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vendredi 31 août 2007

Diana, la princesse morte N°22 - 1ere année

La Reine assistera, demain, à l’office religieux en mémoire de son ex belle-fille. France2 diffusera en direct la cérémonie à l’instar de toutes les grandes chaînes mondiales. Les libraires sortiront des tas d’ouvrages sur la princesse de Galles : confidences des domestiques, des amis, des amis d’amis, des journalistes intimes et ainsi de suite.
Ce déferlement n’atteindra pas celui que nous connûmes en septembre 1997. On a en mémoire les millions de gens hébétés, renversés, anéantis à deux doigts de renverser leur souveraine sous le prétexte que la dynastie ne regagnait pas Londres prestement. Le film «
The Queen » rend fort bien cette étrange atmosphère qui effraierait l’homme censé à l’égard de toute masse humaine. Les études menées autour de la psychologie des foules montrent sa rapidité de basculement, son infantilisme mais aussi sa volonté de réappropriation de l’idole. Jusqu’au XVIIe siècle, les Romains se jetaient littéralement sur le corps du souverain pontife décédé. Les chairs étaient par endroit ôtées. Qu’on ne croit pas un instant que ce comportement jugé barbare par certains contemporains d’alors ne retrouverait pas toute sa vigueur au XXIe siècle ! Les Rois de France étaient exposés en effigie d’apparat à Saint-Denis aux côtés de leur gisant respectif. On imagine sans peine l’atmosphère qui saisissait tout visiteur. Le cortège funèbre accompagnant le souverain à la basilique plaçait avant le catafalque l’effigie pour permettre l’adoration du peuple. Cet usage cessa pour Henri IV ou Louis XIII. La Révolution détruisit tout dans la basilique.
Quel rapport entre ces faits historiques et l’onde de choc qui saisit la planète toute entière bien relayée par les médias ? La permanence de l’idolâtrie.
En relisant la vie de cette noble anglaise, il faut bien garder à l’esprit son évolution physique : gamine en 1981, et progressivement sa métamorphose en star royale au fur et à mesure que sa vie conjugale se détériorait. Cherchait-elle par cette transformation à vivre dans un monde idéal, un Second Life avant la lettre? Son engagement pour des causes humanitaires procéderait-il également de ce besoin ? Première princesse à serrer la main d’un malade du sida, à engager son nom pour dénoncer les mines anti-personnelles, son action n’était pas seulement artificielle. Elle avait à cœur de donner le sentiment aux gens, à travers cette nouvelle apparence, de les atteindre, de les toucher. Sur ce point, elle a réussi au-delà de toutes ses espérances. Quant à ses amours, point n’est besoin d’être grand clerc pour y voir une tentative de récupération de Charles, avant et après le divorce. Ses enfants qu’elle adorait étaient l’ultime espoir de renouer avec l’idée de couple. Nous sommes bien éloignés de la dimension historique. Son union avec l’héritier de la plus prestigieuse des couronnes tourna au vaudeville, à la comédie de mœurs publiques dont le dernier acte faillit engendrer des troubles sévères.
Dix ans après, Diana est bien la princesse morte. Elle est entrée dans les souvenirs des badauds, des lecteurs de la presse people, des retombées financières des éditeurs. Une vente aux enchères de ses robes sur E-bay ne rencontra pas le succès escompté. L’édification d’un temple à sa gloire dans le parc du château de ses ancêtres ne donne plus lieu au pèlerinage prévu. Laissons Lady Spencer reposer en paix.
JV©2007

