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dimanche 22 juin 2025

Aux origines de la guerre et de la paix dans l’espèce humaine Hugo Meijer - Jean-Jacques Hublin N°5722 19e année

« Conférence du 6 juin 2025 Intervenant : Hugo Meijer, chargé de recherche CNRS au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris 

 Notre espèce, Homo sapiens, présente un paradoxe remarquable : nous sommes la seule espèce capable à la fois de conflits létaux et de coopération pacifique étendue entre groupes. Alors que certaines espèces se livrent à des conflits intergroupes (comme, par exemple, les chimpanzés, les loups et les fourmis), d’autres font preuve d’une coopération intergroupe limitée (comme les bonobos et les dauphins), mais aucune autre espèce ne combine ces deux comportements à une telle échelle et avec une telle complexité. En intégrant des données issues d’un large éventail de disciplines (biologie, primatologie, anthropologie, archéologie, génétique, neurosciences, criminologie, psychologie sociale, linguistique, démographie et climatologie), l’ouvrage présenté par Hugo Meijer – Janus-faced: The Origins of War and Peace in the Human Species – analyse les facteurs biologiques, culturels et environnementaux qui permettent de saisir quand et pourquoi cette dualité, qui nous distingue au sein du règne animal, a émergé au cours de la lignée humaine. 

Chaire Paléoanthropologie Professeur : Jean-Jacques Hublin » 

Jean Vinatier 

Seriatim2025

Guerres du capital : Ils sacrifient les peuples à l’autel de leurs profits avec Annie Lacroix-Riz N°5721 19e année

 Annie Lacroix-Riz Professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université Paris 7. Ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée d'histoire. Auteur de nombreux ouvrages dont le dernier “Le choix de la défaite - 3e édition : Les élites françaises dans les années 1930” (Dunod), et dernièrement “Industriels et banquiers français sous l'Occupation” (Dunod) 

Jean Vinatier 

Seriatim2025

vendredi 4 octobre 2024

Les multiples imaginaires de la nation américaine : Entretien avec Rachel St.John N°5804 18e année

 

« Rachel St. John explore les divers projets de construction nationale qui se sont disputé la légitimité et les territoires à travers le continent américain au cours du XIXe siècle, mettant en lumière la diversité de l’histoire politique et le caractère contingent de l’idée de nation.

Rachel St. John est historienne de l’Amérique du Nord et des États-Unis au XIXe siècle. Originaire de Californie, elle a obtenu sa licence et son doctorat à l’université de Stanford. Elle a enseigné à l’université de Harvard et à l’université de New York avant de retourner en Californie pour devenir professeur associé d’histoire à l’université de Californie, à Davis, en 2016. Son premier livre, Line in the Sand : A History of the Western US-Mexico Border, a été publié par Princeton University Press en 2011. Elle termine actuellement son deuxième ouvrage, The Imagined States of America : An Unmanifest History. Ce récit de l’Amérique du Nord au XIXe siècle explore la diversité des projets de construction nationale qui ont concouru pour obtenir la légitimité et les terres à travers le continent pendant cette période critique de transformation politique. En mettant en lumière la diversité de l’histoire politique nord-américaine et le caractère contingent de l’évolution de la nation et de sa définition, ce livre remet en question les récits qui considèrent l’essor et la domination des États-Unis comme allant de soi.

La Vie des idées : Quelle est l’importance de la vision de la nation américaine en tant qu’entité cohérente et unifiée, tant dans le monde universitaire que dans les récits destinés au grand public ? Quelles formes prend-elle ?

Rachel St.John : Les Américains, que ce soit dans les universités, dans les manuels scolaires ou dans la culture populaire, ont tendance à considérer le XIXe siècle comme le moment où les États-Unis sont devenus adultes. Il s’agit donc d’une histoire centrée sur la croissance de la nation, sur l’idée que les États-Unis sont nés en 1776 et que le XIXe siècle est le moment où ils deviennent autonomes.

Et cela a beaucoup à voir avec l’expansion. Elle est également confrontée à la crise de la guerre civile américaine. À ce moment-là, on a l’impression que soit la nation va mourir, soit elle va continuer, mais elle survit. C’est ainsi que les États-Unis acquièrent leur maturité en tant que nation. Ce que l’on peut voir à la fois dans les ouvrages universitaires et dans la façon dont nous célébrons le 4 juillet aux États-Unis.

