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lundi 31 mai 2010

Gaza: la tragédie continue N°704 3e année

Il fallait l’oser et Tsahal l’a accompli : un acte de piratrie dans les eaux internationales en montant à l’abordage d’une flottille battant pavillon turc, composée de militants pro-palestiniens en route vers Gaza ! Résultat entre dix et vingt morts et 60 blessés.
Pour mémoire, le 8 juin 1967, l’aviation israélienne détruisait le navire de guerre américain le USS Liberty tuant prés de quarante marines….
Que va-t-il se produire ? Rien. Nous aurons des manifestations et des protestations plus ou moins fortes d’individus, de groupes, d’Etats, d’institutions accompagnées ou pas de votes, de résolutions…et puis tout passera. Aux Etats-Unis, la bataille navale n’est-elle pas reléguée en fin de journal et Obama n’attend-il pas des éclaircissements ? Les pays arabes sont-ils en ébullition ? Non, rien.
Depuis quelques temps, l’actuel gouvernement israélien fait montre d’une grande nervosité et pas seulement parce qu’il est outré d’avoir été singularisé lors du sommet du TNP alors qu’il masque le nombre de ses armes atomiques. Certains militaires israéliens et lobbies ne songent qu’à fondre sur l’Iran, une attitude agressive qui a poussé tous les généraux américains à leur opposer un « Non » unanime. Mais, ne sommes-nous pas à la merci d’un coup de folie ?
Toujours est-il que le gouvernement de Benyamin Netanyaou entretient une véritable paranoïa et qu’il ne supporte plus la moindre attitude contestatrice ; ainsi, Noam Chomsky a-t-il été refoulé sans ménagement !
Partout où l’on porte son regard sur le monde, c’est le déséquilibre, l’instabilité. C’est le règne de l’inconscience, de la frénésie, de la cupidité, de la prédation, du gaspillage.
De Deepwater Horizon à la destruction d’un navire de guerre sud-coréen en passant par l’abordage d’une flottille civile par des soldats sans oublier le capitalisme fou, la société donne l’impression de vouloir en finir .
Ce qui vient de se passer devrait nous faire réfléchir sur Israël et le supplice quotidien subi par les Palestiniens ; mais voilà, le Mundial débutera demain. Nous serons abrutis par les commentaires sur les matchs, les joueurs, tous payés des fortunes,. Et l’on oubliera les morts de ce jour, comme nous ne savons plus le nombre de Thaïlandais tombés lors des émeutes : l’été s’annonce, les touristes veulent leur bout de plage et s’étourdir dans les plaisirs.
La tragédie continue, Israël a oublié qu’Exodus lui a donné naissance….

Jean Vinatier


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Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

dimanche 30 mai 2010

Reprendre son souffle N°703 3e année

Reprendre son souffle, ce qui est valable pour le coureur l’est aussi pour le chroniqueur ! J’ai donc pris quelques moments supplémentaires dans ma halte au cours de cette dernière semaine de mai.
Par ailleurs, je termine la lecture de deux ouvrages,
Le voyage en Orient de Bertrandon de La Broquère, gentilhomme de Guyenne envoyé par Philippe le Bon duc de Bourgogne en Anatolie et en Syrie pendant les années 1432-1433 (éditions Anacharsis) et Le paradis perdu – 1922, la destruction de Smyrne la tolérante, de Giles Milton (éditions Noir sur Blanc)
Je termine ce court billet en rappelant que
Seriatim se veut une chronique hors de tout journalisme (un mot de plus en plus dénué de sens) qui succède à tant d’autres depuis que les hommes se flattent d’apporter un témoignage lors de leur passage sur terre et surtout quand ils font face à un « secouement du monde » (Vergennes)

Jean Vinatier


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vendredi 28 mai 2010

Appel pour la défense du droit à l’anonymat sur Internet N°702 3e année

Seriatim relaie naturellement cet appel :

« Nous tenons à affirmer notre attachement à la liberté d’expression sur Internet, qui a permis à tout un chacun de participer au formidable développement de l’information et des débats sur le réseau.

Une
proposition de loi , déposée par le Sénateur Masson , prévoit de remettre en cause le droit à l’anonymat des blogueurs.
Il s'agirait de leur imposer la publication de leur nom, de leur adresse mail, et semble-t-il aussi de leur adresse et de leur numéro de téléphone.

Nous considérons qu’une telle loi porterait atteinte à la liberté d’expression sur Internet.
Les blogueurs qui choisissent l’anonymat le font pour des raisons liées à leur vie professionnelle ou personnelle. Sans cet anonymat beaucoup arrêteraient de bloguer.

Nous appelons les députés et sénateurs à refuser cette proposition de loi, qui contrairement à ce que prétendent ses auteurs, n’apporterait rien en ce qui concerne la protection contre la diffamation, déjà efficacement assurée par la loi actuelle. Rappelons que la loi LCEN fait obligation aux hébergeurs de blogs de supprimer immédiatement les publications litigieuses sur simple demande, et de communiquer le cas échéant à la justice les coordonnées de l’auteur.

Il n’est donc nul besoin d’une loi supplémentaire qui aurait pour seul effet de brider la liberté d’expression des internautes.

Pierre Chappaz, Pdg Wikio
Jean-Baptiste Clot, Pdg Canalblog
Olivier Creiche, PDG d'EZ Embassy (distributeur du service TypePad)
Jean-François Julliard, secrétaire-général de Reporters sans frontières
Frédéric Montagnon, Pdg Over-blog
Tristan Nitot, Président, Mozilla Europe
Philippe Pinault, Pdg Blogspirit
Jeremie Zimmermann et Philippe Aigrain, La Quadrature du Net

(Pour soutenir cet appel, vous pouvez laisser un commentaire signé de votre nom ou de votre pseudo, et indiquer l’adresse de votre blog si vous êtes blogueur. N’hésitez pas à relayer l’initiative sur votre blog, plus nous serons nombreux, plus nous aurons de chances d’être entendus !) »


Jean Vinatier

Source :


http://www.wikio.fr/article/appel-defense-droit-anonymat-internet-190719788#news190719788


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mardi 25 mai 2010

Corée : Cheonen coulée par « Matin calme » ! N°701 3e année

Aujourd’hui, Pyongyang annonce la mobilisation de toute son armée : bruits de bottes à l’horizon ? Guerre de Corée 2 ? C’est beaucoup pour une frégate coulée le 26 mars dernier par un navire militaire nord coréen. N’est-ce pas davantage une instrumentalisation par quelques acteurs financiers qui profitent des problèmes de la dette publique d’un nombre d’Etats européens plutôt que d’une conflagration à venir?
Andreï Lankov¹ a fort bien retracé le film des événements depuis la destruction du Cheonen et a insisté sur le soin du gouvernement sud-coréen pour étouffer l’incident certes grave mais pas dramatique dans l’immédiat tout au moins et à en reculer la publicité pour des raisons principalement électorales…On est bien loin de Sarajevo 1914 !
Ni la Corée du Sud, ni le Japon, ni la Chine, ni la Russie n’ont à se satisfaire d’une dégradation intérieure de la Corée du Nord. Chacun trouve son intérêt à préserver le statu quo quand bien même le peuple sous la férule de cette monarchie communiste continuerait-il à souffrir !
Les Etats-Unis, s’ils ont d’importantes troupes en Corée du Sud et au Japon, seraient bien en peine d’ajouter un troisième front à deux autres où ils ne réussissent guère et engloutissent des dizaines de milliards de dollars par an.
La situation de la Corée du Nord rappelle un peu celle de la Pologne au XVIIIe siècle partagée entre trois puissances: ce découpage permettait de satisfaire les appétits des souverains voisins et d’éviter qu’ils ne guerroient trop entre eux…..
La différence entre la Pologne d’alors et la Corée du Nord tient au fait que les dirigeants de ce pays divisé en 1953 parviennent pour perdurer à manœuvrer, soufflant le chaud et le froid quitte à accréditer l’idée qu’ils peuvent fragiliser le frère coréen du sud. Marion Peron-Doise le note bien
: «L'ambiguïté entretenue par le leadership nord-coréen sur ses capacités nucléaires est en effet fondamentale pour la survie du régime. »²
La disparition –si c’est le mot qui convient - lente et progressive de la Corée du Nord ne peut être l’œuvre que des actions concertées des puissances régionales, à partir du moment où les conditions d’un marché commun existeront :
« Pour ses voisins asiatiques et russe, le décollage de la Corée du Nord produirait alors une mécanique bénéfique à l’ensemble de l’Asie du Nord-Est. La poursuite des travaux de reconnexion ferroviaire entre les deux Corée accrédite en effet la perspective de voir, sous peu, le sud de la péninsule être rattaché par le rail au continent eurasiatique. Les deux capitales devraient être reliées entre elles, puis à la zone franche de Sinuiju, sur la frontière chinoise, ainsi qu’à Nanjin, sur la frontière russe. Ce double raccordement permettrait alors de rétablir les liens avec le Transsibérien russe et les chemins de fer chinois. Au-delà de la péninsule, c’est donc toute l’économie de la région avec le Japon, la Chine et la Russie qui bénéficierait de l’intégration de la Corée du Nord. »³
Depuis le ministère Koizumi, Tokyo essaie de construire une diplomatie avec le « Cher leader » Kim Jong Il en totale indépendance par rapport aux Etats-Unis : la Maison Blanche s’ingéniant à tout faire capoter !
Aux
Etats-Unis l’énervement ne faiblit pas, surtout après les événements kirghizes d’avril 2010 où l’ombre de la « CIA » planait au point de presser Moscou d’envoyer dare dare des opposants au président déchu ainsi que des parachutistes supplémentaires. Malgré sa façade sur le Pacifique, la Maison Blanche craint bel et bien que la solution nord-coréenne se fasse sans elle….