jeudi 30 août 2007

Un nouveau Turc N°21 - 1ere année

Abdullah Gül, le leader de l’AKP (parti turco-islamiste) est le nouveau Président de la République. Les craintes liées à l’influence de l’idéologie islamique, régulièrement répétées, dans de nombreux médias, sont largement surestimées. Le parti AKP tire son succès d’une popularité dans les campagnes anatoliennes et parmi les nouvelles classes urbanisées. Le tort serait de ne voir dans cette élection qu’une défaite du kémalisme alors que nous regardons la Turquie prendre un envol intéressant. Il faut le réécrire, ici, la Turquie n’a jamais été fanatique ni sous Mustafa Kemal, ni sous les Ottomans. La naissance de la Turquie sur les décombres de l’empire en 1922 et selon le modèle pensé par Kemal voulait la singulariser par rapport au monde arabe et aux puissances européennes qui avaient tiré de l’empire trop de profits. Les alliances très intimes avec les Etats-Unis et Israël entrent dans le cadre d’une stratégie réfléchie alliant le besoin de contrebalancer les ambitions soviétiques (à l'époque) d’une part, de garder une seconde porte sur l’Orient. L’implication d‘Ankara dans l’OTAN ainsi que dans les structures européennes depuis des décennies indique parfaitement la dimension géopolitique que cette nation entend être: une correspondance stratégique entre l’Union et l’Asie. Les longs débats autour de l’arrivée ou pas de ce pays dans l’Union ravive des débats anciens, démodés et pour la plupart sans fondement réel. Il revient surtout à l’Union européenne de dire clairement ce qu'elle en attend? Pourquoi elle veut la Turquie? Quelle est sa stratégie? Quelle est son ambition, sa pensée sur le long terme ? Pour l’heure c’est un silence assourdissant qui laisse l’éternel disque ânonner les USA militent pour Ankara donc les Américains veulent nuire à notre continent. L’important c’est ce que nous voulons. Encore faut-il le dire à haute et intelligible voix. Nicolas Sarkozy en se montrant d’un coup plus favorable à la Turquie ne dit pas si c’est par adhésion à sa vue Atlantique ou bien sa propre vision. L’ambiguïté perdure. Ambiguïté malheureuse quand les nouvelles élites turques ne masquent plus leur impatience de commencer une seconde phase de leur histoire moderne. La victoire d’Abdullah Gül, chef d’un parti largement victorieux aux élections législatives de juillet n’est pas un incident ou un dérapage mais bel et bien un mouvement de fond. Les paysans turcs ne sont pas religieux mais pratiquants, les citadins craignent par-dessus tout le retour des militaires et la malfaisance des extrémistes. L’armée, justement, ne constitue plus ce bloc monolithique. Elle connaît à l’instar des « civils » une évolution. Elle peine à l’admettre mais elle ne l’entrave pas. L’hostilité à l’invasion de la Mésopotamie est un exemple en ce sens qu’elle tient compte des soupçons à l’endroit du poids Américain.
Le mandat du Président Gül débute une nouvelle ère pour son pays : puissance régionale n’oubliant pas ce qu’elle est historiquement. Le problème Kurde trouvera sa solution quand l’Orient se déterminera. La Turquie s'imagine une puissance de liaison entre l’Europe et l’Asie, une puissance de contre-poids devant la Russie. Pour conclure, la Turquie a l’avantage précieux de nous forcer à être, pour les Turcs l’envie de se développer harmonieusement.

mercredi 29 août 2007

Nicolas Sarkozy avers et revers en diplomatie N°20 - 1ere année

Si les ambassadeurs s'assoupissaient lors de la conférence annuelle à l'Elysée durant les dernières années du mandat de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy se charge, aujourd'hui, de les secouer dans tous les sens. L'énergie et le ton ferme sont de bons éléments. Nulle surprise devant le flot de propositions. Le Président tape dans la fourmillière. Les mots sur l'Europe unie, sur la tranformation du G8 en G13 relèvent du bon sens. Le seul point qui enraye l'ensemble du propos est la répétition de l'expression « ami des Etats-Unis ».
Nicolas Sarkozy lie l'émergence d'une Europe renouvelée à l'amitié avec Washington. Notons d'abord que le fait de coller un projet politique à cette amitié nécessaire suppose que nous ne sommes pas en état de naître par nous-mêmes, de vivre par nous-mêmes, de faire par nous-mêmes et, in fine, nous place dans un rapport de force malheureux. La diplomatie sarkozienne en Mésopotamie, en Perse, en Libye, demain au Darfour déplace la France sous l'ombre du drapeau étoilé. L'hostilité régulière envers la Russie, est un autre exemple. L'Elysée nous dirige vers le conformisme ambiant au lieu de nous en prémunir. C'est d'autant plus étrange que l'Union européenne , même en râlant, sait, maintenant, que ses relations avec l'Amérique ne seront plus les mêmes. Le monde multipolaire implique une modification des habitudes et des vues. L'Europe a le plus grand besoin de nations décisives et de poids historiquement parlant au lieu d'Etats atermoyants. Le nouveau pouvoir élyséen s'empêtre, peut-être, tant la communication prend le pas sur tout ordre de pensée à long terme.
La suggestion de proposer le passage du G8 au G13 offre le paradoxe de ce gouvernement. D'un côté il se soumet, de l'autre, il demande un boulversement directement lié à l'état présent de la planète. L'Inde, la Chine, le Brésil, l'Afrique du Sud sont des pays injustement écartés. Il en est de même de la plupart des présidences des institutions internationales. Nicolas Sarkozy a raison tout en se liant les mains.
Cette première conférence des ambassadeurs montre la fraicheur du pouvoir en ce sens qu'elle ne dissimule pas son incertitude, sa contradiction. Elle met en avant la personnalité complexe du chef de l'Etat qui tente de s'élever. On sent l'outil diplomatique encore dans le garage, l'hésitation entre la conduite automatique et la conduite accompagnée. Bernard Kouchner est-il le mécanicien adéquat? Nicolas Sarkozy en doute presque. Et que veut-il exactement? Le Président a davantage posé des interrogations qu'avancé une vue originale. Il lui faudra choisir. Choisir c'est être.

