nos troupes tandis qu’Hervé Morin, ministre de la Défense répétait :« C’est une cause juste, celle des Droits de l’homme. Nous portons les valeurs de la communauté des nations.»¹
Le conflit russo-géorgien, l’instabilité pakistanaise s’ajoutent à cette guerre que les Etats-Unis et leurs alliés mènent en Afghanistan contre les talibans et Al-Quaïda. Ce conflit, quand on regarde la carte, est sur une ligne qui parcourt des milliers de kilomètres depuis les Balkans jusqu’au Xinjiang (Sinkiang).
Ni les Français, ni l’état-major des armées ne voulaient que des renforts soient envoyés dans ce pays² ; le Président a passé outre au nom du retour complet de la France dans l’OTAN et de la nouvelle amitié avec Washington.
La France est secouée par la perte de ses 10 soldats. Elle affiche heureusement une grande solidarité non seulement avec l’armée mais avec les familles des militaires. La classe politique réagit à l’unisson des Français. Les forces internationales combattent à la fois des gens qu’elles considèrent comme terroristes et des pachtounes qui veulent peser politiquement dans les gouvernements afghan et pakistanais. Mais sont-elles seulement là pour cette bataille ? Eh bien non puisqu’elles entrent dans la stratégie américaine d’endiguer la Chine et la Russie, de contrôler les routes et les sources énergétiques ! Dire que l’on lutte contre le terrorisme est donc un propos forcément incomplet qui ouvre des trappes sous les rangers occidentales. Le mois d’août 2008 constitue un tournant clef dans le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Les événements internationaux arrivent en vagues successives comme la lutte contre les talibans ou pachtounes qui grandit comme une montée des eaux.
Le gouvernement français a-t-il bien pesé les conséquences de sa nouvelle politique ? Aujourd’hui, parce que l’unité nationale prévaut, tout le monde se tient droit alors que nous sommes dans un engrenage évidemment dangereux. La question n’est plus de dire si nous devons rester ou partir mais si le Président a encore la possibilité de revoir sa stratégie. Or, le contexte n’est pas bon.

Le Pakistan est à vau-l’eau, l’Afghanistan est entre les mains des narcotrafiquants, la Géorgie est conduite par un homme soumis à une tierce puissance, la Pologne et la République Tchèque acceptent d’avoir des anti-missiles américains avec pour Varsovie l’acceptation immédiate de soldats américains sur son sol. Les candidats à l’élection américaine de novembre prochain ne prennent plus guère de gants pour calmer le jeu : McCain est plus furibard que d’ordinaire et Obama montre de plus en plus d’intérêt pour les conseillers néo-conservateurs : n’oublions pas que son discours à Berlin portait sur la Guerre froide ! L’Union européenne s’est considérablement rapprochée de zones rouges sans que ses dirigeants ne réagissent, au contraire ils paraissent se complaire dans ce climat.

La mort de nos 10 parachutistes est un rappel sanglant à la réalité du monde. Et ce monde entre dans les tourments. Dans ce contexte bien malin est celui qui peut affirmer que nous portons, en Afghanistan et ailleurs, les valeurs de la Communauté des nations. Quelles valeurs ? Quelle Communauté des nations ? Nous ne sommes pas dans Le Seigneur des anneaux ! Deux choses sont avérées, les Afghans ont épuisé historiquement tous les envahisseurs et le « terrorisme est en roue libre »³.

©Jean Vinatier 2008

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Sources :


1-
http://www.20minutes.fr/article/245528/Monde-Dix-soldats-tues-en-Afghanistan-Un-lourd-tribut-pour-une-cause-juste.php
2-http://www.truthout.org/article/taliban-overruns-french-soldiers-10-killed

