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lundi 23 février 2015

« Tout sera consommé par Pierre-Hans Perrier » N°3064 9e année

Pierre-Hans Perrier est un journaliste québécois.

« Une recension sous forme de commentaires diffus du célèbre essai La Société du Spectacle de l’auteur situationniste Guy Debord.
« Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé « la société de consommation », définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n’en est rien. Si l’on observe bien la réalité, et surtout si l’on sait lire dans les objets, le paysage, l’urbanisme et surtout les hommes, on voit que les résultats de cette insouciante société de consommation sont eux-mêmes les résultats d’une dictature, d’un fascisme pur et simple. » (Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires.)
Nous reprenons, en ce début d’année 2015 inquiétante, l’essentiel d’une recension qui tente de replacer La Société du Spectacle dans le contexte de la crise actuelle du système et de ses modes de représentation. Essai prophétique, cette œuvre maîtresse de feu Guy Débord nous force à prendre conscience des limites de la critique politique, à l’ère du numérique et de ses multiples facéties. Et, si le simulacre faisait, désormais, partie de nos modes de représentation, dans un contexte où la « rectitude politique » aura pris la place de l’éthique ou « science morale », au sens où l’entendaient les anciens grecs?
[….]
La suite ci-dessous :
http://www.dedefensa.org/article-tout_sera_consomm__22_02_2015.html

 
Jean Vinatier
SERIATIM 2015

jeudi 11 décembre 2014

Appel de personnalités allemandes à la raison avec la Russie N°2081 8e année

« 64 personnalités allemandes issues des mondes politique, économique, culturel, ou encore médiatique nous mettent en garde contre une guerre imminente avec la Russie, et exhortent toute l’Europe à une politique de détente. Leur lettre s’adresse au gouvernement fédéral allemand, aux membres du Parlement (Bundestag) et aux médias. À l’origine, l’appel est parti de l’ancien secrétaire du Chancelier, Horst Teltschik (CDU), de l’ancien secrétaire d’État à la Défense, Walter Stützle (SPD), ainsi que de l’ex-vice-président du Bundestag, Antje Vollmer (Les Verts).
[….]
La suite ci-dessous :
http://www.vineyardsaker.fr/2014/12/10/roman-herzog-antje-vollmer-wim-wenders-gerhard-schroder-et-60-autres-personnalites-allemandes-exhortent-leurope-detendre-les-relations-avec-la-russie/

Jean Vinatier
SERIATIM 2014

 
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto-Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Panama, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

 

mardi 7 octobre 2014

« À partir d’une conférence de Kojève, par Nikademus » N°1987 8e année

« Une conférence de Kojève en janvier 1957, publiée en 2 fois dans Commentairela première partie en 1980, la seconde – ils ont pris leur temps -, en 1999.
A lire attentivement pour la hauteur de point de vue et parce qu’il y rappelle entre autres qu’« il est avantageux, non seulement du point de vue politique, mais encore de celui de l’économie elle-même, de payer pour le travail non pas le minimum, mais le maximum possible » et que c’est cela et rien d’autre qui a sauvé le capitalisme première manière (Ford).
« […..]
La suite ci-dessous :
http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploads/1999-3-087_5p_0013_art1.pdfwww.pauljorion.com/blog/2014/10/07/a-partir-dune-conference-de-kojeve-par-nikademus/

Les deux articles de Kojève :



 

Jean Vinatier
SERIATIM 2014

 

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto-Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Panama, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

 

 

 

jeudi 26 septembre 2013

Iran/ONU : Discours du Président Rohani N°1453 6e année


« Généraliser les valeurs occidentales en tant que valeurs mondiales contredit l’honneur humain
Les mesures basées sur la force sur les plans économique et militaire pour assurer et pérenniser l’hégémonie et la suprématie d’antan s’effectuent sur le fond de toute une pléthore de cadres conceptuels dont tous sont aux antipodes de la paix, de la sécurité, de l’honneur de l’homme et des idéaux humains. Parmi ces cadres conceptuels figure notamment l’uniformisation des sociétés et la généralisation des valeurs occidentales en tant que les valeurs universelles.
Un autre cadre est la préservation de la culture de la Guerre froide et le partage du monde en deux camps de « nous les supérieurs » et de « l’autre inférieur ».
Autre cadre conceptuel est de créer une ambiance de phobie envers l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène internationale.
Dans un tel contexte, les violences gouvernementales et non-gouvernementales, interconfessionnelles et sectaires voire raciales se sont exacerbées ; il n’y a aucun garant que la période de paix entre les superpuissances ne se laisse attraper par le piège du discours et d’actes violents.
L’impact catastrophique des lectures extrémistes et brutales ne devra pas être minimisé. »

La suite ci-dessous :
http://french.irib.ir/info/iran-actualite/item/276222-le-discours-du-pr%C3%A9sident-rohani-%C3%A0-l%E2%80%99ag-de-l%E2%80%99onu-texte-int%C3%A9gral

