Info

Nouvelle adresse Seriatim
@seriatimfr
jeanvin22@gmail.com



Affichage des articles dont le libellé est Colombie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Colombie. Afficher tous les articles

lundi 12 juillet 2021

Cuba : vers une révolution orange ? N°5760 15e année

 Le long espace qui va du Chili à Cuba, de l’Amérique Latine aux Caraïbes, s’agite différemment. D’abord au Chili qui s’attèle à la rédaction d’une constituante où les partis politiques ne tiendront qu’un rôle très secondaire. Il ne pleut plus sur Santiago, il y fait soleil. Le seul pays qui a surfé sur la vague des Gilets jaunes et qui a su passer aux questions institutionnelles malgré une première répression : un mouvement possible car une large part de l’élite chilienne a compris l’intérêt de soutenir cette colère. Par de futures nouvelles institutions, la grande bourgeoisie chilienne sera oie blanche. Cette observation notée, ce qui se déroule dans ce pays andin est assez exceptionnel et inédit.

Plus haut la Colombie et le Venezuela, ce sont les tirs de la police contre les manifestants qui font la  Une des médias sauf en Europe. Il est difficile aux presses européennes de dénoncer l’action répressive vénézuélienne de Maduro quand le colombien Duque fait de même : celui-ci étant du bon côté de la barrière, libéral, pro-américain et tout ce qui va avec, on a des yeux de Chimène pour sa mitrailleuse !

Abordant la mer des Caraïbes, Haïti revient sur le devant de la scène après l’exécution du Président du pays le plus gangréné et le plus pauvre au monde. Les mercenaires arrêtés (sud-américains et nord-américains) l’on ne sait toujours pas le pourquoi de ce contrat contre Jovanel Moïse ?

Et puis, on arrive à Cuba où les manifestations spontanées contre le régime éclosent principalement dans la capitale. Ces « révolutionnaires désorientés » comme le pouvoir les qualifie montre, cependant, que Gerardo Peňalver usent de ces termes indiquent la crainte de développements contestataires plus larges.

L’île est dans la misère parce que les États-Unis maintiennent un blocus (avec des variantes sous Obama) ignominieux qui n’exempte en rien les carences du régime cubain qui ne bénéficie plus depuis la fin de l’Union soviétique d’un appui extérieur solide.

Tous ces événements américano-caraïbéens sont dans une zone d’exclusive américaine : vielle politique états-unienne depuis Monroe jusqu’au corollaire Roosevelt de 1903 : la mise hors d’action du continent européen est un fait établi. Avez-vous entendu l’Élysée sur le drame à Haïti, île francophone ? Non. S’il est une aire où les États-Unis peuvent agir comme bon leur semble ce sont bien les Caraïbes. Ainsi, si Joe Biden optait pour une révolution orange cubaine, il le ferait, sans doute, pour conforter son camp des démocraties contre la Chine communiste : quelle meilleure vitrine, qu’une île se libérant de chaînes…mises en place autant par Fidel Castro que par les Américains ! En cela, la destinée de Cuba est assez dramatique. Objet de répressions féroces par les Espagnols tout au long du XIXe siècle au point que la guerre de 1898 y fut regardée comme libératrice avant que petit à petit cette île ne se réduise à être une arrière-cour des mafias et d’américains alcooliques. Les élites cubaines virent leur espoir réformateur se briser dans les années 1950 quand Washington s’ingénia à éliminer tout candidat (Eduardo Chibás, président suicidé ?) laissant un Fulgence Batista devenir un général Alcazar (1940/44, 1952/59)

Cette chasse-gardée américaine ne brilla pas par son excellence, c’est peu de le dire. Mais effectivement avec la mauvaise gestion du Covid, le terreau de la lassitude des Cubains de souffrir après avoir connu dans les années 60 et suivantes un progrès incontestable en matière d’éducation, de médecine, de mesures sociales. Quoique l’on pense de Fidel Castro, il y a bien eu un mirage socialo-marxiste à la sauce cubaine. Incontestablement, les États-Unis ont une responsabilité écrasante à la fois dans ce que devint le régime castriste (baie des Cochons) que dans la situation présente. Si Barack Obama avait prudemment entrouvert les grilles, Donald Trump les referma pour des raisons électorales (Floride). Peut-être y aurait-il un intérêt géopolitique américain, dans le cadre du combat contre la Chine, à opérer une révolution orange avec cette conséquence éventuelle d’encourager, notamment, les Russes à augmenter leur pression respective sur l’Ukraine et la Biélorussie que Moscou regarde comme de son aire historique. Ensuite, où est l’opposition cubaine crédible ? La tentation est grande d’en fabriquer une avec son leader……

De ces bouillonnements, notons que le monde global trouve des limites car tout étant de plus en plus interdépendant, si l’on bouge un point c’est toute la chaîne qui s’ébranle !

