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lundi 22 mai 2023

G7 en pleine Asie N°5688 17e année

 

C’est un G7 en pleine Asie qui s’est tenu avec en plus les dirigeants sud-coréen et australien formant un ensemble compact de démocraties contre la Chine…La venue médiatique du président ukrainien, Zelensky dans un avion présidentiel français n’a guère ajouté au sommet. La com’ d’Emmanuel Macron a presque fait chou blanc car elle devait arrimer par un coup de baguette magique des pays d’Asie (Indonésie) et le Brésil, seule l’Inde a daigné promettre quelque chose en faveur de la fin du conflit, la comparaison scandaleuse entre Hiroshima et Bakhmut n’a rien arrangé vis-à-vis du Japon déjà placé devant le fait accompli sur l’arrivée surprise ukrainienne. Cette manie de la com’ ne masque pas le vide. Ce G7 qui devait concentrer ses tirs contre la Chine a débouché sur un communiqué très vague. La bataille contre la Chine que les euro-atlantiques montent contre Pékin est un peu au point mort. Le monde global empêche, actuellement, les affrontements totaux, favorise des conflictualités qui font mine d’être bien plus mais dont il ne faudrait pas qu’elles aillent au-delà. L’exercice devient de plus en plus compliqué avec en ligne de mire la campagne présidentielle américaine de 2024.

L’utilisation de Zelensky pour illustrer le combat du bien contre le mal et décider l’Asie à choisir son camp est-elle la bonne voie ? Actuellement, le G7 rassemble les USA, le Canada, le Japon, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie avec en plus l’Union européenne en remplacement…de la Russie ! Un G7 limité à l’aire euro-atlantique, le Japon étant un cas plus particulier. L’exportation de la démocratie dans sa version américanisée est difficile, autant que l’idée de bâtir ex-nihilo des "États-nations" (Irak, Afghanistan) : le cas Ukrainien est dans cet ordre avec en plus un poids géostratégique de confrontation entre l’Asie et l’aire euro-atlantique. Au G7 s’ajoute son bras armé, l’OTAN qui souhaite s’étendre jusqu’à l’Arménie en passant par la Géorgie et l’Ukraine, un but qui nous amènerait directement dans le chaudron caucasien : les américains essaient de régler le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pour le Haut-Karabagh mais la Russie, quoique moins présente près d’Erevan a aussi réuni les acteurs. Derrière cette guerre dans le Caucase s’ouvre aussi la question transcaucasienne qui opposerait Turquie et Iran. Comme on le voit le long chemin vers Pékin est parsemé d’embûches et de pays dont les dirigeants d’Asie centrale saisissent bien que leur vocation ne serait pas d’appartenir à un camp exclusivement mais d’osciller. Cette attitude là , nous la retrouvons dans l’Asie orientale où la péninsule arabique procède de cette manière. A l’inverse des euro-atlantiques, la Chine n’a pas besoin de classer les uns et les autres dans des camps, les réalités, le pragmatisme et le temps lui conviennent très bien. Je pense aussi que cette fixation américaine contre la Chine oublie que c’est l’Asie qui prend conscience de sa place incontournable entrainant avec elle, à terme, l’Afrique et une partie de l’Amérique latine : l’attraction pour les BRICS le prouve. L’idée américaine de regrouper les « démocraties » pour abaisser la Chine ne m’apparait pas du tout adéquat au vu des accords d’apaisement qui se font entre le Vietnam et la Chine, entre l’inde et la Chine et même entre le Pakistan et l’Inde Entre des Usa qui veulent garder la première place et une Asie où sont bien des mastodontes en devenir (économique, financier, technologique, géostratégique, démographique…etc) qui nécessairement arriveraient aussi à être à égalité et même devant , les mécaniques en marche ne sont pas les mêmes. L’Asie et l’Afrique qui eurent en eux les empires coloniaux européens avec leurs cortèges de traités, inégaux, violents et pour l’Asie ce que devenait un pays asiatique comme le Japon une fois ingurgitée des maximes américaines : une soif dominatrice d’une barbarie inouïe qui fait que même aujourd’hui ce pays reste occupé par les USA a de quoi vous dégouter d’applaudir des deux mains à nos vertus démocratiques.

