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jeudi 14 mars 2024

Paix et Guerre n°9 : Débat du 12 mars à l'AN sur l'accord de coopération franco-ukrainien par Caroline Galactéros N°5753 18e année

 « Chers Amis, La vidéo d'aujourd'hui est consacrée à la situation en Ukraine, notamment au débat qui a eu lieu ce mardi 12 mars à l'Assemblée Nationale concernant l'accord de coopération entre la France et l'Ukraine, ainsi que la position des Etats-Unis sur la question. La chaîne a besoin de vous pour grandir ! 

L'objectif des prochaines semaines est d'améliorer la qualité des vidéos et, à terme, de vous proposer plus de contenu. Cette chaîne Youtube dépend uniquement de la monétisation et de vos dons. J'ai donc mis en place une cagnotte Tipeee. Pour aider Paix et Guerre, rendez vous sur ce lien : https://tipeee.com/paix-et-guerre-par...

Jean Vinatier Seriatim2024

jeudi 5 octobre 2023

Caucase : enchevêtrements N°5706 17e année

 L’offensive menée par l’armée azérie contre la république auto-proclamée du Haut-Karabagh a été rapide et violente mettant la communauté internationale devant le fait accompli. Certains évoquent une seconde étape de la part de Bakou qui viserait à établir de facto un corridor, à travers le territoire arménien, reliant l’Azerbaïdjan à la république autonome du Nakhitchevan dont la Turquie est garante depuis le traité de Moscou (1921). Jusqu’alors l’exclave du Nakhitchevan jouissait d’une relative tranquillité quoique bordée par la Turquie, l’Iran et l’Arménie.

Le Caucase est une région explosive depuis des siècles du fait des mélanges ancestraux ou des enchevêtrements des populations, des religions, d’une géographie montagneuse rendant les communications difficiles. Le Caucase est aussi un nœud géostratégique renforcé par les abondances, pétrolifère, gazière.

A l’historique des puissances régionales qui se veulent aussi caucasiennes (Turquie, Iran, Russie) s’ajoutent celles éloignées, USA, Israël et même l’Union européenne qui appuie l’entrée de la Géorgie dans l’Otan et l’Union1. La récente inclination du premier ministre arménien, Nikol Pachinian, vers l’Otan dans un souci de rééquilibrage de ses accords avec la Russie n’abaissa pas les tensions, Moscou y voyant un lâchage en plein conflit russo-ukrainien : notons que le Président Zelenski appuie Bakou contre le Haut-Karabagh en référence au Donbass2.

 

L’enclave du Haut-Karabagh et l’exclave du Nakhitchevan résultent des découpages soviétiques à la suite des existences éphémères des multiples républiques caucasiennes socialistes nées après la chute de Nicolas II en mars 1917. La fin de l’Union soviétique en décembre 1991 ne résolut pas les problèmes, les États, arménien, azéri naquirent abrupto3. Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en mars 2000, ce dernier s’est fixé de rétablir la Russie dans sa puissance géopolitique et bien évidemment le Caucase par sa situation devenait un enjeu majeur déjà secoué par les guerres tchétchènes puis le dossier Géorgien en 2008.

 

La question que l’on pourrait se poser serait la suivante : qu’est-ce qui a incité le Président Ilham Aliev a lancé cette opération spéciale pour reprendre une terminologie russe ?

Sans doute, la rencontre entre l’ambition de Recep Erdogan de rapprocher les pays turcophones d’Asie (les langues, azérie et turque sont intelligibles) et la concentration des moyens militaires russes contre l’Ukraine facilitèrent cette opération, l’Arménie étant un pays faible, sans ressource énergétique ? A cela, s’ajoute l’intérêt américain qui veut en Asie, barrer les routes de la soie à la Chine, fixer la Russie en-deçà du Caucase. Or Bakou est proche, de Washington, d’Ankara, membre fondateur de l’Otan. De l’autre côté, la présidence Aliev accepte d’écouler le pétrole russe en plus du sien faisant fi des sanctions décidées par les Occidentaux, sans soulever la moindre protestation et dans le même temps devient un fournisseur en gaz aux européens, et veille à garder ses bonnes relations avec l’Iran où vivent plus de 12 millions d’azéris ; Téhéran4, de son côté soutenant l’Arménie par crainte de non-accès à la mer noire et à la Russie, son partenaire stratégique !

