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mercredi 30 septembre 2009

Serge Halimi : « Notre combat » -N°538- 3e année

Après Le manifeste Internet et l’article du directeur de Dedefensa.org, Seriatim relaie, aujourd’hui, l’éditorial vigoureux de Serge Halimi directeur du Monde Diplomatique dont vous trouverez le texte ci-dessous.
Que de plaintes me direz-vous ? Encore un qui regrette que l’information ne soit plus l’apanage du seul journaliste ! Pas du tout…
Il ne s’agit pas d’une plainte mais d’une alerte générale sur le danger à laisser ou dépérir ou mourir des médias, peu importe le support, qui maintiennent nos sens en éveil, attisent nos réflexions. Face au monde uniforme que quelques groupes politico-financiers veulent nous imposer, il est important de rappeler que les libres pensées sont d’une extrême fragilité : elles ne tiennent que grâce au soutien des hommes.


« Depuis vingt ans, Le Monde diplomatique annonce la formation du cyclone économique qui, aujourd’hui, dévaste les salles de rédaction et dépeuple les kiosques. L’analyse des causes ne prémunissant pas contre les effets, notre journal éprouve lui aussi les conséquences des intempéries. Moins que d’autres titres, et d’une manière différente : ni sa survie ni son indépendance ne sont en cause, mais les moyens manquent à son développement. Pour éclairer l’avenir, prendre toute sa part à la bataille d’idées, transmettre enfin à de nouveaux lecteurs notre manière de voir et de déchiffrer le monde, nous faisons appel à vous.

Après le textile, la sidérurgie, l’automobile… la presse. Les ouvriers des pays du Nord ont payé au prix fort la délocalisation de la production vers le Sud ; avec la migration de leurs lecteurs vers Internet, c’est au tour des journalistes de voir disparaître leurs emplois. On pourrait conclure qu’un modèle économique chasse l’autre, soupirer que la roue tourne, que c’est la vie. Mais, aussitôt, il est question de démocratie. L’automobile, nous dit-on, loin de constituer un bien public irremplaçable, n’est qu’une marchandise. On peut la fabriquer ailleurs, autrement, lui substituer un mode de transport différent. Rien de très grave au fond. Tandis que la presse...

Cette dernière dispose d’un atout de poids dans le débat public. Quand elle juge son existence menacée, elle sonne le tocsin plus facilement qu’un ouvrier dont l’usine s’apprêterait à fermer. Et pour rallier chacun à son étendard, elle n’a qu’à prononcer la formule rituelle : « Un journal qui disparaît, c’est un peu de démocratie qui meurt. » L’énoncé est pourtant absurde, burlesque même. Se rendre à un kiosque suffit pour constater que des dizaines de titres pourraient cesser d’exister sans que la démocratie en pâtisse. Les forces de l’ordre idéologique perdraient même dans l’affaire quelques-uns de leurs commissariats. Cela ne rend pas illégitimes les inquiétudes des journalistes concernés. Mais des milliards de gens sur terre n’ont nul besoin pour défendre leur emploi de lui inventer d’autre vertu que celle de leur procurer un salaire.

Depuis quelques années, l’industrie de presse décline. Le journalisme, lui, souffre depuis beaucoup plus longtemps. Les contenus rédactionnels étaient-ils en effet mirobolants il y a vingt ans quand la plupart des périodiques constituaient des sacs à publicité et des machines à cash ? Et quand, aux Etats-Unis, les mastodontes New York Times Co., Washington Post Co., Gannett, Knight Ridder, Dow Jones, Times Mirror amassaient des profits vingt fois supérieurs à ceux de l’ère du Watergate, apogée du « contre-pouvoir » (
1) ? Doté de tels moyens, adossé à des marges annuelles atteignant 30 %, voire 35 %, leur journalisme se déployait-il alors avec audace, créativité, indépendance ?

Et, en France, l’information critique trônait-elle vraiment au premier plan quand, milliards en main, les groupes Lagardère et Bouygues se disputaient le contrôle de TF1 ? Ou quand, rivalisant de vulgarité, les chaînes privées se multipliaient comme les pains du Nouveau Testament, offrant des salaires de maharajas à une poignée de journalistes qui avaient déjà démontré l’efficacité de leur dressage ? En ce moment, nombre de directeurs de presse font front commun devant l’orage et implorent le secours financier de celle qu’en d’autres circonstances ils nomment avec dédain la « mamma étatique ». Le Monde diplomatique, qui leur souhaite bonne chance, n’oublie pas la part qu’ils ont prise dans leur infortune présente. Mais, pour continuer à défendre une conception du journalisme différente de la leur, c’est d’abord à ses lecteurs qu’il fait appel.

Si les tourments des médias indiffèrent une large fraction de l’opinion, c’est pour partie qu’elle a compris une chose : la mise en avant de la « liberté d’expression » sert souvent de paravent aux intérêts des propriétaires de moyens de communication. « Cela fait plusieurs décennies, estime le cofondateur du site dissident
CounterPunch.com Alexander Cockburn, que les journaux dominants ont plutôt fait obstruction ou saboté les efforts destinés à améliorer notre situation sociale et politique (2) . » Les enquêtes et reportages diligentés par la presse, de plus en plus rares, permettent surtout de préserver la fiction d’un journalisme d’investigation pendant que prolifèrent dans d’autres pages faits divers, portraits, rubriques de consommation, de météorologie, de sport, copinages littéraires. Sans oublier le simple copier-coller de dépêches d’agences par des salariés en voie de déqualification rapide.

« Imaginez, lance l’universitaire américain Robert McChesney, que le gouvernement prenne un décret exigeant une réduction brutale de la place accordée aux affaires internationales dans la presse, qu’il impose la fermeture des bureaux de correspondants locaux, ou la réduction sévère de leurs effectifs et de leurs budgets. Imaginez que le chef de l’Etat donne l’ordre aux médias de concentrer leur attention sur les célébrités et les broutilles plutôt que d’enquêter sur les scandales associés au pouvoir exécutif. Dans une telle hypothèse, les professeurs de journalisme auraient déclenché des grèves de la faim, des universités entières auraient fermé à cause des protestations. Pourtant, quand ce sont des intérêts privés en position de quasi-monopole qui décident à peu près la même chose, on n’enregistre pas de réaction notable (
3) . »

McChesney prolonge son exercice d’écologie mentale en posant la question suivante : puisque la démocratie est sans cesse invoquée, quand avons-nous au juste collectivement décidé — à quelle occasion ? lors de quel scrutin majeur ? — qu’une poignée de très grandes entreprises, financées par de la vente de publicité et prioritairement soucieuses de dégager un profit maximum, seraient les principaux artisans de notre information ?

Internet n’a pas décimé le journalisme, il agonisait déjà

En 1934, le dirigeant radical français Edouard Daladier fustigeait les « deux cents familles » qui « placent au pouvoir leurs délégués » et qui « interviennent sur l’opinion publique, car elles contrôlent la presse ». Trois quarts de siècle plus tard, moins d’une vingtaine de dynasties exercent une influence comparable, mais à l’échelle de la planète. Le pouvoir de ces nouvelles féodalités héréditaires — Murdoch, Bolloré, Bertelsmann, Lagardère, Slim, Bouygues, Berlusconi, Cisneros, Arnault (
4)… — excède souvent celui des gouvernements. Si Le Monde diplomatique avait dépendu de l’une d’entre elles, eût-il mis en cause le contrôle de l’édition par Lagardère ? Le destin qu’Arnault inflige à ses ouvrières ? Les plantations de Bolloré en Afrique ?

Revenant sur les conditions de son départ de Libération, le quotidien qu’il avait fondé, après qu’Edouard de Rothschild eut fait irruption dans le capital du journal, Serge July précise : « Edouard de Rothschild (…) acceptait de s’engager financièrement, pour autant que je m’engage à quitter non seulement mes fonctions, mais le journal. Je n’avais pas le choix, j’ai accepté tout de suite (
5) . » Il est assez piquant que son successeur, imposé par l’actionnaire, prétende aujourd’hui s’afficher en tribun de la liberté de la presse.

Tout le mal actuel, entend-on souvent, viendrait de ce pelé, de ce galeux d’Internet. Mais la Toile n’a pas décimé le journalisme ; il chancelait depuis longtemps sous le poids des restructurations, du marketing rédactionnel, du mépris des catégories populaires, de l’emprise des milliardaires et des publicitaires. Ce n’est pas Internet qui servit de caisse de résonance aux bobards des armées « alliées » pendant la guerre du Golfe (1991) ou à ceux de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) pendant le conflit du Kosovo (1999). Impossible également d’imputer à Internet l’incapacité des grands médias à annoncer l’effondrement des caisses d’épargne aux Etats-Unis (1989), puis à imaginer la déroute des pays émergents huit ans plus tard, enfin à prévenir cette bulle immobilière dont le monde continue de payer le prix. Les terribles accusations de pédophilie de l’affaire d’Outreau ou d’antisémitisme du RER D ne provenaient pas non plus de la Toile. Alors, s’il faut vraiment « sauver la presse », l’argent public gagnerait à être réservé à ceux qui accomplissent une mission d’information fiable et indépendante, pas aux colporteurs de ragots. Le service de l’actionnaire et le commerce de « cerveaux disponibles » trouveront leurs ressources ailleurs (
6).

