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lundi 20 mai 2019

« Les échos de la Terreur. Vérités d'un mensonge d'état par Jean-Clément Martin » N°4577 13e année

« La mise en scène des mots dans la communication d’influence et les Rhetops par Yannick Bressan » N°4576 13e année


« De la mise en scène des mots à la construction de réalités par l’adhésion émergentiste: une clé pour la communication d’influence ?

Les constructions narratives et l’émergence d’une nouvelle réalité induite sont les fondements opérationnels des opérations rhétoriques (Rhetops) et psychologiques (Psyops).
La neuro-esthétique et la neuropsychologie ont permis une meilleure compréhension de l’émergence de la réalité fictive et donc des «images mentales[1]» qui la composent. En effet, ces images internes portées par la construction rhétorique de la narration mise en scène permettent à la fiction de prendre force émotionnelle, voire une forme de réalité, pour l’individu qui adhère à la narration.
Ce phénomène est particulièrement identifiable dans les activités de communication d’influence. En effet, l’étude interdisciplinaire (neurosciences cognitives, neuropsychologie, esthétique, études théâtrales et psychologie cognitive) décrit dans cette note[2] met en évidence le principe d’adhésion émergentiste(PAEm[3]) et le lien fondamental entre ce principe et les applications qu’il est possible d’en faire ou d’observer dans le cadre des Rhetops. L’objet sera alors de les faire dissoner et de les radicaliser en les entrainant vers une lecture dissonante et déconstruite du monde qui les entoure.
Comme lors de précédentes notes sur le sujet, nous prendrons l’exemple du théâtre comme illustration. En effet, une représentation perçue par les spectateurs active des processus cognitifs spécifiques qui les amènent à percevoir un personnage dans un univers fictif, alors qu’ils voient un comédien sur scène[4].
Après bien des études consacrées à cette première approche en neuro-esthétique, il est maintenant possible de considérer que la force des images dirigées, construites et induites par le réalisateur (propagandiste) et l’équipe du spectacle, produisent occasionnellement chez les spectateurs ou les personnes visées une dissonance cognitive qui pourra déclencher l’adhésion au message.
Bien heureusement, bien souvent ce phénomène peut se produire en parallèle ou en complément de la «réalité proche». Il s’agit là d’un « simple phénomène d’adhésion » ; mais parfois un véritable remplacement de la perception des réalités peut s’opérer chez le sujet suite à la perception du message mis en scène. Il fera alors émerger une nouvelle réalité relative aux messages induits et mis en scène en étant soumis aux ressorts psychologiques et cognitifs de l’adhésion émergentiste.
Le pouvoir évocateur (métaphorique, empathique, émotionnel) des images et des constructions narratives pousse les spectateurs à mettre au premier plan de leur esprit la réalité fictive (rhétorique, métaphorique, propagandiste) qui acquiert une sorte d’autonomie existentielle complète.
Quels processus neurocognitifs sous-tendent l’adhésion du sujet à une représentation ? Comment l’adhésion émergentiste agit-elle dans son esprit afin d’induire avec force une « autre réalité » ? Répondre à cette question peut nous aider à mieux comprendre la fascination que des images pourront déclencher dans l’esprit de certains spectateurs ciblés ou d’un individu exposé à une action de communication d’influence. »
La suite ci-dessous :


Jean Vinatier
Seriatim 2019

« 1969: abdication ou révolution gaulliste? » N°4975 13e année

« Biologie du capitalisme par B. Stiegler» N°4574 13e année


Ferhat Taylan fait la critique de « Biologie du capitalisme » pour La Vie des idées

