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vendredi 10 novembre 2023

Les BRICS au Moyen-Orient: vers un nouvel ordre régional? Par Joan Deas N°5724 17e année

20 septembre 2023

 « Joan Deas, directrice exécutive de l’iReMMO. Chercheure associée à la Chaire Raoul-Dandurand en Études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec à Montréal, à l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire (UQAM) et au Réseau Genesys de l’Université catholique de Louvain. Ses recherches se spécialisent sur les positions diplomatiques de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud dans le processus de résolution du conflit israélo-palestinien. Elle est l’autrice de l’article « Do Brics countries want to shape a new world order? » (Les pays des Brics veulent-ils façonner un nouvel ordre mondial?), paru dans la Revue internationale et stratégique, n°130, 2023. Modération: Carole André-Dessornes, géopolitologue, chercheure associée à la FRS, spécialiste des rapports de force en Méditerranée Moyen-Orient, autrice du livre Guerres silencieuses. Embargos et blocus au Moyen-Orient de 1948 à nos jours (Geuthner, 2022). » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

mercredi 25 janvier 2023

L’Amérique latine face à la guerre russo-ukrainienne par Kevin Parthenay N°5615 17e année

 

L’auteur pour Laviedesidées : « Kevin PARTHENAY est Professeur agrégé de science politique, enseignant-chercheur à l’Université de Tours, membre junior de l’Institut Universitaire de France (2022-2027) et chercheur à l’Observatoire Politique de l’Amérique Latine et des Caraïbes de Sciences Po (OPALC). Il travaille sur les relations internationales en Amérique latine et le régionalisme comparé. Il a publié Crises en Amérique latine. Les démocraties déracinées (2020) et A Political Sociology of Regionalisms (2019), ainsi que de nombreux articles académiques. »

 

« La guerre russo-ukrainienne remet en question la place de l’Amérique latine dans le jeu des nations. Les réactions sont loin d’y être unanimes, et entament l’unité du sous-continent, déjà fragilisé par des crises multiples.

L’invasion russe en Ukraine a provoqué un profond bouleversement international, ainsi qu’un réagencement des positions diplomatiques et stratégiques pour de nombreux États de la planète. L’Amérique latine n’est pas en marge de cette dynamique. Les positions des États du continent ont fait l’objet de profondes réflexions, questionnements, et parfois de virulentes critiques, notamment en raison d’une bienveillance à l’égard de la Russie. Bien que l’Amérique latine soit souvent reléguée à une position périphérique dans le jeu international, cette guerre fait pour autant écho à un certain nombre de principes et normes internationales pour lesquels les États latino-américains ont été historiquement des contributeurs de premier plan : le non-usage de la force, la non-intervention, l’interdiction des menaces nucléaires. La guerre russo-ukrainienne ouvre donc des questionnements fondamentaux sur la place qu’occupe l’Amérique latine dans le jeu des nations et la compétition pour le pouvoir global.

Cette interrogation est d’autant plus centrale que l’Amérique latine a, dans la période récente, vu son rôle et sa place sur la scène internationale mise en question, en conséquence d’instabilités politiques répétées. D’un côté, certains ont théorisé l’insignifiance (ou irrevelancia) de l’Amérique latine (Malamud et Schenoni 2021). En des termes plus nuancés, l’ex-diplomate chilien, Jorge Heine, a évoqué plutôt un risque de glissement de la « périphérisation » à la « marginalité internationale » (Heine 2021). Quels que soient les termes employés, ces diagnostics sont reliés à une conception classique de l’Amérique latine comme occupant une place secondaire dans les affaires internationales. Cette conception d’une position périphérique a été renouvelée pendant la crise sanitaire, les États de la région ayant été contraints de s’approvisionner à l’étranger pour obtenir des vaccins, des appareils médicaux, plaçant le continent au cœur d’une diplomatie sanitaire orchestrée par des puissances extérieures (Parthenay 2022 ; Malacalza et Fagaburu 2022). D’un autre côté, on pourra constater que les échanges avec la Chine ont augmenté de manière spectaculaire dans les dernières années, que les États-Unis ont affiché lors du dernier Sommet des Amériques (juin 2022) la volonté de renouer les liens avec le continent, que la Russie y a ou avait trouvé (avant l’invasion) une sorte de « refuge diplomatico-stratégique », et que l’Union européenne (UE) sous présidence espagnole se prépare à faire des relations avec l’Amérique latine une priorité. Dans un contexte ambigu qui voit le continent latino-américain être placé à la périphérie, mais dans le même temps être de plus en plus courtisé, la guerre russo-ukrainienne a indéniablement contribué à rebattre les cartes diplomatiques.