mardi 28 août 2007

Un roi embarrassé Albert II de Belgique N°19 - 1ere année

Le dirigeant chrétien-démocrate flamand, Yves Leterme a demandé au roi de reconnaître son incapacité à former le gouvernement. Une crise de plus ou bien le début de l’irréversible ? Le 25 août, Alexandre Adler lâchait dans le Figaro le grand jeu, promettant la disparition du royaume de Belgique, sa partition, république flamande d’un côté, de l’autre, la Wallonie demandant à rejoindre le territoire français. Nicolas Sarkozy s’ajouterait donc un titre de gloire supplémentaire celui d’agrandisseur. Le fait est là, le problème belge existe depuis que les puissances européennes décidèrent sa fondation en 1830 quand les anciens Pays-Bas renvoyèrent le monarque néerlandais. La Belgique vit aussi depuis que la fille et héritière de Louis de Male, comte de Flandre, Marguerite III s’unit au capétien Philippe II le Hardi duc de Bourgogne en 1369. La première architecture pré-étatique date de cette époque quand les ducs entreprirent de lier toutes leurs possessions qui allaient de la Franche-comté au nord de l’actuelle Hollande. Bourgogne et Flandre furent les deux piliers de cette aventure dynastique qui s’acheva par la mort de Charles le Téméraire sous les murs de Nancy en janvier 1477. Les siècles suivants jusqu’à 1830 placèrent cette terre belge au centre non seulement des batailles mais des marchandages territoriaux. Et c’est bien la Flandre l’enjeu via le port d’Anvers. Terre marchande, commerçante, financière, elle était un joyau devant lequel la Wallonie faisait figure de parent pauvre. La révolution industrielle renversa radicalement la faveur. Les années 50 favorisèrent à nouveau la Flandre. Son mouvement nationaliste commencé à la fin du XIXe siècle contre leurs élites appelées les Fransquillons (petits français) ne cessa pas de grandir au risque de collaboration avec l’occupant Allemand en 1914, en 1940. La construction européenne ne ralentit pas les tensions entre les deux communautés. Le royaume déploya des trésors d’ingéniosité dont l’origine venait autant de leaders flamands que wallons. En 2007, la machine à idée se grippe : que faire ? Les sondages disent que 70¨% des habitants ne sont pas inquiets, les jeunes surtout, que la partition n’est pas à l’ordre du jour. La Flandre ne comptant pas rejoindre le royaume des Provinces-Unies, certains pensent à une république. Très bien, qu’en pense l’Union européenne ? Les traités autorisent-ils une communauté d’un Etat souverain à faire sécession ? Les rédacteurs des traités depuis une cinquantaine d’années veillent à la règle de l’intangibilité des frontières, de l’intégrité des Etats. Ils posent ainsi l’ancienne question de la légitimité c’est-à-dire du droit que des générations de penseurs narrèrent. On rejoint ainsi les principes d’un Vergennes, de son disciple Talleyrand. La fin sanglante de la Yougoslavie montre le danger à laisser croître une gangrène. Fera-t-on appel à Washington pour solutionner le problème ? La Yougoslavie ne faisait pas partie de l’Union, la Belgique en est le membre fondateur. Le roi Albert II garde par-devers lui la meilleure des cartes, son principe. L’Union ne peut pas attendre. La Belgique est en quelque sorte, l’Europe. Le royaume exprime des problèmes anciens, modernes et à venir de notre continent. L’embarras du roi Albert II est donc celui de nous tous, c’est un principe.