Dans les reproches adressés à Internet, on décèle souvent autre chose qu’une inquiétude légitime devant les modes d’acquisition du savoir et de transmission de l’information : l’effroi que le magistère de quelques barons du commentaire touche à son terme. Disposant d’un privilège féodal, ceux-ci s’étaient taillé des domaines, ménagé des sinécures ; ils pouvaient « faire » ou « défaire » ministères et réputations. Un concert d’éloges unanimes accueillait avec la même fièvre chacun de leurs ouvrages bâclés et de leurs tribunes ronflantes (
7). Quelques journaux irrévérencieux faisaient çà et là figure de citadelles assiégées. Mais un jour, des sans-culottes ont débarqué avec leurs claviers...

Reconnaissons-le, le contexte d’ensemble d’une information chamboulée par une recomposition brutale (lire «
Recomposition brutale, racolages à tous les rayons ») ne nous a pas épargnés, nous non plus. Après un essor ininterrompu entre 1996 et 2003, la diffusion en kiosques du Monde diplomatique a enregistré un très fort recul jusqu’à l’année dernière ; le nombre des abonnés, lui, a continué de progresser. En termes d’exemplaires vendus, le tassement est néanmoins réel et nous ramène à nos chiffres de 1995, juste avant la filialisation du journal (voir graphique ci-dessous). Assurément, la perception générale s’améliore sensiblement si l’on ajoute à ce total les soixante-treize éditions internationales du mensuel (la première, en Italie, date de 1994), les quelque deux millions d’exemplaires qu’elles diffusent et les centaines de milliers de lecteurs en ligne de notre site.

Mais audience et revenus sont choses bien différentes. Les ventes et les abonnements représentent de très loin nos deux principaux piliers financiers (8). Les internautes contribuent à l’influence du journal, pas à son existence. Et ceux d’entre eux qui ne participent jamais à nos recettes opèrent à la manière des passagers clandestins dont l’intégralité du déplacement est payée par les voyageurs ayant acheté un billet (voir dans « Recomposition brutale, racolages à tous les rayons » la répartition de nos recettes).

Pour survivre, nombre de journaux ont choisi d’aligner davantage leur contenu sur les goûts supposés de leurs lecteurs. La destination est connue d’avance : « Ils préfèrent les articles courts et les nouvelles qui les concernent directement. Sur Internet, ils recherchent plutôt ce qui va leur faciliter la vie. Les longs textes relatifs à la politique étrangère sont d’autant moins prisés que les internautes se contentent de survoler les titres. A Zero Hora, un quotidien brésilien qui appartient au groupe RBS, le département de la diffusion interroge cent vingt lecteurs sur ce qu’ils ont pensé du journal du jour. Le directeur Marcelino Reich reçoit un rapport à 13 heures : “En général, ils réclament davantage de suppléments sur la cuisine et l’immobilier, et moins d’articles sur le Hezbollah et les tremblements de terre.” (
9) » Avouons que Le Monde diplomatique n’est probablement pas le titre qu’ils recherchent...

La désaffection qui a atteint notre journal n’est pas étrangère au découragement de ceux qui observent que, faute d’écho suffisant et de relais politiques, la mise à nu des dispositifs principaux de l’ordre social et international a eu peu d’effet sur la pérennité du système. La lassitude du « à quoi ça sert ? » a donc peu à peu remplacé l’ancien « que proposez-vous ? » qui, dans notre cas, ne se justifiait plus guère tant au fil des ans les pistes et les propositions se sont succédé dans ces pages (abolition de la dette du tiers-monde, réforme des institutions internationales, taxe Tobin, nationalisation des banques, protectionnisme européen, « guillotine fiscale » sur certains revenus du capital, développement de l’économie solidaire et de la sphère non marchande, etc.).

Un mensuel bien peu recommandable...

A l’évidence, le déclin de l’altermondialisme nous a atteints plus durement que d’autres. L’hégémonie intellectuelle du libéralisme fut remise en cause, mais très vite l’argile s’est durcie. Car si la critique ne suffit pas, la proposition non plus : l’ordre social n’est pas un texte qu’il suffirait de « déconstruire » pour qu’il se recompose tout seul ; nombre d’idées ébrèchent le monde réel sans que les murs s’écroulent. Pourtant, on attend parfois de nous que les événements se plient à nos espérances communes. Et dans le cas contraire, on nous juge un peu déprimants...

En tout cas, quand il s’agit de l’avenir de ce journal, nous fondons notre optimisme sur une certitude, celle de pouvoir compter sur votre concours. Nous ne relèverons donc pas nos tarifs pour le moment. Nous les maintiendrons plus bas dans les pays pauvres. Nous poursuivrons l’accompagnement de nouvelles éditions internationales en leur offrant de nous verser des droits limités au démarrage. Nous demeurerons à la pointe des technologies multimédias, notamment pour atteindre les jeunes générations et assurer ainsi la transmission des valeurs intellectuelles et politiques de notre journal (lire «
Transmettre »). Nous continuerons à commander davantage de grands reportages et d’enquêtes de journalistes, de chercheurs, de militants aussi, sur les conflits en cours, les crises, les alternatives, les expérimentations.

Mais la poursuite de notre développement dépend pour une large part de votre mobilisation financière à nos côtés. Achat plus régulier du journal en kiosques, abonnement, offre d’abonnement à des lecteurs potentiels, adhésion à l’association des Amis du Monde diplomatique : vos moyens d’intervention sont nombreux. Et, depuis peu, un dispositif nouveau a vu le jour. Il permet de déduire du montant de votre impôt 66 % des dons faits à notre journal. Ainsi, après avoir aidé les banques, l’argent public pourrait enfin servir à enquêter sur leurs turpitudes…

Comparées à celles d’autres titres, nos pertes peuvent paraître modestes (330 000 euros en 2007, 215 000 euros l’année dernière). Mais aucun banquier désœuvré et brûlant de jouer au mécène ne se proposera de les combler. Un journal comme le nôtre, dont l’ensemble des personnels est actionnaire, dont les lecteurs, qui détiennent eux aussi une part du capital, offrent des abonnements de solidarité aux bibliothèques et aux prisons dépourvues de ressources, dont enfin le directeur est élu, lui paraîtrait vraisemblablement assez peu recommandable.

La question qui nous est collectivement posée est simple : qui d’autre que nous va continuer à financer un journalisme d’intérêt général ouvert sur le monde, consacrer deux pages aux mineurs de Zambie, à la marine chinoise, à la société lettone ? Ce mensuel n’est pas exempt de défauts, mais il encourage les auteurs qui voyagent, enquêtent, sortent de chez eux, écoutent, observent. Les journalistes qui le conçoivent ne sont jamais conviés aux dîners du Siècle, ils ne font pas de « ménages » pour les lobbies pharmaceutiques ou les sociétés d’emballage, ils n’ont pas leur rond de serviette dans les grands médias. Ceux-ci, d’ailleurs, qui relaient chaque « nouvelle formule » d’un autre journal et qui transforment leurs « revues de presse » en auberge réservée à cinq ou six titres, toujours les mêmes, occultent avec application Le Monde diplomatique en dépit de son impact mondial sans équivalent. Au fond, c’est la rançon de notre singularité.

Mais nous comptons tant de complices ailleurs : l’association des Amis du Monde diplomatique, dont l’existence conforte l’indépendance de la rédaction et qui, chaque mois, organise des dizaines de débats autour des thèmes que nous développons ; les kiosquiers qui veillent à ce que notre journal reste bien exposé, et parfois le recommandent ; les enseignants qui le font connaître à leurs élèves ; la presse alternative qui tire profit de nos informations et dont certains animateurs musardent dans nos colonnes ; beaucoup de curieux, des journalistes francs-tireurs, quelques mauvais caractères…
Et vous tous, sans qui rien n’est possible.

Serge Halimi »¹

(
1) La révélation par le Washington Post, à partir de 1972, des conditions du cambriolage de l’immeuble du Parti démocrate (le Watergate) dans la capitale fédérale provoqua, en août 1974, la démission du président républicain Richard Nixon. Entre 1975 et 1989, The New York Times Co. vit ses profits annuels s’envoler de 13 millions de dollars à 266 millions de dollars. The Washington Post Co. passa, lui, de 12 millions de dollars à 197 millions de dollars pendant la même période. Cf. Howard Kurtz, « Stop the Presses », The Washington Post National Weekly Edition, 3 mai 1993.
(
2) Alexander Cockburn, The Nation, New York, 1er juin 2009.
(
3) Cité par Columbia Journalism Review, New York, janvier-février 2008.
(
4) En mai 2008, M. Bernard Arnault, deuxième fortune de France, président-directeur général de LVMH et propriétaire du quotidien économique Les Echos, a nommé son fils Antoine membre du « comité d’indépendance éditoriale » du groupe Les Echos. Auparavant, M. Antoine Arnault occupait le poste de directeur de la communication de Louis Vuitton...
(
5) Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel, Faut-il croire les journalistes ?, Mordicus, Paris, 2009, p. 67.
(
6) Dès octobre 1984, Claude Julien (directeur du Monde diplomatique de 1973 à 1991) proposait que les aides de l’Etat à la presse, qui représentent en France 10 % du chiffre d’affaires du secteur, soient réservées à des société à but non lucratif. Lesquelles « ne pourraient avoir pour objectif de gagner de l’argent et de distribuer des dividendes ». Leurs profits seraient « reversés à une œuvre d’utilité publique. Les journaux qui opteraient pour un tel statut n’auraient donc guère de chance d’exciter la convoitise des affairistes ».
(
7) Cf. le dossier « L’imposture Bernard-Henri Lévy ».
(
8) En 2008, les éditions internationales ont versé 350 000 euros de redevances au Monde diplomatique, soit environ 3 % de son chiffre d’affaires.
(
9) « More media, less news », The Economist, Londres, 26 août 2006.



