Info

Nouvelle adresse Seriatim
http://www.seriatim.fr

jeudi 31 janvier 2008

Politiques français: haro sur les banques ! N°129 - 1ere année

Et c’est parti, les élus de la droite à la gauche, enfourchent le cheval de bataille contre les banques et le système financier. Oubliée, la ratification du traité simplifié de Lisbonne le 4 février à Versailles. Oubliés les grands discours sur le libéralisme : ne sommes –nous pas à cinq semaines des élections municipales ?
Merveilleux partis politiques embarqués sur un navire de la pêche aux voix : le parti socialiste met les bouchées doubles, tait les disputes internes pour récolter les bulletins des Français sur un mode quasiment poujadiste, l’UMP dépitée par la chute (
Le Figaro parle pudiquement d’érosion) de la popularité de Nicolas Sarkozy et agacée par la publicité faite autour du rapport Attali monte au créneau.
Les partis d’Alain Besancenot, de Jean-Marie Le Pen et de François Bayrou sont dans leur logique politique traditionnelle à l’inverse du parti socialiste et de l’UMP totalement ralliés à l’économie de marché dans sa version la plus déréglementée. Cherchez la différence entre un Pascal Lamy (socialiste) ou un Strauss-Khan et un Nicolas Sarkozy ? Frottez-vous bien les yeux, il n’y a rien !
Ce haro quotidien contre les établissements bancaires a de quoi indisposer par son degré d’hypocrisie et son cynisme. Les électeurs sont-ils aussi dupes que le croient les états-majors ? Non.
Les ministres PS et UMP lorsqu’ils occupaient les ministères sont allés sur une voie identique : celle de la mondialisation ouverte qui annule toute politique industrielle française et toute protection sociale. Les délocalisations furent louangées et réalisées par bien des hauts fonctionnaires passés dans le privé. La crise planétaire du crédit et de la finance si elle brise le miroir aux alouettes de nos élus aura du mal à convaincre les Français de la durabilité du discours populiste.
Les partis ont la vue courte ! Ils ne songent qu’aux élections municipales. Le PS compte se refaire une santé sans comprendre qu’un succès électoral ne sera qu’un faible pansement sur sa plaie béante. L’UMP et Nicolas Sarkozy ont fait le choix de réformes, économique, sociétale, de santé au lieu de la réforme administrative du pays. Ils ont balayé d’un revers de la main toute observation prudente de la dégradation américaine sur fond de bulle immobilière. Extraordinaire pour des gens qui se disent si ouvertement américanophiles ? Assurément les séries US ont pour eux une valeur géopolitique ! Manque de bol, les scénaristes hollywoodiens sont…en grève !
L’assaut contre les banques a quelque chose d’indécent et d’irresponsable. Les établissements bancaires français sont devenus ce qu’ils sont par le biais de lois et de décrets d’application. Prendre prétexte des problèmes de la Société Générale pour se métamorphoser en sœur du bon secours est surréaliste !
Stéphane Rozès, directeur général du CSA, confirme dans
Le Monde, "Parmi les électeurs de gauche comme de droite, il existe une forte demande de régulation ; deux tiers des Français considèrent que les gouvernements, s'ils le voulaient vraiment, pourraient réguler la mondialisation".¹
Cette remarque frappée du bon sens laisse à proprement parler les partis politiques totalement nus et déconsidérés ; ils n’ont plus la main sur la régulation de la mondialisation : l’Europe en est l’exemple le plus éclairant et sa constitution une cerise empoisonnée dont les nations ne veulent pas !
La Société Générale, dirigée par un homme issu du sérail, auteur d’un rapport sur la bonne gouvernance, est au centre de toutes les attaques quand cet établissement n’est que la conséquence politique de ce qui a été retenue. Socialistes et Umpistes sont dans le même bateau sous les ordres d’un même capitaine (économie déréglée) mais les premiers sont à bâbord et les seconds à tribord.
Qu’en pensent les citoyens ?

©Jean Vinatier 2008

Lien :

mercredi 30 janvier 2008

Récession ou pas : un nouveau monde capitaliste ! N°128 - 1ere année

Voilà des semaines que les articles hésitent sciemment ou non sur la possible récession américaine. Le dernier communiqué du département du commerce écrit que « la croissance américaine a brutalement décéléré au quatrième trimestre, pour s'établir à 0,6% seulement après 4,9% au troisième trimestre (en rythme annuel), ce qui porte à 2,2% la hausse du PIB sur l'ensemble de l'année ». Si on lit le texte, la récession soit est déjà active ou bien elle aurait déjà passé telle une bise dangereuse sur la planète.
Le public saisit-il la dimension originale de la crise ? Les enquêteurs du FBI mènent plusieurs enquêtes sur les crédits hypothécaires à risque. Deux douzaines de sociétés sont soupçonnées de fraude comptable et de délits d'initiés. Le FBI se penche surtout sur les procédés de titrisation employés par les banques. Les enquêteurs ont indiqué au
Wall Street Journal que la complexité des montages complique leur tâche. Ils soupçonnent que des prêts douteux aient été assemblés à des créances saines au sein des produits de titrisation dont les banques ont ensuite fait commerce. Certains prêts douteux auraient même été utilisés dans plusieurs véhicules de refinancement. De ce fait, l'ensemble de la chaîne est passée au crible, de la banque émettrice aux rehausseurs de crédits.
L’économie, le crédit, la banque, trois mots qui forment un frontispice sous lequel est le moral des consommateurs.
La mondialisation est bien présente. Cette crise est nullement achevée. Elle met en lumière qu’à travers des montages financiers sophistiqués, le taux de change d'une monnaie, le cours d'une matière première ou un taux d'intérêt, ce qui se passe à Washington à Londres ou à Tokyo affecte le reste du monde. Les ambitions industrielles de l'Inde, la volonté hégémonique des géants russes et les décisions monétaires de Pékin bousculent la vie de tous les citoyens. Plus personne n'ignore que la Chine prête au consommateur américain l'argent qui lui permettra d'acheter des produits sinisés. Idem pour les fonds souverains de la péninsule arabique qui prêtent à 10% et plus aux banques quand ils ne décident pas d’entrer des deux pieds dans les conseils d’administration. L’élément mondial et révolutionnaire est que la FED ne puisse en contrôler le taux.
C’est un paradoxe, on croyait les USA plombés par les campagnes militaires coûteuses (et mortelles pour les populations) en Mésopotamie, en Afghanistan, alors que c’est le nerf même de la guerre, le dollar et son utilisation abusive dans des montages financiers subtils et multiples qui menacent d’accélérer la fin du monde capitaliste « blanc », vieux de deux siècles !
Chacun aime à se répéter qu’aucun fonds souverain, ni aucune puissance émergente n’ont à gagner à la fin du système capitaliste. C’est vrai et c’est exactement ce que se disent précisément tous les dirigeants des nouvelles nations étatiques (Russie, Chine, Inde, Arabie, demain le Brésil) via leurs puissantes mannes financières, les fonds. Que font-ils ? Ils prennent tout simplement des gages, des précautions. Ils procèdent, un peu comme le firent au XIXe siècle les capitalistes, ouest-européens, américains, par exemple, dans l’empire Ottoman.
Afin de ne pas perdre leurs fabuleuses fortunes, ils les placent au cœur même du système capitaliste. S’emparer des banques parmi les plus prestigieuses et anciennes dont les équipes dirigeantes proviennent des universités les plus fameuses, des grandes écoles inscrites au panthéon mondial de l’exception c’est faire une pierre deux coups. Ces élites entreront, de facto, réalisme, pragmatisme et intérêts obligent, au service des nouveaux détenteurs de la monnaie qu’elle se nomme dollar ou pas.
Si la communication faite autour de la récession américaine ne peut pas être ignorée, ne nous fermons pas les yeux, elle n’est que l’arbre qui masque la forêt. La modification, la transformation des mondes bancaire et financier Atlantique augurent d’un avenir dont notre histoire ne porte pas trace. L’Union européenne ferait bien de réfléchir à devenir une puissance politique pour maîtriser l’euro. Une monnaie forte s’appuie sur un Etat souverain.

©Jean Vinatier 2008


Sources Seriatim :

Fonds souverains :

http://seriatim1.blogspot.com/2008/01/fonds-souverains-le-monde-atlantique-t.html
http://seriatim1.blogspot.com/2007/12/les-fonds-souverains-arabes-et-lessor.html
http://seriatim1.blogspot.com/2007/10/fonds-souverains-une-nouvelle-arme-des.html


FED,banques centrales, FMI :
http://seriatim1.blogspot.com/2008/01/la-fed-success-story-depuis-1913.html

mardi 29 janvier 2008

Poupées russes à la Société Générale N°127 - 1ere année

L’affaire Société Générale est-elle semblable aux poupées russes ?
Après l’information sur les pertes subprimes de la banque (2 milliards), la perte de 5 milliards occasionnée par un trader sur des positions pour la plupart perdantes évaluées entre 50 et 70 milliards; aujourd’hui, on parle carrément de délit d’initié. Un administrateur de la banque, Robert A. Day, a vendu par deux fois, les 9 et 18 janvier, deux très gros paquets d’actions (85 et 40 millions).
A Paris, on est sous le choc ! Le sociologue Olivier Godechot, le confie au journaliste de
Mediapart Sylvain Bourmeau :
«
Cette affaire me surprend énormément. Elle surprend tout le monde : les traders de la Générale, ses salariés, ses syndicats, ses directeurs, la place financière, les journalistes et le commun des mortels. Tout le monde est incrédule. Les montants en jeu, bien sûr, contribuent à l’étonnement. 5 milliards d'euros : 11% de la capitalisation boursière de la SG au 1erjanvier, 1/6ème de ses capitaux propres, 1,5% du budget de l’État, 0,3% du PIB de la France, l’équivalent du PIB annuel de Haiti. Ce n’est pas rien. Mais pour qui connaît l’industrie financière, la localisation de la perte laisse aussi rêveur. À la Société Générale ! À Paris ! Au sein de la salle dérivés actions ! Le cœur même de l’expertise financière à la française. »¹
Philippe Béchade de la
Chronique Agora, revient sur le process pour arriver au même étonnement que Godechot :« Les architectures informatiques d'enregistrement et de balance des mouvements entre les différents agents (institutionnels) sont extrêmement complexes, les procédures de contrôle redondantes. Toutes les opérations sur les marchés dérivés impliquent des appels de marge ; les conversations des négociateurs et vendeurs sont toutes enregistrées sur bande -- c'est une image car nous vivons à l'ère du numérique. Il est donc possible de vérifier si les positions correspondent aux ordres transmis et gérés par les traders des autres établissements financiers.
Même si les procédures de sécurité et les garde-fous internes peuvent être contournés, les chiffres comptables faussés, les risques maquillés, moyennant une certaine forme de génie informatique -- qui vaut certainement beaucoup plus qu'un salaire de 10 000 euros par mois sur le marché --, il est en revanche impossible de truquer les rapprochements auxquels procèdent les chambres de compensation.
Les mouvements de capitaux deviennent à ce stade bien réels (par le jeu des règlements/livraisons des divers instruments financiers) ; si la capacité de couverture d'une banque est réputée quasi-illimitée -- c'est le cas pour des banques dont les dépôts dépassent les 100 milliards d'euros --, des intermédiaires extérieurs conservent la trace indélébile des transactions entre adhérents.
Et lorsque des montants anormaux sont détectés sur des engagements à terme -- et 50 milliards de positions sur des dérivés tels que contrats ou options sur indice même couverts sont totalement hors norme --, lorsque des différences de soldes de capitaux se matérialisent, des enquêtes sont automatiquement déclenchées auprès des services de contrôle des banques. A aucun moment les traders n'ont la main sur ces services, puisqu'ils les ignorent... jusqu'au moment où ils sont invités à s'expliquer, et il est alors trop tard pour créer de nouvelles transactions fictives effaçant la source du problème.
Le présumé coupable pouvait-il aveugler de manière perverse -- selon ses propres termes -- le système pendant deux ans ? Aurait-il réussi à échapper à tout contrôle, à toute enquête (audition des bandes, rapprochement des écritures comptables, appels auprès des confrères afin d'y voir plus clair ?). Cela tiendrait du prodige...
Mais les miracles sont possibles puisque la bulle du crédit n'a pas explosé avant le tout début de l'année 2007. Et le S&P ou le Dax ont même réussi à battre leurs records absolus après les turbulences du mois d'août (moment à partir duquel les transactions sur les subprimes et leurs dérivés exotiques ont littéralement cessé d'exister, tandis que des décotes abyssales (jusqu'à -70%) étaient appliquées à nombre de tranches de CDO.
Il résulte donc de tout ce qui précède un taux d'incrédulité particulièrement élevé face à la version officielle qui a été présentée aux marchés et à la presse jeudi dernier ! »²