« À la lumière du débat entre John Dewey et Walter Lippmann, B. Stiegler met au jour les impensés biologiques et évolutionnistes du néo-libéralisme, qui s’est fondé sur l’exigence d’adaptation de l’espèce humaine à un environnement en perpétuelle mutation.
À écouter la plupart des responsables politiques, dirigeants d’entreprises ou de hauts fonctionnaires, dans un monde en constante « évolution », en pleine « mutation », nous serions toujours « en retard » : il faudrait ainsi évoluer, créer de la mobilité, s’adapter. Quelles seraient les sources intellectuelles de ces injonctions qui colonisent la vie publique ? Comment ce lexique biologique est-il venu à s’imposer dans la vie politique, au point de se banaliser et d’effacer les traces de ses origines ? Afin d’y répondre, Barbara Stiegler, professeur de philosophie politique à l’Université de Bordeaux, propose une généalogie très éclairante de l’adaptation comme catégorie centrale du néolibéralisme. Dans la lignée de Michel Foucault, Stiegler met ainsi au jour les références biologiques et évolutionnistes du renouveau du libéralisme, ce dernier s’étant refondé précisément à travers l’idée de la nécessité de l’adaptation de l’espèce humaine à un environnement en mutation.
Pour ce faire, Stiegler privilégie le débat philosophico-politique qui s’est déroulé dans la première moitié du XXe siècle entre le philosophe pragmatiste John Dewey et l’influent essayiste Walter Lippmann, notamment conseiller du président Wilson, surtout connu pour le colloque Lippmann, tenu à Paris en 1938, où le concept de « néolibéralisme » serait prononcé pour la première fois. Bien identifié dans la littérature politique américaine des années 1990, le Lippman-Dewey debate sert à Stiegler de boussole pour cerner les deux pôles d’une opposition théorique concernant le sens politique de l’adaptation de l’espèce humaine à son nouvel environnement. Dès lors, on voit comment le problème central de l’adaptation, déjà posé par Spencer et Darwin à partir des années 1850, est élaboré dans deux voies opposées, celle d’un néolibéralisme disciplinaire, soucieux d’adapter les individus à un environnement capitaliste, et celle d’un pragmatisme démocratique qui privilégie l’expérimentation et l’intelligence collectives. Les réflexions de Lippmann et de Dewey sur l’adaptation incarnent ainsi deux idéaux-types opposés susceptibles d’être reconduits jusqu’à aujourd’hui, ce qui donne toute sa puissance au projet généalogique de Stiegler. On tentera ici d’en dégager les grandes lignes, avant de l’interroger sur la généalogie de « l’environnement » auquel il « faut » s’adapter, ainsi que sur la manière dont elle entend renouveler la lecture foucaldienne du problème. »
La suite ci-dessous :



Jean Vinatier
Seriatim 2019

samedi 18 mai 2019

Un Bellamy de Macron ? N°4573 13e année


Pour conduire leur parti aux élections européennes, Les Républicains se flattent, au regard du dernier sondage, d’avoir choisi le candidat idoine, François Bellamy.
François Bellamy est maire-adjoint de Versailles, père de famille, catholique pratiquant, très prévenu contre l’IVG, hostile aux autres formations de droite mais très proche selon ses dires de Jean-Claude Junker et d’Emmanuel Macron. Ajoutons à cela, un physique de gendre idéal, posé, serein, une apparente modestie, une voix calme comme pouvaient l’entendre les auditeurs de Radio Classique. Le choix de Laurent Wauquiez serait donc parfait.
Les Républicains auraient-ils tiré les enseignements de la dernière campagne présidentielle qui vit l’explosion en plein vol de François Fillon, empêtré dans des affaires dont on attend toujours l’issue judiciaire ? Emmanuel Macron, positionné à gauche, a réussi à regrouper les libéraux socialistes, les centristes et même à déborder sur les Républicains. Deux années plus tard, le choix de François Bellamy prend un chemin assez similaire : reprendre la main sur les centristes via le courant d’Alain Juppé sans celui de Jean-Pierre Raffarin, freiner le départ de Républicains vers Nicolas Dupont-Aignan, lequel a effectivement perdu deux à trois points d’intention de vote. En reprenant les thèmes chers à Debout la France et au Rassemblement National, mais sans leur en donner une issue idéologique, François Bellamy synthétise autour de sa personne un courant cohérent qui s’arrête au centre de l’échiquier politique.
Les points de jonction avec Emmanuel Macron sont nombreux et évidents tant les deux hommes et leur formation respective sont à l’unisson sur les choix économiques, l’OTAN, l’Union européenne telle quelle est. Ni Emmanuel Macron, ni François Bellamy ne disent où siégeront leurs députés mais avanceraient le même candidat pour succéder à Jean-Claude Junker : le Républicain Michel Barnier. Cet accord bien évidemment mis en sourdine par les médias, relativise énormément la différence des Républicains avec La République en Marche. Michel Barnier, ce candidat commun, même s’il a peu de chances de l’emporter face à Manfred Weber choisi par la chancelière allemande, marque les limites de la séparation entre les deux formations : l’électorat des Républicains le voit-il ? Ou bien se voile-t-il la face ? De son côté, l’état-major des Républicains assumant sa tête de liste pour les européennes se préparerait à être le parti de rechange en France pour le cas où Emmanuel Macron serait incapable d’obtenir un second mandat ou qu’un événement viendrait interrompre brutalement le quinquennat.
Les Républicains étant résolument libéraux et souverainistes de circonstance n’ont pas intérêt à l’union des droites tant que la famille Le Pen sera aux commandes et n’ont d’autre issue que de se tourner vers le centre. De son côté, Emmanuel Macron, qui escomptait consolider via  Alain Juppé son empreinte sur l’aile libérale des Républicains, doit aujourd’hui se limiter à brandir le spectre du malheur RN pour limiter sa défaite ou justifier sa courte victoire. Si Emmanuel Macron n’a pas de Bellamy, il n’en reste pas moins que tous deux sont presque jumeaux par leur adhésion à l’Union européenne telle quelle est et misent sur un conservatisme bien borné pour maintenir leurs troupes, pour contrer leurs opposants : « Tout changer pour que rien ne change » dixit le prince de Lampedusa…..