Si, par le passé, la convergence des positions diplomatiques latino-américaines a permis au continent de peser dans les affaires internationales (et notamment via l’élaboration des principes généraux du droit international), il apparaît aujourd’hui que ces mêmes États n’avancent plus aussi unis. En effet, les prises de position vis-à-vis de l’invasion russe en Ukraine ne sont pas homogènes et, ce, dès 2014 lors de l’annexion de la Crimée. Dans cette première séquence, la résolution n°68/262 de l’Assemblée Générale des Nations Unies (AGNU), du 27 mars 2014, a vu une dispersion des votes entre les États latino-américains. Si la Colombie, le Costa Rica, le Mexique et le Pérou avaient voté en faveur d’une condamnation de la Russie, l’Argentine, le Brésil, l’Équateur s’étaient abstenus. La Bolivie, Cuba, le Nicaragua et le Venezuela avaient quant à eux rejeté la résolution, en conformité avec leur très grande proximité vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine et d’une stratégie d’opposition ou de contestation systématique du multilatéralisme. Les votes de cette résolution ont largement préfiguré les divergences contemporaines observées après le début de la guerre en Ukraine.

Crises politiques et redistribution des cartes »

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/L-Amerique-latine-face-a-la-guerre-russo-ukrainienne.html

Jean Vinatier

Seriatim 2023

 

vendredi 29 juillet 2022

Avant le départ et le retour N°5888 16e année

 A grand peine ai-je pu traverser la place de la Concorde et son environnement immédiat ,  Anne Hidalgo validant à la file des chantiers ENEDIS et autres, entre les barrières non enlevées du Tour de France. Piéton, je mesure la dinguerie qu’est de marcher dans Paris, personne ne respectant rien et pas un policier municipal à l’horizon quant à celle nationale, elle détourne la tête. Il sera beau le péplum des JO du duo, Macron/Hidalgo qui dégoutera les parisiens pour cent ans de cette compétition plus financière que sportive et , surtout, abimera Paris mais les deux s’en moquent tant ils vont dans l’ivresse, le premier le nez, dans la poudre, la seconde s’adorant, les deux sont des despotes déjantés petits bourgeois sans le délire d’un bas empire qui jetterait quelques feux magnifiques avant de succomber aux virils coups de glaives  des goths.

De ce désordre médiocre, si car les chantiers sous Napoléon III s’ils ont cassé la tête des parisiens et alimentés l’impopularité de l’Empire, au moins la IIIe République hérita-t-elle d’une capitale moderne avec pour la première fois de la verdure et des fontaines à foison, s’étonnera-t-on de vivre un second mandat sans queue ni tête ni majorité ?  Face à nous des centaines d’élus qui sont autant de canards sans têtes qui courent, virevoltent, se bouffent le bec avec d’autant plus de vigueur mesurée que nul ne voulant d’une dissolution chacun des canards étêtés prend soin de la tête de l’autre…

Dans ce cadre arriva le prince héritier d’Arabie Saoudite qu’Élisabeth Borne appelle Monsieur mais dont il faut bien serrer la main puisque grâce à notre suivisme dans les directives  américaines et les admonestations quotidiennes d’un Zélensky tout grimé pour Vogue dans un décors reconstitué de « Berlin année zéro », nous en sommes à quémander ici et là  du pétrole et du gaz à votre bon cœur…Adieu le corps équarri de Khashoggi, place à l’aubaine pour un tel prince de se voir courtisé et flatté. Mais gare à lui, car les européens tous bas qu’ils sont, ont des résurgences d’autorité (avec un GPS américain) et peuvent aussi se pourlécher de voir agonir un Kadafi quand bien même détruiraient-ils un pays tout entier ce qu’est la Libye ! A peine le descendant de ibn Saoud était-il reparti que notre Macron s’envolait pour une tournée africaine en quasi parallèle avec celle du ministre Lavrov qui réussissait un beau coup en Égypte où perfidement nous faisait bénéficier d’une commande de blé par le maréchal Al-Sissi qui n’est pas un blé tendre ! Notre pauvre Macron est en Afrique un piètre évangéliste ou missionnaire car, hors la morale et la repentance, les États visités restent sur leur faim. La Russie si elle n’exerce pas une influence sur ce continent comparée à d’autres, elle sait par des coups d’échec affaiblir comme il faut, ici, la France bien paumée dans l’espace sahélien. Du pré-carré africain, nous devînmes des gardiens de chasse puis des agents de sécurité pour d’autres puis maintenant des passagers presque clandestins. Le trait est forcé mais il faut bien montrer ce qu’est de n’être plus souverain de n’avoir plus par conséquent de politique, de vision, de constance et des moyens économiques pour asseoir notre géopolitique.

