Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



Affichage des articles dont le libellé est Moyen Orient. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Moyen Orient. Afficher tous les articles

mardi 24 juin 2025

Emmanuel Todd : "Les USA et Israël plus dangereux que l'Iran". N°5723 19e année

« Dans ce 5e épisode de la série Le Monde selon Todd, l’historien et anthropologue Emmanuel Todd revient sur les tensions entre Israël, l’Iran et les États-Unis qui virent à la guerre. 

Grâce à son approche fondée sur la longue durée, il dévoile les ressorts profonds de la guerre en cours : effondrement du modèle américain, impasse stratégique israélienne, malentendus sur l’Iran chiite et la société iranienne, délitement du discours occidental, et risques de prolifération nucléaire. 

 Israël est le proxy au Proche-Orient d'une Amérique Impériale en voie de délitement. 

L'Iran, alors que nous publions, attaque la base américaine au Qatar : Al Udeid est la plus grande base militaire américaine dans la région et abrite le quartier général de l'US Air Force. L'engrenage d'une nouvelle "guerre éternelle" s'installe. 

Derrière le chaos actuel, Todd explore les structures anthropologiques, les récits fondateurs et les logiques de guerre. Une émission grave et essentielle, en pleine actualité, dédiée à la mémoire de son ami Philippe Cohen. 

Vous êtes invité à consulter le nouveau blog officiel d’Emmanuel Todd : 

https://emmanueltodd.substack.com »

Jean Vinatier 

Seriatim2025

mardi 27 mai 2025

Les dernières décennies de la Palestine ottomane par Salma Hargal N°5719 19e année

 Salma Hargal est maîtresse de conférence à SciencesPo Lyon

« La Palestine est l’une des régions les plus étudiées de l’Empire ottoman, mais cette histoire est parfois occultée par les conflits ultérieurs, qui masquent les dynamiques diverses ayant nourri l’affirmation d’une identité locale palestinienne entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

Le début du conflit israélo-palestinien est en général un récit bien connu, car pleinement ancré dans l’histoire de l’Europe. En 1917, le ministre des Affaires étrangères britanniques, Lord Balfour, énonce « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ». Cette déclaration est prononcée en pleine Première Guerre mondiale, à un moment où les Britanniques soutiennent également la révolte d’une partie des habitants des provinces arabes de l’Empire ottoman contre la souveraineté d’Istanbul. Pour ces derniers, et a fortiori les Palestiniens, la déclaration Balfour prévoit donc l’amputation illégale d’une partie des territoires arabes. Pour le mouvement sioniste qui agit depuis la fin du XIXe siècle afin d’établir un État juif en Palestine, la position britannique représente au contraire une reconnaissance ultime des droits historiques des juifs en Terre sainte.

Mais qu’est-ce que la Palestine en 1917 ? L’histoire de la Palestine est parmi les thèmes les plus étudiés de l’historiographie de l’Empire ottoman. Et bien qu’elle soit relativement peu abordée dans les débats publics sur le conflit israélo-palestinien, les perspectives divergentes sur les dernières décennies de cette province de l’Empire ottoman nourrissent autant les mythes fondateurs du sionisme que ceux du nationalisme palestinien.

Cet essai propose de revenir sur les acquis des travaux d’historiens spécialistes de l’Empire ottoman concernant l’identité territoriale palestinienne telle qu’elle se construit de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’à l’éclatement de la Première Guerre mondiale. Il met en lumière le statut politique et administratif que la Palestine a acquis à la fin de la période ottomane, au moment où la lutte s’intensifie entre les Puissances chrétiennes pour l’influence en Terre sainte. Une attention particulière est portée à la façon dont les réformes centralisatrices menées par les Ottomans ont contribué au rebond économique et à l’essor démographique très important de la Palestine dans ces décennies. C’est dans ce contexte et dans ce jeu d’échelles entre l’impérial et l’international qu’on peut comprendre l’émergence d’un nouvel espace politique et les modalités complexes d’identification au local, façonnées par l’intensification des flux humains, le début de la démocratisation de l’éducation et la diffusion croissante de la culture écrite.