mardi 19 août 2008

Pakistan : Aprés Musharraf N°267 - 2eme année

Le général Musharraf a démissionné de ses fonctions de chef d’Etat. C’est le Président du Sénat, Mohammad Mian Somo, qui devient Président par interim. Combien de temps le collège électoral mettra-t-il pour choisir un successeur : une semaine ou trois mois?
Dés à présent plusieurs candidats potentiels s’activent :
1-Asfaq Parvez Kiani (1952), le chef d’état-major de l’armée, un sunnite qui a travaillé aux côtés de Benazir Bhutto,
2-Asif Ali Zardari, veuf de Bénazir Bhutto présidente du PPP (Pakistan Peoples Party),
3-Nawaz Sharif, ex-premier ministre, président du PML-N (Pakistan Muslim League),
4-Asfandyar Wali-Khan (1949) illustre famille Pashtoune, il préside l’ANP (Awami National Party),
5-Nawab Attaullah Mengel le Baloutche.
La courte présentation de ces personnages politiques donne une petite idée de la complexité de la vie politique pakistanaise. Au début de 2008, le Pakistan est devenu un ensemble hétéroclite en raison d'insurrections nationalistes et religieuses (province du Balouchistan), d'émirats islamistes (région du Waziristan au nord-ouest du pays, peuplé de Pashtouns), de fiefs militaires et économiques (villes de Rawalpindi, Islamabad et Karachi). Toutes ces entités ne travaillent que pour leurs propres intérêts, donc pour des objectifs différents. Plus rien ne semble les unir, pas même la religion. Qui peut donc diriger ce pays ? Pervez Musharraf aura-t-il été le dernier à tenter par une rouerie continuelle de tenir ferme une république islamique née du partage de l’Inde, par les Anglais, en 1947 ? Puissance nucléaire, le Pakistan est au centre de bien des calculs. Avec l’Afghanistan, le Pakistan est le maillon essentiel pour « endiguer » la Chine.
Parmi les candidats potentiels, Asfandyar Ali-Khan, fils d’un des pères fondateurs du Pakistan, Gandhi Khan Abdul Wali Khan (1907-2006) serait, dans un premier temps celui qui réunirait les atouts nécessaires: il est proche de New-Delhi et de Kaboul, il déteste les Talibans qui sont des Pashtounes ainsi que la famille Bhutto dont le degré de corruption est connu. Mais, c’est un Pachtoune convaincu –comme son père- qui rêve de créer le Pashtounistan dont l’idée remonte à 1893 quand Sir Mortimer Durand traça la frontière entre l’Inde et l’Afghanistan, séparant de fait les Pashtounes en deux tout comme les Baloutches (Inde/Iran/Afghanistan).
Le Pakistan a devant lui des problèmes internes considérables dont le Cachemire et toute la partie le long de sa frontière occidentale. Si les Etats-Unis jouent un rôle majeur, l’Arabie Saoudite intervient puissamment en soutenant financièrement les sunnites et l’Inde considére l’Indus comme sa frontière naturelle, ce fleuve aujourd’hui traverse le Pakistan. Un autre acteur se profile derrière, la Chine. Pékin soutient depuis longtemps le régime pakistanais à la fois pour encercler l’Inde et pour avoir des débouchés sur l’océan indien. Ce n’est pas pour rien que la Chine finance la construction du port de Gwadar à hauteur de 85% : cette place deviendra-t-elle une base navale chinoise ? C’est bien possible.
Pour l’heure Islamabad attend des Etats-Unis son appui sur la question du Cachemire, son aval au projet de gazoduc Iran-Inde à travers son territoire qui lui procurerait des revenus financiers non négligeables, sa contribution politique, technique et financière pour l'autre projet de gazoduc reliant les Etats d'Asie centrale à Karachi via l'Afghanistan.
On voit bien qu’au-delà de la guerre contre Al-Quaïda et les talibans, c’est le rapprochement lent mais régulier de la zone rouge entre les Etats-Unis et la Chine qui se profile. Sur ce mouvement géopolitique se greffe également la montée en puissance des Pashtounes et des Baloutches, héritiers du fameux royaume de Kalat (1695-1947/1955). De n’importe quel côté, la situation pakistanaise est forcément explosive. Il semblerait, une fois encore que l’armée ait son mot à dire. Son chef, le général Asfaq Parvez Kiani dément toute envie d’interférer dans le processus électoral; or l’armée est l’unique institution qui fédére assez complétement les Pakistanais.
Appétits des puissances étrangères, dissenssions internes, le Pakistan pourrait bien connaître le même sort que la Pologne au XVIIIe siècle partagée entre la Prusse, la Russie, l’Autriche

©Jean Vinatier 2008

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Sources:

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/08/19/pervez-musharraf-fin-de-regne-pour-un-virtuose-du-double-jeu_1085247_3216.html
http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/JH20Df01.html
http://www.guardian.co.uk/world/2008/aug/19/pakistan6
http://www.revuemilitairesuisse.ch/node/149


Cartes :
Principales ethnies au Pakistan :