A suivre les potentiels développements !

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

 

dimanche 9 mai 2021

Colombie, Israël, Myanmar, Tchad : les répressions avalisées N°5686 15e année

 Les condamnations obéissent à la géométrie variable des puissances qui revendiquent des principes démocratiques et de libertés. Ainsi en est-il actuellement :

En Colombie où le Président Duque affronte la colère générale qui a déjà causé la mort de plus de 24 colombiens sans entraver les ressentiments profonds contre un pouvoir appliquant brutalement une politique fiscale injuste. Les États-Unis qui exercent sur l’Amérique latine une influence considérable et qui veillent depuis la doctrine Monroe et surtout le corollaire Roosevelt à éviter toute pénétration européenne donc étrangère, se bornent à des hoquètements car la Colombie occupe une place particulière dans la conduite du trafic de drogue et sert de plateforme contre le Venezuela post-chaviste, un exercice compliqué au vu de l’histoire colombienne en proie à de multiples guerres civiles et coups d’État sans omettre les guerres limitrophes.

Israël, les protestations palestiniennes contre de nouvelles vagues d’expulsion pour accroitre le développement de colonies engendrent les mêmes effets et conséquences : le recul lent et régulier de l’habitat palestinien, une façon pernicieuse de réduire sans le dire leur territoire. La Russie élève des protestations quand les puissances de l’aire Atlantique susurrent de vagues demandes d’apaisement et que les puissances arabes regardent ailleurs. Les Palestiniens sont dans une tragédie depuis plus de soixante dix ans. D’abord soutenus par leurs frères dont beaucoup combattaient les présences, anglaise et française et annonçaient l’apparition de nombre d’états arabes laïques ; puis ballottés, au fil des ans et des secousses politiques internes en Orient avant qu’au début des années 80, sous l’impulsion américaine, l’islam ne fit un retour marqué, (idem en Israël confronté à un retour du religieux). Les Palestiniens, certes avec une Autorité corrompue et divisée, subissent depuis que leur cause est née, les contrecoups des variations géopolitiques et des concurrences interarabes.

Myanmar (Birmanie) : les militaires tiennent toujours la situation entre leurs mains. L’ancienne Birmanie est un pays compliqué qui obéit à des croyances et des rythmes bouddhistes qui n’appartiennent qu’à lui. Pendant la Seconde guerre mondiale, la guerre y fut particulièrement dure et éprouvante, feu lord Mountbatten qui s’y illustra l’éprouva et, personne, à la vérité, ne tient à y remettre les pieds. Les États-Unis, comme toujours ont la tentation de s’ingérer mais devant se retirer d’Afghanistan où ils affrontaient des talibans organisés, ils seraient en Birmanie empêtrés dans des minorités qui leur rappelleraient leur échec somalien (Voir film, La chute du Faucon noir). La Chine, elle, habituée depuis des millénaires à faire avec des centaines de minorités, elle y aurait plus d’aise et réfléchit à arriver en Afghanistan. Au-delà de cette remarque, les birmans et leur leader Aung San Suu Ki, seront laissés à eux-mêmes d’autant qu’ils furent montrés du doigt par les « Atlantique » pour le mauvais traitement infligé à une minorité musulmane (Rohingyas) importé par les britanniques lors de la construction du chemin de fer : problème, les birmans la considèrent, non sans argument, comme étrangère.

