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mercredi 25 novembre 2020

Hongrie-Pologne : « L’Europe » victime d’un chantage ? – par Eric Juillot N°5029 14e année

« Un craquement de plus

Le conflit que révèle ce véto n’a en effet rien d’anecdotique. Il oblige à s’interroger quant à la nature de l’UE, quant à sa finalité et — par voie de conséquence — quant au pouvoir de ses institutions, Commission et Conseil européen en tête. Il a le grand mérite de mettre à nu les problèmes capitaux que soulève le processus d’intégration communautaire, problèmes ordinairement cachés par le caractère rampant et insidieux de ce dernier.

Aussi ce conflit, quelle que soit la manière dont il sera surmonté, constitue l’occasion d’une prise de conscience salutaire des effets destructeurs de l’UE sur la démocratie, par-delà le brouillard communicationnel qui entoure l’événement. Car la situation, complexe, se résume pour les médias dominants à cela : deux États, deux seuls États, connus de surcroît depuis quelques années pour leur « populisme » invétéré, s’opposent, dans le cadre d’un véritable « chantage[1] », à la glorieuse marche en avant d’une « Europe » qui avait pourtant engrangé, en juillet dernier, son premier succès depuis longtemps, avec l’accord sur un plan relance « à 750 milliards d’euros[2] ».

Le manichéisme propre à l’idéologie dominante s’exprime à nouveau sans frein et sans pudeur. Il s’exprime d’autant plus que le point de crispation de cette crise réside dans le mécanisme qui entend conditionner l’accès aux fonds du plan de relance au strict respect de « l’État de droit » – une formule juridique à forte connotation morale.

L’UE, en se drapant dans la défense et la promotion de l’État de droit, peut à bon compte se bercer de l’illusion qu’elle œuvre pour le « Bien ». S’il est vrai que les lois votées ces dernières années dans la Hongrie de Viktor Orban ont de quoi inquiéter tout démocrate conséquent, soucieux d’assurer la liberté de la presse et l’indépendance du pouvoir judiciaire, force est de constater cependant que le problème ainsi posé est considéré de manière spécieuse.

Car ce n’est pas de la « démocratie » qu’il s’agit, mais uniquement, selon la communication officielle, de « l’État de droit ». Or, l’État de droit, s’il constitue une condition de la démocratie, ne saurait en exprimer la totalité, loin s’en faut.

Le formalisme juridique du concept peut ainsi se révéler tout à fait compatible, à l’usage, avec un fonctionnement antidémocratique : c’est ce qui se produit par exemple en cas de corruption de l’appareil judiciaire ou, autre cas de figure, lorsque la magistrature abuse tellement de son pouvoir qu’elle étouffe la vie démocratique par l’instauration d’un « gouvernement des juges », selon l’expression souvent employée, à tort ou à raison il est vrai.

En ce qui concerne la liberté de la presse, il faut bien constater qu’elle ne constitue pas une condition suffisante au pluralisme : l’impressionnant monolithisme idéologique des médias hexagonaux à propos de l’UE le prouve de façon spectaculaire depuis plusieurs décennies.

Il n’est pas excessif d’affirmer qu’au moins 80 % des journalistes sont, dans notre pays, des partisans inconditionnels de l’UE du fait de leur formation, de leur recrutement sociologique ou plus prosaïquement du conformisme auquel ce milieu professionnel condamne ceux qui veulent réussir.

Il en résulte un matraquage médiatique permanent en faveur de l’UE — et du néolibéralisme qui lui est consubstantiel — dont le résultat le plus tangible est le dépérissement, dans la durée, de la vie démocratique, lentement mais sûrement asphyxiée par les interdictions de pensée qui la grève, jusqu’à provoquer en réaction des poussées de fièvre dites « populistes » telles que celle des Gilets jaunes il y a deux ans. »

La suite ci-dessous : 

https://www.les-crises.fr/hongrie-pologne-%e2%80%89leurope%e2%80%89-victime-dun-chantage%e2%80%89-par-eric-juillot/

 Jean Vinatier

Seriatim 2020

 

 

Biden prêt à guider le monde…..N°5028 14e année

 Avant même son installation à la Maison-Blanche le 20 janvier 2021 Joe Biden et son équipe indiquent bien que le mandat de Donald Trump n’aura été qu’une parenthèse apaisante : les États-Unis vont de nouveau « guider le monde ». C’est une manière de rappeler que la double mandature de Barack Obama n’avait été, en dépit d’un prix Nobel de la paix, qu’une succession belliqueuse et un grand nombre d’attentats.

Les médias français insistent sur les francophiles, John Kerry, Anthony Blinken, pour nous endormir. En réalité ces deux hommes de même que Jake Sullivan et Susan Price ont en point commun : l’offensive. Ils furent de tous les combats pour engager la seconde guerre d’Irak, regretter les hésitations d’Obama en Syrie et appuyer les opérations en Libye, sans omettre une profonde hostilité à l’égard de la Russie. Nous avons devant nous plus des faucons que des hirondelles. Nous dire que parce que certains d’entre eux parlent notre langue, l’irénisme irait de soi a tout de la fake news. Rappelons que toute l’Europe en 1914 et 1939 parlait le français sans empêcher du tout deux guerres mondiales !