Jean Vinatier

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mardi 29 septembre 2009

Linguet : « l’Amérique […] une métairie de l’Europe ? –N°537- 3e année

Simon-Nicolas-Henri Linguet (1736-1794) a eu toute sa vie un sacré caractère : avocat, il se brouille avec ses collègues qui obtiennent sa radiation et le contraignent, en 1777 à l’exil londonien d’où il commencera, la publication d’un périodique intitulé, Annales politiques, civiles et littéraires du dix-huitième siècle dont le dernier numéro paraîtra en 1792, l’ensemble formant 19 tomes. Mallet du Pan, La Harpe, Marmontel et Framery en assurèrent également à différents moments la rédaction.
Rentré en France, en 1780, il va directement à la Bastille pour n’en sortir qu’en 1782 et dont il tirera la popularité avec,
Mémoire de la Bastille ! Passé par la case Londres avant de poser ses valises dans les Pays Bas autrichiens (Belgique) où il s’attirera les bonnes grâces du frère de Marie-Antoinette, Joseph II. Grâce à lui, il revint en France. Désormais, protégé par le Roi et Vergennes, il continua son travail journalistique. Ce contre-révolutionnaire ne joua pas un grand rôle pendant la Révolution hormis une dénonciation du libéralisme économique qu’il estimait dangereux pour les ouvriers et les plus démunis. Retiré en 1792 dans la ville de Marnes Saint-Cloud (La Coquette aujourd’hui), il en devint maire. Hélas pour lui, l’Armoire de fer contenait certaines de ses lettres vieilles de dix ans, cela suffit à le mener à la guillotine le 27 juin 1794.
Les auteurs du siècle des Lumières étonnent souvent par leur style et leur aisance, leur soin aussi de tout embrasser grâce à une culture générale étendue. Les
Annales de Linguet ne font naturellement pas exception et méritent d’être plus connues. Il s’exprime avec aplomb ; ainsi sur la Perse :
« La Perse livrée pendant cinquante ans à des convulsions absoluments pareilles à celles qui ont déshonoré les derniers siècles de l’Empire Romain ; mais reprenant, une seconde fois, sous un nouveau Thamas,¹ une consistance que les Dominateurs des deux Romes n’ont jamais recouvrée, après l’avoir perdue.. »²
Ou bien sur la France :

« De l’Etat actuel de la Législation en Europe

[….]
Quant à celle qui tient à l’Administration, qui fixe les droits des Peuples, & ceux des Souverains, hors l’Angleterre & le Danemark, pas une Nation n’en a la moindre idée. Ces deux-là seules sont parvenues, l’une en accordant tout à ses Rois, l’autre en leur disputant tout, à savoir du moins ce qu’est chez eux la Couronne, & comment il faut considérer l’Individu qui la porte. Parout ailleurs il n’y a rien de plus incertain.
En France, par exemple, le Monarque se dit la Nation ; les Parlements se disent la Nation ; la Noblesse se dit la Nation ; il n’y a qu’elle qui ne puisse dire ce qu’elle est, ni même si elle est. En attendant que ce point s’éclaircisse, tout reste confus ; tout sert de matière à des prétentions & à des disputes. L’autorité royale avançant ou reculant sans cesse, ne connaît ni limites qu’elle ne puisse franchir, ni bornes au-delà desquelles on ne puisse la forcer de rétrograder
. »²

Linguet dans ses Annales se livrent à de vastes analyses présentes dés les « Préliminaires » du premier volume de 1777 : ainsi, ci-dessous le texte relatif à la relation Europe/Amérique. On est à la veille de la première grande victoire des Insurgents sur le Royaume-Uni à Saratoga le 19 septembre 1777.

« En passant dans l’autre Hémisphère, nous trouvons l’Amérique réduite, depuis sa Découverte à n’être qu’une métairie de l’Europe, métairie toujours épuisée, & souvent ensanglantée par ses nouveaux Propriétaires ; soumise, dans toute son étendue, à des principes aussi extraordinaires que ses productions : divisée aujourd’hui, presqu’entière, entre deux portions dont le coup d’œil est bien différent ; gémissant, dans l’une, sous tous les fléaux qui accompagnent l’opulence & la superstition ; conduite, dans l’autre, à la guerre civile, par la Philosophie, & se réclamant à main armée une Liberté dangereuse peut-être pour elle-même, autant que pour l’Europe.
Le sort des Colonies Anglaises étant une fois soumis à celui des armes, il n’est plus question d’examiner si elles ont des droits, ou non, à l’indépendance : la victoire seule servira désormais de titre pour ou contre elles : mais a-t-on bien réflechi dans les deux Hémisphères, aux suites qu’auront leurs succès, si elles en obtiennent ?
D’abord ces succès ne seront-ils pas, dans leur propre sein, une source de divisions ? D’après la marche de l’esprit humain, l’ambition se naturalisera dans le Congrès, ou dans ses démembrements, comme dans toutes les Aristocraties, où le patriotisme est plus fastueux, & encore moins réel que dans les Monarchies. L’exemple de sept petites Provinces, qui ont conservé, auprès du Zuiderzée, l’union après la victoire, & la liberté malgré la richesse, ne tire pas à conséquence, pour des dominations presque sans limites, que la frugalité ne défend pas, comme la Hollande, de la corruption ; qui n’ont point, comme la Hollande, l’excès du malheur pour motif de leur défection ; qui ayant toutes des productions personnelles, & des intérêts directs, n’étant pas, comme la Hollande, bornée au simple courtage ; ne pourront pas, comme la Hollande, avoir une communauté de vues, de plans, & d’opérations ; mais trouveront, dès qu’elles jouiront d’une existence affermie & d’un commerce libre, mille motifs de rivalité, contre un seul d’intelligence : qui enfin, sans avoir eu besoin de Brutus, & peut-être sans en produire, rencontreront bientôt des Césars, & regretteront, sous la pesanteur d’un Despostime national, le joug d’un Gouvernement éloigné, assez fort pour les défendre, mais trop faible pour les opprimer.
Ensuite, la première opération des Américains reconnus libres, devant être nécessairement l’ouverture d’un asile pour tous les Européens qui voudront venir fertiliser ces domaines vacants, il en résultera une émigration sans bornes de l’ancien continent au nouveau. Cette foule d’esprits actifs de génies remuants, que l’espérance d’une meilleure fortune attirera sur ces bords brillants des rayons de la Liberté naissante, y multiplieront les sources de désordres ; ils y porteront leurs vices, leur avidité, leur aversion pour le repos, comme pour un travail utile, leur facilité à embrasser des projets ; ils fourniront plus de Complices à l’ambition d’un Oppresseur, que d’Associés actifs à l’Agriculture & au Commerce.
Ce n’est pas tout. Personne n’ignore combien les transplantations sont funestes à la Génération qui les éprouve. Elles le seront, surtout en Amérique, où la culture, déjà en vigeur, s’est emparée de tous les terreins favorisés par la Nature. L’expérience des anciens Colons ne laissera aux nouveaux que des sables rebelles, des montagnes escarpées, ou des marais malsains. Ceux-ci, redoutés par leur nombre, affaiblis par le changement de nourriture & de climat, persécutés par les maladies, & suspects par leurs murmures, périront sur ce rivage meurtrier, en déplorant l’erreur qui les y aura conduits : ils disparaitront sans laisser de postérité. L’Europe les aura perdus, & l’Amérique ne les aura pas gagnés : la première ainsi évacuée, ayant toujours à supporter les charges fiscales dont les régnes précédents n’auront cessé d’accabler leur postérité, sera forcée de les répartir entre les sujets restants : il faudra augmenter ici les Contributions, en raison de ce que le nombre des Contribuables diminuera ; & qui fait les catastrophes auxquelles peut donner lieu, parmi ce résidu infortuné, l’excès de la misère, joint à celui de l’oppression ?