 
Jean Vinatier
SERIATIM 2013

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

dimanche 10 février 2013

« Le plus grand danger : l’Etat » par José Ortega y Gasset N°1367 6e année

Ci-dessous un chapitre, le numéro XIII, du célèbre ouvrage du philosophe espagnol, José Ortega y Gasset (1883-1955), La révolte des masses, édité pour la première fois en 1929.
Son discours analytique de l’homme européen des années d’après la première guerre mondiale, est tout à fait laudateur de l’Etat libéral et tout à fait critique de l’Etat protecteur, fera sursauter. Mais il y a, je le pense, dans cet ouvrage et ce chapitre des observations, des arguments et des rappels historiques instructifs, toujours actuels et l’auteur, qui n'est pas un libertarien, nous réunira sur le constat qu’il n’y a plus d’authentique philosophie !
« Dans une bonne ordonnance des choses politiques, la masse est ce qui n’agit pas par soi-même. Sa « mission »  est de ne pas agir. Elle est venue au monde pour être dirigée, influencée, représentée, organisée –même quand le but proposé est qu’elle ne cesse d’être masse, ou du moins aspire à ne plus l’être-. Mais elle n’est pas venue au monde pour faire tout cela par elle-même. Elle doit régler sa vie sur cette instance supérieure que constituent les minorités d’élite. On discutera autant qu’on voudra sur l’excellence des hommes excellents ; mais que sans eux l’humanité dans ce qu’elle a de plus essentiel n’existerait pas c’est un fait sur lequel il convient de n’avoir aucun doute, bien que l’Europe ait passé tout un siècle, la tête sous l’aile, à la façon des autruches, s’efforçant  de ne pas voir une chose d’une si lumineuse évidences. Car il ne s’agit pas d’une opinion fondée sur des faits, plus ou moins fréquents et probables, mais d’une loi de la « physique » sociale, beaucoup plus immuable que les lois de physique de Newton. Le jour où l’Europe sera de nouveau gouvernée par une authentique philosophie1, - seule chose qui puisse la sauver- on se rendra compte de nouveau que l’homme est –qu’il le veuille ou non- un être que sa propre constitution force à rechercher une instance supérieure. S’il parvient par lui-même à la trouver, c’est qu’il est un homme d’élite ; sinon, c’est qu’il est son homme-masse et qu’il a besoin de la recevoir de l’homme d’élite.
La masse en voulant agir par elle-même, se révolte donc contre son propre destin. Or, c’est ce qu’elle fait aujourd’hui ; je puis donc parler de révolte des masses. Car la seule chose que l’on puisse en substance appeler véritablement révolte est celle qui consiste pour chacun à ne pas accepter son destin, à s’insurger contre soi-même. En fait, la révolte de l’archange Lucifer n’en aurait pas moins été une, si au lieu de s’obstiner à vouloir être Dieu – ce qui n’était pas son destin- il s’était mis en tête de vouloir être le plus infime des anges – ce qui n’était pas non plus son destin. (Si Lucifer avait été russe, comme Tolstoï, il aurait sans doute préféré ce dernier type de révolte, qui ne va pas moins contre Dieu que la révolte légendaire.)
Quand la masse agit par elle-même, elle ne le fait que d’une seule manière – elle n’en connaît point d’autre. Elle lynche. Ce n’est pas par un pur hasard que la loi de Lynch est américaine : l’américaine est en quelque sorte le paradis des masses. Nous ne pouvons donc plus nous étonner que de nos jours, lorsque les masses triomphent, la violence triomphe aussi et qu’on en fasse la seule ratio, l’unique doctrine. Il y a déjà bien longtemps que je faisais remarquer ce progrès de la violence en tant que norme. Aujourd’hui, elle a atteint le point extrême de son développement (1929) ; et c’est un bon symptôme, car cela signifie qu’automatiquement, sa régression va commencer. La violence est devenue la rhétorique de notre temps. Les rhéteurs, les cerveaux vides, s’en emparent. Quand une réalité a accompli son histoire, a fait naufrage, est morte, les vagues la rejettent sur les rivages de la rhétorique, où, cadavre, elle subsiste longuement. La rhétorique est le cimetière es réalités humaines ; tout au moins son hôpital d’invalides. Le nom survit seul à la chose ; et ce nom, bien qu’il ne soit qu’un nom, est en fin de compte un nom, c’est-à-dire qu’il conserve quelque reste de son pouvoir magique.
Il n’est donc pas impossible que le prestige de la violence, en tant que norme cyniquement établie, ait commencé à décroître. Néanmoins, nous continuerons de vivre sous son empire, bien qu’en une autre forme.
Je fais allusion, au plus grand danger qui menace aujourd’hui la civilisation européenne. Comme tous les autres dangers qui la menacent, celui-ci lui doit sa naissance. Encore mieux, il constitue une de ses gloires ; c’est l’Etat contemporain. Nous trouvons ici une réplique à ce que nous avons dit au chapitre précédent sur la science (La barbarie du « spécialisme ») : la fécondité de ses principes l’entraîne vers un progrès fabuleux ; mais celui-ci impose inexorablement la spécialisation et la spécialisation à son tour menace d’étouffer la science.
Il en va de même pour l’Etat.
Qu’on se souvienne de ce qu’était l’Etat à la fin du XVIIIe siècle dans toutes les nations européennes. Bien peu de chose ! Le premier capitalisme et ses organisations industrielles, où, pour la première fois, triomphe la technique, la technique nouvelle, rationnelle, avaient produit un élargissement de la société. Une nouvelle classe sociale apparut ; plus puissante en nombre et en force que les précédentes : la bourgeoisie. Cette entreprenante bourgeoisie possédait, avant tout et surtout une chose : le talent, le talent pratique. Elle savait organiser, discipliner, persévérer dans ses efforts et les coordonner. Au milieu d’elle, comme sur un océan, flottait aventureusement le « navire de l’Etat ». Le « navire de l’Etat » est une métaphore réinventée par la bourgeoisie, qui se sentait elle-même océanique, omnipotente et grosse de tourmentes. Ce navire était une chose de rien, ou guère plus. C’est à peine s’il avait des soldats, des bureaucrates, de l’argent. Il avait été fabriqué au moyen-âge par une classe d’hommes très différents des bourgeois : les nobles, race admirable par son courage, son don du commandement, son sens de la responsabilité. Sans eux les nations européennes n’existeraient pas. Mais avec toutes ses vertus du cœur, les nobles avaient et ont toujours eu la tête un brouillonne. Ils vivaient de l’autre viscère. D’intelligence très limitée, sentimentaux instinctifs, intuitifs ; en somme « irrationnels ». C’est pourquoi ils ne purent développer aucune technique, chose qui oblige à penser des organisations relationnelles. Ils n’inventèrent pas la poudre. Et ce fut tant pis pour eux. Incapables d’inventer de nouvelles armes, ils laissèrent les bourgeois – qui la firent venir d’Orient ou d’ailleurs- utiliser la poudre et avec elle, automatiquement, gagner des batailles contre le guerrier noble, contre le « chevalier » stupidement bardé  d’une inutile ferraille, qui l’empêchait de se mouvoir pendant la lutte, et qui n’avait jamais compris que le secret éternel de la guerre ne consiste pas tellement dans les moyens de défense que dans les moyens d’agression (secret que Napoléon devait redécouvrir)2.
