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mercredi 8 avril 2020

Macron : Pantin en Seine Saint-Denis ? N°4874 14e année


Emmanuel Macron ne change pas de livret, il joue la même partition avec le même orchestre et en solo sur la scène : son en même temps reste l’alpha et l’oméga de son comportement et de sa manœuvre communicative. Conscience et inconscience, responsabilité et irresponsabilité, règle et non-règle et ainsi de suite.

Son déplacement à Pantin dans un département très affecté par le coronavirus et dont la population ne suit pas exactement les règles de confinement, les vidéos sur les réseaux sociaux étant plus qu’éclairantes, n’avait d’autre objectif que de semer le trouble. D’un côté, il interdit, de l’autre il n’a cure de ce qu’il fait édicter et brave le virus au milieu de la cohue…


Lors des Gilets jaunes, le pouvoir avait fait parcourir au Président des villes françaises où chaque fois il se livrait à un discours pro domo de plusieurs heures, veste tombé, chemise blanche à la Obama. Aujourd’hui, il opère de la même manière espérant les remarques, les critiques à la condition de se mettre en scène, cette fois-ci avec les mains jointes. C’est précisément de ce désordre dont il se repait. 

Pantin ou marionnette, il cabotine et au vu des images, la population l’applaudit : dans un contexte anxiogène, naturellement les gens se rapprochent de l’Autorité. C’est le symbole qui est reconnu plus que l’homme et dans ce cas précis, on rappellera que politiquement il n’y a pas de personnage alternatif et fédérateur au successeur de François Hollande.
A Pantin était-il marionnette ?

Jean Vinatier
Seriatim 2020

lundi 6 avril 2020

France : covid-19 seuil ou récit psychologique N°4873 14e année


Depuis quelques jours l’exécutif entonne l'air du  déconfinement et pour donner crédit à ses dires annonce un pic pandémique et une petite baisse des cas graves.
Le peuple aime à entendre une histoire ou un récit. Nous sommes dans cet instant où, la situation restant pénible, il est aussi nécessaire de dire aux gens que cette période singulière trouvera son terme. Il est logique que le gouvernement tout en sachant le confinement installé, apparemment pour quelques semaines supplémentaires, propose comme une respiration, la sortie de crise sanitaire. Le confinement, les restrictions et interdictions d’aller et venir ne sont supportables psychologiquement que si l’on nous fait voir une aube.
On est dans un film : la vague est arrivée, elle repend la désolation mais déjà s’annoncent les secours, les survivants, le redémarrage de la vie.
Pour l’heure, le gouvernement surfe sur « le jour d’après qui ne sera pas le jour d’avant », s’y ajoutent les accents prophétiques d’Emmanuel Macron, qui a un gout pathologique pour les transes verbales et agitent les élus de la majorité, « les fonds de cuve » (Régis de Castelnau/Vu du droit) . Les Verts plaident pour une politique plus écologique, un changement de modèle économique. Depuis trente années ou plus, a été déconstruit le service public dont celui de la santé : il faudrait donc un temps presque équivalent pour le rebâtir si telle était l’intention politique.
Au vu de « cet accident industriel du siècle » (L’Opinion), tout concourra dans un premier temps à faire que le redémarrage économique se réalise le plus vite possible afin de conjurer toute  crise, politique, sociale, financière. Ainsi seront-ce  les avocats les plus constants du monde global, lesquels ont la puissance financière, qui voudront imposer leur tempo tout à fait soutenus par des Etats comme la Chine et les Etats-Unis, deux moteurs qui, s’ils trébuchaient, effondreraient tout le monde.
Sans doute aurons-nous des effets d’annonce (Bruno Le Maire est parfait en ministre cabotin : des longues tirades et rien derrière) et des promesses, de leçons et d’exigences, mais cela n’ira pas plus loin, l’urgence étant que le modèle économique reparte avec de l’huile dans les rouages. Dans un second temps, une fois la pandémie disparue ou complétement maîtrisée, les hommes débarrassés des peurs, remis à leurs tâches, des discours et des projets, novateurs, dénonciateurs seront à nouveau audibles. C’est cette seconde période qui pourrait s’avérer pour bien des gouvernements un passage de Charybde en Sylla. Mais est-ce si certain ? Bien des scenarii prophétisent des crises à répétition, des récessions abyssales et ainsi de suite.
Il est important de rappeler que ce n’est pas la létalité du virus qui entre en ligne de compte mais l’impact de sa volatilité dont la mise à l’arrêt temporaire des rampes de lancements industriels depuis la Chine. Les entreprises quand elles reprendront une activité normale le feront avec le même nombre de salariés qu’avant le coronavirus : la population mondiale n’est pas impactée à moins d’un retour de bâton soudain et violent.
Oui, cette pandémie éclaire sur notre fragilité humaine et pour la France met à vif l’état déplorable du service de santé et les colères et les abnégations des soignants mais, pour l’heure, c’est, sans s’illusionner trop, le lendemain meilleur et le savoir raison garder qui sont nécessaires.