Cela donne l’impression que les États-Unis ont toujours été une seule et même chose. C’était presque comme une personne : elle pouvait grandir ou mourir, mais elle restait toujours la même. Et cette croissance est naturelle. Je pense que c’est un élément fondamental de la manière dont nous envisageons l’histoire des États-Unis au XIXe siècle. Or, je ne pense pas que ce soit tout à fait exact.

Au lieu de cette histoire unique, je me suis intéressée à la grande variété d’idées sur les types de nations qui ont pu être maintenues ou créées dans l’Amérique du Nord du XIXe siècle. Il s’avère que ce fut un espace qui a inspiré toutes sortes d’idées sur les différents types de formations politiques nationales. Nous avons ainsi des nations indigènes indépendantes.

Il y en a beaucoup qui existent avant la naissance des États-Unis, et qui évoluent et persistent tout au long du XIXe siècle. Mais il y a aussi toutes sortes de personnes du monde entier qui viennent en Amérique du Nord et qui projettent leur propre idée de l’Amérique du Nord en tant qu’espace où ils peuvent créer des nations. Certaines de ces personnes viennent de l’intérieur des États-Unis : des groupes comme les mormons, les membres de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, qui ne se sentent pas pleinement intégrés aux États-Unis. Imaginez la création d’une théo-démocratie. Les Afro-Américains réduits en esclavage et privés de droits envisagent de former eux-mêmes des nations noires aux États-Unis. Il y a donc toutes sortes de personnes différentes qui sont capables d’imaginer des nations alternatives en Amérique du Nord. Et plus je regarde l’Amérique du Nord du XIXe siècle, plus je vois que c’est véritablement cela l’expérience normative, et non la création de ces énormes nations hétérogènes qui s’étendent sur tout le continent. Personne n’aurait imaginé cela au tout début du XIXe siècle.

Dans le livre que j’écris en ce moment, intitulé The Imagined States of America : The Unmanifest History of Nineteenth-Century North America , je cherche à remettre en question ces récits globaux de l’histoire américaine pour mettre l’accent sur la contingence dans les diverses créations d’une nation, en examinant ces différents groupes de personnes qui ont été impliqués dans les projets de création d’une nation en Amérique du Nord au XIXe siècle.

La Vie des idées : Vous proposez une histoire de la construction de la nation américaine qui se concentre sur l’intersection de divers projets, plutôt que sur l’idée classique d’un projet américain téléologique unique. Quels autres imaginaires non manifestes se sont hybridés et ont contribué à façonner les États-Unis ? »

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/Les-multiples-imaginaires-de-la-nation-americaine

 

Jean Vinatier

Seriatim2024

jeudi 6 juin 2024

Les enjeux politiques de la cartographie du territoire au XVIIIe siècle par Mireille Touzery N°5797 18e année

Conférence du 21 février 2018 par Mireille Touzery, professeure d'histoire moderne et directrice du département histoire de l'Université Paris-Est Créteil. Dans le cadre de l’exposition « Carto, cartographier l'Oise » qui s'est déroulée aux Archives départementales de l'Oise. 

Jean Vinatier 

Seriatim2024

lundi 3 juin 2024

L’autre bataille de Poitiers par Philippe Sénac N°5794 18e année

 

« À propos de : Philippe Sénac, L’autre bataille de Poitiers. Quand la Narbonnaise était arabe (VIIIe siècle), Armand Colin »

 

Aurélien Monntel pour la Vie des idées fait la critique de cet ouvrage en l’intitulant : Charles Martel face aux sources :

« Au sein de l’imaginaire collectif, la bataille de Poitiers est souvent considérée comme un moment clé de l’histoire de France. En s’appuyant sur de nouvelles sources, notamment arabes, Ph. Sénac relativise l’importance de cet évènement - et plus généralement de la « dictature de l’événement ».

En 2016, l’annonce de la découverte de trois sépultures islamiques à Nîmes avait fait grand bruit. Identifiées par l’orientation du corps des défunts en direction de la Mecque, toutes trois datées du VIIIe siècle, ces tombes étaient venues verser de précieuses données matérielles à un dossier – la présence islamique dans le Sud de la France actuelle – qui demeurait presqu’exclusivement textuel. De fait, par la prise en compte de sources jusqu’ici inconnues, ou ignorées, mais aussi par l’actualisation des grilles d’analyse, l’histoire de la conquête islamique, qui a permis la formation d’un empire s’étendant des Pyrénées jusqu’à l’Indus, est en perpétuel renouvellement depuis les années 1980.

