J’hésitais à écrire, ce
matin, sur les présidentielles françaises, j’y renonçais ensuite tant elles ne
sont pas confisquées mais évidées de leur fonction racine, que la démocratie y
reçoit des coups terribles qui ne la feront pas disparaitre mais la métamorphoseront
en une institution odieuse de servitude ficelant le citoyen….
La liquéfaction institutionnelle
en France, ne me fait pas omettre que le second conflit en Europe depuis 1945 est
aussi un éclairage singulier.
A des centaines de kilomètres
plus haut où l’Ukraine affronte dignement la Russie, le débat de savoir qui
perd qui gagne revient comme un leitmotiv. Si l’on se contente de voir la
bataille entre ces deux nations désormais bien distinctes, on arriverait à l’erreur de croire que cette
invasion est un tout limité géographiquement alors même que le 24 février
Vladimir Poutine enclenchait une guerre dont le champ est infiniment plus vaste,
rendant par là-même difficile une cessation rapide des hostilités, la Chine maintenant son masque et derrière
elle (cela ne veut pas dire avec elle), cette Asie qui cherche à se détacher
des confrontations occidentales aussi bien quand on leur demande de sanctionner
la Russie que lorsque les États-Unis leur demandent d’isoler la Chine pour son
bénéfice exclusif. Ce mouvement diplomatique ou géopolitique est une nouveauté.
Je le regarde comme une étape supplémentaire après la fin des colonisations et
protectorats euro-américains sur ce continent. De cela, nous avons du mal à l’appréhender
tant nous sommes binaires, cartésiens et surtout persuadés que le centre du
monde est nous. En réalité, il y a plein de centres, tout dépend où l’on se
place. La Chine est aussi fondée que l’Union européenne à se regarder au centre.
Certains auteurs comme
Anatol Lieven affirment péremptoirement que l’Ukraine a gagné la guerre (pas la
bataille) : guerre des images, de la communication oui. Les pauvres irakiens, des victimes, n’eurent pas cette chance, sans doute parce que les envahisseurs
étant américains (voir sur Arte, Irak destruction d’une nation) ils n’actionnèrent
évidemment pas leur softpower en leur faveur. Les ukrainiens, eux « bénéficient »
de toute la machine propagandiste américaine. C’est un rouleau compresseur,
impressionnant, atomique. Rien n’est négligé et même une fausse nouvelle ukrainienne
est vue comme justifiée parce que l’Ukraine est une victime. On remarquera
aussi, que les médias français accordent une place aux ukrainiens du Donbass
qui fuient les combats alors qu’ils n’eurent pendant huit années pour les
russophones séparatistes de cette région aucune compassion : 1 million d’entre
eux migrèrent en Russie. Le message subliminal étant de dire aux opinions publiques
que le Donbass lui-même est ukrainien. Il y a donc le bon et le mauvais exode.
Cette façon de déifier, de
porter au firmament est neuf par son intensité, de voir chez les « Atlantique »
la certitude que de toute façon, la raison, la justesse sont de leur côté. On
peut parler de violence propagandiste lors de ce conflit russo-ukrainien :
les citoyens russes hors Russie étant sommés de rejeter Vladimir Poutine au
risque de la mise en quarantaine, de l’expulsion sociale. A quand, un signe
distinctif ?
Cette violence-là, tout
comme les combats actuels en Ukraine sont d’autant plus odieux qu’officiellement,
nul n’est en guerre contre la Russie…pas même les Ukrainiens qui ont toujours
un ambassadeur à Moscou. Cette façon de procéder remonte, peut-être à l’éclatement
de la Yougoslavie. Ainsi, l’Irak après 2003 n’a pas connu de traité spécifique,
les États-Unis se contentant de remettre le pouvoir à des autorités…
Doit-on penser que cette
façon de procéder est une évolution positive ou bien une liquéfaction supplémentaire
de notre monde ?
Cette actuelle suprématie
communicationnelle devrait éclairer d’autres pays et bien pas du tout. Ni la
Chine, ni la Russie, ni les Européens (je veux dire par eux-mêmes, en ce jour,
ils obéissent à une tierce puissance) ne comprennent pas cette propagande qui
est, ici, une guerre en soi avec ses tacticiens, ses stratèges, ses généraux,
ses soldats. Les Etats-Unis propagent leur pensée à travers le monde pour
assurer l’avenir de leur système quand la Chine veille à ne la répandre qu’en
interne pour conserver son mode politique. Quand bien même la Chine via les
routes de la soie prend des assurances géostratégiques, elles gardent toujours
un côté intérieur, à l’inverse des États-Unis qui par leurs centaines de bases
militaires et annexes universitaires installent leur monde à l’extérieur.
Pour terminer, ce modeste
tour d’horizon, les millions de réfugiés/migrants ukrainiens nous rappellent la Seconde
guerre mondiale qui pèseront demain dans l’acceptation des futurs flux
migratoires. Il est assez cynique d’entendre bien des commentateurs dirent que
les ukrainiens étant chrétiens et blancs, ils seront reçus les bras ouverts.
Que je sache, les migrations, polonaise, italienne, espagnole, portugaise, dans
les mines du Nord et de l’Est de la France ne furent pas du tout un moment d’Arcadie.
Ne nous leurrons pas, le bon accueil par la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie obéissent
aussi à des revendications territoriales sur l’Ukraine (et pour Varsovie en
plus sur la Biélorussie). Il y a peut-être selon que le conflit durera
longtemps ou pas, des bombes à retardement autour de la viabilité de l’Ukraine….
Jean Vinatier
Seriatim 2022