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dimanche 6 juillet 2025

Ukraine-Russie ce que les médias ne vous disent pas par Eric Hoesli N°5725 19e année

 Un entretien très remarquable par l’ancien patron du journal suisse Le Temps

 « Eric Hoesli est un journaliste suisse. Il a notamment été rédacteur en chef de l’Hebdo en 1996 avant de devenir le fondateur du quotidien Le Temps en 1997, puis son premier rédacteur en chef et directeur, poste qu’il a occupé jusqu’en 2005. De 2005 à 2014, il a été Directeur éditorial du groupe Edipresse puis de Tamedia et responsable des journaux romands. Il a aussi siégé au Conseil d’administration de l’agence télégraphique suisse (ats). Depuis son enfance, Eric Hoesli est captivé par le monde russe. En 2006 il a publié un livre consacré à l’histoire de la conquête russe du Caucase. Un second ouvrage, relatant l’avancée russe à travers la Sibérie et le Grand Nord est paru en mars 2018 (« L’Épopée sibérienne », Syrtes/Paulsen, Paris, 2018). »

  Jean Vinatier 

Seriatim2025

jeudi 23 février 2023

Autour du livre de Jean-Pierre Cabestan "Demain la Chine : guerre ou paix ?" N°5639 17e année

 

Juin 2022

 « Alors que la guerre en Ukraine fait rage, la question d'un engagement éventuel de la Chine dans un conflit armé devient de plus en plus pressante. La mer de Chine du Sud, les Senkaku (Diaoyu) et surtout Taiwan sont les théâtres potentiels de guerre les plus souvent évoqués. Xi Jinping s'apprête-t-il pour autant à envahir Taïwan ? S'il est trop tôt pour savoir quelles leçons le gouvernement chinois va tirer de l'invasion russe de l'Ukraine, il semble pour l'heure continuer de privilégier tant dans le détroit de Taïwan qu'ailleurs une stratégie dite des "zones grises", qui sans outrepasser le seuil de la guerre accroît la pression psychologique sur ses adversaires, y compris les États-Unis.

 Intervenants : - Jean-Pierre Cabestan (CNRS, IFRAE) - Chloé Froissart (PU Inalco, IFRAE) - Jean-François Di Meglio, président d'Asia Centre 

Table ronde organisée par l'Institut français de recherche sur l'Asie de l'Est et Asia Centre. » 

https://livre.fnac.com/a15933397/Jean-Pierre-Cabestan-Demain-la-Chine-guerre-ou-paix

Jean Vinatier

 Seriatim 2023

lundi 6 février 2023

Ukraine: Pékin ballon et conflictualité mondiale N°5624 17e année

 

La semaine dernière la Chine a envoyé deux messages en direction des États-Unis. D’abord par la voix du ministère des Affaires Étrangères rendant responsable de la guerre en Ukraine la présidence Biden, d’autre part par l’envoi du fameux ballon, forcément destiné à être détruit qui indique que nul ciel aérien n’est sécurisé en totalité. Dans toute action chinoise, il a y  une correspondance taïwanaise.

Si nous ne sommes pas dans une « troisième guerre mondiale » comme le dit Emmanuel Todd, aucune déclaration de guerre n’étant intervenue, cependant, nous nous enfonçons dans la conflictualité mondiale. Il en va de la guerre en Ukraine comme de l’état des « marchés » où jusqu’à présent tout le monde est d’accord pour que rien ne se fracasse, aucune puissance ne voulant pas assumer les dommages collatéraux et peut-être ne sachant pas mesurer précisément les ondes de choc.

A la vérité chacune recule la ligne rouge, chacune fait preuve d’une résilience mais jusqu’à quand ? L’Union européenne vient de décider un dixième paquet de sanctions, les neufs précédents ayant eu peu de succès, un peu comme si l’on versait dans un tonneau des Danaïdes de l’Ukraine, elle-même, secouée par deux vagues anti-corruption qui chacune se rapproche de son dirigeant et de son entourage. Les Ukrainiens attendent les chars à la façon du film Le désert des Tartares car l’on sait bien que l’acheminement des engins blindés, Léopard, Leclerc, Abraham, suppose des formations, des logistiques et des approvisionnements spécifiques. Nous sommes donc dans une phase de communication avec en toile de fond, « l’offensive du printemps » où aurait lieu une grande bataille de chars, Berlin rêvant, qui sait, de venger Koursk ? Le congrès américain vient à peine de débuter sa législature, le Pentagone affiche son scepticisme sur la fuite en avant armée. Les événements intérieurs américains seront à surveiller de près.

Dans un monde globalisé et interdépendant, se développent des alternatives qui souhaiteraient être à la fois protectionnistes et « mondialisantes ». Ainsi avec, les BRICS qui forment une ligne intercontinental (Asie, Afrique, Amérique du Sud) avec à la clés une monnaie et un espace mercantile parallèlement au dollar, de son côté l’Organisation de Shanghai voudrait être structure harmonieuse asiatique où la Chine jouerait un rôle stabilisant. On remarquera que l’Asie ne songe pas encore à définir une alliance militaire commune, seuls les États-Unis veulent étendre leur Otan.

Hier, je regardais le sommet de l’APEC, tenu récemment en Thaïlande. L’Asie n’est vraiment pas l’aire Atlantique et quand arrivent un canadien, un australien ou un américain, on se dit « cherchez l’intrus ? » n’empêchant pas un Emmanuel Macron de dire à l’Asie indopacifique qu’il n’y aura qu’un ordre mondial, pas deux !  