Le politique avec le religieux : les formes de la présence occidentale »

La suite ci-dessous :

https://laviedesidees.fr/Les-dernieres-decennies-de-la-Palestine-ottomane-6525

Salma Hargal :

 https://www.canal-u.tv/chaines/ehess/prix-de-these-islam-moyen-orient-et-mondes-musulmans-edition-2023/salma-hargal

 

Jean Vinatier

Seriatim2025

samedi 15 mars 2025

L’araméen dans tous ses états N°5714 19e année

Conférence inaugurale, par Muriel Debié 

Si l’on parle généralement d’araméen au singulier, il s’agit en réalité d’une langue et d’une écriture qui ont évolué pendant trois millénaires, jusqu’à aujourd’hui, et qui présentent des formes très variées. C’est le kaléidoscope de tous ces états de langue et d’écriture que va dessiner cette séance introductive du cycle. Il faut en effet parler d’araméen au pluriel, d’une langue en évolution et de dialectes avec leurs propres alphabets et leurs propres usages sur la très longue durée. Cette première séance vise à commencer à déployer l’éventail coloré de tous ces états de l’araméen, dont chacun fera l’objet d’une des séances suivantes. 

 

10 juil. 2023Alphabet araméen: des origines au Proche-Orient - Robert Hawley - 

 L’alphabet « araméen » fait son apparition au milieu du IXe siècle avant notre ère, s’étant dis-tingué progressivement des autres manifestations de l’alphabet linéaire sénestrogyre à 22 signes (protocananéenne par exemple), en place en Méditerranée orientale depuis l’âge du Bronze. Cette conférence retrace les évolutions subies par les différents alphabets araméens depuis ces débuts à l’âge du Fer, à travers les standardisations imposées pendant les pé-riodes impériales (néo-assyrienne, néo-babylonienne, perse achéménide), et aboutissant en-fin à l’émergence de traditions régionales distinctes aux époques romaine et tardo-antique, jusqu’à la christianisation du Proche-Orient. 

 

27 juin 2024 L’araméen ancien, par Françoise Briquel Chatonnet 

Si les Araméens sont mentionnés dès la fin du XIIe siècle avant J.-C., l’écrit araméen apparaît au IXe siècle, déjà, sur un arc géographique très large qui s’étend sur toute la Syrie actuelle et le sud de l’Anatolie. Les inscriptions émanent des souverains de petits royaumes dont la culture est parfois mélangée avec des influences louvites, c’est à dire néo-hittites. L’écrit araméen se répand dès le siècle suivant sur tout le Croissant Fertile et jusqu’à l’Iran. Les déportations pratiquées par l’empire assyrien ont contribué à sa fortune au-delà de la disparition des petits royaumes araméens et lui ont conféré un rôle de langue de communication internationale. Si l’on a conservé surtout des inscriptions sur pierre, votives, commémoratives ou funéraires, quelques inscriptions sur tablettes d’argile témoignent d’un usage administratif et les inscriptions sur plâtre de Deir Alla imitent un manuscrit sur papyrus dont elles sont un témoin indirect. De fait, on sait qu’une littérature était déjà composée et écrite en araméen, dont on ne connaît guère qu’un texte, L’histoire et la sagesse d’Aḥiqar. 

 

20 février 2025 L’araméen d’empire et d’époque hellénistique F Briquel Chatonnet 

Si l’araméen jouait déjà un rôle international à l’époque assyrienne, les souverains perses achéménides se sont emparés de cet outil pour en faire la langue administrative, alors que le perse est la langue des inscriptions royales. Grâce aux hasards des découvertes, liés à des cli-mats arides qui ont permis la conservation de documents sur support périssable, on connaît un peu, par des lettres et documents sur papyrus ou ostraca, la vie d’une communauté levantine installée sur la frontière sud de l’Égypte et donc de l’empire, sur l’île d’Éléphantine, dont une partie était judéenne et pratiquait le culte de Yahweh. À l’autre bout de l’empire, une archive notamment sur bâtonnets de bois, comprenant lettres et documents comptables, est liée à l’administration de la Bactriane et provient probablement du sud de l’Ouzbékistan actuel. Ce rôle officiel de l’araméen dans l’empire perse a ainsi contribué à le répandre en Asie centrale. Après la conquête macédonienne, l’araméen est beaucoup moins présent au Proche-Orient mais reste utilisé sur les marges, en Géorgie, en Arménie, sur la côte orientale de la péninsule arabique et en Inde, où l’empereur Ashoka, qui s’est converti au bouddhisme et qui a unifié le Nord de l’Inde, gravait des versions araméennes de ses décrets. Le monde perse abandonne l’ancienne écriture cunéiforme en usage à l’époque achéménide pour une nouvelle écriture du parthe dérivée de l’araméen et qui utilise même des mots araméens comme idéogrammes. 

