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jeudi 16 septembre 2021

Australie : échec français, solidarité anglo-américaine N°5709 15e année

L’élimination du chef de l’État islamique au Grand Sahara, Adnan Abou Walid al Sahraoui, qui a déjà son successeur, est un succès qui n’efface pas la déconvenue française en Australie. Sydney a annulé la commande pour un montant de 56 milliards d’euros de sous-marins français. L’axe indopacifique, initié historiquement par les Japonais, que les États-Unis promeuvent indique clairement que sur le plan militaire, l’union anglo-américaine prévaut sur tout.

La France savait son succès fragile, le royaume australien étant lié militairement aux États-Unis, le Royaume-Uni veillant simplement à ce que ce continent ne rompit pas son appartenance au Commonwealth. Une fois de plus, il est montré que Washington fait ce que son intérêt lui commande (comme en Afghanistan).

La France seule face à Londres et Washington qui enserrent Sydney, ne pesait pas lourd. Avec l’Union européenne, en aurait-il été autrement ?

Sur le papier a joué cette absence de l’Union européenne derrière la France pour négocier le contrat sous-marin. La présidente de la Commission de l'Union européenne, Ursula Von der Leyen, n’appelait-t-elle pas, ce 15 septembre, à renforcer l'autonomie économique, industrielle mais aussi militaire de l'Union ? La fameuse "Union de la défense" sur fond de désunion interne !

Il faudrait que l’Union européenne devînt réellement une puissance politique, détachée de l’OTAN : en un mot, souveraine ! L’on sait bien qu’Emmanuel Macron qui présidera l’Union à partir du 1er janvier 2022, fera de l’Europe puissance son crédo pour ébahir son électorat que l’Union fera mine ne de pas contester jusqu’au second tour de l’élection présidentielle française. Le fait est que nous sommes à des années lumières de toute défense européenne et par conséquent de toute vision géopolitique et géostratégique. Cette apathie se voit dans la mise en œuvre de l’axe indopacifique où la France, par ses présences, notamment, militaires, depuis l’Afrique d’abord continentale puis de Mayotte à Tahiti, est de facto embarquée.

Pour l’heure, le Royaume-Uni, débarrassé du carcan européen, reconsidère le Commonwealth, se place sans problème sous l’aigle américain dont les yeux sont très souvent britanniques : Londres, tout en se défaisant de l’Empire, a veillé à garder, à la fois suffisamment de réseaux, à ne jamais cesser d’envisager le futur, à avoir sur le « cousin américain » un temps historique plus étendu et mieux appréhendé.

Joe Biden profite de l’accord intervenu avec l’Australie pour réactiver le Quad (Japon, Inde, Royaume-Uni, USA) face à la Chine devenue la puissance négative, après avoir été tant d’années l’atelier du monde pour le plus grand profit de financiers dont les américains. Le départ précipité de Kaboul de l’armée américaine sans consultation aucune de ses alliés n’empêcha pas tous les poncifs au moment de la commémoration des tragédies du 11 septembre et surtout, les adhésions à l’idéal de puissance depuis Washington ! Avec de tels partenaires aussi rampants, pourquoi voudrait-on que les États-Unis s’embarrassent de prévenance envers une Europe qui ne semble plus ni les inquiéter, ni effrayer les Chinois, l’Allemagne de la chancelière Merkel ayant rempli toutes les cases pour cela !

Cependant, la mise sur orbite de l’axe indopacifique sert aussi les intérêts japonais qui le voient comme une opportunité remarquable pour regagner des influences. Si en Europe le nazisme a tétanisé et généré la culpabilité permanente, en Asie, les atrocités japonaises se dissolvent apparemment dans le temps et ne gênent donc pas l’empire du Soleil levant dans ses ambitions. L’Inde, secoué par l’été afghan, ne parait pas disputer le leadership aux Américains face à la Chine. Mais, elle se montre prudente et ne s’éloigne pas trop de son partenaire russe. L’Inde est membre du Quad mais, je le pense, un membre oscillant.

Au-delà du Quad et de la Chine, se trouve l’Asie, un continent qui saisit bien qu’il est désormais le centre mondial et qui n’entend pas se livrer à des conflits internes sanglants pour le contentement d’une tierce puissance.

La France a démarché l’Australie car elle regardait justement cette occasion comme une manière d’être incontournable dans cet espace Pacifique trop longtemps délaissé comme on le voit en Nouvelle-Calédonie. Cette intrusion manquée éclaire notre solitude, notre faiblesse. La France a sciemment déléguée sa souveraineté, à une Union sans puissance, à l’OTAN où nous n’avons aucune manette. Notre pays mesure chaque jour qu’au Sahel sa situation effritée, poreuse, la disparition d’un chef islamiste n’étant qu’un grain de sable en moins dans un désert.

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

jeudi 29 juillet 2021

Général Lecointre : réflexions et sentiments en fin de CEMA N°5675 15e année

 A la  minute 11 :09 début du général Lecointre.
 