Poitiers, victoire franque et mythe français

Derrière « l’autre bataille de Poitiers » le livre propose une synthèse de cette présence islamique en Septimanie – c’est-à-dire l’ancienne Narbonnaise, qui correspondrait au Languedoc actuel. Philippe Sénac apporte une contribution originale, avec l’ambition de proposer des interprétations actualisées sur une histoire oubliée. Conscient d’écrire dans un contexte socio-politique marqué par des crispations autour de l’islam, il entend s’extirper de ce que l’on pourrait appeler la « dictature de l’évènement » (p. 5-12, 119-123). Dans l’historiographie comme dans la mémoire populaire françaises, la conquête islamique demeure en effet écrasée par la « bataille de Poitiers », remportée par Charles Martel en 732.

Abondamment glosé, cet évènement a récemment eu l’honneur d’une nouvelle étude. Dans un ouvrage magistral publié en 2015, William Blanc et Christophe Naudin ont en effet à la fois analysé l’événement en lui-même, en reprenant le dossier documentaire disponible ; mais aussi (et surtout ?) montré comment l’historiographie, médiévale, moderne ou contemporaine, l’avaient interprété. Leur étude avait montré comment la bataille de Poitiers avait fini par se retrouver affublée, à partir du xxe siècle, d’une signification politique majeure – et nouvelle

. L’importance « médiatique » acquise par cet évènement a dès lors créé un prisme déformant, qui a simplifié, voire caricaturé, les interprétations, écrasé la nuance, et laissé dans l’oubli d’autres aspects de la présence islamique en Gaule.

Dès lors, l’objectif de l’auteur est de restituer toute l’importance de cette présence islamique sur le littoral gaulois de la Méditerranée, injustement négligée - mais que le lecteur ne s’y trompe pas : Poitiers n’y est pas remplacé par une autre bataille majeure. À cet égard, cette publication s’inscrit comme un nouveau prolongement de l’œuvre de Philippe Sénac, qui s’est dédié depuis les années 1980 à l’étude des relations entre le monde franc, mérovingien ou carolingien, et le monde islamique – jalonné de publications qui, pour certaines, sont devenues des références incontournables. Cet ouvrage constitue ainsi le pendant d’un livre publié il y a plus de quarante ans , qui traitait – déjà – de la présence islamique en Provence.

Textes, monnaies et sceaux : les sources d’une région en marge »

 

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/Philippe-Senac-L-autre-bataille-de-Poitiers

 

Jean Vinatier

Seriatim2024

vendredi 31 mai 2024

Les lumières et l’esclavage : Cugoano, Condorcet et les débats sur l’abolition à la veille de la Révolution Jennifer Pitts N°5793 18e année

Pour l’anecdote, aux archives diplomatiques, j’ai eu, entre les mains, une lettre de 1786 de William Pitt , Premier ministre, adressée à Vergennes lui proposant de travailler de concert à l’abolition de la traite.

 « Thoughts and Sentiments on the Evil of Slavery (1787) de Quobna Ottobah Cugoano, l’un des traités antiesclavagistes les plus radicaux publiés au XVIIIe siècle et le premier publié par un auteur noir dans le monde occidental, est apparu dans une traduction française anonyme l’année suivante. Dans le cadre de recherches entreprises avec mon collègue Michael Suarez, S. J., de l’université de Virginie, nous présentons des arguments tendant à démontrer que la traduction pourrait être l’œuvre de Nicolas de Caritat, le marquis de Condorcet, et nous examinons les implications, pour notre compréhension de la pensée de Condorcet et du mouvement antiesclavagiste français, de cet effort visant à mettre rapidement à la disposition du public français le remarquable traité politique, philosophique et religieux de Cugoano. L’histoire complète des activités abolitionnistes de Condorcet reste à écrire, et son engagement probable avec l’esprit et les écrits de Cugoano devrait figurer dans cette histoire. » 

Jean Vinatier 

Seriatim2024

lundi 27 mai 2024

La guerre en Ukraine est-elle une rupture historique ? par Yann Marquand N°5790 18e année

 

« Identifier la rupture historique dans le présent, un exercice périlleux

Si l’histoire est faite par les historiens et l’actualité par les hommes, l’un des paradoxes de la science historique – et corrélativement l’un de ses obstacles – est précisément que l’histoire est faite par un homme à la fois observateur du présent et interprète du passé. L’historien est donc à la croisée d’une double tension intellectuelle : analyser le passé avec son regard du présent, observer le présent avec son interprétation du passé.