 

Tchad : L’assassinat du maréchal-président Idriss Deby par l’un de ses semblables à la suite d’un bombardement, avec l’appui français (?), place Paris dans une situation délicate. Le QG de l’armée française (Barkhane) se trouve à N’Djamena et nous considérons l’armée tchadienne comme un appui sans lequel, nous ne tiendrions pas au Sahel. La mort soudaine d’Idriss Déby, la prise du pouvoir par son fils, Mahamat, secouent le Tchad. Des manifestions ont lieu, les premières firent neuf morts, les successives des dizaines de blessés, certains graves et des arrestations, le tout dans un silence général médiatique français. Le Tchad, un des États parmi le plus pauvres au milieu d’une abondance pétrolière entre des mains américano-malaisienne, pour le profit de la famille Deby (plus de 10 milliards de dollars selon les Panama Papers). Stricto sensu, comment peut-on combattre un terrorisme qui allie autant l’islam que des rivalités inter-tribales, opposent des sédentaires à des nomades, le tout dans des États que ne le sont que de nom et s’appuyer sur un Tchad qui nie toutes nos valeurs….la seule commune avec la France étant l'endurance militaire ?  Comment la France tiendra écartelé entre un Tchad répressif et un Mali prêt à se déliter ? Les tensions au Niger et au Burkina-Faso s’y ajoutent. L’enlèvement d’un journaliste français, Olivier Dubois, contraint la France à négocier avec le GESIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans) surgit en 2017  qui affirme avoir fusionné plusieurs mouvements dont avec l’AQMI. Se chuchote aussi que la famille Deby aurait aidé certains politiques français : il n’y aurait donc pas que « nos chers saoudiens et qataris » ?

Dans ce Tchad, les grands discours sur la démocratie et les diverses incantations dont l’aire Atlantique est friande, se retirent devant la réalité géopolitique. Tout porte à croire, que le Sahel ne soit plus le seul lieu d’opposition au terrorisme car l’on observe un développement conflictuel depuis le sud de la Somalie jusqu’au Mozambique et même jusqu’aux Comores.

 

Tandis que pour des raisons différentes, en Colombie, en Israël, au Myanmar, au Tchad, sont avalisées les répressions, l’aire Atlantique retrouve tout son souffle vertueux pour dénoncer les conditions de détention de Navalny, l’opposant à Vladimir Poutine, la fragilisation de l’Ukraine par la Russie alors même qu’elle y a une responsabilité considérable…mais tout ce même beau monde si sensible aux droits des hommes ne l’est pas pour Julian Assange, peinant à tenir sur ses jambes, détenu dans la geôle de Sa Majesté Britannique pour avoir dénoncé nos travers….

 

 

Jean Vinatier

Seriatim 2021

 

 

dimanche 24 novembre 2019

« Amérique latine : le Monde sur un volcan par Maurice Lemoine » N°4730 13 année

Novembre 2019 

« Conférence de Maurine Lemoine sur la géopolitique de l'Amérique du Sud pour l'Université populaire de Saint-Dizier. Il est intervenu sur la déstabilisation de l'Amérique latine et le Venezuela dont il est l'un des meilleurs spécialistes. Une mise en perspective pour comprendre les enjeux liés aux différentes crises que traversent le continent sud-américain mais aussi le Monde. Depuis la doctrine Monroe (1823) jusqu'aux derniers événements de Bolivie ou du Chili, Maurice Lemoine retrace et explique la lutte des classes à l'œuvre dans cette partie du monde. 