Eh oui l’Union européenne est entrée dans une grande crise avec celle politique et financière italienne, les révoltes paysannes, hollandaises, albanaises soigneusement cachées aux français par nos médias avec de l’autre côté de la Manche, un choix assez important pour succéder à Boris Johnson qui briguerait l’Otan. Ou Liz Truss qui confond la Baltique avec la mer Noire entre au 10 Downing Street la russophobie aux basques le tout enrubanné d’inculture et de de bêtise ou bien c’est l’audace et le risque de laisser arriver Rishi Sunak qui a compris, sur le tard la nécessité pour plaire en campagne d’être sinophobe, russophobe. Je crois qu’après le Brexit qui est à la fois réussi en cela qu’il s’est fait mais raté en cela que Londres ne sut pas avoir une voie médiane entre Washington et Moscou y ajoutant l’ignominie de l’expulsion de Julian Assange, traité comme un irlandais, le Royaume-Uni d’une Reine âgée qui a vu le pays passer de l’empire à la descente de lit, la situation politique britannique arrive dans une impasse.

L’Union européenne dont l’Allemagne était censée être la tête et les jambes commence sérieusement à battre de l’aile, la germanique Ursula Von der Leyen sur laquelle pèse de sérieux dossiers de corruption n’a ni l’appui véritable d’Olaf Scholz ni celle des états membres notamment sur la question du gaz. Mais réjouissons-nous le charbon arrive depuis l’Ukraine, les mines à charbon rouvrent à toute vitesse sans que les écologistes ne pipent mot, le point fondamental pour eux n’étant pas la qualité de l’air mais qu’il n’y ait plus d’aire russe rendant l’environnement, au passage, assez nucléaire. Depuis Moscou capitale d’un pays qui devrait selon notre si brillant Bruno Le Maire, être au moins à l’agonie sinon mendiait la portion congrue, les pions avancent, Vladimir Poutine va et vient et prépare d’énormes manœuvres militaires pour septembre avec certainement la participation chinoise puisque selon nos médias, la Russie aurait mis toute sa puissance en Ukraine, il lui faut bien faire démentir cette vantardise européenne….Pas loin, le rusé et matois Recep Erdogan se frotte les mains tellement il sait que l’on a besoin de lui voilà un homme qui peut dire oui et non à tout le monde à tour de rôle. Et cette brave cache européenne cherche du regard son berger américain confronté à une situation intérieure que l’on néglige toujours de regarder en face ici. Or les USA entre inflation et récession ont à aborder des questions intérieures qui traversent les 50 États rendant d’ailleurs la sécession impossible. Au-delà des migrations, de  la pauvreté,  des courants wokistes, cancel, lgbtqia+, il y a en toile de fond cette séparation entre les territoires intérieurs et ceux littoraux, Pacifique, Atlantique, une séparation divisant démocrates et républicains. Les mid-terms américains de novembre prochain seront certainement une mèche jetée sur un baril.

Les États-Unis sont la première puissance et l’on peut noter les failles comme, sans doute, certains Romains l’annotèrent dès le début du IIIe siècle mais Rome ne sombra qu’à la fin du Ve siècle et encore dans sa seule partie, celle orientale tenant jusqu’à ce que les Occidents la dépouillent en 1204. Ce rappel pour dire qu’une puissance première parmi les autres met du temps pour passer et encore même disparue, Rome, par exemple, laissa le latin durant des siècles (le Hongrie jusqu’à la fin du XIXe siècle). Il faut donc se garder de tout rêve « de chute » n’interdisant pas qu’à la faveur d’événements successifs et de choix assumés, les accélérations entrent sur la scène ravageant tout.

Je pense que l’ère des valeurs atlantiques est révolue, celles à venir d’Asie, d’Afrique (dont une partie est tournée historiquement vers l’Asie comme l’Égypte et le Maghreb via les Ottomans) sont dans les limbes si nous considérons que leurs valeurs auront vocation à l’universalité. Jusqu’à maintenant l’Europe puis les États-Unis y prétendirent. C’est donc un moment nouveau où un monde s’affaisse avec des sursauts violents et sanglants et des  mélancolies diverses au point de ne pouvoir reprendre la main qu’en créant de toute pièce des « hommes neufs «  (human real)  quand un autre est supposé survenir ce qui n’est pas certain au sens où nous le définissons, le tout sur fond de monde clos sans inconnu, l’inconnu qui fit que l’homme sorti deux fois d’Afrique, aujourd’hui, il sortirait plus de nulle part : cette fin d’inconnu serait-elle notre apocalypse ?