Comme l’Etat est une technique – d’ordre public et administratif – l’ « ancien régime » arrive à la fin du XVIIIe siècle avec un Etat très faible, fouetté de tous côtés par une société vaste et bouillonnante. La disproportion entre le pouvoir de l’Etat et le pouvoir social est si grande à cette époque que si l’on compare sa situation avec celle des temps de Charlemagne, l’Etat du XVIIIe siècle semble dégénéré. L’Etat carolingien était évidemment beaucoup moins puissant que celui de Louis XVI ; mais, par contre, la société qui l’entourait n’avait aucune force3. L’énorme différence de niveau entre la force sociale et la force du pouvoir public a rendu possible la Révolution, les révolutions (jusqu’à celle de 1848).
Mais par la Révolution, la bourgeoisie s’empara du pouvoir public et appliqua à l’Etat ses indéniables vertus. En un peu plus d’une génération, elle créa un Etat puissant qui en finit avec les révolutions. En effet, depuis 1848, c’est-à-dire dès que commence la seconde génération  des gouvernements bourgeois, il n’y a pas en Europe de vraies révolutions. Non pas que les motifs aient manqué ; mais il n’y avait plus de moyen de les réaliser. Le pouvoir public se plaça au niveau du pouvoir social. Adieu pour toujours, Révolutions ! En Europe, le contraire seul est maintenant possible : le coup d’Etat. Et tout ce qui dans la suite a voulu se donner des airs de révolution n’a été, au fond, qu’un coup d’Etat masqué.
Aujourd’hui, l’Etat est devenu une machine formidable, qui fonctionne prodigieusement, avec une merveilleuse efficacité, par la quantité et la précision de ses moyens. Etabli au milieu de la société, il suffit de toucher un ressort pour que ses énormes leviers agissent et opèrent d’une façon foudroyante sur un tronçon quelconque du corps social.
L’Etat contemporain est le produit le plus visible et le plus notoire de la civilisation. Et il est très intéressant, il est révélateur de considérer l’attitude que l’homme-masse adopte en face de l’Etat. Il le voit, l’admire, sait qu’il est là, assurant sa vie ; mais il n’a pas conscience que c’est une création humaine, inventée par certains hommes et soutenus par certaines vertus, certains principes qui existèrent parmi les hommes et qui peuvent s’évaporer demain. D’autre part, l’homme-masse voit dans l’Etat un pouvoir anonyme, et comme il sent lui-même anonyme –vulgaire- il croit que l’Etat lui appartient. Imaginez que survienne dans la vie publique d’un pays quelque difficulté, conflit ou problème, l’homme-masse tendra à exiger que l’Etat l’assume immédiatement se charge directement de le résoudre avec ses moyens gigantesques et invincibles.
Voilà le plus grand danger qui menace aujourd’hui la civilisation : l’étatisation de la vie, l’ "interventionnisme " de l’Etat, l’absorption de toute spontanéité sociale par l’Etat ; c’est-à-dire l’annulation de la spontanéité historique qui, en définitive, soutient, nourrit et entraîne les destins humains. Quand la masse éprouve quelque malheur, ou lorsque simplement elle ressent quelque violent désir, c’est pour elle une bien forte tentation que cette possibilité permanente et assurée de tout obtenir –sans effort et sans lutte, sans doute et sans risque- en se bornant à appuyer sur le ressort et à faire fonctionner ainsi la majestueuse machine. La masse dit : « L’Etat, c’est moi », ce qui est une parfaite erreur. L’Etat est la masse dans le seul sens où l’on peut dire de deux hommes qu’ils sont identiques parce qu’aucun d’eux ne s’appelle Jean. L’Etat contemporain et la masse coïncident seulement en ce qu’ils sont anonymes. Mais le fait est que l’homme-masse croit effectivement qu’il est l’Etat, et qu’il tendra de plus en plus à le faire fonctionner sous n’importe quel prétexte, pour anéantir grâce à lui toute minorité créatrice qui le gêne, - qui le gêne dans n’importe quel domaine : dans celui de la politique, de l’industrie, aussi bien que dans celui des idées.
Le résultat de cette tendance sera fatal. La spontanéité sociale sera sans cesse contrecarrée par l’intervention de l’Etat ; aucune semence nouvelle ne pourra fructifier. La société devra vivre pour l’Etat ; l’homme, pour la machine gouvernementale. Et comme, enfin, ce n’est qu’une machine dont l’existence et l’entretien dépendent de la vitalité environnante qui la maintient, l’Etat, après avoir sucé la moelle de la société, deviendra maigre, squelettique ; il mourra de cette mort rouille de la machine, plus cadavérique, encore que celle de l’organisme vivant.
Tel fut le lamentable destin de la civilisation antique. Il n’est pas douteux que l’Etat impérial créé par les Jules et les Claude fut une machine admirable, incomparablement supérieure, en tant que mécanique, au vieil Etat républicain des familles patriciennes. Et cependant – curieuse coïncidence- à peine cet Etat impérial arrive-t-il à son complet développement que le corps social commence à déchoir. Déjà au temps des Antonins (IIe siècle) l’Etat pèse avec une suprématie anti-vitale sur la société. Celle-ci commence à devenir esclave, à ne plus pouvoir vivre qu’au service de l’Etat. Toute la vie se bureaucratise. Que se produit-il ? La bureaucratisation provoque un appauvrissement fatal de la vie –dans tous les domaines-. La richesse décroît et les femmes n’enfantent pas. Alors l’Etat, pour subvenir à ses propres besoins, renforce la bureaucratisation de l’existence humaine. Cette bureaucratisation à la seconde puissance est la militarisation de la société. Ce qui offre le plus d’urgence pour l’Etat c’est son appareil de guerre, son armée. L’Etat est, avant tout producteur de sécurité (la sécurité d’où est sorti l’homme-masse, ne l’oublions pas). C’est pourquoi il est avant tout l’armée. Les Sévère, d’origine africaine, militarisent le monde. Vaine besogne. La misère augmente. Les femmes sont chaque jour moins fécondes. On manque même de soldats. Après les Sévère, l’armée doit recruter parmi les étrangers.
