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vendredi 9 juillet 2021

Afghanistan : la ruée vers l’Europe ? N°5759 15e année

 La fin officielle de la présence américaine sur le sol afghan et les combats menés par les talibans contre le gouvernement actuel et Daech tétanisent les gouvernements européens face à une vague migratoire. Les souvenirs de 2015 sont là, en Allemagne surtout où les partis allemands craignent qu’un afflux avant les élections du 26 septembre ne fasse le jeu de l’AFD.

Précisons d’abord que les Américains ne seront guère éloignés de l’Afghanistan et que sur place resteront bon nombre de « personnels actifs » mais la date du 31 août retenue par Joe Biden pour acter le terme d’une action militaire vieille de 20 ans contraint les acteurs régionaux et par contre-coup ceux d’Europe à subir les conséquences périphériques d’un choix états-unien unilatéral.

Un départ sans gloire où les Afghans qui œuvrèrent pour la CIA voient les demandes de visas rejetées (les militaires français pressent le gouvernement d’accueillir tous leurs interprètes, une demande tout à fait légitime).

Combien d’Afghans se présenteront aux frontières européennes (là le mot frontière réapparait) : 5 000, 50 000.. ? Nul ne le sait précisément car sur le chemin, les exilés embarqueront avec eux celles et ceux qui fuiront aussi d’autres pays (Irak, Syrie) et même ceux qui arriveront depuis le Maghreb. En réalité, les Afghans seront au milieu de tant d’autres.

Les pouvoirs publics sentent que les opinions montrent de moins en moins d’empathie pour les migrants ou réfugiés. Qu’avec les migrants s’ajoutent, en cascade, d’autres maux (drogue, prostitution, faits divers, terrorisme, arrivée des enfants nés du djihad…etc.), des maux qui s’agrègent aux discours ambivalents de pouvoirs publics, notamment français qui pratiquent un « en même temps » aux effets délétères. L’intégration si elle existe dans les textes et les moyens ne sont plus actés par le gouvernement français : l’apologie autour des minorités et l’encastrement dans l’Union européenne font que l’intégration ne se lie plus à la souveraineté et donc au régalien. Les problématiques migratoires se réduisent-elles aux seules émotions et aux accueils ?

Cependant certains États de l’Union européenne comme le Danemark gouverné à gauche entame une révision drastique de la question migratoire, la Suède aussi et l’Allemagne se montre bien davantage que la France soucieuse de ne pas perdre le fil des migrants et veille à ce que l’Allemand devienne leur langue quotidienne.  Ces pays européens cités montrent que la seule appartenance à l’Union européenne n’autorise pas tout, que les gouvernements nationaux ont tout de même le dernier mot, c’est une question de volonté et de constance.

Apparait déjà une fracture au sein de l’Union européenne, le Nord et le Sud : ce sont en toute logique les pays bordures avec la Méditerranée qui auront à affronter (il faut employer un mot militaire) les vagues à venir. Si pendant le long règne de la Mutti , l’Allemagne a consenti à accueillir malgré les secousses intérieures de 2015/2016, qu’en sera-t-il après les législatives de septembre qui donneront un chancelier nouveau : Grünen, CDU/CSU, coalition ?

Ce qui est impressionne de plus en plus dans l’avancée des défis migratoires, ce sont les négociations de plus en plus étendues que l’Union européenne doit entreprendre : un marchandage humain sur fond de répartition géopolitique. Car, enfin, si personne ne veut les garder, on veille à tirer le maximum de profit de leur passage. L’Union européenne étant une étape finale partagée avec le Royaume-Uni qui durcit sa politique, les années à venir seront lourdes. La pandémie a montré, au début, l’impéritie européenne puis  que les égoïsmes entre États n’étaient pas désuets, il en sera de certainement de même face aux migrants.

    

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

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