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jeudi 14 avril 2022

La recomposition des alliances au XXIe siècle par Olivier Schmitt N°5848 16e année

 « L’auteur : Olivier Schmitt est Professeur de Relations Internationales au Center for War Studies (University of Southern Denmark), et actuellement chef du département des études et de la recherche à l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN). Ses travaux portent sur les questions de sécurité internationale, en particulier les relations transatlantiques, les formes des guerres contemporaines et les politiques de défense.

Il est notamment l’auteur de Pourquoi Poutine est notre Allié. Anatomie d’une Passion Française (Hikari, 2017) ; Allies that Count. Junior Partners in Coalition Warfare (Georgetown UP, 2018) ; La Guerre et la Paix, Approches et Enjeux de la Sécurité et de la Stratégie (Presses de Sciences Po, 2020, avec Charles-Philippe David) et French Defence Policy since the End of the Cold War (Routledge, 2020, avec Alice Pannier). »

Article :

« Qu’est-ce qu’une alliance ? Pourquoi les pays s’allient-ils, quittent-ils des alliances, ou en fondent-ils de nouvelles ? Dans le contexte actuel de retour de la guerre et de compétition stratégique tant militaire qu’économique, l’analyse des mécanismes d’alliances n’a sans doute jamais été aussi cruciale.

À l’automne 2021, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie annonçaient, en grande pompe, la création d’une nouvelle alliance tripartite, surnommée AUKUS. Le projet comprenait un volet industriel important, notamment l’achat par le gouvernement australien de sous-marins nucléaires d’attaque fournis par Washington ou Londres, rompant de facto l’engagement pris en 2016 d’acquérir auprès de la France des sous-marins conventionnels. Les réactions françaises furent vives, le Quai d’Orsay rappelant, pour la première fois de son histoire, les ambassadeurs français à Washington et en Australie. Pourtant, malgré l’ampleur de la déception, en particulier dans les milieux industriels de défense français, la coopération militaire avec les États-Unis ne semble pas affectée, la Marine Nationale signant par exemple en décembre 2021 avec l’US Navy un partenariat structurant, d’une durée de vingt ans, visant à améliorer leur interopérabilité, et les États-Unis renforçant leur engagement au profit des opérations militaires françaises au Sahel.

Les relations au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), sont également complexes. Lors de sa présidence, Donald Trump avait notamment déclaré que l’OTAN était « obsolète », et semblait même prêt à annoncer le retrait américain de l’organisation lors du sommet des États-membres de 2018, avant (semble-t-il) de se raviser. Pourtant, en 2022, l’OTAN semble connaître un renouveau à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine, qui confirmait sa vocation d’instrument de coordination des politiques de défense en Europe.

Ces deux exemples illustrent certains des grands enjeux des alliances au XXIe siècle. Dans le contexte d’un retour de la guerre et de la compétition stratégique, la coordination des politiques de défense (fonction initiale des alliances) connaît un nouveau souffle. Pourtant, cette fonction de coordination (voire d’intégration) est structurellement opposée à une interprétation maximaliste de la souveraineté des États. De plus, l’interdépendance des économies permise par la globalisation a créé des intérêts contradictoires : des États alliés dans le domaine de la défense peuvent ainsi être des concurrents féroces dans le domaine économique. Dans ce contexte, comment penser la reconfiguration des alliances au XXIe siècle et l’articulation entre défense, souveraineté et la multiplicité des intérêts des États ? Il convient donc d’identifier quelques grands principes de fonctionnements des alliances avant d’étudier la manière dont la reconfiguration du système international influencera leur développement au XXIe siècle.