En prenant un peu de recul sur les jours derniers, que relève-t-on ? La banque se préparait à annoncer la nouvelle attendue de sa perte sur les subprimes. Là-dessus se greffe la découverte d’opérations litigieuses commises par un trader, Jérôme Kerviel. Cette nouvelle incite Daniel Bouton à s’entretenir avec Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, Président de la BCE et Gérard Rameix, secrétaire général de l’AMF. Ils auraient convenu d’un plan commun pour sauver l’établissement bancaire sans en informer l’Elysée ou Bercy par crainte de fuites. La Société Générale décide de se défaire de positions prises par le trader entre le 21 et le 23 janvier, en plein « krach » des bourses européennes : pourquoi ?
A ce récit merveilleux et huilé, s’ajoute un grain de sable prénommé Robert Addison Day. Qui est-il ? C’est un Américain né en 1943, proche du parti républicain et un des leveurs de fonds (fundraiser) de Georges Bush pour les campagnes présidentielles de 2000 et 2004. Fondateur et PDG de la Trust Company of the West (TWC), cette dernière est acquise par la Société Générale en 2001. TCW est donc une filiale de gestion de capitaux de la Société Générale, avec prés de 500 milliards de dollars en gestion. Robert Addison Day est depuis cette date membre du Conseil d’Administration de la banque. Imagine-t-on, un seul l’instant, le bonhomme inactif, se contentant de toucher ses jetons de présence ? Naturellement pas. Il se défait le 9 janvier d’un premier gros paquet d’actions : soupçonnait-il quelque chose ? Pensait-il que la perte générée par les subprimes affaiblirait la banque ? Le 18 janvier, il renouvelle l’opération. Nous sommes alors à la veille du drame. Pense-t-on toujours qu’il était encore dans l’innocence des faits à venir ? Questions : d’où lui venaient les informations ? Si oui, remontera-t-on à la source ?

Toute la pression tombe sur Jérôme Kerviel inculpé pour: "
abus de confiance", "faux et usage de faux" et "introduction dans un système de traitement automatisé de données informatiques" par les juges Renaud van Ryumbecke et Françoise Desset. Il est laissé libre. Un signe ?
Les associations d’actionnaires de la banque ont déposé une plainte contre X auprès du procureur de Paris pour "
manipulation de cours" et "délit d'initié". Elle vise notamment Robert A. Day, a précisé Me Frederik-Karel Canoy, mais aussi "toute personne ayant directement ou indirectement bénéficié d'informations privilégiées". L’APPAC et l’ADAM, deux autres associations embrayent sur des motivations similaires « D'une part, l'observation des cours montre un net décrochage des cours de la Société Générale à partir du 14 janvier qui semble indiquer qu'un certain nombre de personnes étaient au courant, sinon des risques pris sur les marchés par un trader (...) au moins de la réévaluation des pertes liées aux subprimes ».
Le Président de la République devait-il demander, implicitement, la démission de Daniel Bouton ? La Société Générale est une banque privée quoique remplie d’énarques. Mais, le climat général est à la fronde. Le moral des ménages a chuté fortement. Nicolas Sarkozy laisse éclater son courroux de n’avoir été informé que tardivement, le 23 janvier : vrai ou faux ?
Il s’inquiète de sa popularité déclinante à la veille des élections municipales. D’une manière ou d’une autre il devait se placer aux côtés des actionnaires et des salariés de la banque.
Nous sommes au début d’un scandale bancaire : tous les ingrédients sont là comme dans les BD,
Dantès, la chute d’un trader paru aux éditions Dargaud en 2007, Largo Winch ( Dupuis) et Secrets bancaires (Glénat). Les poupées russes de la Société Générale tangueront la place parisienne : combien de victimes ?

lundi 28 janvier 2008

La FED : a success story depuis 1913 N°126 - 1ere année

Le média suisse, Horizons et Débats a mis en ligne un fort instructif article d’un auteur viennois, Wolfgang Freisleben intitulé "Les secrets de l’institut d’émission des Etats-Unis".
Je vous le propose en lien ci-dessous :
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=695

Je laisse à vos réflexions le contenu de cet article. Il a l’avantage de nous éclairer sur le projet d’une réserve fédérale écrit au lendemain de la crise bancaire et financière de 1907 où plus de 243 banques américaines menaçaient de faillir en chaîne.
Vous verrez aussi qu’un Président américain, John Fitzgerald Kennedy a été assassiné peu de temps après avoir décidé de reprendre la main sur le privilège de la FED de fabrication et d’émission du billet vert. Peut-être avons-nous une piste nouvelle sur les raisons de son assassinat à Dallas en novembre 1963 ?

©Jean Vinatier 2008

vendredi 25 janvier 2008

Théâtre du Rond-Point : le rapport Attali N°125 - 1ere année

Le régime aime bien le théâtre ! Et c’est depuis le théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées que Jacques Attali donna les trois coups de la recette miracle composée de 316 ingrédients. Le festin miraculeux à un plat !
Moquer à l’infini le rapport Attali, fruit de toute une équipe et de multiples rencontres, est une chose facile tout comme est aisée la brève de comptoir. Ce rapport s’inscrit dans la politique de communication de la présidence. Il fallait un auteur connu pour continuer à dire et à répéter que le nouveau chef de l’Etat bougerait tout ce qui l’embarrasserait.
Le sujet principal donné à Jacques Attali était de formuler les propositions pour libérer la croissance. Les 316 mesures sont, trop nombreuses et pas assez classées ? C’est un fait. Quel rapport entre une suppression des départements et l’examen d’entrée à l’université ou la déréglementation de la législation sur les taxis ? La croissance est un terme vague qui supposerait autre chose que partir du postulat le retard français sur le monde. En retard par rapport à quoi ?
La Nation est en quête d’un pivot central. L’opposition politique est fantomatique. Autrement dit, faute d’un centre, Attali en avance une multitude. C’est dommageable ! Pense-ton sincèrement que le pays gravira d’un coup les échelons manquants pour devenir leader dans la mondialisation en appliquant toutes les mesures préconisées ? Evidemment pas.
Le Président Sarkozy fait ses comptes : pour les institutions, il dispose du rapport Balladur, pour la « croissance » il aura son Attali’s Report. Il y picorera ici et là. Quelle sera la place réservée à la Politique ? Presque rien, hélas ! Et pourtant la Politique serait une alliée précieuse et dynamique pour forcer les blocages, les rentes de situation, les privilèges distribués. La présidence Sarkozy a débuté par une distribution de cadeaux vers ceux qui n’en avaient pas le besoin le plus urgent quand le reste de la Nation entendait bien le discours sévère et sans concession en faveur de la rigueur. Si les Français grognent, le pouvoir répond texto, « les caisses sont vides » en écho à la phrase de François Fillon dite en Corse, « l’Etat est en faillite ». En déréglementant tout ce qui peut l’être, en assouplissant autant qu’il se peut le contrat de travail, la durée du travail hebdomadaire remplira-t-on les caisses ? C’est là une politique à court terme qui appellera d’autres rigueurs. Nicolas Sarkozy a fait l’impasse sur la réforme politique (p.e suppression des départements) et administrative de la France (p.e fin des conseils généraux), la seule qui donnerait lieu à une véritable régénération nationale. Un cadre politique et administratif allégé en phase avec le XXIe siècle et non plus Napoléon Ier, des économies évidentes et surtout, un nouvel axe historique pour les Français lesquels retrouveraient une direction. Ils regimberaient, alors, moins devant les suppressions de tel ou tel privilège, avantage.
Le rapport Attali n’est pas intrinsèquement mauvais puisqu’il participe de cette envie de dynamiser le pays mais il est comme un oiseau à la recherche de la branche de l’arbre. Et c’est au pouvoir politique d’être l’Arbre.
Les crises, financière et du crédit sont loin de s’achever. L’affaire de la Société Générale arrive au pire moment pour réactualiser les soupçons et toutes les connivences entre les élites dirigeantes. Cette banque est remplie d’énarques, de polytechniciens, de HEC jusqu’à la caricature. Le climat est tel que l’on penserait Jérôme Kerviel innocent et la haute direction responsable assurée de n’être pas coupable.
Jacques Attali lorgne-t-il la succession de Lagarde à Bercy ? Escompte-t-il avoir devant lui cinq années de publicité personnelle ? Il y aurait donc un homme heureux à la sortie du théâtre l’auteur du Rapport Attali assuré de gagner plus.
©Jean Vinatier 2008

