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lundi 30 novembre 2009

Brésil-Iran : une connexion Sud-Sud- N°581- 3e année

"Le développement des relations avec le Brésil sera utile pour le règlement des questions entre l'Amérique latine et le Moyen-Orient, compte tenu du rôle joué par le Brésil en Amérique latine et du rôle de l'Iran au Moyen-Orient" a affirmé, M. Momeni, le président de l’amitié Iran-Brésil, au moment de l’arrivée du chef d’Etat iranien, Ahmadinejad à Brasilia le lundi 23 novembre. L’accueil du Président Lula Da Silva a été plus que démonstratif et des deux côtés, on a dressé une liste de tous les projets de coopération et d’investissement qui pourraient intervenir dans les prochains mois. Cet enthousiasme a fait écrire à l’excellent Pepe Escobar d’Asia Times, qu’un « axe luladinejad » se mettait en place¹.
Et le nucléaire ? Le Brésil étant le 7e producteur mondial d’uranium, tout sourire appuyé de Da Silva à Ahmadinejad, qui se préparait à annoncer la construction de 10 nouveaux sites d'enrichissement d'uranium, ne devait susciter qu’agacement parmi les capitales du « monde Atlantique » dont les médias ont rendu compte en évoquant toujours cette visite comme controversée. Controversée mais pour qui ? Visiblement pas pour le Brésil qui se sent pousser des ailes et qui pousse l’avantage autant qu’il le peut : dans l’armement, nous le voyons pour le possible achat d’avions Rafale, contre le réchauffement climatique ou bien encore en prenant la tête des pays d’Amérique du Sud pour dénoncer l’imposture du Honduras et la construction de la base U.S en Colombie à Palanquero (à lire dans le Seriatim de demain)
L’Iran ne considère pas l’affaire nucléaire comme un handicap ; Téhéran se sert de cette épineuse question comme d’un atout et manœuvre relativement bien entre les écueils. Les froncements de sourcils des Chinois et des Russes à son endroit masquent une coopération réelle. Moscou et Pékin se contentent de « rendre service » à Barack Obama le temps de sa visite.
Et Israël ? Le Président Shimon Pérès était en tournée sud-américaine juste avant la venue de son homologue iranien. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’Amérique latine et plus particulièrement le Brésil détiendrait des clés pour résoudre les problèmes moyens-orientaux. Les Iraniens disent-ils autrement ? Ce point souligné par la diplomatie israélienne est éclairant et annonciateur d’une évolution stratégique que l’Union européenne ferait bien de relever.
Lorsque l’on veut prendre un peu de temps et accepter de s’écarter des rengaines balancées quotidiennement aux médias complaisants, le panorama apparaît moins apocalyptique, il est incertain et mobile. Ce n’est pas pour rien que Président Da Silva plaide, avec raison, pour préserver un espace de dialogue entre les dirigeants des principales puissances. Son pays devant siéger, comme membre non permanent, au Conseil de sécurité de l’ONU à partir de janvier 2010, on devinera les thèmes géopolitiques qu’il affectionnera !
Le point important et même capital n’est-il pas de regarder l’activité diplomatique soutenue des pays Sud-Sud ? Nous pensons encore en Europe, que le lendemain passe toujours par une de nos cases alors que la question nucléaire iranienne démontre chaque jour le contraire. Les pays émergents, et notamment ceux du B.R.I.C (Brésil-Russie-Inde-Chine) fourbissent leurs armes économiques et écologiques anticipant la fin d’une ère de suprématie du dollar et de la zone européenne, encore la première puissance économique mondiale mais pour combien de temps !
Est-il exagéré de parler d’un axe «
Luladinejad » ? Lula Da Silva embrassent trop facilement tous ceux qui viennent le voir et tous ceux qui l’accueillent, à l’instar de l’entourage d’Ahmadinejad qui cherche à élargir tous les contacts possibles mais sans s’en remettre à une nation tierce.
Quoi qu’il en soit avec le second déplacement du Président iranien en Amérique du Sud et la réception brésilienne, les pays du Sud du globe s’enhardissent durablement.


Jean Vinatier

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Sources
:

1-
http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/KK26Ak02.html

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2009/11/23/003-Bresil-Iran-visite.shtml
http://fr.rian.ru/world/20091123/185551827.html
http://french.peopledaily.com.cn/International/6780762.html
http://mobile.france24.com/fr/20091123-lula-iran-solution-bresil-ahmadinejad-nucleaire
http://www2.irna.ir/fr/news/view/line-95/0911294519140820.htm
http://actualite.portail.free.fr/monde/29-11-2009/fuite-en-avant-iranienne-apres-les-remontrances-de-l-aiea/

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samedi 28 novembre 2009

Mistral sur les relations franco-russes ?- N°580- 3e année

Vladimir Poutine a passé deux jours en France, et a été à deux doigts de manquer le Président Sarkozy qui allait de Manaus à Trinidad poussé par le vent…un peu comme notre porte-hélicoptères, Mistral, sur la Neva amène un air chaud.
Philippe Grasset¹, qui suit avec une attention de vigie tout fait d’armement, a noté la quasi-indifférence de l’OTAN, des Etats-Unis et aussi de l’Ukraine, de la Pologne et de la Georgie, devant l’offensive commerciale de la France. Entre haussement d’épaules et soupirs, nul n’entendrait rien si l’Estonie ne s’était mise à hurler tel un yorkshire voulant autant impressionner qu’un bas-rouge ! Dommage pour ce pays balte, l’époque n’est plus à la dénonciation du rôle diabolique de la Russie mais plutôt à l’inverse, on ronronnerait presque ! Barack Obama ne souhaite qu’une chose, signer les accords Start-II, les Européens, faute d’avoir su écouter les propositions russes au profit des vitupérations des néo-conservateurs américains et d’être donc pieds et mains liés pour le gaz acheminé via la Russie, tendent une oreille aimable au Président Medvedev, auteur d’un projet de sécurité continentale. Il est donc regrettable que la nouvelle directrice de la Prospective du Quai d’Orsay soit la russophobe pardon la poutinophobe Marie Mendras.

C’est dans ce climat apaisé ou amorphe, au choix, que l’achat du porte-hélicoptères Mistral, intervient. Vladimir Poutine espère bien obtenir l’autorisation de transfert technologique. L’Elysée peut-il le refuser quand il l’accorde au brésilien Da Silva pour le Rafale ? Le transfert technologique n’est-il pas un petit problème quand on a plusieurs longueurs d’avance dans les brevets ? Naturellement, il faut négocier au plus serré pour obtenir plus et poser d’utiles jalons. En l’espèce, le oui ou le non de Nicolas Sarkozy dépendra de perspectives entre les deux pays. Si la France a toujours eu une attirance pour la Russie au point de s’y perdre en 1812, elle doit, aujourd’hui, tenir compte des appétits allemands. Paris ne peut rester en arrière quand Berlin avance à grands pas : le duopole franco-allemand, pour reprendre le juste mot, de
Jean-Marie Susbielle, s’il peine à toute audace en Europe, le contraint a plus de complémentarité envers la Russie et devrait susciter, demain, une action concertée en direction de la Turquie( Paris doit encore se faire pardonner sa désinvolture au moment de la venue du Président Abdulhah Gül en octobre)
Après tout, la Russie n’est-elle pas un dôme au-dessus de l’Eurasie et la Turquie « une route de la soie » ? On l’a compris, on ne peut faire l’impasse sur l’une ou l’autre.
Quoi qu’il en soit, la France via des ventes de matériel militaire, essaie de marquer des points dans des zones stratégiques importantes : en
Amérique du Sud (Brésil), dans la péninsule arabique (Koweït, EAU ?) et maintenant avec la Russie.
Sans le vouloir et porter par cette envie irrépressible d’être le premier partout ou de le faire croire, Nicolas Sarkozy entrouvre des voies qui le placent en contradiction avec ses idées « américanolâtres » On aurait grand tort de le lui reprocher parce qu’en l’espèce, il regonfle les voiles françaises.

Jean Vinatier

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Source
:
1-
http://www.dedefensa.org/article-le_mistral_souffle_meme_jusqu_a_saint-petersbourg_25_11_2009.html

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jeudi 26 novembre 2009

Edito : Dubaï, aujourd’hui, Shanghai demain ? -N°579- 3e année

L’annonce d’une éventuelle insolvabilité de l’émirat de Dubaï¹ a jeté le froid sur les marchés boursiers sauf celui de New York fermé pour cause de dinde festive. Et dire que tous les spécialistes affirmaient hier que la journée de jeudi serait calme !
Doit-on craindre le pire, un effet domino ? Sans doute pas, les Emirats Arabes Unis dont est Dubaï, ne laisseront pas sombrer cette ville, pas davantage les autres Etats de la péninsule même si les rivalités attisent les concurrences. N’oublions pas les fonds d’investissement régionaux en mesure de subvenir aux problèmes financiers de Dubaï.
En fait cet événement brutal nous rappelle que le monde garde toute sa fragilité sur le plan financier et le rêve des hommes a sa part de cristal. Portons nos regards en direction de Shanghai, ville aux espérances les plus folles au milieu d’une spéculation effrénée qui accueillera en 2010 l’exposition universelle. Si elle connaissait un accident similaire, l’onde de choc aurait des contrecoups d’une grande ampleur.
Quelle morale ? Rester humble et attentif. Si bien des œuvres humaines sont bâties à partir du sable, la vanité nous sert aussi, souvent, de ciment.

Jean Vinatier

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http://www.seriatimonline.com/2008/09/du-haut-de-la-burj-dubai-verra-t-on.html

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mercredi 25 novembre 2009

Strauss-Kahn contre Sarkozy, dés pipés–N°578- 3e année

Juste après son duo raté avec Harry Connick Jr, son nu retoqué à Drouot et par crainte de quolibets, Carla Bruni-Sarkozy hésite avant de commencer une tournée musicale, Dominique Strauss-Kahn lui plonge dans le bain médiatique français avec un plaisir certain. Les sondages portent haut et fort, le patron du FMI installé grâce au dynamisme de Nicolas Sarkozy ! Alors, Domnique Strauss-Kahn, un La Fayette de retour des Amériques ? Quel vent l’amène ?
D’abord, le petit cachottier, s’est fait adouber par le tout Washington au mois d’août dernier à Château Pomeaux dans le bordelais prés de Saint-Emilion comme le meilleur candidat possible pour 2012.
Son show est donc assez symptomatique de la décrépitude d’une partie de la classe politique française qui devient ni plus ni moins qu’une clientèle prête à tomber entre les mains d’une puissance. En tout cas, l’élection présidentielle de 2012 risquerait bien de voir s’affronter deux candidats soutenus complètement par les Etats-Unis, le premier Nicolas Sarkozy tendance Bush/Mc Cain, le second, Dominique Strauss-Kahn tendance Obama. Il va sans dire que les deux protagonistes démontreraient avec moult arguments qu’ils ne leur doivent rien.
Ce scénario n’a rien d’improbable. Certains diront leur effroi, d’autres leur indifférence lors de ce faux match. Sarkozy et Strauss-Kahn ne sont-ils pas complémentaires ? Les deux ne sont-ils pas fascinés par les rives de l’Hudson ?Les deux ne sont-ils pas des libéraux encouragés par des néo-libéraux/conservateurs ? Les deux n’ont-ils pas une revanche à prendre sur l’establishment parisien qui pourtant ne cesse de les applaudir ? L’américanisation à marche forcée de la France lancée à plein turbo en 2007 ne court pas le risque de ralentir même si des résistances sporadiques empêchent l’actuel Chef de l’Etat d’aller à grand galop.
Cherchez bien les oppositions entre les deux hommes, vous aurez du mal à en trouver sur le fond tant ils se confondent, la différence s’opérant seulement sur la forme. D’un côté, Dominique Strauss-Kahn, en chat replet, fin gourmet, souriant, affable et dragueur impénitent, de l’autre Nicolas Sarkozy, plutôt agité du bocal. Mais tout ceci n’est qu’une image. Or, l’image ayant l’importance que l’on sait, vous imaginez sans peine les scenarii merveilleux dignes de Sissi impératrice pour éblouir, attendrir le bon peuple le moment venu !
Cependant, le microcosme parisien tout entier à sa douceur de vivre, ferait bien, un instant de regarder par la fenêtre et entendre les colères françaises. La casquette de patron du FMI de Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui un atout, mais dans trois ans, en partant de l’hypothèse que la crise économique et sociale n’aura pas faibli, cette fonction ne deviendrait-elle pas un handicap ?
Quelle que soit la situation sociale française en 2012, la consigne semble claire de la part de différents lobbies et oligarchies, empêcher coûte que coûte que la France n’élise un candidat autre que le leur.
Heureusement, il y a quand même l’imprévu et le fait que peu de gens peuvent dire ce que sera le monde dans trois ans.
Français, vous êtes prévenus, la compétition de 2012 est déjà pipée….

Jean Vinatier

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mardi 24 novembre 2009

Luc Chatel veut supprimer l’histoire-géo N°577- 3e année

Jacques Sapir sonne le tocsin et il y a de quoi ! Le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, veut supprimer l’histoire-géo comme matières obligatoires en Terminale Scientifique.
Point n’est besoin d’écrire ici de longues lignes ce que dit Jacques Sapir tout honnête homme l’exprimerait, il suffit de cliquer, de faire passer et de contraindre le gouvernement à renoncer
:
http://www.marianne2.fr/Exclusif-Chatel-veut-supprimer-l-histoire-geo-en-terminale-S_a182876.html
Je viens de rédiger une pétition sur http://www.mesopinions.com (elle apparaîtra sous 48 heures)

Jean Vinatier

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Maka Kanté Benjamin Rosoux : « nous sommes doués de parole et de pensée » -N°576- 3e année

Le Monde a publié hier, le texte co-écrit par Maka Kanté et Benjamin Rosoux : le premier est en détention provisioire depuis plus d’un an, le second est sous contrôle judiciaire avec interdiction de regagner son domicile pour des faits qu’ils contestent. Et lisant cet article que vous trouverez ci-dessous, j’ai tout de suite pensé aux écrits des deux jeunes soldats, Bourdeaux et Humain, le soir de Noël 1773 cités par Claude Manceron dans le premier tome de la série, Les hommes de la liberté¹ :

« Humain est le plus grand de nous deux et moi, Bourdeaux, je suis le plus petit. Il est tambour-major du régiment de Mestre de camp général, et moi, je suis simplement dragon de Belzunce….Humain n’a que vingt-quatre ans ; pour moi, je n’ai pas encore quatre lustres accomplis….Aucune raison pressante, ne nous force d’interrompre notre carrière…mais le dégoût de la scène universelle ; la toile est baissée pour nous, et nous laissons nos rôles à ceux qui sont assez faibles pour vouloir les jouer encore quelques heures. Quelques grains de poudre viennent de briser les ressorts de cette masse de chair mouvante que nos orgueilleux semblables appellent le roi des êtres.
Messieurs de la justice, nos corps sont à votre discrétion, nous les méprisons trop s’inquiéter de leur sort….
La servante de cette auberge prendra mes mouchoirs de poche et de cou, ainsi que les bas que j’ai sur moi et autres linges quelconques. Le reste de nos effets sera suffisant pour payer les frais d’information et de procès-verbaux inutiles à notre sujet. ? L’écu de trois livres qui restera sur la table paiera le vin que nous avons bu. A Saint-Denis, ce jour de Noël 1773. Signé : Bourdeaux-Humain
»

A ce testament s’ajoutait un autre adieu celui de Bourdeaux à son officier, M. de Clérac :

« …Je crois vous avoir dit, plusieurs fois que mon état actuel me déplaisait…Je me suis examiné depuis plus sérieusement, et j’ai reconnu que ce dégoût s’étendait sur tout, et que j’étais également rassasié de tous les états possibles, des hommes, de l’univers entier, de moi-même ; il m’a fallu tirer une conséquence de cette découverte.
Lorsqu’on est las de tout, il faut renoncer à tout. Ce calcul n’est pas long ; je l’ai établi sans les recours de la géométrie ; enfin, je suis sur le point de me défaire du brevet d’existence que je possède depuis prés de vingt-ans, et qui m’a été à charge pendant quinze….
….Je ne dois d’excuse à personne. Je déserte, c’est un crime : mais je vais me punir, et la loi sera satisfaite….
….Adieu, mon cher lieutenant…Voltigez toujours de fleur en fleur et continuer d’enlever le suc de toutes les connaissances comme de tous les plaisirs…Lorsque vous recevrez cette lettre, il y aura tout au plus vingt-quatre heures que j’aurai cessé d’être, avec l’estime la plus sincère, votre affectionné serviteur.
»

Et deux siècles plus tard :

« Je suis Maka, j'ai 22 ans, je suis en détention préventive depuis le 23 février 2008. Je suis mis en examen pour "tentative d'homicide volontaire sur agents des forces de l'ordre" depuis le grand baroud policier qui avait suivi les émeutes de novembre 2007 à Villiers-le-Bel. Des centaines de jeunes ont affronté la police suite à la mort de deux adolescents, dans une collision avec un véhicule de police.
Je suis Benjamin, j'ai 31 ans, je suis sous contrôle judiciaire, mis en examen pour participation à "une association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste" suite aux opérations de police menées sur tout le territoire, notamment à Tarnac, en réaction aux sabotages simultanés de l'alimentation électrique de plusieurs voies TGV en novembre 2008.
Un Blanc. Un Noir. Cité du Val-d'Oise. Petit village de Corrèze. Parents immigrés africains de première génération. Classe moyenne de province. Diplôme universitaire. Déscolarisation précoce. Nos histoires se croisent au hasard d'une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque de la reproduction sociale.
Désertion des "possibilités" d'un plan de carrière universitaire et professionnel tout tracé. Désertion de la perspective de rejoindre la France qui se lève vraiment tôt, celle qu'on croise à 5 heures du soir dans le RER, celle qui nettoie la scène où la France qui compte se produira au grand jour.
Désertion en tout cas de cette France qui expulse, qui parque, qui discrimine, qui classe, ordonne, juge et enferme toujours selon la classe, la race, le "patrimoine". Nous nous sommes trouvés dans une petite cour de promenade humide et glauque de la prison de Fresnes, de sinistre réputation. A l'ombre des barbelés, les pieds dans l'urine des rats. Un an déjà s'est passé depuis notre rencontre et le système judiciaire n'a pas manqué de manifester sa véritable nature : un système qui fixe au jour le jour les critères de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas au bénéfice, le plus souvent, des classes dominantes de cette société. Face à ce système, et pris dans le viseur d'un gouvernement qui ne cesse de mettre la vieille tradition réactionnaire française au goût du jour, nous endossons chacun la défroque d'une figure de l'ennemi intérieur nouvelle vague.
On comprend bien l'acharnement que met ce gouvernement - appuyé en cela par la plupart des médias - à faire de nous, chacun à sa façon, les plus terribles portraits, "barbares", "inconscients", "ultra-violents", "anarcho-autonomes", "racailles" et toutes sortes d'autres outrances langagières. On sent aussi à quel point ce que l'on conjure à tant nous calomnier c'est la crainte que ces figures soient finalement plus désirables que les figures officielles de la réussite et de l'intégration.
Et elles le sont sans aucun doute... Le jeune diplômé qui crache dans la soupe de l'Occident triomphant et ne compte pas en rester là ; le jeune fils d'immigré qui refuse de rempiler dans les fonctions de larbin qu'on a toujours massivement réservées à ceux de sa couleur.
Notez que, même aux rangs des ennemis intérieurs désignés, la couleur de peau et l'extraction font encore une terrible différence. La "société civile", les médias s'émeuvent beaucoup moins du sort de quelques jeunes "indigènes" aux prises avec une police galvanisée que lorsqu'il s'agit de rejetons de la classe moyenne blanche - socle politique de ce pays. Et les magistrats ont toujours la main plus lourde.
Nous nous sommes retrouvés là, l'un et l'autre, sur foi de réquisitoires aussi peu fondés l'un que l'autre, où le bon vieux "témoignage anonyme", pour ne pas dire "délation crapuleuse", dispense opportunément de la "charge de la preuve"... Pris dans de véritables affaires d'Etat où les enjeux politiques dépassent largement le sort particulier de nos petites personnes, voire s'en balancent, au profit d'enjeux électoraux, de compétition des services de renseignement et de police, de politiques de communication policières et ministérielles.
Nicolas Sarkozy avait dit, avant même son élection à la tête de l'Etat, toute sa crainte d'une "jonction" - jamais advenue - entre le mouvement des universités contre le contrat première embauche (CPE) et les différentes vagues de révoltes de la jeunesse de banlieue, ce n'est pas le moindre des paradoxes que ce soit sa politique de répression elle-même qui nous fasse nous rencontrer. Il n'y a jamais eu meilleur catalyseur que l'épreuve d'une hostilité commune pour passer des frontières qui étaient parfois apparues infranchissables. La simple juxtaposition de nos deux histoires éclaire le présent d'une lumière plus crue. Nous pensons que notre rencontre n'est pas qu'une anecdote sympathique. Elle nous a paru à tous deux préfigurer ce qui doit arriver, ce qui, comme peu d'autres choses, indique une sortie du marasme politique du présent.
Si nous prenons la parole aujourd'hui, c'est qu'il est temps d'en finir avec l'habituel fatalisme qui entoure ceux qui sont pris dans les rouages de la justice et qui n'ont d'autre horizon que le broyage pénitentiaire. Nous ne sommes pas des épouvantails, nous sommes doués de parole et de pensée et nous comptons bien en faire usage envers et contre tout étouffement.
Fin octobre a été prononcé un non-lieu pour les policiers qui étaient à bord du véhicule qui a provoqué la mort de Larami et Moushin. Il n'y aura pas de procès. Dans le même temps, on annonce le renvoi aux assises des quatre personnes soupçonnées, sans preuves, d'avoir participé aux tirs contre les forces de police pendant les émeutes. Tout semble annoncer un procès expiatoire.
Il s'agira de faire un exemple pour toute la jeunesse révoltée de ce pays : "N'espérez même pas pouvoir vous défendre ! Nous jouissons de l'impunité totale, vous risquez des peines énormes. Vous êtes pieds et poings liés", semblent hurler tous les pouvoirs réunis en une seule et même chorale infernale. Et nous n'avons pas fini de l'entendre : le 27 octobre avait lieu à Clichy-sous-Bois une commémoration de la mort de Zyed et Bouna dans un transformateur électrique lors d'une course-poursuite avec la police en 2005 ; ce même jour les policiers ont déposé une plainte contre Muhittin, seul survivant du trio d'adolescents, aujourd'hui majeur, pour "non-assistance à personne en danger".
Je suis Benjamin, je suis resté à peine trois semaines en détention. Comme mes co-mis en examen je suis depuis onze mois sous contrôle judiciaire strict avec l'interdiction de rentrer chez moi. Je cherche à faire que ce temps volé par l'appareil judiciaire ne soit pas un temps mort.
Je suis Maka, comme mes co-mis en examen je suis depuis vingt mois en détention "préventive", et placé à l'isolement. Je lis, j'écris, j'aiguise ma compréhension de ce monde et de la place qui nous y a été dévolue ; je fais ma révolution dans 9 mètres carrés.
Nous ne sommes que deux exemples parmi tant d'autres que nous ne pouvons tous citer ici. L'année 2010 devrait voir de nouveaux rebondissements dans nos deux "affaires". Elles sont toutes deux emblématiques de la guerre totale que mène ce gouvernement contre tout ce qui ne se soumet pas à son idéal glacé et policé. Nous pensons que ces victoires ne leur sont pas assurées.
Nous savons que nous sommes toujours plus nombreux, de tous horizons, déterminés à ne pas les laisser marcher sur nos têtes. Il faut que ces "épisodes" judiciaires soient aussi pour chacun l'occasion d'une prise de parti dans l'époque. Rester silencieux en de telles circonstances revient à tenir le manche de la pelle qui s'évertue à vouloir nous enterrer vivants.
Maka Kanté a été mis en examen et incarcéré pour les émeutes de Villiers-le-Bel ;
Benjamin Rosoux a été mis en examen dans l'"affaire de Tarnac". »²

Benjamin et Maka n’ont pas l’intention de renoncer mais de se battre et c’est tout à l’honneur du Monde que de permettre aux Français de prendre davantage conscience des dangers qui s’avancent à grands pas contre nous. Rien n’est plus dangereux qu’un régime effrayé par la jeunesse et qui scénarise, tranforme des conjurations, des révoltes afin d’épouvanter toute la nation.


Jean Vinatier

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Sources:

1- in Tome1, « Les vingt ans du Roi, 1774-1778 », Paris, Robert Laffont, 1972, pp.18-19,

2-
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/23/villiers-le-bel-tarnac-fallait-pas-nous-mettre-dans-la-meme-prison-par-maka-kante-et-benjamin-rosoux_1270865_3232.html



In Seriatim :

Harold Pinter
http://www.seriatimonline.com/2008/12/harold-pinter-le-mal-qui-ronge-en.html

Albert Camus :
http://www.seriatimonline.com/2009/09/albert-camus-democratie-et-dictature.html

Stig Dagerman
http://www.seriatimonline.com/2009/10/dagerman-la-liberte-commence-par.html

Pier Paolo Pasolini
http://www.seriatimonline.com/2008/11/pier-paolo-pasolini-les-jeunes-sont.html

Et aussi:
http://www.seriatimonline.com/2008/11/france-ultra-gauche-et-terrorisme.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-marciac-ou-les-enfants-tromps.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-du-parthnon-la-bastille.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-de-la-nuit-des-coles-laube.html

http://www.seriatimonline.com/2008/12/de-la-police-nationale-la-scurit-prive.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/edito-le-dtenu-est-un-citoyen.html
http://www.seriatimonline.com/2009/04/edito-medecins-et-universitaires.html
http://www.seriatimonline.com/2009/05/edito-un-enseignant-opj-pour-chaque.html
http://www.seriatimonline.com/2009/06/1989-de-la-baltique-la-mer-de-chine-le.html


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lundi 23 novembre 2009

Albert Camus : son discours de Stockholm en 1957 –N°575-3e année

« Sire, Madame, Altesses Royales, Mesdames, Messieurs,En recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m'honorer, ma gratitude était d'autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels. Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m'a pas été possible d'apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d'une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l'amitié, n'aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d'un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d'une lumière crue ? De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l'heure où, en Europe, d'autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ?

J'ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m'a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m'égaler à lui en m'appuyant sur mes seuls mérites, je n'ai rien trouvé d'autre pour m'aider que ce qui m'a soutenu tout au long de ma vie, et dans les circonstances les plus contraires : l'idée que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d'amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.

Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et s'ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.

Le rôle de l'écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d'hommes ne l'enlèveront pas à la solitude, même et surtout s'il consent à prendre leur pas. Mais le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence, et à le relayer pour le faire retentir par les moyens de l'art.

Aucun de nous n'est assez grand pour une pareille vocation. Mais dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte, autant qu'il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression.

Pendant plus de vingt ans d'une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j'ai été soutenu ainsi : par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m'obligeait particulièrement à porter, tel que j'étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l'espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s'installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui furent confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d'Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l'univers concentrationnaire, à l'Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd'hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes. Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire.

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. Il n'est pas sûr qu'elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l'occasion, sait mourir sans haine pour lui. C'est elle qui mérite d'être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C'est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l'honneur que vous venez de me faire.

Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d'écrire, j'aurais remis l'écrivain à sa vraie place, n'ayant d'autres titres que ceux qu'il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, sans cesse partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu'il essaie obstinément d'édifier dans le mouvement destructeur de l'histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain, dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent, dans le monde, la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.

Ramené ainsi à ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer pour finir, l'étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m'accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n'en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence.

Albert Camus »


Jean Vinatier

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Source :
http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech-f.html
http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech-e.html (en anglais)

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dimanche 22 novembre 2009

Albert Camus et le Président -N°574- 3e année

Le Président de la République accueillera-t-il Albert Camus au Panthéon ? L’idée, à peine lancée, suscite les remous et les divisions. Les critiques ne concernent pas Albert Camus, Prix Nobel de Littérature dont nul ne conteste le talent et les combats qu’il mena tout au long de sa courte vie mais les motivations de Nicolas Sarkozy.
C’est, je crois, une première en France de voir un Chef d’Etat auquel il serait dénié la capacité à proposer tel ou tel homme ou femme illustre pour entrer au Panthéon. Le futur marquis de Pastoret et Président de la Chambre des Pairs donnait, à la tribune de l’assemblée constituante en 1791 une définition fort simple du monument
:
«…..Que le temple de la religion devienne le temple de la patrie, que la tombe d'un grand homme devienne l'autel de la liberté »
Avec une telle maxime, tout Chef d’Etat, dés lors qu’il se conforme à la Constitution en vigueur n’est-il pas capable d’avancer un nom puis d’avoir l’accord de la famille ? La République ne contesta pas les refus des familles de Charles Péguy et de Romain Rolland.
Jean Camus, à la différence de sa sœur plus hésitante, refuse le transfert parce qu’il craint une récupération politique : Mais la panthéonisation ne l’est-elle pas ?
Dans les années 1780, Louis XVI et ses ministres réfléchirent à citer en exemple les hommes les plus fameux de l’histoire de France, inaugurant ainsi, le culte des grands hommes ; démarche d’abord reprise lors de la création du Panthéon avant que la IIIe République ne lui confère une place centrale afin de fonder sa mythologie et son culte.
Le Panthéon est à bien des égards une nécropole où l’esprit des meilleurs, protégeraient la nation contre tous les malheurs telle la châsse de Sainte-Geneviève assurant la protection de Paris.
Le problème n’est pas de juger la capacité de Nicolas Sarkozy à appeler Albert Camus dans le temple républicain sous prétexte qu’il voudrait séduire les pieds-noirs à la veille des régionales, jouer un vilain tour à la gauche et s’ennoblir par ce geste mais de savoir si la nation est encore en mesure de comprendre l’importance de cette cérémonie?
Si les plus opposés à ce transfert appréhendent que Nicolas Sarkozy s’approprie la dépouille d’Albert Camus, qu’ils soient rassurés : Cet auteur humaniste gardera toute sa dimension, son œuvre est son testament, sa force, le Chef de l’Etat n’y peut rien ! Dans le même ordre affirmer qu’Albert Camus refusait les honneurs est inexact : n’a-t-il pas accepté le Prix Nobel de la Paix et sa remise, selon l’usage, par le roi de Suède, Gustave VI Adolphe en 1957 ? Qui a douté de la qualité intellectuelle du souverain ? Personne.
En panthéonisant Albert Camus, Nicolas Sarkozy s’oblige, à moins de tout fausser, de mentir, à tracer le portrait d’un homme et de sa philosophie, quitte à apparaître en héros absurde, personnage si présent dans les écrits du nobélisé. Le Chef de l’Etat en tirerait une vanité ? Laissons-là-lui !
Dans cet instant, c’est à la grandeur de la France qu’il faut penser pas à autre chose : Haussons-nous ! L’identité nationale étant sur toutes les lèvres, les Français feraient bien de relire notamment, ses articles parus dans
Combat dont l’extrait ci-dessous, de sortir de leur avachissement et ce qu’Albert Camus entre ou pas au Panthéon:
« Il est possible, en tout cas, de répondre une nouvelle fois, et pour finir, à l’accusation d’utopie. Car, pour nous, la chose est simple : ce sera l’utopie ou la guerre, telle que nous la préparent des méthodes de pensées périmées. Le monde a le choix aujourd’hui entre la pensée politique anachronique et la pensée utopique. La pensée anachronique est en train de nous tuer. Si méfiants que nous soyons (et que je sois), l’esprit de réalité nous force donc à revenir à cette utopie collective. Quand elle sera rentrée dans l’Histoire, comme beaucoup d’autres utopies du même genre, les hommes n’imagineront plus d’autre réalité. Tant il est vrai que l’Histoire n’est que l’effort désespéré des hommes pour donner corps aux plus clairvoyants de leurs rêves. »¹

Jean Vinatier

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1-
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vendredi 20 novembre 2009

Union européenne : en avant halte ?–N°573-3e année

Les choix du Belge Herman Van Rompuy pour la présidence du Conseil européen et de la Britannique la baronesse Catherine Ashton de Upholland aux fonctions de Haut représentant pour les Affaires Etrangères et la Sécurité seraient, d’après les commentaires, une déception !
Mais de quelle déception nous parle-t-on ? Le traité de Lisbonne, qui entrera en vigueur le 1er décembre prochain, pouvait-il, par miracle, décider les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 de choisir à ces 2 postes emblématiques des personnalités remarquables ? Que nenni ! Les citoyens européens resteront, eux, bouché bée et hausseront les épaules.
Cette New Europe est d’abord le résultat fait par trois pays voire 4 avec l’Italie, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et non des 27 : bravo la collégialité !
Nicolas Sarkozy voulait
Tony Blair comme premier président du conseil européen mais le tollé suscité par cette candidature a été si fort qu’il a du rebrousser chemin non sans toutefois insister pour qu’un britannique ait un poste. Pourquoi ? Michel Barnier devrait recevoir le commissariat pour le marché intérieur mais Londres, justement, pose beaucoup de conditions et mène campagne pour que le domaine financier sorte des compétences de ce futur commissariat : La City ne veut pas d’un français dans ce domaine !
Résultat des courses, Gordon Brown impose une apparatchik travailliste, la baronesse Ashton actuelle titulaire du commissariat au commerce mais sans avoir rassuré pleinement Nicolas Sarkozy. Il est assez extraordinaire que le Royaume-Uni qui refuse l’euro et l’espace de Schengen fasse la pluie et le beau temps et emporte le jackpot en faisant d’une anglaise la porte-parole de la politique étrangère de l’Union. Ce choix fait fi de la possible défaite des travaillistes au printemps 2010 et du retour des conservateurs annoncés comme europhobes. Bien malin est celui qui distingue parmi les partis anglais les europhobes, des eurosceptiques !
Pour la présidence du conseil européen, la chancelière allemande, Angela Merkel gardait, sous la main le Premier ministre luxembourgeois, Jean-claude Junker. L’hostilité de Paris a fait avorter ce choix qui eut été excellent. Que reproche le Président français à M. Junker ? D’être à la tête d’un paradis fiscal (le City ne l’étant pas ?) et d’avoir un caractère trop entier ! Finalement, Berlin et Paris ont opté pour le nom de l’actuel Premier ministre belge, Herman van Rompuy lequel par son départ risque de provoquer une nouvelle instabilité dans le royaume.
Au terme de multiples tractations, de gesticulations et de conciliabules, voilà quel sera le visage de l’Europe du traité de Lisbonne : un président choisi pour 2 ans et demi (2010-juin2012), un Haut représentant nommé pour 5 ans jusqu’en janvier 2015. Si Herman Van Rompuy a un parcours d’élu national, la baronesse vient du parti travailliste et du sérail de l’administration bruxelloise avec une fidèlité aux idées de Peter Mandelson et de Tony Blair même si elle a pu ici et là annoncer quelques désaccords. Cette Europe, pas plus que du temps du piètre Javier Solana, ne sera considérée comme une grande puissance des Etats-Unis à la Chine en passant par le Brésil et l’Inde.
Dans cette affaire l’activisme français ne débouchera – et c’est malheureux – sur rien de positif, le plus urgent étant qu’aucune personnalité ne vienne faire de l’ombre au Président de la République. Pourquoi Angela Merkel s’est-elle inclinée ? Tout simplement au nom des stricts intérêts de son pays, elle a compris comment fonctionnait Nicolas Sarkozy.
Elle lui prodigue des tas d’amabilités pour avoir la paix et la laisser renforcer l’Allemagne sur tous les marchés émergents, développer les partenariats avec la Russie et l’Europe centrale. C’est à Londres que l’on doit le plus pouffer devant ces continentaux éparpillés et inconséquents. Le gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté ne varie pas, il trace sa voie, « never explain, never complain…. »
Ainsi craint-on que l’Union européenne représentée par van Rompuy et Ashton sous la surveillance de l’homme de maison Barroso,ne fasse pas le poids vis-à-vis du monde en général et du B.R.I.C en particulier bien que l’on souhaite, en secret, le contraire!

Jean Vinatier

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Football : main de vilain –N°572-3e année

Au terme d’un match décevant, lors des prolongations, la main du capitaine de l’équipe de France, Thierry Henry a décidé de la victoire des Bleus sur les Verts d’Irlande. Cette main de trop vue par l’équipe irlandaise, les spectateurs du stade et les téléspectateurs fait le tour du monde soulevant l’indignation, mettant l’équipe de France à l’index ! Les Irlandais appellent à faire rejouer le match quand du côté Français, on reste silencieux. Raymond Domenech ne comprenant pas en quoi l’équipe serait coupable puisque l’arbitre n’a rien remarqué, il annone : « on a suffisamment souffert…. on a suffisamment bataillé….la seule chose qui compte…. c’est l’émotion,…. faire la fête, on est qualifié »
Si Raymond Domenech n’a pas tort sur le fond, sur la forme les conséquences sont catastrophiques d’autant plus que le Chef de l’Etat, sans être au courant de la polémique, l’a félicité. Le football est présenté comme un sport sans tache avec des joueurs sans failles, ni faiblesses et le sens de l’éthique. Les joueurs de football ont zéro défaut, des mœurs parfaites, une discipline de vie digne des spartiates…telle est l’histoire que l’on nous raconte…
Que vont penser les jeunes de tous les milieux en notant que pour gagner la faute n’est plus un obstacle ? Le ballon rond sert de référent à un grand nombre de catégories sociales quel que soit le revenu. Peut-on fermer les yeux sur une faute lors d’un jeu et ne pas sévir quand elle survient dans la vie de tous les jours ? Nous avons un gouvernement qui prône la morale à tout bout de champ, qui profite du moindre incident ou faute pour instituer un nouveau fichier, le sport ferait-il exception ?
Il revient à la Fédération Française de Football d’accepter que le match soit rejoué. N’oublions pas que le même jour le match Algérie/Egypte a déchaîné des enthousiasmes plus grands parmi les jeunes français « de fraîche date » -comme on dit avec ironie- que celui d’Irlande/France. Peut-on applaudir une équipe qui l’emporte péniblement au-delà de la durée normale via une faute de main ? Non. Et les jeunes français qui crient vive l’Algérie plutôt que vive les Bleus annoncent que nous ne sommes pas dans une union nationale, l’identité nationale quant à elle, vole , en éclat !


Jean Vinatier

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mercredi 18 novembre 2009

Palestine emmurée : une réserve indienne ? –N°571- 3e année

Quand le monde dit libre apprend une mauvaise nouvelle depuis la Palestine, il est toujours consterné mais est-il surpris ?
Il ne fallait pas s’en remettre à Nostradamus pour découvrir, aujourd’hui, que l’Etat israélien lancerait une vague de constructions à Gilo dans la périphérie de Jérusalem-Est et encouragerait le développement de nouvelles colonies. Les propos d’Hillary Clinton puis ceux du Président Obama au moment de recevoir Benyamin Nétanyaou ne pouvaient qu’assombrir l’horizon des Palestiniens.
Face à ces nouveaux obstacles qui « remettent en cause » les pourparlers de paix, Mahamoud Abbas a informé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat et qu’il soumettrait à l’ONU l’approbation de la naissance de l’Etat palestinien ! Le gouvernement de Tel-Aviv a aussitôt indiqué qu’il ne le permettrait pas, donnant dans la foulée une liste de tous les inconvénients qu’il susciterait alors aux Palestiniens. Si quelques hommes avaient des illusions sur les discours israéliens, les masques tombent comme jamais et le Congrès américain a rejeté les conclusions du diplomate onusien Goldstone !
Mais ce bruit ne risque pas de perturber le cours des relations internationales. Les Palestiniens devront rester sagement dans des portions de territoire de plus en plus réduites et clairsemées, ni l’Union européenne, ni les Etats-Unis, ne feront quoi que ce soit qui agacerait Israël. Les pays arabes, fidèles à eux-mêmes se lamenteront sans offrir un front uni.
L’histoire de la Palestine est un drame que personne ne veut arrêter et pourquoi le ferait-on puisqu’il ne gêne quiconque : ni la morale internationale, ni les principes de liberté. Si les Palestiniens avaient, au moins, du pétrole, du gaz ou bien des terres rares, leur richesse potentielle servirait leur cause ; mais là, rien, ils n’ont qu’une terre de bergers !
Voilà l’étouffement d’un peuple : un mur odieux, une colonisiation méthodique, cruelle et malheureusement pour eux, leur classe politique corrompue quand elle n’entre pas dans des disputes sans fin qui provoquent violences et des bains de sang.
Israël brandit toutes ses menaces la conscience parfaitement tranquille, en ironisant sur les dirigeants européens et américains. C’est un grand tort qu’aucun chef de gouvernement du monde Atlantique ne sache pas taper du poing sur la table mais encore faudrait-il que nos soldats ne soient pas entrain de guerroyer en Asie. Pourquoi Israël devrait-il ralentir ses projets d’extension territoriale alors que nous ne pensons qu’à nous étendre via l’OTAN en Afghanistan ? Ne sommes-nous pas là-bas au nom de la démocratie pour l’inculquer à des tribus belliqueuses et tâcher de les vassaliser? Mettons-nous à la place de la classe politique israélienne, ne voit-elle pas que nous étouffons comme eux une population ? Pourquoi devrait-elle y renoncer ? Ne menons-nous pas le même combat ? Israël nargue le monde comme nous !
La Palestine disparaitra-t-elle ? Rassurez-vous, une réserve indienne perdurera son souvenir. Et c’est très gentil un Indien, ça dit bonjour aux visiteurs !



Jean Vinatier


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mardi 17 novembre 2009

Obama et la Terre du Milieu-N°570-3e année

A peine remis des propos du Premier ministre japonais au sujet de l’extension de la base américaine située sur l’île d’Okinawa, le Président Obama comptait sur un climat tempéré en Chine ou Terre du Milieu, manque de chance il fut quasi glacial.
A sa descente d’avion à Shanghai, au lieu de son homologue chinois, Hu Jintao, c’est Xi Jinping, simple membre du secrétariat central du parti qui lui fit faire les premiers pas et la conférence de presse pékinoise entre Obama et Jintao ne brillât guère par la chaleur. Décidément il ne fait pas bon d’être un débiteur américain allant à la rencontre de son créancier !
Quoi qu’il en soit, les sujets de contestation ne manquent pas entre les deux pays. Ainsi, Pékin a-t-il vu d’un très mauvais œil les visites de diplomates américains au Myanmar et n’apprécie pas l’ambition de Washington de vouloir contrôler le port pakistanais de Gwadar par lequel transiterait le gazoduc Inde-Pakistan-Iran! Dans les deux cas, la Chine les considère comme relevant de son voisinage proche.
Au-delà de ces exemples de frictions d’affaires extérieures, la Chine réitère ses critiques sur le plan économique contre le protectionnisme qui tente une partie du monde dont les Etats-Unis quand le face à face dollar-yuan attise les tensions nerveuses des deux puissances. Si des deux côtés du Pacifique, on reste en chiens de faïence, on s’envoie, néanmoins, des messages peu amènes : les autorités pékinoises fustigent la politique monétaire menée par la FED qui laisse, comme l’écrit la journaliste Isabelle Croizard, «
filer le billet vert en encourageant le carry trade, les stratégies de portage consistant à jouer sur les écarts de rendements, par le maintien de taux d’intérêt égal ou presque à zéro », en échos les Américains répliquent en exigeant une réévaluation du yuan. De cet assaut verbal que peut-il en résulter ? Du côté américain, les marges de manœuvre ne sont plus grandes tant la défiance s’installe envers lui alors que l’Asie tient entre ses mains la majeure partie des cartes. Sur le plan monétaire, la Chine et le Japon réfléchissent discrétement depuis quelques temps à la création d’une monnaie commune, projet souligné par l’économiste Joseph Leddet dans son bon article publié dans La Tribune « Monnaies : à quand la création du "yan" » ?¹
Si les projets d’unions étatiques à l’échelle continentale font leur chemin en prenant pour exemple le modèle européen, il en va de même pour la monnaie. Ce mouvement est logique même s’il promet des difficultés énormes avant d’aboutir. Ainsi, les pays de la péninsule arabique sont-ils à deux doigts d’y parvenir mais ils tergiversent. On devine les fronts perlés des financiers américains en regardant comme acquises les négociations sino-japonaises pour arriver à faire une monnaie commune : Pékin et Tokyo ne sont-ils pas les banquiers de Washington ? On ferait une grosse erreur, cependant, si l’on croit que le but poursuivi par la Chine serait de mettre à mort les Etats-Unis, elle ne veut que s’épanouir harmonieusement…. Pour certains ce vœu est pire que tout !
Le Président Barack Obama ne gardera pas un souvenir heureux de son déplacement parmi les dirigeants de la Terre du Milieu, n’y a-t-il pas subi la supplice de la goutte d’eau ?

Jean Vinatier

Sources :

1-
http://www.latribune.fr/opinions/20091116trib000443937/monnaies-a-quand-la-creation-du-yan-.html

http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2009/11/olivier-debouzy-lind%C3%A9cision-et-linefficacit%C3%A9-de-la-politique-dobama.html#more


In Seriatim :
Chine une sélection d’articles :

http://www.seriatimonline.com/2009/10/kissinger-chine-et-japon-semancipent.html
http://www.seriatimonline.com/2009/07/chineetats-unis-deux-anses-pour-un-vase.html
http://www.seriatimonline.com/2009/07/de-wall-street-shanghai-le-chant-du.html
http://www.seriatimonline.com/2009/04/chine-labordage-du-fmi.html
http://www.seriatimonline.com/2008/12/chineetats-unis-nous-nous-tenons-par-la.html
http://www.seriatimonline.com/2008/08/la-chine-aux-jo-le-dragon-et-le-phnix.html
http://www.seriatimonline.com/2007/09/entre-chine-et-inde-le-myanmar.html


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lundi 16 novembre 2009

A la Saint-Martin, la moutarde monte au nez -N°569- 3e année

Deux semaines auparavant nous avions assisté aux multiples déchirures à l’intérieur de la majorité présidentielle, cette fois-ci à Dijon des ténors de la gauche se sont quasiment « giflés » en public. Pas de doute, nous sommes encore dans la saison chaude ou été de la Saint-Martin. Les joutes verbales entre Vincent Peillon et Ségolène Royal ont montré que les blessures n’étaient en rien cicatrisées depuis la dernière élection présidentielle et la campagne pour le secrétariat général du PS.
Alors que les colères montent depuis les élus locaux contre la seule suppression de la taxe professionnelle, de la gauche à la droite, tout l’échiquier politique vacille sur ses fondations. Comment les Français ne soupireraient-ils pas en écoutant Christine Lagarde, l’Américaine de Bercy, dire qu’en réformant cette taxe, le gouvernement n’allait pas organiser les féodalités ? Pour l’heure le seul féodal qui grandit sur la scène nationale est bien Nicolas Sarkozy.
Les procès
Clearstream et Angolagate ont mis à nu toutes les combinaisons et toutes les mœurs des hommes politiques. Le pauvre Charles Pasqua qui tonnait si fort depuis quelques jours n’a accouché que d’une souris suite aux retrouvailles Chirac/Sarkozy. Cet élan de l’actuel Président vers son prédécesseur indique, semble-t-il, que si Nicolas Sarkozy a bien des fusils, c’est l’ancien député de Corrèze qui a les culasses !
Au sommet de l’Etat, le Président s’époumone à s’extirper des sables mouvants où il s’est mis, frisant le coup de sang et quoi qu’il fasse, l’opinion se lasse de ses mouvements qu’elle estime désordonnés, répétitifs et sans suite.
Les rues sont calmes mais l’échauffourée du Champs de Mars a montré que la police en dépit des discours virils du ministre de l’Intérieur ne tenait pas complètement la rue tout comme elle avait été surprise, le mois dernier à Poitiers.
S’étonne-t-on que le gouvernement tienne au débat sur l’identité nationale,
cette boîte de Pandore ? Nous sommes les seuls de l’Union européenne à avoir proposé cette thématique : allons-nous comme au XVIIIe siècle nous interroger sur les origines et nous fabriquer une Antiquité, un Moyen-Âge, à opposer les Gaulois (peuple) aux Francs (noblesse) ? La population française loin de s'adoucir, s’énerve et s’agace de ces questions incessantes qui désorganisent sa vie quotidienne sans améliorer son ordinaire. Les députés ne s’en préoccupent pas : l’un veut légiférer sur la fessée, d’autres suggèrent que les anciens condamnés se fassent connaître auprès des maires sans oublier Eric Raoult qui s’imagine censeur des auteurs !
C’est bien toute la France qui s’irrite et concocte, comme elle en a le secret, de futures grandes querelles et invectives. Peut-on lui donner tort avec un gouvernement qui s’engueule en public, quand deux Premiers ministres (Fillon, Jospin) se jettent le gant ? Quels sérieux les partis politiques ont-ils encore ? Les
Verts ces algues toxiques voient, par contre-coup, leur popularité croître : est-ce réjouissant ?
Nous sommes au début de bien grands maux dans le vide intellectuel le plus complet !


Jean Vinatier

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vendredi 13 novembre 2009

Jean Sévilla : Le dernier empereur, Charles Ier d’Autriche 1887-1922 –N°568-3e année

Jean Sévilla, journaliste au Figaro est l’auteur de plusieurs ouvrages dont une biographie remarquée sur Zita la dernière impératrice d’Autriche-Hongrie publiée en 1997. Il propose, aujourd’hui, de sortir de l’oubli l’époux de Zita, Charles Ier de Habsbourg petit-neveu et successeur de François-Joseph sur le trône impérial de 1916 à 1918.
Charles Ier eut une vie courte, empereur à vingt-neuf ans, exilé à 31 ans, il mourut à 35 ans dans l’île de Madère où sa foi chrétienne intense, généreuse et ouverte l’aida à surmonter le dénuement matériel.
Lorsque le jeune archiduc succède au milieu de la Première guerre mondiale, en novembre 1916 à François-Joseph, pouvait-il sauver l’empire austro-hongrois ? Personnage effacé, timide et nous dit son biographe
« quelque peu naïf », il montra, une fois empereur, une ardeur au travail qui ne cesse de nous étonner. Le jeune souverain passa autant de temps en deux années de règne à réformer l’empire qu’à visiter les champs de bataille et à être parmi les soldats. Jean Sévilla souligne dans d’instructifs chapitres les défis complexes qui se présentaient à lui.
Charles Ier ne réussit pas à amener Paris, Londres et Rome à la table des négociations, pas davantage il ne parvint à se défaire de l’étreinte allemande. On suit avec attention toutes les tractations menées en 1917 par les beaux-frères de l’empereur, les princes Xavier et Sixte de Bourbon-Parme qui n’aboutirent pas, mais de peu. L’austrophobie dominait davantage bon nombre de politiques français et italiens que le simple bon sens. Jean Sévilla indique fort justement que George Clemenceau qui fut un ami de l’archiduc Rodolphe (Mayerling), n’était pas le plus hostile à Vienne.
Sur le plan intérieur, le souverain essaya de regrouper autour de lui la plupart des partis politiques d’alors mais sans réussir à constituer un gouvernement d’union nationale. Plus la guerre durait, plus les républicains autrichiens et tchèques gagnaient du terrain, ces derniers bénéficiant du soutien actif d’universitaires français. La transformation, dans les ultimes semaines de l’empire en Etat fédéral arrivait trop tard. Octobre 1918 fut le mois maudit pour Charles Ier : les peuples quittaient l’auguste dynastie pour former leur propre Etat. L’empereur qui n’abdiqua pas, devint un paria.
Installé en Suisse, il ne songea qu’à reconquérir le trône de Hongrie entre les mains de l’ancien aide de camp de François-joseph, Horthy : Personnage singulier que cet amiral sans flotte et régent d’un royaume sans roi ! Charles Ier n’avait-il pas ceint la couronne de Saint-Etienne le 30 décembre 1916 sous le nom de Charles IV ? Par deux fois, en mars et octobre 1921, l’ex-empereur tenta de revenir au pouvoir. Il échoua faute d’une bonne préparation. Expulsé de Suisse, le Portugal consentit à l’accueillir à Madère où il passa les derniers mois de sa vie.
En 2004, l’empereur Charles Ier fut déclaré Bienheureux par le Pape Jean-Paul II dont le père -Polonais de Galicie - avait servi comme capitaine dans l’armée impériale.
Dans cette biographie, Jean Sévilla a tracé un portrait de l’empereur Charles Ier qui n’est pas du tout hagiographique. Ce dernier souverain est la personne la plus attachante de cette sanglante période, dépassant de loin en intelligence, par exemple, Guillaume II et Nicolas II.
Si nous prenons le temps de réfléchir, l’empire austro-hongrois n’était-il pas, à la fois en retard sur son époque violemment nationaliste et en avance sur le temps : comment l’Europe se serait construite si l’empire avait perduré ? Cet ensemble danubien qui regroupait tant de peuples et de religions n’aurait-il pas été un cas d’école pour l’Unon européenne ?