Ce G7 au Japon en pleine Asie où Zelensky fit l’animation médiatique pour quelques F-16 sans garantie logistique à l’instar des canons français Caesar, des chars allemands suscita un commentaire courroucé de Pékin plus pour la forme que pour le fond. Quittant Hiroshima,, Emmanuel Macron s’envola pour Oulan-Bator où quelques heures lui suffisaient apparemment pour décoincer la Mongolie entre la Russie et la Chine…..

Jean Vinatier

Seriatim 2023

vendredi 1 octobre 2021

Soleil vert européen: From Farm to hunger…?N°5718 15e année

Deux articles parus ce matin dans l’Opinion au sujet du calendrier européen agricole « From farm to fork » illustrent une fois de plus l’incompétence de l’Union européenne s’ajoutant à celle de sa non-vision stratégique et géopolitique….

Au nom de la transition écologique, les hauts fonctionnaires européens ont concocté un programme agricole qui viserait tout bonnement à réduire considérablement les surface cultivables, à grandir notre dépendance vis-à-vis d’autres puissances (Etats-Unis, Canada, Brésil, Mexique, Russie…etc) ! Après l’affaire des sous-marins qui a montré de quelle façon les Etats-Unis ne considéraient ni la France, ni l’Europe, voici le sous-marin agricole !

La question est de savoir si l’Union européenne ouvrira les yeux ou bien suivra aveuglement, les lunettes étrangères posées sur son nez, un programme faisant fi, au passage, des conséquences du réchauffement climatique avec à la clef la problématique très importante des migrations humaines qui pourraient à terme, selon certains analystes, accroitre la population européenne de 200 à 300 millions ! Bienvenue dans le Soleil vert (film de1973 de Richard Fleischer avec Charlton Heston) « En 2022, les hommes ont épuisé les ressources naturelles. Seuls les aliments de synthèse parviennent à nourrir une population miséreuse. Omniprésente et terriblement répressive, la police assure l'ordre. »

Il est notable de souligner qu’en l’espace de quelques semaines, deux grands coups de canon ont raisonné dans le ciel européen : le premier est l’affaire sous-marine australienne montrant clairement que Washington ne voyait pas l’importance de nous avoir dans l’Indopacifique pour contenir la Chine, le second est le « From farm to fork » où c’est l’Europe bruxelloise qui prépare la famine sur son propre sol au profit d’acteurs extérieurs.

Ces faits se produisent au lendemain des législatives allemandes terminant l’ère Angela Merkel pour laisser la place à une coalition en décembre prochain. D’autre part, la présidence française de janvier 2022 se prépare après une déconfiture de Naval Group (pourquoi donner un nom anglais à une direction de l’armement français !).

Ou bien l’Union européenne opérera sa révolution ou bien elle finira dans le désordre et l’errance des trottinettes urbaines…Sur deux sujets de cette importance, la vision géopolitique et l’agriculture, assister à une telle descente de la France, de Bruxelles a quelque chose de saisissant.

A travers le « From farm to fork », c’est la poussée jusqu’à l’absurde que l’Europe ne saurait être autrement qu’un espace, libre mercantile, bisounours, ouvert aux quatre vents, débarrassé surtout de l’Histoire de notre terre au profit des concurrences mémorielles communautarisées.

Demain l’électrochoc ? L’Union européenne ne tient que parce qu’elle correspond à l’assurance de puissance de l’Allemagne qui tient ses comptes et met en avant ses intérêts laissant à la France d’Emmanuel Macron le soin de discourir. Plus que jamais, il serait nécessaire de mettre les compteurs à zéro tant vis-à-vis de l’Union que vis-à-vis de l’OTAN. Les pays européens n’auront d’avenir qu’à la condition de disposer des outils de l’indépendance, d’assurer à leurs peuples la faim : pour l’heure nous avons une Union européenne maîtresse ni du fusil ni de la bêche……

 

Sources :

https://www.lopinion.fr/edition/economie/strategie-agricole-suicide-europeen-255204

 

https://www.lopinion.fr/edition/economie/l-amerique-prete-a-se-substituer-a-l-europe-nourrir-planete-255236

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

 

dimanche 24 novembre 2019

« Amérique latine : le Monde sur un volcan par Maurice Lemoine » N°4730 13 année

Novembre 2019 

« Conférence de Maurine Lemoine sur la géopolitique de l'Amérique du Sud pour l'Université populaire de Saint-Dizier. Il est intervenu sur la déstabilisation de l'Amérique latine et le Venezuela dont il est l'un des meilleurs spécialistes. Une mise en perspective pour comprendre les enjeux liés aux différentes crises que traversent le continent sud-américain mais aussi le Monde. Depuis la doctrine Monroe (1823) jusqu'aux derniers événements de Bolivie ou du Chili, Maurice Lemoine retrace et explique la lutte des classes à l'œuvre dans cette partie du monde. 

http://upsd52.e-monsite.com/ » Jean Vinatier 
Seriatim 2019

dimanche 11 novembre 2018

Portugal: un allié occulté N°4573 12e année



L’historien Jean-Jacques Becker dans la préface du livre de  Nuno Severiano Teixeira  « L’entrée du Portugal dans la Grande Guerre : objectifs nationaux et stratégies politiques » note qu’ : « il serait d’ailleurs cruel pour les historiens français d’établir la listes des ouvrages consacrés à la Grande Guerre, de qualité par ailleurs, où le Portugal n’est même pas mentionné, où est totalement passé sous silence que nombre de soldats portugais y ont perdu la vie »1
Le Portugal de l’été 1914 est une dans une situation complexe. Le renversement du Roi Manuel II le 5 octobre 1910, pendant l’escale officielle du Président du Brésil le maréchal Hermes Da Fonseca qui assista à la révolution depuis le cuirassé São Paulo confèrera à cette révolution un caractère singulier..
Sur le plan intérieur : la Première République (1910-1926) entamera une réforme radicale des institutions politiques et sociales du pays, balayant tout ce qui pouvait rappeler la royauté, décidera de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ces réformes menées au pas de course se firent alors que  l’instabilité ministérielle et les rivalités entre les partis fragilisaient la jeune république. Il fut même question dès 1912 de libérer tous les royalistes.
Sur le plan ibérique : la Première République eut à gérer l’hostilité grandissante de l’Espagne d’Alphonse XIII  qui voyait d’un mauvais œil,  ce Portugal nouveau capable de souffler sur les braises de la contestation sociale, alors, très violentes.
A l’extérieur, le Portugal républicain, comme le Portugal de Charles Ier, se heurtera à la question des possessions lusitaniennes d’Afrique (Mozambique et Angola) lorgnées par l’Allemagne de Guillaume II et entretenu dans cette espérance par les ententes secrètes (1912-1913) avec le Royaume-Uni. Cette attitude anglaise choqua les Portugais liés à une très vielle alliance avec Londres datant des traités de 1373, 1386 et surtout celui dit de Methuen en 1703. Ce dernier traité placera Lisbonne sous une sorte de protectorat commercial et colonial assurant à l’Angleterre en Inde et face à la Chine (Macao) des bases navales importantes.
Le Portugal de l’été 1914 est donc une république fragile, politiquement, socialement, reconnue du bout des lèvres par les Etats européens monarchiques, en quête d’une grande cause fédératrice telle la guerre. Le parti démocrate lisboète s’attacha à multiplier les tracas administratifs aux navires allemands dans ses eaux maritimes avec l’accord de Londres, obligeant Berlin à entrer en guerre en 1916.
Le Portugal mobilisera 200 000 hommes, ses soldats s’illustreront à la bataille de la Lys en avril 19182. Les séquelles de la Première guerre mondiale : pertes humaines, l’incapacité à ne rien d’obtenir lors des traités de paix, auront des répercussions dramatiques. En 1926 les militaires portugais balaieront la république parlementaire, institueront une Seconde République d’où émergera « l’estado novo » d’Antonio de Oliveira Salazar et qui durera jusqu’à la Révolution des Œillets de 1974.
On comprendra que le Portugal marqué par la déception des traités de Versailles, optera pour une parfaite neutralité lors de la Seconde Guerre mondiale.

Notes:

1-Le Portugal et la Première Guerre mondiale : la problématique de l’entrée en guerre :

2-« Soldado Milhões », Le film sur le grand héros portugais de la première guerre mondiale

Sources :

L'engagement portugais dans la Première Guerre mondiale vu de France par Viviane Ramond


Le Portugal dans la 1ère Guerre mondiale : introduction par Emmanuelle Guerreiro, Marianne Delacourt

Centenaire de la bataille de la Lys 9 avril 1918 :



Jean Vinatier
Seriatim 2018