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vendredi 10 mai 2024

Tournants et tourments au Moyen-Orient vus de Gaza, Riyad, Bagdad et Téhéran N°5781 18e année

« Présentation du numéro 127 de la revue Confluences Méditerranée "Tournants au Moyen-Orient" (L'Harmattan, 2024) - https://tinyurl.com/zb5j6kk3

Rencontre avec:

Adel Bakawan, directeur du Centre français de recherche sur l’Irak (CFRI), chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et au Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep). Il est l’auteur de l’article «La recomposition du Moyen-Orient: quel avenir pour l’ordre milicien?» - https://tinyurl.com/27e4ka5b

Barah Mikaïl (en ligne), professeur associé à l’Université Saint Louis – Campus de Madrid, directeur de Stractegia Consulting. Il est l’auteur de l’article «Géopolitiques méditerranéennes: tourments, tournants et aboutissants d’une région en constante ébullition» - https://tinyurl.com/y4zdfukp

Kevan Gafaïti, doctorant et chercheur associé au Centre Thucydide de l’Université Paris Panthéon-Assas. Il est l’auteur de l’article «Le rapprochement diplomatique entre l’Arabie saoudite et l’Iran: accalmie calculée ou fin de la "Fitna" du golfe Persique?» - https://tinyurl.com/4n2aptne

Hicham Mourad (en ligne), docteur en relations internationales de l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il enseigne à l’université du Caire et dirige le master de relations internationales à l’université française d’Égypte (UFE). Il a publié "Arabie saoudite et Émirats arabes unis: les ambitions de la puissance" (Bibliothèque de l’iReMMO, L’Harmattan, 2020). Il est l’auteur de l’article «La métamorphose de l’alliance entre les États-Unis et l’Arabie saoudite» - https://tinyurl.com/3yce767a Modération:

Nadia Enesco, étudiante en Master de relations internationales et sécurité à Sciences Po Paris et responsable pédagogique de l’iReMMO. »

Jean Vinatier 

Seriatim2024

lundi 21 mars 2022

Quelques regards réflexions via l’Ukraine N°5836 16e année

 J’hésitais à écrire, ce matin, sur les présidentielles françaises, j’y renonçais ensuite tant elles ne sont pas confisquées mais évidées de leur fonction racine, que la démocratie y reçoit des coups terribles qui ne la feront pas disparaitre mais la métamorphoseront en une institution odieuse de servitude ficelant le citoyen….

La liquéfaction institutionnelle en France, ne me fait pas omettre que le second conflit en Europe depuis 1945 est aussi un éclairage singulier.

A des centaines de kilomètres plus haut où l’Ukraine affronte dignement la Russie, le débat de savoir qui perd qui gagne revient comme un leitmotiv. Si l’on se contente de voir la bataille entre ces deux nations désormais bien distinctes, on  arriverait à l’erreur de croire que cette invasion est un tout limité géographiquement alors même que le 24 février Vladimir Poutine enclenchait une guerre dont le champ est infiniment plus vaste, rendant par là-même difficile une cessation rapide des hostilités,  la Chine maintenant son masque et derrière elle (cela ne veut pas dire avec elle), cette Asie qui cherche à se détacher des confrontations occidentales aussi bien quand on leur demande de sanctionner la Russie que lorsque les États-Unis leur demandent d’isoler la Chine pour son bénéfice exclusif. Ce mouvement diplomatique ou géopolitique est une nouveauté. Je le regarde comme une étape supplémentaire après la fin des colonisations et protectorats euro-américains sur ce continent. De cela, nous avons du mal à l’appréhender tant nous sommes binaires, cartésiens et surtout persuadés que le centre du monde est nous. En réalité, il y a plein de centres, tout dépend où l’on se place. La Chine est aussi fondée que l’Union européenne à se regarder au centre.