Ne voyez-vous pas le processus paradoxal et tragique de l’étatisme ? La société, pour vivre mieux, crée comme un ustensile, l’Etat. Ensuite l’Etat prédomine, et la société doit commencer à vivre pour l’Etat4. Mais enfin l’Etat se compose encore des hommes de cette société. Plus tard, ils ne suffisent plus pour soutenir l’Etat et il faut appeler des étrangers : d’abord des Dalmates, puis les Germains. Les étrangers se rendent les maîtres de l’Etat et les restes de la société, du peuple indigène, doivent vivre comme leurs esclaves, esclaves de gens avec lesquels ils n’ont rien de commun. Voilà à quoi mène l’interventionnisme de l’Etat ; le peuple se transforme en chair à pâté qui alimente le simple mécanisme de cette machine qu’est l’Etat. Le squelette mange la chair qui le recouvre. L’échafaudage devient propriétaire et locataire de la maison.
Quand on sait cela, on éprouve un certain trouble en entendant Mussolini déclamer avec une suffisance sans égale, comme une découverte prodigieuse faite aujourd’hui en Italie, cette formule : « Tout pour l’Etat, rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat ». Cela seul suffirait à nous faire découvrir dans le fascisme un mouvement typique, d’hommes-masse. Mussolini trouva tout fait un Etat admirablement construit –non par lui, mais précisément par les forces et les idées qu’il combat : par la démocratie libérale. Il se borne à en user sans mesure. Je ne me permettrai de juger maintenant le détail de son œuvre, mais il est indispensable que les résultats obtenus jusqu’à présent ne peuvent se comparer à ceux qu’obtient dans l’ordre politique et administratif l’Etat libéral. S’il a obtenu quelque chose, c’est si minime, si peu visible et si peu substantiel, que cela compense difficilement l’accumulation de pouvoirs anormaux qui lui permettent d’employer cette machine jusqu’aux dernières limites.
L’étatisme est la forme supérieure que prennent la violence et l’action directe constituée en normes. Derrière l’Etat, machine anonyme, et par son entremise, ce sont les masses qui agissent par elles-mêmes.
Les nations européennes entrent dans une étape de grandes difficultés dans leur vie intérieure pleine de problèmes économiques, juridiques et d’ordre public excessivement ardus. Comment ne pas craindre que, sous l’empire des masses, l’Etat ne se charge d’anéantir l’indépendance de l’individu, du groupe, et d’épuiser ainsi définitivement l’avenir ?
On trouve un exemple concret de ce mécanisme dans un des phénomènes les plus alarmants de ces trente dernières années : l’énorme augmentation, dans tous les pays, des forces de police. L’accroissement social y a fatalement poussé. Il y a un fait qui, pour être habituel n’en a pas moins, à des yeux avertis, un caractère terriblement paradoxal : la population d’une grande ville actuelle, pour cheminer tranquillement et faire ses affaires, a besoin, absolument besoin, d’une police qui règle la circulation. Mais c’est une naïveté des personnes « d’ordre », de penser que ces « forces de service public », créées pour l’ordre, se contenteront d’appliquer celui que ces personnes voudront. Il est inévitable qu’elles finissent par définir et décider elle-même l’ordre qu’elles imposeront et qui sera, naturellement, celui qui leur conviendra.
Le sujet qui nous occupe nous amène à remarquer la réaction différente que peut présenter devant une nécessité publique l’une ou l’autre société. Quand, vers 1800, l’industrie nouvelle commence à créer un type d’homme –l’ouvrier industriel- plus enclin au « crime » que l’ouvrier traditionnel, la France se hâte de créer une police nombreuse. Vers 1810, surgit en Angleterre –pour les mêmes raisons – une augmentation de la criminalité ; et cela fait penser aux Anglais qu’ils n’ont pas de police. Les conservateurs sont au pouvoir. Que font-ils ? En créer une ? Non pas. On préfère supporter le crime autant qu’on le peut. « Les gens se résignent à faire la place au désordre, et le considèrent comme la rançon de la liberté. » « A Paris, écrit John William Ward – on a une police admirable ; mais on paye cher ses avantages. Je préfère voir que tous les trois ou quatre ans on égorge une demi-douzaine d’hommes à Ratcliffe Road, plutôt que d’être soumis à des visites domiciliaires, à l’espionnage et à toutes les machinations de Fouché. » Ce sont là, en effet, deux idées bien différentes de l’Etat. L’Anglais veut que l’Etat ait des limites.
Notes:
1-      Pour que la philosophie gouverne, il n’est pas nécessaire que les philosophes gouvernent – comme Platon le voulut d’abord – ni même que les empereurs philosophent. Rigoureusement parlant, ces deux choses sont très funestes. Pour que la philosophie gouverne, il suffit qu’elle existe, c’est-à-dire que les philosophes soient des philosophes. Mais depuis environ un siècle ils sont tout, sauf cela ; ils sont politiciens, pédagogues, littérateurs ou hommes de science.
2-      Cette simple image du grand changement historique, dans lequel la suprématie des nobles est remplacée par la domination des bourgeois appartient à Ranke ; mais il est évident que sa vérité symbolique et schématique demande maintes additions pour être complétement exacte. La poudre était connue depuis un temps immémorial. L’invention de la charge dans un tube est due à quelque Lombard. Et même ainsi elle fut inefficace jusqu’à l’invention de la balle fondue. Les « nobles » usèrent à petites doses de l’arme à feu ; mais elle était trop chère. Seules, les armées bourgeoises, mieux organisée économiquement, purent l’employer en grand. Il demeure cependant certain que les nobles, représentés par l’armée de type médiéval des Bourguignons, furent définitivement battus par l’armée nouvelle, composée de Suisses, armée bourgeoise non professionnelle. Sa force originale consista dans la nouvelle discipline et dans une nouvelle rationalisation de la  tactique.
3-      Il serait intéressant d’insister sur ce point, et de faire remarquer que l’époque des monarchies absolues en Europe a opéré avec des Etats très faibles. Comment cela s’explique-t-il ? Déjà la société environnante commençait à grandir. Pourquoi donc, si l’Etat pouvait tout, étant « absolu », ne se renforçait-il pas ? Une des causes est celle que j’ai déjà indiquée : incapacité des aristocrates de sang pour la technique, la rationalisation et la bureaucratie. Mais cela ne suffit pas. Il arriva en outre que l’Etat absolu, que ses aristocraties ne voulurent pas agrandir l’Etat aux dépens de la société. Contrairement à ce que l’on croit habituellement, l’Etat absolu respecte instinctivement la société beaucoup plus que notre Etat démocratique, qui est plus intelligent, mais qui a un sentiment moins vif de la responsabilité historique.
4-      Qu’on se souvienne des dernières paroles de Septime Sévère à ses fils : « Restez unis, payez l’armée et méprisez le reste. » »
 