En supposant que ces pressentiments ne fussent pas fondés, & que le Nouveau Monde put se procurer, de son propre fonds, une population qui ne coutât rien au reste de l’Univers, au moins on ne peut se dissimuler que cette moitié du Globe, une fois fécondée autant qu’elle peut l’être, ne doive parvenir en très peu de temps, à se passer de l’Europe. Son climat modifié, dans les parties les plus rudes, par le travail des hommes, & mis à profit dans les autres par une industrie active, la dispensera du commerce périlleux & fatiguant de nos parages. Ses habitants, entourés des mers les plus poissonneuses, maîtres des mines les plus riches, voisins des îles les plus favorisées de la Nature, faisant en deux mois, avec des vents toujours favorables, des voyages qui nous coûtent des années, au milieu des plus horribles tourmentes ; recevant sans peine & sans danger, d’un côté le sucre, l’indigo, & les fruits délicieux, & de l’autre, les épiceries, les pierres précieuses, & les toiles fines ; attirant ainsi à eux, par la seule volonté, les richesses & les jouissances des deux Hémisphères deviendront, avant peu, les Arbitres de notre destinée.
Alors nous dépendrons d’eux par la nécessité des choses, plus encore qu’ils ne dépendaient de nous par le délire, ou si l’on veut, la sagesse des Lois Prohibitives : ils disposeront seuls du Commerce des deux Mondes. Ce n’est plus par le Caire, ni par le Cap de Bonne-Espérance que nous viendront les trésors de l’Afrique, ou les productions parfumées de l’Asie ; c’est par les comptoirs qui s’établiront dans les Mers de l’Amérique : & avec quoi les payerons-nous, misérables regratiers³ que nous sommes, aux Propriétaires du Pérou, aux Dominateurs du Brésil ?
Ceux-ci regorgeant d’or & de diamants, auront encore, pendant quelques temps, sur notre caduque indigence, la supériorité que donne aux Etats, ainsi qu’aux hommes, la vigueur de la jeunesse, jointe au sentiment de la prospérité. Leur splendeur étant le fruit d’une révolution rapide : m’ayant point passé par les périodes successives qui aménent, pour tous les autres Peuples, le développement de leurs forces; n’ayant point ainsi usé leurs vertus, ou cette élévation de l’âme qui en tient lieu, dans les querelles, ou les humiliations que tous les Empires ont éprouvées au temps de leur accroissement, ils se trouveront tout d’un coup avoir la consistence de la maturité, avec l’énergie d’une constitution naissante ; ils n’en seront que plus terribles. ? Leurs divisions intestines seront même peut-être pour eux un principe préservateur, qui empêchent les progrés trop prompts de la corruption.
Alors, ou ils écraseront l’Europe par les arts qu’ils auront perfectionnés ; ils viendront étonner & subjuguer leur Métropole confuse, accablée de la gloire de ces enfants dépaysés ; ou s’ils l’oublient, s’ils ne daignent pas se venger des maux qu’elle a faits à leurs Prédécesseurs , c’est à sa misère qu’elle en sera redevable. Elle ne sera pas conquise par eux, parce qu’elle n’en vaudra pas la peine, & que la barbarie où elle sera déjà retombée n’inspirera que du dégoût aux Possesseurs des plus brillants Empires que la Politique ait encore formés.
Le temps de cette révolution est incertain ; mais elle est inévitable si l’Amérique devient libre & florissante : c’est aux Politiques de l’Europe à juger jusqu’à quel point la raison, la justice, & l’humanité permettent de travailler à l’accélérer, ou à la retarder ; c’est à eux à voir si la Génération présente, en y concourant, s’épargne plus de maux qu’elle n’en assure à ses Descendants ; s’il est même encore temps de s’y opposer, & si nos Ministères absorbés dans leurs petites spéculations éphèmères n’ont pas trop négligé ce grand intérêt général, le plus vif, le plus pressant, de manière ou d’autre, que le cours des choses ait encore présenté au Genre-humain, depuis sa civilisation
. »²

Jean Vinatier

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Notes :

1-Thamas plus connu sous le nom de Nadir Shah (1688-1747). Entré au service du futur Shah Tahmasp II Safavide auprès duquel il prit le nom de Thamas Kouli-Kan (« esclave de Thamas »). Il le renversera en 1732 en faveur de son fils Abbas III avant de ceindre lui-même la couronne en 1736. Redoutable général qui vainc les Afghans puis l’empereur Moghol à Karnal en 1739 avant de piller Delhi dont il ramena le trône du Paon et le diamant Koh-i Nor.
Ce « Napoléon Perse » sera assassiné par ses officiers en 1747. Auparavant, il avait aveuglé son fils. Son neveu, Adil Shah qui lui succédera, n’aura que le temps de mettre à mort les fils et petit-fils de son oncle avant d’être assassiné par son frère qui fut également tué par ses soldats !
Voir CLAUSTRE (A. De) - CERCEAU (J-A. Du) : Histoire de Thamas Kouli-Kan, nouveau Roi de Perse. Ou histoire de la dernière révolution de Perse arrivée en 1732. Paris, Briasson, 1742.

3- Regratier : « Regratier trisyllabe ou Regrateur c'est celuy qui accoustre, pare et farde toutes vieilles marchandises, pour apres les vendre plus cher » d’après Nicot, Thrésor de la langue Française (1606)

Source :

2- In Annales politiques, civiles et littéraires du dix-huitième siècle, Vol 1, Londres, 1777, pp. 10, 11-16, 16-17.

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Edito : Suisse : une « bombe » appelée Polanski –N°536-3e année

Le doux pays des Helvètes sait se montrer rancunier : voilà des mois que les Etats-Unis (et la France) contrarient l’UBS et le gouvernement de Berne pour des problèmes fiscaux et bancaires. Les menaces venues de Washington ont tinté à l’oreille des suisses jusqu’à l’agacement.
Les autorités judiciaires, en arrêtant Roman Polanski, n’ont fait que se conformer au mandat d’arrêt international lancé par les Etats-Unis en 1978. Comme le fait remarquer très justement la journaliste de
La Tribune Sophie Gherardi dans son édito de ce matin, le gouvernement suisse place le Président Obama dans une situation délicate : en graciant le cinéaste tous les extrémistes américains vont se déchaîner rappelant son œuvre sulfureuse ("Le bal des vampires", "Rosemary’s baby") gommant au passage que la jeune épouse de Roman Polanski avait été assassinée par une bande de cinglés en 1969 !
Le gouvernement suisse envoie donc une belle bombe entre les pattes du Président des Etats-Unis lequel fait face aux pires déclarations à son encontre. Samedi un sondage, supprimé après l’intervention des Services, avait même été mis en ligne sur
Facebook : « Obama devrait-il être tué ? » Plusieurs hommes politiques s’alarment du danger de la violence populaire contre l’Etat fédéral !!! En Europe, les médias cachent l’extrême énervement de ce peuple autant révolté contre le projet d’un nouveau système de santé et l’ensemble « Wall Street/FED ». La misère sociale également soigneusement masquée en Europe par les sites d’information ne décroît, hélas, absolument pas.
Les Suisses font montre d’une grande méchanceté envers la Maison Blanche. Mais, les Etats-Unis sont-ils véritablement honnêtes quand ils font pression sur ce pays au nom de la morale alors qu’ils ferment les yeux sur d’autres ? Non.
S’il n’y avait pas eu ces affaires UBS et du secret bancaire Roman Polanski se baladerait tranquillement dans les rues suisses….
Les Suisses ont-ils eu raison de procéder de cette sorte ? Disons qu’ils répondent en se moquant comme d’une guigne des dommages collatéraux. Sans doute oublie-t-on que la discrétion bancaire fait presque partie des institutions et de l’identité helvète ? Le dire ne signifie pas qu’on les approuve.

Jean Vinatier

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lundi 28 septembre 2009

Après Pittsburgh : « tout va bien signé Canrobert ! » –N°535- 3e année

Le maréchal de Canrobert (1809-1895), optimiste invétéré, massacreur de républicains le 2 décembre 1851 et héros à Magenta, terminait invariablement ses dépêches par « un tout va bien » même au milieu des difficultés ! Le communiqué du G20 était de cet acabit !
La crise est finie oui mais les plans de relance sont maintenus et prolongés. Les banques seraient hors de danger mais l’Inspecteur Général chargé du contrôle de l’utilisation des fonds publics dispensés (TARP) aux banques via le plan Paulson, Neil Barkovsky déclare dans le
Huffington Post que: « le système financier est aujourd’hui beaucoup plus dangereux qu’il ne l’était avant la crise » (The U.S. financial system, now dependent on bigger and fewer banks is shakier than ever.)¹
Les régulations financières annoncées ne sont que des rustines et les attaques contre les paradis fiscaux d’aimables plaisanteries dont seul Nicolas Sarkozy tire profit dans l’indifférence de ses pairs.
La Chine est incontestablement la grande victorieuse de ce sommet à 20/27 qui remplacera définitivement le G7/8 : elle a obtenu une augmentation des droits de vote de pays émergents. Elle compte bien continuer à grandir sa force au sein des institutions internationales et se prépare
« à écraser le dollar » (Marc Fiorentino- La Tribune) avec l’approbation de différents états dont la Russie, le Venezuela, le Brésil. Combien de temps durera cette bataille ? Nul ne le sait. Nous sommes entrés dans une ère plus incertaine, plus fragile que jamais. Le problème n’est pas tant la fin du billet vert comme monnaie de réserve que l’absence d’une autre monnaie capable de prendre immédiatement le relais. La Chine peut-elle se permettre de perdre 50% de ses encours (400 milliards de dollars) ? Elle restera encore une puissance aux pieds d’argile pendant quelques années.
La fin de la suprématie du dollar est certes programmée. Il est quasi certain qu’elle engendrerait ispo facto une seconde guerre civile aux Etats-Unis : quelle force continentale monterait au créneau pour assurer un équilibre durable?
Sans doute « le monde Atlantique » devine que son hégémonie décline et que certains les plus extrémistes d’entre eux agitent les menaces guerrières contre l’Iran au nom de la sécurité d’Israël qui dispose autour de 200 têtes nucléaires !
La fin du sommet de Pittsburgh a presque eu des allures militaires avec la déclaration conjointe de Washington, de Londres et de Paris. Il a suffi de quelques mots prononcés par le Président Medvedev pour que l’on croit le régime des mollahs enfin affaibli. En fait, les paroles russes répondent à l’abandon par le Président Obama de l’installation des fameuses batteries d’anti-missiles (BMDE) en Pologne et République Tchèque : ces propos sont une pure courtoisie et avec le souci de ne pas trop mettre en évidence l’affaiblissement du Chef d’Etat américain lequel fait face à une contestation intérieure grandissante et, à l’extérieur, aux calculs très politiques de certains généraux (Petraeus, McChrystall)
Il est bien évident que ni la Russie, ni la Chine (nations qui travaillent de concert sur ce sujet) ne laisseront faire une action militaire contre Téhéran. Notons également que le gouvernement israélien se garde bien de bomber le torse : il laisse déclamer « les pays amis » et y trouve son intérêt, notamment, par la poursuite « tranquille » de la colonisation de la Palestine. N’est-ce pas son but principal ? Ni Téhéran, ni Tel-Aviv ne veulent commencer un bal des missiles….
Les puissances européennes feraient bien d’ouvrir les yeux : lors du discours du Président Ahmadinejad devant l’ONU, seules leurs délégations ont quitté la salle…et la résolution votée par cette organisation, le jeudi 24 septembre
« appelant à mettre fin à la prolifération nucléaire ne nommait pas l'Iran »²
L’incertitude du monde garde toute sa pertinence et son actualité : les pantomimes du « monde Atlantique » n’en sont que plus tragiques, désespérantes, dangereuses in fine. Face aux désastres en Mésopotamie puis en Afghanistan, nous osons dire que l’Iran nous cache une usine alors que nous ne cessons de mentir : qui a prétendu que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive ? Le gouvernement français est-il à l’aise lorsqu’il prétend combattre en Afghanistan pour aider ce peuple alors qu’il l’expulse de « la jungle de Calais » ?
« Tout va bien signé Canrobert ? »

