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samedi 14 octobre 2023

L'origine des mythes d'origine par Jean-Loïc Le Quellec N°5711 17e année

 L'auteur est un ancien de l'EPHE. Il est directeur de recherches émérite au CNRS

Passionnante conférence sur les mythes anthropogoniques ! 

 

Mythes, contes et religions par Jean-Loïc Le Quellec – 17 avril 2018

 « Les discussions autour de ces notions sont généralement sans fin, et s’appuient fréquemment sur des sens différents de ces termes pour chacun des interlocuteurs. Dès lors, il convient d’examiner précisément l’histoire des significations de toute une série de mots : croyance et religion, certes, mais aussi mythe, légende, fable, conte, etc., qui sont souvent considérés comme synonymes dans le langage commun… Or ces termes ont régulièrement changé de sens au cours du temps, avec même des inversions complètes, allant de «parole de vérité» à «discours trompeur». De plus, les comparaisons d’une langue à l’autre montrent qu’ils ne sont pas universels, et qu’ils peuvent même être intraduisibles. Ce type d’examen permet d’élucider nos représentations et de mettre temporairement à distance nos opinions en pratiquant le «pas de côté» caractéristique de l’anthropologie, évitant ainsi la stérilité d’un face-à-face dogmatique. Étudier scientifiquement la diversité des représentations permet de mettre à distance ses propres croyances et conduit à relativiser la volonté dominatrice de celles qui ne supportent pas la critique. » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

samedi 24 juin 2023

La vie secrète des gènes - par Évelyne HEYER N°5697 17e année

 

« Librairie partenaire : Gibert Joseph Dans La Vie secrète des gènes (Flammarion, 2022), Évelyne Heyer narre en une trentaine de chapitres illustrés les dernières découvertes de la science sur les gènes, désormais omniprésents (des tests récréatifs aux vaccins, en passant par les séries policières) et pourtant si méconnus. 

 Ils sont ce qui nous rend tous à la fois si uniques et si semblables et ce qui nous raccroche à la longue histoire de notre espèce, héritière de millions d’années d’évolution biologique et culturelle. 

Évelyne Heyer est professeure d’anthropologie génétique au Muséum national d’histoire naturelle, où elle mène des recherches sur l’évolution génétique et la diversité de notre espèce. Commissaire scientifique du musée de l’Homme, elle a notamment publié L’Odyssée des gènes (Flammarion, 2020). 

Vidéo réalisée par Antoine Bourlier, dans le cadre de l'Agora des Savoirs : https://www.montpellier.fr/3806-savoi...

Cette vidéo est une production de Montpellier Méditerranée Métropole. » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

vendredi 9 juin 2023

La génétique du peuplement de l'Europe depuis l'âge des glaces par Eva Maria Geigl N°5694 17e année

 

« A l'occasion de la Fête de la Science 2021, Eva Maria Geigl (Directeur de recherches au CNRS, Université Paris Cité, CNRS, Institut Jacques Monod, UMR 7592, Paris) a présenté sa conférence "La génétique du peuplement de l'Europe depuis l'âge des glaces" à l'Institut Jacques Monod. L'étude de l'ADN préservé dans les fossiles d'individus du passé a révolutionné la vision de l'évolution de notre espèce ainsi que du peuplement de l'Europe. L'histoire de l'Homo sapiens au cours des derniers 50 000 ans en Europe et en Asie, sa rencontre avec les Néanderthaliens, l'adaptation à des nouveaux environnements, la transition du style de vie des chasseurs-cueilleurs aux agriculteurs ont tous laissé des traces dans les génomes des individus des époques correspondantes dont ils étaient témoins. A travers l'analyse de ces génomes, la paléogénomique retrace de plus en plus cette histoire et contribue ainsi à une meilleure compréhension de nous-mêmes » 

Jean Vinatier 

Seriatim 2023

lundi 9 mai 2022

David Graeber & David Wengrow, Au commencement était... Une nouvelle histoire de l’humanité N°5860 16e année

 

Voici la critique pour La vie des idées par Charles Stepanoff : L’archéologue et l’anthropologue

« À propos de : David Graeber & David Wengrow, Au commencement était... Une nouvelle histoire de l’humanité, Les Liens qui libèrent

L’ouvrage monumental de David Graeber et David Wengrow sur la formation des sociétés et des inégalités rompt les barrières entre archéologie préhistorique et ethnologie pour ouvrir sur un vaste projet anthropologique. Il échoue toutefois à articuler le champ politico-culturel et celui de la nature.