Jean Vinatier
Seriatim 2020

dimanche 5 avril 2020

Italie: Mario Draghi, thanatopracteur rhénan? N°4872 14e année



Doutait-on que Bruxelles et Francfort fussent dans l’indifférence italienne ? Hormis appuyer sur la planche à billets du sous-sol de la BCE à Francfort et un petit mot du bout des lèvres d’Ursula Van Der Layen, l’Italie n’accueillait que des  aides et équipes médicales de Chine, de Russie, de Cuba, du Venezuela. Eh bien, si Bruxelles a une  humanité : la Commission dépêcherait un médecin de sa fabrication : Mario Draghi. Un praticien adepte de médecines rudes : l’Italie après le coronavirus subira-t-elle le corona-euro ?
A tort ou à raison le nom de Mario Draghi commence à courir les travées des rédactions : thanatopracteur ou guérisseur ?
Le gouvernement de Giuseppe Conte a annoncé que le pic pandémique arriverait dans les jours à venir et qu’à partir de cette prévision le déconfinement commencerait à être réfléchi. Une fois la pandémie terminée, l’Italie, comme tous les autres pays atteints, fera un constat d’abord morbide sur le nombre réel de décès puis sur son état, économique, social et budgétaire. Dans cette perspective, l’Italie étant la quatrième puissance économique de l’Union européenne, Bruxelles voudrait éviter deux choses : premièrement, une crise politique qui entrainerait des élections législatives anticipées avec à la clef un retour de Salvini, secondement qui est le corollaire du point précité, une dépression économique sévère, des déficits budgétaires considérables. Bref, Bruxelles essaierait de mettre en place une solution drastique en Italie comme en Grèce dont les habitants sont encore plongés dans la misère dix années après l’administration de remèdes germano-bruxellois. D’où l’idée lumineuse d’amener par étape un banquier padouan, Mario Draghi, ex-directeur de Goldman Sachs impliqué dans le trafic des chiffres de la Grèce pour lui permettre d’intégrer l’euro en 2001, gouverneur de la banque d’Italie puis successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE en 2011 où il aura  à appliquer les  diktats berlinois contre Athènes. Le personnage pour « traiter » l’Italie n’a rien de rassurant. Bien évidemment, de bons sondages publiés ici et là, nous apprennent que les Italiens approuveraient ce messie adoubé en Rhénanie.
La situation politique italienne est compliquée car les Italiens ont des façons tout à fait originales pour régler tel ou tel moment politique : ils ont un génie de la combinaison qui défie tout esprit cartésien. L’actuel chef de gouvernement, Giuseppe Conte, parvenu à cette fonction parce qu’il apparaissait fade entre Matteo Salvini (La Ligua)  et Luigi di Maio (MS5) a surpris par son habileté et préside un ministère de coalition de type carpe et lapin. Durant cette pandémie, Giuseppe Conte n’a pas mécontenté les Italiens et a su tenir des discours critiques contre l’Union européenne au point de damer le pion au chef de La Ligua, aujourd’hui silencieux.
Giuseppe Conte accepterait-il de laisser sa place à un Mario Draghi ? L’homme sans relief de 2018 ne l’est plus. Il prouverait sans trop de mal qu’il constituerait un barrage suffisant à un retour de La Ligua et empêcherait toute élection législative anticipée. C’est son raisonnement : à Bruxelles verrait-on les choses de la même manière ? Si la Commission Van Der Layen a fait voler en éclat tous les paramètres dogmatiques, le choix est tout à fait temporaire. On en a vu les limites pour les coronabonds : de Vienne à La Haye en passant par Berlin, pas question de solidarité et moins encore de mutualisation. Dans cet état psychologique, est-on certain que Bruxelles (Berlin) aura des yeux de Chimène pour Rome ? Les laudateurs de l’euro et de l’Union européenne (espace géographique dédié aux seules circulations des hommes et des capitaux sans considération géopolitique, ni géostratégique) supputant à raison que les sorties pandémiques européennes seront une période dangereuse, aléatoire et fragile, auront, certainement, la tentation de mettre en place des dispositifs très sévères pour contenir toute contagion sociale et budgétaire.
Nous n’avons pas à Bruxelles et Francfort des hommes politiques, nous avons des technocrates ultra-libéraux qui ne lisent que les lignes comptables, ne regardent que les marchés financiers et sous-estiment gravement l’économie réelle, la plus atteinte lors de cette pandémie.
Comme pour la Grèce, l’Italie subira une hostilité nordique pas du tout éloignée du mépris qui eut lieu envers la Grèce. Mais l’Italie, en cas de crise majeure tant interne que vis-à-vis de Bruxelles, oserait-elle un « Italexit » ? Tsipras, très brièvement, a exploré une sortie de l’Union pour se rapprocher de la Russie. Le gouvernement italien, qui fait face à des déplacements considérables de capitaux vers l’Allemagne, le voudrait-il ? Le doute se défend.
Plus que jamais le carcan euro-européen aura tout du « bolito » (une strangulation diabolique, mortelle mise au point par les trafiquants la drogue : voir Cartel le film de Ridley Scott) : c’est une image pour souligner qu’une fois l’adhésion opérée le pays est condamné à subir. Le Royaume-Uni a échappé à cette issue tout simplement parce que Londres gardait la pleine souveraineté monétaire.
 Quel que soit l’événement, les fondamentaux bruxellois et de l’euro ne changeront pas de cap, même si à la marge des tolérances s’établiront. L’Allemagne a absorbé l’euro et a fait du cadre de l’Union européenne son hinterland bien à l’inverse de la France. L’Italie de demain, avec ou sans le docteur Draghi, affrontera une situation pénible : verra-t-on une fois encore le primat du livre comptable sur la solidarité ? A suivre !