Source:
Ortega y Gasset (José): La révolte des masses, Paris, Editions Stock, 1961, pp.165-175.
Lien:
Fundación Ortega y Gasset:
 
Jean Vinatier
SERIATIM 2012
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen
 

mercredi 30 janvier 2013

« Le profane, le religieux et le choc des ignorances » par Georges Corm & Régis Debray N°1362 6e année

Propos recueillis début janvier 2013 par Georges Sassine et Mahed Nehmé pour Afrique-Asie :
Extrait puis lien vers l'entretien intégral :

« Les djihadistes les plus extrémistes sont souvent des scientifiques, travaillant dans les domaines de pointe…

R. D. J’avais noté ce point quand j’étais dans les pays du Sud : on y trouvait beaucoup plus de fondamentalistes du côté des universités scientifiques et techniques que du côté des universités des lettres. On caricature toujours les islamistes avec des galoches, des abayas comme si c’étaient des bouseux, alors que ce sont des informaticiens, des matheux, des ingénieurs… Aujourd’hui, quel est le centre de l’hindouisme ? Bombay, la capitale de l’informatique en Inde. Quel est le lieu des mystiques les plus folles ? La Silicon Valley. Les scientifiques et techniciens ont besoin de se donner une appartenance, une personnalité, une singularité ethnique dont la science objective les dépossède.

Encore une fois, je me sentais beaucoup mieux dans l’universalisme rationaliste. Toutefois je constate qu’il n’a pas tenu ses promesses et nous vivons le contrecoup, non de sa faillite, mais d’une promesse non tenue.

G. C. Je partage le diagnostic sur les effets de la mondialisation et de la globalisation qui se sont développées à partir des échecs des grands nationalismes laïcs à l’européenne exportés dans le monde entier, ce qui a produit des guerres. Je l’avais déjà analysé dans des ouvrages antérieurs. Les rétractations identitaires peuvent aussi venir de l’appel du vide. Mais là où je différerais un peu de l’analyse de Régis Debray, c’est quand je parle d’instrumentalisation. Car il s’agit bien d’un mouvement qui n’avait rien de spontané dans la mesure où il a été très « aidé » par l’action des Etats-Unis et de ses alliés religieux ou communautaires (Arabie saoudite, Pakistan, Israël). Le néolibéralisme lui-même a amplifié ces rétractations identitaires en décrivant ce que certains théoriciens anglo-saxons ont appelé un marché mondial des religions et des ethnismes. Il s’est ainsi créé le spectacle permanent de l’exhibitionnisme religieux ou ethnique, qui se vend très bien auprès des médias. De même s’est créé l’« ethnic business » (viande halal ou casher par exemple) qui est un énorme marché. Dans les universités, le thème est devenu un business académique. On y est sur-spécialisé sur les maronites, les druzes, les tatares, les chiites… etc. C’est un fonds de commerce pour les chercheurs et ça marche très bien dans ce nouveau cadre néolibéral dans lequel nous vivons. Le retour aux archaïsmes décrit par Régis Debray est savamment entretenu par les systèmes de pouvoir en place. Tout cela a commencé par la lutte contre le communisme, où l’islam et le judaïsme ont été fortement mobilisés, de même que le catholicisme. »

 
La suite ci-dessous :
http://www.afrique-asie.fr/component/content/article/70-points-chauds/4643-georges-corm-et-regis-debray.html

 
Jean Vinatier
SERIATIM 2013
Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Bahamas, Bangladesh, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzégovine, Brésil, Burkina Faso, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Costa-Rica, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Equateur, Ethiopie, Ghana, Gabon, Gambie, Géorgie, Guatemala, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Islande, Israël, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Laos, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Malawi, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Philippines, Qatar, République Centrafricaine, République Dominicaine, Russie, Rwanda, San Salvador, Saint-Marin, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Syrie, Taiwan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM, Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Saint-Pierre–Et-Miquelon), Ukraine, Uruguay, Vatican, Venezuela, Vietnam, Yémen

 

mercredi 12 octobre 2011

Renaud Camus et son « Grand remplacement » N°1035 5e année

En lien, l’auteur  qui ne manquera pas de faire grincer des dents, commente, en 2010,  son dernier ouvrage :

Jean Vinatier
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mercredi 27 juillet 2011