Jean Vinatier
Seriatim 2019

vendredi 17 mai 2019

Macron/Europe : De Jupiter à Gribouille N°4572 13e année


Napoléon Bonaparte passa, en quelques années, de « l’Europe c’est moi » aux combats aux barrières de Paris en 1814. Emmanuel Macron se situe dans cette accélération du rétrécissement du champ de bataille : des grands projets et autres tracés, il ne reste que des poussières. Même le plus fervent de ses soutiens ne trouverait pas un élément solide en 2019 hormis des postures, des communications, des discours longs et sinueux. Échouant à fédérer des partis « progressistes » contre la « lèpre », il n’hésite plus aujourd’hui à serrer la main de Matteo Salvini au Clos-Lucé dans un manoir transformé en Disnay Vinci (Léonardo de) et éclipse, son propre choix, Nathalie Loiseau sur les affiches de campagne.
Le successeur de François Hollande, Emmanuel Macron, s’engagerait donc dans la campagne électorale pour les européennes  quittant la fonction présidentielle, celle d’être au service de tous les Français pour n’épouser qu’un parti ? Est-ce logique ? De la part d’un homme qui ne se meut que porté par une communication incessante et touffue, follement capable de pérorer pendant des heures et des heures comme il le fit lors des « Grands débats » de comédie pour contrer l’impact des Gilets jaunes, son choix ne surprend pas mais il apparait comme un aveu d’échec.
Les déclarations du Premier ministre, Édouard Philippe, qui assure que le gouvernement ne changera pas de cap après le 26 mai indiqueraient que l’exécutif  entérinerait sa défaite. C’était pourtant la grande bataille d’Emmanuel Macron, celle qui ne pouvait pas être perdue ! En deux années de mandat, le Président aura épuisé les bonnes volontés, son comportement, ses propos assassins, sa morgue le plaçant dans une impopularité jamais atteinte par un Chef de l’État. Les opulents conjurés qui financèrent sa mise sur orbite pour contrer le double effet Brexit/Trump doivent bien constater que le vent n’est plus favorable au mondialisme et que la mondialisation ne se passera pas de sitôt des frontières. Pour eux dans la formidable reconfiguration géopolitique mondiale en cours, Emmanuel Macron n’est plus un atout mais un handicap.
 Le mauvais climat social illustré par le samedi des Gilets jaunes, piqûre hebdomadaire de rappel, même si leur nombre se réduit, handicape l’exécutif et pourrait favoriser un vote sanction pour des raisons parfois opposées : des pans entiers de l’électorat de François Fillon mais aussi les voix en provenance de la France insoumise, le laissent à penser.
Sur le plan européen Emmanuel Macron bute contre la montée en puissance populiste/souverainiste et la dégradation de ses relations avec la chancelière allemande. On ne compte plus les sujets qui fâchent : Brexit, parlement à Strasbourg, ventes d’armes à l’Arabie Saoudite,  porte-avion supposé commun, au moment même où la France se flatte de partager son siège au Conseil de Sécurité à l’ONU avec Berlin : quelle lisibilité politique présidentielle ? Aucune. Quelle marge de manœuvre vis-à-vis de l’Allemagne ? Plus grand-chose depuis que le Chef de l’Etat s’est fait gloire de devancer par les discours les désirs germaniques….
A quelques jours du vote pour les élections européennes (23 et 26 mai), Emmanuel Macron campe dans un réduit où sa seule arme serait de reproduire le choix du second tour de la présidentielle. On est aux antipodes des débuts du quinquennat  et de ses tracés ambitieux. A bien des égards, Jupiter est aujourd’hui Gribouille.


Jean Vinatier
Seriatim 2019