jeudi 24 janvier 2008

Vers une monnaie mondiale? N°124 - 1ere année

Est-ce la fin de la crise ? Le professeur Shiller dans Les Echos répond par la négative pour la crise immobilière : « Le système financier va souffrir, les faillites personnelles vont se multiplier. Nous n'en sommes qu'au début. Nous assistons à la plus grave crise immobilière depuis la Grande Dépression de la fin des années 1920. Ses conséquences économiques ne seront sans doute pas aussi sévères même si le risque de récession est non négligeable. Mais on va assister à une véritable destruction de valeur. Des millions de gens vont perdre leur maison, et ce qui me chagrine, c'est que tout cela résulte de comportements parfois malhonnêtes. Le public a été entretenu dans un mythe, à savoir que le prix des logements finit toujours par remonter. On a poussé des gens à acheter des maisons surévaluées en recourant à des emprunts extrêmement complexes. »¹ Les explosions des bulles immobilières anglaise et espagnole sont imminentes. La Banque d’Angleterre tâche de l’anticiper en encadrant les taux de remboursement des emprunts. L’injection par la FED plus de 145 milliards en urgence conjuguée à une baisse très forte des taux en attendant (peut-être) une seconde le dernier jour de janvier éclairent bien le sentiment de panique devant une machine financière emballée. Crise du crédit. Crise bancaire. En deux coups tout le monde du dollar est frappé à son cœur.
Georges Soros dans une interview publiée par le Financial Times note le côté historique « la crise actuelle marque la fin d'une ère de l'expansion du crédit basé sur le dollar comme monnaie de réserve internationale. The periodic crises were part of a larger boom-bust process.Les crises périodiques faisaient partie d'un grand processus de surchauffe. The current crisis is the culmination of a super-boom that has lasted for more than 60 years. La crise actuelle est l'aboutissement d'une super-boom qui a duré plus de 60 ans ».² Avant de prendre acte de « la fin de l’ère de l’expansion par le crédit grâce au dollar institué par les USA comme la monnaie internationale de réserve ».
Etonnante mondialisation par sa rapidité à accélérer le changement dans tous les domaines. En 1945 les USA eurent la main directrice pour dessiner le monde monétaire. Le 15 août 1971, le Président Nelson décidait que le dollar ne serait plus convertible en or. En janvier 2008, les autorités financières majeures voulant stimuler l’économie butent sur l’absence de volonté du monde actuel pour accumuler des réserves en dollars supplémentaires.
Le mot de récession est sur toutes les bouches alors que la réorientation radicale de l’économie passe d’abord par les nouvelles puissances notamment asiatiques (Chine, Inde) assistées indirectement par la venue soudaine, brutale des fonds souverains en majorité arabes. On rétorquera que ces nouvelles forces sont gorgées de billets verts. Elles doivent les utiliser pour poursuivre leur modernité sans être dans un état de dépendance d’une seule monnaie.
Les candidats américains, démocrates, républicains rassureront-ils leurs citoyens en promettant des mesures protectionnistes pour sauver leur mode de vie ? Pour l’heure, ce n’est pas le cas. Les Etats-Unis comme n’importe quelle nation se doit d’être dans l’économie ouverte comme ils surent en être l’avocat depuis des décennies. Une récession serait-elle si grave quand le moteur central de l’économie se déplace et s’installe à l’Est ? Réfléchissons !
Georges Soros propose la création d’un poste de « shérif mondial pour éviter une défaillance systémique ». Un shérif au nom de quoi et de qui ? Depuis 1945 et surtout 1971 les cinq continents tournent autour d’une seule monnaie nationale, le dollar, de facto monnaie-monde. Ne devrions-nous pas penser à fonder une monnaie mondiale détachée de toute nationalité ? Le shérif aurait alors sa justification. Mais une telle pensée suppose une prise de conscience planétaire des gouvernants et l’acceptation par les Etats-Unis du terme de leur suprématie. Il ne faudrait pas y voir un déclin mais un rééquilibre heureux et prudent face aux défis forcément internationaux en cours et à venir. Il faut aussi que les nouvelles puissances économiques s’engagent à prendre le relais pour constituer un concert de puissances continentales où les Etats-Unis seraient présents. Ces puissances sont-elles prêtes ? La réponse est encore négative. Nous sommes donc dans le moment, sans doute, le plus dangereux qui soit, le passage d’une ère à une autre. Le travail qui nous attend tous est d’assumer cette crise systémique. Les banques centrales et les Etats sont encore les seules institutions et structures saines. Le marché ayant clairement montré sa dépendance envers lesdites banques. Tout libéralisme trouve sa borne.
Prochaine étape ? Penser à instituer une nouvelle monnaie de réserve véritablement mondiale. Le moment d’un nouveau Bretton Woods est arrivé.

©Jean Vinatier 2008

mercredi 23 janvier 2008

Gaza entre l’Egypte et le mur N°123 - 1ere année

Depuis la ville de Rafah, la fuite des Gazouis vers l’Egypte a pris de l’ampleur ce matin : le mur a littéralement explosé pour laisser passer des milliers d’habitants de la bande de Gaza. Tel Aviv a réagi selon les formes ; ainsi Aryeh Mekel, porte-parole du ministère des affaires étrangères : « Nous sommes inquiets, car ces brèches permettent à des Palestiniens de sortir de la bande de Gaza, mais cela aussi permettre au Hamas de faire entrer facilement des armes et des terroristes en provenance d’Egypte[…]Nous espérons que l’Egypte qui a des hommes déployés à la frontière, règlera le problème[…]La situation à la frontière relève en effet des seuls Egyptiens aux termes des accords conclus avec Israël »¹
On oubliait, un peu l’Orient depuis que Georges Bush avait traversé la ville de Ramallah. Six mois d’embargo dans la bande de Gaza. Pénurie alimentaire. Villes plongées dans le noir entre le 18 et le 21 janvier. Plus de gaz. Plus de médicaments de premières nécessités. Le Hamas n’avait pas beaucoup à faire pour décider les Palestiniens à forcer la frontière égyptienne. En Cisjordanie, Mahamoud Abbas, Président en exercice de l’Autorité palestinienne et chef du Fatah, le parti rival du Hamas, s’incline devant chacune des forces en présence en Orient : les monarchies du Golfe, Israël, les Etats-Unis. Rien n’y fait. L’étau se resserre. Penserait-il, dans un premier temps, que la réussite du blocus de la bande de Gaza éliminerait son adversaire ? Mais, c’est un leurre et Abbas le sait : ne se dit-il pas « après Gaza, Ramallah ? » Tel Aviv notait des contacts sérieux entre les deux partis palestiniens. La capitale de l’état Hébreu a-t-elle obtenu le feu vert de Georges Bush pour briser le Hamas ? Les Etats du Golfe ont-ils dit oui au Président américain alors que ce dernier essuyait un refus ferme sur une action militaire contre Téhéran ? Une fois le Hamas ramené à la reddition, l’Etat palestinien naîtrait-il ? C’est-à-dire, serait-il un Etat indépendant, maître de ses eaux territoriales, de son ciel ? Le doute est de rigueur.
Dans ces journées terribles, la solidité palestinienne est mise à l’épreuve. Le coordonnateur général de la mission Palestine à Gaza pour Médecins du monde, Bruno Vinay dans Libération :« Les habitants de Gaza se sentent humiliés et renvoyés aux années 50 quand ils n’avaient pas d’eau et allaient en chercher avec des bidons. Ils n’ont plus de gaz, donc ils ne se lavent plus, ne se chauffent plus. Une forme de résistance s’organise. Ils ont l’habitude […] Je n’entends pas des voix s’élever contre le Hamas. Tout le monde se sert les coudes. Les tracas quotidiens oblitèrent les discours politiques. Indirectement, j’ai le sentiment même que cela va renforcer une certaine solidarité. D’ailleurs, ce matin, c’est le Hamas qui a fait les 17 points passages dans la clôture entre Gaza et l’Egypte. Les gens se disent que c’est grâce au Hamas qu’ils peuvent passer.» ²
Plus au Nord, au Liban, on suit avec une attention réelle les événements du Sud. Le Liban confronté à une crise politique majeure où le choix d’un Président de la République masque des ambitions cyniques au-delà des frontières, se dit, il y a un peu de Gaza en nous. Issa Goraieb dans son édito de L’Orient-Le Jour écrit : » Dieu préserve les Libanais de toute possibilité de comparaison, même sommaire, entre les deux cas que représentent Beyrouth et Gaza. À Gaza comme à Beyrouth pourtant, et dans les proches environs aussi, c’est le même aveuglement qui est roi. Le noir ne règne pas dans les seules habitations, privées de courant électrique : c’est dans les esprits que s’est installée, que s’est ancrée l’obscurité. »³
Gaza entre l’Egypte et le mur, le destin tragique de plus d’un million de femmes, d’enfants, d’hommes se joue sous les yeux de la communauté internationale ni plus ni moins cynique que la communauté régionale. Si Olmert se veut « militaire », le peuple israélien est-il dans la même ardeur que lui ?
Où est donc la politique de civilisation ?

©Jean Vinatier 2008

Liens :

1-AFP

mardi 22 janvier 2008

Jonathan Swift à Lord Bolingbroke, Mai 1719. N°122 - 1ere année

1719: Jonathan Swift, le futur auteur des Voyages de Gulliver et Lord Bolingbroke, un des esprits les plus distingués de son temps ont une correspondance régulière depuis leur départ contraint d’Angleterre en 1714. Ils paient leur engagement politique du côté des tories.
Retour en arrière. En 1710, les tories arrivent au pouvoir avec pour intention de terminer la guerre de Succession d’Espagne débutée en 1702. Lord Bolingbroke est secrétaire d’état aux affaires étrangères, il sera l’un des signataires des traités d’Utrecht en 1713. Jonathan Swift, polémiste irlandais de talent dirige le journal
The Examiner. Sa mission, convaincre l’opinion anglaise de la nécessité de la paix. En 1714, le parti rival, Whig remporte les élections et pourchasse les tories suspects de vouloir redonner le trône aux Stuarts, au lendemain de la mort de la Reine Anne (1702-1714) alors que l’électeur de Hanovre est appelé à ceindre la couronne sous le nom de George Ier (1714-1727) ; la Reine Elisabeth II est sa descendante..
Peu de temps avant de connaître l’amertume de la défaite, Bolingbroke, Swift ainsi que Pope, Gay, Parnell et Arbuthnot décident de former un club littéraire informel dénommé le
Scriblerus Club pour moquer les clubs trop précieux. Trente années durant, ils échangeront une relation épistolaire unique en son genre. Quoi d’étonnant, ils étaient les plus distingués de leur temps !
La lettre proposée ci-dessous évoque l’amitié, l’histoire, la politique et la santé autour de quelques réflexions. Il faut adresser ici un coup de chapeau à l’historien David Bosc qui a si remarquablement traduit cette correspondance.