lundi 18 août 2008

Géorgie: moment de vérité N°266 - 2eme année

L’été est souvent un moment dangereux pour les relations internationales:1914, 1939, 1990...
L’annonce de l’offensive Georgienne contre la région autonome d’Ossétie du sud le 7 août a, apparemment, surpris les nations tournées vers la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin.
Et pourtant! Voilà des mois que les Russes proposent aux Européens de travailler à une nouvelle architecture politique. Voilà des mois que le gouvernement géorgien s’impatiente du veto franco-allemand à son entrée immédiate dans l’OTAN (sommet de Bucarest) et qu’il durcit le ton envers la république autonome d’Abkhazie et la région autonome d’Ossétie du sud. Le Président Mikhaïl Saakachvili attachait une importance très grande aux manœuvres militaires américano-ukrainiennes et géorgiennes qui venaient de se terminer quand il donna l’ordre d’attaquer l’Ossétie du sud qui compte entre 70 000 et 75 000 habitants (19h/k2) et une force militaire très faible. Le calcul du Président géorgien était simple : par une offensive soudaine pousser la population Osséte hors du territoire. Cette attaque menée, le territoire vidé de toute âme (nettoyage ethnique ?), la Georgie aurait eu beau jeu de faire amener des milliers de Georgiens et de placer la communauté internationale devant le fait accompli. Malheureusement pour lui, l’armée russe a réagi promptement ! Le Président géorgien a-t-il agi de son propre fait ou non ? Disons que Saakachvili a cru que son audace entraînerait ipso facto celle de Washington. Pensait-il réellement que les Etats-Unis, qui peinent en Mésopotamie, en Afghanistan et surveillent la Perse se lanceraient dans un troisième conflit et surtout contre la Russie ? Tout ce qu’à fait Washington a été de rapatrier le corps géorgien stationnant en Mésopotamie, pays occupé hors les lois internationales ! Les Etats-Unis n’ont plus ni suffisamment de moyens militaires et ni la capacité de nuisance économique contre la Russie pour risquer quoi que ce soit en 2008.
Le
« Tu as bien fait de venir » de Vladimir Poutine à Nicolas Sarkozy qui arrivait à Moscou comme Président de l’Union européenne, donnait le ton de l’échange oral entre les deux hommes. La Russie, c’est un fait, annonce, grâce à la Géorgie, son retour sur la scène mondiale comme puissance militaire. Elle a agi en Géorgie comme l’UE et les Etats-Unis ont agi au Kosovo. Cette boîte de Pandore ouverte, malgré les avertissements moscovites, trouve, dans le Caucase une seconde expression inquiétante. Demain que ferait l’UE si l’Ukraine se scindait en deux : d’un côté les pro-russes (Odessa, Crimée), de l’autre la partie occidentale ou l’ancienne Podolie, terre sous domination lithuanienne et polonaise ?
Cette crise est aussi celle de l’OTAN. Le Président Sarkozy, en reprenant les principales exigences russes contre la Géorgie, s’est écarté de la route US, a-t-il réalisé l’immense intérêt à ne plus être l’obéissante personne envers les Etats-Unis?
L’extension indéfinie de l’OTAN, non seulement vers l’Ukraine et la Géorgie mais, demain, vers Israël ou mieux encore vers l’Inde, montre son danger et la fausseté de son titre (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Hélas, la France a commencé son retour plein et entier dans l’OTAN et elle se trouve comme l’Allemagne dans l’obligation de tenir un discours surréaliste et contradictoire à propos de la Georgie. C’est ce renoncement à tout raisonnement qui peut devenir dangereux. Le Président turc, Abdulhah Gül, dans une interview au
Guardian voit dans la crise géorgienne le début d’un nouveau monde¹. On aimerait bien que de telles réflexions émanent de dirigeants européens !
La crise géorgienne marque-t-elle le pas de la puissance américaine ? Comme écrit plus haut, elle souligne l’impossibilité d’avoir plusieurs fronts et de se situer dans un climat géopolitique défavorable en dépit de ce que croient certains européens ; également dans un domaine qui lui est vital : le capitalisme ; celui-ci a changé de main : il est passé de l’ouest à l’est. On s’en apercevra cruellement, en 2009, une fois la crise des "subprime" terminée.
Comment opéreront les prochains dirigeants américains ? Pour eux, le moment de vérité approche.
Nous connaissons quelque part, un moment singulier celui où le miroir se brise en mille morceaux laissant la réalité apparaître toute crue !
Moment de vérité pour la Géorgie qui fait fausse route en voulant à tout prix intégrer l’OTAN alors que ce très ancien royaume(aujourd’hui république) aurait la vocation de devenir une Suisse du Caucase. La Géorgie aurait besoin non d’un nationaliste plus ou moins enrôlé par la CIA, comme Karzai en Afghanistan, mais d’un homme politique habile et regardant à long terme. La société géorgienne est riche par la diversité de sa population et de ses religions pour tirer son épingle du jeu. Quand son Président Saakachvili fonce tel un bélier, il compromet son peuple et nul ne doute qu’il aura des comptes à rendre auprès des siens.
Moment de vérité pour les Russes qui ne veulent pas connaître l’encerclement par une puissance étrangère. Là aussi, il faut se rappeler l’histoire russe et le traumatisme qu’a constitué la domination mongole ( 1238). La Russie a affirmé son indépendance énergétique au moment de l’affaire Ioukos et a évité, par conséquent de devenir une arrière-cour des financiers américains et anglais. La Russie, aujourd’hui, réitère sur le plan militaire son souci d’espace vital. Ce n’est pas l’indépendance de la Georgie ou de l’Ukraine qui la gêne mais la présence de Washington à ses frontières puis l’aveuglement et le mépris des Européens envers elle.
Moment de vérité pour les Européens qui pensaient échapper à l’Histoire, c’est-à-dire à leur responsabilité en se réfugiant sous l’aile otanienne. Nicolas Sarkozy a une chance à saisir !
Moment de vérité pour les puissances d’Asie de la rive méditerranéenne à la mer de Chine qui n’omettront pas d’analyser la situation actuelle et de réfléchir pour mieux agir.
Dans ses rêves les plus grands, Saakachvili avait-il bien pesé les conséquences de son acte insensé ?