L’ouvrage monumental de David Graeber et David Wengrow est un tour de force qui manifeste avec brio l’intérêt de rompre les barrières entre archéologie préhistorique et ethnologie et de renouer avec un projet anthropologique large, celui de Franz Boas et d’André Leroi-Gourhan, qui embrasse le phénomène humain des origines à nos jours. Wengrow est un archéologue talentueux du Moyen-Orient, Graeber un anthropologue spécialiste de Madagascar, devenu mondialement célèbre par ses travaux sur la dette et sur les bullshit jobs, avant sa mort prématurée en 2020.

Dans un fantastique tour d’horizon de 740 pages qui compulse de multiples études archéologiques et ethnographiques, leur ouvrage nous fait explorer le rôle probable des femmes dans la domestication au Proche-Orient néolithique, la naissance en Ukraine des premières grandes agglomérations humaines au Chalcolithique, les labyrinthes du site mystique de Chavín de Huántar au Pérou, ou encore la géométrie sacrée des gigantesques enceintes élevées par des chasseurs-cueilleurs à Poverty Point en Louisiane.

Une grande partie de l’effort théorique mené par Graeber et Wengrow vise la déconstruction. Il s’agit de réfuter des certitudes profondément ancrées et diffusées par des auteurs à succès comme Robin Dunbar, Jared Diamond, Yuval Harari. Non, en se rassemblant dans des formations toujours plus grandes, les humains ne doivent pas nécessairement se soumettre à un pouvoir toujours plus coercitif. Ainsi les agglomérations géantes des steppes boisées ukrainiennes ne laissent apparaître aucune structure étatique. Non, notre espèce ne marche pas d’un pas inflexible sur une voie prédestinée menant de l’égalité des chasseurs-cueilleurs vers la hiérarchie centralisée des États-nations. D’abord, les Paléolithiques n’étaient sans doute pas si égalitaires, comme en témoigne le traitement funéraire qu’ils accordaient à des êtres d’exception. Et de nombreuses agglomérations ont connu des trajectoires menant de régimes autoritaires à des formations décentralisées, comme la cité de Taosi en Chine, il y a 4000 ans, ou celle de Teotihuacan au Mexique il y a 1700 ans.

Non, contrairement à ce qu’affirment Jared Diamond ou James Scott, la culture des céréales n’est pas un piège empêtrant ceux qui y tombe dans les rets de régimes d’oppression. Les plaines du Mississipi et de l’Ohio où était cultivé le maïs ont vu se succéder tertres monumentaux hopewelliens dont l’usage était cérémoniel, puis le régime centralisé et sanguinaire de la ville de Cahokia, puis un réseau de bourgades gouvernées par des conseils communautaires. Si les Hurons et les Iroquois ont livré des critiques politiques et philosophiques profondes contre l’absolutisme européen aux XVIIe-XVIIIe siècles, c’est parce qu’ils étaient les héritiers d’une histoire politique mouvementée qui avait abouti à l’invention d’institutions démocratiques – avant les Lumières.

Au lieu d’un itinéraire tout tracé, Graeber et Wengrow nous offrent un tableau chamarré, souvent jubilatoire, fait de mille soubresauts, demi-tours politiques et trajectoires sociales imprévisibles. Face à un déterminisme rudimentaire qui enferme la réflexion politique dans un cadre fataliste désastreux, nos auteurs ouvrent un vaste champ des possibles qu’ils veulent porteur d’espoir et ferment d’imagination.

Quelques contestables nouveautés

Évidemment, les découvertes ne sont pas toutes aussi radicales que l’annonce la promesse d’un « tableau totalement neuf de l’évolution des sociétés humaines au cours des trente mille ans écoulés » (p. 16). Que les sociétés autochtones connaissent et expérimentent toutes sortes de modèles de formations politiques possibles, que la démocratie ne soit pas une invention grecque, que les Iroquois l’aient développée en réaction historique au pouvoir autoritaire de Cahokia, tout cela est déjà argumenté par Alain Testart (2004). Le fait que les sociétés de chasseurs-cueilleurs de l’hémisphère nord sont en grande partie sédentaires et hiérarchisées depuis la fin de l’âge glaciaire est au cœur de sa monumentale synthèse de 1982, Les chasseurs-cueilleurs ou L’origine des inégalités. Que la sédentarité précède l’agriculture au Proche-Orient est un argument décisif de Jacques Cauvin contre le déterminisme écologique des théories anglo-saxonnes dans Naissance des divinités, naissance de l’agriculture paru en 1994. Ce que la presse anglo-saxonne présente comme une découverte bouleversante est pour le lectorat français un savoir établi depuis trente ou quarante ans dans ces ouvrages classiques, malheureusement non cités par Graeber et Wengrow. Cette longueur d’avance de notre anthropologie pourrait être un motif de satisfaction si elle ne démontrait surtout son manque cuisant d’audience à l’étranger

.