Les États-Unis sont sur le chemin de la guerre face à la Chine qui dispose de tous les éléments pour être une puissance globale au même titre qu’eux dans les prochaines années. Si la Chine est un régime que l’on n’aime pas, convenons que nos politiques dès qu’un fait divers survient se précipite pour se faire les avocats de la reconnaissance faciale et approuvent une loi de sécurité globale qui nous conduit vers un régime policiarisé. Quelque part nous nous sinisons…

Rappelons que les États-Unis veulent rester la première puissance ce sur quoi Trump et Biden étaient en accord mais d’une manière différente : le premier ne voulait pas d’une dilution identitaire pour complaire au mouvement « no borders » quand le second considère qu’un monde globalisé serait nécessairement totalement américain.

Pour contenir dans un premier temps la Chine, les Etats-Unis doivent tenter d’en séparer la Russie et l’Iran soit par les sanctions soit par des déstabilisations, soit par des coalitions, de combattre l’immense accord de libre-échange récemment conclu, de borner ou de transformer en voies sans issues les routes de la soie (sous-marine, terrestre, maritime, aérienne, spatiale, technologique). Quant à la Turquie d’Erdogan, du fait de ses mauvaise relations avec Pékin, elle redevient, malgré le souvenir du coup d’état manqué de juillet 2016, une puissance tierce tout à fait utile dans cette vue mais aussi pour occuper la Russie (Caucase) et brider l’Union européenne (migrants, politique agressive méditerranéenne).

Et l’Union européenne ? Joe Biden, il en aura besoin : 400 millions d’habitants, une richesse considérable, une matière grise en pagaille, une situation géographique d’extrême-Asie ou Euro-Asie qui ne peut être défendue que par la présence de soldats américains et avec une puissance incontournable, celle allemande tout à fait consciente de parvenir à son but en faisant de l’Union un hinterland sous protection des marine’s : c’est peu dire que Joe Biden dispose d’atouts mais aussi des risques inhérents à cette ambition. Le Royaume-Uni empêtré dans le Brexit ne sait encore comment se positionner face à la nouvelle administration américaine, laissant entrevoir une énième crise politique.

L’Union européenne se réjouirait du futur POTUS désormais présenté comme un surhomme aux dents blanches et rajeuni, car elle croit, grâce à Berlin et aux habitudes prises par des générations bourgeoises de n’avoir pour seul horizon que New-York et d’en accepter les corruptions, que rester une aire de va-et-vient d’hommes et de capitaux serait un aboutissement. Emmanuel Macron, à la tête d’une France qui s’est désindustrialisée dramatiquement mais disposant d’une armée, la seule du continent, mais captif de cette narrative américaine via les GAFAM, a de temps en temps des idées aussitôt contrebalancées par des maladresses langagières qui ne sont plus écoutées y compris sur les bords de la Spree.

On mesure mal en Europe, le choc qu’a constitué la défaite d’Hillary Clinton en 2016 qui devait accélérer le continuum néo-conservateur enclenché plusieurs décennies avant. La haine dont Donald Trump a fait l’objet au quotidien par tous les médias mais aussi sa famille et son épouse qui n’eut que très peu les couvertures de magazine quand Kamala Harris et Jill Biden s’y étaleront de façon plus que récurrente, est à la hauteur des enjeux contrariés. Par ses foucades et ses tweets à la diable, Donald Trump prêtait le flanc aux dénigrements devenant une gargouille grimaçante.

Sous couvert de questions climatiques, tout à fait réelles, et de retour dans les institutions internationales qui de fait prépare la nouvelle offensive américaine, les États-Unis lancent des messages d’avertissement. Par exemple, certains pays d’Amérique Latine : Venezuela, Pérou, Bolivie qui gèrent des situations politiques hors intervention washingtonienne, resteront-ils tranquilles?

Ce rapide panorama n’établit pas que les jeux sont faits justement dans le moment où une nouvelle administration américaine joue la carte d’une restauration de programme géopolitique. Et l’histoire nous enseigne qu’en politique une restauration est fragile, se termine souvent en révolution.

Nous entrons dans l’ère des radicalités tellement les forces et les moyens en mouvement sont colossales comme jamais auparavant.