Interpréter le passé, c’est donner un sens à la chronologie, c’est la condenser dans des moments de ruptures explicatives. Cette opération de condensation a le bénéfice de démêler l’écheveau de la complexité événementielle à travers la simplicité d’un prisme interprétatif. Interpréter les événements c’est au fond peser, évaluer, trier, conserver les faits déterminants, rejeter les quantités négligeables. C’est finalement construire la chronologie et rendre tangible les ruptures. L’événement-rupture quant à lui, est un basculement, une discontinuité dans la continuité temporelle, un bouleversement notable avec un avant et un après.

Il est d’autant plus aisé pour l’interprète-historien d’identifier la rupture passée que l’après rupture est donnée dans une perspective historique déjà visible. En revanche, l’observateur du présent, historien ou non, peut identifier un événement présent comme une rupture alors que l’histoire prouvera qu’il n’en est rien. Inversement, ce même observateur peut vivre la rupture sans la voir puisque l’après rupture est encore invisible.

 

Les guerres et les révolutions sont-elles des indices de rupture ?

« L’histoire universelle n’est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ses pages blanches. » Cette formule, extraite des Leçons sur la philosophie de l’histoire du philosophe allemand Hegel, peut servir de guide méthodologique pour identifier l’événement-rupture. Si nous retenons de l’histoire sa dimension tragique faite essentiellement de guerres et de révolutions, c’est sans doute parce que ce genre d’événement peut prétendre constituer des moments décisifs de compréhension. Ils sont des marqueurs qui méritent toute notre attention.

Tentons d’illustrer ces quelques réflexions par l’exemple, ou plutôt commençons par le contre-exemple. Les biens mal nommés « printemps arabes » de 2011 ont pu laisser penser à l’observateur contemporain que nous avions à faire aux signes objectifs d’une rupture révolutionnaire avec à la clef l’avènement de la liberté démocratique dans le monde arabe. Rares sont les contemporains irrévérencieux qui contre les opinions reçues ont analysé qu’il n’en était rien. Au risque de subir les affres de l’ostracisme intellectuel, rares sont les rabat-joie qui ont osé dire que ces expressions de « printemps arabes », de « liberté », de « droits de l’homme » et de « démocratie » n’étaient que préjugés, la projection de catégories occidentales en l’occurrence peu consistantes qui ne correspondaient pas à la réalité sociologique et politique régionale. Ces catégories ont été évidemment largement relayées par les médias occidentaux du tout-venant et le nez pointé sur l’information du jour, l’Occident a célébré le Moyen-Orient touché par la grâce révolutionnaire et démocratique.

Pourtant, il n’y a pas eu d’authentique révolution démocratique ni en Tunisie – quand bien même ce cas est plus discutable que les autres – ni en Égypte, ni en Libye, ni en Syrie, ni au Yémen, ni à Bahreïn. Nous avons voulu voir ce que nous croyons, principe peu défendable du point de vue scientifique, alors que nous aurions dû inverser la syntaxe dans une approche empirique et croire en ce que nous voyons. Comprenons par le verbe « voir » : enquêter, analyser, distinguer. Nous conseillons à ce propos l’excellent ouvrage d’Alain Chouet, Au cœur des services spéciaux. La menace islamiste : fausses pistes et vrais dangers. L’auteur, ancien directeur de la DGSE, chargé de mission notamment à Damas ou Beyrouth, arabophone, pétri de culture arabo-musulmane et de ses alentours (Turquie, Iran, Afghanistan et Pakistan) mérite une attention particulière sur le sujet.

L’ouvrage questionne[1] en effet cette expression de « printemps arabes » dans sa spontanéité, sa profondeur et son authenticité. Au fond, dit-il, la question n’est donc pas tant de savoir pourquoi ces pays arabes connaissent de tels mouvements de contestations en 2011, mais plutôt : pourquoi les Occidentaux s’y intéressent-il tant, alors que depuis la fin des années 60 les contestations violentes dans cette région sont observées avec une splendide indifférence ? D’une manière générale, l’Occident a manifesté, il est vrai, un enthousiasme doublé d’une volonté « bienveillante » et toute paternaliste d’accompagner le « dégagisme » des autocraties arabes. En préambule de l’analyse de Chouet, relevons sa formule qui propose une analogie intéressante : « Quelle aurait été la légitimité des révolutionnaires de 1789 si c’était une coalition anglo-russo-prussienne qui avait coupé la tête du roi de France ? »[2].”

La suite ci-dessous :

https://cf2r.org/tribune/la-guerre-en-ukraine-est-elle-une-rupture-historique/

Jean Vinatier

Seriatim2024