Certains auteurs comme Anatol Lieven affirment péremptoirement que l’Ukraine a gagné la guerre (pas la bataille) : guerre des images, de la communication oui. Les pauvres irakiens, des victimes, n’eurent pas cette chance, sans doute parce que les envahisseurs étant américains (voir sur Arte, Irak destruction d’une nation) ils n’actionnèrent évidemment pas leur softpower en leur faveur. Les ukrainiens, eux « bénéficient » de toute la machine propagandiste américaine. C’est un rouleau compresseur, impressionnant, atomique. Rien n’est négligé et même une fausse nouvelle ukrainienne est vue comme justifiée parce que l’Ukraine est une victime. On remarquera aussi, que les médias français accordent une place aux ukrainiens du Donbass qui fuient les combats alors qu’ils n’eurent pendant huit années pour les russophones séparatistes de cette région aucune compassion : 1 million d’entre eux migrèrent en Russie. Le message subliminal étant de dire aux opinions publiques que le Donbass lui-même est ukrainien. Il y a donc le bon et le mauvais exode.

Cette façon de déifier, de porter au firmament est neuf par son intensité, de voir chez les « Atlantique » la certitude que de toute façon, la raison, la justesse sont de leur côté. On peut parler de violence propagandiste lors de ce conflit russo-ukrainien : les citoyens russes hors Russie étant sommés de rejeter Vladimir Poutine au risque de la mise en quarantaine, de l’expulsion sociale. A quand, un signe distinctif ?

Cette violence-là, tout comme les combats actuels en Ukraine sont d’autant plus odieux qu’officiellement, nul n’est en guerre contre la Russie…pas même les Ukrainiens qui ont toujours un ambassadeur à Moscou. Cette façon de procéder remonte, peut-être à l’éclatement de la Yougoslavie. Ainsi, l’Irak après 2003 n’a pas connu de traité spécifique, les États-Unis se contentant de remettre le pouvoir à des autorités…

Doit-on penser que cette façon de procéder est une évolution positive ou bien une liquéfaction supplémentaire de notre monde ?

Cette actuelle suprématie communicationnelle devrait éclairer d’autres pays et bien pas du tout. Ni la Chine, ni la Russie, ni les Européens (je veux dire par eux-mêmes, en ce jour, ils obéissent à une tierce puissance) ne comprennent pas cette propagande qui est, ici, une guerre en soi avec ses tacticiens, ses stratèges, ses généraux, ses soldats. Les Etats-Unis propagent leur pensée à travers le monde pour assurer l’avenir de leur système quand la Chine veille à ne la répandre qu’en interne pour conserver son mode politique. Quand bien même la Chine via les routes de la soie prend des assurances géostratégiques, elles gardent toujours un côté intérieur, à l’inverse des États-Unis qui par leurs centaines de bases militaires et annexes universitaires installent leur monde à l’extérieur.

Pour terminer, ce modeste tour d’horizon, les millions de réfugiés/migrants ukrainiens nous rappellent la Seconde guerre mondiale qui pèseront demain dans l’acceptation des futurs flux migratoires. Il est assez cynique d’entendre bien des commentateurs dirent que les ukrainiens étant chrétiens et blancs, ils seront reçus les bras ouverts. Que je sache, les migrations, polonaise, italienne, espagnole, portugaise, dans les mines du Nord et de l’Est de la France ne furent pas du tout un moment d’Arcadie. Ne nous leurrons pas, le bon accueil par la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie obéissent aussi à des revendications territoriales sur l’Ukraine (et pour Varsovie en plus sur la Biélorussie). Il y a peut-être selon que le conflit durera longtemps ou pas, des bombes à retardement autour de la viabilité de l’Ukraine….

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

 

 

dimanche 6 mars 2022

Russie/Europe : effondrement mutuel ?N°5821 16e année

 Si on a beaucoup glosé sur le pari manqué de la Russie d’opérer en 2 jours la neutralisation de tous les organes exécutifs ukrainiens, certains commencent à alerter sur la prétention des euro-américains à effondrer la Russie en deux coups trois mouvements.

Cette invasion ukrainienne qui devient jour après jour une crise proche du conflit entre la Russie et l’Union européenne, les États-Unis retenant l’Otan, a eu ceci de remarquable que de chaque côté, nous vîmes une surélévation des capacités à nuire et des mépris pour la partie adverse. Les russes crurent que les ukrainiens se rendraient, les européens que la Russie irait à Canossa.

