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lundi 5 février 2024

Atlas du Moyen-Orient. Aux racines de la violence N°5735 18e année

 Décembre 2023

« Présentation du livre de Pierre Blanc et Jean-Paul Chagnollaud "Atlas du Moyen-Orient. Aux racines de la violence" (Autrement, 2023)- http://tinyurl.com/mrx8kkx8 

Rencontre avec: Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des Universités, président de l’iReMMO. Auteur de nombreux ouvrages et articles sur les relations internationales, la Méditerranée et le Moyen-Orient, dont notamment, "L’invention tragique du Moyen-Orient" (coécrit avec Pierre Blanc, Autrement, 2017), "Israël-Palestine: la défaite du vainqueur" (Actes Sud, 2017), "Israël face à Israël" (coécrit avec Pierre Blanc, Autrement, 2018) et "Moyen-Orient, idées reçues sur une région fracturée" (coécrit avec Pierre Blanc, Le Cavalier bleu, 2019), "Le rendez-vous manqué des peuples. De l’échec des révolutions populaires aux dérives populistes" (Autrement, 2022). 

Pierre Blanc, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, docteur en géopolitique, est enseignant-chercheur à Bordeaux sciences agro et à Sciences Po Bordeaux. Il est également professeur invité à l’USJ (Beyrouth), à Sciences Po Lyon, à l’Ena et au Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM). Rédacteur en chef de Confluences Méditerranée, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur les dynamiques de violence et leurs liens avec la question des ressources naturelles. Il est notamment l’auteur de "L’Invention tragique du Moyen-Orient" (avec Claire Levasseur, Autrement, 2017) et "Proche-Orient: le pouvoir, la terre et l’eau" (Presses de Sciences Po, 2012). Il a récemment publié "Géopolitique et climat" (Presses de Science Po, 2023). 

 Modération : Agnès Levallois, consultante spécialiste du Moyen-Orient et chargée de cours à Sciences Po Paris, vice-présidente de l’iReMMO. » 

Jean Vinatier 

Seriatim2024

mercredi 18 août 2021

Lire les frontières dans un monde globalisé par Daniel Meier N°5693 15e année

 Daniel Meier : Chercheur associé au laboratoire PACTE et enseignant à Sciences Po Grenoble au sein du Master MMO.

Article de Diplomatie magazine:

« Limites de souveraineté, bornes géographiques ou traits sur une carte, les frontières font partie de notre imaginaire, nous entourent et compartimentent notre univers. Mais, signe manifeste d’un changement de régime frontalier inattendu, la crise de la COVID-19 offre un miroir grossissant pour penser et lire autrement les frontières dans un monde globalisé.

Les frontières sont une catégorie d’objet d’allure anodine, très naturalisées tant elles semblent avoir été cantonnées dans un rôle fonctionnel adossé à une imagerie traditionnelle du poste frontalier que l’on franchit pour partir en vacances ou pour des raisons professionnelles. Elles font donc partie de nos vies d’Européens et nous n’y pensons que lorsqu’il convient de ne pas oublier son passeport ou que l’attente est longue au contrôle. La crise actuelle de la COVID-19 a pourtant rendu moins ordinaires et plus complexes les franchissements frontaliers, signalant en Europe le retour de l’État aux confins de son territoire national dans un processus dit de « refrontiérisation ».

Une importante littérature portant sur les frontières s’est développée depuis le début du millénaire, à la croisée de la science politique, de la géographie et de l’anthropologie. En cause, le double moment théorique (celui du spatial turn* qui a permis de concevoir les frontières comme des réalités à la fois empiriques et imaginaires) et géopolitique (l’attentat du 11 septembre 2001 qui a provoqué un regain sécuritaire dans la gestion des frontières à l’échelle mondiale). Au-delà des concepts qui ont été développés depuis (1), plusieurs thèmes sont devenus clés dans le débat sur ce qu’est une frontière de nos jours. En premier lieu, celui de la souveraineté qui renvoie à une norme de découpage du monde (2) autant qu’à des enjeux de pouvoir ; en second lieu, la sécurité, laquelle s’actualise dans les processus de contrôle des flux migratoires comme dans l’érection de murs frontaliers ; enfin, la circulation aux frontières, qui met l’accent sur les inégalités de traitement entre ceux qui les franchissent ainsi que sur la gestion et les causes des migrations, liées aux disparités économiques globales et aux conflits.