lundi 27 août 2007

La gauche fauchée... N°18 - 1ere année

Le vent de mai dernier souffle toujours parmi la gauche, toute la gauche. La LCR se saborde pour choisir un autre nom qui lui permettrait d’avaler au-delà de ses rangs habituels, le PS occupe la fin d’été par du people, François et Ségolène se séparent, François a une aventure avec une journaliste. Ségolène affirme qu’elle a mûri alors que les caciques sonnent du cor : Marie-Noëlle Lienemann, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Bertrand Delanoë. Sous le charme sarkozien, les socialistes happés consentants ajoutent d’autres critiques : Bernard Kouchner, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn.
Une page de l’histoire de la gauche se tourne, un livre ouvert cent ans plus tôt rentre sur le rayonnage de la bibliothèque. Mais quelle gauche naîtra? En face, l’UMP et les centristes aimantés paraissent un bloc impénétrable. Verrons-nous une gauche divisée en deux, l’une se déclarant social-démocrate, l’autre socialiste révolutionnaire ? Le PS implosera-t-il ou François Hollande parvenant à illusionner les adhérents le maintiendra-t-il coûte que coûte uni ? Ce parti ne peut plus faire l’impasse d’une énième manœuvre, il doit, enfin, se redéfinir, élire de nouveaux chefs. Ségolène Royal repartie en campagne juge naturel son poste de premier secrétaire, Dominique Strauss-Khan, qu’il soit ou non le patron du FMI, saura avoir une ambition similaire. Hormis la question des leaders, c’est, non seulement, toute la crédibilité de la gauche qui est en jeu mais aussi la raison d’être d’une opposition dans une démocratie vivante, réactive. La prolongation soit des atermoiements, soit des combinaisons augmentera la capacité du parti au pouvoir, discréditera le sens même d’une force d’équilibre face à un gouvernement qui tire toute sa puissance de la conviction de sa communication.
L’extrême gauche (LCR) devance le PS et le PC pour le mouvement. Besancenot comprend d’abord, l’opportunité à ramasser les déçus de cette gauche qu’il exècre, à réformer, ensuite, le discours. La LCR observait depuis longtemps l’instant pour donner les coups de pattes.
Le PC, en totale déconfiture, bien qu’il se targue du nombre de députés élus ou réélus, estime qu’il récupérerait bien un paquet non négligeable d’adhérents ou sympathisants socialistes. La rue de Solferino relève donc les attaques de tous les côtés. Or, le dilemme socialiste est leur impossibilité à se diviser en deux avec un nom presque commun. Il arrive de penser que les zizanies, les éléphants et les lionceaux conduiraient à un échouage bienheureux pour construire un nouveau navire. Mais voilà, la parti essentiel de la gauche se lie les mains, les pieds mais pas la voix faute d’oser franchir un Rubicon idéologique que les Français ne désavoueraient pas.

La gauche entière est dépourvue de programme. Sa parfaite inadaptation durant les cent premiers jours de la présidence de Sarkozy apporte la preuve de son manque d’outils, de troupes, d’états-majors. Pour une partie de la gauche fauchée, il ne demeure que le théâtre des ombres. C’est peu devant la période politique agitée qui s’ouvre. On est même proche de l’irresponsabilité démocratique.

vendredi 24 août 2007

Sarkozy devant l'Afrique N°17 - 1ere année

La molestation des policiers français à leur arrivée en Guinée le 16 août par la population et sous les yeux de leurs homologues montre l’extrême sensibilité des relations entre Paris et ce continent.
Bien sûr, il ne s’agit que d’un fait divers : des policiers raccompagnent des expulsés. Brice Hortefeux, ministre de l’identité nationale exhorte aux sévérités ascendantes contre les clandestins, fixe des objectifs élevés à la police. Nous sommes dans le comportement classique d’un Etat qui veut réguler le nombre d’illégaux quoique nous soyons bien en retrait de pays comme, l’Italie ou l’Espagne qui renvoie à tour de bras : 280 000 l’année dernière.Nicolas Sarkozy se fait le chantre de l’Eurafrique. Son discours de Dakar devait renouer des liens forts entre Paris et les Africains. Le moins qu’on puisse dire est que le ton employé, les phrases exprimées produisirent un effet inverse : le nouveau Chef de l’Etat laissa paraître un goût pour la période coloniale. L’homme de la rupture installé à l’Elysée, passa son premier coup de fil à Omar Bongo voilà pour l’Afrique noire, adressa des compliment à Ben Ali, voilà pour l’Afrique du Maghreb. En deux mouvements Nicolas Sarkozy a envoyé un signal très clair aux hommes d’affaires et aux différents leaders africains qui tyrannisent et pillent les ressources nationales depuis des décennies. Je me souviens très bien des propos que me tenait un Africain à Harlem lequel me vouait aux gémonies pour tous les drames que nous avions tolérés depuis les indépendances. Il avait une vingtaine d’années. Le reproche général fait à l’Etat français est, effectivement, de protéger les pires dictateurs, d’accueillir au sein des principales institutions francophones les familles ou clans de tel ou tel ancien Président, de clore les portes à un véritable partenariat universitaire, de tenir encore en propriété des ports, des terrains sur lesquels sont les palais nationaux d’où le loyer. On pourrait dresser une liste abondante mais l’intérêt principal revient à écrire le manque total d’une pensée politique à l’égard de l’Afrique, continent où se côtoie un nombre élevé de langues, dialectes, ethnies. Qu’on le veuille ou pas, l’Afrique est plurielle, les Africains également. L’histoire toute orale qui rapporte l’antiquité de ce continent est à la fois fragile et sa caractéristique.
Le tort de Nicolas Sarkozy tient dans une ignorance remarquable de l’histoire quel que soit le pays, de considérer la baraka comme un atout sensé, de faire de la com en vantant son produit. Un one man show ne pallie pas à l’essentiel pour un chef d’Etat : pensées, réflexions, avenir, audace. Son idée Eurafrique, encore brouillonne, survient dans un contexte particulier où nous voyons l’Afrique redevenir le centre d’intérêts vitaux. Je le rappelais hier dans « Puissance cherche QG en Afrique ». On ne sait absolument pas si l’Eurafrique a pour objectif de nous lier à telle ou telle puissance en action sur ce continent ou bien s’il s’agit d’une volonté européenne ? A l’égard des populations africaines notre image est désastreuse –les Chinois sont pires que nous et les Américains très séducteurs -. Les inclinations naturelles de Nicolas Sarkozy mettent en avant l’idée de collaborer plus en avant avec Washington tout comme nous le faisons pour la question mésopotamienne via l’appel à l’ONU. Dans cette vue, parle-t-on encore d’une considération pour l’Afrique ? Evidemment pas. Les Africains ont des torts immenses quoiqu’il soit très difficiles pour des peuples souvent séparés par des frontières nées du colonialisme de révolutionner leur Etat.