“Milord,
Je ne me souviens plus si je vous ai dit autrefois que j’avais observé chez Cicéron, alors qu’il était en exil, une sorte de plaisir mélancolique, qui est merveilleusement émouvant. Je crois que la raison en est que, dans ces circonstances de la vie, l’amitié est plus à même de se déployer, sans aucun mélange d’envie, d’intérêt ou d’ambition. Toutefois, il me semble qu’il en était surtout ainsi lorsqu’il écrivait à ses frères d’exil, ou eux à lui ; parce que la détresse commune encourage et l’amitié et la réflexion. Je crois en effet que le malheur et la prospérité sont trop en désaccord pour souffrir jamais une alliance étroite de leurs élus respectifs.
L’amitié, disons-nous, naît d’une ressemblance de tempérament. Vous admettez que l’adversité vous a appris à penser et à raisonner différemment ; au lieu que, je puis vous l’assurer, tous ceux qui se sont démenés pour rester où ils étaient, et garder ce qu’ils avaient, n’ont pas changé du tout, et ils boivent quelquefois à la santé d’un ami absent, ils pensent avoir rempli tous leurs devoirs envers lui. Voici un certain temps que je nourris une observation, qui pourrait avoir quelque justesse : personne n’est aussi mal traité, lors d’un changement de pouvoir, que ceux qui ont agi en vue du bien public, sans considération pour eux-mêmes. Et rien ne sert de comparer les sommes qu’ont pu amasser les uns et les autres, parce que je tiens pour acquis que le même soupçon de calcul qui dispose un homme à remplir ses coffres, lui apprendra aussi comment les préserver contre tout événement. J’ose tenir le pari que le Duc de Malborough, au cours de toutes ses campagnes, n’a jamais perdu une seule fois son bagage. Je suis extrêmement heureux de cette offre inconditionnelle dont vous parlez, parce que je sais par expérience qu’il y a peu de bonnes choses à attendre d’eux. Et si leur offre est sincère, je ne vois pas pourquoi elle n’a pas encore abouti, puisque tout est accordé de ce qui pouvait être demandé. A moins qu’il y ait une exception pour les actions bonnes & généreuses. Lorsque je pense à vous par rapport à sir Roger, j’imagine un jeune homme de seize ans épousant par amour une femme de trente : elle se fane chaque année un peu plus, tandis qu’il gagne la vigueur à l’âge d’homme, et quand il est trop tard, il se demande comment il a pu s’engager dans une alliance aussi inégale, ou bien ce qu’est advenue la beauté dont il était épris.- J’ai appris qu’il se surpassait dans toutes les qualités pour lesquelles nous avions l’habitude de nous quereller avec lui. Je crois que ce grand loisir et cette tranquillité d’esprit, que vous ont donnés la Fortune et votre propre sagesse, ne pourraient être mieux employés qu’à tracer de très exactes mémoires de ces événements, dans lesquels, à ma connaissance, vous avez eu la part la plus difficile et la plus lourde. Et j’ai souvent songé, en comparant les époques, qu’aucune ne fut aussi importante en Angleterre que celle qui a marqué les quatre dernières années de feu la Reine. Ainsi, je pense que rien ne serait plus utile, ou plus intéressant, que son récit exact et complet, avec des observations, un esprit et un style et une méthode que vous êtes capable de lui donner. L’une des raisons pour lesquelles nous avons eu si peu de mémoires écrits par les principaux acteurs de l’Histoire, c’est qu’une trop grande familiarité avec les affaires diminue la considération qu’on a pour elles. Et pourtant ces mêmes personnages liront Tacite et Commines avec une délectation merveilleuse. Je dois vous demander deux choses à ce propos : d’abord, de n’omettre aucun épisode sous prétexte que vous le jugez de peu d’importance ; ensuite, d’écrire pour un monde ignorant, et sans supposer que vos lecteurs seront de l’époque présente, ni tous des habitants de Londres ou de ses environs immédiats. Il n’y a rien qui me fâche davantage dans les anciens historiens que lorsqu’ils me laissent dans l’obscurité au sujet d’événements qu’ils supposent connus de tous. C’est la paresse, l’orgueil ou l’incapacité des grands hommes qui a permis aux impertinents de la Nation où vous êtes de nous empoisonner avec des mémoires pleins de sottises et de romance. Qu’un Français parle deux fois avec un ministre d’Etat, et il ne demande rien de plus pour vous fournir un volume. Et moi, qui ne suis pas Français, désespérant de voir jamais ce que vous m’annoncez maintenant, il y avait un certain temps que je rassemblais des matériaux pour un tel travail, sans autre force que d’avoir toujours été parmi vous, traité avec plus de bonté et de confiance qu’il n’arrive d’ordinaire aux gens de mon état et de ma condition. Mais je suis sincèrement heureux d’avoir une si bonne raison de ne pas aller plus avant dans cette voie, quoique je pourrais dire bien des choses que vous ne vous permettrez jamais d’écrire. J’ai déjà fait un long portrait de vous dans cette brochure, et rien qu’une esquisse dans une autre. Mais je vois bien que lorsque César décrit l’une de ses batailles, l’idée que nous en concevons de lui dépasse de beaucoup tous les éloges des autres écrivains à son sujet.
J’ai lu votre Paraphrase avec un grand plaisir, et la qualité du poème me convainc de la vérité de votre philosophie. Je suis d’accord qu’une grande part de nos besoins est imaginaire, toutefois les vrais besoins eux-mêmes sont en proportion différentes d’un homme à l’autre. On admettra le manque réel d’un Roi privé de son royaume, eût-il dix mille livres de rente ; et toute l’échelle des conditions nous offre des cas parallèles. Lorsque je raisonne ainsi sur la situation de quelques amis absents, j’en perds fréquemment toute la tranquillité de mon esprit. Je trouve indécent d’être joyeux, ou de me plaire à quoi que ce soit, tandis que ceux qui ont dirigé des Conseils, ou des armées, et de qui j’ai eu l’honneur d’être aimé, se trouvent soit dans une humble solitude, soit, comme Hannibal, auprès d’une cour étrangère, donec Bithyno libeat vigilare tyranno.¹ Ma santé (une chose sans importance) s’est un peu améliorée ; mais, dans le meilleur des cas, j’ai le cœur dolent et mal à la tête. Que Dieu vous rende bientôt à votre pays, dans la paix et l’honneur, pour que je puisse voir à nouveau celui cum quo morantem saepe diem fregi,&². “


©Jean Vinatier 2008

Personnages :

Jonathan Swift (1667-1745)
Henry Saint John, Lord Bolingbroke (1678-1751)
John Churchill, duc de Malborough (1650-1722) général en chef de l’armée anglaise pendant la guerre de Succession d’Espagne.
Robert (Roger) Harley, Lord Oxford (1661-1724)
John Gay (1685-1732) poète et dramaturge
John Arbuthnot (1667-1735) écrivain et mathématicien écossais
Alexander Pope (1688-1744), poète.
Thomas Parnell (1679-1718) poète irlandais
Scriblerus vient de l’anglais scribbler : griffonner , écrivassier.

Notes :
La lettre est extrait de Correspondance avec le Scriblerus Club, traduit de l’anglais et présenté par David Bosc, Paris, Editions Alia, 2005, pp.93-96.
1-in Juvenal, Satyrae : « Jusqu’à ce qu’il prenne fantaisie au tyran de Bithynie de demeurer éveillé [pour recevoir la salutation matinale d’Hannibale]
2-in Horace, Odes : « et avec qui, souvent, j’ai abrégé la longueur des jours ».

lundi 21 janvier 2008

Fonds souverains: le monde Atlantique a-t-il le choix ? N°121 - 1ere année

Les fonds souverains reviennent sur le devant de la scène internationale. Les bourses asiatiques et européennes accueillent avec scepticisme le plan de relance temporaire du Président Bush approuvé par la FED. Les déplacements concomitants de Georges Bush et de Nicolas Sarkozy dans la péninsule arabique, outre les aspects militaires et géopolitiques, contenaient aussi une demande d’action financière des princes arabes. Que se sont dits le roi d’Arabie Saoudite et le Président des Etats-Unis sous la tente de soie ? Les plus grands établissements bancaires et financiers du monde Atlantique ne savent pas encore qu’elle est l’étendue exacte des dégâts provoqués par la crise des subprimes. Les fonds souverains asiatiques et arabes (il y a aussi le fonds norvégien) disposent d’une force de frappe sur le papier singulièrement impressionnante. Ryad annonce la création d’un fonds doté au départ de 900 milliards de dollars avec une augmentation possible à 1 500 milliards de dollars dans les mois à venir. Cette nouvelle s’ajoute à toutes les décisions stratégiques que les princes arabes prennent pour se placer sur la scène géopolitique mondiale comme décideurs, acteurs et non plus comme suppléants dociles des Etats-Unis et de l’Union européenne. Jusqu’à présent les fonds souverains orientaux et asiatiques agissaient sur leur rive propre, demain, ils pourront établir des alliances précises à court, moyen et long terme. Tous ces Etats ont des liquidités énormes et doivent accélérer la modernisation de leur pays propre. Les investissements ou les opportunités se feront aussi en fonction de besoins intérieurs et c’est le monde Atlantique qui devra en tenir compte. C’est déjà une révolution. Le message envoyé depuis les rives du Golfe persique est clair : plus question de se voir refuser une acquisition (en dollars) de telle ou telle société. Pour Washington le problème est aigu : Comment expliquer qu‘un fonds souverain en dollars est dangereux ? Berlin et Paris indiquent qu’elles entendent sélectionner les fonds selon des critères moraux et de transparence. Cette formulation ne cesse pas de surprendre tant elle constitue un refus de voir le secouement du monde et le changement (en cours) du rapport de force. L’hebdomadaire, The Economist, titre sur l’invasion de ces fonds. Va-t-on décréter la levée en masse des citoyens ?
Quelques jours plus tôt, certaines autorités disaient (sans rire) qu’elles préféraient des fonds souverains orientaux à ceux asiatiques parce que les Arabes ne cherchaient pas la prise de contrôle de telle ou telle entreprise. Ce propos était exact lors de la première guerre du Golfe et même en 2003 ; en 2008, c’est faux. Les observateurs rapportent d’Orient la montée en force du sentiment national depuis le peuple jusqu’aux princes sans omettre les milieux marchands. Les Arabes sont-ils pressés de conquérir ? C’est autre chose tant ils savent aller à leur rythme quitte à agacer par une apparente lenteur ou hésitation. Le monde arabe a une dimension cosmique différente de nous, idem pour les Chinois, les Indiens.
D’une façon générale les fonds souverains présentés encore comme une force « barbare » à l’Occident, amènent une pièce supplémentaire à la mondialisation. Cette dernière décrite formidable d’espérance depuis les rives du Potomac et de la Seine, nous revient en boomerang depuis tout l’Est du monde. Peut-être, est-ce le début du rééquilibrage ? La crainte serait que des cercles américains, anglo-saxons et leurs relais dans l’Union européenne calculent sur le chaos pour regagner la conduite du monde. C’est oublier, un peu vite, que le roi indien de l’acier Mittal, par exemple, dirait non pour fournir lesdites armées !
Il faut le redire. Cette crise financière est d’abord la conséquence de la cupidité des banquiers « blancs » lesquels ne savent toujours pas l’étendue des dégâts.
L’appel au secours des dirigeants des établissements bancaires en sus de l’aide apportée par centaines de milliards de dollars des banques centrales, vers ces fonds souverains est un aveu terrible. Sur le plan politique, les conditions posées par différents chefs d’Etat sur la moralité de tel ou tel fonds souverain s’il n’est pas incongru de prime abord est, cependant une maladresse inutile.
Les fonds souverains (et donc des Etats) s’installent durablement sur la scène mondiale. La politique ne pouvant se faire qu’avec les réalités et non les nostalgies, force est de voir que la suprématie capitaliste « blanche » est terminée. Les capitalistes d’Orient, d’Asie sont, maintenant, là.

