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mercredi 22 mars 2023

Printemps géopolitique : Chine-Russie ? N°5655 17e année

 

Hier soir, une nouvelle fois, Arte a proposé un documentaire, Poutine en face, sur le thème comment les Européens n’ont-ils pas vu son côté diable impérialiste…Sans intérêt mais significatif de ce que les Européens sont devenus avec la politique américaine fondamentalement messianique : des États absorbés au point qu’ils ne se posent même plus la question…Ces mêmes européens prêts à raviver des questions territoriales si la Russie s’effondrait ou si l’Ukraine se défaisait ou mieux les deux, ne voient pas qu’ils courent après leurs propres bombes à l’instar de la Fed qui court après sa propre queue en remontant les taux tout en inondant de dollars les marchés alimentant l’inflation supposée combattue !

La venue de Xi Jiping à Moscou n’est en rien comparable au déplacement du Premier ministre japonais à Kiev : la première est un mouvement de fond quand le second essaie de gommer l’effet de l’autre…(pendant ce temps les ukrainiens se prennent les bombes). Ce voyage du premier chinois sera suivi par l’arrivée pour cinq jours à Pékin du Président Lula, aura son pendant par le forum Russie-Afrique infiniment plus porteur que le navrant voyage présidentiel français d’Emmanuel Macron qui n’a plus visiblement que la « diplomatie  des bars parallèles » pour exister !

Les commentateurs au sujet de la rencontre sino-russe ont rappelé à ravir que la Chine et la Russie n’avaient pas d’alliance militaire : Pékin n’a qu’une alliance militaire et c’est avec la Corée du nord. On ne veut pas voir que bien des États ne procèdent de la même manière que nous. Une fois encore, il faut rappeler que la Chine n’a découvert les affaires étrangères, au sens ministériel du terme, qu’au XIXe siècle sur la pression des européens (traités inégaux).

On se plait à souligner les désaccords sino-russes en se basant sur un passé conflictuel tout à fait exact. Mais, la réalité et le pragmatisme font qu’aujourd’hui, ces deux puissances se rapprochent commercialement, monétairement, financièrement, technologiquement…etc qui sont bien au-delà d’une alliance militaire. Évidemment la Chine aide la Russie dans son conflit avec l’Ukraine-Otan  mais ne livrera pas de chars, ne livrera pas ce qui se voit , ce qui permettrait alors aux euro-américains de faire de la communication négative.

La globalisation ou le mondialisme a installé l’interdépendance comme maxime qui ne devait être avantageuse que depuis Washington. C’est de moins en moins le cas, elle s’active aussi depuis l’Asie. Cette interdépendance qui devait fixer craque sous l’effet des flux dans les deux sens expliquant la tentative américaine de revenir à un protectionnisme.

Pour l’aire Atlantique (USA-Europe) l’inévitable montée économique de la Chine et de l’Inde qui dépassera celle allemande d’ici trois ans, celle japonaise avant 2030, et l’oscillation nouvelle de l’Arabie Saoudite accompagnée d’une reprise diplomatique avec Téhéran sont des montées des eaux bien plus rapides que prévues et si elles l’étaient, on n’imaginait sans doute pas à Washington que les méfiances et les antagonismes inter-asiatiques loin de créer des impasses ouvriraient des nouvelles routes. De toute manière, se posait d’entrée le constat qu’entre une Chine (Asie) qui veut accéder à la première place et les États-Unis qui veulent la garder, se positionnaient deux puissances, l’une dans offensive associative , l’autre dans la défensive dynamique….Et si les États-Unis sont encore l’hyperpuissance , elle ne l’est aussi que par sa capacité à acheter les « cerveaux » étrangers, sans eux, la faiblesse serait plus criante. En réalité ce qui se découvre ou se dévêt, c’est pour l’aire Atlantique l’impuissance de la puissance dans un monde clôt et globalisé. L’intelligence serait que mondialement s’établisse dans des nouveaux traités de Westphalie (1648) ou un congrès de Vienne (1814-1815), le principe intangible de l’équilibre entre les puissances continentales, chacune d’entre elle ayant en elle leur propre relation équilibrée.