jeudi 23 août 2007

Puissance cherche QG en Afrique N°16 - 1ere année

Le Pentagone est en quête d'un candidat africain pour installer son commandement régional pour l'Afrique. Actuellement l’AFRICOM est en Europe. Pour aboutir, Washington compte sur l’édition 2007 de Flintlock (fusil à pierre) menée avec les contingents de 13 pays (Mali, Algérie, Tchad, Mauritanie, Maroc, Niger, Nigeria, Sénégal, Tunisie, Burkina Faso, France, Pays-Bas et Royaume-Uni). Quel est le but ? Sécuriser le Sahel, ce long couloir entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne où des terroristes de tout bord tentent de s'incruster. La Mauritanie organise, déjà, des manœuvres militaires avec les Américains dans la région du Hodh Charghi, dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue et de la surveillance des frontières. Cette région de l’est mauritanien se situe dans la zone dite du triangle de la mort où sévissent des groupes armés parmi lesquels le GSPC, autoproclamé branche Al-Quaïda du Maghreb.
Washington pensait assez justement que le choix d’un QG ne poserait pas de handicap au vu des manœuvres militaires pour « planifier et exécuter les systèmes de commandement, de contrôle et des communications en soutien aux opérations humanitaires, de maintien de la paix et de secours aux désastres dans l'avenir ».
Le Maroc s’est porté candidat. Rabat a soulevé l’ire de ses voisins dont l’Algérie qui s’est fortement prononcée contre une base US sur son sol. L’Ethiopie, alliée complet américain, répond par la négative en qualité de pays accueillant sur son sol le siége de l’OUA.
Le Pentagone tient à trouver un lieu en concordance avec l’idée du nouvel axe appelé Grand nouvel Orient dont le départ se situe précisément sur la partie Atlantique de l’Afrique et l’arrivée en Afghanistan pour éviter de dire la frontière chinoise. Deux buts sont donc poursuivis : montrer à l’opinion internationale que la lutte contre la terreur (ici le terrorisme transsaharien) n’est pas un vain mot, attirer l’attention chinoise –nation la plus entreprenante en Afrique – sur une frontière à ne pas franchir. Le contrôle des sources énergétiques dont le pétrole formeront, hélas pour les populations, de potentiels champs de bataille. Un troisième but le maintien d’un certain désordre comme en Somalie où la terreur le dispute aux intérêts pétrolifères sans oublier le Darfour où les querelles ethnico-religieuses taisent le jeu de certaines grandes puissances mondiales.
La Libye étant sujette à caution, les USA misent sur le Mali et la Mauritanie pour s’établir. Le premier a l’avantage d’avoir rompu tout lien militaire avec la France, la seconde de jouir d’une situation géographique sensible pour accréditer le combat contre Al-Quaïda et entraîner une déstabilisation suffisante en direction du Maghreb. Nouakchott et Bamako ont une position idéale. Cette implication très forte de l’appareil militaire américain indique la préparation de bien des conflits d’une part, un moment historique pour l’Afrique, une fois encore entre les mains fébriles de forces qui ne voient dans ce continent qu’une assurance de subsistance pour leur population respective. Dans ce cadre, on s’étonne de la discrétion française sur ce point. Il y a pourtant des enjeux autant humains qu’économiques.