 En attendant, demain j’enfourcherai mon vélo pour un long périple, rendez-vous en septembre

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022

vendredi 22 juillet 2022

Equateur : « il se passe des choses étonnantes par Philippe Descola N°5885 16e année

 

Philippe Descola : « il faudrait « une demi-douzaine de vies » pour [en] faire l'ethnographie totale »

« Florian Louis pour le Grand continent : Quelles ont été les premières images, les premières lectures qui vous ont fait découvrir l’Équateur ? 

Mon père, Jean Descola, était un historien de l’Espagne et de l’Amérique Latine. J’étais donc familier de l’Amérique Latine depuis l’enfance à travers les livres. J’avais lu ceux écrits par mon père ainsi qu’une partie de l’importante documentation qu’il avait accumulée à la maison. L’histoire et la géographie de l’Amérique Latine ne m’étaient donc pas étrangères. C’est pourquoi lorsqu’il s’est agi, plus tard, de chercher un terrain, c’est vers l’Amérique Latine que je me suis tourné, d’autant que je parlais espagnol, ce qui était un bon point de départ. Il se trouve que mon père était également ami avec un diplomate équatorien, amoureux de la France, qui y avait fait ses études et qui s’était arrangé pour être nommé à Paris et y rester. Souvent, lorsqu’il dînait à la maison, j’écoutais les histoires qu’il racontait à propos de son pays. J’avais ainsi des échos de ce qu’était ce petit pays andin sur lequel on savait peu de choses car la presse n’en parlait jamais, si ce n’est pour annoncer les coups d’État qui s’y produisaient régulièrement.

J’en avais donc une idée assez romanesque qui s’associait également à la lecture d’ Ecuador, le journal de voyage qu’encore jeune homme, Henri Michaux avait rapporté de son séjour en Équateur avec un passage par l’Amazonie équatorienne et le rio Napo, puis l’Amazone, pour aller jusqu’à la côte Atlantique. Il parle très bien de l’Équateur dans cet immense périple. J’avais aussi été frappé par L’homme à cheval de Drieu La Rochelle dont l’action se situe dans une Bolivie un peu fantasmagorique dont j’avais fait une sorte de prototype des pays andins. J’avais ainsi des sortes de mythologies flottantes, fabriquées de bric et de broc. 

C’est donc assez naturellement que s’impose la décision, plus tard, d’aller faire votre terrain en Équateur ?

La décision d’aller faire du terrain en Équateur s’est prise en plusieurs temps. J’ai mené mon premier terrain au sud du Mexique dans les Chiapas, dans la région de la forêt Lacandone, parmi des colons Tzeltal. Le terrain, qui n’a duré que quelques mois, m’a un peu déprimé parce que c’étaient des gens qui avaient migré des hautes terres, poussés par les grands propriétaires terriens. La forêt qu’ils avaient colonisée était un milieu qu’ils connaissaient mal et où ils n’étaient pas très heureux. Ce malaise général, cette obstination à se faire une nouvelle vie dans un milieu très différent de celui auquel ils étaient habitués m’avaient un peu découragé. C’est toutefois là que j’ai découvert la forêt tropicale avec ravissement et qu’est née mon envie d’étudier des peuples qui seraient heureux dans la forêt, d’où le choix de l’Amazonie. 

Je ne connaissais pas encore l’Amérique du sud à ce moment, mais je voulais aller en Amazonie. Encore fallait-il y choisir une population. C’est par l’intermédiaire de ma collègue et amie Carmen Bernand, qui revenait d’un long terrain auprès d’une population andine d’Équateur, les Cañaris, que je me suis finalement tourné vers les Jivaros. Les Cañaris vivent dans la Cordillère orientale de l’Équateur et sont donc voisins des Jivaros qui résident plus bas en Amazonie. Elle m’a dit qu’il était tout à fait possible d’aller auprès des Jivaros. J’ai donc commencé à lire, moins sur l’Équateur que sur les Jivaros en général, pour savoir quel genre d’ethnographie on pouvait faire là-bas. 

Comment se déroule votre arrivée en Équateur ?

La suite ci-dessous :

https://legrandcontinent.eu/fr/2022/07/22/en-equateur-il-se-passe-constamment-des-choses-etonnantes-une-conversation-avec-philippe-descola/?mc_cid=871f1e76d5&mc_eid=9385cf1978

Jean Vinatier

Seriatim 2022