©Jean Vinatier 2008

Lien :
The Economist: https://www.economist.com/opinion/displaystory.cfm?story_id=10533866

Sources Seriatim :

Fonds souverains:

vendredi 18 janvier 2008

Président de l’Union : ni de droite, ni de gauche, mais européen N°120 - 1ere année

La venue de Tony blair au congrès de l’UMP a été accueillie dans un délire par les cadres de l’UMP tous debout. Nicolas Sarkozy s’enthousiasmait sur une possible candidature de l’ancien premier ministre anglais comme Président de l’Union européenne. Edouard Balladur, dans un court article publié par Le Monde puis Valéry Giscard d’Estaing ont tiré à boulets rouges sur cet éventuel postulant.¹ Que lui reprochaient les deux avocats du traité simplifié de Lisbonne ? De n’être pas européen.
Le Royaume-Uni refuse l’euro, n’adhère pas à l’espace de Schengen et s’ingénie à tirer les avantages sans les inconvénients de l’Union européenne. Tony Blair a été et reste l’avocat le plus dévoué de la politique américaine : il fut le fer de lance de l’invasion de la Mésopotamie passant outre à la loi internationale. Il poursuit son travail comme tête de file du quartet en Orient. Londres portant une responsabilité presque exclusive du drame au Proche-Orient depuis les années 20, Tony Blair suit son chemin comme si de rien n’était.
Quelques éditorialistes telle Françoise Fressoz dans
Les Echos² suggère que la présence de Tony Blair à l’UMP montre aux Français le bon choix lors du scrutin municipal de mars et, pour 2012, un handicap pour Ségolène Royal. Il y a du vrai mais cela est trop subtil pour l’électeur qui ne voit dans sa très grande majorité que l’enjeu local. Quant au PS, englué comme il est, est-il besoin de poser d’autres pièges ? Nicolas Sarkozy aurait alors commis une faute. C’est le plus certain.
La réaction du tandem Balladur/d’Estaing a le mérite de porter à la connaissance du public toutes les agitations en cours dans les instances européennes. On parle de la candidature de l’ancien président de la république de Pologne, Aleksander Kwaśniewski (1995-2005) là encore un fidèle soutien de Washington. On n’oublie pas son rôle pour forcer l’Europe à s’allier aux USA en 2003 et contrer l’action diplomatique de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder. Le nom de Jean-Claude Junker circule beaucoup et attire les faveurs de nombreuses personnalités continentales. Qui choisir pour la présidence de l’Union ? Un homme ou bien le politique de tel ou tel pays ? Que choisira-t-on ? Une personnalité ou bien une nationalité ? L’ancien Premier ministre du Luxembourg a résumé d’une phrase l’homme ou la femme à retenir : « ni de droite, ni de gauche, mais européen[ne] ».
Qu’est-ce qu’un Européen en 2008 ? Il est pas aisé de donner une réponse. Les référendums de 2005 (France, Hollande) fournissent une réponse : être maître chez soi. Bref, une Europe maîtresse d’elle-même, souveraine, indépendante dans sa politique étrangère et dans sa défense. Evidemment la question de l’OTAN est centrale ! Washington proposera en avril prochain une nouvelle architecture. Quid de notre indépendance ?
L’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt insiste sur ce point « Dans un proche avenir, la majorité des États du continent européen n’a aucune raison stratégique ou morale de se soumettre volontairement à l’impérialisme états-unien. […] Nous ne devons pas nous abaisser au rang de béni-oui-oui complaisants. »
Avons-nous le même intérêt que les Etats-Unis dans leur stratégie d’ « endiguement » de la Russie, de la Chine ? Avons-nous le même intérêt que les Etats-Unis en Orient, en Afrique ? Pouvons-nous croire au clash entre les civilisations ?
Les Européens ne doivent avoir aucune illusion sur le résultat des élections américaines du 4 novembre 2008 : démocrate ou républicain, ce sera toujours America first ! Zbigniev Brzezinski , aujourd’hui conseiller diplomatique du démocrate Barack Obama, qualifie toujours le continent européen de plus importante zone de concentration de la politique globale des États-Unis dont l’exploitation est une condition indispensable à l’établissement de sa suprématie sur l’Eurasie.
Le choix d’un premier Président de l’Union ne pourra pas être négligent. Par le nom retenu, les Etats européens indiqueront leur exigence ou pas de faire retrouver à l’Europe son identité et sa liberté de penser par elle-même. L’Europe doit suivre sa voie pour assurer sa sécurité et la coexistence pacifique des peuples germaniques, slaves, latins et finno-ougriens de notre continent. C’est ce qu’on appelle une mission historique.

©Jean Vinatier 2008

Liens:
1-http://news.independent.co.uk/europe/article3347996.ece
2-
http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=1661

Sources Seriatim :

Etats-Unis-Europe:
http://seriatim1.blogspot.com/2007/11/etats-uniseurope-autour-de-la.html
Hubert Védrine: http://seriatim1.blogspot.com/2007/09/oncle-hubert-et-le-petit-nicolas.html
Pologne :http://seriatim1.blogspot.com/2008/01/la-pologne-et-les-anti-missiles.html
GeorgesBush :http://seriatim1.blogspot.com/2008/01/georges-bush-en-fin-de-mandat-lorient.html

jeudi 17 janvier 2008

Bhoutan et Népal dans le grand jeu sino-indien ? N°119 - 1ere année

En atteignant le toit du monde, l’Everest, le 23 mai 1953, le futur Sir Edmund Hillary (1919-2008) pensa-t-il que l’Himalaya resterait un espace vierge et hors de la géopolitique ?
La chaîne himalayenne occupe un espace géographique essentiel dans les relations entre la Chine et l’Inde d’une part, dans l’encerclement de la Chine, d’autre part, selon la stratégie américaine. Parmi les états himalayens impliqués de facto dans le jeu stratégique, le Népal et le Bhoutan sont deux petites puissances aux côtés de l’Inde, la Chine (Tibet), le Pakistan.
Le Népal est dans une situation politique agitée. L’entrée au gouvernement, sous la houlette du parti du Congrès, du parti communiste népalais (maoïste) et l’annonce de la prochaine abolition de la monarchie en avril 2008 ne garantissent pas une sérénité.
Premièrement, l’armée, fortement oubliée depuis quelques mois s’oppose fermement à l’intégration dans ses rangs des rebelles maoïstes : «
L’armée népalaise se doit d’être compétente, professionnelle, disciplinée, impartiale et obéissante aux ordres de la chaîne de commandement, ce qui ne fait pas partie des traditions des anciens rebelles maoïstes», déclarait le chef d’état major. Rappelons, également, que les maoïstes sont inscrits depuis la visite de Colin Powell à Katmandou le 18 janvier 2002 parmi les organisations terroristes ; et depuis cette date, les officiers népalais (dont les Gurkhas) sont entraînés aux Etats-Unis.
Deuxièmement, la création d’un Etat fédéral démocratique républicain laisse planer la peur d’un éclatement du pays comme le rappelle Sujata Koirala, du parti du Congrès : « Nous acceptons l’idée d’un Etat fédéral et d’une représentation proportionnelle selon les régions, mais pas sur la base des groupes ethniques. Une telle stratégie pourrait mettre le Népal en pièces ! »¹
Le Bhoutan connaît la royauté depuis 1907. Quasiment inconnu jusqu’à ces dernières années, le royaume a l’apparence d’une terre tranquille et lisse. On se plaît à rappeler que le père du roi actuel recherchait pour son peuple, le Bonheur national brut (BNB). Le Bhoutan mène des réformes démocratiques et une bhoutanisation active qui a poussé la minorité népalaise hors du pays. Celle-ci, compte revenir et quitter les camps tenus par les nations unies au Népal mais Thimphou ( la capitale) oppose une fin de non-recevoir.
L’Inde occupe une place importante. Sur le Népal où elle soutient l’actuelle famille royale depuis les années Nehru. Au Bhoutan, elle a en charge la politique étrangère. New Delhi ne cesse pas de regarder sa frontière himalayenne (en sus du Cachemire) comme une chasse gardée vis à vis de la Chine. Ainsi, en 1975, décida-t-elle d’incorporer le royaume Sikkim placé entre le Népal et le Bhoutan.
La Chine use de sa prétention sur le Tibet et de sa contestation de la conférence de Shimla ou Simla signée le 3 juillet 1914 entre le Tibet et l’Empire des Indes qui traçait la frontière entre les deux entités. Pékin, se fixant sur l’histoire tibétaine juge comme sienne les états du Sikkim, du Bhoutan et l’état indien d’Aruchanal Pradesh à l’extrémité du pays entre le Myanmar et la Chine. Trois pays relevant, autrefois, du grand Tibet.
On comprend les peurs des royaumes népalais (Hindou) et bhoutanais (Bouddhiste). Peuvent-ils s’unir ? Dans les siècles passés, ils se sont combattus avec rage. Aujourd’hui, ils ne réussissent pas à régler la question des réfugiés népalais (Lhotstampas d’origine bhoutanaise). L’Inde refuse de faciliter leur moindre déplacement. Elle est confrontée à une migration massive de népalais dans le Sikkim.
Le Népal est dans une situation paradoxale. D’un côté il entame une énième révolution politique qui remémore, par maoïstes interposés, les querelles ancestrales entre le roi et la famille Rana, Premier ministre héréditaire. De l’autre, il dispose du soutien militaire des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de l’Inde et de la Chine contre les rebelles maoïstes…dont quelques-uns sont ministres !! Katmandou est également fragilisée par la répartition de la population. Au Nord, les habitants sont sino-tibétains ; au Sud, dans la riche vallée du Teraï, ils sont indo-iraniens et menacent de faire sécession si leur autonomie n’est pas reconnue par le nouveau pouvoir.
Le gouvernement bhoutanais accroît sa politique de bhoutanisation qui est elle-même concurrencée par une forte anglomanie prônée par une élite qui semble faire fi des droits humains les plus élémentaires. Le Bhoutan pratique une politique d'assimilation à l'égard de ses minorités nationales, une politique de valorisation de la langue officielle (dzongkha) et une politique de permissivité à l'égard de l'anglais.
Le royaume risque de payer au prix fort les tensions sino-indiennes. Il en est de même pour le Népal. Les maoïstes eux sont sûrs de faire l’unanimité étrangère contre eux . Népal et Bhoutan seraient-ils la nouvelle Pologne d’Asie, destinés à connaître un ou plusieurs partages entre les grandes puissances régionales ? La question est posée.