Sans savoir si oui ou non, l’Azerbaïdjan poursuivra ou non son objectif de corridor de Zangezur vers le Nakhitchevan, nous voyons bien se dessiner un blocage géopolitique et géostratégique, chacun des acteurs étant tenu par l’autre à moins d’enflammer l’ensemble du Caucase:

-        -La Russie ne peut intervenir directement au risque d’une représailles azérie

-       - L’Azerbaïdjan ne courra pas le risque de perdre le fructueux marché avec l’Europe,

-        -la Turquie conduisant sa politique d’influence en oscillant de deux côtés doit rester en équilibre,

-        -l’Iran, à peine, son assise régionale reconnue les BRICS et les accords avec Riyad via la Chine est trop fragile,

-       -LesÉtats-Unis qui entrent en campagne électorale, peineront à trouver des Etats prêts à envoyer au front des soldats d’une part, et d’autre part ont des arsenaux réduits par le soutien à l’Ukraine

-      - l’Union européenne complétement attachée à Washington n’est pas en position de troisième voie : la preuve en est avec le sommet de Grenade organisé dans le cadre de la CPE (Communauté politique européenne qui regroupe 50 Etats dont le Royaume-Uni et la Géorgie ) initié par Emmanuel Macron où seront absents, la Turquie et l’Azerbaïdjan.

-       -L’Arménie par le choix de son premier ministre de reconnaître le Haut-Karabagh comme entité azérie dans le même temps où s’opérait un rapprochement avec l’OTAN donne un avantage aux « Occidentaux » dont les Turcs et Azéris profitent pleinement. Mais Erevan risque gros dans cette affaire de repositionnement géostratégique entre le marteau russe (même affaibli) et l’enclume otanienne (turco-américaine) un peu trop au bon vouloir d’Ankara.

-    -La Chine qui commence tout juste à prendre ses assises en Afghanistan ne peut pas compromettre les routes de la soie. Elle se place, aujourd’hui, trop loin du front des hostilités.

 

Le Caucase ne fait pas mentir son histoire antiquement enchevêtrée qui forme, peut-être, le barrage le plus efficace pour qu’une seule puissance la gouverne totalement et durablement bien aidé par une géographie montagneuse obstacle à des escalades géostratégiques.

 

Après les événements dans le Sahel africain, s’amène celui du Caucase prouvant que les essais d’extension du conflit russo-ukrainien par des nouveaux fronts sont difficiles, escarpés5 : on ne court pas plusieurs lièvres à la fois….

 

Notes :

 

1-Le Royaume-Uni autrefois était très influente pour contrer la descente russe vers les mers chaudes : lire La mort du Vazir-Moukhtar de Iouri Tynianov (1928) récemment réédité par Gallimard

2-le soutien d’Israël au gouvernement azerbaidjanais contre l’enclave du Haut-Karabagh n’est pas sans lien avec le conflit palestinien.

3-Idem pour l’Ukraine où lors de son indépendance, la Russie ne contesta pas la possession de la Crimée à Kiev alors que son rattachement à l’Ukraine soviétique était une décision administrative de Nikita Khrouchtchev.

4- L’Azerbaïdjan et l’Iran sont d’une part de confession chiite, d’autre part l’Azerbaïdjan est vue comme territoire zoroastrien

5-Regardons ce qui se passe en Finlande  

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

jeudi 25 mai 2023

Arménie : adieu le Haut-Karabagh ? N°5690 17e année

 Sur la question arméno-azérie qui l’emportera : les USA ou la Russie ? Ce jour une réunion est prévue à Moscou entre le Président Poutine et ses homologues, arménien et azéri. Quelques jours plus tôt, le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian se déplaçait à Washington et à Bruxelles pour envisager, déjà, la signature d’un trait de paix à Chisinau, la capitale moldave le 1er juin. L’Arménie serait prête à reconnaitre la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabagh, enjeux conflictuels depuis des décennies,  en échange de la garantie de la protection des populations arméniennes. Ce serait un bouleversement caucasien et au-delà car le Caucase est un chaudron qui historiquement ne s’est jamais éteint quels que soient les empires qui le prétendirent et nous ramène à des siècles historiques si lointains et si présents.