©Jean Vinatier 2008

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Sources :

1-
http://www.guardian.co.uk/world/2008/aug/16/turkey.usforeignpolicy
http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/JH16Ak01.html

In Seriatim

Russie :

http://seriatim1.blogspot.com/2008/07/medvedev-parle-aux-paneuropens.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/05/medvedevpoutine-une-dyarchie-russe.html
http://seriatim1.blogspot.com/2007/12/la-russie-poursuit-sa-route.html

Georgie :

vendredi 8 août 2008

La Chine aux JO : le dragon et le phœnix N°264 - 2eme année

Journée faste pour la Chine : la cérémonie d’ouverture de ces olympiades devait être éclatante et éblouissante, elle le fut d’un bout à l’autre.
Les Jeux olympiques sont depuis longtemps un enjeu pour le pays organisateur qu’il soit dictatorial (Berlin 1936, Moscou 1980) ou démocratique même s’ils appartiennent de droit aux sportifs. Souvenons-nous en 1968 à Mexico deux coureurs Noirs Américains brandirent le poing et baissèrent la tête; en 1972, à Munich, quand un commando palestinien s’empara des athlètes israéliens! En 2008 une centaine d’athlètes a signé une adresse au Président chinois, Hu Jintao, pour contourner la directive du comité olympique veillant à ce que nulle protestation ne vienne courroucer les autorités pékinoises.¹
Notre époque ne sait plus tellement distinguer ce qui relève des jeux de ce qui relève de la politique. Les attaques menées contre la Chine via le Tibet et le Xinjiang (Ouïgours) ont montré que ces coups de canif répétés servaient à tester le degré de solidité du régime. Idem pour les reportages faits pour souligner, à juste titre, les conditions terribles des travailleurs-paysans rameutés vers la capitale pour mener à terme le chantier olympique et pour les protestations contre la censure de l’Internet dans l’enceinte olympique( et non hors)
Ce mélange de politique, de social, de « liberté » ne donne pas une forme solide au cadre olympique. Les Chinois le comprennent très bien en veillant à rappeler pendant le spectacle toute l’ancienneté de leur pays et en acceptant de reprendre les formules consacrées dont « un monde, un rêve. » C’est dire que la Chine saisit bien le message global à diffuser pour répondre aux canons moraux de ce début du IIIe millénaire. Les sportifs, au milieu, ne servent que peu : leurs prouesses, après les examens antidopages, ne sont-elles pas secondaires? et l’on fait fit de la qualité de l’air absolument exécrable dans cette capitale. Mais le parti communiste ayant décrété « l’air pur » pendant vingt jours, ils affecteront de respirer heureusement.
Le nationalisme chinois n’est pas un vain mot, c’est dire que les autorités politiques n’eurent aucun mal à mobiliser les foules en désignant une nation peu respectueuse envers son identité. La France n’a, à cet égard, manqué aucune faute pour mécontenter les Chinois. Le Président Sarkozy qui, apparemment, ne distingue pas Mme Michu du Président Hu Jintao, continue à déverser sa bile pour mieux se contredire. Ne vient-il pas de déclarer qu’il allait lui « montrer le chemin » lors de sa visite éclair?² Une grande audace envers un pays qui ne veut plus douter de sa voie et qui tient à effacer toutes les séquelles des humiliations causées par l’Occident et le Japon des guerres de l’opium à la seconde guerre mondiale! Etats-Unis, Royaume-Uni, France forment un trident dont Pékin veut limer les bouts. La prise de conscience chinoise de sa puissance (1/4 de la population planétaire, 3e économie mondiale…) ne la prédispose pas à supporter les obstacles. Elle est donc dragon et phœnix, deux symboles vénérés : le premier est la puissance de feu, le second celui de la renaissance. Comment la Chine l’exercera-t-elle? Là est justement le mystère : la société chinoise qui comporte tellement de différences en son sein est à la fois fascinée par « cet Occident » pour le confort, le luxe et dans le même temps n’a pas cautérisé les très profondes plaies engendrées par la révolution culturelle. Le pays est donc en déséquilibre à l’instar de son économie.
Un représentant du parti chinois rapportait son étonnement de voir les psychiatres, issus de l’Institut Sigmund Freud, grandirent en nombre dans les villes du littoral et de l’intérieur alors que cette profession n’aurait aucune légitimité dans la société traditionnelle chinoise. Ce fait n’est pas anodin, regardons le degré de malaise dans nos sociétés européennes et américaine et le degré de puissance que cette profession prend jusque dans nos gestes quotidiens.³
Les JO de Pékin accueillent le monde tel un empereur de Chine recevant les hommages des vassaux. En effet, jusqu’au XIXe siècle, l’empire n’avait pas de ministère des affaires étrangères puisqu’il était le monde connu. L’ambassade était par essence une preuve de sa soumission à l’empereur.
Cette fête planétaire olympique n’est que le premier acte politique chinois, le second interviendra en 2010 lors de la foire internationale économique de Shanghai. Indubitablement quelque chose se passe et cela n’est pas très clair, nous sommes dans le doute et l’incertitude. La Chine discourt sur sa solidité et nous, nous disons toujours que nous l’avons.