Jean Vinatier

In Seriatim :


Corée:9 août 2007 N°5:
http://www.seriatimonline.com/2007/08/harmonie-des-deux-corechina-first.html

Corée: 29 mai 2009 N°473 2e année :
http://www.seriatimonline.com/2009/05/coree-du-nord-quand-les-baleines_29.html

Kirghizistan : 7 avril 2010, N°668 3e année
http://www.seriatimonline.com/2010/04/kirghizstan-un-faux-pas-americain-n668.html

Sources :

1-Andrei Lankov : "Seoul plotted a course through crisis
"http://www.atimes.com/atimes/Korea/LE25Dg01.html

2-Mariane Peron-Doise : « Corée du Nord: La stratégie de la prolifération», avril 2009,
http://www.ceri-sciences-po.org

3-Mariane Peron-Doise : « La redéfinition des relations Japon/Corée du Nord : un nouvel enjeu pour l’Asie du Nord-Est ? » in Revue Internationale et Stratégique, 2003/1 (N°49)

Autres sources :

Ronan Thomas: The war that won't end
http://www.atimes.com/atimes/Korea/LE25Dg02.html

Yeon-Goo Choi : « Séoul la faute aux Américains » in Outre Terre 2004/1 (N°6)

Bernard Sénécal sj: « Corée, zone tampon du Nord-Est asiatique » in Projet 2010/2 (N°315)


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vendredi 21 mai 2010

Prochaine chronique mardi 25 mai N°700 3e année

Je regrette de n’avoir pu faire une chronique hier et aujourd’hui : je me rattraperai la semaine suivante. Celle qui se termine a été assez étonnante ! Et encore, n’est-ce qu’un aimable clapotis……
S’il ne faut jamais espérer le pire, ni se frotter les mains à l’idée d’un effondrement ; en revanche, il est nécessaire de s’inquiéter des jours d’après, de poser des jalons issus de nos réflexions et de garder en tête la haute idée que nous nous faisons chacun d’entre nous de notre pays respectif.
Notre entrée dans le monde fini augure de longues périodes complexes, chaotiques devant lesquelles nous ne disposerons, au départ, que des outils de l’ancienne époque.
Pour l’heure, la note souriante vient d’Australie: un kangourou citadin sautant sur le moindre jupon et frappant tout mâle qui le contesterait, un étudiant de Sydney sauvé par des ninjas lesquels sont aussi un peu marsupiaux….
En vous souhaitant, à toutes et à tous, un bon week-end de Pentecôte….


Jean Vinatier

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mercredi 19 mai 2010

Angela Merkel : la chancelière « Guderian » ? N°699 3e année

L’interdiction par l’Allemagne des ventes à découvert de certains instruments de dette et des Credit–Default Swaps, ainsi que de certains titres cotés en bourse ont affolé les bourses européennes et Wall-Street. L’Europe n’est pas pour autant en rangs serrés derrière la chancelière ! Non-membres de la zone euro mais de l’Union européenne, les pays scandinaves et le Royaume-Uni se montrent réticents et la France multiplie des réunions. Pour l’instant, l’Allemagne rugit, fonce et casse sur son passage tels les chars de Guderian en mai 40….. Les Allemands s’ils aiment, parfois l’automutilation, ils aiment aussi casser et s’affirmer sans vergogne. Sachant cela et puisque nous avons, nous dit-on, un éminent germaniste au sein du gouvernement, Bruno Lemaire, pourquoi diable ce brave homme s’est-il tu et n’a décelé aucun signe avant-coureur ? Pourquoi Nicolas Sarkozy d’habitude bondissant est-il inerte?
Peut-on donner tort à Berlin de surprendre au pied du lit tout le monde boursier et d’affirmer son rôle pour la réforme financière ? Sur le fond Mme Merkel a raison et son annonce souligne principalement que l’Union européenne et la zone euro ne sont pas grand-chose sauf quand une puissance ou une union de puissances donne le tempo. Si les observations négatives sur l’Union mise devant le fait accompli ne sont pas infondées, il est rageant que la France, par exemple, soit restée attentiste, passive au lieu d’agir de concert avec l’Allemagne ? Ce n’est pas l’annonce par Paris de ramener le déficit à 3% d’ici 2013 qui changera le rapport de force !
En ce moment, le gouvernement allemand a dans la ligne de mire le prochain sommet du G-20 prévu fin juin 2010, date à laquelle le Président Obama devrait avoir fait voter par le Congrès sa réforme des marchés. Aurons-nous l’Allemagne-euro, les Etats-Unis et en face la Chine ?
Si les lignes ci-dessus ne sont bien sûr qu’une hypothèse, les faits montrent que l’histoire s’accélère singulièrement et que les Etats européens seraient bien inspirés de réagir promptement. Dans les
Seriatim
du 12 février, « Allemagne et l’Europe en avant mark ? » et du 20 mars 2010 « Du duo franco-allemand à la Germanie », il était déjà écrit ce que note Paul Jorion dans son article presslib’ du 19 mai :
« on risque de voir se constituer un euro « vitaminé », équivalent à un « mark reconstitué », regroupant l’Allemagne et sa zone d’influence en Europe – qui ne s’étend pas seulement au Benelux et à l’Autriche, mais peut inclure aussi une grande partie, voire la totalité des anciens pays communistes d’Europe Centrale. Il y aurait alors au centre, un Saint-Empire, et sur le pourtour, ce qu’on appelait à l’époque, les « marches » : « zones de confins entre deux dominations », si l’on en croit le dictionnaire. »
Au-delà de cette grande crainte, il doit y avoir une prise de conscience européenne collective et que cesse pour une fois, les querelles entre chefs de village.

Jean Vinatier


Sources :
http://www.pauljorion.com/blog/?p=11884

http://www.seriatimonline.com/2010/02/allemagne-et-leurope-en-avant-mark-n631.html

http://www.seriatimonline.com/2010/03/du-duo-franco-allemand-la-germanie-n657.html


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lundi 17 mai 2010

Moscou-Ankara-Damas-Téhéran-Brasilia : atomes crochus N°698 3e année

En venant à Téhéran, les 16 & 17 mai, Lula da Silva répondait à la visite d’Amadinejad de novembre 2009 au Brésil pendant laquelle, certains virent émerger, non sans raison, un « axe luladinejad »
Le Brésil siégeant comme membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies depuis janvier 2010, l’idée de Lula da Silva d’entreprendre Téhéran, au nom de la communauté internationale, a forcé, la main des Etats-Unis et des principales capitales européennes.
Pour preuve le récent propos de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton
« Chaque étape du processus a clairement démontré au monde que l'Iran ne participe pas à la scène internationale dans la manière dont nous leur avons demandé de le faire et qu'ils ont continué à poursuivre leur programme nucléaire. ».
Malgré cette réaction, l’accord signé aujourd’hui entre l’Iran, le Brésil (producteur d’uranium) et la Turquie au sujet de la question nucléaire participe au renforcement de l’influence diplomatique générale des pays du B.R.I.C.
Dans tous les cas, notons : Premièrement, que le Président brésilien s’est d’abord rendu en Russie qui déploie une intense activité sur toute la partie sud de sa frontière depuis l’Europe jusqu’en Asie; deuxièmement Moscou et Ankara viennent de conclure toute une série d’accords stratégiques notamment nucléaires¹ ainsi qu’une promesse d’action conjointe dans le Caucase ; troisièmement la Turquie a resseré ses liens avec la Syrie et l’Iran ; quatrièmement la Turquie, outre qu’elle aimerait bien être incluse dans l’acronyme B.R.I.C, se veut le verrou énergétique face à l’Union européenne et aux Etats-Unis.
Ainsi, séparer l’accord établi aujourd’hui à Téhéran des points cités au paragraphe précédent ferait manquer la dimension géopolitique ou géostratégique du nucléaire.
A cet égard, la Russie ne ménage pas sa peine : elle noue des accords d’exploitation avec toutes les ex-républiques soviétiques asiatiques, elle signe également des accords avec l’Australie et se prépare à le faire, en toute logique, avec la Mongolie et, cerise sur le gâteau, elle vient de parapher le 29 mars dernier avec l’AIEA la création à Angarsk (Sibérie) de la 1ère banque de réserve commune de combustible nucléaire !²
Terminons, en rappelant, que le seul pays d’Europe qui tirera un avantage de la dynamique russe est l’Allemagne : Siemens, faute de pouvoir monter dans le capital d’Areva (veto élyséen) a signé un partenariat avec ROSATOM (agence fédérale de l’énergie atomique russe) laissant, par contrecoup la société française isolée !
Comme le souligne le professeur Sergueï Goloubtchikov de l'Université d'Etat des sciences sociales de Russie
« Dans l'ensemble, les réserves potentielles d'uranium (naturel et militaire) de la Russie lui permettront d'occuper à l'horizon 2030 45% du marché mondial des services d'enrichissement de l'uranium et 20-25% du marché mondial de la construction de centrales nucléaires. En cas de recours aux technologies du cycle nucléaire fermé (réacteurs à neutrons rapides), les ressources en matières nucléaires pourront assurer les besoins énergétiques prévisibles du monde pendant mille ans. »³
Bien que le réputé professeur Mohammad-Reza Djalili de l’Institut universitaire des Hautes Etudes internationales de Genève prône la prudence parce qu’il connaît, naturellement, l’habileté diplomatique de ses compatriotes, ne peut-on pas suggérer que l’accord de Téhéran serait, in fine, une garantie que s’octroieraient les puissances émergentes vis-à-vis, de « l’idéal de puissance » des Etats-Unis et de l’Union européenne ?


Jean Vinatier

In Seriatim :
http://www.seriatimonline.com/2009/11/bresil-iran-une-connexion-sud-sud-n581.html


Sources :

1-
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/LE15Ag01.html

2-
http://www.latribune.fr/entreprises/industrie/energie-environnement/20100328trib000492734/rosatom-et-l-aiea-s-accordent-pour-creer-une-banque-de-combustible-nucleaire.html

3-
http://fr.rian.ru/analysis/20080425/105933249.html (avril 2008)


http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/05/17/accord-sur-le-combustible-nucleaire-iranien_1352601_3216.html



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Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

André Bellon : «Bon anniversaire à la construction européenne ! » N°697 3e année

André Bellon (X) a été député socialiste (1981-1993) et ancien président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale.
Il écrit régulièrement dans les colonnes du Monde diplomatique (« Pas de démocratie sans conflit » juin 2009) et a fondé, en 2006 le groupe de réflexion République. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Un Totalitarisme tranquille : La démocratie confisquée (avec Anne-Cécile Robert). Syllepse, 2001, Une nouvelle vassalité. Contribution à l’histoire politique des années 1980. Mille et une nuits, 2007.
Il est, enfin,"Président de l'association pour une Constituante".
André Bellon me fait l’amitié de publier son dernier texte dans
Seriatim : je l’en remercie.