http://upsd52.e-monsite.com/ » Jean Vinatier 
Seriatim 2019

mardi 1 décembre 2009

Palanquero : base nucléaire US du Prix Nobel de la Paix ?–N°582- 3e année

Barack Obama serait-il le prix Nobel de la Paix le plus cité dans les affaires militaires ? Hier, on évoquait son empressement à obtenir du Japon l’extension de la base américaine sur l’île d’Okinawa ; aujourd’hui, on apprend l’envoi de renforts considérables en Afghanistan avec en annexe l’attente d’un soutien physique de la France. Entre les deux, l’affaire de la base américaine de Palanquero en Colombie suscite les courroux les plus grands de la plupart des Chefs d’Etat sud-américains ; en août 2009, lors du sommet de l’UNASUR, ils n’avaient pas épargné le Président de la Colombie, Alvaro Urribe, au sujet de cet accord militaire.
Palanquero pourquoi ? En 2007, le nouveau Président équatorien, Rafael Correa, déclarait ne pas vouloir renouveler le bail à l’armée américaine pour la base de Manta qui compensait la perte de celle de Panama intervenue en 1999. Entre cette date et aujourd’hui, Washington et le Pentagone ont arrêté leur choix sur la Colombie pour y déployer une force militaire dont l’ampleur n’allait pas tarder à dépasser tout ce que l’on pouvait imaginer et ce, malgré, les dénégations d’Alvaro Urribe.
Officiellement, la guerre contre le narcotrafic et les FARC seraient à l’origine de la formulation américaine. En réalité, le gouvernement américain tient à protéger ses compagnies pétrolières et à maintenir une présence militaire importante sur le continent sud-américain comme partout ailleurs dans le monde. Les évolutions politiques intervenues récemment sur ce continent ne le rassurent absolument pas ; il appréhende un éloignement politique préjudiciable à sa base arrière, l’Atlantique Sud. Est-ce un hasard, lorsque l’amiral James Stavidris, actuel commandant en chef de l’OTAN (SACEUR) et précédemment à la tête du Southern Command reconstitue la IVe flotte en sommeil depuis 1950 ?
La base de Palanquero est pour l’état-major américain un élément clef de sa mobilité. Elle lui donnera accès à l’ensemble du continent sud-américain; permettra de grandir sa capacité à riposter rapidement en cas de crise, de s’assurer l’accès à toute la région en un rien de temps avec des effectifs qui compteront, précisons-le, autant de militaires que de mercenaires.
L’accord conclu entre Bogota et Washington autorisera l’accès et l’utilisation de sept places militaires colombiennes outre Palanquero, Malambo, Tolemaida, Apiay, Cartagena, Malaga et à « d’autres sites militaires » non précisés. Evidemment, la pleine immunité est accordée à tous les militaires, civils et industriels nord-américains en Colombie.
Ce déploiement américain permettrait, premièrement de réagir, alors, contre tout gouvernement perçu comme hostile; deuxièmement de déployer un armement nucléaire ! Ces dernières possibilités ont été évoquées par le journaliste britannique, Hugh O'Shaughnessy, dans un article publié le 22 novembre¹ et relevées par Philippe Grasset qui ajoute :
« De bases installées pour “lutter contre le trafic de narcotiques et la guérilla qui lui est liée”, on passe à des bases stratégiques de surveillance continentale, éventuellement équipées de nucléaire, de bases-relais vers d’autres interventions, y compris vers d’autres continents. » ²
Maintenant, écrit Guillaume Beaulande³ :
« La militarisation de la région andine est un processus qui s’auto-justifie en permanence faute de légitimité se décomposant en trois phases :
La dépendance technologique et financière de l’armée colombienne à l’égard des États-Unis basée sur un besoin de maintenance, d’équipement, de stratégie militaire.
Les opérations clandestines de la « guerre sale » effectuées par des paramilitaires et des mercenaires au long cours.
L’installation de bases militaires et d’équipements de télécommunications dépassant le budget du pays concerné et nécessitant donc la présence d’experts Nord-Américains et d’un effectif militaire conséquent
»

Devant les vigoureuses protestations, notamment du Brésil et du Venezuela, les Etats-Unis ont promis de ne jamais intervenir dans un pays qui leur serait hostile et ont précisé que l’armement nucléaire ne serait qu’une hypothèse. Or,l’évolution de la situation intérieure hondurienne peut-elle rassurer les présidents sud-américains ? C’est douteux.
L’affaire de Palanquero tout comme celle d’Okinawa révèle un Président Barack Obama en parfaite accointances, actuellement, avec les politiques de ses deux prédécesseurs, républicain et démocrate, Georges Bush II et Bill Clinton (établissement de Bondsteel, une ville-base U.S près de Ferizaj au Kosovo)
Barack Obama sera un prix Nobel de la Paix vraiment étonnant même s’il peut répondre que Henry Kissinger a reçu cette distinction pendant la guerre du Vietnam !
De toute manière, les Etats-Unis gardent une nervosité sans pareille, dépensant à pleines mains, dollar faible ou pas, pour maintenir prés de mille bases sur les cinq continents. Etats-Unis, puissance irénique ou belliciste ?