©Jean Vinatier 2008

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Sources :

1-
http://www.sportsforpeace.de/seiten/index.htm

2-Lire l’article de Pierre Haski : un réquisitoire
http://www.rue89.com/hors-jeux/sarkozy-pekin-et-le-dalai-lama-une-berezina-diplomatique
et le second :
http://www.rue89.com/hors-jeux/jo-lacte-de-naissance-de-la-superpuissance-chinoise

Note :

3-Remarquons que les psychiatres sont une profession rare en Asie/Orient, en Afrique

jeudi 7 août 2008

Aloysius Bertrand : « La chambre gothique » et « Scarbo » N°263 - 2eme année

Aloysius Bertrand (1807-1841) inventeur du poème en prose est mort dans la misère et presque l’anonymat. Il est, ajourd’hui, célèbre et respecté.
Son recueil de poèmes,
Gaspard de la nuit sera publié la première fois en 1842 par son ami, le sculpteur, David d’Angers. Baudelaire lui rendra hommage dans la dédicace du Spleen de Paris. Mallarmé l’admirait et André Breton dira qu’il était un « surréaliste dans le passé ».
Le poète est lié au romantisme pittoresque : passion pour le Moyen-Âge, pour le fantastique et même le grotesque avec l’invention du personnage de Scarbo, gnome malfaisant et moqueur.




« LA CHAMBRE GOTHIQUE.



« Nox et solitudo plenae sunt diabolo. »
Les Pères de l'Église
La nuit, ma chambre est pleine de diables.


« Oh! la terre, - murmurai-je à la nuit, est un calice embaumé dont le pistil et les étamines sont la lune et les étoiles! »

Et, les yeux lourds de sommeil, je fermai la fenêtre qu'incrusta la croix du calvaire, noire dans la jaune auréole des vitraux.



Encore, - si ce n'était à minuit, - l'heure blasonnée de dragons et de diables! - que le gnome qui se soûle de l'huile de ma lampe!

Si ce n'était que la nourrice qui berce avec un chant monotone, dans la cuirasse de mon père, un petit enfant mort-né!

Si ce n'était que le squelette du lansquenet emprisonné dans la boiserie, et heurtant du front, du coude et du genou!

Si ce n'était que mon aïeul qui descend en pied de son cadre
vermoulu, et trempe son gantelet dans l'eau bénite du bénitier!

Mais c'est Scarbo qui me mord au cou, et qui, pour cautériser ma blessure sanglante, y plonge son doigt de fer rougi à la fournaise!


II



SCARBO.



Mon Dieu, accordez-moi, à l'heure de ma mort, les prières d'un prêtre, un linceul de toile, une bière de sapin et un lieu sec.
Les patenôtres de Monsieur le Maréchal.


« Que tu meures absous ou damné, marmottait Scarbo cette nuit à mon oreille, tu auras pour linceul une toile d'araignée, et j'ensevelirai l'araignée avec toi!
- Oh! que du moins j'aie pour linceul, lui répondais-je, les yeux rouges d'avoir tant
pleuré, - une feuille du tremble dans laquelle me bercera l'haleine du lac.

- Non! - ricanait le nain railleur, - tu serais la pâture de l'escarbot qui chasse, le soir, aux moucherons aveuglés par le soleil couchant!

- Aimes-tu donc mieux, lui répliquai-je, larmoyant toujours, - aimes-tu donc mieux que je sois sucé d'une tarentule à trompe d'éléphant?

- Eh bien, - ajouta-t-il, - console-toi, tu auras pour linceul les bandelettes tachetées d'or d'une peau de serpent, dont je t'emmailloterai comme une momie.

Et de la crypte ténébreuse de St-Bénigne, où je te coucherai debout contre la muraille,
tu entendras à loisir les petits enfants pleurer dans les limbes. »



Source :

« Gaspard de la nuit, troisième livre : la nuit et ses prestiges »
in Œuvres complètes, éditée par Helen Hart Poggenbourg, Paris, H.Champion, 2000


©Jean Vinatier 2008

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mercredi 6 août 2008

Seriatim 2007-2008 N°262 - 2eme année

Le blog Seriatim est né le 6 août 2007, il est le prolongement du journal politique que je tiens depuis de longues années. Un an d’existence sur le Net et prés de 260 articles proposés à vos lectures, à vos commentaires.
En douze mois vous êtes venus de 67 pays répartis sur les cinq continents, de 110 universités/ bibliothèques (pe :BNF), établissements supérieurs et collèges à travers le monde, de 40 sociétés, de 5 cabinets d’avocats, de plusieurs groupes de médias ( presse, radio, télévision) sans omettre les organisations internationales (ONU, UNESCO, OTAN, AUF…etc) et les gouvernements et parlements, de Belgique, de France, d’Italie, de Suisse, du Canada (dont Québec) et des Etats-Unis.
Je continuerai donc ma tâche, malgré une situation sociale difficile, tant il me semble important de tenter de décrire le monde dans lequel nous sommes, un monde en complète révolution. Nous nous trouvons dans une situation inédite pour laquelle nous ne disposons pas d’instruments adéquats ou éprouvés. Nous devons faire appel à nous-mêmes pour tracer des routes sans nous séparer les uns des autres, ni gommer nos identités afin que la liberté de chacun d’entre nous demeure. Faire appel à la raison, à la réflexion, à la mesure plutôt qu’à la fuite en avant, adhérer à des idéologies inquiétantes. Bref veiller à avoir une philosophie de vie, c’est notre arme fondamentale.
Rien n’étant plus difficile que la conquête d’un lectorat, je remercie tous mes lecteurs.