Mettant l’accent sur les processus horizontaux de différenciation délibérée entre blocs culturels, nos auteurs construisent des scénarios de diffusion souvent originaux, parfois peu crédibles. Face à la salve de critiques que les Amérindiens exprimaient contre l’absolutisme et la cupidité qu’ils découvraient chez les colons européens, certains auteurs européens répondirent par un schéma de hiérarchisation des sociétés classant les Indiens dans un stade primitif sauvage. Selon Graeber et Wengrow, Turgot aurait ainsi conçu sa théorie du progrès stadial de l’humanité en réponse aux Lettres d’une princesse péruvienne (1747). Turgot propose en effet en 1751 une séquence de trois stades : les peuples chasseurs, les peuples pasteurs, les peuples laboureurs, auxquels il ajoute plus tard l’âge commercial. Mais ce schéma n’a rien d’une invention originale : on y reconnaît les trois époques du grec Dicéarque reprises par le latin Varron dans De re rustica, à savoir le stade primitif de collecte (« stade naturel », gradus naturalis), puis le stade pastoral et le stade agricole. Nulle influence amérindienne ici : Turgot ne fait que calquer Varron dont il reprend tels quels certains arguments sur la domestication des animaux.

Un tournant théorique : la politique des saisons »

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/L-archeologue-et-l-anthropologue.html

Jean Vinatier

Seriatim 2022

 

L’Ukraine prétextée réflexions diverses : totalité, engrenage, fatalité N°5859 16e année

Les pâles cérémonies pour l’investiture d’Emmanuel Macron au palais de l’Élysée réduit à un salon de thé de province convenaient à son socle électoral (trottinettes et déambulateurs) qui gobe la moindre Renaissance (version McKinsey) …. Pendant ce temps, la justice britannique autorisait l’extradition de Julian Assange dans une indifférence générale : cet homme qui révéla tant de mensonges et de cynismes est aujourd’hui cassé en deux (au sens propre), la France sous François Hollande lui refusa  l’asile politique alors que ses enfants y vivent  (terre des Droits de l’Homme ?) et qu’une fois aux États-Unis, il y sera dans un trou dans un Guantánamo pour lui tout seul…Qui protestera ? Personne. Cette même aire Atlantique qui n’a pas de mots assez durs pour dénoncer les personnes et les États qui les gênent applique férocement sans humanité aucune un traitement qui pratiqué en Russie ou en Chine soulèverait les bonnes âmes. Mais ces mêmes bonnes âmes se rachètent à peu de frais en appelant, notamment, à voter Emmanuel Macron pour contrer le danger « Lepeniste », une manière de voter en toute bonne conscience pour l’actuel Chef de l’État…médiocrité et flagornerie : le règne des pintades !

Avant d’arriver à l’Ukraine, ce détour pour poser la petitesse de l’humanité et son aveuglement et son égoïsme car tandis que l’on s’alarme à justement de la victime ukrainienne, celle yéménite indiffère totalement : il est vrai que les Européens ne peuvent pas taper sur les EAU et l’Arabie Saoudite auprès desquels nous demandons de subvenir en pétrole et en gaz. Les Européens jouent les héros face à la Russie à la condition que d’autres pays prennent le relais énergétique quand bien même ils perpétreraient des crimes de guerre dans ce qui fut l’antique Arabie heureuse…En quelque sorte, Bruxelles hiérarchise le mal…..

Arrivons à cette Ukraine où le 24 février débuta la conflictualité entre les États-Unis et la Chine, la Russie jouant ou bien le rôle de la puissance piégée ou bien celle de la puissance consentante et consciente. Débute une ère bouleversante plaçant bien des éléments renouvelant l’opposition Est/Ouest ici l’ouest Atlantique face à l’est Asie. Entre la Chine et l’Europe, il y a un point commun, le peu de productions énergétiques à l’exception du charbon mais une grande différence existe entre les deux : si Bruxelles est totalement entre les mains de Washington, Pékin s’active en qualité d’acteur via les événements ukrainiens qui lui servent pour le cas où la question de Taïwan se présenterait favorablement et affiche toute l’importance du maintien de la Russie dans ce jeu véritablement mondial, pour l’heure à la différence de l’Europe vis-à-vis des États-Unis où un dit, un duo sino-russe  chemine…