Jean Vinatier

Copyright©SERIATIM 2009
Tous droits réservés

Carte
:

http://www.cipcol.org/?p=610

Sources principales :

1-Hugh O'Shaughnessy:
http://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-builds-up-its-bases-in-oilrich-south-america-1825398.html

2-Philippe Grasset (accès payant)
http://www.dedefensa.org/article-la_base_us_de_palanquero_colombie_une_epreuve_de_force_nucleaire_23_11_2009.html


3-Guillaume Beaulande :
http://www.npa2009.org/content/colombie-la-poudri%C3%A8re-de-l%E2%80%99am%C3%A9rique-latine-par-guillaume-beaulande

http://www.cambio.com.co/portadacambio/779/ARTICULO-WEB-NOTA_INTERIOR_CAMBIO-4234729.html

http://www.cadtm.org/IMG/article_PDF/article_a4987.pdf


Sources secondaires :

http://www.southcom.mil/appssc/pages/cdrBio.php

http://www.larepublica.com.uy/politica/288663-eeuu-ofrece-buenos-oficios

http://www.ufppc.org/us-a-world-news-mainmenu-35/9165-analysis-colombia-to-be-focus-for-us-military-build-up-in-south-america.html

http://www.amnesty.org/en/library/asset/AMR23/004/2004/en/3b72c85b-d63d-11dd-ab95-a13b602c0642/amr230042004fr.html


Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Internautes : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Biélorussie, Bénin, Bolivie, Bosnie Herzegovine, Brésil, Cambodge, Cameroun, Canada, Chili, Chine (+Hongkong & Macao), Chypre, Colombie, Congo-Kinshasa, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Djibouti, EAU, Egypte, Etats-Unis (30 Etats & Puerto Rico), Gabon, Géorgie, Guinée, Guinée, Haïti, Honduras, Inde, Irak, Iran, Islande, Israël, Kenya, Liban, Libye, Liechtenstein, Macédoine, Madagascar, Malaisie, Mali, Maurice, Maroc, Mauritanie, Mexique, Moldavie, Monaco, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Ouzbékistan, Palestine, Pakistan, Pérou, Qatar, République Centrafricaine , République Dominicaine, Russie, Sénégal, Serbie, Singapour, Slovénie, Somalie, Suisse, Thaïlande,Togo, Tunisie, Turquie, Union européenne (27 dont France + DOM-TOM & Nouvelle-Calédonie, Polynésie), Ukraine, Uruguay, Venezuela, Vietnam, Yémen