©Jean Vinatier 2008

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mardi 5 août 2008

Triste Sinéma ! N°261 - 1ere année

Le licenciement du dessinateur Siné de Charlie Hebdo le 15 juillet par son directeur Philippe Val fait un bruit important.
Siné, licencié pour avoir moqué Jean Sarkosy uni à une héritière de Darty afin de réussir plus vite et même de songer à se convertir à la religion de sa nouvelle belle-famille. Voilà le sujet du délit qui excite au-delà de Saint-Germain des Près.
L’écrivain Jean-Marie Laclaventine membre du comité de lecture de Gallimard s’enflamme dans un article incisif et à point nommé paru dans
Le Monde :
« Il était prévisible que cette affaire suscite les récurrents effets de manche et sonneries de tocsin. Il n'y a là qu'un symptôme supplémentaire d'un triste état de fait : on ne respire plus, dans ce pays. La France pète de trouille, et ça ne sent pas bon. La poltronnerie de la plupart favorise l'autoritarisme de quelques-uns. Toute pensée, toute parole libre sont immédiatement soumises à un feu roulant d'intimidations, de condamnations ronflantes et sans appel. »¹
« On ne respire plus », enfin, quelqu’un qui le dit ! Oui, on ne respire plus sous ce nouveau régime : dés que vous sortez du sentier autorisé, les censeurs débarquent et vous tombent dessus !
Qui est Siné né en 1928 ? Un polémiste en rupture de banc avec les autorités officielles et les « gens bien nés » qui garde en mémoire son père envoyé au bagne. Siné est un révolté contre les gens établis, la morale officielle et ainsi de suite. Oublier cela et vous serez choqué par ses dessins, ses propos. Est-il antisémite ? Pourquoi le serait-il en ironisant sur les ambitions du fils du président ? Mais, c’est vrai rassembler dans un même propos mariage et religion peut raviver des souvenirs terribles aux Français juifs qui n’oublient pas les violentes attaques de certains journaux contre eux du XIXe siècle au XXe siècle. Siné ne s’est-il pas excusé ? Si.
Remarquons que les journalistes de Charlie Hebdo quoique choqués ne se sont pas mis en grève donnant de fait quitus à Philippe Val et ses adjoints. Etonnante décision de Philippe Val qui se flatte de diriger un journal « libertaire » et qui montre, au fil des ans, un goût de plus en plus prononcé pour la « Cour ». Charlie Hebdo est un média rentable, son lectorat est bien installé. Ce succès dû à toute l’équipe devrait le rendre plus ferme et plus ironique, moqueur et même outrancier. Qui ne se souvient pas de cette une de 1969 : « Bal tragique à Colombey : un mort » ? Le ministre de l’Intérieur avait fait saisir l’édition, le « mort » étant le général de Gaulle.
La France a besoin d’une presse mordante, exagérée sans qu’elle ne s’autorise à aller au-delà. La France est sous une véritable chape de plomb depuis le début de la Présidence de Sarkozy. D’ailleurs lui-même a jeté aux orties la grâce présidentielle pour montrer de quelle sévérité il sera avec ceux qui n’adhéreront pas à son ordre moral. Voir un Bernard Henry-Levy se déchaîner contre Siné ne surprend pas, pas davantage la ministre Christine Albanel mais on s’étonne de voir le couple Badinter et Fred Vargas se joindre aux censeurs. Elisabeth Badinter n’est pas seulement une historienne, elle est aussi la propriétaire de
Publicis, son époux est illustre alors comme ministre de la Justice d’avoir plaidé et obtenu l’abolition de la peine de mort. Ils forment tous les deux un couple respecté, tout comme Madame Veil, par les Français et nos concitoyens attendent d’eux qu’ils restent sur le mont Pagnotte. Madame Badinter s’est faite une spécialité pour décrire et analyser les salons littéraires du siècle des Lumières, a préfacé l’édition des « Remontrances » de Malherbes² et la voilà tout de go Madame Sévère ? Incompréhension.
Fred Vargas, historienne et auteure à succès de romans policiers soutient l’ancienne « terroriste » italienne, Marina Petrella dans son refus d’être extradée. C’est Nicolas Sarkozy qui a signé le décret d’extradition balayant, au passage l’engagement du Président François Mitterrand de ne jamais la livrer comme les autres membres : à tort ou à raison, la promesse a été faite au nom de la France, elle ne peut être biffée. Comment Fred Vargas peut-elle d’un côté s’engager matériellement et moralement auprès de Marina Petrella et dans le même temps condamner un homme de 80 ans dont le caractère provocateur est connu depuis des décennies ? C’est là une contradiction surprenante.
Les « élites françaises » ne sont plus, il n’y a plus que des individus et des groupes d’intérêts qui associent argent et morale. L’humour est proscrit. Pensez qu’un film comme «
Les aventures de Rabbi Jacob » (1973) ne serait plus faisable en 2008 et vous mesurerez le danger dans lequel la société française se trouve !
Peut-on encore penser, réfléchir ? La tâche sera ardue : bien des clans attendent énormément de l’autonomie des universités pour séparer « le dire » du « pas dire ». Les médias diffusent une pensée, une façon de narrer les faits, de les hiérarchiser. Les dirigéants des groupes de presse guettent avec impatience le moment où Nicolas Sarkozy va, enfin, clouer le bec à Internet et donc aux bloggeurs. Evidemment, ils protesteront mais comme ils respireront entre eux ! Cette abdication générale s’installe jour après jour quand les syndicats et les partis sont dans le discrédit le plus complet. C’est sur cet affaissement général que le nouveau régime³ imprime sa marque, fait ses pas et nous conduit vers le nauséabond.
En toute logique il ne devrait pas y avoir une affaire Siné, nous devrions, au contraire, assister à une dispute par journaux interposés. Au lieu de quoi Philippe Val directeur de
Charlie Hebdo saisit la bourde de cet homme qu’il n’a jamais apprécié tout simplement parce qu’il est ce qu’il est et ne veut pas changer, pour se rapprocher du « faugbourg Saint-Germain ». Que ce directeur de publication ait des ambitions, piaffe d’avoir des décorations et de recevoir des bristols est une chose mais qu’il emporte avec lui Charlie Hebdo, publication « libertaire » atterre !
Adieu « J’accuse », ordre est donné de rentrer dans le rang !