Paul Valéry : « Le bilan de l’intelligence » N°1000 4e année

Une chronique qui arrive à son millième numéro secoue quelque peu l’auteur. Le hasard a voulu qu’en parcourant l’étage de la FNAC Rennes consacrée aux livres, je tombe sur un opuscule placé sur un présentoir : une édition élégante évidemment établie par Allia qui offre un panel assez remarquable de beaux textes imprimés en Italie et à des prix plus qu’abordables. En l’occurrence, la reparution du texte de la conférence de Paul Valéry intitulée Le bilan de l’intelligence de janvier 1935!
Soixante pages panoramiques à l’évidente modernité qui se lisent avec bonheur et que l’on reprend avec encore plus de plaisir. Paul Valéry, qui n’est plus lu malheureusement, était un homme complet c’est-à-dire savant sans la pédanterie. Son écriture élégante et sa logique de pensée ne déçoivent pas.
D’abord, le texte de présentation par les Éditions Allia :
 « Dans cette conférence prononcée en 1935, Paul Valéry délivre ses impressions sur l'évolution de l'intelligence en une époque où le progrès ne cesse de bouleverser les habitudes et les modes de pensée. Les progrès techniques de l'âge industriel apportent un nouveau confort mais aussi entraînent une certaine paresse, de corps et d'esprit, une impatience toujours plus vive à obtenir ce qu'on veut avoir… voire une diminution croissante de la sensibilité au monde et aux choses environnantes. Surtout, ils engendrent un autre rapport au temps, désormais rétréci, amenuisé. Seule échappatoire : une éducation qui continue à valoriser les langues mortes et le bon usage de la langue française. Valéry dénonce une éducation qui mise sur le succès au baccalauréat, sans parvenir à développer la formation d'esprits indépendants. »
 Puis un extrait pour vous décider à dépenser 3 euros :
« [….] Commençons par l’examen de cette faculté qui est fondamentale et qu’on oppose à tort à l’intelligence, dont elle est, au contraire, la véritable puissance motrice; je veux parler de la sensibilité. Si la sensibilité de l’homme moderne se trouve fortement compromise par les conditions actuelles de sa vie, et si l’avenir semble promettre à cette sensibilité un traitement de plus en plus sévère, nous serons en droit de penser que l’intelligence souffrira profondément de l’altération de la sensibilité. Mais comment se produit cette altération?
Notre monde moderne est tout occupé de l’exploitation toujours plus efficace, plus approfondie des énergies naturelles. Non seulement il les recherche et les dépense, pour satisfaire aux nécessités éternelles de la vie, mais il les prodigue, et il s’excite à les prodiguer au point de créer de toutes pièces des besoins inédits (et même que l’on n’eût jamais imaginés), à partir des moyens de contenter ces besoins qui n’existaient pas. Tout se passe dans notre état de civilisation industrielle comme si, ayant inventé quelque substance, on inventait d’après ses propriétés une maladie qu’elle guérisse, une soif qu’elle puisse apaiser, une douleur qu’elle abolisse. On nous inocule donc, pour des fins d’enrichissement, des goûts et des désirs sui n’ont pas de racines dans notre vie physiologique profonde, mais qui résultent d’excitations psychiques ou sensorielles délibérément infligées. L’homme moderne s’enivre de dissipation. Abus de vitesse, abus de lumière, abus de toniques, de stupéfiants, d’excitants….
Abus de fréquence dans les impressions; abus de diversité; abus de résonance; abus de facilités; abus de merveilles; abus de ces prodigieux moyens de déclenchement, par l’artifice desquels d’immenses effets sont mis sous le doigt d’un enfant. Toute vie actuelle est inséparable de ces abus. Notre système organique, soumis de plus en plus à des expériences mécaniques, physiques et chimiques toujours nouvelles, se comporte, à l’égard de ces puissances et de ces rythmes qu’on lui inflige, à peu près comme il le fait à l’égard d’une intoxication insidieuse. Il s’accommode à son poison, il l’exige bientôt. Il en trouve chaque jour la dose insuffisante.
[…]
Quant  à notre sens le plus central, ce sens intime de la distance entre le désir et la possession de son objet, qui n’est autre que le sens de la durée, ce sentiment du temps, qui se contentait jadis de la vitesse de la course des chevaux, il trouve aujourd’hui que les rapides sont bien lents, et que les messages électriques le font mourir de langueur. Enfin, les événements eux-mêmes sont réclamés comme une nourriture jamais assez relevée. S’il n’y a point, le matin, quelque grand malheur dans le monde, nous sentons un certain vide : " Il n’y a rien, aujourd’hui dans les journaux! " disons-nous. Nous voilà pris sur le fait, nous sommes tous empoisonnés. Je suis donc fondé à dire qu’il existe pour nous une sorte d’intoxication par l’énergie, comme il y a une intoxication par la hâte, et une autre par la dimension. » (pp.25-27, 27-28)

Jean Vinatier
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vendredi 15 avril 2011

Pierre Jourde: « C’est la culture qu’on assassine » N°909 4e année

A l’occasion de la sortie du dernier ouvrage de Pierre Jourde aux éditions Balland, ci-dessous en lien, son entretien avec Nicolas Vidal de BSCNews : Son propos est très mondain et superficiel…

Jean Vinatier
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dimanche 6 février 2011

Pierre Legendre: Les quarante piliers N°847 4e année

La courte présentation de la collection, « les quarante piliers » aux éditions des Mille et une nuits, dirigée par l’historien Pierre Legendre, homme discret et exceptionnel, est, je le crois, un moment précieux de lecture.
Ce texte figure dans un recueil de conférences prononcées par Pierre Legendre au Japon à l’automne 2003 regroupées sous le titre évocateur de « Ce que l’Occident ne voit pas de l’Occident »

« La coupole de Sainte-Sophie de Constantinople inspire ici la métaphore : « cinq fois huit arcades de fenêtres lumineuses par où passe l’éclat de l’aurore ».
Cette voûte est « comme un ciel resplendissant », dit Paul le Silentiaire décrivant l’œuvre de son maître, l’empereur théologien et juriste, bâtisseur de la Grande Eglise et du Corps du Droit Civil, Justinien Ier, auquel l’Occident est d’abord redevable de sa capacité stratégique d’organiser.
Ces publications ont pour horizon l’Anthropologie dogmatique. Elles rappelleront au lecteur la structure oubliée : qu’il n’y a pas de pouvoir ni de légitimité ni la vie du commerce social de la parole sans mise en scène, sans la théâtralisation du monde et l’emblème d’une Référence totémique¹. Et ce constat – pas de société humaine hors de l’enclos institué du langage – vaut aussi bien pour la préhistoire que pour l’ère ultramoderne. Au cœur de cette entreprise d’érudition et d’interprétation : la question du sujet et les montages de la Raison, l’enveloppe esthétique des cultures et l’édification historique des Textes, la formation des espaces normatifs et l’ »homo faber » de la civilisation industrielle.
La présente série, intitulée « Summulae », petites sommes, traduit en acte cette perspective. »

Jean Vinatier

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Note:

1- on pensera également à la phrase capitale de la médiéviste Marie-Madeleine Davy: "L’homme est naturellement idolâtre " in Le désert intérieur, Paris, Albin Michel, 1996

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mercredi 19 janvier 2011

Mohamed Hédi Cherif: « Le Tricentenaire de la dynastie husseïnite est une date importante dans l’histoire de la Tunisie » N°831 4e année

Un petit retour sur l’histoire de la Tunisie d’avant la République proclamée en 1957, par le professeur Mohamed Hédi Cherif qui souligne, justement, l’importance de cette dynastie beylicale. N’est-ce pas Sadok Bey(1813-1882) qui proclama en 1861 la première constitution écrite du monde arabe : séparation des pouvoirs, égalité des droits entre les musulmans, les juifs et les chrétiens ?