jeudi 3 juillet 2008

La Colombie libère sa compatriote Ingrid Betancourt N°240 - 1ere année

Un rayon de soleil sarkozien entre les orages : Ingrid Betancourt et une dizaine d’otages sur les 750 ont été libérés grâce à l’intervention conjointe de l’armée colombienne et de l’aide américaine.
Elle est apparue en pleine forme, pas du tout amaigrie, ni les traits tirés, et tout à la joie de retrouver ses enfants, sa famille. Au-delà de ces retrouvailles qui appartiennent à l’intime que peut-on écrire sur ce sujet. De toute évidence deux camps existaient, le premier était une alliance américano-colombienne favorable à la plus grande fermeté, le second une relation franco-vénézuélienne qui prônait la négociation. Au vu des événements d’hier soir, ce sont les partisans de la fermeté qui l’emportent. Mais la France n’a pas à rougir de ce qu’elle a tenté et ce même si elle ne comprenait que par un petit bout le fonctionnement des alliances et des rivalités dans l’aire géographique colombienne. Le Président Uribe assuré du soutien sans faille de toute la population contre les FARC et parce qu’il a des liens solides et incontournables avec les services américains (CIA, DEA), il ne pouvait pas se rallier à une coalition qui l’aurait placé, notamment, au contact régulier avec son ennemi de toujours, Hugo Chavez.
Nicolas Sarkozy, en devenant Président de la République avait fait savoir sa décision de reprendre en main l’affaire Betancourt là où Dominique de Villepin avait échoué en tentant de lancer une opération aéroportée. Le Président français ne réussit jamais à se rapprocher véritablement de son homologue colombien qui se vexait de toute cette effervescence élyséenne : ne rappelait-il pas le nombre de plusieurs centaines d’otages en jeu ? De leur côté les FARC connurent des coups durs, les plus sévères depuis leur fondation en 1964 : la mort, en 2008, de plusieurs de leurs leaders (p.e Manuel Marulanda) dont le numéro 1,Raul Reyes. Son successeur, Alfonso Cano, présenté comme la tête de file des modérés, a-t-il négocié ou subi la libération des otages ? C’est le mystère le plus complet.
Si l’on s’en tient à la voie française, celle de la négociation, il était proposé d’accueillir sur le sol national des FARC repentis et de proposer le paiement d’une rançon. Choix pour le moins illogique : comment la France pouvait-elle recevoir des membres d’une organisation terroriste et envoyer nos soldats en Afghanistan contre les talibans également terroristes ?
De quel côté que l’on prenne l’option franco-vénézuélienne, celle-ci ne possédait pas de crédibilité et heurtait de front la Colombie. Le rôle d’Hugo Chavez était aussi douteux puisqu’il abrite une partie des effectifs des FARC à l’instar de l’Equateur. L’armée colombienne n’a pas hésité à lancer une opération sur le sol de ce pays pour bien faire comprendre qu’elle seule conduirait à terme cette libération tant attendue ; alors que la France voulait regrouper les puissances régionales.
L’autre acteur resté dans l’ombre étant les Etats-Unis. Les FARC s’enrichissent dans le commerce de la drogue et des armes. Pour Langley -cité dortoir de Washington et siège de la CIA - la disparition des FARC serait-elle une bonne opération ?Certainement pas, c’est chasse-gardée. L’existence d’une telle structure autorise les Américains à intervenir sur le sol sud-américain et à veiller au maintien de leur influence : c’est une plate-forme convenable pour eux.
La pression médiatique a-t-elle précipité la libération d’Ingrid Betancourt ? Ce sont plutôt les réalités géopolitiques qui l’emportent sur cette nouvelle qui devrait émouvoir les téléspectateurs et les internautes français plongés pour l'heure dans de sombres calculs (essence, nourriture, loyer, remboursement de crédit…etc) avant de partir ou pas en vacances.
Maintenant, d’autres questions surgiront. La bonne mine d’Ingrid Betancourt indique-t-elle une mise en scène ou une préparation ? Les photos précédentes montraient une captive les joues creuses, le corps presque décharné. Que s’est-il passé entre temps ? Le palais de l’Elysée prévoyait de faire un direct avant d’y renoncer pour proposer un discours enregistré : quel élément est-il intervenu ? Dernier point, la libération d’Ingrid Betancourt par l’armée colombienne épargne-t-elle à la France, le versement d’une grosse somme d’argent ?
La secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, Rama Yade, rappelle le rôle de la France et répète que « la pression internationale ça marche ». Elle avoue, pratiquement, que Nicolas Sarkozy faute d’être le Président libérateur sera celui qui accueillera l’amie du couple Villepin, Ingrid Betancourt.

©Jean Vinatier 2008

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr


In Seriatim autour d’Ingrid Betancourt


http://seriatim1.blogspot.com/2007/12/bientt-en-tourne-farc-et-ingrid.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/03/farc-dans-la-grande-colombie.html

In Seriatim Amérique Latine :

http://seriatim1.blogspot.com/2008/04/fernando-lugo-de-lautel-la-prsidence-du.html
http://seriatim1.blogspot.com/2008/05/bolivie-el-4-de-mayo.html

