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mercredi 27 août 2008

Etats-Unis/Russie : une seconde guerre froide ? N°273 - 2eme année

Poti ou Batoumi ? Finalement le navire américain, « Dallas » accostera dans ce second port géorgien puisque que le premier est toujours sous le contrôle de l’armée russe et ce prés d’un mois après le début du conflit entre Tbilissi et Moscou par Ossètes et Abkhazes interposés.
Le Président russe Medvedev a reconnu et garanti l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie. Cette reconnaissance rétrécit considérablement la largeur des corridors géorgiens par lesquels transitent les oléoducs qui relient la mer Caspienne à la Méditerranée et de Bakou à Soupsa. Le Kremlin menace de supprimer l’utilisation de ses couloirs, aériens et terrestres, pour les forces otaniennes engagées en Afghanistan.
Le défi lancé à l’ensemble Atlantique (Etats-Unis/UE) est patent. Assistons-nous au début d’une seconde guerre froide ?
Parler d’une seconde guerre froide signifierait que le monde est toujours divisé en deux, en 2008 la planète comprend un certain nombre de puissances déterminantes qui sont autant au sud qu’au nord, à l’est qu’à l’ouest. D’un point de vue cartésien toute guerre froide comprise dans son aspect historique est impossible. Pourquoi parler d’une seconde guerre froide ?
Pour les Etats-Unis, la tension avec la Russie commence à intervenir dans les débats électoraux mais il est trop tôt pour affirmer que cette crise jouera en faveur ou en défaveur de Barack Obama ou de John McCain : les élections n’auront lieu qu’à la fin du mois de novembre ! Cependant, cet événement permet d’introduire dans les discours des deux ténors politiques un adversaire connu de tous et autour duquel les Etats-Unis ont bâti une stratégie, un rapport de force parfaitement compris par ses citoyens. Il est plus facile à un candidat et encore à Georges Bush d’évoquer le monde en ayant un adversaire clairement défini comme Vladimir Poutine, totalement visible, au lieu de l’énigmatique Ben Laden totalement invisible. Il permet de radicaliser, de simplifier le discours. Au fond d’eux-mêmes les politiques américains font, certainement, peu de cas (hors cette période particulière) de la « seconde guerre froide » faute de moyens et d’une ligue alliée fidèle.
Pour les Européens, l’idée d’une seconde guerre froide semble être une vue de l’esprit. Hormis les déclarations des dirigeants baltes, polonais, l’Union européenne (France, Allemagne, Italie…etc) craint plutôt, faute d’une indépendance énergétique et militaire, d’être coincée entre le marteau et l’enclume. L’accord signé par le Président Sarkozy avec Moscou et Tbilissi n’est pas caduc comme le prétend, par exemple Libération : pourquoi ? Tout simplement parce que l’une des clauses agrées par les parties ne garantit pas explicitement l’intégrité des frontières géorgiennes. L’indépendance proclamée de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie ne contredit donc pas l’accord diplomatique. La question posée à l’Union européenne est de savoir quelle sera sa place dans les développements à venir de cette crise : immanquablement, des problèmes fondamentaux arriveront sur la table. Qu’ils le veuillent ou non, les Etats de l'Union européenne sont, à terme, contraints, de dire ce qu’ils veulent être ou un pion ou un acteur.
Pour la Russie, la guerre froide est une expression d’une autre époque. Le monde de 2008 ne souffre d’aucune comparaison avec celui des années 1980. La Russie, puissance défensive (il faut le rappeler) et en reconstruction, ne prétend pas à la domination planétaire : c’est le Pentagone qui a 730 bases réparties sur les cinq continents et non l’armée russe ! La politique entreprise par la Russie est tout simplement de garantir son espace vital, de rappeler sa crédibilité aux autres puissances, de montrer, enfin et surtout, qu’elle est incontournable sur tous les plans. Pour elle le monde est multipolaire.
Qu’en est-il pour les pays membres du mouvement des non-alignés ? Après la fameuse conférence de Bandung (18-24 avril 1955), la déclaration de Brioni (19 juillet 1956 signée par l’Egypte (Nasser), l’Inde (Nehru), le Cambodge (Sihanouk) et la Yougoslavie (Tito) lançait le mouvement des états non-alignés situés sur une ligne sud-sud (de la Chine au Mexique) et dont le but était de se protéger de l’influence tant américaine que soviétique. Si cette organisation n’a jamais eu une armature aussi solide que l’OTAN, par exemple, et qu’elle se cherche depuis la fin du Mur de Berlin un second souffle, elle compte, aujourd’hui, 114 Etats (membres et observateurs) dont certains (Chine, l’Inde, le Brésil, Arabie Saoudite) sont en train de bouleverser les donnes, économique, financière, mercantile, énergétique, environnementale. L’idée d’une seconde guerre froide fait donc a minima sourire.
Sur tous ces points dire qu’une « seconde guerre froide » pourrait se mettre en place est impossible, cela paraît être un non-sens.


©Jean Vinatier 2008

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