©Jean Vinatier 2008

Cartes :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Historic_Tibet_Map.png
http://sources.asie.free.fr/SIG/asiaSE.html

Liens :
1-
http://hebdo.nouvelobs.com/p2212/articles/a337675-gayatri_et_les_r%C3%A9volt%C3%A9s_du_tera%C3%AF.html
Bhoutan: Asia Times, l’article de Mohan Balaji: “In Bhutan, China and India collide.»

mercredi 16 janvier 2008

France : Au nom du populisme pénal N°118 - 1ere année

Le populisme pénal aurait-il le vent en poupe ?
Le 8 janvier dernier, une dépêche laconique de l’AFP tombait :
« Pour la reprise des travaux parlementaires, les députés ont débuté mardi l’examen, en urgence, du projet de loi Dati destiné à créer des centres de rétention, dans lesquels des criminels dangereux pourront être infiniment enfermés, à leur sortie de prison. Prévu au départ, pour les criminels pédophiles ayant purgé une peine de 15 ans et plus, ces centres devraient recevoir, après modification, du projet initial, les auteurs de crimes multiples sur mineurs et majeurs. » Dans la nuit du 9 au 10 janvier dans un Hémicycle quasiment vide, les députés adoptaient ledit projet de loi.
Deux années plus tôt, Pascal Clément, Garde des Sceaux, proposait une loi sur la récidive aprés la lecture du rapport remis par le magistrat Jean-François Burgelin. Il recommandait un
suivi de protection sociale allant du placement sous surveillance électronique à l’ouverture de centre fermé de protection sociale . Cette dernière mesure serait décidée pour un an, et reconductible jusqu’à la disparition de la dangerosité. »
Que s’était-il- passé pour que le gouvernement se précipite à rédiger un texte qui a soulevé et soulèvera des critiques fondées ! Au milieu de l’été, le viol du petit Enis à Roubaix par Francis Evrard, un pédophile récidiviste, a choqué, justement, l’opinion publique. Nicolas Sarkozy réagit par son fameux « Moi, je veux ». Il demande à son ministre de la Justice, Rachida Dati, de proposer à l’assemblée un projet de loi qui instituerait des centres de rétention pour les délinquants sexuels reconnus dangereux.
Quel est le contexte ?La société française est de plus en plus avide de sécurité et, par refus de l’aléa et du risque, se caractérise par la recherche constante d’un coupable, personne physique ou institution susceptible d’endosser la responsabilité des faits commis. Le terreau est donc favorable.
La colère des magistrats, des avocats, des associations des droits de l’Homme contre ce projet de loi tient en plusieurs points.
Le premier, souligné par le député socialiste André Vallini, est que «
pour la première fois dans notre droit pénal une peine [est] seulement fondée sur la dangerosité supposée d’un citoyen hors de tout contexte de récidive. »
Le second point est l’extension apportée au contenu du projet de Rachida Dati. Un amendement avancé par le député UMP Georges Fenech étend la mesure à « tous les crimes odieux » contre les mineurs et les majeurs.
Troisième point, compte tenu du principe de la non-rétroactivité de la loi, les premiers placements en rétention de sûreté ne pouvant intervenir que dans les 15 ans, soit en 2023, il a été décidé une application immédiate de la loi pour les détenus en cours de peines.
Robert Badinter dans un article publié par Le Monde le 27 décembre 2007 s’insurgeait contre le viol des principes fondamentaux de la justice : » Il ne s'agira plus seulement pour le juge, gardien de nos libertés individuelles, de constater une infraction et de prononcer une peine contre son auteur. Après l'achèvement de sa peine, après avoir "payé sa dette à la société", au lieu d'être libéré, le condamné pourra être "retenu", placé dans un "centre sociomédico-judiciaire de sûreté", par une décision d'une commission de magistrats pour une durée d'une année, renouvelable, parce qu'il présenterait selon des experts une "particulière dangerosité" entraînant un risque élevé de récidive. » Il enfonçait le clou : « Le lien entre une infraction commise et l'emprisonnement de son auteur disparaît. Le "retenu" sera détenu dans un établissement fermé et sécurisé, en fonction d'une "dangerosité" décelée par des psychiatres et prise en compte par une commission spécialisée. Et aussi longtemps que ce diagnostic subsistera, il pourra être retenu dans cette prison-hôpital ou hôpital-prison. Nous quittons la réalité des faits (le crime commis) pour la plasticité des hypothèses (le crime virtuel qui pourrait être commis par cet homme "dangereux"). »
Si l’opinion publique réclame un juste châtiment, elle ne réclame pas pour autant une répudiation des principes de justice. Sait-elle seulement que le gouvernement a profité d’une affaire tragique pour déposer un projet de loi qui ne concerne plus les seuls délinquants sexuels mais des catégories plus larges en usant de mots flous tels, par exemple, « à tous les auteurs de crimes aggravés » ? Au gré des événements, des faits divers telle ou telle catégorie d’individus entrerait dans le champ de cette loi. L’infraction s’efface devant le diagnostic psychiatrique de dangerosité. Bienvenue dans la société du meilleur des mondes.
Les juristes indiquent que le gouvernement actuel s’inspire des positivistes italiens du XIXe siècle, Lombroso, professeur de médecine légale, Ferrari, professeur de droit et avocat, Garofalo, magistrat, tous les trois disciples d’Auguste Comte, fondateur d’une science nouvelle, la sociologie. L’exercice est tentant et certainement réalisable ; mais le gouvernement voulant, par-dessus tout tenir l’opinion publique entre ses mains, il ne s’embarrasse pas d’origine historique. Il est dans l’immédiat. On appelle cela, le populisme pénal. La présidence de Nicolas Sarkozy ouvre sans précaution ou intentionnellement les portes à des dangers pour la liberté de nous tous, les magistrats inclus. Le populisme pénal ne serait-il pas…le tous coupables, un jour ?

©Jean Vinatier 2008

mardi 15 janvier 2008

La Pologne et les anti-missiles américains N°117 - 1ere année

« Le ministre polonais de la défense, Bogdan Klich, qui doit se rendre prochainement aux États unis d’Amérique dans le cadre des accords de la Pologne en ce qui concerne le projet d’élaboration du bouclier antimissile américain, a expliqué que sa visite allait mettre en avant tout ce qui touche à la coopération entre la Pologne et les États Unis d’Amérique pour la défense collective mais aussi en ce qui concerne la présence de l’armée polonaise en Irak. »¹
Cet extrait de dépêche est apparemment anodin et ne dénote aucun changement de politique avec le précédent gouvernement de Jaroslaw Kaczynski battu aux élections de novembre 2007 par la coalition (Plate-forme civique/parti paysan) menée par Donald Tusk. Masque-t-il un changement d’approche de la Pologne ?
Cette semaine une délégation russe se déplacera en Pologne pour discuter avec l’actuel gouvernement de différents points sur la sécurité. Russes et Polonais parleront, notamment, de l’éventuelle installation des anti-missiles américains (BMDE²) sans les Américains. Voilà presque une année que cette installation militaire américaine fait débat en Europe et plus particulièrement dans les pays frontaliers avec la Russie. C’est une première mais, pas forcément une surprise. Donald Tusk ne vient-il pas de souligner les trois points importants de sa politique : rapprochement avec l’Union européenne, avec l’Allemagne et avec la Russie ? Attitude qui diffère complètement de son prédécesseur pour lequel la garantie de la sécurité polonaise vis-à-vis de la Russie s’affirmait directement par les Etats-Unis, et que cette sécurité polonaise se détachait des arrangements collectifs européens et même « otaniens » sur ce point.
Le ton neuf pris à Varsovie tient également compte de la campagne présidentielle aux USA. Les principaux candidats démocrates inclineraient à abandonner le projet d’installation des BDME . Le ministre des affaires étrangères Sikorski ne dit-il pas " (
he) was worried that the United States could abandon the project after the American presidential election in November."
Qui est Sikorski ? Polonais formé aux Etats-Unis, ancien président d’un think tank néo-conservateur, l’American Enterprise Insitute (AEI). Il est marié à Ann Appelbaum ,journaliste en vue au Washington Post très proche de l’équipe de Georges Bush. Il était dans l’équipe ministérielle de Jaroslaw Kaczynski jusqu’à sa démission (forcée ?) le 2 février 2007. Mystère de l’homme qui se montre de plus en plus critique sur la politique polonaise. A première vue, il ne pouvait qu’applaudir au déploiement des BMDE ; il en fit la critique négative. Sikorski fonctionnerait-il comme Nicolas Sarkozy : je suis un allié de Washington mais je dis ce que je pense ? C’est une piste.
De son côté que dit le Premier ministre Donald Tusk ? Il aimerait européaniser la question des anti-missiles. Cette initiative ne reçoit pas du tout l’assentiment de la Commission présidée par Barroso laquelle tient par-dessus tout à laisser toute latitude à Washington. Le gouvernement allemand d’Angela Merkel considérant avec une plus grande méfiance le système BMDE accueille cette démarche sans la qualifier. Ainsi, une importante question de la sécurité européenne est modifiée de façon à concerner les Européens eux-mêmes.La vie politique polonaise ne facilite pas une approche cartésienne. Néanmoins, nous sommes en présence d’une équipe gouvernementale soucieuse de fidélité à Washington et dans le même temps, elle entend établir par elle-même son rapport de force avec la Russie. Peut-être, voudrait-elle aussi, en européanisant cette question militaire ajouter un poids supplémentaire face à Moscou. Varsovie ne remet pas en cause l’objet du bouclier anti-missile américain censé protéger du bellicisme de Téhéran et des conséquences d’une dégradation de la situation au Kosovo (la Russie soutenant Belgrade complètement).
Sommes-nous face à une autonomie polonaise (retrait du contingent en Irak en 2008) ? Rien n’est moins sûr, puisque leur principale souci est de connaître la pérennité de l’engagement américain (républicain ou démocrate) le long des frontières russes. Donald Tusk et Sikorski ne remettent pas en cause le bien-fondé des BMDE. En cherchant à élargir le problème posé par ces anti-missiles, l’Union européenne devrait également prendre une position officielle et par conséquent tous les Etats-membres. Belle crise en perspective ! L’Union européenne serait placée au pied du mur ainsi que l’OTAN.
Le gouvernement polonais applique, semble-t-il, un principe de Donald Rumsfeld : « si vous ne pouvez pas résoudre un problème, élargissez-le. » Vladimir Poutine rit sous cape, il est bien le seul ! Les Européens dont les Polonais seraient-ils contraints d’affirmer unanimement leur ligne politique et leur programme en matière de défense ? La suite promet !