Jean Vinatier
Seriatim 2020

samedi 4 avril 2020

Municipales : un choix présidentiel volontaire ! N°4871 14e année


Second tour le 21 juin ou en octobre ou plus loin encore ? La loi d’urgence sanitaire a inscrit dans ses article la seconde étape des municipales sans remettre en cause le premier tour. Le pouvoir s’est assuré, apparemment, de la bienveillance du Conseil d’Etat et du Conseil Constitutionnel.
Rappelons encore :
C’est le Chef de l’Etat qui dans son intervention du jeudi 12 mars, alors que la pandémie était déjà active sur le sol français, a maintenu le premier tour des municipales tout en appelant une partie du corps électoral à ne pas se déplacer. Au plus haut sommet de l’Etat, ne savait-on pas le danger à exposer les assesseurs, élus et électeurs ? L’Elysée savait pertinemment que le second tour ne pourrait être maintenu, en raison de la pandémie déjà active depuis le début mars. Ou bien, on conviendra du haut degré d’inconscience et de gabegie dans l’exécutif, ou bien, on conviendra d’un choix politique pour affaiblir la portée du scrutin municipal, le rendre moins légitime et diviser le pays.
Au-delà de cette approche, les élus du premier tour l’ont été dans une ambiance fausse : dès l’instant où le gouvernement a incité une partie du corps électoral à rester à demeure, on biaisait la tenue du scrutin et par conséquent son résultat.
Vouloir tenir un second tour à deux mois et même jusqu’à 7 mois du premier tour accentuera la défaillance démocratique du scrutin. Quand bien même le gouvernement passerait outre, quand bien même le Conseil constitutionnel le suivrait dans ce déni démocratique, il serait tout à fait possible d’en appeler à la juridiction européenne : on doute que l’exécutif « des droits de l’Homme » apprécierait de se voir à la vue et au su de toute l’Union européenne comme un pays trafiquant un scrutin électoral.
Pour que le premier tour des élections municipales soit annulé, que le scrutin soit refait : il faudrait, une mobilisation citoyenne très puissante, l’engagement des juristes, que les partis politiques eux-mêmes se joignent aux Français et que des élus du premier tour remettent en jeu leur mandat.

Soulignons-le : l’astuce gouvernementale consistant à séparer le premier du second tour est d’abord et avant un acte bien réfléchi : diviser, affaiblir, dénigrer.
Emmanuel Macron n’a pas été fabriqué (17 000 articles de presse !) pour incarner l’union, la solidité nationale. Il a été placé, mis sur orbite, par des puissances d’intérêt (la conjuration des opulents) qui veulent brider notre pays, accentuer la fuite en avant de l’Union européenne et d’une façon générale accélérer la globalisation du monde.
Le traficotage d’un scrutin, surtout municipal qui touche à la racine politique et démocratique, n’est en rien innocent, il a sa logique et son objectif. Emmanuel Macron, par ses interventions, a poursuivi son « en même temps », par coronavirus interposé : il ne faut pas l’oublier. Emmanuel Macron, LREM, son corps électoral et ceux qui l’on fait roi, ne varient pas d’un iota.
Pour l’heure les Français sont confinés pour quelques semaines encore (mi-mai ?). Qui doute du bouillonnement « Gilets jaunes » tout à fait revigoré après la mise à vif du système de santé publique détruit tout au long de ces trente dernières années ! Si d’aventure, l’exécutif voulait tourner casaque, il faudrait un temps équivalent pour le faire renaitre. Stricto sensu, l’état intérieur français est gravissime et pas seulement dans le domaine de la santé publique.

Le pouvoir actuel en déconstruisant un scrutin municipal, déconstruit aussi la vie démocratique et donc le citoyen lui-même….A suivre !


Jean Vinatier
Seriatim 2020