Pour l’heure face à l’automne géopolitique de l’aire Atlantique, s’épanouit le printemps géopolitique des autres continents via, notamment, les BRICS, l’OCS…que l’idée japonaise tout à fait néo-impériale depuis Tokyo, d’un axe indopacifique apparait bien faible où la France voudrait y jeter sa dernière carte (Nouvelle-Calédonie, Polynésie…etc) sans avoir d’ailleurs le soutien européen…A suivre

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

vendredi 24 février 2023

Ukraine 2014-2023 : du local au mondial N°5640 17e année

La première année conflictuelle entre la Russie et l’Ukraine est célébrée par la presse française (parisienne et  PQR) : « l’Ukraine doit vaincre, la Russie doit être battue militairement, économiquement.. » mais personne ne s’offusque de l’envoi sur le front des jeunes de 16 ans. Imaginez la même chose du côté russe, que n’entendrait-on pas ! Les Zelensky abreuvent le monde d’anathèmes, ce couple zélote menace quiconque n’est pas avec eux…Je connais quelques ukrainiens, tous souffrent et tous veulent amener leurs enfants et petits-enfants de 16 ans hors d’Ukraine et la popularité de Zelensky est bien moins grande que celle proclamée ici.

Évidemment nul en Europe ne s’interroge sur la responsabilité elle-même de l’Europe dans l’enclenchement du drame. L’Europe n’a pas changé depuis l’éclatement de la Yougoslavie, elle en appelle aux États-Unis, impose la cession d’une province serbe, le Kosovo via des bombardements illégaux (78 jours), faisant naître un État fantoche entièrement entre les mains américaines qui s’apprête à intégrer l’Union…pour partager nos valeurs !!! A l’autre bout,  ce même continent a fermé les yeux sur la guerre civile ukrainienne entre le Donbass et Kiev, soutenant l’Ukraine dans son refus de lui accorder une autonomie, a joué une comédie avec les accords de Minsk (Hollande Merkel l’avouent). Ainsi, l’Europe approuve-t-elle une cession au sud quand elle le refuse au Nord…..Où est la logique, où est la justice ?

Que l’on n’approuve pas comme moi l’intervention russe en Ukraine est une chose tout à fait normale mais que l’on se refuse à expliquer le pourquoi et le comment de cette décision militaire en est une autre autrement plus condamnable.

La guerre civile en Ukraine a commencé en février 2014 lors du coup d’État de Maïdan renversant un Président légalement élu sous le prétexte du refus de signer des accords commerciaux avec l’Ouest, le tout sur fond d’une corruption générale qui s’est encore amplifiée depuis février 2022. Fin février 2022, cette guerre civile devient un conflit armé entre l’Ukraine et la Russie, cette dernière voulant, à son tour, faire son « Maïdan » qui échoua complétement. Un an après, c’est autre chose.

Les grands événements commencent souvent petitement telle l’avalanche par une petit boule qui grossit au fur et à mesure de sa descente, de sa vitesse qui lui donne sa puissance dévastatrice. Eh bien, nous sommes sur le point de basculement un peu comme dans le film de Woody Allen Match Point : selon que la balle de tennis passe ou pas le filet, le destin bascule.

Le double déplacement annoncé de Xi Jiping en Russie puis celui de Vladimir Poutine à Ryad, est annonciateur de ce changement dimensionnel. Février 2022 était une opération spéciale, février 2023, un champ conflictuel qui rejoint l’Asie. Le jusqu’au-boutisme américain et la veulerie européenne ne font que provoquer des durcissements géopolitiques et des fuites en avant. Le secrétaire général de l’Otan croit apercevoir des préparatifs de convois militaires chinois…Bon ! Mais je pense que le voyage du Président chinois à Moscou serait en lui-même une armée en mouvement, point n’est besoin de s’encombrer de chars. Emmanuel Todd ne dit pas autre chose (Le Figaro : La troisième guerre mondiale a commencé) : « Il est évident que le conflit, en passant d’une guerre territoriale limitée à un affrontement économique global, entre l’ensemble de l’Occident d’une part et la Russie adossée à la Chine d’autre part, est devenu une guerre mondiale »1

Il n’est pas inutile de relire certains extraits que je cite ci-dessous :