 

6 mars 2025 Les araméens d’Edesse, Palmyre et Hatra, par Jean-Baptiste Yon 

Durant les trois premiers siècles de notre ère, au Proche-Orient, aux confins des empires romains et iraniens, l’araméen, descendant de l’araméen d’empire d’époque achéménide, était l’une des langues parlées par les populations de la région. Bien plus, dans certaines cités, l’araméen des dialectes locaux était aussi langue officielle, écrite dans les contextes publics aussi bien que privés. La conférence présentera les principales de ces cités, Palmyre, Édesse et Hatra, et l’usage qui y était fait de l’araméen dans ses diverses formes. Ces dialectes témoignent de la force des cultures locales, visibles dans des domaines aussi différents que les institutions, la vie économique, la vie religieuse ou bien les coutumes funéraires, tout en attestant également de relations étroites avec les cultures dominantes, gréco-romaine ou iranienne. À la période suivante, la culture syriaque en est une directe héritière. 

 

Jean Vinatier 

Seriatim2025

 

mercredi 22 mai 2024

Déconstruire un récit impérial : le mythe Sykes-Picot par Louis Le Douarin N°5788 18e année

 

« La carte dite de Sykes-Picot (1916) est souvent présentée comme l’illustration la plus flagrante de l’impérialisme européen au Moyen-Orient et de la manière dont les frontières y ont été tracées arbitrairement. En replaçant cette carte dans son contexte historique, l’historiographie récente nuance cette idée. Exagérer son importance revient à occulter la longue histoire des frontières et tend à faire oublier que ce mythe est lui-même en partie hérité des discours impériaux.

La carte dite des « accords Sykes-Picot » est généralement associée à la dénonciation de la responsabilité européenne dans les conflits territoriaux que connaît le Moyen-Orient depuis les cent dernières années. Avec ses lignes droites, tracées sur une carte à petite échelle, elle est devenue un lieu commun illustrant la relation supposée intime entre impérialisme, colonialisme et cartographie. La violence de la domination coloniale s’inscrit indéniablement dans la manière dont les Européens ont imposé des frontières et régimes frontaliers sur des sociétés dominées. Le renouvellement de l’historiographie sur l’histoire impériale et la production des frontières nous autorise en revanche à interroger les limites des critiques concentrées autour de « Sykes-Picot ». Tout en voulant porter un message anticolonial, il contribue en effet à perpétuer des imaginaires et des présupposés forgés par les Européens à l’époque du partage, ce qui participe encore à brouiller les lignes.

Une carte et un esprit impériaux

En 1919, le démantèlement de l’Empire ottoman à la suite de la Première guerre mondiale donne naissance à de nouveaux États, dont une partie passe sous l’autorité de la France et de la Grande-Bretagne, sous le régime du mandat délivré par la Société des nations. Aujourd’hui, à l’heure où les anciens territoires de Palestine, d’Irak, de Syrie, du Liban mandataires, mais également de la Turquie, sont tous plus ou moins directement touchés par des conflits à la fois internes et internationalisés, où s’opposent différentes représentations sur la nature même, les contours, et l’avenir des États, des territoires et des nations, le partage qui prend forme en 1916-1920 est sans cesse convoqué et dénoncé comme péché originel. Lors des conflits qui suivent l’intervention américaine en Irak en 2003, et surtout depuis l’enlisement du conflit syrien, de nombreux commentateurs se sont interrogés sur la viabilité de ces territoires, exhumant la carte des accords Sykes-Picot comme un rappel graphique de la responsabilité européenne dans cette création.

Pour comprendre les limites de cette association entre la carte et cette critique, il faut d’abord la remettre dans son contexte. Depuis le milieu du XIXe siècle, voire dès 1830, différents acteurs européens ont cherché à accroître leur influence économique, culturelle et politique dans les territoires de l’Empire ottoman. Cette influence, articulée à des velléités nationales, voient Istanbul perdre pied dans les Balkans, le Caucase, à Chypre et au Maghreb, où les États européens s’imposent. Le conflit mondial, dans lequel les Ottomans sont alliés aux empires centraux, laisse ainsi entrevoir la possibilité d’un démembrement du reste de l’empire en cas de victoire de la Triple-Entente. C’est dans ce cadre, et parce que Londres organise activement la révolte de tribus arabes contre le pouvoir ottoman, que la France et le Royaume-Uni entament des discussions sur le futur de la région. Ces négociations aboutissent au célèbre accord signé en mai 1916. Les véritables signataires sont Edward Grey, secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères et Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres. Il s’appuie sur les négociations de François Georges-Picot, ancien consul général de France à Beyrouth, et de Mark Sykes, jeune officier ayant parcouru l’Orient avant de réussir à s’imposer comme expert de la région au sein du Foreign Office (Barr 2012).