Très instructive intervention en Sorbonne du général Lecointre qui est comme homme tout à fait haut mais en reflétant aussi son temps et ses rencontres politiques où les vues échangées ne sont pas nécessairement concordantes. En lisant entre ses mots, on résumerait qu’il a dû parfois être « plus royaliste que le roi ». 
Pour la France forcément dépendante comme le sont aussi tous les États et toutes les économies, États-Unis et Chine inclus, les voies stratégiques s'étroitisent et les sentiers tactiques s’escarpent : dilemme du monde global qui contraint y compris la première puissance à éprouver une impuissance tout en se persuadant du contraire. 
Quoique que l’on pense de notre délitement, la France est monde par sa présence, sur trois océans (Atlantique, Indien, Pacifique), deux mers, la méditerranéenne, la caribéenne, spatiale aussi et intercontinentale par nos établissements où ceux du Pacifique nous obligeront…ce qui avance la délicate question des moyens et surtout de la constance desdits moyens.
L’armée française est, un peu comme le canard de Robert Lamoureux : quels que soient les coups reçus, elle est toujours vivante. Ce point, sur lequel le général Lecointre a naturellement insisté, en remontant à la source capétienne pour en souligner la profondeur que la Révolution elle-même ne put ni biffer, ni détruire mais bien au contraire lui accorder une puissance plus redoutable par le basculement du soldat du Roi au soldat-citoyen. C’est bien cette antiquité militaire qui fait que la France étant la seule armée réelle dans l’Union européenne, elle soit évidemment dans la proposition d’une défense européenne ou des opérations communes ce qui fait aussi, qu’elle heurte les craintes d’une prépotence de la part des États de l’Union qui pensent que l’OTAN convient et supplée à tout. Le nœud gordien n’est pas près d’être tranché quand les périls eux ne se reposent pas, ils marchent ce que rappela le général Lecointre, ici et dans ses deux entretiens accordés récemment au Figaro.
  Jean Vinatier 
Seriatim 2021

 

lundi 26 avril 2021

France : L’armée entre en scène N°5669 15e année

La tribune publiée dans Valeurs actuelles par des militaires à la retraite (signée par une vingtaine de généraux, une centaine d’officiers supérieurs et un millier de militaires d’autres grades) a jeté un froid. Il ne manquait plus qu’eux dans une France atteinte dans tous ces corps par les doutes. Quel corps de métier ne peste-t-il pas contre les dégradations et les violences ? Quel citoyen n’est-il pas vexé par le souhait d’Emmanuel Macron de « déconstruire notre propre histoire » ?

La première fois que l’armée française entra dans le champ politique ce furent les 13/14 juillet 1789. N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon ou à Florence Parly, le 14 juillet honore une désobéissance au Chef de l’Etat (à l’époque au Roi) : c’est grâce à elle qu’il y eut la reddition de la Bastille. On l’oublie trop, mais outre l’implosion des trois ordres en juin 1789 (Clergé, Noblesse, Tiers-Etat), il y eut celui de l’armée.

L’armée précipita l’abdication de Napoléon Ier à Fontainebleau, précipita le départ, de Louis XVIII en mars 1815, celle de Charles X en juillet 1830, permit le coup d’état du 2 décembre 1851. Si à la fin du XIXe siècle il y eut des velléités d’actions fortes au moment du boulangisme (général Roget 22 février 1899), l’armée se tint apparemment coïte bien que la quasi-totalité des officiers adhérèrent ou sympathisèrent à la Cagoule (Voir les travaux de Lacroix-Riz). En 1940, l’armée tint le devant de la scène, du côté du Maréchal Pétain, du côté du Général (toute petite minorité), puis, ensuite entre 1958 et 1961 lors « des événements d’Algérie »1.

Depuis plus de deux siècles l’armée intervient dans le champ politique d’une façon ou d’une autre. Il ne faut donc guère s’étonner de découvrir cette tribune. L’on se choque beaucoup moins quand un syndicat policier rue dans les brancards. L’armée a une aura très singulière et noble parce qu’elle défend la patrie, un autel autour duquel se retrouve les Français. L’armée, très impopulaire dans les années 60, a largement regagné la faveur nationale. L’affaiblissement de la souveraineté via l’OTAN et l’Union européenne, travaille des esprits militaires. Les militaires prennent conscience qu’en combattant, à l’extérieur, avec peu de moyens dans le Sahel les bases de lancement djihadistes, ils apportent à ce quinquennat une fondation essentielle et qu’à l’intérieur, la plate obéissance des forces de l’ordre à meurtrir les Gilets jaunes, leur confèrent une bienveillance dont Vigipirate est le témoignage.

La tribune est donc l’arbre qui masque la forêt. Est-ce ce qui conduisit, après un long silence, la ministre de la Défense, Florence Parly, à monter au créneau, ce qui n’était pas habile, de même à croire les auteurs comme affiliés à Marine Le Pen parce que cette dernière les appelait à la rejoindre, un appel pas habile non plus ?

Désormais la publicité étant actée, l’armée entre sur la scène à un an de la présidentielle.

On se rappellera quelle manière, après le départ fracassant du général de Villiers en juillet 2017, Emmanuel Macron se fit coq (« je suis le chef ») devant des militaires qui ne l’applaudirent pas ! L’impopularité de Macron auprès des militaires n’est donc pas soudaine. Gageons qu’elle augmentât depuis….

L'armée est "muette" mais pas sourde....

Note :

1-Le putsch de mars 1961 par « un quarteron de généraux à la retraite » a laissé des traces dans la mémoire des Français nés dans les années 40. Ils se souviennent des alignements de chars dans le quartier de Montparnasse avec les fantassins leurs fusils en faisceaux. On peut se poser la question de savoir si les auteurs de cette tribune l’écrivent dans le souvenir de ce putsch avorté pour trois raisons : d’abord grâce à la presse qui informa les appelés du contingent lesquels ne voulurent pas suivre les ordres (deuxièmement) et troisièmement par l’ordre donné par Washington, à la VIe flotte américaine de faire feu contre les Transall. Le fait que Marine Le Pen appelle les militaires mécontents à la rallier a rappelé l’histoire de son père et de Tixier-Vignancour et de l’OAS.

La question serait de connaître la réception de cette tribune dans l’armée plus la gendarmerie et la police pour les vingt/cinquante ans, c’est-à-dire celles et ceux qui ne connurent pas le putsch.

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021