Jean Vinatier

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Sources :

1-
http://www.huffingtonpost.com/2009/09/25/neil-barofsky-tarp-inspec_n_300178.html

2-
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/KI29Ag02.html


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dimanche 27 septembre 2009

Dedefensa.org : « Jour après jour » –N°534- 3e année

Dedefensa.org est présent sur le Net depuis quelques années. Philippe Grasset et son équipe belge proposent chaque jour ou presque plusieurs articles d’une longueur variable : ils détaillent depuis les différents médias et notamment ceux anglo-américains les faits et les événements politiques, militaires et économiques de notre temps pour « construire une vision structurante »
Internet « est un outil formidablement puissant pour attaquer au cœur le système qui interdit à tout monde nouveau de s’établir. Internet n’est pas une formule pour soigner vos et nos humeurs et défouler vos et nos hystéries mais un domaine sérieux et formidablement puissant dans le monde de la communication, qui est aujourd’hui le principal vecteur de la puissance. »
Récemment des blogueurs allemands ont rédigé
un manifeste Internet qui résume par une formule toute son importance : Internet est [votre] société. [Votre] société est Internet. »

Dedefensa.org est resté gratuit jusqu’à ce mois de septembre où Philippe Grasset met en place une formule payante.
Il s’en explique dans un long écrit,
« Jour après jour » Seriatim le relaie ci-dessous et vous encourage à le lire complètement, à le faire passer dans vos réseaux respectifs et, surtout, à vous abonner. Vous les aiderez à grandir, à s’étoffer. Ne l’oubliez pas, le travail sérieux ne peut pas être gratuit comme le rappelle justement une lectrice de ce site:
« Les intellectuels disparaissent, et ceux qui les remplacent dans les salons parisiens ou les "talk shows" à la mode sèment des mensonges et des faux débats qui nous égarent de la vraie réflexion. Je lance un appel à tous les lecteurs de de defensa: sauver ce site, car c'est l'un des derniers joyaux que nous possédons. Imaginez-vous l'Internet sans ce site, cela vous encouragera peut-être à faire un petit effort pour le soutenir. Et si vous avez quelques minutes, faite le connaître à vos amis et connaissances, participez à son "marketing"... pas dans un but commercial, mais simplement pour sauver un peu d'intelligence dans le monde de l'info et de l'analyse... pour contribuer à la qualité de la réflexion, à la qualité tout court -- qui est de plus en plus rare de nos jours. Je vous en remercie tous, au nom de l'intelligence, et je remercie encore et toujours l'équipe de Monsieur Grasset -- qui ne se rend peut-être pas compte du cadeau qu'elle nous fait au quotidien. »


« 26 septembre 2009 — Cela fait donc 15 jours que nous avons ouvert notre “domaine payant”. En raison de l’importance de l’initiative – pour nous, certes, pas nécessairement pour the Rest Of the World – il nous a semblé justifié de nous adresser à nos lecteurs, sur le mode de l’information autant que sur celui de la réflexion, en bonne place sur la page d’accueil du site et dans ses rubriques.
Quelques mots d’abord sur ces premiers quinze jours. Nous approchons la cinquantaine d’abonnements, dont un nombre très important d’abonnements mensuels que nous prenons naturellement comme des “abonnements à l’essai”, pour mesurer ce qu’apporte ce “domaine payant”. Le résultat peut paraître acceptable, voire appréciable, mais il n’a pour l’instant qu’une valeur très fragmentaire, sinon chaotique. (Notamment, en fonction de la question essentielle de la prolongation des abonnements mensuels, leur transformation en abonnements annuels.)

Nous pensons que c’est sur quatre mois (ce délai, pour correspondre à la fin de l’année), voire six mois au plus, que nous pourrons juger de la viabilité de la formule, notamment sur le constat de l’existence ou pas d’un rythme régulier de prise d’abonnements. Le rythme, c’est le facteur fondamental. Les développements de ces derniers jours, qui ont vu une chute du rythme de prise des abonnements, ne sont pas encourageants; si ce rythme ne s’impose pas, la partie, cette partie selon la formule choisie est perdue. Nous tenons en réserve l’une ou l’autre formule, si le résultat constaté l’impose. Les intérêts des abonnés seront prioritairement protégés.

Nos lecteurs ont pu constater que l’introduction de la “formule payante” n’a pas asséché le contenu de l’accès libre du site, d’autant que nombre d’articles payants sont composés d’une partie en accès libre qui permet d’avoir une idée de l’information qui forme l’argument de notre commentaire en accès payant. Il subsiste un nombre respectable de textes en accès libre complet. L’un dans l’autre, le nombre de textes mis en ligne sur dedefensa.org a augmenté, notamment avec l’activation comme une des trois rubriques principales des Notes d’analyse. Selon les résultats que nous obtiendrons du point de vue des abonnements, il va sans dire que cette politique du volume de l'accès libre évoluera pour tenter de convaincre plus de lecteurs de s'abonner. Ce n'est pas un choix de notre part, c'est une nécessité; les résultats de notre campagne d'abonnements conditionnent rien de moins que notre survie.

Cette démarche n’est pas simple puisqu’elle tend à concilier des intérêts opposés. (Ne parlons pas du travail supplémentaire pour nous, puisque c’est notre choix.) Elle tend à tenter de conserver le lectorat habituel, non payant, grâce à l’accès libre; mais aussi, et surtout, elle doit satisfaire les abonnés, en les convaincant que leur effort financier est justifié.
Nous en sommes là. Si certains voient dans ce constat une invitation discrète à souscrire l’un et l’autre abonnements en n’oubliant pas qu’il s’agit également de soutenir le site, qu’ils n’hésitent pas… Nous ne leur en tiendrons nulle rigueur.

Une affaire sérieuse et essentielle

Maintenant, quelques mots de réflexions plus générales. Il est vrai que nous avons reçu des réactions un peu déçues, un peu attristées, parfois un peu revendicatrices, de lecteurs annonçant qu’ils ne pourraient souscrire d’abonnements. Ce qui nous gêne dans ces réactions, c’est moins les désaccords sur le montant que l’une ou l’autre désapprobation implicite sur le principe.

Il existe une certaine conviction que l’activité d’Internet doit rester gratuite et de libre accès. Il nous est arrivé parfois d’avoir une compréhension bienveillante pour cette approche (par exemple, notre expérience sur les donations dénotait chez nous cet esprit en n’imposant aucune restriction à l’accès). Au plus le temps passe, au plus nous pratiquons le réseau, au moins nous sommes sensibles à cette approche. Nous la considérons de plus en plus, au mieux comme complaisante, au pire comme autodestructrice ; ces jugements viennent de ceci que nous considérons Internet comme quelque chose de sérieux et d’essentiel dans l’immense crise qui frappe notre civilisation – loin, très loin de toutes les définitions emphatiques et démagogiques qu’on s’est acharné à développer pour faire correspondre Internet à l’esprit de la modernité.

Pour nous, Internet est une affaire sérieuse et essentielle. C’est un outil puissant qu’on ne peut galvauder en le plaçant au service d’ambitions utopiques qui se satisfont d’illusions. C’est un outil puissant non pour “faire concurrence” comme on fait une leçon de morale à ce que nous nommons la “presse officielle” ou presse-Pravda, mais pour attaquer directement, frontalement, férocement, la force d’asservissement et d’abrutissement qu’est cette forme de communication au service d’un système prédateur de la civilisation, qui dispense une information et un commentaire extraordinaires par leur bassesse, leur médiocrité, leur acceptation aveugle du conformisme touchant tous les aspects de la vie et de l’intelligence, de l’esprit et de la culture. Il faut conclure que c’est pour se battre contre cela qu’Internet existe et se développe, parce qu’aujourd’hui tout doit le céder à cette bataille vitale. De ce point de vue, c’est une arme puissante dans une bataille colossale, et une arme absolument imprévue et inattendue puisqu’elle fut développée par le système lui-même. N’en pas faire l’usage qui importe constituerait une faute dont il est difficile de donner la mesure, un péché fondamental de l’esprit.