L’Ukraine est plus que jamais la plaie béante rouge sang.  Un courant géostratégique américain a fait fi des observations de théoriciens tels Georges Kennan, Henry Kissinger, Zbigniew  Brzezinski qui regardaient bien la ligne rouge à ne pas enfreindre. Mais ces hommes-là et leurs élèves avaient encore un recul historique et des connaissances générales classiques qui les empêchaient d’écrire en imaginant le monde de leur souhait et donc réfléchissaient au monde tel qu’il était. Aujourd’hui, nous sommes en présence d’hommes et de femmes de réseaux qui font balayé toute réalité agaçante avec pour les Américains cet élément religieux toujours sous-estimé qui les érigent en terre promise, donc en une terre monde. C’est là une petite ressemblance avec la Chine, empire du milieu qui ne connait la politique étrangère que depuis les traités inégaux au XIXe siècle tandis que les États-Unis passent par-dessus tous les principes du droit international franchement depuis la fin du XXe siècle. Il est assez étonnant de regarder deux puissances en concurrence pour la première place être aussi malaisées en politique étrangère les deux plaçant sur une même ligne le juste et l’injuste, estimant la force comme un droit !

L’Ukraine par les acteurs sur la scène exposent publiquement l’affadissement des grands principes que l’Europe édicta pourtant au tournant du XVIe/XVIIe siècle (Suarez, Grotius, Pufendorf…etc) et dont elle perdit la maîtrise au traité de Versailles en 1919 au profit des États-Unis. Ce déplacement vers une autre puissance absolument pas laïcisée et à l’époque intrinsèquement ségrégationniste se renforcera après la Seconde guerre mondiale avec le transfert du siège des nations unies de l’Europe vers New-York.

Depuis la disparition de l’URSS en décembre 1991, une fin de l’Histoire s’est installée dans les cerveaux de gens où les États-Unis seraient la source atomique d’une totalité. Trente années plus tard, de tension en tension, de conflit en conflit avec en parallèle la vie de la Terre, les évolutions démographiques, les nouveautés technologiques, apparaissait aussi l’évidence du monde clos, certes dit par Paul Valéry dès 1931 (« le temps du monde fini commence ») mais lu à l’époque sans conscience. En 2022, nous commençons l’étouffement du monde car, en dépit des découvertes de planètes et exoplanètes, la terre neuve, accessible, habitable, reste bien éloignée. Autrefois l’exploration arrivait à la découverte puis à l’installation et au développement : pour l’heure, cela est terminé. C’est une donnée nouvelle qui impactera le nomadisme humain : je rappelle que l’homme est sorti d’Afrique (homo erectus, homo sapiens) pour aller vers et y vivre, mais désormais, nous tournons en rond, l’accélération de déplacement de transport en réduisant la distance accroit le syndrome du poisson rouge dans son bocal….

On me dira quel rapport avec l’Ukraine ? L’Ukraine, que tout le monde croyait russe jusque dans les années 90, a concentré sur son sol une série de tensions et de calculs entre la Russie, la Chine, les États-Unis et l’Allemagne qui y entraina l’Europe, catalyse maintenant en elle ce qui pourrait bien potentiellement devenir atomique ou nucléaire. Il est particulièrement urgent d’éviter l’impasse. Mais cette invasion en Ukraine se conjugue avec l’arrivée d’une récession inédite, d’insurrections frumentaires redoutables et d’une dégradation de situations intérieures, chinoise et américaine, européenne et puis par un contre-coup pour le monde entier. Entre pandémie et affrontement géopolitique se mettent terriblement en place le puçage, le traçage, la surveillance, l’abolition des anonymats, puis de toute liquidité monétaire. Si tout n’est pas fait, ces mécaniques, ces engrenages sont à dire, à montrer pour prendre conscience des asservissements en devenir.

A la différence du Yémen, l’Ukraine est le lieu concentré des énergies conflictuelles sans déclaration de guerre, ni aucune rupture de la relation diplomatique. Une illustration de la liquidité du monde toute aussi dangereuse qu’une déclaration officielle de guerre. A force de faire sans faire, le danger ou le soudain grandit. Juillet 1914 a été un moment de somnambulisme, mai 2022 est l’idée selon laquelle, on toujours aller plus loin sans que cela soit irrémédiable. C’est un peu être dans un désert et aller d’un mirage à un autre. Mais au-delà du degré de résilience, le bouleversement d’une étincelle, d’un incident…..

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022