©Jean Vinatier 2008

Notes :

1-
http://www.swietapolska.com/news/swpolska2280.html
2- BMDE= Ballistic Missile Defense in Europe

lundi 14 janvier 2008

France : peuple souverain créateur de partis politiques ? N°116 - 1ere année

Les Français se rendront aux urnes au mois de mars prochain pour élire ou réélire leurs édiles. En février, le parlement réuni en Congrès à Versailles votera très largement la ratification du traité simplifié de Lisbonne, copie conforme du projet de traité européen rejeté très largement par les Français lors d’un référendum en mai 2005.
Le Président de la République imprime sa marque à tous les niveaux de la représentation politique via sa stratégie d’ouverture qui lui permet tactiquement de convaincre les Français qu’il n’y a que lui. Sa plus jolie ministre, Rama Yade le dit sans ambages : “
Il n’y a pas d’alternative à Sarkozy”.
Les partis d’opposition sont un champ de ruines, le PS est l’ombre de lui-même. Il a tout abandonné pour se consacrer aux disputes intestines et fuir sa responsabilité politique en refusant d’aller à Versailles. Les syndicats et plus particulièrement la CGT, loin de veiller à garder leur force générale tentent un sauve qui peut, faute de ne plus s’appuyer derrière eux des partis d’élus. La centrale dirigée par Bernard Thibault, au prix d’une espèce de négociation avec l’Elysée aimerait bien être le seul interlocuteur avec le patronat.
Le peuple souverain, c’est-à-dire les Français, serait-il sans bras ?
La victoire de Nicolas Sarkozy est plus un oui de raison que de passion. A la décharge des électeurs de 2007, le choix n’était pas évident. Les deux candidats du second tour n’attiraient guère. Nicolas Sarkozy l’emporta haut la main grâce à une parfaite communication. Ségolène Royal multiplia, elle, les gaffes et donna, surtout, l’impression de n’être jamais « à la hauteur » des enjeux.
Depuis 1789, le peuple souverain (les Français) est la source même du Politique dans le pays. Veut-il reprendre la main ? Certains pensent les Français abrutis et las, acceptant de facto tout le programme de Sarkozy. C’est aller vite en besogne. Le peuple souverain ne chercherait-il pas à recréer, par lui-même, une dynamique politique ?
Le nouveau parti de Besancenot prône la révolution et une occupation de la rue. Les Français pencheraient davantage en faveur de l’utilisation des moyens d’expression du Net. La rue viendrait après. Les Français entendraient-ils reprendre ce qui sera biffé en février prochain à Versailles : leur voix souveraine ?
La stratégie de l’Elysée s’appuie sur les médias classiques (TV, radio, presse papier) et moins sur la toile laissée « libre ». L’occupation même puissante de la toile par les citoyens Internautes dispense-t-elle de l’existence de partis politiques, de syndicats ? A l’appui de la colère ou la seule contestation, le citoyen a besoin de trouver une structure collective qui les valide et leur donne une légalité. Le parti en est le porte-étendard.
La vie politique officielle ne se faisant plus qu’à travers le palais de l’Elysée et le parti socialiste ayant abandonné les Français en rase campagne, les questions que nous pouvons poser ne sont-elles pas les suivantes : a-t-on besoin de partis d’une opposition forcément socialiste ?N’a-t-on pas d’abord besoin d’un des partis d’opposition dégagés des anciennes idéologies ? Le PS raisonne comme au temps de la guerre froide, de l’entre deux guerres. C’est un parti aveugle et cloué sur sa chaise qui se croit toujours sprinteur. L’engouement dont bénéficie le nouveau parti de Besancenot montre bien la grande demande de partis politiques où les questions actuelles sont dites. Face au rouleau compresseur de l’UMP cadenassé par une garde prétorienne toute dévouée à Nicolas Sarkozy, l’opposition ne viendra que de nouvelles structures politiques placées à gauche puisque l’UMP se situe à droite. Le Président de la République ne cesse pas de secouer tout le monde au nom du changement. De nouveaux partis, composés de têtes nouvelles de toutes les générations constitueraient un impact puissant. Si le Net permettait aux Français d’engendrer de nouveaux partis, le peuple souverain accomplirait une révolution et retrouverait donc sa voix avant d’élire à la Présidence de la République un nouveau chef de l’Etat.

©Jean Vinatier 2008

vendredi 11 janvier 2008

Marie-Madeleine Davy et l’homme moderne N°115 - 1ere année

Avec ou sans politique de civilisation, l’homme est face aux épreuves naturelles de la vie. La médiéviste et philosophe, Marie-Madeleine Davy (1903-1998) livre une réflexion générale autour de l'homme et la pesanteur de l’histoire. L’extrait ci-dessous, que je livre à votre réflexion, provient de son ouvrage Le désert intérieur publié en 1982 et depuis constamment réédité:
« Tout concourt, dans la société moderne, à réduire l’homme à un produit de consommation. Il consomme et est lui-même consommé. Il est à la fois le mangeur et le mangé, le possesseur et le possédé. On le rend avide d’un gain qu’ensuite on lui retire. On lui promet une existence repue et on lui grignote ses moindres exigences. On lui souhaite une vie agréable et le voici constamment menacé. On agite devant lui la muleta à la façon du toréador. Avec l’énervement d’un taureau face au combat, déjà victime avant d’être terrassé par les banderilles qu’on lui plante dans l’échine, l’homme est blessé, anéanti.
Rien de bien nouveau. A toutes époques, l’homme a couru des périls sans nombre. A la fin de chaque civilisation, il a été acculé au malheur. Cependant tout se présentait en fonction de sa force, de ses énergies latentes, de sa profondeur. Actuellement le voici spolié, privé de son naturel emploi. Auparavant, il était « nécessaire », le voici devenu –toutes proportions gardées – un produit de luxe et taxé comme tel.
Entre le temps du cheval, du mulet, de la diligence et de l’auto, du Concorde, puis de la saignée et des greffes, des phares et des satellites, de l’épée et des armes nucléaires, le monde et l’homme ont évolué. On ne peut que s’en féliciter et admirer la puissance humaine et son merveilleux pouvoir de création. En dépit de cet apport religieux qu’on ne saurait mésestimer, l’homme moderne n’est plus nourri dans sa dimension divine. Les religions qui, hier encore, pouvaient le satisfaire, s’avèrent impuissantes à le combler. Devant elles, l’homme se sent flué, dupé. Ce qui était admis avec évidence est aujourd’hui contesté, même par ceux qui font profession de diriger les consciences et de savoir ce qui convient à l’homme et à sa dignité.[…] La foi du charbonnier est morte…..L’homme ne supporte plus les tutelles religieuses qui tendent d’ailleurs à être remplacées par leurs homonymes relevant d’une société concentrationnaire combien plus mutilante.
Faute d’être alimentés à leur mesure, l’intelligence de l’homme, son amour de la beauté, son besoin d’adhérer à quelque chose qui le dépasse, sa recherche d’infini, tout semble péricliter, entraînant ainsi sa dimension humano-divine dans une chute dont les conséquences peuvent sembler irrécupérables.
On pourrait penser que cette nouvelle ère où le loisir tend à devenir roi, va permettre à l’homme d’exercer son intelligence. Il n’en est rien. On peut s’en convaincre aisément par l’art, qu’il s’agisse de la peinture ou de la musique. Cette dernière devient plutôt une thérapie. […]
L’animal humain est évincé à la façon du cheval par l’auto, du bœuf par le tracteur. Détrôné par l’emploi de la machine, il est réduit non seulement au chômage mais devient inutile au sein d’une civilisation qui n’est plus faite pour lui. Comment pourrait-on exiger qu’il aime travailler alors qu’on le réduit au rôle de subalterne. Sa fonction consiste à appuyer sur des boutons, à tirer des leviers, à parler à l’ordinateur. Le radar, la précision du missile lui prouvent constamment sa faiblesse congénitale. Demain il n’aura même plus à remplir un rôle de surveillant que la machine deviendra capable d’exercer avec une plus grande précision.
La condition humaine est en danger de mort. Hier les philosophes pouvaient disserter sur la mort de Dieu sans pour autant l’atteindre et aussi discourir sur la mort de l’homme. Mais Dieu et l’homme ne sauraient périr, même si des générations sont sacrifiées, vouées aux enfers construits par des êtres humaines[…] Cependant, la dimension humaine est en péril. Et ce au même titre que les chefs-d’œuvre qu’on tente de sauvegarder de la morsure du temps. Est-ce que l’artiste serait moins précieux que ses propres créations ?
Pour neutraliser les maladies de l’homme moderne, les médecins présentent des remèdes. Face aux dérèglements de sa psyché, il existe la psychanalyse. A l’égard de la sclérose affectant la dimension divine dans l’homme, les sages d’Orient et d’Occident proposent l’animation de son intériorité. Ils ont raison. L’homme n’échappera à l’agonie qui le guette que par l’intériorité, mais par une intériorité vécue à un niveau universel. Finis sont les ghettos, les chapelles privilégiées et privilégiantes, les juridictions particulières qui cultivent la haine née des comparaisons, les communautés « possédantes » de vérité.
Il en saurait s’agir d’opter pour un syncrétisme aboutissant à des mélanges insipides et déformateurs. L’œcuménisme d’aujourd’hui concerne toutes les traditions, toutes les métaphysiques, toutes les religions. Celles-ci conserveront leurs propres héritages et les langues originelles qui servent à les exprimer. C’est en vivant en profondeur la singularité des adhésions particulières, que pourra s’opérer une rencontre, puis une communion ; un partage d’amour et de connaissance. »


Source :

Marie-Madeleine Davy, Le désert intérieur, Paris, Albin Michel, 1985, pp.31-33

PS :
Elle est également l’auteure parmi une bonne centaine d’ouvrages et articles d’une biographie sur la vie de Simon Weil (1909-1943) et d’Introduction au message de Simone Weil. Paris, Plon 1954.