Pour cela, pour cet usage et pour cette mission, il y a un mode d’emploi. C’est-à-dire qu’il faut considérer Internet avec le sérieux qu’on attache aux autres formes de communication, pour y consacrer du temps, travailler à partir d’une base d’expérience et de rigueur professionnelle. C’est-à-dire qu’il faut considérer Internet comme un cadre professionnel dans lequel des gens travaillent – et doivent vivre en même temps, et donc être rétribués parce qu’ils vivent, comme nous vivons tous, à l’intérieur de ce système contre lequel nous sommes en révolte ouverte. Cet argument nous paraît d’une telle évidence, face aux lassantes diatribes complaisantes sur la “complicité” avec le système, qu’il ne nous importe pas d’aller plus loin dans la plaidoirie.

Pour nous, Internet n’est pas un vaste laboratoire où s’expérimenterait un monde nouveau dans la joie partagée et la convivialité – ou dans la polémique gratuite et l’humeur irresponsable, ce qui est souvent le cas, à lire certains sites et blogs, et les commentaires qui vont avec – mais un outil formidablement puissant pour attaquer au cœur le système qui interdit à tout monde nouveau de s’établir. Internet n’est pas une formule pour soigner vos et nos humeurs et défouler vos et nos hystéries mais un domaine sérieux et formidablement puissant dans le monde de la communication, qui est aujourd’hui le principal vecteur de la puissance.

Dans le désordre du monde

Il n’y a pas aujourd’hui de force plus grande que la communication. C’est la quintessence même de la puissance, dans un monde qui a basculé dans l’ère psychopolitique, où l’information et toutes les activités intellectuelles ont été transférées dans un univers devenu avec une soudaineté inouïe d’une totale subjectivité, sans plus aucune référence structurante. Chacun doit donc se construire ses propres références et, dans cet éther de subjectivité, construire une cohérence elle-même structurante, qui puisse prétendre à une certaine appréciation objective du monde en tentant d’approcher de la réalité. De ce point de vue, nous sommes laissés à nous-mêmes.

Ce que nous offrons, avec dedefensa.org, c’est une proposition de cohérence, permettant éventuellement de construire une vision structurante avec une appréciation objective, rationnelle, d’une situation devenue complètement subjective et irrationnelle. Nous n’essayons surtout pas de rationaliser le monde, ce qui nous paraît à la fois absurde et faussaire, mais d’apprécier rationnellement ce monde, et notamment ce qui peut paraître être son irrationalité – qui pourrait être nommée de façon plus ambitieuse, si l’on veut et peut y distinguer une signification, “surrationalité” ou “métarationalité” – selon des termes d’emploi connu, mais ne correspondant pas nécessairement à ce que nous voulons signifier.

Notre idée est que l’état de désordre du monde, qui est un fardeau insupportable et une catastrophe épouvantable, donne aussi des occasions d’appréhender des états cachés de lui-même, du monde, et intime le devoir de tenter d’en rendre compte éventuellement. Il est beaucoup moins question de trouver des dimensions supplémentaires à l’homme en son état actuel, qui semble avoir fait ses preuves à cet égard en choisissant une voie catastrophique, que d’observer que le chaos engendré par lui peut libérer des perspectives et permettre d’identifier des situations nouvelles dans les domaines élevés qu’on a mentionnés. Ce qui fait toute l’exceptionnalité de la situation est que, grâce à la communication d’une part, à cause de l’encagement total de la pensée officielle dans le conformisme d’autre part, des voix et des centres indépendants ont infiniment plus de possibilités de faire de telles démarches que les voix et les centres des élites officielles enchaînés à leur système qui sombre.

C’est pourquoi, nous semble-t-il, Internet est une chose sérieuse. Faites de tout cela et en conscience, dans vos rapports avec dedefensa.org, ce que vous jugerez bon de faire. Nous en tirerons les conclusions qui en découleront.

Philippe Grasset »



Jean Vinatier

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Source :

http://www.dedefensa.org/article-dedefensaorg_jour_apres_jour_26_09_2009.html



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vendredi 25 septembre 2009

Margarita : un cocktail Afrique/Amérique du Sud –N°533- 3e année

Les 26 et 27 septembre se tiendra le second sommet Afrique/Amérique du Sud dans la belle île vénézuélienne de Margarita (ASAsummitvenezuela), le premier s’était déroulé, en 2006, dans la capitale nigériane, Abuja.
L’idée d’organiser un sommet Afrique-Amérique du Sud a été proposée en avril 2005 par le prédécesseur d’Umaru Musa Yar'Adua à la présidence du Nigeria, Olusegun Obasanjo lors de la visite du Président brésilien Lula da Silva.
Ce sera un sommet imposant : l’ensemble des Chefs d’Etat du continent sud-américain et vingt de leurs homologues africains dont Khadafi ! Moins empesé que le G20 à Pittsburgh, il faudra regarder de prés ce qui se dira et ce qui se préparera.
L’Amérique du Sud et l’Afrique travaillent avec une grande célérité à de nombreux accords commerciaux, énergétiques et stratégiques. Les deux continents envoient au « monde Atlantique », bien des signaux comme la journaliste de
RFI, Elisa Drago le soulignait dés 2006 : « Si les Brésiliens rêvent que le Brésil puisse se transformer en une Arabie saoudite du XXIe siècle, si le Venezuela de Chavez rêve d’un cartel pétrolier afro-américain qui damerait le pion aux Etats-Unis, les Africains, quant à eux, rêvent aussi de prospérité et d’indépendance. »¹
Les quelques lignes ci-dessus résument parfaitement l’état d’esprit qui peut régner parmi tous les participants : la conscience de tenir entre leurs mains suffisamment de ressources et de matières grises afin d’échafauder une stratégie satisfaisante. L’Afrique saisit l'intérêt de ce sommet : elle se dégage davantage des anciennes nations européennes coloniales et crée un contrepoids pour négocier avec plus de résultat les contrats que lui concoctent la Chine et l’Inde, deux puissances que Brasilia voient d’un mauvais œil.
Evidemment, il serait précipité d’applaudir des deux mains alors que les deux continents sont au début d’un projet. Tant en Amérique du Sud qu’en Afrique, les nations ne sont pas toutes au diapason et n’ont absolument pas choisi quel serait le pays leader : en veulent-elles ? Ces sommets Sud/Sud ont, cependant, cet avantage considérable sur celui, par exemple du G20, de n’être pas seulement des réunions solennelles : nous sommes devant des pays producteurs désireux d’initier d’autres systèmes économiques, d’ambitionner de nouvelles technologies, de favoriser des pensées autres que celles modélisées par le « monde Atlantique » !
Voici quelques semaines
Le Nouvel Obs consacrait sa Une à la crise en présentant trois économistes : tous blancs Nobel ! Pas un seul n'existe en Asie, en Orient, en Afrique, en Amérique du Sud ? C’est aussi contre cette étroitesse d’esprit que les sommets Sud/Sud se tiennent malgré une faible couverture médiatique en Europe !
Regrettons que l’Europe s’indiffère de cette réunion, ce serait l’occasion pour l’UPM (Union Pour la Méditerranée lancée par Nicolas Sarkozy) d’avoir un siège d’observateur : au moins cette structure quasiment tombée en quenouille justifierait-elle un peu son coût…..
Peut-on désavouer le Président Chavez lorsqu’il s’enflamme
: «Le XIXe siècle a été le siècle de la libération de l’Amérique latine (…), le XXe siècle celui de la libération de l’Afrique (…), nous devons aborder le XXIe siècle ensemble» ? ¹


Jean Vinatier

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Sources :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/09/25/l-amerique-du-sud-et-l-afrique-veulent-renforcer-les-echanges-sud-sud_1245088_3222.html#ens_id=1245202

1-
http://www.rfi.fr/actufr/articles/083/article_47810.asp


In Seriatim :


http://www.seriatimonline.com/2009/09/bresil-samba-pour-le-rafale-n521-3e.html

http://www.seriatimonline.com/2009/09/patagonie-lunasur-au-nom-des-sud.html

http://www.seriatimonline.com/2009/06/ekaterinbourg-de-bric-et-de-brocs-n485.html