« La Grèce, qui fut autrefois l’initiatrice de la philosophie humaniste, sera-t-elle le révélateur de la nature inhumaine de la construction européenne ? Sera-t-elle le prétexte à de nouvelles atteintes à la démocratie ? Elle met en tout cas en lumière les fondements de cette originale entreprise.

. La solidarité :
Depuis quelques temps, on ne cesse d’entendre ce mot à propos de la zone euro et de son « maillon faible », la Grèce. Mais solidarité de qui avec qui ? On pourrait penser que la question est d’aider les citoyens, de trouver ensemble les voies du développement social. Non, il s’agit au contraire de faire payer aux salariés grecs les errements de leurs dirigeants. Il s’agit de continuer, en plus dur, une politique de rigueur.
L’ineffable Alexandre Adler, dans une chronique quotidienne généreusement octroyée par la radio publique, saluait le « courage » du Premier ministre Georges Papandréou et fustigeait « l’égoïsme » des salariés grecs.
Discours typique des grands prêtres de la pensée dominante qui s’insurgent bien plus devant les manifestants qui vont se faire matraquer en défendant leur niveau de vie que devant les manipulateurs et les profiteurs d’une politique absurde. En fait, la soi-disant solidarité n’a rien à voir avec les citoyens. Elle est fondée sur une seule question : « Il faut sauver le soldat Euro ». La solidarité devient, de ce fait, le prétexte pour imposer encore plus la rigueur dans notre propre pays.
L’absence de solidarité sociale et le soutien apporté aux milieux financiers achèvent de détruire toute cohérence de la société. Comme le remarque fort pertinemment Jean-Paul Fitoussi (Le Monde du 5 mai 2010), à force de marginaliser les maillons faibles, nos chers dirigeants risquent de se retrouver tout seuls.

. La confiance :
Depuis le pape et Nicolas Sarkozy jusqu’aux économistes officiels, un discours s’est répandu sur le monde : ayez confiance, ce qu’il faut traduire par « faites-nous confiance », « signez-nous un chèque en blanc », autrement dit « taisez-vous ».
Faites confiance à des dirigeants dont la parole ne vaut plus grand-chose et qui s’abritent derrière les contraintes qu’ils ont eux-mêmes créées et qu’ils amplifient pour ne pas tenir compte des aspirations, des revendications et des difficultés des peuples qui, depuis longtemps déjà, paient les pots cassés des politiques choisies. Il ne faut pas céder aux « intérêts électoralistes », estime Mme Aubry. Dans le même temps, un Jacques Attali qui a largement participé à la mise en œuvre de ces politiques, demande qu’on profite de la situation pour franchir encore une nouvelle étape. Voila qui illustre dramatiquement les thèses de Naomi Klein sur la stratégie du choc, soit, en bref, taper sur les gens pour profiter de leur désarroi.
Qui songerait à s’étonner que Papandréou fasse, à peine élu, une politique à l’inverse de son programme électoral et ne songe pas à retourner devant les électeurs ? Il y a bien longtemps que ce type de question ne se pose plus. On vote pour une personne à qui on doit faire confiance, et puis c’est tout.
La politique menée est destinée à restaurer la confiance des marchés financiers, censés garantir les grands équilibres économiques. Absurdité de la confiance. Comment la Grèce paiera-t-elle ses dettes si elle ne peut relancer son économie et si certains spéculent même grâce à l’« aide » apportée ? En fait, la stratégie de la confiance n’est qu’une relation entre milieux financiers qui se surveillent mutuellement, habitués à voir satisfaites toutes leurs exigences quel qu’en soit le coût social. Pour les pertes, les citoyens paieront. Pour sortir de la catastrophe, faites confiance à ceux qui l’ont créée !

. Les marchés.

Ah, les marchés ! Dotés d’une vie propre par le biais d’une bizarre conception anthropomorphiste, ils s’imposent à nous comme d’insaisissables extraterrestres. Même les dirigeants en parlent comme de pouvoirs transcendantaux : les « marchés » ont frémi, les « marchés » ont peur, les « marchés » pensent que,…
Plus personne ne dit pouvoir les contrôler, les influencer sérieusement. Non, il faut subir ces nouveaux Léviathans. Mais qui, parmi les responsables ose dire que, si les fameux marchés échappent à tout contrôle, c’est parce que cela a été décidé ? La politique de dérégulation des circuits financiers fut un des principes de la fin des années 90 sur lesquels ont été construits les traités de Maastricht, d’Amsterdam, de Lisbonne. Elle est la base des règles monétaires et légitimes l’Euro.
Toute la politique des trois dernières décennies a été fondée sur l’idée de la nocivité des contrôles publics, autrement sur la destruction de toute vie politique et sur le rôle globalement bénéfique de ces fameux marchés. Ceux-ci font ainsi figure de Dieux en colère qu’il faudrait apaiser en leur faisant des offrandes et des sacrifices humains (des millions de salariés). Et si nécessité faisait loi, on ignorerait les règles intangibles élaborées hier. Ainsi, l’interdiction faite à la banque centrale de créer de la monnaie est-elle remise en cause lorsque la faiblesse monétaire fragilise les intérêts financiers.

Sur la base de ces principes, l’Europe apparaît comme une création artificielle qui impose des sacrifices aux peuples sans que jamais ceux-ci n’en voient les avantages, comme une illustration du fameux slogan : « Aujourd’hui, vous payez, demain ce sera gratis ». Mais demain signifie jamais. Il y a 60 ans, le 9 mai 1950, le ministre des affaires étrangères français Robert Schuman annonçait la création de la première communauté européenne. Bon anniversaire !

André Bellon »




Jean Vinatier

Sources :

http://www.le-groupe-republique.fr/
http://www.monde-diplomatique.fr/2009/06/BELLON/17239

Sites des maisons d’édition :

http://www.syllepse.net/
http://www.1001nuits.com/accueil/index.html


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vendredi 14 mai 2010

jacques Généreux: "Terrasser les spéculateurs" N°696 3e année

A Parlons Net sur France-Info, une excellente intervention du professeur Jacques Généreux, membre de Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon:
Jean Vinatier

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Apéros géants : c’est pas Orange mécanique ! N°695 3e année

Les apéros géants s’invitent dans les médias et le débat politique depuis qu’il y a eu, malheureusement, un mort !
N’est-il pas plutôt sympathique et encourageant de voir un réseau social, Facebook, générer l’organisation de réunions festives où les gens se voient, se touchent, s’amusent, chantent ensemble ? Ne critiquait-on pas Facebook pour son côté virtuel, abstrait ?
A lire les nombreuses protestations contre ces apéros géants, un nouveau Woodstock serait tout bonnement interdit !
Les élus, le gouvernement, les médias sont pris de court par un événement Internet qui est ludique et absolument pas politique : pas un leader à l’horizon, par un intellectuel, un philosophe en vue ! En France, où faire la fête devient une véritable gageure : interdit de boire, de fumer…etc, ces rassemblements apportent quand même une petite fraîcheur dans le ciel sombre national ! Mais un rien panique les partis en pleine décomposition et une société française anxieuse. Du maire de Nantes (PS) au ministre de l’Intérieur (UMP), on brandit les menaces sans qu’ils se rendent compte de leurs réactions disproportionnées bien supérieures à celles qui ont diabolisé les raves: bruit, drogue, groupes non identifiés.
Toute jeunesse a besoin de s’éclater : quelle génération ne délire pas ? Ironie du sort, ce sont les « djeuns » de 68 qui réclament la police !!!!
Pourtant quand chaque année, une association mystérieuse décide de débarquer dans n’importe quel endroit de la capitale toute vêtue de blanc pour « faire la fête dînatoire » nul ne s’interpose : il est vrai qu’ils rangent tout sans laisser le moindre mégot !
L’hystérie qui saisit bien des gens à l’égard des jeunes, est symptomatique d’une société, celle de l'Homo festivus chère à Philippe Muray, mal à l’aise devant sa descendance, une descendance sans repères stables au milieu des familles décomposées, recomposées au gré des divorces, pacs. Ne sont-ils pas nomades, excités, violents, happés par le virtuel, fuyant les bureaux de vote et même les ONG ? Bref, les jeunes seraient les asociaux d’un monde désociabilisé !
Si la jeunesse est souvent un peu folle, autodestructrice et même nihiliste (années 70), elle sait aussi être charmante, espiègle, généreuse, spontanée, souple comme une balle de caoutchouc. Toute jeunesse choque, bouscule - c’est son rôle- la génération précédente qui, elle-même, a bousculé la sienne. Les apéros géants ne sont pas la campagne des banquets de 1847 qui préludèrent à la révolution de février 1848, pas davantage en lien avec les fortes vagues contestataires parties des campus américains dans les années 60 pour finir à Paris en mai 68.
Ce que veulent les jeunes, c’est prendre un verre ? Pas question, ils s’enivrent trop ! Leurs concours idiots choquent (mais n’est-ce pas à cet âge qu’on les fait ?) comme scandalisaient ceux établis, par exemple, par les officiers dans leurs clubs et les bordels aux XIXe et XXe siècles.
La hantise qui saisit certains autour de l’apéro géant prévu prés de la Tour Eiffel le 23 mai n’a pas lieu d’être : imagine-t-on un instant que la police ne sera pas présente pour veiller au grain tout comme elle l’était dans les villes de Rennes et de Nantes ? Tout au long de l’année, des fêtes se déroulent dans une ivresse que personne ne conteste : les cafetiers et les restaurateurs ne font-ils pas un chiffre conséquent ?…Alors, qu’est-ce qui gêne, c’est le côté spontané, furtif, l’aspect bande qui apparaîtrait avant de s’évanouir pour surgir autre part. Ne serait-il pas temps que les élus apprennent à vivre avec leur temps et, par exemple, à mieux connaître Internet ? A moins, qu'ils craignent la Toile....
Les apéros géants n’annoncent pas une nouvelle version d’Orange mécanique…
Mesdames et messieurs les gouvernants, laissez-les prendre un apéro comme au village.....