©Jean Vinatier 2008

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Source :

1-
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/07/31/nous-avons-besoin-des-outrances-de-sine-par-jean-marie-laclavetine_1079061_3232.html

In Seriatim :

2-
http://seriatim1.blogspot.com/2008/05/malesherbes-fait-des-remontrances-aux.html
3-http://seriatim1.blogspot.com/2008/07/badinguet-ii-couronn.html

lundi 4 août 2008

Alexandre Soljenitsyne : un « rescapé du monde clos » (1918-2008) N°260 - 1ere année

Si les écoliers du XXe siècle ont eu à connaître l’immense fresque romanesque laissée par Tolstoï, ceux du XXIe siècle auront à plonger dans l’œuvre de Soljenitsyne (Le chêne et le veau, Le premier cercle, Le pavillon des cancéreux, Une journée d’Ivan Denissovitch, L’archipel du Goulag, La roue rouge…etc).
Georges Nivat dans le chapitre de son livre Vers la fin du mythe russe, « Soljenitsyne ou les fortifications du moi » écrit que cet auteur « n’aime pas parler de lui-même. Comme la plupart des rescapés du monde clos du camp ou de la prison, il élève à son tour une clôture entre le monde extérieur et lui-même clôture faite de refus, de silence, de retraite. » ¹
Alexandre Soljenitsyne sans et avec la barbe est un Russe. Si L’archipel du Goulag est une dénonciation implacable du stalinisme, La roue rouge (Août 14, Novembre 16, Mars 17) a les pages les plus impressionnantes sur la chute du tsarisme en quelques jours de mars 17. C’est son Guerre et paix, l’âme russe est écrasée par le communisme comme l’armée napoléonienne dévastait la Russie.
Toute l’œuvre de Soljenitsyne est dans cette attention à préserver la Russie de toute atteinte à sa spiritualité. Il l’a clairement dit lors de son discours à Harvard le 8 juin 1978 en ajoutant, et c’est important, les puissants ravages qu’un capitalisme débridé ferait courir à la planète entière. Là encore, il insiste sur la dimension spirituelle humaine : l’homme a une âme, elle doit être préservée.
Si l’unanimité s’est faite autour de l’auteur d’Une journée d’Ivan Denissovitch, elle s’est effritée quand il revint en Russie en 1994. On l’accusa d’être tsariste, antisémite et ainsi de suite. Que peut-on dire sur ce point ? Pas grand-chose, la Russie est celle des Tsars et des popes. Quant aux pogroms qu’il n’approuvait évidemment pas, il a commis un ouvrage, Deux siècles ensemble 1795-1995, pour montrer justement que les Russes orthodoxes et juifs, malgré les répressions contre ces derniers, ne faisaient qu’un avec la terre Russie.
Alexandre Soljenitsyne avait trop à cœur de figurer le patriarche pour se flatter d’entretenir des ferments de division parmi les Russes. N’avait-il pas subi la pire des tortures dans le Goulag ? N’avait-il pas, au péril de sa vie fait passer à l’Ouest, régulièrement des feuilles de papier qui deviendraient
L’Archipel du Goulag et lui ouvrirait la voie au prix Nobel de littérature ?Certains de ses messagers, ses amis, moururent entre les mains du KGB (FSB aujourd’hui). Il était l’homme de la résistance. Il était celui qui disait au « monde libre » nous sommes vivants, nous ne mourrons pas : la Russie avalera le communisme. Accepterions-nous, aujourd’hui, de recevoir, nous le « monde démocratique », les fins rouleaux d’un Chinois depuis les mines de sel du Taklamakan ? Rien n’est moins sûr puisque nous y faisons imprimer nombre de nos ouvrages sous l’œil vigilant du parti communiste !
1918-2008, voilà les années de vie d’Alexandre Soljenitsyne : né communiste mais Russe, il meurt dans une Russie qui retrouve ses marques, ses repères. La Russie n’a-t-elle pas évité le pire en restant maîtresse de ces sources énergétiques ? N’a-t-elle pas réussie à sortir du marais dans lequel la décennie Eltsine l’avait plongé ? Alexandre Soltjenitsyne n’était pas pour autant proche des « oligarques », ces modernes barons pillards qui ont édifié des fortunes scandaleuses sur le dos du peuple, il était davantage l’avocat du « pays d’Essenine »² c’est-à-dire de ce jeune poète mort à trente ans en 1925 qui chantait les cosmogonies paysannes. Etait-il alors un nationaliste intolérant ? Le discours de Harvard apporte un démenti total tant il alerta les hommes sur la nécessité à entretenir leurs âmes sièges de leur liberté. Notre monde global ne contient-il pas bien des menaces ? Pendant ces années de goulag, Soljenitsyne travailla à se ménager cet espace que note Georges Nivat :
« Le cercle de l’espace russe libère celui qui y sait découvrir la liberté spirituelle. Le cercle de l’espace carcéral affranchit le zek [prisonnier] qui atteint la liberté de l’âme. »
La vie de Soljenitsyne, rescapé du monde clos, est une leçon de patience, d’effort, de discipline et de sacrifice au nom de l’homme libre lequel ne va pas sans spiritualité. Gageons que nous saurons être des rescapés du monde clos, le nôtre…..