http://www.seriatimonline.com/2009/02/davos-cest-ou-belem.html

http://www.seriatimonline.com/2008/11/g20-dbriefing-saopolo.html



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mercredi 23 septembre 2009

Clearstream ou l’affaire du Collier de Sarkzoy.... -N°532- 3e année

Nicolas Sarkozy suit avec la même attention le procès dit Clearstream (in french « courant limpide » ) que le G20. Il sermonne autant la Chine et les Etats-Unis que Dominique de Villepin lequel devrait finir au bout d’un croc de boucher !
Bien malin qui pourrait dire qui est coupable qui est innocent : une mère ne reconnaîtrait pas ses petits !
Nicolas Sarkozy devrait sans doute se rappeler l’affaire du Collier de la Reine. Marie-Antoinette désireuse de faire reconnaître au grand jour son innocence et punir le cardinal-prince de Rohan, Grand aumônier de France fut humilié par le Parlement de Paris qui l'acquitta par vingt-six voix contre 22, le 31 mai 1786 !
Rappelons ce que l’on se répéta alors dans Paris
: « Un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté ! »
Si l’on part du principe que le Chef de l’Etat est innocent doit-il, pour autant poursuivre de sa vindicte sur la place publique celui qu’il désigne comme l’âme damnée de cette affaire ?
Les Français assistent mi-figue, mi-raisin à un déballage qui concerne les plus hauts sommets de l’Etat. Le désordre qui en résulte déjà ne faiblira pas.
Dominique de Villepin est entré dans le palais de Justice comme au théâtre en lançant la tirade :
« Je suis ici par la volonté d’un homme » ! Il décoche sa première flèche. Les réactions de l’avocat Herzog et de Pierre Charon, nettement moins doué que Jacques Charon, sont non seulement inefficaces, elles sont malencontreuses. Le procureur Marin, qui a osé, avant même l’ouverture du procès, dire qu’il considérait l’ancien Premier Ministre quasiment coupable, ajoute une partialité qui entache l’hermine : l’opinion publique se dégoûtera de cette affaire pour en être plus furieuse !
D’habitude habile, Nicolas Sarkozy commet, certainement, sa première faute en faisant de cette affaire trouble Clearstream une question personnelle oubliant qu’il est, depuis 2007, Président de la République. Sa fonction élective ne lui permet pas de s’abaisser « à venger l’honneur » du candidat Sarkozy.
Le pompidolien Balladur se trompe lorsqu’il se réfère aux actions en justice du premier Président de la Ve République, Charles de Gaulle. Ce dernier n’a jamais saisi la justice pour des sujets le concernant comme citoyen ou candidat. Nouvelle erreur !
Nicolas Sarkozy divise également l’UMP : les sarkoziens défient les villepénistes tandis que les autres attendent de voir lequel des deux clans l’emportera. Les Français verront bien que ce parti est susceptible de connaître des désordres, des tensions comme au parti socialiste : nouvelle erreur !
Nicolas Sarkozy se fragilise et descend de fait dans l’arène. Il énerve quand la situation sociale des Français se dégrade. Le peuple n’y verra que des manœuvres, des machinations, des cabales de ceux qui prétendent régir la morale des citoyens. Le discrédit des politiques est déjà grand, Nicolas Sarkozy ne sortira pas intact de ce déballage !
« Ces intrigues, nota Goethe, détruisirent la dignité royale. Aussi l’histoire du collier forme-t-elle la préface immédiate de la Révolution. Elle en est le fondement... »


Jean Vinatier

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mardi 22 septembre 2009

Albert Camus : « Démocratie et dictature internationales » & « Le monde va vite « -N°531- 3e année

A la veille de la réunion du G20 à Pittsburgh, il n’est pas inopportun de reprendre contact avec un auteur qui a perdu en publicité : Albert Camus.
Dans un fort instructif ouvrage édité par Gallimard en 1950, on lit avec plaisir et attention les chroniques sélectionnées, pour la période 1944-1948, par l’auteur de
La peste, de L’étranger et de L’été, et qu’il avait publiées dans Combat.
Classés par chapitre dont: « Journalisme critique (où pas un mot n’a perdu de sa pertinence !), Morale et politique, Pessimisme et tyrannie (où se trouve "Défense de l’intelligence") ; ces écrits gardent une force générale par ces pistes, ces questions. Albert Camus s’inquiète du monde :
« Le vrai désespoir, écrit-il dans son avant-propos, ne naît pas devant une adversité obstinée, ni dans l’épuisement d’une lutte inégale. Il vient de ce qu’on ne connaît plus ses raisons de lutter et si, justement, il faut lutter. Les pages qui suivent disent simplement que si la lutte est difficile, les raisons de lutter, elles du moins, restent toujours claires. »
Achetez le livre ou relisez-le !



« Démocratie et dictature internationales

Nous savons aujourd’hui qu’il n’y a plus d’îles et que les frontières sont vaines. Nous savons que dans un monde en accélération constante, où l’Atlantique ne traverse en moins d’une journée, où Moscou parle à Washington en quelques heures, nous sommes forcés à la solidarité ou à la complicité, suivant les cas. Ce que nous avons appris pendant les années 40, c’est que l’injure faite à un étudiant de Prague frappait en même temps l’ouvrier de Clichy, que le sang répandu quelque part sur les bords d’un fleuve du Centre européen devait amener un paysan du Texas à verser le sien sur le sol de ces Ardennes qu’il voyait pour la première fois. Il n’était pas comme il n’est plus une seule souffrance, isolée, une seule torture en ce monde qui ne se répercute dans notre vie de tous les jours.
Beaucoup d’Américains voudraient continuer à vivre enfermés dans leur société qu’ils trouvent bonne. Beaucoup de Russes voudraient peut-être continuer à poursuivre l’expérience étatiste à l’écart du monde capitaliste. Ils ne le peuvent et ne le pourront plus jamais. De même, aucun problème économique, si secondaire apparaisse-t-il, ne peut se régler aujourd’hui en dehors de la solidarité des nations. Le pain de l’Europe est à Buenos-Ayres, et les machines-outils de Sibérie sont fabriquées à Détroit. Aujourd’hui, la tragédie est collective.
Nous savons donc tous, sans l’ombre d’un doute, que le nouvel ordre que nous cherchons ne peut être seulement national ou même continental, ni surtout occidental ou oriental. Il doit être universel. Il n’est plus possible d’espérer des solutions partielles ou des concessions. Le compromis, c’est ce que nous vivons c’est-à-dire l’angoisse pour aujourd’hui et le meurtre pour demain. Et pendant ce temps, la vitesse de l’histoire et du monde s’accélère. Les vingt et un, futurs criminels de guerre, qui discutent aujourd’hui de paix échangent leurs monotones dialogues, tranquillement assis au centre d’un rapide qui les entraîne vers le gouffre, à mille kilomètres à l’heure. Oui, cet ordre universel est le seul problème du moment et dépasse toutes les querelles de constitution et de loi électorale. C’est lui qui exige que nous lui appliquions les ressources de nos intelligences et de nos volontés.
Quels sont aujourd’hui les moyens d’atteindre cette unité du monde, de réaliser cette révolution internationale, où les ressources en hommes, les matières premières, les marchés commerciaux et les richesses spirituelles pourront se trouver mieux redistribués ? Je n’en vois que deux et ces deux moyens définissent notre ultime alternative. Ce monde peut être unifié, d’en haut, comme je l’ai dit hier, par un seul Etat plus puissant que les autres. La Russie ou l’Amérique peuvent prétendre à ce rôle. Je n’ai rien, et aucun des hommes que je connais n’a rien à répliquer à l’idée défendue par certains, que la Russie ou l’Amérique ont les moyens de régner et d’unifier ce monde à l’image de leur société. J’y répugne en tant que Français, et plus encore en tant que Méditerranéen. Mais je ne tiendrai aucun compte de cet argument sentimental.
Notre seule objection, la voici, telle que je l’ai définie dans un dernier article : cette unification ne peut se faire sans la guerre ou, tout au moins, sans un risque extrême de guerre. J’accorderai encore, ce que je ne crois pas, que la guerre puisse ne pas être atomique. Il n’en reste pas moins que la guerre de demain laisserait l’humanité si mutilée et si appauvrie que l’idée même d’un ordre y deviendrait définitivement anachronique. Marx pouvait justifier comme il l’a fait, la guerre de 1870, car elle était la guerre du fusil Chassepot et elle était localisée. Dans les perspectives du marxisme, cent mille morts ne sont rien, en effet, au prix du bonheur de centaines de millions de gens. Mais la mort certaine de centaines de millions de gens, pour le bonheur supposé de ceux qui restent, est un prix trop cher. Le progrès vertigineux des armements, fait historique ignoré par Marx, force à poser de nouvelle façon le problème de la fin et des moyens.
Et le moyen, ici, ferait éclater la fin. Quelle que soit la fin désirée, si haute et si nécessaire soit-elle, qu’elle veuille ou non consacrer le bonheur des hommes, qu’elle veuille consacrer la justice ou la liberté, le moyen employé pour y parvenir représente un risque si définitif, si disproportionné en grandeur avec les chances de succès ; que nous refusons objectivement de le courir. Il faut donc en revenir au deuxième moyen propre à assurer cet ordre universel, et qui est l’accord mutuel de toutes les parties. Nous ne demanderons pas s’il est possible, considérant ici qu’il est justement le seul possible. Nous nous demanderons d’abord ce qu’il est.
Cet accord des parties a un nom qui est la démocratie internationale. Tout le monde en parle à l’O.N.U, bien entendu. Mais qu’est-ce que la démocratie internationale ? C’est une démocratie qui est internationale. On me pardonnera ici ce truisme, puisque les vérités les plus évidentes sont aussi les plus travesties.
Qu’est-ce que la démocratie nationale ou internationale ? C’est une forme de société où la loi est au-dessus des gouvernants, cette loi étant l’expression de la volonté de tous, représentée par un corps législatif. Est-ce là ce qu’on essaie de fonder aujourd’hui ? On nous prépare, en effet, une loi internationale. Mais cette loi est faite ou défaite par des gouvernements, c’est-à-dire par l’exécutif. Nous sommes donc en régime de dictature internationale. La seule façon d’en sortir est de mettre la loi internationale au-dessus des gouvernants, donc de faire cette loi, donc de disposer d’un parlement, donc de constituer ce parlement au moyen d’élections mondiales auxquelles participeront tous les peuples. Et puisque nous n’avons pas de parlement, le seul moyen est de résister à cette dictature internationale sur un plan international et selon des moyens qui ne contrediront pas la fin poursuivie »