Jean Vinatier

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jeudi 13 mai 2010

Paul De Grauwe : « Dette et Austérité : aujourd’hui comme hier, les marchés se trompent » N°694 3e année

Ci-dessous un article traduit puis publié par Contre-info , de Paul de Grauwe, professeur d’économie à l’université de Louvain et sénateur de Belgique. L’article a d’abord été publié par le Centre for European policy studies :


« Après le déclenchement de la crise financière, le consensus était général : les marchés financiers et les agences de notation avaient remarquablement échoué à inciter les investisseurs et les emprunteurs à prendre les bonnes décisions. Avant la crise, les marchés financiers ont donné à croire que la valeur des actifs allait augmenter indéfiniment et que les risques étaient faibles. Cette sous-estimation systématique des risques a conduit à une accumulation excessive de la dette privée et s’est finalement terminée par un crack. Après ces échecs lamentables on aurait pu s’attendre à ce que personne ne prenne plus au sérieux le jugement des marchés financiers et des agences de notation.
C’est pourtant le contraire qui s’est produit. Les marchés financiers et les agences de notation sont de retour, et cette fois-ci se vengent. A ceci près que cette fois, ils font exactement le contraire de la façon dont ils agissaient avant l’irruption de la crise. Ils estiment désormais qu’un nombre croissant d’obligations souveraines sont à haut risque, ce qui conduit les investisseurs à vendre ces obligations, précipitant ainsi une crise de la dette dans la zone euro. Pourquoi donc les marchés financiers et les agences de notation qui se sont trompés de façon tellement spectaculaire avant la crise, lorsqu’ils sous-estimaient les risques, auraient-ils raison maintenant ? Ne seraient-ils pas en train de commettre l’erreur inverse, c’est à dire de surestimer de façon généralisée les risques, particulièrement sur le marché des obligations d’État ? Bien peu d’observateurs posent aujourd’hui cette question. La plupart semblent conditionnés à nouveau par l’idée que les marchés ont raison, surtout quand ils évaluent le risque de la dette publique.
Bien sûr, il est vrai que les déficits publics et les niveaux d’endettement dans la zone euro, mais aussi aux États-Unis et au Royaume-Uni, ne sont pas soutenables, et qu’à un moment donné, il sera nécessaire de prendre certaines mesures visant à réduire ces déficits. Les marchés financiers et les agences de notation se focalisent aujourd’hui sur ce point.
Mais ils ne tiennent pas compte de l’interdépendance qui lie la dette du gouvernement et la dette privée. La principale, sinon l’unique raison pour laquelle les dettes publiques ont explosé, c’est que les gouvernements ont jugé à juste titre qu’ils devaient accroitre leur endettement pour sauver le secteur privé, et en particulier, les établissements financiers. Derrière chaque euro supplémentaire de dette publique, il existe un euro de dette privée qui a été repris ou soutenu par l’Etat.
Lorsqu’aujourd’hui les marchés financiers et les agences de notation augmentent la prime de risque sur la dette publique, ils obligent les gouvernements à réduire leur dette. Mais cela a pour effet de renvoyer la patate chaude de la dette insoutenable en direction du secteur privé, en particulier dans le système financier.
De fait, pour chaque pourcent de prime de risque supplémentaire que les marchés financiers ajoutent à la dette publique, un pourcent de prime de risque supplémentaire devrait être ajouté à la dette privée. Les marchés financiers ne le font pas parce qu’ils ne voient pas l’interdépendance de la dette publique et privée. En conséquence, ils contraignent aujourd’hui les gouvernements à s’engager trop tôt à réduire leurs dettes et les déficits, mettant ainsi en danger la solvabilité d’une grande partie du secteur privé. En ce sens, les marchés financiers sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis.
Ce problème est particulièrement aigu dans la zone euro. Les marchés financiers sont traumatisés par la tragédie grecque et sont en train d’imposer une austérité semblable aux autres marchés de la zone euro. Ce processus se développe par le biais des effets de contagion de la crise grecque. Sous la pression du jugement pourtant peu fiable des marchés financiers et des agences de notation, les gouvernements de la zone euro sont contraints l’un après l’autre de renoncer aux politiques budgétaires mises en place pour sauver le secteur privé. Dans ce processus, un nombre croissant de pays de la zone euro sont contraints de réduire leurs dépenses et d’augmenter les impôts à un moment où le secteur privé n’a pas encore récupéré. En imposant maintenant l’austérité, les marchés financiers rendent la reprise économique plus difficile, et rendent du même coup plus difficile le redressement des déficits publics et la réduction de la dette. Une dynamique déflationniste, porteuse d’échec, menace de gagner l’ensemble la zone euro.
Peut-on mettre un terme à ce processus ? C’est possible. Mais pour y arriver, les gouvernements de la zone euro doivent se défaire de la vision imposée par les marchés financiers, selon laquelle la cause de l’actuelle crise de la dette publique a pour cause la prodigalité budgétaire passée de ces mêmes gouvernements.
Tel n’est pas le cas. La cause de la crise de la dette publique est la prodigalité de larges segments du secteur privé, et en particulier du secteur financier. Le renforcement des mesures du Pacte de stabilité ne résoudra en rien ce problème.
Afin d’enrayer la contagion de la crise de la dette publique dans la zone euro, il est également essentiel que les gouvernements considèrent ce problème comme étant collectif et les affecte tous. Les longues hésitations durant la gestion de la crise grecque ont intensifié les effets de contagion et ont déjà précipité un processus d’austérité budgétaire qui menace le secteur privé de la zone euro.
Ce processus ne peut être arrêté que par l’obtention rapide d’un accord de soutien financier mutuel. Pour ce faire, il sera cependant aussi nécessaire de mettre de côté l’approche morale et affective de la question. Cette façon de voir a été largement partagée en Allemagne où le problème a été réduit à la question essentielle de savoir comment la Grèce devait être punie pour ses fautes passées. Le dernier plan de soutien financier décidé le week-end dernier semble mettre de côté ces objections morales et, espérons-le, aidera à la mise en oeuvre de politiques budgétaires adaptées dans la zone euro.

Paul de Grauwe »


Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2010

Bio et site de l’auteur :

http://www.senate.be/www/?MIval=/showSenator&ID=39&LANG=fr

http://www.econ.kuleuven.ac.be/ew/academic/intecon/Degrauwe/default.htm

Sources :

http://www.ceps.eu/book/when-financial-markets-force-too-much-austerity
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3054


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mardi 11 mai 2010

Malaparte « Ceux qui vous disent…. » N°693 3e année

Je termine de lire Curzio Malaparte (Kurt-Erich Suckert) auteur du Journal d’un étranger à Paris, pendant les années 1947-1948. J’ai, semble-t-il, entre les mains la dernière édition, celle de 1967. On lit d’un bout à l’autre les commentaires, les analyses, les portraits qu’il trace à grands coups de sabre de la société française au sortir de la guerre. Il y a bien de l’acidité, du cynisme et de la volontaire provocation. Mais Dieu qu’il aime la France, c’est peu dire qu’il la châtie bien ! En 1914, à 16 ans, Malaparte n’a-t-il pas fait le mur du prestigieux collège jésuite Cicognini pour combattre sous l’habit français ? Un tel homme peut bien nous parler comme il le veut !
De l’Europe, il l’évoque au détour de certaines pages, ainsi page 212 répondant à Paul Reynaud
: « L’avenir en Europe, ce n’est pas aux Etats, c’est aux peuples. » Il y a aussi et je dirai même surtout 11 magnifiques pages (pp.197-208) autour du fameux bal du comte et de la comtesse Pecci-Blunt¹ (petite-nièce de Léon XIII) dans leur propriété de la Marlia, prés de Lucques : les lois raciales de 1938 eurent raison, non pas de ce couple mais d’une société aussi décevante que celle décrite dans le film de James Ivory, Retour à Howards End.
Ci-dessous des extraits de ce Journal:

« 21 octobre [1948]
Ceux qui vous disent « L’Europe est finie, l’Amérique sera l’Europe de l’avenir », ressemblent à ceux qui diraient « l’Argentine sera l’Espagne de l’avenir ».

23 octobre
Des gens vous disent : « L’Europe sera, en face de l’Amérique, ce qu’était la Grèce en face de Rome après la conquête romaine du monde hellénique. Ce ne sera qu’un ensemble de peuplades pauvres, décadentes, raffinées, sans aucune force, en pleine déchéance morale et intellectuelle.
J’admets, et avec beaucoup de réserve, que l’Amérique soit Rome. Mais je demande : « Rien n’est moins sûr que le monde hellénique, après la conquête romaine de la Grèce, soit tombé dans la plus grande décadence morale et intellectuelle. Toute l’Europe chrétienne, toute la civilisation chrétienne de l’Europe, a son origine dans le monde hellénique d’après la conquête romaine. Alexandrie était le centre intellectuel du monde ancien. Pendant que l’Empire romain, c’est-à-dire pendant les cinq siècles de la « pax romana », la culture était grecque et les centres de la haute culture religieuse, philosophique, artistique, scientifique du monde civilisé, étaient épars dans les limites historiques du monde hellénique. Après la conquête romaine, c’est-à-dire pendant les siècles de la soi-disant décadence de la Grèce, la civilisation était hellénique. La Grèce traversait une crise économique, politique, militaire et sociale, très grave, semblable, sous beaucoup d’aspects, à la crise que traverse l’Europe en ce moment (Rome-Amérique-Russie-Perse) mais, du point de vue intellectuel, la Grèce était à la tête du monde civilisé. Je souhaite pour l’Europe un tel avenir : la destinée de l’Europe a toujours été et sera toujours, indépendamment du fait que d’autres continents soient plus riches et matériellement, politiquement plus forts, d’être à la tête de la civilisation.