mercredi 22 août 2007

Peine toujours plus? N°15 - 1ere année

L’opinion publique est toujours redoutable quand elle croit voir dans une défaillance de la justice une raison de sa crainte, de sa peur. Francis Evrard, délinquant sexuel récidiviste, auteur du dernier forfait contre un enfant ne se prive pas d’abonder dans le sens de la colère populaire. Il en rajoute. Le personnage sait ce qu’il fait, il n’en est que plus odieux.
Le Président de la République toujours sur le devant de la scène et en permanence constamment fidèle à toutes les promesses faites pendant la campagne enfonce le clou en proposant une série de mesures pour parer à la non-répétition de cette triste affaire. L’objectif est louable. Il n’empêche que le pouvoir ouvre avec une certaine vitesse la porte à des développements inquiétants. Je pense en premier lieu à l’hôpital fermé. Le détenu (délinquant sexuel) sa peine accomplie ne serait pas rendue à la liberté mais placé – après avis d’un conseil de médecins – dans un hôpital clos. Ne nous cachons pas, le détenu débuterait une seconde peine sans en connaître, semble-t-il, la durée. C’est gravissime. On voit bien que le choix du nom, hôpital fermé est une habileté de langage pour ne pas prêter le flanc à une déviation des principes qui veulent qu’une fois la peine réalisée, le détenu redevienne un citoyen. Le second point tient dans la borne de cette idée d’hôpital fermé : aujourd’hui réservé aux délinquants sexuels, demain étendu à d’autres catégories. Le troisième point tient dans l’observation qu’une fois de plus au lieu de proposer une solution normale, le pouvoir exécutif tient à marquer la nation : en jouant sur ses bons sentiments il l’amène à entériner des choix dangereux pour le futur. Rappelons-nous la prise ADN réservée, au début, aux seuls terroristes, désormais étendue à une ample chaîne d’infractions qui va pratiquement jusqu’aux voleurs de pommes ! Les lois Perben II ont franchi un pas que le Président Sarkozy n’entend pas effacer.
L’affaire Francis Evrard se déroule donc dans un contexte particulier où l’obsession sécuritaire aveugle les justes mesures. Le vice premier est de faire croire à la population qu’on ne peut résoudre tel ou tel point que par une régression de la liberté, des principes fondamentaux. Sous couvert d’une émotion légitime – et l’on pense aux parents du petit Enis – s’enclenche une action politique bien précise complètement assumée. Rapport de force et répression au lieu de la réforme profonde sont, en cette heure, les seules maximes gouvernementales. Cette façon d’en imposer aux citoyens est, à terme, néfaste. On s’apercevra de la permanence de la défaillance en dépit de tout ce qui est dit aujourd’hui. On n’aura donc ajouté qu'une lourdeur administrative et une réduction de la justice bien loin du bon sens qui aurait dû guider un gouvernement responsable.

mardi 21 août 2007

Un dernier whisky à Bassora N°14 - 1ere année

Au sud de la Mésopotamie les soldats britanniques préparent leur paquetage de retour. Au nord le commandant en chef US David Petraeus relit son rapport avant de le présenter à l’empereur du Potomac et au Sénat. Entre les deux, Bernard Kouchner a commis deux petits pas dans Bagdad pour dire un message identique en tout point à celui qu’il prononçait à Beyrouth : réconciliez-vous ! Voilà un homme assuré de revenir en entier. Evidemment, presque en annexe le peuple verse des larmes de sang.
D’autres hommes pleurent, ce sont les Britanniques. En huit mois 43 des leurs ont été tués qui s’ajoutent aux 53 tombés depuis l’invasion en 2003. Leurs alliés US se plaignent ouvertement de leur manière de s’en aller. Le commandement anglais représenté par le major général Jonathan Shaw n’écoute pas du tout les récriminations tant leur tactique sur le terrain a fait l’objet d’une dénonciation virulente par les Américains. Le mois de novembre approche très rapidement dans les esprits des partisans de Moqtada Al Sadr lesquels parlent d’une grande victoire. Nous sommes dans la propagande quoiqu’elle nous renseigne sur le degré de fragilité de ce sud. Qui contrôlera le port ? L’état-major US déjà embarrassé dans sa mission n’envisage pas autrement que d’augmenter ses forces pour assurer une sécurité fragile jusqu’à la capitale. Ce n’est pas pour rien que les républicains demandent un rétablissement du service militaire. Hillary Clinton a protesté. Mais les démocrates finissant par agréer tout ce que désire la Maison Blanche, le courroux tient beaucoup pour de l’apparence si ce n’est pour une acceptation de fait.
En résumé le pouvoir américain, le Congrès noircissent l’événement en préparation pour deux raisons : la situation catastrophique laissée par les Anglais nécessite l’intervention et un engagement US encore plus grand ; leur départ et la catastrophe qui s’installe à Bassora, hors de tout contrôle, montrent que la pire des stratégies est de quitter la Mésopotamie. Et cerise sur le gâteau, la Perse se tient juste en face.
Gordon Brown, successeur bougon de Tony Blair, ne compte plus tellement sur une osmose Atlantique. Il tâtonne toujours dans son bureau. Sa nervosité apparaît. Il cherche un moyen politique de diminuer le rôle de son armée dans les défaites majeures presque publiques en Afghanistan, en Mésopotamie, champs de bataille que louangeait le cher Tony. La guerre contre la Terreur n’est décidément pas sa tasse de thé ; il ne la comprend plus et surtout, il ne la voit plus. Le prince Harry fut interdit de guerre, preuve que le royaume n’y croyait pas.
Le dernier whisky à Bassora a un goût singulier : il sent le sable. L’Union Jack flotte sans vigueur. Les Anglais à Bassora revoient un peu trop les fins d’empire, Indes en 1947, Suez en 1956, Hong Kong en 1997…etc.

