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dimanche 11 novembre 2018

Portugal: un allié occulté N°4573 12e année



L’historien Jean-Jacques Becker dans la préface du livre de  Nuno Severiano Teixeira  « L’entrée du Portugal dans la Grande Guerre : objectifs nationaux et stratégies politiques » note qu’ : « il serait d’ailleurs cruel pour les historiens français d’établir la listes des ouvrages consacrés à la Grande Guerre, de qualité par ailleurs, où le Portugal n’est même pas mentionné, où est totalement passé sous silence que nombre de soldats portugais y ont perdu la vie »1
Le Portugal de l’été 1914 est une dans une situation complexe. Le renversement du Roi Manuel II le 5 octobre 1910, pendant l’escale officielle du Président du Brésil le maréchal Hermes Da Fonseca qui assista à la révolution depuis le cuirassé São Paulo confèrera à cette révolution un caractère singulier..
Sur le plan intérieur : la Première République (1910-1926) entamera une réforme radicale des institutions politiques et sociales du pays, balayant tout ce qui pouvait rappeler la royauté, décidera de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ces réformes menées au pas de course se firent alors que  l’instabilité ministérielle et les rivalités entre les partis fragilisaient la jeune république. Il fut même question dès 1912 de libérer tous les royalistes.
Sur le plan ibérique : la Première République eut à gérer l’hostilité grandissante de l’Espagne d’Alphonse XIII  qui voyait d’un mauvais œil,  ce Portugal nouveau capable de souffler sur les braises de la contestation sociale, alors, très violentes.
A l’extérieur, le Portugal républicain, comme le Portugal de Charles Ier, se heurtera à la question des possessions lusitaniennes d’Afrique (Mozambique et Angola) lorgnées par l’Allemagne de Guillaume II et entretenu dans cette espérance par les ententes secrètes (1912-1913) avec le Royaume-Uni. Cette attitude anglaise choqua les Portugais liés à une très vielle alliance avec Londres datant des traités de 1373, 1386 et surtout celui dit de Methuen en 1703. Ce dernier traité placera Lisbonne sous une sorte de protectorat commercial et colonial assurant à l’Angleterre en Inde et face à la Chine (Macao) des bases navales importantes.
Le Portugal de l’été 1914 est donc une république fragile, politiquement, socialement, reconnue du bout des lèvres par les Etats européens monarchiques, en quête d’une grande cause fédératrice telle la guerre. Le parti démocrate lisboète s’attacha à multiplier les tracas administratifs aux navires allemands dans ses eaux maritimes avec l’accord de Londres, obligeant Berlin à entrer en guerre en 1916.
Le Portugal mobilisera 200 000 hommes, ses soldats s’illustreront à la bataille de la Lys en avril 19182. Les séquelles de la Première guerre mondiale : pertes humaines, l’incapacité à ne rien d’obtenir lors des traités de paix, auront des répercussions dramatiques. En 1926 les militaires portugais balaieront la république parlementaire, institueront une Seconde République d’où émergera « l’estado novo » d’Antonio de Oliveira Salazar et qui durera jusqu’à la Révolution des Œillets de 1974.
On comprendra que le Portugal marqué par la déception des traités de Versailles, optera pour une parfaite neutralité lors de la Seconde Guerre mondiale.

Notes:

1-Le Portugal et la Première Guerre mondiale : la problématique de l’entrée en guerre :

2-« Soldado Milhões », Le film sur le grand héros portugais de la première guerre mondiale

Sources :

L'engagement portugais dans la Première Guerre mondiale vu de France par Viviane Ramond


Le Portugal dans la 1ère Guerre mondiale : introduction par Emmanuelle Guerreiro, Marianne Delacourt

Centenaire de la bataille de la Lys 9 avril 1918 :



Jean Vinatier
Seriatim 2018



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