Les principes des alliances en politique internationale

Trois caractéristiques fondamentales de l’exercice de la stratégie se retrouvent systématiquement, quels que soient le lieu ou l’époque. Il s’agit de l’utilisation instrumentale de la violence, de la capacité à la tromperie et à la ruse, et, ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, de la formation de coalitions et d’alliances pour accroître sa puissance. »

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/La-recomposition-des-alliances-au-XXIe-siecle.html

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

 

vendredi 9 juillet 2021

Afghanistan : la ruée vers l’Europe ? N°5759 15e année

 La fin officielle de la présence américaine sur le sol afghan et les combats menés par les talibans contre le gouvernement actuel et Daech tétanisent les gouvernements européens face à une vague migratoire. Les souvenirs de 2015 sont là, en Allemagne surtout où les partis allemands craignent qu’un afflux avant les élections du 26 septembre ne fasse le jeu de l’AFD.

Précisons d’abord que les Américains ne seront guère éloignés de l’Afghanistan et que sur place resteront bon nombre de « personnels actifs » mais la date du 31 août retenue par Joe Biden pour acter le terme d’une action militaire vieille de 20 ans contraint les acteurs régionaux et par contre-coup ceux d’Europe à subir les conséquences périphériques d’un choix états-unien unilatéral.

Un départ sans gloire où les Afghans qui œuvrèrent pour la CIA voient les demandes de visas rejetées (les militaires français pressent le gouvernement d’accueillir tous leurs interprètes, une demande tout à fait légitime).

Combien d’Afghans se présenteront aux frontières européennes (là le mot frontière réapparait) : 5 000, 50 000.. ? Nul ne le sait précisément car sur le chemin, les exilés embarqueront avec eux celles et ceux qui fuiront aussi d’autres pays (Irak, Syrie) et même ceux qui arriveront depuis le Maghreb. En réalité, les Afghans seront au milieu de tant d’autres.

Les pouvoirs publics sentent que les opinions montrent de moins en moins d’empathie pour les migrants ou réfugiés. Qu’avec les migrants s’ajoutent, en cascade, d’autres maux (drogue, prostitution, faits divers, terrorisme, arrivée des enfants nés du djihad…etc.), des maux qui s’agrègent aux discours ambivalents de pouvoirs publics, notamment français qui pratiquent un « en même temps » aux effets délétères. L’intégration si elle existe dans les textes et les moyens ne sont plus actés par le gouvernement français : l’apologie autour des minorités et l’encastrement dans l’Union européenne font que l’intégration ne se lie plus à la souveraineté et donc au régalien. Les problématiques migratoires se réduisent-elles aux seules émotions et aux accueils ?

Cependant certains États de l’Union européenne comme le Danemark gouverné à gauche entame une révision drastique de la question migratoire, la Suède aussi et l’Allemagne se montre bien davantage que la France soucieuse de ne pas perdre le fil des migrants et veille à ce que l’Allemand devienne leur langue quotidienne.  Ces pays européens cités montrent que la seule appartenance à l’Union européenne n’autorise pas tout, que les gouvernements nationaux ont tout de même le dernier mot, c’est une question de volonté et de constance.

Apparait déjà une fracture au sein de l’Union européenne, le Nord et le Sud : ce sont en toute logique les pays bordures avec la Méditerranée qui auront à affronter (il faut employer un mot militaire) les vagues à venir. Si pendant le long règne de la Mutti , l’Allemagne a consenti à accueillir malgré les secousses intérieures de 2015/2016, qu’en sera-t-il après les législatives de septembre qui donneront un chancelier nouveau : Grünen, CDU/CSU, coalition ?

Ce qui impressionne de plus en plus dans l’avancée des défis migratoires, ce sont les négociations de plus en plus étendues que l’Union européenne doit entreprendre : un marchandage humain sur fond de répartition géopolitique. Car, enfin, si personne ne veut les garder, on veille à tirer le maximum de profit de leur passage. L’Union européenne étant une étape finale partagée avec le Royaume-Uni qui durcit sa politique, les années à venir seront lourdes. La pandémie a montré, au début, l’impéritie européenne puis  que les égoïsmes entre États n’étaient pas désuets, il en sera de certainement de même face aux migrants.

    

Jean Vinatier

Seriatim 2021