12 novembre
Les Parisiens acceptent la grève d’une manière bien différente de celle avec laquelle ils acceptaient les grèves dans le temps, autrefois. Tout, autrefois, était prétexte à rire pour les Parisiens. La gaieté naturelle de ce petit peuple aux humeurs enfantines, au rire spontané, aux amusements faciles, ne se laissait pas faire par les troubles sociaux ou les luttes ouvrières. Entre les Parisiens et les grévistes (j’entends par Parisiens la masse de la population surtout celle des classes inférieures), régnait une sorte de solidarité complaisante, basée pour ainsi dire sur la politesse des grévistes et la souriante amitié des Parisiens. On avait l’impression que, tout en restant indifférents aux problèmes soulevés par les luttes sociales, les Parisiens comprenaient les raisons des ouvriers et les soutenaient de leur amicale attitude. Puis, à ce qu’on me dit, au temps du Front populaire, les choses se gâtèrent, les grèves prirent un caractère de haine sociale, les Parisiens commencèrent à rouspéter, le sourire disparut des lèvres des foules. Je n’étais pas en France, en ces années-là, j’étais dans l’île de Lipari (emprisonné par les fascistes) , je n’avais de la France que les nouvelles que me donnaient mes amis de Paris. Mais ce que je vois aujourd’hui est bien triste. Les visages sont tristes, les lèvres muettes, cette foule sale, mal habillée, mal nourrie, subit la grève avec un détachement farouche, presque avec une sorte de désespoir muet, morne ; il y a quelque chose des foules turques, dans la foule de Paris.
La passivité des foules orientales, de Smyrne, de Constantinople, cette acceptation passive de tout ce qui arrive, et que j’aimerais définir, non pas le fatalisme religieux des Musulmans, mais celui des peuples qui ne vivent plus dans l’histoire. Il est clair que ce fatalisme historique dépasse désormais, après 1918, dans les foules turques, le fatalisme musulman. Paris est une ville turque, la France est la Turquie de l’Occident. Les foules turques ne sont pas bruyantes, remuantes, elles coulent un peu affairées, en silence, avec ce seul murmure au timbre aïgu qui est celui même des foules parisiennes pendant ces jours de grèves.
Je rentre chez moi, j’ouvre Les lettres persanes, les fables de Gaspare Gozzi. L’Orient, tel que l’imaginaient Montesquieu, Gaspare Gozzi ou Voltaire était un Orient très parisien. Constantinople était une sorte de Paris où les élégants et les précieuses étaient remplacés par les eunuques et les odalisques. Les harems ressemblaient à une sorte de salon littéraire, où l’on discutait de politique, de scandales mondains, de potins, de littérature, où l’on buvait du café, où l’on mangeait des rahat-loukoums. C’est qu’au XVIIIe siècle, l’Orient bien qu’en pleine décadence, croyait encore vivre dans l’histoire, avait gardé le sens de l’histoire. L’Orient était vivant. Allez de nos jours en Orient. C’est toujours Paris, mais hors de l’histoire, avec des foules résignées à ne plus jouer aucun rôle historique. Je veux dire que Paris, comme une grande partie de l’Europe, subit en ce moment la crise qu’a subie l’Orient en son temps : celle du passage du monde vivant et agissant de l’histoire, au monde morne, passif, résigné du fatalisme historique. L’Europe, c’est évident, est en train de devenir un grand pays levantin, avec le soleil et le ciel d’azur en moins.
Le caractère politique de ces grèves échappe-t-il aux Parisiens ? Non. Savent-ils que ces grévistes sont, peut-être, inconsciemment, les instruments de l’ennemi, de l’étranger ? Non. Mais le peuple français accepte déjà la défaite prochaine, l’invasion prochaine, l’esclavage prochain. Il n’a pas, comme certains le croient, renoncé à l’Europe. Il s’est, au contraire, résigné à n’être qu’une des nombreuses peuplades de l’Europe orientale. Il accepte de subir l’histoire de l’Europe, non plus de la déterminer. Ce qui manque au peuple français pour continuer à jouer son rôle de grand peuple, ce ne sont pas seulement les moyens matériels, c’est surtout la force morale. Le peuple français est malade de ce que j’appellerai le dégoût de l’histoire. Il n’y a plus de solidarité entre Paris et les grévistes, mais une sorte de complicité résignée. Non pas la fraternité dans les malheurs et les souffrances, mais la résignation aux violences et à la misère des autres. Je veux dire ici ce que je pense, je le dirai sans ménagements. Paris est déjà une ville occupée par une armée ennemie, une armée étrangère. C’est comme si les Allemands au lieu d’occuper Paris avec leurs troupes avaient mobilisé l’armée des ouvriers, des chômeurs parisiens. Il y a quelque part, dans Paris, une Kommandantur qui dirige cette occupation. Mais ce n’est pas une Kommandantur allemande. Je me promène au milieu de cette foule qui me bouscule en silence, sans même me regarder. J’ai l’impression d’être un Français, perdu dans une foule d’étrangers.

Malaparte »²


Jean Vinatier

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Note :

1- Cecil Blumenthal dit Blunt très riche américain juif marié à la comtesse Laetitia Pecci, et converti au catholicisme. Ils formèrent un couple, certainement, le plus célèbre de toute la période de l’Entre deux guerres. Ils recevaient somptueusement dans leur palais romain de l’Ara Coeli, leur splendide villa La Marlia, ou dans leur hôtel dit de Cassini rue de Babylone à Paris.

Source :

2-Malaparte (Curzio) : Journal d’un étranger à Paris, Paris Denoël, 1967 pp187-188, 189-192.


Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

lundi 10 mai 2010

Ouroboros ou l’euro-état ? N°692 3e année

Ne vous y trompez pas, ce week-end était consacré aux festoiements européens : 70e « anniversaire » de la capitulation nazie, rappel de la déclaration de Robert Schuman le 9 mai 1950…etc
Regardons dans quelle situation politique se trouvait l’Union européenne pour tétaniser les spéculateurs: réunion à Bruxelles, capitale d’un royaume quasiment implosé et désormais sans Parlement, un Royaume-Uni tout entier aux tractations entre les 3 vainqueurs/vaincus des dernières élections législatives, une chancelière allemande préoccupée ( à juste raison) du résultat de la consultation électorale en Rhénanie-Westphalie, un Président français de plus en plus inaudible avec à l’arrière plan, en sus des cendres du volcan islandais, l’Espagne, le Portugal et bien évidemment la Grèce toujours en ébullition. Bref, l’Europe valium partait en guerre contre les spéculateurs vitaminés. Convenons que les ministres de l’Union ont bien scénarisé la journée de crise : tout le dimanche, ils affectaient de laisser dire que seul un fonds d’urgence 60 milliards serait créé, somme naturellement bien médiocre, et puis, dans la soirée, arrivèrent les fameux 750 milliards d’euros dont 220 apportés par le FMI.
Nicolas Sarkozy qui avait dit
: « à attaque systémique, réponse systémique » estime, ce matin, ne pas avoir fait une simple opération de communication : aux yeux des Français, il a tenu parole. En fait ce dimanche les ministres de l’Ecofin, sans menacer les spéculateurs de la moindre poursuite, ont principalement sauvé les banques, européennes et surtout américaines (inquiétude de Barack Obama) pour lesquelles on ignore toujours leur degré d’exposition aux risques.
Un commentateur d’un article (je ne sais plus lequel, qu’il me pardonne) résume le moment :
« Si je comprends bien, les pays européens empruntent de l’argent aux mégabanques pour secourir des banques dont la mise en faillite aurait des conséquences désastreuses pour les mégabanques et pour les états auxquels ces banques sont rattachées.Tout ce processus continue à générer une production incontrôlable d’intérêts dont la charge est à répartir sur les habitants des pays européens.Il est donc fort pertinent de dire que l’endettement public n’est rien d’autre qu’un processus, devenu sans fin, pour enrichir les banques et leurs actionnaires avec l’argent des électeurs.Cette affirmation étant aussi pertinente que celle qui qualifie le bénéfice de salaire non payé, nous sommes visiblement tous devenus des grecs. »
Les places asiatiques n’ont pas trop bondi, signe que l’Union européenne est encore loin de signifier quelque chose de précis pour cette partie motrice du monde. Il n’en reste pas moins que dans une grande urgence, les dirigeants européens les plus libéraux se sont contraints à mettre en œuvre un plan de solidarité sans pour autant changer d’un iota les principes des traités de Maastricht et de Lisbonne. La BCE activera la planche à billets pour inonder les marchés, elle achètera les dettes souveraines des Etats via une structure hors bilan et elle ira (grande première) sur les marchés obligataires.
La preuve est faite que l’institution d’une monnaie unique en tant que telle ne suffit pas à lui donner une légitimité économique. Qu’est-ce qu’une monnaie sans une assise politique ? Rien, c’est une monnaie pour duty free.
Les lendemains ne seront pas joyeux et légers pour les citoyens européens qui feront les frais d’une politique de réduction de la dette publique : austérité, rigueur seront les mots qui viendront en boucle.
Comment agir pour que les Européens ne loupent pas le train de la croissance économique, source d’emplois, d’innovations, de profits ?
Les pays membres de la zone euro travailleront-ils à une union budgétaire c’est-à-dire mettre en adéquation leurs politiques budgétaires, économiques, fiscales et sociales et in fine établir une fédération politique des Etats concernés ?
Quid de la dette publique, des déficits ? Ne faudrait-il pas changer les choses ? Pourra-t-on continuer à ne pas associer les actifs de l’Etat avec le budget qui comporte deux colonnes, celle des recettes, celle des dépenses ? Ne serait-ce pas un moyen de réduire l’importance de la dette ?
Tous ces chantiers dans cette urgence laissent pantois : l’incapacité des dirigeants européens à penser ferait désespérer les hommes. Le soulagement de dimanche soir est d’abord pour ces femmes et ces hommes d’avoir fait respirer les banquiers et les financiers( leur monde) sans trop se préoccuper des individus.
N’oublions pas que les puissances du nouveau monde économique regardent avec intérêt le devenir du « monde atlantique » : en 2008, Paulson faisait injecter des centaines de milliards de dollars pour sauver Wall Street, en 2010, ce sont des milliards d’euros qui devraient sauvegarder l’Europe. Détail, tous les spéculateurs se sont repliés sur le dollar, monnaie américaine d’un pays dont les dettes atteignent des sommets invisibles à l’œil humain.
En résumé, hier, les Européens, ont fait un premier pas et les appels de l’Oncle Sam montrent que nous n’étions pas si négligeables que cela ! Demain, il sera plus difficile à des spéculateurs d’attaquer un pays de la zone euro : aujourd’hui un agioteur pourrait-il s’en prendre à la dette de l’état californien sans s’attaquer au dollar c’est-à-dire aux Etats-Unis ?Non.
Mais dieu que nous sommes loin de mars et mai 1944 (
programme du C.N.R et de la Déclaration de Philadelphie qui posait les statuts de l’OIT) et du discours de Robert Schuman ; de cette époque où le « monde Atlantique » avait quelques zestes de philosophie et des maximes, tout est bien mort !
Ouroboros, le serpent qui s’étouffe en se mangeant la queue, serait-il notre funeste symbole ? Mon cher Robert Schuman ton rêve deviendrait-il notre cauchemar : serions-nous des Ouroboros ?
Tuons le serpent !

Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2010

Sources
:
http://www.robert-schuman.eu/declaration_9mai.php
Déclaration de Philadelphie :
http://www.aidh.org/Biblio/Text_fondat/OIT_01.htm
C.N.R :
http://fr.wikisource.org/wiki/Programme_du_Conseil_national_de_la_R%C3%A9sistance



Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

samedi 8 mai 2010

Holbach : l’art de ramper N°691 3e année

Né sujet palatin à Edesheim en 1723, mort français à Paris le 21 janvier 1789, il repose, voisin de Diderot, dans la crypte de l’église Saint-Roch : le curé de la paroisse enterra l’athée le plus illustre, le plus public de son temps (Michel Onfray l’aime donc bien) sans rechigner!
Auteur révolutionnaire (davantage que Rousseau) du
Système de la nature et de plus de 300 notices destinées à l’Encyclopédie, le baron d’Holbach fut l’étincelle permanente de la seconde moitié du XVIIIe siècle français. Son ami, l’érudit André Naigeon le louait dans la nécrologie qu’il publia dans le Journal de Paris N°40 du lundi 9 février 1789: « Ce n’était pas seulement un des hommes qui avait le plus de vérités dans la tête, c’était encore un de ceux qui y avait le moins d’erreurs, avantage très rare, même parmi les esprits de son ordre, qui le caractérise particulièrement. »¹
Il savait également consoler, non sans drôlerie ! Ainsi, à l’été 1776, il sut trouver les mots adéquats pour remonter le moral de Turgot, disgracié à Pâques : « Vous étiez un excellent voiturier, et vous meniez très bien votre charrette, mais vous aviez oublié la petite boîte de saindoux pour graisser les essieux. »
Les éditions Allia² puis Payot & Rivages, ont l’heureuse idée de rééditer un des derniers textes écrits par le baron d’Holbach, Essai sur l’art de ramper à l’usage des courtisans³ (on ne peut pas le comparer avec l’ouvrage paru en 1528 du mantouan Baldassar Castiglione Le livre du courtisan, absolument pas « vil flatteur »)
En 1996 un réalisateur, Patrice Leconte, avait commis un film « Ridicule » qui l’était complètement : sans doute n’avait-il pas eu l’idée de lire d’Holbach….
Ce texte destiné à la
Correspondance littéraire suscita d’abord l’effroi du successeur de Melchior Grimm, Jacques-Henri Meister(4) qui attendit l’année 1790 pour l’inclure dans la publication.
Extrait ci-dessous :

« Les philosophes, qui communément sont gens de mauvaise humeur, regardent à la vérité le métier de courtisan comme bas, comme infâme, comme celui d’un empoisonneur. Les peuples ingrats ne sentent point toute l’étendue des obligations qu’ils ont à ces grands généreux, qui, pour soutenir leur souverain en belle humeur, se dévouent à l’ennui, se sacrifient à ses caprices, lui immolent continuellement leur honneur, leur probité, leur amour-propre, leur honte et leurs remords ; ces imbéciles ne sentent donc point le prix de tous ces sacrifices ? Ils ne réflichissent point à ce qu’il en doit coûter pour être un bon courtisan ? Quelque force d’esprit que l’on ait, quelque encuirassée que soit la conscience par l’habitude de mépriser la vertu et de fouler aux pieds la probité, les hommes ordinaires ont toujours infiniment de peine à étouffer dans leur cœur le cri de la raison. Il n’y a guère que le courtisan qui parvienne à réduire cette voix importune au silence ; lui seul est capable d’un aussi noble effort.
Si nous examinons les choses sous ce point de vue, nous verrons que, de tous les arts, le plus difficile est celui de ramper. Cet art sublime est peut-être la plus merveilleuse conquête de l’esprit humain. La nature a mis dans le cœur de tous les hommes un amour-propre, un orgueil, une fierté qui sont, de toutes les dispositions, les plus pénibles à vaincre. L'âme se révolte contre tout ce qui tend à la déprimer ; elle réagit avec vigueur toutes les fois qu’on la blesse dans cet endroit sensible ; et si de bonne heure on ne contracte l’habitude de combattre, de comprimer, d’écraser ce puissant ressort, il devient impossible de la maîtriser. C’est à quoi le courtisan s’exerce dans l’enfance, étude bien plus utile sans doute que toutes celles qu’on nous vante avec emphase, et qui annonce dans ceux qui ont acquis ainsi la faculté de subjuguer la nature une force dont très peu d’êtres se trouvent doués. C’est par ces efforts héroïques, ces combats, ces victoires qu’un habile courtisan se distingue et parvient à ce point d’insensibilité qui le mène au crédit, aux honneurs, à ces grandeurs qui font l’objet de l’envie de ses pareils et celui de l’admiration publique
D’Holbach.»


Jean Vinatier

Sources
:

1-pp 175-177

2-
http://www.alliaeditions.com/Catalogueview.asp?ID=489 (un conseil optez pour Allia, son édition est plus élégante et moins chère 3 euros au lieu de 4 pour Rivages poche/Petite bibliothèque.)

3- Extr. des "Facéties philosophiques tirées des manuscrits de feu M. le baron d'Holbach", parues dans le tome 5 de la "Correspondance littéraire, philosophique et critique, adressée à un souvrain d'Allemagne" par le baron de Grimm et par Denis Diderot en 1790. (notice BnF)

4-
http://www.seriatimonline.com/2009/10/meister-quelques-reflexions-qui-ne-sont.html


In Seriatim quelques textes « Siècle des lumières » :

Swift
http://www.seriatimonline.com/2008/01/jonathan-swift-lord-bolingbroke-mai.html

Nicolas Gilbert : une Satire oubliée :
http://www.seriatimonline.com/2008/07/nicolas-gilbert-le-dix-huitime-sicle.html

Hubert Robert et 1789 :
http://www.seriatimonline.com/2008/03/hubert-robert-et-1789.html

Textes plus politiques :

L’Averdy :
http://www.seriatimonline.com/2009/12/janvier-1768-sire-cette-maniere-de.html

Malesherbes :
http://www.seriatimonline.com/2008/05/malesherbes-fait-des-remontrances-aux.html

Vergennes
http://www.seriatimonline.com/2008/10/vergennes-la-situation-politique-de-la.html
http://www.seriatimonline.com/2008/10/vergennes-la-situation-politique-de-la_05.html

Lors Stormont :
http://www.seriatimonline.com/2009/07/lord-stormont-lord-rochford-ma-premiere.html
Linguet :
http://www.seriatimonline.com/2009/09/linguet-lamerique-une-metairie-de.html

Bertier de Sauvigny :
http://www.seriatimonline.com/2008/01/1787-messieurs-la-nation-vous-appels.html

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jeudi 6 mai 2010

Paul Bara : Le Krach de 2010 : La crise systémique N°690 3e année

Seriatim reproduit une longue analyse écrite par Paul Bara sur son site Blog de la finance et de l’économie en mars dernier. L’auteur est consultant en économie et finance internationale et ancien enseignant à Paris X et à l'ENA
Petite précision, j’ai relu le texte en corrigeant, je le souhaite, toutes les fautes et les coquilles.