Ci-dessous le lien :
http://habibbourguiba.net/index.php/articles-et-documents/iv-de-la-monarchie-a-la-republique/101--la-dynastie-husseinite-par-mohamed-hedi-cherif-1977


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lundi 17 janvier 2011

Esther Benbassa : 2 interventions de l’auteure de « Être Juif après Gaza » N°828 4e année

Ci-dessous deux interventions de l’historienne Esther Benbassa accordées à Rue89.com

« C'est la faute des élites si la France se rabougrit »

« Israël-Palestine : le Crif bafoue la liberté d'expression et s'en vante »

In Seriatim:

Jean Vinatier
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mercredi 5 janvier 2011

Un jeune homme de 93 ans ….. N°816 4e année

Un jeune homme de 93 ans, Stéphane Hessel, lancerait-il le ton de cette année 2011 ? Son manifeste d’une trentaine de pages écrit avec une fraîcheur remarquable connaît un succès de librairie : plus de 500 000 exemplaires vendus (3 € l’exemplaire) en un peu plus de deux mois. La presse s’ébranle pour cet homme très à l’aise dans son discours servi par une expérience de 70 ans !
De leurs côtés, Monique Pinçon-Charlot et son époux, Michel Pinçon, auteurs du « Président des riches » sillonnent la France tant urbaine que rurale et se flattent d’être pris jusqu’à la fin avril 2011.
Assisterions-nous, comme l’exprime Edgar Morin, au " réveil public d'un peuple qui était jusqu'à présent très passif" ?
Si les médias font bonne figure à ces publications et se pâment devant leurs succès, ils savent aussi les affaiblir considérablement. Ainsi avec l’écrit de Stéphane Hessel, quelques journaux ont entrepris d’interroger des « personnalités » pour savoir ce qui les indignaient. Résultat ? Un catalogue à la Prévert qui noie assez bien le contenu du manifeste de l’ambassadeur Hessel. Que veut-il ? Alerter les Français sur le détricotage complet par la droite et par la gauche du CNR dont le programme par ses volets, politiques, économiques, sociaux, était une révolution dont la France a joui un demi-siècle. En 2010, Stéphane Hessel voyant l’avènement d’une dictature économique d’essence libérale-libertaire, il appelle donc à « une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pur notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. »
Dans un autre ordre, Paul-Marie Couteaux rapportait ses rencontres dans des cénacles situés très à droite où des jeunes débattaient avec érudition sur tous les problèmes contemporains. A gauche, dans toute son étendue, il en est exactement de même. Quelque chose est, certainement, en train de se déclencher, de faire étincelle. Il faudra bien du temps pour assister à des nouveautés mais, rappelons-nous ce brillant XVIIIe siècle (et l’on pourrait établir une comparaison similaire avec la période allant de la fin du XVIe à la Fronde, 1648-1653) où d’un bout à l’autre de la France des femmes et des hommes de toutes conditions se sont passionnés pour les idées, des plus novatrices aux plus conservatrices, et pour les nombreuses explorations. Du monarque au laboureur, la France bouillonnât 70 années.
On peut d’autant mieux se féliciter de la curiosité publique que les tenants de l’idéologie dominante et des lobbies qui les irriguent, tentent désespérément de se trouver des oppositions à travers, notamment, des think tank au point que leurs membres réunis en assemblée pour débattre s’aperçoivent in fine qu’ils ne sont que perroquets et inséparables.
Fort justement, les sociologues, Pinçon-Charlot, répètent bien que si leurs auditoires s’enflamment contre cette oligarchie financière dont le Président Sarkozy se targue d’être un des fleurons, ils sont davantage dans le registre de la curiosité ou si l’on veut du voyeurisme : « comment vit le Monsieur du château ? »
Ce bémol ne doit en rien décourager tant il est normal que le réveil individuel ne se produise que par palier jusqu’à ce que l’inconscient collectif prenne le pas. A quoi cela sert-il disent certains, puisque l’actuel Président de la République serait reconduit en 2012 ?Justement, d’un côté, nous aurions une oligarchie vivant en autarcie qui continuerait sa course folle et se persuaderait que chaque mois de gagner est bon à prendre tandis qu’en face tout un peuple développerait en lui-même tous les instruments intellectuels qui le libéreraient d’un pouvoir, incapable de se réformer et vécu alors comme une tyrannie voir un despotisme. Ainsi passerait-on d’un « Qu’ils s’en aillent tous » de Mélenchon (formule passive équivalente à l’expression célèbre : Armons-nous, partez) à foutons les dehors (l’action du peuple).
Le Français est patient, têtu, narquois mais il peut se révolter d’un coup quand l’injustice sociale dépasse les bornes bien davantage que les Anglais enferrés dans une société de castes et les Américains qui, sauf erreur, ne se sont pas révoltés contre les « riches » lors de la Grande dépression de 1929.
Il est logique que l’oligarchie en place qui tient l’exécutif, les principaux partis et les médias, s’emploie à affaiblir, à ridiculiser, à dénaturer celles et ceux qui ne sont pas dans le bon couloir. Pour combien de temps ?

Jean Vinatier
Copyright©SERIATIM 2011

Sources :
Pinçon-Charlot (Michel et Monique) Le Président des riches, Paris, La découverte, 2010


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vendredi 19 novembre 2010

Jean-Claude Michéa : « L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes « N°789 4e année

Jean-Claude Michéa fut professeur de philosophie au lycée Joffre de Montpellier. Ardent avocat de l’œuvre de Georges Orwell, il est, aussi, celui qui a fait connaître en France le travail de l’historien américain, Christopher Lash ( 1932-1994) connu pour la « Révolte des élites » et « Culture de masse ou culture populaire ? », deux ouvrages édités par la maison Climats en 1999 et 2001.
Dans un court mais vigoureux ouvrage, « L’enseignement de l’ignorance » paru en 1999, Michéa expose comment l’enseignement ne participe plus à l’éveil intellectuel, critique et pensant du citoyen mais le formate, désormais, pour qu’il devienne un bon soldat au service l’économie libérale-libertaire.
Ci-dessous les courts chapitres VIII et IX, lisez également la note ainsi que la seconde partie de ce livre intitulée également "Notes" ( de A à F, pp.83 à 139).. A la veille de nouvelles réformes de l’éducation, la relecture ou la découverte de cet ouvrage est plus qu’utile.