lundi 20 août 2007

Après Wolfeboro, l'aube, le soir ou la nuit N°13 - 1ere année

La famille Sarkozy, Rachida Dati ont quitté Wolfeboro, ils retournent en France. Leurs hôtes, les Cromback et les Agostinelli sont émus. La presse française informée par l’Elysée qu’elle pouvait informer les Français sur les identités des amis du Président, elle lève nos interrogations estivales. Merci.
Nicolas Sarkozy se frotte les mains, il se presse, il se hâte, il fera la une de tous les journaux. Que se passera-t-il ? Le livre de Yasmina Reza,
L’aube, le soir ou la nuit, est placé sur les tables de chevet de dizaines de chroniqueurs. Certains l’ont lu, d’autres pas, les autres sont prêts au copier/coller. Les émissions littéraires sont en ligne de bataille. Les libraires corrigent les présentoirs. Aurons-nous un second Harry Potter ? Yasmina Reza revoit déjà son maquillage. Cette auteure connaît la gloire depuis le théâtre. Elle ne peut que s’amuser de la mise en scène sans oublier son aspect quelque peu vulgaire. Mais sa qualité de dramaturge l’avantage dans ce spectacle proche de la pièce de boulevard. Nicolas Sarkozy élément central de l’ouvrage en qualité de personnage romanesque de la campagne présidentielle n’a cure de tous les détails et médisances : l’essentiel est qu’il occupe le seul secteur où il n’était qu’anonyme : héros de roman. Et si par hasard L’aube, le soir ou la nuit, décrochait un prix littéraire, nous aurions un Chef de l’Etat au pinacle. Les trompettes de la renommée sont prêtes.
La communication présidentielle balaie en profondeur tout ce qui pourrait nous oublier de penser en « sarkozien » ou de deviner. Le rouleau compresseur fonctionne sans commettre de bévue. La rentrée automnale prolongera-t-elle l’état de grâce ? L’équipe présidentielle a veillé à désamorcer quelques bombes sociales : vont-elles se réenclencher ? Les Français le regardent toujours comme le bon devin national, assuré qu’il sera présent pour témoigner dans un maximum de faits. A cet égard, les communiqués officiels d’une grande diversité, traversent toutes les catégories sociales : pas un mort ou une chute de vélo n’échappe à la sagacité du moteur de recherche élyséen.
Je ne sais à quel moment le titre de l’ouvrage a été décidé car il offre un clin d’œil assez ironique sur le devenir du quinquennat : aube, soir, nuit. Une pièce en trois actes où ne figure pas le soleil d’Austerlitz…bigre!