« La crise actuelle n’est pas une crise comme celles que nous avons connues depuis 1945. La croissance au quatrième trimestre 2009, en France et aux Etats-Unis, n’est due (en partie) qu’a un facteur technique transitoire, le moindre déstockage des entreprises. Nous ne sommes pas dans un enchaînement cyclique normal.
Par bien des aspects celle- ci est plus grave que la crise de 1929, en ce qu’elle est doublement globale, affectant à la fois la planète entière et la sphère financière dans sa totalité. Le choc initial a été plus fort qu’en 1929.Pendant les neuf premiers mois, la chute de la production industrielle a été aussi violente qu’en 1929; la chute des cours de la bourse deux fois plus rapide, de même que le recul du commerce mondial.
L’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis a été amplifié par l’éclatement de la bulle des produits titrisés, ce qui a eu pour conséquence l’éclatement de la bulle de l’endettement des ménages. Des pertes énormes ont rendu le système financier international insolvable, il n’a pu être sauvé que grâce à l’aide des états, qui se sont endettés dans des proportions considérables.
Un modèle de croissance basé sur l’endettement des ménages afin de stimuler la croissance a atteint ses limites extrêmes. Une répartition très inégale des richesses et des revenus a fait du crédit un substitut à l’augmentation de ces derniers.
La crise actuelle de l’endettement des états (notamment la Grèce) montre que le risque systémique (risque d’écroulement global du système financier) n’est que le symptôme d’une maladie plus grave : la crise systémique.
La crise de la dette publique montre que notre modèle de croissance est inadapté: La raison du plus fort est toujours la meilleure.
La crise immobilière aux Etats-Unis a donc eu pour conséquence une crise financière et économique mondiale(1) . Afin de juguler la crise financière les états ont mis en œuvre des politiques monétaires très expansionnistes : intérêts à taux zéro, mesures de détentes quantitatives, nouvelles facilités de crédit, émission d’obligations d’état et rachat d’actifs privés non liquides et à risque, auquel s’ajoute la dépense de sommes colossales pour stabiliser le système financier. On a donc transformé les dettes des banques en dette publique (ou du moins une partie). Les états ont donc fait le pari risqué, que sauver les banques, c’était sauver aussi la croissance et les emplois, en s’endettant massivement.
Afin de lutter, en outre, contre la crise économique, ils ont mis en œuvre des politiques budgétaires expansionnistes afin de soutenir la demande globale. Ainsi selon le Fonds monétaire international (FMI), les pays du G20 ont consacré 17,6% de leur PIB au soutien direct du système bancaire et seulement, toujours en moyenne, 0,6% du PIB EN 2008, 1,5% en 2009 et 1% en 2010 en mesures budgétaires discrétionnaires. Ajoutons à cela, que les pays de la zone Euro ont consacré 1,6% de leur PIB, sur les trois années considérées, alors que les Etats-Unis y ont consacré 5,2% de leur PIB. On a donc caché le coût historique du sauvetage du système bancaire, qui constitue le plus gigantesque transfert de richesse, de l’histoire économique, du secteur public vers le secteur privé à l’échelle mondiale ainsi que ses conséquences en terme de perte de croissance(2).
Il importe donc de poser le problème de l’endettement public dans ce contexte très particulier. Les agences de notations qui ont fait preuve d’une rare incompétence, avant la crise, en notant AAA (aucun risque de faillite) les produits titrisés, essentiellement parce qu’elles ont été grassement rémunérées par les grandes institutions financières; s’attaquent aux états et leur font injonction de revenir à l’orthodoxie budgétaire.
Bien évidemment la Grèce est un pays en grandes difficultés: sa compétitivité est faible, la corruption fait partie des mœurs politiques. Elle a maquillé ses comptes afin d’intégrer la zone Euro (avec l’aide de Goldmann Sachs et un montage financier complexe qui reposait sur un swap de devises). Mais, après tout, les pays qui ont des problèmes de déficits budgétaires et de dettes publiques sont légion. Alors pourquoi la Grèce?. Essentiellement parce qu’il s’agit d’un petit pays et que les marchés envoient ainsi un message aux états, en leur indiquant qu’ils doivent restructurer leurs dettes sans attendre; alors que celles-ci résultent (comme nous l’avons vu), pour l’essentiel, du soutien direct apporté aux systèmes bancaires. Cela permettra aussi aux grandes institutions financières de dégager de juteux profits grâce aux credit default swap (CDS) qui sont une sorte d’assurance contre le risque de défaut d’Athènes sur sa dette souveraine.
La chose n’a rien de surprenant, dans un remarquable ouvrage (« This time is different : Eight centuries of financial folly ») Kenneth Rogoff explique que le phénomène récurrent, le plus significatif, est qu’une crise bancaire internationale est le plus souvent suivie d’une vague de défauts sur la dette souveraine qui a pour conséquence une restructuration de celle-ci.
En réalité le véritable problème de la crise de la dette publique, c’est le risque de la contagion, alors qu’il n’y pas de problème global de financement de la dette publique dans la zone Euro. A cause des CDS, on peut craindre que la crise ne s’étende en Espagne et au Portugal, puis en Irlande et en Italie, enfin au Royaume-Uni.
L’Europe risque donc une nouvelle récession.
Le problème de la zone Euro est qu’il ne s’agit pas d’une véritable zone monétaire(3). En effet selon le critère de Mundell, une zone monétaire doit non seulement avoir une politique monétaire commune, mais aussi une politique budgétaire et fiscale commune (ou du moins coopérative). C’est précisément ce qui lui manque, comme le montre le cas grec. Selon les traités constitutifs de l’Union européenne, il n’existe pas de procédure d’aide entre états membres, et la BCE ne peut financer la dette publique d’un état membre. En outre le cas espagnol montre que si l’euro protège, dans un premier temps, l’économie dans le cas d’une grave récession; il empêche celle-ci d’en sortir rapidement.
En Espagne l’augmentation des prix de l’immobilier (la bulle) a entraîné un afflux de capitaux; alors qu’en Europe la balance courante allemande est devenue excédentaire, celle de l’Espagne s’est enfoncée dans un énorme déficit. L’augmentation de la demande de biens et services a eu pour conséquence une augmentation de l’inflation.
Lorsque la bulle a éclaté, l’Espagne a vu sa demande intérieure se réduire considérablement, et la hausse des prix et des coûts du travail, l’a rendue très peu compétitive dans la zone Euro. Si l’Espagne disposait de sa propre monnaie, celle-ci se serait appréciée durant le boom immobilier puis déprécié à la fin de celui-ci. Comme cela n’a pas été le cas, elle semble condamnée à subir des années de déflation et de chômage massif (au environ de 20%). Le véritable problème, ce n’est pas la Grèce mais l’Espagne qui est la quatrième économie de la zone Euro.
Les grandes banques internationales spéculent donc sur la dette souveraine des états, celle-là même qui les a sauvées de la faillite.
La crise de la dette publique montre que notre modèle de croissance est structurellement inadapté. Si on fait l’hypothèse que la répartition inéquitable des richesses et des revenus est la principale cause de la crise actuelle (croissance faible et chômage massif), la crise et les solutions apportées à celle-ci ont augmenté les inégalités, à l’intérieur de chaque état et entre les états (comme le montre la zone Euro), dans des proportions considérables et inconnues pour des sociétés démocratiques(4).
La crise systémique paraît inévitable.
La crise systémique paraît inéluctable : la mortelle randonnée des pays développés.
Les pays développés ne savent plus créer de la croissance que par l’endettement. On a construit des véritables « falaises de crédit », à la base de celles-ci se trouve l’endettement des ménages, le premier étage est constitué par l’endettement des entreprises et le dernier étage par l’endettement public. A peine a-ton consolidé les fondations que le dernier étage menace de s’écrouler.
La période antérieure à la crise a été marquée par l’envolée de l’endettement des ménages et de la dette globale : celle-ci représentait aux Etats-Unis 350% du PIB.
Si on s’intéresse au bilan de la FED, on se rend compte, que ces tendances n’ont pas été remises en cause.
Le total des crédits titrisés des GSE (Fannie Mae et Freddie Mae) américains étaient de 4000 milliards de dollars en 2008. La Réserve fédérale aurait acheté, en 2009, prés du quart du portefeuille de créances anciennes titrisés. Cela n’a pas de sens! La crise immobilière n’a jamais atteint une telle virulence. On peut donc faire l’hypothèse que la FED rachète une partie des nouveaux mortgage backed securities (MBS), postérieurs à la crise, émis par les GSE(5).
Il s’agirait par ce biais de stabiliser le marché immobilier et de relancer ainsi la consommation.
Dominique Srauss-Kahn, le directeur général du FMI, prévoyait une reprise au premier semestre 2010, en s’appuyant sur la stabilisation du marché immobilier américain.
Or d’après la note de conjoncture du Figaro du 21 janvier 2010, intitulé : immobilier situation préoccupante, on serait loin du compte : « En terme de transactions, que ce soit dans le neuf ou l’ancien, les chiffres font état d’une situation préoccupante, avec des chutes en décembre qui n’ont jamais été atteintes depuis que les indices ont été créés ».
En outre, la Société Générale dans une étude intitulée : « Worst case debt scenario : Protecting yourself against economic collapse », fait état d’un risque de crise systémique. Elle part du constat que l’endettement américain est préoccupant à cause de l’écart croissant entre les dépenses et les recettes fiscales, creusant ainsi un déficit de 1600 milliards de dollars depuis 2009.
Dans les prochaines années, on peut faire l’hypothèse réaliste, que les recettes fiscales augmenteront moins vite que ne se creusera le déficit. Les auteurs mettent, en relief, à partir du cas japonais, la corrélation négative qui existe entre la croissance et le niveau de la dette publique. L’augmentation du chômage et le vieillissement de la population devrait accentuer, en Europe et aux Etats-Unis, la tendance à la hausse des dépenses publiques.
Elle fait aussi référence à l’accélération de la tendance au transfert de la richesse des économies développées vers les économies émergentes. Allons plus loin, on peut même supposer que la Chine va porter de moins en moins d’attention au marché américain et se recentrer sur son marché intérieur et sa zone d’influence (comme semble le montrer la récente baisse de ses achats de bons du trésor). Un tel revirement modifierait en profondeur le système économique et financier mondial, et forcerait les Etats-Unis à revoir, dans la douleur, leur problème de dette.
On peut donc dégager un élément clef de la crise systémique à venir: avant la crise, l’endettement des ménages a compensé les revenus que les pays riches ont perdus au fur et à mesure de leur désindustrialisation. Que va-t-il se passer maintenant, que ce mécanisme de compensation ne peut plus jouer ? La seule solution c’est que la dépense publique vienne compenser les pertes de revenus des pays riches qui s’accélèrent. Un tel transfert de richesse amènera inéluctablement, à terme, au transfert de la recherche et développement et des emplois qualifiés vers les pays émergents.
EADS a signé un contrat avec la Chine afin d’installer une usine qui fabriquera des Airbus, les Chinois ont exigé que celui-ci contienne des clauses de transfert de technologies. Areva a été devancé par un groupe coréen dans l’attribution du marché du nucléaire à Singapour.
Enfin quand on lit le rapport de fin d’année d’IBM, on s’aperçoit que cette société n’a pas connu la crise grâce à la croissance des marchés émergents : IBM France représente 7800 personnes et IBM Inde 40.000 personnes.
On en revient donc au même point : un modèle de croissance inadapté basé sur la prédominance du secteur financier, qui nous oblige à substituer à l’endettement privé, l’endettement public.
La crise systémique pose donc le problème d’un secteur financier à la fois dominant et non viable.
Dominant parce que la crise a amené à la création de banques qui sont trop grosses pour faire faillite, elles bénéficient de ce que l’on appelle l’aléa moral : elles sont certaines en cas de crise grave d’être renflouées par l’état, autrement dit le contribuable.
Non seulement on n'a pas remis en cause le système d’incitations perverses qui a poussé, avant la crise, à des prises de risque démesurées, mais on a institutionnalisé celui-ci. La crise a, en outre, mis en lumière la relation fonctionnelle qui existe entre les grandes banques américaines et l’élite politique. Difficile d’être élu aux Etats-Unis sans l’appui des grandes sociétés ou des grandes banques.
Les états du G20 ont consacré 17,6% de leur PIB au soutien direct du système bancaire, il y avait donc une contrepartie implicite : les banques devaient soutenir l’activité. Or elles ont détourné les sommes mises à leur disposition vers les marchés financiers afin de doper leurs profits de trading et ont contracté, parallèlement, leurs encourts de crédit, de manière à restaurer leur rentabilité.
On touche, ici, à un autre ressort essentiel de la crise systémique : le système bancaire n’alloue pas le capital et les risques de manière efficiente, mais en fonction de ses intérêts propres. Il tend à imposer ses règles même si elles se révèlent destructrices pour le système économique et les nations. Il perd toute utilité sociale. Comme le faisait remarquer, non sans humour, Paul Volker (ancien patron de la fed ) : « La seule innovation financière dont l'utilité sociale est incontestable est le distributeur automatique de billets »(6).
Il va falloir rajouter un nouveau chapitre à la crise : celui de la crise politique. La crise politique va hâter le déclenchement de la crise systémique : 49éme parallèle.
Au vu de ce qui précède comment pourrait-on définir le secteur financier américain ? Comme un secteur qui jouit d'une rente de monopole car il est le seul à pouvoir assurer le financement de l'endettement global. La richesse passe par la détention d'actifs, qui sont comme le montre les CDS, la promesse de payer à quelqu'un une somme d'argent en cas de survenance d'un événement. La part de plus en plus importante dans le PIB, de Paris sur les fluctuations des prix (produits dérivés, produits structurés ...etc), tend à évincer les activités socialement utiles au profit d’activités parasitaires qui ne créent aucune valeur. Il s’agit d’un jeu à somme nulle.
Ce prodigieux pouvoir s'appuie à la fois sur une grande influence politique et sur une maîtrise de l'information stratégique grâce aux agences de notation.
Maîtrise de l'information stratégique, dans le cas des marchés de produits titrisés qui sont des marchés de gré à gré, où il n'existe pas de chambre de compensation officielle et d'instance de régulation. Il était donc impossible, à un investisseur de pouvoir connaître le risque réel associé à ce type de produit, d’autant plus que les agences de notations leur assuraient qu’il s’agissait de produits sans risque.
Quant à l'influence politique, elle s'appuie avant tout sur un fabuleux effort de lobbying comme le montre une récente étude (« A Fistfull of dollars : lobbying and financial crisis » par Deniz Igan, Prachi Mishra et Thierry Tressel, Working Paper n° 287, FMI, 2009). Elle infirme l'idée selon laquelle, ce serait le gouvernement américain qui serait à l'origine de la création des subprimes, en obligeant les institutions financières à accorder des crédits aux classes défavorisés ainsi qu'aux minorités ethniques. Elle explique ainsi que : « les principales institutions impliquées dans les excès des "subprimes" sont également celle qui ont le plus dépensé d'argent dans le lobbying des députés américains. Entre 2000 et 2006; les institutions financières américaines ont investi de 60 à 100 millions de dollars pour faire du lobbying. La majeure partie de ces actions étaient ciblées sur les prêts immobiliers et leurs titrisations. »
Il n'est pas exagéré d'en déduire que ces institutions ont largement influé sur la qualité des régulations qui ont été mise en oeuvre sur ces marchés. Ajoutons à cela que la finance américaine s'est engagée dans un lobbying forcené afin de limiter la régulation sur les produits dérivés et sur le marché des CDS en particulier afin de protéger leur rente de situation. Leur puissance de feu est énorme puisque leur profit représente 40% des profits de l'ensemble des sociétés américaines (alors qu'il n'avait jamais excédé 16% de 1973 à 1985).
A partir de ce qui précède, on comprend mieux pourquoi les états du G20 ont consacré 17,6 % de leur PIB au soutien de l'activité directe des banques, sans exiger de contreparties explicites.
Les institutions économiques (les règles) et les acteurs de l'économie mondialisée ont réduit les institutions politiques et les institutions sociales, qui ne se conçoivent qu'à une échelle nationale, à des rouages subalternes.
Les grandes institutions financières internationales contrôlent plus le monde politique, que celui-ci ne les contrôle. Dés lors la régulation est un leurre.
Les démocraties occidentales ont perdu ce qui faisait leur force : l'efficience adaptative, qui résultait d'un long processus historique qui a commencé au 10ème siècle. Des institutions économiques, politiques et sociales cohérentes, souples et adaptatives qui permettaient de rechercher des solutions pertinentes, tout en limitant le coût des erreurs(7).
Dans une récente étude réalisée par Globescan dans 22 pays, on apprend que pour la majorité des personnes interrogées, les gouvernements sont considérés comme les principaux responsables de la crise. Le reproche qui leur est adressé porte-t-il sur le fait qu’ils n’ont pas agi assez tôt ou qu’ils auraient trop aidé les banques. Quoiqu’il en soit, il est certain que les populations considérées porteront au passif de leurs gouvernements les souffrances endurées.
Si on ajoute à cela que la situation grecque est le film en accéléré, de ce qui va se passer dans la plupart des pays : baisse de la dépense publique et augmentation des impôts.
Ce qui aura pour conséquence un démembrement de la protection sociale, un gel des salaires et des retraites; et une évolution similaire à celle du japon dans les années 1990, au mieux, et au pire, à une rechute dans la récession comme dans les années 1937-1938 au Etats-Unis(8). On comprend que la défiance des gouvernés vis-à-vis des gouvernants ne peut aller qu’en augmentant.
Taine, « dans les origines de la France contemporaine »(9), expliquait la révolution française par le fait que les privilèges exorbitants de la noblesse et du clergé n’avaient pas de contreparties explicites; alors que ceux-ci comportaient initialement des contreparties : s’occuper de la santé, de l’éducation, des indigents. Évidemment, nous ne sommes pas à la veille d’une révolution. Mais il faut, toutefois, remarquer que le mécanisme évoqué plus haut peut s’appliquer à la situation actuelle : le système financier jouit de privilèges exorbitants (l’aléa moral par exemple) qui n’ont pas de contreparties explicites.
Prenons l’exemple de l’aléa moral(10). Il a été étudié par Joseph Stigliz en s'appuyant sur l'exemple du marché de l’assurance santé. Il repose sur l’asymétrie de l’information. En effet un individu peut avoir des conduites à risque à partir du moment où il a souscrit un contrat d'assurance contre ceux-ci, alors que l’assureur n’a aucun moyen d'être informé de celles-ci (conduites à risques). La solution consiste donc à imposer des pénalités tellement fortes qu’elles compensent la faible probabilité d’être découvert. Si on applique ce raisonnement au système financier, il aurait fallu mettre en place un système de pénalités qui décourage celui-ci d’avoir recours à l’aléa moral. Or l’état semble se comporter, comme un assureur, qui ne cherche pas à corriger le problème de l’aléa moral. Au contraire il l’augmente en créant des mastodontes bancaires qui sont « too big to fall ». Autrement dit, on socialise les pertes et on privatise les profits.
L’existence de privilèges qui n’ont pas de contreparties explicites est un mécanisme destructeur pour tout système politique démocratique. Quand les personnes interrogées (étude de Globalscan) rendent responsables les gouvernements de la crise actuelle, cela veut dire deux choses :
- Ils ne pensent pas que les gouvernements peuvent résoudre la crise et donc les problèmes auxquels ils sont confrontés.
- Il leur reproche surtout leur proximité avec le pouvoir financier, voit leur soumission à ce dernier.
La rupture de la relation mandants (électeurs) mandataires (élus) ne peut que se traduire par une crise politique. La crise a tracé une frontière infranchissable, un 49ème parallèle (d‘après le titre du très beau roman de John Dos Passos), entre les perdants (salariés, retraités, PME et à terme le système politique) et le grand gagnant de la crise : le système financier.
L'Amérique a évité une dépression, et les mesures de soutien adoptées par l'administration Obama y ont contribué, mais les rapporteurs du centre national du marché du travail constatent : « une véritable dépression de l'emploi touche ceux qui se situent en bas de la répartition des revenus( taux de chômage de 30,8%, supérieur de 5 points à celui de la grande dépression) , et une profonde récession prévaut dans les catégories situées au milieu de l'échelle de la répartition des revenus. »
On peut donc penser que la crise politique va faire passer la crise systémique d'un stade latent à un stade aiguë. En premier lieu parce qu'on n'a ébauché aucune solution aux problèmes de fond : répartition très inégalitaire des richesses et des revenus, déficit structurel des pays riches vis à vis des pays émergents, croissance tirée par l'endettement, système financier dominant et inefficient.
Notre modèle de croissance basé, sur la séquence : crédit - consommation - dette, est obsolète. En second lieu parce que les systèmes politiques et les gouvernements semblent incapables de jeter les bases d’un nouveau modèle de développement. La crise actuelle a deux phases. La première phase, marqué par l'éclatement de la bulle immobilière, a été amplifiée par l'éclatement de la bulle des produits toxiques, ce qui a entraîné l’éclatement de la bulle de l’endettement des ménages.
Lors de la seconde phase, il y a un risque d’éclatement de la bulle de l’endettement public à cause de la crise politique qui parait inéluctable, ce qui pourrait entraîner l’éclatement de la bulle de l’endettement global et provoquer ainsi un véritable « tsunami financier ».
Un Krach parait donc inévitable en 2010 puisque comme l’explique Kenneth Rogoff (dans son dernier ouvrage cité plus haut), la défaillance d’un état (ou de plusieurs) paraît inévitable : se posera alors de manière aiguë le problème d’un modèle de croissance totalement inadapté (crise systémique).
La route 66 est la route du rêve américain. Immortalisée par « les raisins de la colère » de Steinbeck, elle traverse les Etats-Unis d’est en ouest, 3940 kilomètres de Chicago à Los Angeles. La misère est de retour : on y retrouve ceux qui s’étaient vu propriétaires d’une maison qui n’arrêtait pas de monter, et qui se retrouvent sans rien, même pas un toit sur la tête. Les victimes de la titrisation du rêve américain.
La route 66 risque d’être une voie sans issue, tant que certains ont des privilèges exorbitants qui n’ont pas de contrepartie explicites.