La fin de l’histoire si chère à Fukuyama a sa vérité pour l’aire Atlantique, l’Europe se glissant dans le lit nord-américain, son Union ne voulant pas de souveraineté  et s’installe dans un avenir tibétain quand l’Asie semble, au contraire, se met sur orbite, à sa manière et avec des codes et des histoires qui sont les leurs…. Quand j’entends dire qu’en Ukraine nous nous battons pour nos valeurs dans le cadre d’une obéissance absolue aux États-Unis prédestinés à être le monde, en réalité nous reprenons nos certitudes coloniales puisqu’alors, nous allions y répandre nos valeurs. Dans ce conflit en Ukraine, il y a comme un parfum d’ancien régime du côté Atlantique, une sorte de charge de cavalerie face « aux armements nouveaux ».

L’Ukraine prenant pratiquement le chemin de la Pologne du XVIIIe siècle, se voit dans un conflit local, avec un défi régional européen mais sous tempo américain qui chercherait la bonne partition pour avaler la Chine puis l’Inde. La Russie étant eurasiatique, elle combat localement pour ne pas perdre sa puissance régionale en ayant clairement conscience du vrai champ de bataille : qui l’emportera demain de l’Asie ou des USA, quel modèle économique s’imposera, celui d’Asie, celui de l’aire Atlantique…etc…etc.

Parfois on regrette que nous vivions dans un monde clos sans perspective, aujourd’hui, d’aller vers de nouvelles terres/planètes « galaxiales » qui dégonfleraient les conflictualités. Pour l’heure, la Chine et les États-Unis se mettent face à face…. Atlantique contre Pacifique, raz-de-marée contre tsunami ?

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

mercredi 16 novembre 2022

Kherson: mid-terms géopolitiques? N°5909 16e année

 L’incident du missile est typique de l’allumette qui pourrait enflammer la scène quelques jours après l’évacuation de Kherson et l’échec de Donald Trump aux mid-terms. Deux événements qui ont leur part respective de mystère.

Pour Kherson, ou bien l’armée russe est au bord de l’effondrement ou bien Moscou affiche un gage de bonne volonté pour des négociations sous l’égide de la Turquie ce qui place à nouveau cette puissance au carrefour géopolitique quand l’Union européenne est mise sur le côté avec en sus ce petit écho venu du sommet de l’ASEAN présidé par le chef d’État indonésien Joko Widodo qui a rappelé que l’Asie ne devait pas être un champ de confrontation mais de stabilité. Ainsi dans ce conflit entre Russie et Ukraine, est-ce l’Asie qui se place à la première loge ne voulant pas que les euro-américains croient faisable une répétition du XIXe siècle où l’aire atlantique forçait l’ouverture des ports…Une Asie où l’Iran bouillonne, s’insurge, tente de s’extirper d’un carcan théocratique et où il ne faudrait pas, en cas de renversement politique, que les États-Unis s’y redéploient mettant alors à mal cette quête asiatique pour l’équilibre et l’autonomie. L’Iran basculant, l’effet domino serait redoutable.

Le champ de bataille en Ukraine est limité celui de sa signification est eurasienne. Et c’est bien là le hic pour les États-Unis qui viennent de connaître des mid-terms énigmatiques. La défaite de Donald Trump n’est pas non plus la victoire de Joe Biden, c’est, je le pense, la consolidation frontale des oppositions qui ne pourront aller que de mal en pis. Dans le monde clos ou fini où nous sommes et où nous sommes amenés à rester faute d’une planète exutoire et de la technologie adéquate, l’idée même de l’hyperpuissance ou de la prépotence devient de plus en plus un handicap. Jusqu’alors l’extension extérieure se justifiait par l’inconnu ou bien aussi par la nécessité de posséder tel ou tel point géographique pour assurer sa force ; mais, aujourd’hui dans le monde fermé où les distances ne sont plus, la nation la plus puissante ne noie dans le brouhaha et ne peut qu’exacerber autrui. Or, les États-Unis, depuis la destinée manifeste surgie vers 1845 dans le moment où la défaite mexicaine offrait une expansion territoriale, en réalité, envisagée dès la guerre de 1776, les partis politiques américains, après le moment sécessionniste (1861-1865), se sont retrouvés autour de l’America first qui fut un assaut vers le monde et d’abord vers l’Europe qui par ses empires coloniaux formait un barrage nocif. Une fois évanoui l’empire européen, s’étalèrent les États-Unis dont l’apothéose sera la disparition de l’URSS en décembre 1991. Cette fin de l’histoire chère à Fukuyama se comprenait comme la juste révélation messianique américaine. Mais c’est l’après qui pose un problème. Certes, comme la bien écrit, Pierre Conesa, la fabrique de l’ennemi quand on possède le langage et la narration, est une grande aisance à ceci près que cette mise en scène du « mauvais » n’est possible qu’à une petite échelle.

Ce qui se produit sous nos yeux en Ukraine est assez révélateur à la fois de la continuité du scénario et des obstacles qui en empêcheront demain la répétition ou si elle se fait, elle sera d’un coût de plus en plus lourd pour le producteur/réalisateur.

L’entrée en scène de l’Asie en qualité de continent, d’aire géographique où des pays bien immenses (Russie, Chine, Indonésie, Inde, Turquie (plus les pays turcophones)…..etc.) sont les moteurs sans lesquels le monde ne fonctionnerait plus, bouleverse le monde clôt. Dans le resserrement du monde que nous commençons à arpenter, cette masse sera très difficile à manœuvrer, la diviser sera hors de prix, y entretenir des rivalités un jeu dangereux.

Kherson est à sa manière un point mid-term géopolitique conflictuel, de même que les élections américaines à mi-mandat. Deux mid-terms apparemment absorbés par un monde liquide et interdépendant qui font fi, par exemple, de plaques tectoniques: climatique, migratoire, démographique.

Jean Vinatier

Seriatim 2022