Coloniser et normer le monde

Selon l’historien Lucien Febvre, le mot frontière lui-même apparaît dès le XIIIe siècle comme adjectif dérivé de « front », dans son sens militaire. Pendant longtemps, le terme fait référence à une « place fortifiée faisant face à l’ennemi » et a pour synonyme le terme de confins, une zone frontalière indéterminée aux limites des empires. Son sens actuel émerge avec le développement de l’État moderne, les progrès de la cartographie et, au XVIIe siècle, la signature des traités de Westphalie (1648) qui jettent pour la première fois les bases de territoires étatiques bornés en Europe. Le développement du nationalisme a parachevé cette nouvelle norme en l’agrégeant à l’identité du collectif ainsi délimité par la frontière et dont le modèle français devient l’exemple idéal-typique. Parmi les épisodes de la colonisation, celui relatif au traçage des frontières se joue principalement aux XIXe et XXe siècles, avec pour protagonistes principaux la France et le Royaume-Uni, qui ensemble sont responsables de l’imposition de 39 % du kilométrage de frontières étatiques mondiales, hors d’Europe. Des délimitations qui sont très largement imposées aux populations locales indépendamment de leurs souhaits ou des logiques territoriales, ethniques ou tribales endogènes. Cela ne sera pas sans conséquence sur la prolifération de conflits dans les Suds, comme nous le verrons plus loin.

Mais comment est-on passé des frontières imposées par les puissances coloniales à celles reconnues par les États indépendants ? Au-delà des spécificités propres à chaque région du monde, le principe issu du droit romain uti possidetis — traduisible par « vous posséderez ce que vous possédiez déjà » — a été appliqué ; il est connu comme celui de l’intangibilité des frontières. Il a par exemple été appliqué par l’Organisation de l’unité africaine en 1964 à l’échelle du continent ou lors de l’effondrement de l’Union soviétique et de l’ex-Yougoslavie. Toutefois, ce principe a été largement contesté par bien des acteurs, ouvrant une centaine de litiges qui opposent, jusqu’à aujourd’hui, des États à d’autres États ou à des mouvements politiques au sujet de tracés frontaliers sur fond de revendications identitaires de minorités (par exemple, les Sahraouis face au Maroc), territoriales (par exemple, l’Inde refusant les frontières de facto au Cachemire) ou comportant des enjeux énergétiques (par exemple, entre les deux Soudans). Par ailleurs, de nombreuses dérogations au principe de l’intangibilité des frontières ont vu le jour depuis les années 2000, comme c’est le cas avec l’État du Kosovo (2008) reconnu par seulement un tiers de la communauté internationale. À l’aube des années 2020, on compte au total 17 États ou entités étatiques dont les frontières revendiquées ne sont reconnues que par une fraction de la communauté internationale (dont la Chine, Israël ou encore la Corée du Nord) ; pour certains, comme les républiques d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, provinces sécessionnistes de la Géorgie, soutenues par Moscou, c’est l’existence même du territoire en tant qu’État indépendant que la majorité de la communauté internationale ne reconnaît pas (soit la totalité de la frontière).

Des conflits et des limites”

La suite ci-dessous :

https://www.areion24.news/2021/08/09/lire-les-frontieres-dans-un-monde-globalise/