En 1914, les parties en présence avaient en commun d’une part une imparfaite connaissance de la réalité des forces adverses et alliés (Lire Les somnambules) et d’autre part, comme Sarajevo était en Bosnie et que venait de se terminait la troisième guerre balkanique, que nous entrerions dans un conflit assez similaire mais les alliances de part et d’autre jouèrent un rôle d’accélérateur avec le drame que l’on sait.

En 2022, les euro-américains qui ont tout fait pour renforcer les indépendances économiques dans un système libéral ne voulant pas, actuellement, d’engagement militaire massif contre la Russie, croient en être du coup les maitres. Ce n’est pas pour rien que l’aire Atlantique a cru trouver la parade en mettant en action une batterie impressionnante de sanctions, les orgues de Staline financières, affichant aussi publiquement son parfait noyautage des organisations internationales dans tous les domaines, la protection animale incluse ! Petite remarque au passage, les euro-américains qui n’arrêtent pas de claironner contre le colonialisme et d’échafauder toutes les repentances inimaginables, affichent aux yeux du monde qu’ils continuent d’une autre manière à agir de façon néocoloniale, leur condescendance pour tout ce qui n’est pas selon leur idéal est très frappante !

 

Si les États-Unis, à l’inverse des européens, ont une dépendance faible vis-à-vis de la Russie, il en n’est pas de même face à la Chine. Pékin se montre évidemment prudente escomptant bien à la fois assurer un circuit économique de la Russie sans heurter les États-Unis. Washington rêve de ramener la Russie au rang de satellite, d’abaisser la Chine, deux ambitions gigantesques impossible à mener de front. Dès lors, on se demande si l’invasion de l’Ukraine par la Vladimir Poutine n’aurait pas surpris l’ordre en marche américain ? Ce qui expliquerait la précipitation à prétendre selon Le Maire, « l’effondrement » avec, comme pour les irakiens, une quasi-famine !

 

On a noté que Wall Street tenait mieux le choc que les places européennes. D’abord, comme cité plus haut une dépendance moindre, ensuite, l’assurance de la fermeture de Nord Stream 2 qui permet aux États-Unis, d’écouler à prix d’or aux européens leur production excédentaire de gaz de schiste…Mais tant à Washington que dans différentes capitales européennes, les patrons voient que si les mesures de rétorsion impressionnent le public dans un moment électoral (France), elles ne calculent pas du tout la réciprocité que les européens estiment faibles. Or ce n’est pas tant la faiblesse de la Russie à réagir économiquement que sa capacité à cibler avec des moyens réduits mais dévastateurs, par exemple : cyberattaque, guerre spatiale, câbles sous-marins. Vladimir Poutine a montré tout au long de sa présidence comme il savait agir au point sensible avec des moyens moindres.

L’interdépendance économique poussée de façon maximale retient les puissances de guerroyer du soir au matin mais en ne veillant pas à maintenir un équilibre géopolitique dans un concert de grandes puissances, les euro-américains ont négligé ce point. Or cette interdépendance a facilité l’émergence de l’Asie dont celle chinoise et du continent sous-indien, faisant lever un contre-poids, certes pas uni et bien perméable aux Américains, appelé par effet de levier à s’accroître.

Actuellement les ukrainiens paient le prix fort à la fois d’une invasion et d’un déséquilibre mondial qui montre bien que la prépotence d’un seul pays, les États-Unis, dérègle de facto le droit international, les extraterritorialités américaines n’arrangeant rien. Le face-à-face euro-russe est dangereux pour l’Union européenne dépendante énergétique, frumentaire de la Russie, les États-Unis étant bien à l’écart et ne se désolant pas de trop de tout ce qui ficèlerait plus encore les Européens à l’oncle Sam.

Outre les collusions dramatiques entre la Russie et l’Union européenne, il serait plus rude encore si le règlement de ce présent conflit se faisait par la médiation d’une tierce puissance, par exemple, Israël que personne, au passage, n’embête plus avec les territoires occupés.

Les européens et les russes sont tout intérêt à se retrouver mutuellement et à sortir de ce drame par le haut même s'il y a  de grands prédateurs sur le chemin, certains se prétendant amis…

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022