La carte elle-même existe en plusieurs versions mais la plus connue, qui refait régulièrement surface dans les médias, est un tirage de la carte de « Turquie orientale en Asie, Syrie et Mésopotamie » publiée en 1910 par la Royal Geographical Society et portant des surcharges réalisées à la main (document 1). Un ensemble de caractéristiques ont contribué à sa célébrité comme illustration d’un rapport impérial et colonial au territoire. Sa petite échelle et l’absence de représentation des frontières et limites administratives sur le fond de carte (puisqu’il s’agit d’une carte physique) peuvent donner l’impression d’un territoire vide, ouvert aux ambitions. À cette échelle, les traits épais ajoutés à la main correspondent à plusieurs dizaines de kilomètres dans la réalité. Le choix du rouge vif et du bleu, pour représenter les « prises » des puissances, reprennent aussi les codes des atlas coloniaux en circulation à l’époque, donnant à cette carte une valeur presque performative. Enfin, le fait que l’accord soit scellé sur une carte britannique rédigée en anglais témoigne d’un rapport de force cartographique : si la France a multiplié les efforts pour cartographier la région au milieu du siècle précédent, la Grande-Bretagne a considérablement amélioré sa connaissance dans les deux décennies qui précèdent la guerre (Foliard, 2017).

Un accord mais pas de frontières »

La suite ci-dessous :

https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/a-la-une/carte-a-la-une/sykes-picot

 

Jean Vinatier

Seriatim2024

mardi 14 mai 2024

Comment l’Europe du Sud a préparé sa propre submersion par Tawfik Bourgou N°5784 18e année

 

« La création d’un « Hot Spot » en Tunisie et la labellisation de pays « sûrs » mises en œuvre par les pays européens, ou ceux de l’Union européenne, ne sont qu’un indicateur des impacts négatifs et dévastateurs des politiques occidentales dans sa proche périphérie au cours des treize dernières années. En agissant à la remorque des États-Unis,les Européens ont créé les conditions de leur propre submersion. Car en effet, s’il n’y avait pas eu ingérences destructrices dans la proche périphérie de l’Europe, les « Hot spots » n’auraient jamais été nécessaires.

Ce tragique aboutissement s’explique par une suite de fautes stratégiques commises par les occidentaux en dépit du bon sens, qui ont produit un effet boomerang auquel ne croyait pas les auteurs des ingénieries dévastatrices. Cet aboutissent augure d’un épisode encore plus dangereux pour l’Europe du Sud.

Immigrations massives déjà à l’œuvre, terrorismes, arrivée au pouvoir dans les pays de la périphérie des islamistes proches des Frères musulmans notoirement anti- occidentaux… tous ces évènements sont, au moins partiellement, les contrecoups de mauvaises politiques occidentales, principalement américaines, dans la proche périphérie de l’Europe, spécialement sur son flanc sud et sur sa frontière orientale – au Moyen-Orient, du Liban au le croissant fertile, jusqu’à la frontière de l’Iran.

Tout au long d’une dorsale qui va du Golfe arabo-persique jusqu’à la Mauritanie, on assiste à une suite de déflagrations dues à des ingérences souvent volontaires, mal calculées, et mal maitrisées. Certaines répondaient à une stratégie d’homogénéisation d’espaces que les « grands » stratèges occidentaux ne connaissaient même pas, ou à peine à travers de simples lectures de vulgarisation. Ce fut le cas au lendemain des évènements de 2010-2011, lorsque, sous influence des Frères musulmans, les États-Unis entreprirent de créer une zonz contrôlée par la confrérie de l’Égypte à la Tunisie, supposé faire jonction symboliquement avec la Turquie de l’AKP.

A l’arrière de ce corridor qui n’a jamais pu se concrétiser, on observe un espace se caractérisant par des guerres, de destructions d’États, l’affaiblissement de sociétés et de remparts politiques annonçant une possible submersion de l’Europe du Sud à brève échéance.

Des fautes stratégiques certes, mais aussi certains agissements calculés ont produit ces effets dévastateurs et ont conduit à affaiblir durablement des alliés et à faire disparaitre d’anciens supplétifs et vassaux.

Pendant que les regards sont dirigés vers l’Ukraine et le Moyen-Orient, une montée des troubles subsahariens est en train d’avaler l’Afrique du Nord et le Maghreb, en particulier deux pays situés à quelques encablures de l’Europe : la Libye et la Tunisie. Les ingérences calculées, entre 2010 et 2024, sont l’action la plus immorale de l’histoire diplomatique et militaire de ces vingt-cinq dernières années. Elles sont à la source d’un dangereux processus qui va impacter l’Europe du Sud. »

La suite ci-dessous :

https://cf2r.org/tribune/comment-leurope-du-sud-a-prepare-sa-propre-submersion/

 

Jean Vinatier

Seriatim2024