(L’or et le sang 1914-1918) « La Première guerre mondiale a été aussi un affrontement économique. Non seulement pendant le conflit lui-même, par la lutte industrielle et le blocus, mais en vue de l’après-guerre, par la mise au point, chez les différents belligérants, de véritables buts de guerre économiques…Pour les Alliés, démocratie politique et libéralisme économique vont de pair […] La victoire des Alliés sera la victoire du libéralisme. Mais d’un libéralisme renouvelé, que le choc de la guerre éloigne de l’idéal manchestérien […] Cependant le libéralisme triomphe aussi pour en finir en Allemagne même, et pas simplement sous le choc de la défaite, mais bien parce que des cercles toujours plus larges de la société allemande se rendent comptent, pendant le conflit et à cause de lui, que leurs véritables besoins et aspirations sont finalement mieux pris en compte par le libéralisme que par le régime fondé par Bismarck. »2

(Le déluge -1916-1931) : « la doctrine de la Porte ouverte exposée entre 1899 et 1902 par le secrétaire d’État John Hay visait à établir l’égalité d’accès aux marchandises et au capital . Cette Porte ouverte n’était pas une invitation au libre-échange [….] Une fois la Porte ouverte, il était entendu que les exportateurs et les banquiers américains balaieraient tous leurs rivaux. […..] Ce que la stratégie américaine visait bel et bien, et avec insistance, à éliminer c’était l’impérialisme, compris, non comme une expansion coloniale productive ou la domination raciale des Blancs sur les gens de couleur, mais comme la rivalité « égoïste » et violente entre la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, la Russie et le Japon qui menacerait de diviser un seul et unique monde en domaines d’intérêts séparés. »3

(Le plan Marshall) : « Comme les planificateurs du plan Marshall l’apprirent, les intérêts politiques et les intérêts de sécurité occidentaux sont difficiles à séparer. Il y a longtemps, ce n’est pas une surprise, que les élites en Russie, en Allemagne et aux États-Unis ont vu l’UE et l’OTAN comme les deux faces d’une même médaille. Cela met en lumière le défi présenté à l’Union européenne dans son expansion vers l’Est : plus elle avance, plus elle entre en conflit avec les intérêts de la Russie. S’il n’est pas contrôlé par la négociation et les compromis, le conflit déborde sur la sphère de la sécurité. »

« Pour autant, dans le quart de siècle qui s’est écroulé depuis la fin de l’Union soviétique, la grande stratégie (Marshall/Otan) a été écartée au profit de l’improvisation pour pacifier les intérêts rivaux. La démocratisation a été confondue avec la sécurité, sans que cela profite à l’une ou à l’autre. Le résultat est un OTAN sous-doté faisant face à la pression grandissante d’une Russie de plus en plus aigrie et autoritaire. Kennan remarquait en 1998 : « Nous nous sommes engagés à protéger toute une série de pays bien que nous n’ayons ni les ressources ni l’intention de le faire de manière sérieuse. » Il avait raison. En conséquence, la politique d’expansion est en passe d’échouer. On se souvient du plan Marshall comme de l’une des grandes réalisations de la politique étrangère américaine, non seulement parce qu’il fut visionnaire mais parce qu’il réussit. Il réussit parce que les États-Unis alignèrent leurs actions sur leurs intérêts et leurs capacités en Europe, acceptant la réalité d’une sphère d’influence russe dans laquelle ils ne pouvaient pénétrer sans sacrifier leur crédibilité et le soutien du public. Les grands actes de l’art de gouverner sont fondés sur le réalisme autant que sur l’idéalisme »4

Cet arrière-fond historique rappelé, les médias européens et les gouvernements masquent bien les métamorphoses, économique, financière, monétaire, technologique que l’Asie et l’Eurasie débutent avec derrière à terme l’Afrique et plus loin pourquoi pas les Amériques, centrale et latine. En un mot, les enjeux véritables sont tus.