Pauvre Arménie dont l’histoire glorieuse fut courte et dont les derniers rois, ceux de la maison française de Lusignan ne régnèrent plus que sur la Cilicie bien loin d’Erevan…Mais aujourd’hui, le conflit russo-ukrainien parce qu’il dure et sans doute parce qu’il le doit, s’étend, atteignant au Caucase, le balcon sur l’Asie centrale, direction la Chine. C’est un secret de polichinelle les USA rêvent d’une OTAN à Tbilissi et à Erevan avec en prime certainement l’incorporation à l’Union européenne : une Europe qui court derrière Washington sans réfléchir une seule seconde si ce suivisme est de son intérêt ou pas.

Rien n’est en encore fait car le président azéri, LLam Aliyev a de bonnes relations avec Poutine et Erdogan et nous ne sommes pas à l’abri d’un coup de théâtre. La Russie investie dans l’Ukraine peine visiblement à garder des forces suffisantes pour rassurer l’Arménie qui se sent encerclée par l’Azerbaïdjan : au-delà du Haut-Karabagh il y a la république autonome azérie du Nakhitchevan, autrefois majoritairement arménienne qui a subi de la part de Bakou les pires tourments : déplacement des populations et destruction totale de toutes les églises et monastères. Sur ces faits, on peut douter de la viabilité de la protection de la population arménienne dans le Haut Karabagh et que les Américains penseraient régler à coup de dollars s’ils l’emportaient.

En 2023, l’Arménie est encerclée ou cernée par Bakou soutenu par Ankara, deux capitales qui tiennent malgré tout à garder deux fers au feu : d’un côté les USA, de l’autre la Russie avec en arrière-plan, l’Iran. On peut se demander si son choix de se placer sous l’égide américain serait véritablement la bonne option. Karine Bechet-Kolovko, dans son article sur ce sujet cite l’ancien ministre des Affaires étrangères, Vardan Oskanyan :

"La communauté internationale et l'Azerbaïdjan doivent être conscients que la décision de Pachinian (sur la reconnaissance du Karabakh comme faisant partie de l'Azerbaïdjan) n'apportera pas la paix entre les deux peuples. Même si le Premier ministre signe le document, ce ne sera qu'une déviation temporaire du cours naturel de l'histoire"1

Les Américains sont dans leur logique de containment de la Russie avec une lecture peut-être trop lisse des antagonismes et des histoires caucasiens. Erevan qui jouissait, avec la Russie d’une liberté totale la perdra certainement avec Washington qui aura en plus l’idée d’attiser le patriotisme arménien pour contenir la Turquie et l’Azerbaïdjan : jouer avec de la dynamite…sans oublier qu’au Caucase l’Iran exerce une influence et que la Russie même écartée en gardera une aussi ?

Quant à l’Union européenne…son suivisme tient lieu de maxime sans s’apercevoir que la Géorgie quoique via sa présidente ne cesse de parler d’appartenance européenne (où est-elle historiquement ?) ne suit pas pour des motifs de politique intérieure les sanctions antirusses rendant plus compliquée son otanisation : sur le chemin d’Erevan, Tbilissi n’est pas une étape si sûre.

Source :

1-https://russiepolitics.blogspot.com/2023/05/haut-karabakh-les-etats-unis-reprennent.html

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

jeudi 29 septembre 2022

Ukraine, North Stream : au bout l’allumette totémisée? N°5900 16e année

Avec les derniers sabotages intervenus sur les gazoducs North Stream, se confirme ce dangereux cheminement vers des sentiers de plus en plus incertains, de moins en moins balisés avec au bout, l’allumette totémisée…

Dans un monde placé de plus en plus en mode résilient qui confine à l’apathie sur tout, ces dernières actions dans le cadre du conflit en Ukraine, grandissent donc cet immobilisme de l’homme. Certes, les sanctions succèdent aux sanctions, les campagnes communicationnelles se succèdent les unes aux autres, les principales étant du côté Atlantique, celle russe étant quasi invisible même si l’on nous répétera du matin au soir que nous succombons à leur propagande. La guerre psychologique a une puissance au moins aussi grande que la bataille sur le terrain, idem pour les outils financiers et monétaires qui peuvent par des mouvements soudains déstabiliser l’adversaire et décourager les éventuels alliés ou soutiens.