Paul Bara

Notes :

(1) Voir mon article "La crise actuelle est-elle plus grave que celle de 1929", le blog de la finance et de l'économie.
(2) Jean-Paul Fitoussi :"Après la crise, un conte parfaitement immoral", le Monde du 4 janvier 2010.
(3) Il faudrait en réalité parler d'Union économique et monétaire.
(4) Voir mon article : "La cause essentielle de la crise", le blog de la finance et de l'économie. Je reprends l'hypothèse centrale de la Théorie Générale de J-M KEYNES.
(5) Escroquerie à la réserve fédérale : de Bernanke à à Bernankoff ?, par Onubre Einz.
(6) "Le lien ambigu entre la puissance des banques et croissance économique", Hélène Rey, les Echos du 6 janvier 2001.
(7) Le concept d'efficience adaptative a été forgé par le prix Nobel d'économie Douglass North. On peut le trouver dans son remarquable dernier ouvrage "Le processus de développement économique", Editions d'Organisation où il fait appel aux sciences cognitives afin de comprendre et d'analyser l'économie.
(8) John Kenneth Galbraith, "La crise économique de 1929 - Anatomie d'une catastrophe financière". Petite Bibliothèque Payot.
(9) Hippolyte Taine, "Les Origines de la France Contemporaine", Robert Laffont.
(10) Arnott, R. and J.E Stiglitz, "Equilibrium in Competitive Insurance Markets with Moral Hazard, Priceton University. Discussion Paper 4, 1987. »

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Jean Vinatier

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Sources :
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Gambie,Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen