Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



Affichage des articles dont le libellé est Pologne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pologne. Afficher tous les articles

dimanche 9 juin 2024

Comment Jean Sobieski se prépare à la prise de Vienne par Florian Schaffenrath N°5798 18e année

 « À propos de l’ekphrasis dans la Viennis de Ioannes Damascenus (1717) par Florian Schaffenrath, professeur associé à l’Université d’Innsbruck

Pour la littérature polonaise néo-latine des XVIIe et XVIIIe siècles, les événements de 1683 ont constitué un moment central : le roi de Pologne s’est précipité au secours de l’empereur et a sauvé l’ensemble de l’Europe chrétienne de l’invasion turque – c’est du moins le récit qu’en ont fait de nombreux auteurs polonais de l’époque. »

Le piariste Jan Kaliński (Ioannes Damascenus), qui était prédicateur de la cour et recteur du collège piariste de Dąbrowica, est l’un d’entre eux. Son œuvre épique majeure, la Viennis (Varsovie, 1717), narre le deuxième siège de Vienne par les Turcs en 1683.

Comme tant d’épopées néo-latines, elle comporte une ekphrasis. La particularité de celle-ci est de ne pas décrire une œuvre d’art plastique, comme un relief ou une tapisserie, mais un livre qui captive longuement le héros du poème, le roi polonais Jean III Sobieski, héros de la guerre contre les Turcs : à la fin du chant IV, Sobieski s’arrête au château de Juliusburg et se voit présenter par son hôte un livre dont il est dit : codex iste [...] cuncta docebit. Le roi en lit quatre livres entiers pendant toute une nuit, et ce n’est qu’au début du neuvième livre qu’il laisse tomber sa lecture et retourne à sa tâche. La conférence portera sur la place de cette ekphrasis dans l’ensemble de l’œuvre, et tout particulièrement sur la signification que peut avoir le fait que le déclencheur en soit un livre, et non une œuvre d’art.”

Jean Vinatier 

Seriatim2024

mardi 21 mars 2023

L’Europe penche à l’Est - Quelles conséquences pour l’Allemagne et la France ? N°5654 17e année

 16 mars 2023:

 « L’Europe penche à l’Est - Quelles conséquences pour l’Allemagne et la France ? table ronde hybride avec 𝐃𝐚𝐯𝐢𝐝 𝐂𝐚𝐝𝐢𝐞𝐫, enseignant à l’Université de Groningue (Pays-Bas), 𝐃𝐚𝐧𝐢𝐞𝐥 𝐇𝐞𝐠𝐞𝐝𝐮̈𝐬, chercheur au German Marshall Fund, 𝐉𝐚𝐜𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐑𝐮𝐩𝐧𝐢𝐤, directeur de recherche émérite à Sciences Po, 𝐃𝐚𝐯𝐢𝐝 𝐂𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐧𝐭 (mod.), professeur de droit public à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, président de l’ARRI 

La guerre de la Russie en Ukraine a bouleversé les équilibres en Europe et renforcé l’influence du pôle oriental qui, contrairement à l’Europe occidentale, a été lucide sur le caractère impérial de la Russie. Outre cette autorité morale, les pays de l‘Est jouent un rôle important dans le contexte actuel en soutenant l’Ukraine financièrement et en accueillant des réfugiés ukrainiens. Avec le statut de candidat accordé à l’Ukraine et la Moldavie, l’élargissement de l’Europe à l’Est se poursuit. Le centre de gravité de l’Union européenne se déplace-t-il vers l’Est ? Quelles en seraient les conséquences pour l’Europe et les relations franco-allemandes, déjà mises à l’épreuve par des récents sujets de discorde ? 

En coopération avec l'𝐀𝐬𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐑𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐞𝐭 𝐑𝐞𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞𝐬 (ARRI), 𝐁𝐨𝐮𝐥𝐞𝐯𝐚𝐫𝐝 𝐄𝐱𝐭𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐮𝐫 et l'𝐎𝐛𝐬𝐞𝐫𝐯𝐚𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐯𝐢𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

jeudi 9 mars 2023

Le pacte antisémite par Marie Moutier-Bitan N°5647 17e année

 

« Après les Champs de la Shoah, Marie Moutier-Bitan et les éditions Passés Composés reviennent sur l’histoire de la Shoah à l’Est avec Le pacte antisémite. Dans ce livre passionnant et bouleversant, elle étudie le moment de bascule que représente l’arrivée des soldats allemands en juin 1941. Dans un mode à l’équilibre précaire, d’un seul coup, tout est permis contre les juifs. Des voisins, des amis, des employés se transforment en génocidaires et en pillards. » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

mardi 28 février 2023

Ukraine : La Chine siffle-t-elle la fin de la partie ? N°5641 17e année

 

Sans surprise les douze points avancés par le gouvernement chinois ont été rejetés par l’Otan et les États-Unis qui estiment, défense de rire, que Pékin n’a pas la crédibilité nécessaire…Néanmoins, en Europe, la réception de ces douze points est moins négative, ainsi la Pologne et l’Ukraine, Emmanuel Macron, à peine sorti du crottin du salon de l’Agriculture, annonce son déplacement en Chine en avril : il sollicitera un rôle.

Les douze points chinois sont généraux mais l’un d’entre eux appelle à la fin des sanctions unilatérales. Or c’est précisément sur ce point que se base toute la violence de l’aire Atlantique, décidez qui est bon, qui est mauvais. Ainsi, la Chine fait un pas de plus que les dirigeants israéliens et turcs, en s’attaquant directement à l’emploi unilatéral de l’arme financière américaine. Comme je l’écris depuis un moment, l’Asie , en dépit des méfiances entre des grandes puissances qui y sont, ne veut plus subir les caprices de l’aire Atlantique qui vit déconnectée des réalités et pour l’Europe qui ne pense qu’à travers le dire washingtonien. L’aire Atlantique n’a pas compris que « nos valeurs » ne sont pas les bienvenues en Asie, en Afrique :  nos conquêtes, nos colonisations, les guerres attisées. Stop !

La Chine escompte bien que ses démarches diplomatiques rendront plus difficile toute envie américaine de la présenter comme le prochain méchant. Elle prépare aussi via les douze points la question taïwanaise. La Chine et derrière elle l’Asie, soigne son image. Sur ce point, il serait bon également que nos médias informassent les Français de ce que pensent les Africains, les Asiatiques de ce conflit. Il est ahurissant que les même européens qui nous bassinent avec le monde global se ferment à tout regard autre du monde.

S’ajoute, la prochaine élection américaine en 2024. Traditionnellement, les campagnes politiques mettent en avant l’isolationnisme et le pacifisme, deux éléments historiques qui sont toujours des courants populaires. Or, sans les USA, l’Union européenne ne se lancera pas dans des sanctions supplémentaires et l’ Ukraine s’effondrera. L’idée selon laquelle, ne pas déclarer la guerre mais soutenir l’un des acteurs au conflit a des limites autant logistiques que financières et ce d’autant plus que la Russie, contrairement à l’Ukraine, n’a pas du tout utilisé le maximum de ses capacités militaires et dispose, en plus, de toute l’arrière-cour asiatique pour commercer, notamment, ses hydrocarbures à des pays tiers qui les mélangent à d’autres avant de les revendre aux Européens, contournant ainsi les sanctions : l’Europe est le dindon de la farce, les États-Unis eux ne cessant pas d’acheter, par exemple, de l’uranium à la Russie.

 

Il se pourrait que dans les semaines à venir, l’Inde fasse aussi des propositions. Autrefois, les confits se finissaient dans le cadre d’un ordre, européen puis américain, demain, ce sera en Asie. L’Asie inverse le cours de la mondialisation. Si la fin de la partie du présent conflit n’est pas encore sifflée, la Chine montrerait dans quelle cour elle le serait.

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

mardi 24 janvier 2023

Léopard 2: arrête ton char ? N°5914 17e année

 La coalition allemande résistera-t-elle au choc de l’envoi de chars Léopard 2 via la Pologne sur le champ de bataille ukrainien ? Hier la Lettonie et l’Estonie ont expulsé les ambassadeurs russes…

Entre les deux, ce dimanche, la France a célébré le traité de l’Élysée signé en janvier 1963 qui devait opérer un véritable tournant dans la construction européenne en plaçant Berlin et Paris sur la voie de l’autonomie militaire et par là-même contourner l’Otan. L’opposition du Bundestag vida le traité de cet élément essentiel entrainant le second avec lui à savoir le volet linguistique qui prévoyait in fine le français en première langue en Allemagne, et l’allemand en première langue en France. Ce but aurait permis la constitution d’un bloc de plus de 100 millions locuteurs franco-allemands et bien plus si l’on y ajoutait en Europe les aires d’influences culturelles respectives de la France et de l’Allemagne…. C’est peu dire que ce que Paris a voulu mettre en scène ce dimanche 22 janvier était une coquille presque vide de deux puissances aux chemins différents depuis la chute du Mur de Berlin…de deux puissances aux bras ballants au fur à mesure que dure la guerre en Ukraine….

Depuis lundi, la Pologne rue dans les brancards pour obtenir l’aval de Berlin d’user ses chars Léopards auprès des ukrainiens. A la russophobie ancestrale polonaise se greffe aussi l’espoir qu’au terme de la guerre, une Galicie plus autonome, de même que Varsovie suit comme le lait sur le feu la situation en Biélorussie dont elle revendique la terre, c’est sa Pologne blanche.

Sur tous les plateaux français, il est prêté à la Russie le désir d’absorber outre l’Ukraine et la Moldavie, la Biélorussie et les États baltes. Ce ton est fait pour la propagande, presser les gouvernements européens d’investir sans cesse et sans arrêt, de pâmer les opinions publiques.  Pour faire bonne figure une opération main propre vient de faire tomber nombre de gouverneurs et de vice-ministres ukrainiens…

Il y a d’un côté cet emballement européen tempéré par les atermoiements berlinois, par Paris qui fait du en même temps et de l’autre l’absence d’analyse nette de deux erreurs commises par la Russie et l’aire Atlantique : la Russie s’est trompée sur la résistance ukrainienne, l’aire Atlantique s’est trompée sur la résilience russe aux sanctions. Quand un conflit démarre, ici, sur deux fautes majeures, on est assurés que les combats ne cesseront pas de sitôt. Ce qui était opération spéciale pour les Russes devient de plus en plus une guerre patriotique. Ce qui devait s’effondrer pour l’aire Atlantique ne se réalisant pas fait que tout ce qui a été écrit sur l’Ukraine comme seul territoire impliqué vole en éclat découvrant un champ d’opération non plus local mais eurasiatique.

Ainsi au fur et à mesure des semaines guerrières, il se déploie un champ conflictuel plus large, plus étendu qui amène, par exemple, la question suivante : qui a intérêt à la poursuite de la guerre, qui a intérêt à l’arrêter ? Une réflexion bien absente des médias…Pourquoi ne pas penser que la Chine ne verrait pas d’un bon œil la puissance américaine happée par les fournitures militaires en Ukraine, le temps pour elle de peaufiner la solution « Taïwan » ?

Deux événements pourraient bouleverser la guerre, un provenant des États-Unis, les tensions intérieures à la veille de la campagne présidentielle de 2024, le second depuis la Russie où s’afficherait une contestation nationale. Un troisième interviendrait dans la non perspective d’une paix russo-ukrainienne, c’est la redistribution des cartes en Asie, en Afrique. Après tout, une Europe à genoux, une Europe autrefois source d’empires coloniaux qui brisèrent bien des empires et des peuples, ne serait-elle pas une bonne opportunité ? Bonne opportunité d’autant plus que la Maison Blanche, désireuse de ne pas avoir de concurrence soudaine face à la Chine aurait veillé elle-même à débiliter l’Europe…. L’exemple de l’IRA américain est là pour preuve, de la difficulté européenne à établir son propre IRA : les Allemands rechignent à déplacer leurs industries sur le sol américain car Berlin n’aurait plus la moindre espérance de recouvrer une position géographique entre l’Asie et les USA, les États européens les plus proches de la frontière russe, eux, répugneront à mécontenter l’Oncle Sam…

L’envoi militaire et offensif des chars Léopard est une illustration supplémentaire de la nasse dans laquelle l’Europe s’est placée : ou bien elle assume une vraie guerre contre la Russie avec le risque que les États-Unis oscillent selon leurs stricts intérêts, leur agenda ou bien, elle y renonce avec le danger qu’implose l’Union européenne qui deviendrait  par contre-coup une proie.

A ce jour, on mesure davantage le dégât de l’échec du traité de l’Élysée, de deux fautes colossales faites par la France, un de laisser fuir nos industries déséquilibrant son rapport avec l’Allemagne, deux de n’avoir pas saisi la réunification allemande et de sa première manifestation en acte extérieur : l’implosion de la Yougoslavie en 1991/1995.

Dans les circonstances présentes qui engagent l’Europe, se mesurent les méfaits de l’inexécution d’un traité, la seule communication ne les camoufle plus. Et les Allemands partagés entre un retour armé et leur persuasion d’occuper géographiquement une place aussi incontestable en Europe que celle de la Turquie en Asie, auraient bien besoin de s’équilibrer par la France si cette dernière n’avait pas renoncé à toute indépendance, notamment vis-à-vis de l’Otan….A ce duo, il aura manqué d’être deux …

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

vendredi 30 septembre 2022

L’Ukraine à venir est un passé N°5901 16e année

 Le grand public a l’impression que la question ukrainienne naît ou bien en février 2022 ou bien au printemps 2014 alors que l’intérêt pour cette partie de l’extrémité européenne située aux marches de l’Asie remonte très loin dans les siècles. Cette Ukraine (frontière) est imparablement liée à la Crimée dans le moment où le joug mongol se défaisant, les princes de Moscou, héritiers de ceux de Kiev, voulurent se reconstruire un « hinterland » qui se heurterait, à la fois, à la puissance de la République des deux nations (Lituanie/Pologne) , à celle ottomane. Des plaines d’Ukraine à celles de la Crimée, les Tatares ou cosaques eurent à balancer entre plusieurs voisins : les Russes, les Polonais, les Ottomans. Ainsi dès le XVIIe siècle se mettait en place progressivement un rapport de force qui s’élargit au fur et à mesure de la double décadence, ottomane, polonaise faisant entrer sur la scène d’autres puissances (France, Habsbourg, Royaume-Uni, Suède) dont le point culminant sera la guerre de Crimée (1854-1856). Pour illustrer ces lignes, citons cet extrait des instructions données du baron de Tott, envoyé par Louis XV auprès du Khan de Crimée le 6 juillet 1767 :

« Le démembrement de la Pologne, l’acquisition de l’Ukraine toute entière, l’abaissement de l’Empire ottoman, la soustraction de la Géorgie et de la Circassie au pouvoir des Khans de Crimée et à la domination turque, et partage de la mer Noire ; voila le but que cette princesse (Catherine II) se propose. C’est en s’étendant sur la rive droite du Nieper (Dniepr) , en peuplant la Nouvelle Servie (Serbie) , en élevant des forts et des redoutes qui bravent le courage et la valeur de la cavalerie tartare , en s’assurant de la possession des vastes plaines de Kasi Kiraman, en resserrant peu à peu les hordes tartares et en leur enlevant les moyens de subsistance, en tournant les déserts qui séparent la Russie de la Tartarie ; enfin en se tenant, par la perpétuité de leur séjour en Pologne, à portée de tomber subitement sur les provinces centrales de l’Empire ottoman et peut-être de traîner les Polonais à leur suite, en cherchant à attirer à eux les Grecs de Valaquie (Valachie) et de la Moldavie ainsi qu’ils ont déjà attiré les Grecs de la Pologne ; c’est ainsi que les Russes préparent l’exécution d’un plan aussi vaste que dangereux. »1

L’échec de la première indépendance ukrainienne (1917-1921) qui fut aussi celui de la Pologne du maréchal Pilsudski qui rêvait de reconstituer l’étendue géographique des Deux nations d’avant 1657, sera un nouveau traumatisme pour les Ukrainiens qui subirent de plein fouet la répression de Staline (famine) lequel amena de force des millions de Russes dans le Donbass. L’invasion de l’URSS en juin 1941 par Hitler suscita, à l’instar des pays Baltes, ralliement et méfiance et le ralliement qui s’opéra fut, il faut bien le dire avec des idées et des héros fascistes, ce qui amena Vladimir Poutine à parler en 2022 exagérément de « dénazification » pour justifier son opération spéciale.