Pour l’heure ce sont les ukrainiens qui en paient injustement le prix,  plus l’Europe restera servile et plus le fanatisme de certains aux États-Unis prospérera, plus nous nous rapprocherons de la roche Tarpéienne. Aucun n’a à gagner à jouer avec le feu…..Jean Jaurès dans son dernier ou avant-dernier article à la Dépêche du midi le 30 juillet 1914 décrivait un continent européen d'alors  comme hypnotisé par « l'oscillation au bord de l’abîme »

Notes :

1-Todd (Emmanuel) in Le Figaro, 13 janvier 2023, p.22

2-Soutou (Georges-Henri), L’or et le sang – Les but de guerre économiques de la Première guerre mondiale -, Paris, Fayard, 1989, p.9

3-Tooze (Adam), Le déluge, 1916-1931 – Un nouvel ordre mondial- Paris, Belles-Lettres, 2015, p.13

4-Steil (Benn), Le plan Marshall, Paris, Les Belles Lettre, 2020 p.473, pp.474-475

 

Jean Vinatier

Seriatim 2023

 

vendredi 29 juillet 2022

Avant le départ et le retour N°5888 16e année

 A grand peine ai-je pu traverser la place de la Concorde et son environnement immédiat ,  Anne Hidalgo validant à la file des chantiers ENEDIS et autres, entre les barrières non enlevées du Tour de France. Piéton, je mesure la dinguerie qu’est de marcher dans Paris, personne ne respectant rien et pas un policier municipal à l’horizon quant à celle nationale, elle détourne la tête. Il sera beau le péplum des JO du duo, Macron/Hidalgo qui dégoutera les parisiens pour cent ans de cette compétition plus financière que sportive et , surtout, abimera Paris mais les deux s’en moquent tant ils vont dans l’ivresse, le premier le nez, dans la poudre, la seconde s’adorant, les deux sont des despotes déjantés petits bourgeois sans le délire d’un bas empire qui jetterait quelques feux magnifiques avant de succomber aux virils coups de glaives  des goths.

De ce désordre médiocre, si car les chantiers sous Napoléon III s’ils ont cassé la tête des parisiens et alimentés l’impopularité de l’Empire, au moins la IIIe République hérita-t-elle d’une capitale moderne avec pour la première fois de la verdure et des fontaines à foison, s’étonnera-t-on de vivre un second mandat sans queue ni tête ni majorité ?  Face à nous des centaines d’élus qui sont autant de canards sans têtes qui courent, virevoltent, se bouffent le bec avec d’autant plus de vigueur mesurée que nul ne voulant d’une dissolution chacun des canards étêtés prend soin de la tête de l’autre…

Dans ce cadre arriva le prince héritier d’Arabie Saoudite qu’Élisabeth Borne appelle Monsieur mais dont il faut bien serrer la main puisque grâce à notre suivisme dans les directives  américaines et les admonestations quotidiennes d’un Zélensky tout grimé pour Vogue dans un décors reconstitué de « Berlin année zéro », nous en sommes à quémander ici et là  du pétrole et du gaz à votre bon cœur…Adieu le corps équarri de Khashoggi, place à l’aubaine pour un tel prince de se voir courtisé et flatté. Mais gare à lui, car les européens tous bas qu’ils sont, ont des résurgences d’autorité (avec un GPS américain) et peuvent aussi se pourlécher de voir agonir un Kadafi quand bien même détruiraient-ils un pays tout entier ce qu’est la Libye ! A peine le descendant de ibn Saoud était-il reparti que notre Macron s’envolait pour une tournée africaine en quasi parallèle avec celle du ministre Lavrov qui réussissait un beau coup en Égypte où perfidement nous faisait bénéficier d’une commande de blé par le maréchal Al-Sissi qui n’est pas un blé tendre ! Notre pauvre Macron est en Afrique un piètre évangéliste ou missionnaire car, hors la morale et la repentance, les États visités restent sur leur faim. La Russie si elle n’exerce pas une influence sur ce continent comparée à d’autres, elle sait par des coups d’échec affaiblir comme il faut, ici, la France bien paumée dans l’espace sahélien. Du pré-carré africain, nous devînmes des gardiens de chasse puis des agents de sécurité pour d’autres puis maintenant des passagers presque clandestins. Le trait est forcé mais il faut bien montrer ce qu’est de n’être plus souverain de n’avoir plus par conséquent de politique, de vision, de constance et des moyens économiques pour asseoir notre géopolitique.