©Jean Vinatier 2008

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Sources:

1-Georges Nivat : Vers la fin du mythe russe « Essai sur la culture russe de Gogol à nos jours », Lausanne, L’Âge d’Homme, 1988, p.263 et suivantes.

2-In, Zacharie l’escarcelle, « Au pays d’Essenine », Paris, 10/18, 1971, pp .39-41
Serge Alexandrovitch Essenine (1895-1925), se suicide à l’âge de trente-ans.

vendredi 1 août 2008

Victor Hugo : Paroles sur la dune (1854) N°259 - 1ere année

Voici les pensées de Victor Hugo (1802-1885) le 5 août 1854, anniversaire de son arrivée à Jerzey. Rappelons qu’il avait quitté Paris pour protester (voir Histoire d’un crime) contre le coup d’état du Prince-Président (2 décembre 1851) devenu Napoléon III un an aprés. Il séjourne d’abord à Bruxelles, à Jersey (1852-1855) puis expulsé, il pose ses valises à Guernesey.
Il publiera en avril 1856
Les contemplations qui comprend « Paroles sur la dune ». C’est avec ses droits d’auteur qu’il achétera Hauteville House.


« Maintenant que mon temps décroît comme un flambeau,
Que mes tâches sont terminées ;
Maintenant que voici que je touche au tombeau
Par les deuils et par les années,

Et qu’au fond de ce ciel que mon essor réva,
Je vois fuir, vers l’ombre entraînée,
Comme le tourbillon du passé qui s’en va,
Tant de belles heures sonnées ;

Maintenant que je dis : - Un jour, nous triomphons ;
Le lendemain, tout est mensonge !-
Je suis triste, et je marche au bord des flots profonds,
Courbé comme celui qui songe.

Je regarde, au-dessus du mont et du vallon,
Et des mers sans fin remuées,
S’envoler, sous le bec du vautour aquilon,
Toutela toison des nuées ;

J’entends le vent dans l’air, la mer sur le récif,
L’homme liant la glèbe mûre ;
J’écoute, et je confronte en mon esprit pensif
Ce qui parle à ce qui murmure ;

Et je reste parfois couché sans me lever
Sur l’herbe rare de la dune,
Jusqu’à l’heure où l’on voit apparaître et rêver
Les yeux sinistres de la lune.

Elle monte, elle jette un long rayon dormant
A l’espace, au mystère, au gouffre ;
Et nous nous regardons tous les deux fixement,
Elle qui brille et moi qui souffre.

Où donc s’en sont allés mes jours évanouis ?
Est-il quelqu’un qui me connaisse ?
Ai-je encor quelque chose en mes yeux éblouis,
De la clarté de ma jeunesse ?
Tout s’est-il envolé ? Je suis seul, je suis las ;
J’appelle sans qu’on me réponde ;
Ô vents ! ô flots ! ne suis-je aussi qu’un souffle, hélas !
Hélas ! ne suis-je aussi qu’une onde ?

Ne verrai-je plus rien de tout ce que j’aimais ?
Au-dedans de moi le soir tombe.
Ô terre, dont la brume efface les sommets,
Suis-je le spectre, et toi la tombe ?

Ai-je donc vidé tout, vie, amour, joie, espoir ?
J’attends, je demande, j’implore ;
Je penche tour à tour mes urnes pour avoir
De chacune une goutte encore !
Comme le souvenir est voisin du remord !
Comme à pleurer tout nous ramène !
Et que je te sens froide en te touchant, ô mort,
Noir verrou de la porte humaine !

Et je pense, écoutant gémir le vent amer,
Et l’onde aux plis infranchissables ;
L’été rit, et l’on voit sur le bord de la mer
Fleurir le chardon bleu des sables.


©Jean Vinatier 2008

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Source :


Victor Hugo : Les Contemplations, Tome deuxième. « Aujourd'hui, 1843-1855 », Livre Cinquième, XIII, Bruxelles et Leipzig, Kiessling, Schnée et Cie, 1856.