Quand Nikita Khrouchtchev décida de réunir la Crimée à l’Ukraine pour solutionner des tensions internes à l’URSS, il ne se doutait pas des conséquences. Comme, il est écrit au début de ce texte, Il mettait ensemble deux territoires vus par les puissances européennes d’avant 1789 comme liés pour que s’équilibrent les rapports de force en mer Noire, dans les détroits et en Europe pour limiter les appétits russes, brider les éventuelles manœuvres ottomanes et cultiver les approches avec les Tatares de Crimée (cousins des cosaques d’Ukraine) via la dynastie des prince Girai , qui eux-mêmes oscillaient entre La Porte et Saint-Pétersbourg.

 L’ancienneté de la rivalité dans l’espace ukraino-criméen a retrouvé son actualité avec la fin de l’U.R.S.S, l’instabilité politique en Russie (1991-2000) et le ralliement immédiat des anciens pays du pacte de Varsovie à l’OTAN amenant de facto la présence occidentale sur les marches de la Russie contribuant à exacerber les tensions, les méfiances. L’Ukraine s’est retrouvée elle-même assez divisée entre les pro-russes et les pro-occidentaux sentant que Moscou ne tolérerait pas que cette Ukraine ou première Russie puisse lui échapper. Les Tsars avaient bien compris qu’en reprenant pied en Ukraine au milieu du XVIIe siècle comme les protecteurs des libertés cosaques, il s’avérait nécessaire d’appeler d’autres frères pour créer des colonies. Ainsi s’établissent au XVIIIe siècle, celles de Slavo-Serbie et de Nouvelle-Serbie. Au siècle suivant, la force du panslavisme concomitant avec celui des nationalités entraina une russification violente de l’Ukraine…Une russification dont ne se plaignit pas dans ses Mémoires Léon Trotski, né ukrainien et ce malgré un texte de 1938 où il écrivait sur l'indépendance ukrainienne avec un rattachement de territoires alors polonais et roumains.

A la différence d’hommes comme Georges Kennan, Henry Kissinger ou Zbigniew Brezinski qui avaient encore quelque « européanité » dans leurs veines, les États-Unis d’aujourd’hui élargissent l’espace géopolitique du fait même de leur confrontation décidée contre la Chine : l’Ukraine pour laquelle plus de 5milliards ont été engagés selon Victoria Nuland se retrouve alors au centre d’une guerre globale bien au-delà de sa frontière.

Les dirigeants de l’Union européenne incapables de faire respecter les accords de Minsk et le format Normandie, répétant en cela leurs erreurs lors du conflit au Kosovo, croient qu’en obéissant aux consignes (souvent menaçantes) venues de Washington pour sanctionner la Russie, qu’une « autonomie » surgirait après. A la vérité, les Etats-Unis ne veulent pas d’une Europe autonome et moins encore indépendante mais s’appuient sur une Allemagne2 qui veut retrouver un hinterland germanique sous couvert de discours européens et en faisant fi de sa démographie décadente : à Prague le discours du chancelier Olaf Schloz soulignait bien, en se référant à Charles IV de Luxembourg, héritier des Prémyslides, où était cet espace vital3….Mais l’Allemagne fait fausse route et la France déclinante faute de son antique souveraineté ne peut plus être un conte-poids trainant comme un boulet le mythe du « couple franco-allemand » crée par Valérie Giscard d’Estaing Président alors parfaitement indépendant bien loin de l’actuel occupant de l’Élysée.

L’Ukraine (et demain qui sait la Crimée) affronte la Russie tout comme la Russie affronte l’Ukraine au sens de frontière. Pour le Président Zelensky s’efface toutes les années passées à combattre les ukrainiens pro-russes du Donbass (plus de dix mille morts !!!) pour une guerre patriotique, les Ukrainiens de 2022 devenant ce que furent les Polonais pour les romantiques. Peu importe que le Président Zelensky soit ou non corrompu, que les oligarques le contrôlent ou pas, il est une victime au même titre que les Ukrainiens mais ce qu’ils ne voient pas tous, c’est que leur avenir d’indépendance qu’ils projettent dans l’Union européenne et dans l’Otan ne sera pas ce qu’ils espèrent. L’Ukraine, et là encore l’histoire fait son retour sur le théâtre, prend le chemin de la Pologne des XVIIe et XVIIIe siècles : « partages territoriaux »,  « partages des appétits ». A la différence de la Turquie de Reycep Erdogan qui dispose de l’arrière-fond ottoman (voir le succès des séries sur les sultans), une situation géographique exceptionnelle, un espace turcophone jusqu’à la Chine, un statut de membre fondateur de l’Otan, l’Ukraine de Zelenski prend le chemin de n’être qu’une frontière et non une nation libre…

La toute récente rédaction du traité de Kiev (pas encore signé) prévoit la mise en place d'un mécanisme obligatoire d'implication militaire des pays de l’Otan et autres dans le conflit ukrainien qui enchainerait financièrement, militairement l’Union européenne à l’Ukraine contre la Russie mais aussi l’Ukraine à l’Union avec cerise sur le gâteau une accélération du processus décisionnel (24/72H) empêchant, au passage, toute consultation des parlements des États de l’Union européenne !!! Ces dispositions révèlent le cynisme américain qui se méfient tout de même des « élans » européens et qu’ils veulent fixer tout en nous ramenant l’Union européenne dans une ambiance des mécaniques des alliances d’avant 1914…

Ce jour Vladimir Poutine rencontre Xi Jiping à Samarcande (sommet de l’OCS) juste après une offensive victorieuse ukrainienne que les médias soulignent en omettant de dire qu’une offensive est généralement suivie d’une contre-offensive, toujours est-il que le rendez-vous sino-russe vient rappeler au monde que la Russie n’est pas enfermée. L’Asie (asiatique, orientale) prend conscience de sa place, de son importance. Plus le conflit russo-ukrainien durera, plus nous assisterons à des changements, à des accélérations  en parfait parallélisme, par exemple, avec le réchauffement climatique (flux migratoires) et  le réchauffement géopolitique…

En fait, l’Ukraine n’émerge qu’avec le retrait des mongols qui furent un tsunami du XIIIe siècle balayant tout sur leur passage, laissant derrière eux un espace frontalier (Ukraine) ventre mou et centre nerveux d’une aire géographique historiquement disputée, aujourd’hui tragiquement tiraillée, c’est en cela que l’Ukraine à venir est un passé….

Jean Vinatier

Seriatim 2022

Notes :

1-Trois ouvrages peuvent illustrer ce rappel historique des années 1700 :

Gilles Veinstein, Les Tatares de Crimée et la seconde élection de Stanislas Leszcynski,

Faruk Bilici, La politique française en mer Noire (1747-1789) : vicissitudes d’une implantation,

Alan W. Fisher, The Russian annexion of the Crimea (1772-1783)

2-L’Allemagne joue un rôle similaire que le Japon : la première fixe l’Europe quand le second ferait barrage à la Chine. Mais dans les deux cas, nous voyons bien que les Etats-Unis doivent concéder quelques facilités militaires aux japonais comme ils viennent de le faire aux allemands. Ainsi, la Maison Blanche prend le risque de faire renaitre une puissance militaire tant allemande que japonaise qui naquit presque au même moment (seconde moitié du XIXe siècle) et dont on sait ce qu’il advint….

3-Le choix du chancelier allemand de citer Charles IV au lieu de Charles Quint est révélateur : le premier était effectivement un souverain d’Europe centrale (nordiste) quand le second était plutôt celui de l’Europe du sud (sudiste)