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mardi 17 août 2021

Kaboul : Biden kaput ? N°5690 15e année

 L’influenceur de Brégançon en costume présidentiel a eu l’habileté, lors de son intervention d’hier soir, de dresser un panégyrique des militaires français otaniens en Afghanistan entre 2001 et 2014. Les témoignages de soldats français s’étalent sur les réseaux où il est intéressant par leurs propos  de noter que se perpétuent un langage et une conviction néo-colonialiste : l’Occidental est toujours convaincu d’amener le Bien dans les contrées obscures et arriérées. C’est un télescopage instructif en pleine « cancel culture » et wokisme !

De son côté, Joe Biden a admis hier assumer son choix face aux critiques unanimes : toute la presse américaine, NYT et WSJ inclus, aucun édito n’a pris la défense de la Maison Blanche.

Les Talibans pourraient tout à fait accompagner les Américains à évacuer dans l’ordre les ressortissants et même les Afghans ajoutant, alors, l’humiliation à la déroute, une déroute pire que celle de Saïgon où, jusqu’au dernier moment, 30 avril 1975, l’armée sud-vietnamienne et les marines se battirent face aux vietminh entrés chars en avant avec tirs contre le palais présidentiel !

Désormais, quelles seraient des conséquences pour les États-Unis à l’intérieur comme à l’extérieur.

A l’intérieur, la déconfiture américaine est pain béni pour Donald Trump et les Républicains à quelques semaines des élections mid-terms. La cruauté politique veut que Joe Biden ait suivi les accords conclus entre son prédécesseur et les Talibans, son erreur aura été de ne pas les réviser quand la situation se dégradait d’un coup. Joe Biden pourrait dire que la fin de la présence armée américaine dégagera des sommes qui pourraient être drainées vers l’économie, les emplois, les nouvelles technologies, l’écologie…Cela suffira-t-il à compenser la perte de prestige militaire et leurs effets secondaires ? Le climat intérieur américain n’est pas bon du tout depuis la dernière élection et, sans doute, la Maison Blanche pense-t-elle à une action d’éclat : mais où ? Pékin ne leur offrira pas le cadeau d’attaquer Taïwan. Et puis le Pentagone et la CIA seraient-ils d’accord quand on sait le peu de considération pour Joe Biden et sa vice-présidente, Harris qui fait un étalage de son incompétence ? A terme, la crédibilité de cette présidence est posée.

Ce qui m’amène aux contrecoups extérieurs pour les États-Unis obnubilés par la Chine qu’ils veulent aplatir. L’essai de création d’une coalition démocratique contre la Chine auprès de puissances asiatiques du sud déjà délicate, risque de connaître quelques faiblesses supplémentaires : l’Inde s’apercevant que le lion américain n’est si solide que cela se retournerait mieux vers la Russie, le Japon ne voit pas sans déplaisir cette situation car c’est un moment opportun de grandir une autonomie avec la possibilité d’extension d’influence que Washington aurait du mal à repousser entièrement. Il se pourrait aussi que les puissances régionales autour de l’Afghanistan s’entendissent pour endiguer, sans blocus, le gouvernement des Talibans, une réalisation qui compliquerait réellement l’action US. La Chine, principale intéressée dans son moment de repli à l’égard des étrangers occidentaux et de sa repise en main de toutes les grandes sociétés afin de se rendre la plus hermétique possible aux attaques financières américaines, regarde avec prudence ce que pourrait être l’Afghanistan à la fois comme une impossible base arrière ouïghour et une nouvelle route de la soie, n’oubliant pas que ses accords avec le Pakistan (pachtoune) prennent plus de poids encore : Islamabad est, sans doute, le pays qui tire le plus de profit de la situation actuelle : en effet pourrait se profiler un axe inter pachtoune, biffant de fait la ligne Durand de 1893.

Et historiquement pour les États-Unis l’Asie demeure un échec assez global, guerre de Corée exceptée (1953). Depuis 1975, les États-Unis ne cessent pas de connaitre des échecs cuisants en Asie sauf en 1991 (Koweït) et 2003 (Irak). Depuis 2001/2003, le gouvernement américain, démocrate/républicain, a claqué pas loin de 5000 milliards de dollars, a corrompu à tout va et a échoué à bâtir une start-up nation devant reconfigurer l’Asie orientale, un projet fondamental aux yeux des néo-conservateurs américains.

A la différence de la Russie, quoique battue en Afghanistan, est tout à fait dans des relations asiatiques et même souhaiteraient, logiquement, les contrebalancer par des rapprochement avec l’Europe ce que bêtement nous leur refusons, les États-Unis garde le côté occupant dans une Asie qui s’émancipe, "s’asiatise" via, notamment, la Chine dont on peut établir le début au sommet de Bandung de 1955 avec, alors, pour poids lourds, Mao, Nehru et Soekarno. Cela ne veut pas dire que la Chine régentera l’Asie, cela indique que l’indépendance asiatique est une dynamique en route.