Jean Vinatier

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Source :

Jean Sevilla : Le dernier empereur, Charles d’Autriche 1887-1922, Ed Perrin Paris, 2009

Site de l’auteur :

http://www.jeansevillia.com/

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Japon : Obama face à un Soleil Levant-N°567-3e année

Le Président Obama débute un voyage officiel au Japon dans un climat plutôt morose. Si le Président américain laisse derrière lui les ennuis intérieurs (défaites des démocrates dans le New Jersey, en Virginie et la très courte victoire à Chambre des Représentants pour la réforme de la santé), il en a d’autres sur ses pas dont le Japon qui figure, désormais au premier plan de ses préoccupations. Le Pentagone y dispose de 134 bases militaires et demandait comme une formalité d’en ajouter une autre à Okinawa. Le nouveau Premier ministre japonais Hatoyama a pratiquement opposé une fin de non-recevoir surprenant Washington. Le déplacement du Secrétaire d’Etat à la Défense, Robert Gates n’y changea rien d’autant plus que celui-ci n’y fit pas preuve de diplomatie. Pour l’heure, le Japon reporte sa réponse au-delà des élections municipales de janvier 2010 !
Les Etats-Unis mettent du temps à regarder l’évolution de la
société japonaise qui petit à petit reconquiert sa mémoire et par conséquent s’accommode de plus en plus mal de supporter la présence d’autant de soldats américains sur son sol. Le nationalisme japonais est tout à fait revigoré et les politiques japonais cherchent une voie pour établir des passerelles avec la Chine.
Cette démarche politique inquiète Washington d’autant plus que son autre allié historique, la Turquie, se rapproche de la Russie et entend jouer un rôle régional dans tout l’Orient. Ces deux puissances qui remplissent le rôle de gardiens de voies d’accès commencent à agir en fonction de leurs intérêts propres nés de leur situation géographique et de leur histoire respective, imposent aux politiques américains une réflexion à laquelle ils ne sont pas habitués.
Le Japon a rempli jusqu’à maintenant, tout le cahier des charges que les Etats-Unis avaient rédigé en 1945. Avec la renaissance de l’Asie devenue le moteur et l’usine du monde, le Japon ne peut plus garder sa place de gentil membre au sein de l’imperium américain. Tokyo procédera par étape tant qu’il n’aura pas construit une collaboration –pas évidente à conduire - avec Pékin et se sera assuré de son influence dans toute l’Asie du Sud-est depuis la Malaisie. Le Japon a encore besoin des Etats-Unis et réciproquement : la classe politique américaine verrait d’un mauvais œil tout retrait d’un GI. Il est à craindre que Washington ne soit conduit pour garder une supériorité stratégique de renforcer le rôle du Japon donc de faciliter sa montée en puissance. A terme, après avoir été corrompu et vassalisé, le Japon s’émanciperait des Etats-Unis.
Que peut faire le Président Obama ? S’oppose-t-on à une logique ? Tout ce qu’il peut, c’est négocier du temps et compter sur les inévitables rivalités inter-asiatiques. Le Japon a les yeux tournés vers l’Asie du Nord dont la
Sibérie ,l'Arctique et l’Asie du Sud, trois zones qui retiennent précisément les attentions des stratèges américains mais où ces derniers ne peuvent plus prétendre à l’hégémonie face aux acteurs régionaux dont certains des géants économiques.
Pendant ce déplacement, le Président Obama voudrait-il tourner la page Mac Arthur (1945) et proposer à Hatoyama une collaboration d’égal à égal?

Jean Vinatier

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In Seriatim :

http://www.seriatimonline.com/2009/10/kissinger-chine-et-japon-semancipent.html

http://www.seriatimonline.com/2009/10/siberie-sino-russe-et-asiatiquen551-3e.html

http://www.seriatimonline.com/2009/08/japon-fluctuat-nec-mergitur-n514-3e.html


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mercredi 11 novembre 2009

France-Allemagne : au-delà de l’amitié, les égoïsmes–N°566-3e année

Puisque nous nous préparons à entrer dans les périodes festives de la fin d’année, était-il surprenant que deux grands ennemis d’hier fassent une démonstration supplémentaire de civilité et d’épanchement pour la cérémonie du 11 novembre? Absolument pas.
Berlin et Paris s’accordent volontiers des embrassades et des déclarations à l’unisson depuis les premiers pas de la construction européenne (1949) du traité de l’Elysée (1963) sans que l'on ne trouve guère de succès et d’initiatives communs. Tout se déroulerait-il selon la trame d’une comédie ? Pas seulement. Mais le fait est que des deux côtés du Rhin, on a le plus grand mal à entreprendre au-delà des toasts. On reste dans une surveillance ou une méfiance faute de pouvoir refaire une bataille.
Par prudence et timidité, Paris et Berlin évitent toute mesure créatrice qui bousculerait l’Union européenne. Si les changements de gouvernement de part et d’autre forment un obstacle à l’audace, pourquoi n’a-t-on pas pu seulement établir un réseau commun d’universités et de centres de recherche ? Rendre obligatoire l’enseignement des deux langues en France et en Allemagne ? Ou bien créer un département ministériel franco-allemand comme le suggère Jack Lang ?
Dire l’amitié entre les Etats allemand et français ne suffit pas, il faut passer, à un moment par-dessus l’égoïsme, penser à nos descendants même si les souvenirs historiques pèsent comme une chape de plomb. Tout de même, n’aurait-il pas été pensable que Paris et Berlin adoptent une politique commune lors de la crise financière et travaillent à écrire de concert un plan de relance?
Jean-Dominique Guiliani et Joachim Bitterlich¹ ont souligné dans un article publié dans
Le Monde le 10 novembre, un « niveau de confiance et de consultation » unique dans le monde entre les deux nations. Fort bien, mais où se trouve le plan bilatéral ? Nulle part. C’est grand dommage parce qu’il fournirait aux autres membres de l’Union un exemple de premier choix ! Peut-être, que certains cercles verraient d’un mauvais œil toute initiative qui unirait trop longtemps France et Allemagne, craignant l’émergence d’une Europe puissance ! Certains chantres de l’Union européenne excluent radicalement toute concertation même à court terme entre deux Etats, pour eux l’Europe ne doit être que Babel !
C’est pitié de voir l’Allemagne et la France tenir tous les atouts entre les mains et les dédaigner. Pourtant, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à l’unisson sur l’OTAN, sur la fidélité à l’union transatlantique et adeptes des idées libérales, ne devraient avoir aucun problème pour oser ; or, nous n’avons strictement rien de concret, de visible pour les deux populations. Ce n’est pas l’installation d’un régiment allemand dans le sud de l’Alsace qui constitue un acte fondateur.
Sont-ce nos caractères opposés, nos histoires conflictuelles qui formeraient un glacis mental indestructible ? Paris et Berlin ont l’occasion lors du prochain sommet européen le 19 novembre de plaider pour que les futurs Président du Conseil européen et Haut représentant pour les Affaires Etrangères soient d’un calibre à la hauteur de l’Union, la première puissance économique mondiale !
Hélas, au nom de la fidélité "Atlantique" ils risquent bien de soutenir, notamment, une créature de Tony Blair, David Miliband, actuel secrétaire d’Etat au Foreign Office, choix, qui s’il était entériné ne rendrait service à personne hormis quelques cercles et lobbies.
Plus que les égoïsmes nationaux, c’est bel et bien l’absence de vision historique qui paralyse toute audace.

Jean Vinatier

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Source:

1-
http://www.jd-giuliani.eu/fr/article/cat-3/171_Le-couple-franco-allemand-au-dela-des-symboles-par-Joachim-Bitterlich-et-Jean-Dominique-Giuliani.html


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