« Le monde va vite

Il est évident pour tous que la pensée politique se trouve de plus en plus dépassée par les événements. Les Français, par exemple, ont commencé la guerre de 1914 avec les moyens de la guerre de 1870 et la guerre de 1939 avec les moyens de 1918. Mais aussi bien la pensée anachronique n’est pas une spécialité française. Il suffira de souligner ici que, pratiquement, les grandes politiques d’aujourd’hui prétendent régler l’avenir du monde au moyen de principes formés au XVIIIe siècle en ce qui concerne le libéralisme capitaliste, et au XIXe en ce qui regarde le socialisme, dit scientifique. Dans le premier cas, une pensée née dans les premières années de l’industrialisme moderne et dans le deuxième cas, une doctrine contemporaine de l’évolutionnisme darwinien et de l’optimisme renanien se proposent de mettre en équation l’époque de la bombe atomique, des mutations brusques et du nihilisme. Rien ne saurait mieux illustrer le décalage de plus en plus désastreux qui s’effectue entre la pensée politique et la réalité historique.
Bien entendu, l’esprit a toujours du retard sur le monde. L’histoire court pendant que l’esprit médite. Masi ce retard inévitable grandit aujourd’hui à proportion de l’accélération historique. Le monde a beaucoup plus changé dans les cinquante dernières années qu’il ne l’avait fait auparavant en deux cents ans. Et l’on voit le monde s’acharner aujourd’hui à régler des problèmes de frontières quand les peuples savent que les frontières sont aujourd’hui abstraites. C’est encore le principe des nationalités qui a fait semblant de régner à la Conférence des Vingt-et-un.
Nous devons tenir compte de cela dans notre analyse de la réalité historique. Nous centrons aujourd’hui nos réflexions autour du problème allemand, qui est un problème secondaire par rapport aux chocs d’empires qui nous menace. Masi si, demain, nous concevions des solutions internationales en fonction du problème russo-américain, nous risquerions de nous voir à nouveau dépassés. Le choc d’empires est déjà en passe de devenir secondaire, par rapport au choc des civilisations. De toutes parts, en effet, les civilisations colonisées font entendre leurs voix. Dans dix ans, dans cinquante ans, c’est la prééminence de la civilisation occidentale qui sera remise en question ; autant donc y penser tout de suite et ouvrir le Parlement mondial à ces civilisations, afin que sa loi devienne vraiment universelle, et universel l’ordre qu’elle consacre.
Les problèmes que pose aujourd’hui le droit de veto sont faussés parce que les majorités ou les minorités qui s’opposent à l’O.N.U sont fausses. L’U.R.S.S, aura toujours le droit de réfuter la loi de la majorité tant que celle-ci sera une majorité de ministres, et non une majorité de peuples représentés par leurs délégués et tant que tous les peuples, précisément n’y seront pas représentés. Le jour où cette majorité aura un sens, il faudra que chacun lui obéisse ou rejette sa loi, c’est-à-dire déclare ouvertement sa volonté de domination.
De même, si nous gardons constamment à l’esprit cette accélération du monde, nous risquons de trouver la bonne manière de poser le problème économique aujourd’hui. On n’envisageait plus, en 1930, le problème du socialisme comme on le faisait en 1848. A l’abolition de la propriété avait succédé la technique de la mise en commun des moyens de production. Et cette technique, en effet, outre qu’elle réglait en même temps le sort de la propriété, tenait compte de l’échelle agrandie où se posait le problème économique. Mais, depuis 1930, cette échelle s’est encore accrue. Et, de même que la solution politique sera internationale, ou ne sera pas, de même la solution économique doit viser d’abord les moyens de production internationaux : pétrole, charbon et uranium. Si collectivisation il doit y avoir, elle doit porter sur les ressources indispensables à tous et qui, en effet, ne doivent être à personne. Le reste ; tout le reste, relève du discours électoral.
Ces perspectives sont utopiques aux yeux de certains, mais pour tous ceux qui refusent d’accepter la chance d’une guerre, c’est cet ensemble de principes qu’il convient d’affirmer et de défendre sans aucune réserve. Quant à savoir les chemins qui peuvent nous rapprocher d’une véritable conception, ils ne peuvent pas s’imaginer sans la réunion des anciens socialistes et des hommes d’aujourd’hui, solitaires à travers le monde.
Il est possible, en tout cas, de répondre une nouvelle fois, et pour finir, à l’accusation d’utopie. Car, pour nous, la chose est simple : ce sera l’utopie ou la guerre, telle que nous la préparent des méthodes de pensées périmées. Le monde a le choix aujourd’hui entre la pensée politique anachronique et la pensée utopique. La pensée anachronique est en train de nous tuer. Si méfiants que nous soyons (et que je sois), l’esprit de réalité nous force donc à revenir à cette utopie collective. Quand elle sera rentrée dans l’Histoire, comme beaucoup d’autres utopies du même genre, les hommes n’imagineront plus d’autre réalité. Tant il est vrai que l’Histoire n’est que l’effort désespéré des hommes pour donner corps aux plus clairvoyants de leurs rêves. »




Jean Vinatier
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Source:
Albert Camus, Actuelles –chroniques, 1944-1948, Gallimard, Paris, 1950, pp.160-164 ; 165-169.
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Haïti, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Somalie, Suisse, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

lundi 21 septembre 2009

Chef Seattle au Président des Etats-Unis –N°530- 3e année

1854 : le Président des Etats-Unis Franklin Pierce (1853-1857) envoie le commissaire aux affaires indiennes, Isaac Stevens dans le futur Etat de Washington afin d’acheter une zone du territoire indien et de promettre une « réserve » aux tribus dépossédées dont les Suquamish, les Duwamish. Lors de ces négociations, le chef des 6 tribus Seattle (1786-1866) aurait tenu un long discours dont l’authenticité est fortement mise en doute. Edité une première fois en 1887 par le Seattle Sunday Star puis une seconde fois en 1960 et, enfin, au début des années 1970 : c’est cette version qui est ci-dessous.
Si des modifications et des rajouts ne font guère de doute, le discours même remanié du chef Seattle –qui donna naissance à la ville éponyme – perd-il pour autant tout intérêt ? Il rappelle tout le drame vécu par les Indiens qui se battirent comme ils purent ! La question indienne resurgit sur l’ensemble de l’Amérique du Canada à l’Argentine et les références à la nature ne manquent pas de souligner l’importance prise par les questions environnementales.


« Le Grand Chef Blanc, à Washington, nous salue avec de l’amitié et de la bonne volonté. Ceci est gentil de sa part, car nous savons qu’il n’a pas besoin de la nôtre, d’amitié. Il nous fait savoir qu’il veut acheter notre terre et nous laisser une réserve pour y vivre sans encombre. Cette offre paraît juste et même généreuse, car l’Homme Rouge n’a plus de droits à faire valoir face à l’Homme Blanc qui peut venir avec ses fusils. Mais comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? L’idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment pouvez-vous les acheter ? Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré dans le souvenir de l’expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’Homme Rouge. Les morts des Hommes Blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils s’en vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’Homme Rouge. Nous sommes une partie de la terre et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney et l’homme : tous appartiennent à la même famille. Aussi, lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc votre offre d’acheter notre terre, mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée. L’eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée, et vous devez apprendre à vos enfants qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs dans la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos sœurs : elles étanchent notre soif, portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos sœurs, et les vôtres, et vous devez alors montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour une sœur. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’Homme Rouge. Mais peut-être est-ce parce que l’Homme Rouge est un sauvage et ne comprend pas. Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’Homme Blanc. Nul endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas ? Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un Homme Rouge et ne comprends pas. L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant comme une flèche à la surface d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par une pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon. L’air est précieux à l’Homme Rouge, car toutes choses partagent le même souffle : la bête, l’arbre, l’homme tous partagent le même souffle. L’Homme Blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire : comme s’il mettait plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, qu’il partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l’Homme Blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.
Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidions de l’accepter, j’y mettrais une condition : l’Homme Blanc devra traiter les animaux de cette terre comme ses frères. Je suis un sauvage et ne connais pas d’autre façon de vivre. J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’Homme Blanc qui les avait abattus d’un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous tuons, nous uniquement pour subsister. Qu’est-ce que l’Homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes les choses se tiennent. Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race. Enseigner à vos enfants ce que nous avons toujours enseigné aux nôtres : que la terre est notre mère. Et tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes. Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela nous le savons. Toutes les choses se tiennent, comme le sang unit une même famille. Toutes les choses se tiennent et tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de sa vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même.
Même l’Homme Blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune.
Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien.
Il y a une chose que nous savons et que l’Homme blanc découvrira peut être un jour : c’est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre : mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l’Homme, et sa pitié est égale pour l’Homme Rouge et le Blanc. Cette terre lui est précieuse, et nuire à la terre c’est accabler de mépris son créateur.
Les Blancs aussi disparaîtront. Peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.
Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force de Dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui, pour quelque dessein particulier, vous a fait dominer cette terre et l’Homme Rouge.
Cette destinée est mystère pour nous, car nous ne comprenons pas.
Quand les bisons seront tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés de l’odeur de beaucoup d’hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent….
Alors où seront les fourrés ? Disparus. Où sera l’aigle ? Disparu. Et cette disparition marquera la fin de la vie et le début de la survivance. »





Jean Vinatier

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Source :

In Le livre international de la paix, Croix-Rouge française, Aurillac, 2005, pp.52-53



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