A travers la chute de Kaboul, se profilent les limites de l’hyperpuissance américaine qui peut avoir tous les dollars au monde, des centaines de bases et tout ce qui va avec, il n’empêche que celle-ci se heurte à un mur : en 2024, Pékin aura son indépendance Internet et avec elle, croyez-moi, toute l’Asie suivra….

Le vent de Kaboul balaie le Zéphyr…….

 Notes complémentaires de la part d'un lecteur anonyme:

Quelques remarques par ailleurs : la première guerre du Golfe avait le soutien de tous les gouvernements donc pas de problèmes diplomatiques,
Le résultat de l'intervention de 2003 n'est pas franchement une réussite pour les USA
Le négociateur taliban des accords de Doha avait été sorti de taule par les pakistanais pour l'occasion,
Mike Pompeo avait écrit d'avance le scénario. Simplement le scénario prévoyait une transition plus longue mais l'armée afghane a implosé.
D’ailleurs, les Talibans sont eux-mêmes un peu pris de vitesse,
Manifestement,  après la panique d'hier, les départs s'organisent aujourd'hui sans la moindre intervention des Talibans pour le moment.

Jean Vinatier

Seriatim 2021

dimanche 28 mars 2021

Ouïghours : indifférence, asiatique, musulmane…N°5632 15e année

L’ambassadeur de Chine a cru qu’il pouvait parler « le Biden » en traitant un chercheur d’origine chinoise de « petite frappe » et de « folle hyène »…Mais si Joe Biden peut dire ce qu’il veut, il n’en va de pas de même pour ceux qui ne sont pas dans la bonne aire…Même si les propos de l’ambassadeur ne sont pas corrects, on doit relever la différence médiatique…

Que les Ouïghours subissent de mauvais traitements est une chose que nous de l’aire Atlantique (USA/Europe) nous décidons de montrer du doigt tout en étant d’une totale indifférence pour les Yéménites de même que nous ne nous scandalisons pas de la situation des migrants venus de l’Amérique centrale entassés aux USA : on imagine sous Trump : quelle déferlante médiatique !

Notre souci à géométrie variable pour les causes humaines obéit aux orientations américaines : est-ce pour rien qu’un Glucksmann, tout à fait comme son père dans le milieu néo-conservateur, qui fit bien des basses choses, avec sa première épouse, en Géorgie (en soutien au demi-fou Mikheïl Saakachvili) puis en Ukraine (maidan), se pare soudain d’un héroïsme de cabotin ? Raphaël Gluskmann se croit Zola qui, lui, mourut d’avoir défendu Alfred Dreyfuss. !

Mais davantage encore, comment réagit l’Asie face aux Oui gours ? Que fait la Turquie portant très proche des Ouïgours ? Rien. Que fait le Pakistan quand des ouïgours franchissent la frontière ? Ils sont renvoyés manu militari ! Que font les musulmans ? Rien. Au-delà du cas des Ouïgours, notons cette passivité face aux répressions au Myanmar (Birmanie) ? Idem pour les violences quotidiennes perpétrées par le gouvernement indonésien musulman contre les aborigènes noirs de Nouvelle-Guinée ? Silence radio de tout le monde, nous inclus !

Qu’est ce qui est le moins pire ou le moins mauvais : une indifférence assumée ou une compassion paramétrée géopolitiquement avec un vernis des droits de l’homme ?

Ainsi envers les Afghans où les États-Unis s’entêtent pour le plus grand malheur de ce pays à vouloir établir une solution politique impossible car elle ne pourra l’être que du fait exclusif des tribus afghanes…ce que les états asiatiques semblent comprendre !

Ainsi envers les Rohingyas, minorité musulmane déplacée par la puissance coloniale britannique en Birmanie pour construire le chemin de fer. Un moment, l’espace Atlantique fulmina contre leur sort au point de vouloir déboulonner Aung San Suu Kyi qui put à peine expliquer et aujourd’hui en résidence surveillée depuis le coup d’État militaire !

Ainsi enfin, les révoltés hongkongais abandonnés par les États-Unis et les belles âmes européennes, le Royaume-Uni excepté qui leur fournit, alors, des passeports en grand nombre non sans arrière-pensées !  

Qui fait in fine le plus de mal ? Les Asiatiques ou l’espace Atlantique ? Que sont-ce les causes pour lesquelles, on n’est pas prêt à donner sa vie ? Les euro-américains ne sont prêt à donner que de l’émotion sur leur temps de trottinette.

Ces compassions, ces charités très ordonnées et cyniques ne sont-elles pas un legs d’un néo-colonialisme…revisité par les thuriféraires, notamment, de la « cancel culture », des sursauts agressifs et partiaux d’une euro-amérique ? Où sont les leçons données par l’Asie à nos comportements ? Il n’y en a pas tout juste une indifférence, celle du félin…

Jean Vinatier

Seriatim 2021