mardi 4 mars 2008

FARC dans la Grande Colombie N°153 - 1ere année

L’Equateur, le Venezuela et la Colombie sont dans une dispute complète. Entre les trois, les FARC et leurs otages dont Ingrid Betancourt.
La tension est montée d’un cran lorsque l’armée colombienne opéra sur le sol équatorien et tua le numéro 2 des Farc, Raul Reyes. Le Président Rafaele Correa décida l’envoi de troupes à la frontière. Hugo Chavez, dont le pays abrite une partie des FARC qu’il ne considère pas comme des terroristes, se joint à l’Equateur.
« Les FARC et l’ELN ne sont nullement des corps terroristes, ce sont des armées, de véritables armées qui occupent un espace en Colombie... Ce sont des forces insurgées qui ont un projet politique, qui ont un projet bolivarien qui, ici, est respecté», estime-t-il lors de son message annuel à la nation prononcé à la tribune de l’Assemblée nationale vénézuélienne.
Le mot clef est « bolivarien ». Il faut faire un retour historique. Simon Bolivar fonda, au sortir des guerres d’indépendance contre l’Espagne de Ferdinand VII, la Grande Colombie laquelle regrouperait aujourd’hui, les Etats suivants : Venezuela, Colombie, Equateur, Panama. L’ouvrage de Simon Bolivar se résista pas à sa mort en 1830. Mais, il reste dans l’idéal des hommes politiques de ces pays et plus particulièrement du Venezuela. Signalons, au passage, que les FARC, nées en 1964, sont totalement dans cet espace géographique.
Qu’est-ce que le bolivarisme ? Un projet politique axé sur la justice sociale, la liberté et l’égalité des droits. Il sert aussi de discours de rassemblement des peuples dominés d’Amérique Latine. Hugo Chavez ne fait jamais mystère de son ambition et de la main tendue aux autres peuples contre la corruption et l’injustice. Sur ce point, les FARC seraient-elles aussi, « bolivaristes » ? On comprend mieux le soin pris par Hugo Chavez à « couvrir » les leaders de ce mouvement colombien .
La Colombie, est le seul état, suffisamment fort comparé au Panama et à l’Equateur, pour contrer le projet de Chavez. Les Etats-Unis s’appuient sur le Président Uribe et ensemble accusent le Venezuela de devenir un grand centre de trafic de cocaïne vers l’Europe et les autres continents. Quelques années plus tôt, Washington soupçonnait Uribe de soutenir le cartel de Medellin et d‘avoir une relation avec Pablo Escobar. Or, le plus grand producteur de cocaïne et un important consommateur de cette substance au monde n’est pas le Venezuela mais la Colombie. Les Etats-Unis restent le plus important consommateur de drogues de la planète et n’ont jamais agi contre les institutions financières impliquées dans le blanchiment d’argent en provenance du trafic de drogue. Nous sommes dans le plus parfait cynisme !
De son côté, le Président du Nicaragua Daniel Ortega met en garde contre le danger représenté par l’actuelle campagne destinée à lier le Venezuela au trafic de drogue. « Les Etats-Unis sont en train d’utiliser le territoire colombien […]. Il s’agit d’un pays qui est militairement occupé par les Etats-Unis, pour essayer de détruire cet espace qui est en train de s’ouvrir en Amérique latine [….] Nous espérons que le peuple colombien pourra freiner l’attitude de son gouvernement afin qu’il ne commette pas la folie de provoquer une confrontation»¹
Dans ce contexte, les FARC ont beau jeu de se définir comme un mouvement politico-militaire usant du juste droit à la rébellion contre un Etat qui pratique une démocratie de façade. Mais, Hugo Chavez n’obtient pas, en janvier 2008, de la France (hésitante?), l’Allemagne, Washington, l’Union européenne que les FARC ne soient plus considérées comme des terroristes.
Quand le Président Nicolas Sarkozy s’empara du dossier Betancourt, avait-il tous les éléments géopolitiques entre ses mains ou bien obéissait-il à sa seule envie de devenir le libérateur de cette femme franco-colombienne ?
A priori, Hugo Chavez a les cartes pour faire fléchir les FARC mais cela suppose de la part de Paris un soutien plus entier aux projets politiques vénézuéliens lesquels dépassent largement ses frontières. On n’imagine, pas non plus les Etats-unis, en guerre contre Hugo Chavez, encourager la France.
Le dossier Betancourt n’est donc non pas bloqué mais plein de tiroirs et d’embûches. Les pays d’Amérique Latine, dont beaucoup sont à gauche, contestent au Venezuela, l’exclusive du bolivarisme et ont une approche de la lutte contre les inégalités moins belliciste d’une part, et prônent, d’autre part, entre eux l’union plutôt que la confrontation.
Le Président Uribe a de toute manière tout le peuple colombien à ses côtés, surtout lorsqu’il lui annonce la mort d’un des chefs des FARC.
Drogue et bolivarisme forment un cocktail inédit dans la géopolitique moderne.

©Jean Vinatier 2008

Commentaires : Si vous n’avez pas de compte Gmail, et pour éviter le noreply-comment veuillez envoyer vos commentaires à :
jv3@free.fr

Source :

1-El Nuevo Herald, « Chávez : EEUU propicia conflicto armado Colombia-Venezuela », 26 de enero de 2008.