Eh oui l’Union européenne est entrée dans une grande crise avec celle politique et financière italienne, les révoltes paysannes, hollandaises, albanaises soigneusement cachées aux français par nos médias avec de l’autre côté de la Manche, un choix assez important pour succéder à Boris Johnson qui briguerait l’Otan. Ou Liz Truss qui confond la Baltique avec la mer Noire entre au 10 Downing Street la russophobie aux basques le tout enrubanné d’inculture et de de bêtise ou bien c’est l’audace et le risque de laisser arriver Rishi Sunak qui a compris, sur le tard la nécessité pour plaire en campagne d’être sinophobe, russophobe. Je crois qu’après le Brexit qui est à la fois réussi en cela qu’il s’est fait mais raté en cela que Londres ne sut pas avoir une voie médiane entre Washington et Moscou y ajoutant l’ignominie de l’expulsion de Julian Assange, traité comme un irlandais, le Royaume-Uni d’une Reine âgée qui a vu le pays passer de l’empire à la descente de lit, la situation politique britannique arrive dans une impasse.

L’Union européenne dont l’Allemagne était censée être la tête et les jambes commence sérieusement à battre de l’aile, la germanique Ursula Von der Leyen sur laquelle pèse de sérieux dossiers de corruption n’a ni l’appui véritable d’Olaf Scholz ni celle des états membres notamment sur la question du gaz. Mais réjouissons-nous le charbon arrive depuis l’Ukraine, les mines à charbon rouvrent à toute vitesse sans que les écologistes ne pipent mot, le point fondamental pour eux n’étant pas la qualité de l’air mais qu’il n’y ait plus d’aire russe rendant l’environnement, au passage, assez nucléaire. Depuis Moscou capitale d’un pays qui devrait selon notre si brillant Bruno Le Maire, être au moins à l’agonie sinon mendiait la portion congrue, les pions avancent, Vladimir Poutine va et vient et prépare d’énormes manœuvres militaires pour septembre avec certainement la participation chinoise puisque selon nos médias, la Russie aurait mis toute sa puissance en Ukraine, il lui faut bien faire démentir cette vantardise européenne….Pas loin, le rusé et matois Recep Erdogan se frotte les mains tellement il sait que l’on a besoin de lui voilà un homme qui peut dire oui et non à tout le monde à tour de rôle. Et cette brave cache européenne cherche du regard son berger américain confronté à une situation intérieure que l’on néglige toujours de regarder en face ici. Or les USA entre inflation et récession ont à aborder des questions intérieures qui traversent les 50 États rendant d’ailleurs la sécession impossible. Au-delà des migrations, de  la pauvreté,  des courants wokistes, cancel, lgbtqia+, il y a en toile de fond cette séparation entre les territoires intérieurs et ceux littoraux, Pacifique, Atlantique, une séparation divisant démocrates et républicains. Les mid-terms américains de novembre prochain seront certainement une mèche jetée sur un baril.

Les États-Unis sont la première puissance et l’on peut noter les failles comme, sans doute, certains Romains l’annotèrent dès le début du IIIe siècle mais Rome ne sombra qu’à la fin du Ve siècle et encore dans sa seule partie, celle orientale tenant jusqu’à ce que les Occidents la dépouillent en 1204. Ce rappel pour dire qu’une puissance première parmi les autres met du temps pour passer et encore même disparue, Rome, par exemple, laissa le latin durant des siècles (le Hongrie jusqu’à la fin du XIXe siècle). Il faut donc se garder de tout rêve « de chute » n’interdisant pas qu’à la faveur d’événements successifs et de choix assumés, les accélérations entrent sur la scène ravageant tout.

Je pense que l’ère des valeurs atlantiques est révolue, celles à venir d’Asie, d’Afrique (dont une partie est tournée historiquement vers l’Asie comme l’Égypte et le Maghreb via les Ottomans) sont dans les limbes si nous considérons que leurs valeurs auront vocation à l’universalité. Jusqu’à maintenant l’Europe puis les États-Unis y prétendirent. C’est donc un moment nouveau où un monde s’affaisse avec des sursauts violents et sanglants et des  mélancolies diverses au point de ne pouvoir reprendre la main qu’en créant de toute pièce des « hommes neufs «  (human real)  quand un autre est supposé survenir ce qui n’est pas certain au sens où nous le définissons, le tout sur fond de monde clos sans inconnu, l’inconnu qui fit que l’homme sorti deux fois d’Afrique, aujourd’hui, il sortirait plus de nulle part : cette fin d’inconnu serait-elle notre apocalypse ?

 En attendant, demain j’enfourcherai mon vélo pour un long périple, rendez-vous en septembre

 

Jean Vinatier

Seriatim 2022