« Il n’est pas besoin d’être spécialiste de l’histoire des institutions scolaires pour reconnaître, dans l’utopie négative qui vient d’être esquissée, le principe même des réformes qui, depuis trente ans, sont en chantier – sous des formes et à des rythmes qui correspondent aux contextes locaux – dans la plupart des pays occidentaux¹. S’il faut concéder au capitalisme français une certaine originalité sur ce point, c’est uniquement dans la mesure où, dans la guerre qu’il doit conduire contre les classes populaires, il a su exploiter, avec une intelligence particulière, les lieux communs idéologiques qui, depuis Mai 68, avaient envahi le marché. Comme l’écrit Alain Finkielkraut, "les tracts contestataires d’autrefois sont les directives gouvernementales d’aujourd’hui. Voilà trente ans, en France, c’étaient les comités d’action lycéens qui proclamaient que pour combattre les inégalités les professeurs ne devaient plus se contenter de transmettre la culture qu’ils possèdent, mais éveiller la personnalité de chaque élève et lui apprendre à se former soi-même. Désormais, ce sont les inspecteurs d’académies qui s’expriment en ces termes. "
Dans la pratique, ce mouvement de réforme constitue, naturellement, un processus complexe, soumis comme il est de règle, aux aléas des multiples rapports de forces et incluant, pour cette raison, quelques freinages partiels aussitôt compensés par des accélérations brutales et fulgurantes. Dans les conditions politiques du temps, c’est à la Droite libérale que revint l’honneur, en apparence paradoxale, d’appliquer la première vague de réformes autorisées par les événements de Mai 68. Des instructions de 1972 sur l’enseignement du français à la mise en place, en 1977, du Collège unique, elle s’acquitta, dans l’ensemble, assez bien de cette tâche historique.
Cependant, le problème de cette Droite libérale, c’est que, pour des raisons qui tiennent à son histoire, une partie non négligeable de son électorat appartient encore à cette France rurale et catholique qui, pour des motifs généralement contradictoires, n’envisage qu’avec la plus grande réticence la modernisation intégrale de sa vie. Cette fraction incohérente de la Droite – qui, selon la formule célèbre de Russel Jacoby, " vénère le marché tout en maudissant la culture qu’il engendre" – est suffisamment réelle, malgré son déclin programmé, pour contraindre en permanence la Droite d’affaires à dissimuler et parfois même à modérer ou suspendre une partie de son programme ultra-modernisateur.
C’est évidemment là un problème qui ne peut se poser à une Gauche moderne – ou plurielle ou libérale-libertaire – dans la mesure où celle-ci s’auto définit, de façon ontologique, comme le parti du Progrès et du Mouvement, c’est-à-dire de l’Avant-garde en tout.
On comprend donc pourquoi c’est presque toujours sous un pouvoir culturellement de gauche que la modernisation totale de l’Ecole et de la Vie – qui constitue, depuis le XVIIIe siècle, l’essence même du programme capitaliste – est imposée aux classes populaires avec le plus de cohérence et d’efficacité. De fait, il suffit d’examiner, avec un minimum d’esprit critique les projets constants de M.Allègre – et de son fidèle adjoint Geismar – pour retrouver sans difficulté – sous le double appel à « dégraisser le mammouth » et à ouvrir l’école à tous les produits, y compris les plus inutiles, de l’industrie informatique – les principales consignes que les propriétaires de la planète distribuent à leurs employés politiques lors de leurs discrètes entrevues stratégiques ; il est vrai que ces employés sont toujours tenus de retraduire ces consignes en termes « pédagogiques » et «égalitaristes », ce qui ne manque évidemment jamais d’égarer les plus imbéciles parmi les militants.
La présente « crise de l’Ecole » dont le grand public prend progressivement conscience, doit ainsi être comprise, avant tout, comme l’effet qui se prolonge d’une situation devenue contradictoire. D’un côté, l’Ecole, parce qu’elle était la pièce centrale du dispositif « républicain » c’est-à-dire d’une époque et d’un système où le marché auto-régulé n’était pas encore en mesure de plier à ses lois la totalité des choses- se trouve être un des derniers lieux officiels où subsistent – à côté d’habitudes et de pratiques parfaitement absurdes – de véritables fragments d’esprit non-capitaliste et quelques possibilités réelles de transmettre du savoir ainsi qu’une partie des vertus sans lesquelles il ne peut y avoir de société décente. Mais, de l’autre, sous la vague déferlante des réformes libérales-libertaires, l’institution tend mécaniquement à devenir l’ensemble intégré des différents obstacles matériels et moraux qu’un enseignant est obliger d’affronter s’il a le malheur de s’obstiner, par une étrange perversion, à vouloir transmettre encore un peu de lumières et de civilité ; une telle contradiction, on l’imagine, en peut définir qu’un très mauvais climat : et de fait, il devient chaque jour un peu plus irrespirable.

1- (en réalité la note 43 de l’ouvrage) : En tant que lieu classique de la production capitaliste, l’Amérique avait évidemment expérimenté la plupart de ces réformes bien avant les Européens. Ceci explique l’état désastreux dans lequel se trouve présentement l’école publique des Etats-Unis. Et cela confirme que c’est bien en connaissance de cause que furent introduites en France les méthodes pédagogiques qui avaient conduit au vu et au su de tous l’école américaine au bord de l’effondrement. Comme le rappelle Liliane Lurçat (Vers une école totalitaire, p.144) « les méthodes de lecture recommandées par Meirieu comme scientifiquement correctes, ont contribué à la généralisation de l’illettrisme aux Etats-Unis où, selon, Jacques Barzun, soixante millions d’illettrés fonctionnels doivent leur échec à la méthode look and say » Cela ne signifie pas, pour autant, que les premiers réformateurs pédagogiques aient été des agents conscients du capitalisme. En détruisant, par principe, tous les acquis de la tradition, il s’agissait seulement, dans leur esprit, d’étendre ce qu’ils croyaient être la sphère de la liberté et qui n’était bien sûr, que l’esprit de la consommation et du libre échange retranscrit en principes pédagogiques. Mais c’est pourquoi chaque progrès de la réforme était nécessairement condamné à libérer de nouveaux espaces pour la dynamique capitaliste, laquelle, en retour contribuait à consolider les mythologies de l’éducation nouvelle. Pour l’essentiel, ce n’est véritablement qu’à partir de 1988 sous le magistère de Lionel Jospin et, déjà, de Claude Allègre, que ces différentes utopies pédagogiques furent recyclées, cette fois ci de façon parfaitement consciente et délibérée, au service de la « construction européenne » c’est-à-dire de la préparation des firmes européennes à la guerre économique mondiale. Pour qui, veut comprendre le passage de la réforme pédagogique de la naïveté « libertaire » au cynisme libéral, il serait, sans doute, intéressant, d’analyser le rôle joué par l’inspecteur Foucambert (on a les Lyssenko qu’on peut) et sa célèbre armée de fanatiques (cf. Liliane Lurçat, Les destructeurs de l’Enseignement élémentaire et ses Penseurs, 1998) »



Jean Vinatier
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Source :
Michéa (Jean-claude) : L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, Castelnau-le-Lez, Climats, 12 euros pp.61-70.

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