mercredi 19 décembre 2007

Bientôt en tournée : Farc et Ingrid Betancourt? N°100 - 1ere année

Assez bêtement, nous pensions que la publicité autour de l’idylle Sarkozy/Bruni (ira-t-elle en Afghanistan ?¹) devait seulement faire oublier la semaine agitée aux côtés du colonel Kadhafi alors que nos regards auraient dû se tourner vers la forêt amazonienne. Les Andes et Eurodisnay : Sarkozy Entertainment est sur tous les fronts !
Lors de son récent déplacement en Argentine, François Fillon a rencontré le président colombien, Alvaro Uribe pour convenir, notamment, de la mise en scène de la libération d’Ingrid Betancourt.
Quel serait le deal officiel ? La France et quelques pays européens accueilleraient 500 combattants des FARC libérés des prisons colombiennes en échange de quoi 45 otages détenus par cette organisation paramilitaire seraient rendus aux autorités de leurs pays.
Quel est le deal officieux ? On n’imagine pas que cette soudaine acceptation tant de la part du chef des FARC², Manuel Maulanda Velez, surnommé Tir précis (tirofijo), que du président colombien soit la conséquence du seul verbe sarkozien. Non, redescendons sur terre. Il y aura forcément des contreparties financières et du matériel militaire dans la corbeille de libération à la fois des 45 otages et de la migration de 500 combattants des FARC en Europe. Que vient de dire le président Uribe depuis Bogota:
«Pour les guérilleros qui libèreraient les otages, je pense à ceux qui s'occupent d'Ingrid Betancourt par exemple, s'ils se démobilisent et libèrent Mme Betancourt, et bien nous allons les récompenser, nous allons obtenir une protection juridique et je propose donc un fonds de 100 millions de dollars pour ces personnes » ! Le commentaire présidentiel est un pavé dans une marre que Paris aimerait laisser sans trouble. Uribe ne dit-il pas le montant de la somme que l’on est disposé à verser ? La France, seule avec d’autres pays ?
Si le calvaire des otages se termine sous quelques jours, réjouissons-nous ! Mais le problème ne se situe pas à ce niveau, il l’est sur l’impact qu’aurait une libération sous ces conditions. Ne vient-on pas avouer une négociation en faveur des seuls FARC ? Fera-t-on de même à l’égard d’autres groupes rebelles, terroristes ? Nos démocraties n’ouvrent-elles pas des portes dangereuses ? Si la libération des otages est une finalité à laquelle on doit aboutir, les moyens et, surtout, l’empressement ne peuvent pas être sans conséquence.
L’envie irrésistible du président Sarkozy d’emporter une victoire là où son prédécesseur Villepin échoua piteusement suffit-elle à avaliser toutes les méthodes ? Souvenons-nous du dossier des infirmières Bulgares. Quel fut le résultat ? Une semaine à Paris du Guide libyen, la signature des vrais/faux contrats pour dix milliards d’euros (en réalité, 300 millions).
Que retirerons-nous de cette libération, exception faite de la joie véritable à regarder Ingrid Betancourt parmi les siens ? Pour le président, héros de sa propre série, l’ego prendra du volume. Pour nous, le gros chèque et les armes à destination andine. Pour les présidents bolivien et vénézuélien toujours en concurrence, un exercice de vanité. Pour les FARC, une renommée requinquée.
En résumé, Nicolas Sarkozy prend goût à aller dans les territoires rebelles et pour des femmes…le héros est preux ! Les michu applaudiront.
On reste dubitatif et inquiet. On rétorquera qu’avant Sarkozy, on convenait d’arrangements dans la plus grande discrétion ; aujourd’hui, la caméra est quasiment là. Et alors, en quoi avons-nous progressé ? Nous sommes pleinement dans une société du moment présent, celui du moment T, ni en deçà, ni au-delà. Les téléspectateurs n’auront à retenir qu’une chose, la libération des 45 otages. Après quoi, on passera à un autre épisode de la série ou bien à une autre. Ni plus, ni moins.

©copyright Jean Vinatier 2007
Liens :

1-
http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2007/12/carlo-bruni-bie.html

2-
http://fr.wikipedia.org/wiki/FARC : Les FARC se définissent comme un groupe politico-militaire marxiste-léniniste d'inspiration bolivarienne. Ils déclarent représenter les pauvres du monde rural contre les classes riches de la Colombie et s'opposent à l'influence des États-Unis en Colombie, à la privatisation de l'exploitation des ressources naturelles, aux multinationales et aux groupes paramilitaires d'extrême droite. Ils se financent à l'aide d'une multitude d'activités incluant la prise d'otages (1 600 estimés), l'extorsion, le détournement et la participation directe ou indirecte au marché de la drogue. Cette drogue est en partie vendue au Etats-Unis.