©Jean Vinatier 2008

jeudi 10 janvier 2008

Georges Bush en fin de mandat : l’Orient N°114 - 1ere année

Israël, Palestine, Koweït, Bahreïn, Emirats arabes unis, Arabie Saoudite, Egypte: est-ce le périple d’un voyageur atlantique à la découverte de l’Orient ? Georges Bush ne vous le dira pas !
Sa tournée orientale (9-16 janvier) est, déjà, marquée du sceau du scepticisme. Le Président américain nourrit l’incertitude : «
je ne dicterai pas les conditions de paix » entre israéliens et palestiniens pour ajouter à propos de son apparente indifférence « non seulement j'ai été impliqué dans le processus de paix au Moyen-Orient durant toute ma présidence mais nous avons grandement progressé dans la vision de deux Etats coexistant en paix. »
Pendant ce temps, les colonies israéliennes se poursuivent malgré des protestations de quelques chefs d’Etat et les Palestiniens font face à un mur dans tous les sens du terme.
Ce matin, dans le cadre de l'opération Phantom Phoenix, l'aviation américaine a lâché 18 tonnes de bombes en dix minutes contre des objectifs présentés comme des sanctuaires d'Al-Qaïda en Mésopotamie dans les faubourgs du sud de Bagdad. Pour quel résultat ? Deux maisons détruites !
Qu’est-ce que l’Orient pour les Etats-Unis ? En huit années de mandature, l’équipe républicaine passe par pertes et profits, semble-t-il, l’expansion de la démocratie et la guerre contre le terrorisme. En caricaturant, l’Orient se diviserait en trois : les bons (les Israéliens), les ambigus très fortunés (tous les états arabes), le méchant riche (le Perse).
Pas une seule fois, la parole n’a été donnée aux peuples, israélien, arabe, perse.
Le Président Bush suit une route précise celle du sud, en ignorant même celle qui qui le conduirait à Bagdad (furtivement ?) et à Beyrouth. Ferait-il une tournée des alliés au lendemain du face à face tendu dans le Golfe persique entre ses navires et ceux de la République islamique? Toutes les possibilités sont à retenir.
Que peut-il espérer, la scission générale au sein du monde islamique, les sunnites contre les chiites ? La péninsule arabique se dote d’un marché commun et travaille à une monnaie unique vers 2010 tout en renforçant sa relation avec Téhéran.
Est-il sur de tenir tous les fils avec l 'exemple palestinien, qui voit les Israéliens mener des négociations avec Mahmoud Abbas tout en faisant la guerre au Hamas, alors que ces derniers alternent indéfiniment entre guerre et tentatives d’entente ? La situation est analogue au Liban, en Mésopotamie et, potentiellement, partout au Proche-Orient.
Plus au nord, la Turquie satisfera-t-elle au scénario américain envers la Perse ? Le Président Gül lui répond «
mon pays et l'Iran appartenaient à une même aire géographique et partageaient ensemble de longues frontières communes qui n'ont pas changé au moins, depuis 1636 du calendrier chrétien. »
Le problème est qu’au Proche-Orient souligne l’agence de presse russe Ria Novosti, «
il n'y a pas de frontières précises, ni sur les cartes, ni entre « bad guys » et « good guys ». Le Président Bush ne semble pas prendre en compte les positions des pays arabes envers la Perse et d’une manière générale envers tout l’Orient. Pas davantage ne saisit-il la vision israélienne de son histoire. Pense-t-il que ses dirigeants resteront statiques en ne développant pas des relations, des alliances avec des puissances d’Asie ?
L’Orient bouge, se place sur l’échiquier mondial selon son caractère historique. En fin de mandat, Georges Bush doit se rendre à l’évidence : l’erreur aura été de ne voir seulement les orientaux que comme des caravaniers et des hommes d’affaires avisés. Quel est le plus ?L’appartenance à la même aire géographique.


©Jean Vinatier 2008

Lien :

mercredi 9 janvier 2008

Un nouveau théâtre parisien subventionné : l’Elysée N°113 - 1ere année

Hier, salle comble pour une nouvelle pièce de théâtre, Conférence de presse, deux heures quinze de représentation avec un seul acteur. Originalité du spectacle, l’acteur commence par un monologue avant d’échanger des répliques avec le public. Comme il s’agissait d’une première seuls la presse et les photographes étaient admis dans ce beau bâtiment XVIIIe siècle classé monument historique.
Ce théâtre est né en mai 2007 avec l’arrivée du directeur, Nicolas Sarkozy, qui cumule avec la fonction de Président de la République. Son slogan est simple : « l’Etat c’est triste, le théâtre, c’est fun. » Des mois de répétitions, un personnel nombreux recruté parmi les meilleurs établissements (800) ont été nécessaires pour donner le plus d’éclat et de publicité à ce moment théâtral. L’acteur/Président a pu négocier heureusement son cachet avec la bienveillance du Parlement (sauf erreur prés de 19 000€ mensuels) pour trois représentations annuelles et des prestations extérieures, nationales, internationales. Certains déplacements sont pris en charge par des sponsors dont Bolloré. La diffusion bénéficie d’une médiatisation éclatante, télévisions et radios nationales et locales sans oublier les extraits sur des canaux étrangers. L’Etat subventionne ce nouveau théâtre sous l’œil terrible de la Cour des comptes présidée par Philippe Seguin, faux nounours aux colères soudaines, qui se montrera rigoureux sur l’usage des deniers publics.
La pièce « Conférence de presse » est écrite par un comité d’auteurs sous la houlette de Papa Gaino, la plume enchantée de l’acteur/Président. Les décors et les costumes s’ils ne sont pas de Roger Harth et de Donald Cardwell, ils font l’objet de toutes les perfections et aucune faute de goût ne transparaît. L’acteur/Président veille à sa diction et s’amuse diablement sur la scène. Il est brillant dans son monologue, notamment sur sa politique de civilisation et se pique de répondre au tac au tac dans l’échange de répliques avec le public quitte à commettre quelques bourdes dans sa connaissance de l’histoire. Il se rattrape heureusement pour évoquer son intimité avec Carla B, une belle servante de l’amour, qu’il épousera et sait tenir la salle en lâchant le fameux « oui » sur l’abandon des 35 heures puis l’émeut en évoquant les banlieues. Amour, durée de travail et les cités interdites convolent dans une salle bon enfant qui rie sans retenue et n’hésite pas à se moquer d’un des siens (Laurent Joffrin) parce que le public de cette première est venu d’abord pour assister à la prestation d’un acteur formidable, génial dans sa manière d’imposer le rythme, la cadence dans les faits gouvernementaux. Les collaborateurs de l’acteur/Président dénommés officiellement ministres lui savent gré de les faire noter par une société de consultants, Mars & Co, ce qui soulage le Premier ministre et le secrétaire général du gouvernement de ce travail fastidieux : ouf, ils sont déresponsabilisés ! Le gouvernement regroupé au pied de la scène, se retient de ne pas s’affoler de l’acteur/Président. Jean-Louis Borloo est comme un enfant qui regarde son père tout en brio.
Au terme de cette représentation, le public regrettait de n’avoir pu davantage participer à cette pièce d’un nouveau genre alors que l’acteur/Président pensait tout de suite à l’accueil que lui réserverait les Français. Il a dans sa boîte à idées plein de sujets, de thèmes qui feront de ce nouveau théâtre subventionné, l’Elysée, une des salles les plus courues que l’on visitera une fois l’an lors de la journée du patrimoine. Et devinez qui vous recevra, Nicolas Sarkozy himself ! Molière, Beaumarchais, Feydau sont babas depuis le paradis.

©Jean Vinatier 2008

mardi 8 janvier 2008

Pervez Musharraf , l’ambigu N°112 - 1ere année

Les Etats-Unis le perçoivent comme un allié important dans la lutte qu'ils mènent contre le terrorisme. C’est la grande phrase qui paraît terminer toute analyse critique de la politique pakistanaise et achève le portrait du général Pervaz Musharraf.
Mais lui, comment, se regarde-t-il ?Son visage est énigmatique à l’image du pays indien qu’il dirige d’une poigne de fer depuis 1999. D’où vient-t-il ? Né prés de Delhi en 1943 dans une famille aisée de confession musulmane et de langue ourdou, il migra en 1947 dans la province du Sind (où régnait déjà la famille Bhutto) après la création du Pakistan. Il est un muhadjir. C’est-à-dire le musulman qui a migré. Les muhadjirs (issus de différentes ethnies) constituent un groupe ethnique à part entière au Pakistan. Elevé dans des écoles chrétiennes, il connaît fort bien la langue turque via son père alors en poste à Ankara.
Ce militaire est le représentant assez juste d’une société pakistanaise urbaine qui voudrait à la fois dépasser les ethnies et se démarquer de l’Inde. Il est différent de ses prédécesseurs immédiats dont Ali Bhutto, Zia Ul Haq (1978-1988) le premier marqué par un socialisme de façade alors qu’il raisonnait en chef de clan, le second, un général de facture classique avec un plus, rétablir le califat. Pervez Musharraf mena comme chef d’Etat-major de l’armée la campagne de Kargil (mai-juillet 1999) contre l’Inde dans le Cachemire ; cette région est toujours revendiquée sous le regard patient du chat chinois. Il y fut battu mais rendit responsable le pouvoir civil. Il renversa tranquillement Nawaz Sharif en décembre de la même année.
Depuis lors quelle politique mène-t-il ? Le Pakistan méfiant à l’égard de l’Inde, ami avec la Chine, allié avec les Etats-Unis et en guerre permanente contre les talibans installés le long de la frontière afghane, il sait qu’il dirige un pays doté de l’arme nucléaire au centre d’enjeux mondiaux du fait même du déplacement du centre de gravité du monde. Il n’ignore pas que le Pakistan ne compte que 60 années d’âge. Quelle identité pakistanaise cherche-t-il à construire ? Il offre le paradoxe de n’être ni un démocrate, ni un dictateur. Il est plutôt en quête d’un destin pakistanais. Ce dernier serait-il différent de Muhammad Ali Jinnah, premier Président de cet Etat ? Est-il encore dans cette seule idée de rassemblement des musulmans indiens ou bien tente-t-il de projeter son pays au-delà du religieux ? Le professeur Racine souligne bien les écueils, les doutes :« De plus, dans les rangs de l’opposition parlementaire siègent les forces de l’islam politique, façade constitutionnelle d’un islamisme radical armé, longtemps instrumentalisé par les militaires, mais devenu la cible de la rhétorique présidentielle, le général Moucharraf plaidant depuis des années pour la « modération éclairée » au service d’un « Etat islamique progressiste et dynamique ». D’où cette seconde interrogation : comment faire évoluer la relation complexe entre les mollahs et l’armée ? L’enjeu est d’autant plus important qu’il s’inscrit dans un contexte régional chargé, car, à des degrés divers, l’islam radical pakistanais intervient tant au Cachemire que dans les zones tribales bordant l’Afghanistan où les talibans regagnent du terrain. »¹
On le dit fidèle à Washington mais il n’ignore pas les projets de découpages du pays dans les cartons du Pentagone au cas où….Il a donc un esprit nationaliste. Cet esprit se conjugue-t-il avec un continent asiatique en quête à la fois d’une indépendance générale et d’un équilibrage entre les nations qui le composent ? L’Inde regarde toujours le Pakistan comme une terre ôtée.
On lui impute l’assassinat de Benazir Bhutto comme à Bachar El-Hassad celui d’Hariri…Le jugement est quelque peu précipité tant les acteurs, intérieurs, extérieurs ont tous une double face. Disons, que cette mort tragique est un fait supplémentaire qui s’ajoute aux tensions existantes. Ni plus, ni moins.
En 2006, Pervez Musharraf a publié avec un grand succès ses mémoires (In the Line of Fire. A Memoir, Simon & Schuster, Londres, 2006.) L’ouvrage divisé en trente deux chapitres courts soutient un rythme en adéquation avec le Pakistan : toujours dans la ligne de feu auquel la population répond en écho : « nous ne savons pas où nous allons. »²
Musharraf et le Pakistan ont ceci en commun, l’ambiguïté. Ambiguïté dangereuse pour le « monde Atlantique », ambiguïté nécessaire pour le général, ambiguïté fataliste pour les Pakistanais, nous sommes loin de nos voies romaines.

©Jean Vinatier 2008


Liens :
1-
http://www.monde-diplomatique.fr/2007/02/RACINE/14472
2- http://seriatim1.blogspot.com/2007/11/pakistan-nous-ne-savons-pas-o-nous.html

Carte :
Cachemire :
http://www.ehess.fr/cirpes/ds/ds70/cachemire.jpg