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

lundi 22 juin 2020

Georges Floyd : un télescopage Atlantique ? N°4954 14e année



Les ondes de choc de l’affaire Georges Floyd ont bondi, notamment, en France en prenant les habits d’Amada Traoré s’accompagnant d’une campagne de déboulonnages, de souillures de statues, de propositions de changement des noms de rue au nom de notre histoire d’esclavagiste, de colonisateur, de blanc. Certains universitaires américains s’attaquent maintenant à la musique classique car elle serait le privilège des blancs et des asiatiques…..
Ces événements surviennent lors d’une campagne présidentielle américaine dont la virulence dépassera celle de 2016 : les démocrates (et quelques républicains) déjà opposés à Donald Trump savent qu’une réélection le 3 novembre sonneraient le glas d’une présidence américaine beaucoup plus mondialiste que celle en cours. Les enjeux financiers, économiques, sociaux, démocratiques sont considérables. Cette puissance d’opposition à Donald Trump s’appuie notamment sur un levier qu’est le racisme américain consubstantiel à la naissance des Etats-Unis. Ce levier pro-afro-américain n’est pas isolé puisque toutes les minorités qualifiées de victimes ou d’oppressées tendant à composer une armée hétéroclite mais mue par ce qu’elles prétendent être. Derrière toutes ces revendications, discours et actions, agissent des fondations, des personnes richissimes les seuls à financer et à assurer une publicité, médiatique, sur les réseaux sociaux.
Quand bien même Donald Trump obtiendrait-il un second mandat, les combats pour les diversités ne disparaitraient pas pour autant. En effet, la faute originelle américaine aurait été triple : avoir été des colons, avoir été des esclavagistes puis des ségrégationnistes, avoir mis dans des réserves les Indiens, populations d’origine. On remarquera que personne ne se choque du terme « réserve » qui est à bien des égards aussi pire que la ségrégation et que les Indiens restent en dehors des « Blacks lives matter ». On notera aussi que les afro-américains pourraient être vus par les Indiens comme des colons (contraints ou involontaires) au même titre que les Européens du Mayflower !
On soulignera aussi que décrochage de portraits de confédérés présents au Capitole  ne gênait aucun démocrate jusqu’à ce jour et que Barack Obama pendant ses deux mandats n’avait guère paru être sensible à une purification statuaire….Bref, cette campagne présidentielle américaine présente tous les aspects d’une offensive générale de grande ampleur englobant autant les Etats-Unis que l’Europe pour abolir, effacer, déconstruire tous les symboles des Histoires des susdits pays. Est-ce l’homme blanc qui est visé ? Serait-il question de préparer à un nouveau monde Atlantique dans lequel les nations, une et indivisibles, s’effaceraient au profit des communautarismes, des ethnies, des minorités toutes victimes et toutes bien séparées, divisées ? Il y a chez certains blancs américains le dédain de ce qu’ils sont. On pense à cette femme issue de la couche aisée qui a théorisé autour du « privilège blanc » dans une sorte de trame rédemptrice caractéristique de certaines sectes protestantes. On a depuis longtemps la théorie des genres qui sévit désormais jusqu’en Europe, de même l’implosion du modèle de couple homme/femme. Plus largement, certains esprits américains veulent recréer une autre histoire, d’autres mémoires via un bain purificateur. Les Etats-Unis sont vues comme une Terre promise mais est-elle si juste, si bonne, si pure ? Le terreau protestant, les courants messianiques que les différentes monarchies européennes avaient pris soin d’expédier par-delà les mers aux XVI et XVIIe siècles peinant déjà à émerger des guerres de religion qui durèrent, si l’on part des bogomiles (cathares) et des hussites jusqu’à l’édit de Fontainebleau de 1683 pas loin de trois siècles, ont sédimenté jusqu’à l’avènement à la moitié du XXe siècle des Etats-Unis au rang de première ou hyperpuissance puissance mondiale. Depuis 1945 les Etats-Unis ne cessèrent pas d’affronter des conflits intérieurs qui prennent aujourd’hui une expression offensive jusqu’en Europe et qui s’adhèrent à l’idée née au début du Xe siècle autour d’une unicité historique Atlantique. On assiste à la réunion explosive de questions identitaires américaines et d’une histoire  proposée comme quasi fusionnelle avec les Européens.
Sur ce point important, il faut bien se souvenir que la guerre d’Indépendance américaine puis la naissance des Etats-Unis ont été vus comme un événement par les puissances européennes d’alors comme partie intégrante de leur espace géographique ; que ces même puissances qui devinaient bien que les Etats-Unis voudraient aller jusqu’au Pacifique échafaudèrent des plans pour contenir tout développement territorial. En réalité, les cabinets politiques du XVIIIe siècle qui s’entendaient autour de l’équilibre de puissance voulaient l’appliquer au continent américain. La Révolution française a remisé ces projets. La chute de la Bastille a donc libéré également les Américains de tous les calculs européens.
Le mouvement Black Lives matter dans ce qu’il perpétue rencontre d’autres forces telluriques qui allient l’histoire et un projet sinon de nouvelle histoire d’une aire géographique lavée du pêché.
Ni l’Asie, ni l’Amérique latine, ni l’Afrique, ni l’Orient n’entrent dans cette aire, elle est bornée à l’Europe (surtout celle à façade Atlantique) et aux Etats-Unis. Un angle qui n’interpelle pas et qui, pourtant, éclaire bien que les assauts menés contre nos Histoires ramèneraient au titre de l’ouvrage de Huttington : Qui sommes-nous ?.
Les Européens et les Etats-Unis s’éloignent, ce décrochage aurait débuté en 1789, sur le plan culturel ou artistique les Américains s’émancipent du « vieux continent » au début du XXe siècle. 
Nous pourrions en reprendre conscience si les Etats européens arrivaient à s’autonomiser, à penser autrement que par le seul prisme des campus américains. Les Etats-Unis nous renvoient leurs propres maux quand l’Europe est très en peine de s’entendre sur ce qui l’unit, la fonde, la projette.
Avant même la question américaine, les féodalités surgies après l’empire romain n’étant, ni Etat, ni nation, crurent par les Croisades en Asie quelles appelèrent l’Orient définir  l’Occident.
Le Qui sommes-nous ou Qui devrions-nous être des deux côtés de l’Atlantique, est une question redoutable qu’un simple fait divers tragique démultiplié par les modernités technologiques revient en boomerang, mettant à nu bien des failles et des ambitions contraires.



Jean Vinatier
Seriatim 2020

mardi 5 mai 2020

« Magali Reghezza : La société de l'incertitude : géopolitique et biopolitique du Monde à l'ère complexe » N°4332 bis 11e année


Je remets en ligne un Seriatim de 2017 sur ce sujet



2017
« La société de l'incertitude : géopolitique et biopolitique du Monde à l'ère complexe. Exposé donné par Magali Reghezza dans le cadre de la Chaire Géopolitique du Risque, organisée par le département de Géographie de l'ENS. Agrégée de géographie, docteur en géographie et aménagement, Magali Reghezza est maître de conférences et directrice des études au département géographie de l'École normale supérieure. »

Source:

Jean Vinatier
Seriatim 2020