 

Jean Vinatier

Seriatim 2020

 

 

mardi 24 novembre 2020

Qu’est-ce qu’une nation en Europe ? Anceau/Temple N°5027 14e année

« Le 11 mars 1882, Ernest Renan prononce en Sorbonne une conférence demeurée célèbre parce qu’il y définit ce qu’est une nation. Historien, professeur à la Sorbonne et à Sciences-Po Paris, auteur de nombreux ouvrages sur le Second empire, Éric ANCEAU a repris la question face à la remise en cause des nations par les partisans de la supranationalité européenne et par les apôtres de la mondialisation. En compagnie d’Henri TEMPLE, spécialiste de droit économique et de philosophie politique, notre invité a dirigé la publication d’un ouvrage collectif que tous deux veulent bien nous présenter : Qu’est-ce qu’une nation en Europe ? Des historiens, géographes, économistes et philosophes s’interrogent sur le destin des nations au XXIème siècle, sur leurs capacités de résistance et sur leur dynamisme propre. Vraiment « dépassées », les nations ? » Jean Vinatier 
Seriatim 2020

 

Darmanin, Hidalgo : les identitaires progressistes ? N°5026 14e année

 Clash contre les Verts par Anne Hidalgo au nom de la laïcité, clash pro-police en faveur d’un électorat de droite par Darmanin, deux épisodes de la vie politique avec pour horizon commun, l’élection présidentielle de 2022.

Gérard Darmanin étoile montante qui se veut astre plus solide que Bruno Lemaire sans que cela n’attire, apparemment, le courroux d’Emmanuel Macron, est un indicateur supplémentaire que le prochain quinquennat aura pour porte-drapeau des références d’ordre et de sécurité. Le déménagement immédiat du campement de migrants afghans place de la République est un exemple de plus de la communication que le gouvernement et le ministre de l’Intérieur veulent affirmer. Pour un électorat conservateur, un manifestant est d’abord de gauche ou un marginal donc l’article 24 ne le concerne pas. Cet électorat s’aveugle mais pour l’instant il sera sensible à cette énergie dont il se croira épargnée.

Anne Hidalgo profite d’un incident technique lié au vote en faveur d’un nom de rue ou de place Samuel Paty pour dénoncer les Verts qui ne seraient pas clairs avec la laïcité. Ou bien Anne Hidalgo n’a pas digéré les démissions de Christophe Girard, de  Pierre Aidenbaum l’ex-maire du IIIe arrondissement puis maire-adjoint en charge de la Seine sous les assauts d’élus écologistes dont Anne Coffin et tente de provoquer une scission parmi eux ou bien elle veut par cette offensive et quelques jours après l’annonce de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle poser sa stature de femme de gauche garante des principes républicains et discrètement se glisser dans une robe identitaire mais progressiste.

Du côté présidentiel, il s’agit en laissant éclore Gérard Darmanin, précipitamment marié pour taire les affaires sexuelles qui restent tout de même des braises sous ses pieds, d’empêcher les Républicains, non pas de se choisir un candidat mais d’en retenir un qui ne puisse pas faire grand-chose hormis être un réservoir de voix pour le second tour. L’autre ministre Bruno Lemaire peu discret dans son appétit, est affecté à la même tâche en s’attachant les commerçants, autre réservoir électoral.

Du côté de l’Hôtel de Ville, il s’agit pour la maire de rassembler la gauche et d’abord éviter toute autre candidature socialiste donc celle d’Arnaud Montebourg qui lui aussi a pris des accents identitaires. L’on sait que les Verts ne sont pas un corps uni : vert urbain, vert rural, progressismes sociétaux en concurrence, des naturels pour la dispute avec cette originalité rare de mettre en difficulté leurs dirigeants. Ils disposent, cependant, d’une fenêtre médiatique considérable au vu des problématiques climatiques très réelles. Il s’agirait donc pour la maire en quelque sorte de les « laïciser » ce que pourrait faire croire une communication spécifique.

L’arrivée de Joe Biden au pouvoir est déjà marquée de plusieurs signes intéressants : sans vergogne son équipe reprend des thèmes politiques de Donald Trump y compris en protectionnisme. Quoique que les rivaux de Donald Trump aient pu dire, ils comprennent que la grande erreur faite en 2016 ayant été de ne pas considérer l’identité nationale comme un marqueur, ils veilleront à bien la reprendre mais en lui donnant un sens progressiste. Tout en poursuivant les décontructions sociétales sous couvert d’avancées merveilleuses progressistes (après la GPA, les jupes pour les hommes), ils se réclameront de l’identité.

Si nul ne peut lire dans une boule de cristal, il est certain que la nouvelle présidence américaine aura nécessairement des impacts chez nous d’abord parce qu’à l’inverse de Trump, le néo-obama est dans l’idée européenne défendue par Bruxelles, ensuite pour les « élites » françaises qui constituent 20 à 22% des suffrages exprimés et qui votent contrairement au « peuple » qui n’ont d’autre horizon mental que New York.

Il semblerait donc que nous soyons au départ de nouveaux identitaires mais progressistes. Il suffit de regarder de quelle façon Emmanuel Macron se sert des cycles mémoriels, la Grande guerre et De Gaulle, pour s’en convaincre de même qu’à la manière dont Anne Hidalgo manœuvre face aux Verts. Hidalgo et Darmanin, ce dernier tenu par Emmanuel Macron, se rejoignent dans l’immédiat sur ce qu’il faut éviter toute colère sociale dans les semaines à venir : il s’agit de nous inoculer. La maire de Paris n’est-elle pas prête, dès janvier à piquer la moitié des parisiens quand le gouvernement l’espère nationalement : 2022, la ferme des animaux ?

 

Jean Vinatier

Seriatim 2020