Avec la guerre en Ukraine, nous vivons dans un conflit à la fois localisé mais totalement globalisé dans les moyens. Dans ce domaine, les États-Unis jouissent d’une prépotence incontestable qui masque actuellement leurs maux intérieurs et d’une façon plus profonde leur appréhension à ne plus être la puissance des puissances. Sans doute les États-Unis ont réussi un coup imparable en précipitant l’opération spéciale russe en Ukraine, un acte qui permettait la scénarisation (peu importe les souffrances pour les populations ukrainiennes) et l’installation d’une narration jusqu’à maintenant impeccable. Néanmoins, le grain de sable dans la stratégie et la tactique est, sans doute, le calcul trop juste de la résistance russe aux punitions et mesures coercitives contre de simples citoyens russes (les oligarques sont, quoiqu’on en dise, relativement épargnés notamment dans les paradis fiscaux). Actuellement c’est le refus de russes d’aller combattre en Ukraine qui autorise à écrire que la population se retournerait contre le maître du Kremlin. Quand des milliers d’Américains fuyaient au Canada, au Mexique pour ne pas aller se battre au Vietnam, les États-Unis s’effondrèrent-ils ? Non. Quand en 1914 et 1939 des milliers de Français refusèrent la mobilisation générale, les français se retournèrent-ils contre leur gouvernement ? Non. Ce qui immobilise avant de l’écrouler un régime est la désertion massive ou bien l’insurrection au sein de la troupe ou bien encore la déroute militaire sur fond, généralement, de mauvais approvisionnements de la population.  A priori, la Russie n’est pas arrivée à ce stade. Mais le but étant de démoraliser l’ennemi, d’y semer la discorde, placer sur un même plan psychologique le refus de la mobilisation et la déroute, est un acte de guerre à part entière qui a son sens.

Cependant, on a le pressentiment que d’une part, les propos de Vladimir Poutine ne sont plus pris au sérieux (il ne s’agit pas de savoir s’il dit vrai ou pas mais de bien le lire entre les lignes) ; d’autre part, que la fuite en avant ne serait que le seul fait de la Russie…Bref, émerge l’invulnérabilité d’un côté, son contraire de l’autre. Cette affirmation Atlantique qui vise aussi la Chine la fait opérer sur deux champs conflictuels, le premier étant en phase active, le second en cours de façonnage en Asie qui serait le coup d’après. Une vision qui fait fi que Pékin tire bien naturellement les leçons de tout ce qu’il ne faut pas faire, que l’Inde sait bien que les flatteries adressées ne le sont que dans le cadre indopacifique tel que le regarde l’axe anglo-américain. De même la Turquie, qui soutient l’Azerbaïdjan humiliant dans le sang l’Arménie sans que ni la Russie ni l’OTSC n’interviennent, la première par accaparement sur le front ukrainien, la seconde faute d’unanimité, qui fait le jeu américain tout en obtenant la liberté d’agrandir son champ d’intervention (Caucase) sans pour autant songer, actuellement, à la formation d’un continuum turcophone économique et militaire.

Débuté en février 2022, le conflit abordera en octobre son huitième mois où l’on voit que les Balkans, l’Afrique, l’Asie caucasienne sont, désormais, des espaces plein de mèches. Le danger est bien l’extension guerrière qui oblige par le nombre des acteurs à s’assurer la maîtrise d’aires géographiques qui auront nécessairement des failles. La fuite en avant de Vladimir Poutine me parait moins certaine que celle du monde Atlantique. Les avertissements relayés dans nos médias des chinois, des indiens auprès des russes s’adressent tout autant à nous mais nous ne le les lisons pas. Ce qui me fait craindre un pas de trop de côté, c’est bien notre morgue qui nous placerait à la merci d’un geste de trop qui ne préviendrait pas.

Sans en avoir l’air, nous quittons le champ de la raison pour épouser celui de la puissance à maintenir coûte que coûte. La diffusion récente d’une carte où la Fédération de Russie serait découpée en plusieurs entités (ce fut le cas au début des années 2000 pour la péninsule arabique) est dans cet ordre (la France a connu des plans de découpage qui circulaient dans les valises diplomatiques, par exemple : 1716, 1814, 1944)

Le dollar et l’Otan sont des armes redoutables face à une seule puissance quelle quelle soit, elle l’est moins face à deux (Russie/Chine) et moins encore face à trois (Russie/Chine/Inde), des armes moins redoutables aussi face à l’hermétisme ou au masque : opiner devant et par en dessous agir selon soi.

L’allumette totémisée est face à nous tous…..

Jean Vinatier

Seriatim 2022