samedi 18 août 2007

L'homme est son homme N°12 - 1ere année

« Faisons un rêve : les chercheurs en sciences humaines et les experts en sciences dites “dures” travailleraient la main dans la main, cette collaboration permettrait ainsi à l’intelligence collective d’accomplir enfin le grand bond que laisse espérer la construction technologique d’une nouvelle matrice culturelle et les intellectuels les y aideraient… Ce rêve, qui n’est pas un voeu pieux, est au centre d’un article très stimulant pour un esprit porté un tant soit peu sur le futur immédiat, intitulé “Nouvelle responsabilité des intellectuels” et publié dans Le Monde diplomatique (Août 2007). Il est signé de Pierre Lévy, directeur de la chaire de recherches en intelligence collective à l’université d’Ottawa et auteur il y a quelques années d’un ouvrage qui fit débat Cyberdémocratie. ».
L’extrait du blog de Pierre Assouline (
http://passouline.blog.lemonde.fr/) pousse très haut et sans prévenir les fameux intellectuels, spécificité nationale presque intraduisible dans les langues étrangères, que l’on pensait endormis pour toujours au terme d’un siècle de vie.
Le propos général de cet article tient plus à intellectualiser des travaux universitaires qu’à encourager l’émergence de nouveaux penseurs. Qu’est-ce qu’un penseur ? Qu’est-ce qui fait le penseur ? L’homme qui vit tout simplement, l’homme qui se pense, l’homme qui voit. Catégoriser le recrutement d’intellectuels chez « les chercheurs en sciences sociales, chez ceux qui travaillent sur les sciences de l’information et chez les passeurs d’héritages culturels » a le désavantage de rétrécir considérablement la libre pensée liée à un cursus universitaire seul habilité à valider l’intellectuel. Une porte garde son ouverture par une laide expression, « passeurs d’héritages culturels ». On y verrait facilement des animateurs des maisons de la culture.
Je pense important de bien faire la distinction entre une pensée universitaire – sans omettre les différences existantes au sein de toute « Sorbonne »- et une pensée hors champ institutionnel. A quel titre une université aurait le privilège de l’intellect ? Tous les professeurs ne sont pas des penseurs, beaucoup se résignent à la routine, à l’administratif de leur chaire. Tous les hommes ne sont évidemment pas des penseurs ou intellectuels. Mais tous les hommes ont le devoir de la transmission, ils sont pour leur génération des relayeurs.
Je crois aussi que les travaux autour de l’intelligence collective manquent de largeur en confondant les instruments techniques dits intelligents qui permettent à l’intellect de s’exprimer par le plus grand nombre avec l’intelligence individuelle, source incomparable autant que tout homme diffère de tout homme. La question ou les réflexions pourraient se diriger vers ces correspondances entre individu et technique collective.
Le propos de Pierre Assouline se termine par une heureuse nouvelle, les chercheurs en sciences humaines sont trop à l’étroit. Ils laissent aux nouveaux intellectuels c’est-à-dire à nous tous le soin de forcer les barrières. C’est là une sage philosophie bien qu’on y relève plus une prudence d’expression que de conviction. L’intelligence collective en ligne ferait-elle un bond en « travaillant sur le sens et non plus seulement sur les signes » ? L’intelligence collective en ligne est-elle si opposée au bons sens si j’ose dire terrestre ? C’est le bon sens, l’intuition, une cérébralité équilibrée et ouverte qui feront de demain une intelligence collective. Les moteurs de recherche ne sont que des outils où l’on met le savoir, la puissance. Ils ne sont cependant que des moyens. Ils ne sauraient se substituer à nos interrogations. Aiguiser notre intelligence oui mais point la bâillonner. L’intelligence collective en ligne signifie peu. L’homme est son homme. Il est sa matrice.

vendredi 17 août 2007

Bal à trois: Bagdad Téhéran Kaboul N°11 - 1ere année

Le vice-président américain catalogue les Gardiens de la Révolution (Perse) comme terroristes. Cette annonce fait applaudir dans le Kentucky à l’opposé de l’indifférence entière dans le nouvel Orient que les chiites et les sunnites formatent. Bagdad, entre les mains des chiites, se rapproche de la Perse via la construction d’un oléoduc tandis que le Président de la République islamique à Kaboul initie une relation avec Amine Karzai.
La Mésopotamie descend vers les enfers : les derniers attentats ont fait des centaines de victimes. Le gouvernement s’applique la méthode coué pour se convaincre de sa solidité. En face, les USA , après avoir conclu des contrats d’armement pour 20 milliards avec Riad , accordent, ce jour, 30 milliards d’aide militaire à Israël. En dehors de repartir les instruments de la terreur, la politique américaine avoue sans précaution tout ce qui fait son expression politique en Orient. La Syrie, elle-même, ne trouve pas la Perse si déplaisante. Et Ankara et Téhéran ne se gênent pas pour frapper les Kurdes ici et là.
Dans ce paysage passablement ensanglanté où le désordre le dispute à la gabegie, l’action diplomatique perse a une once de logique qui répond, de fait, à celle sunnite entreprise depuis l’Arabie saoudite. Si l’axe sunnite ne comprend que des Arabes, celui des chiites englobe aussi les Perses. Le fondamental religieux aurait-il donc le pas ? Cette action validerait-elle l’idée d’une guerre des religions ? En dépit de tout ce qui semblerait accréditer cette opinion, il n’y a aucune guerre de religion mais par le biais de la répartition géographique des chiites et des sunnites, c’est un équilibre qui s’ébauche. La division en trois de la Mésopotamie remet sur le plan historique le rôle assigné au Tigre et à l’Euphrate, une frontière entre le monde arabe et la civilisation perse. Les Ottomans le comprirent bien tout en réussissant à installer des dynasties dont l’une rapporta en 1739 le trône du paon, symbole de la majesté du Grand Moghol. Téhéran convient par réalisme de disposer un plan diplomatique qui la place au centre de ce nouvel Orient. L’accord avec Bagdad est un exemple, la visite en Afghanistan un second avec derrière l’enjeu territorial du Pakistan lequel ne sait plus s’il est indien ou pakistanais. L’Inde, l’Afghanistan, la Perse le mangeraient bien.
Ainsi, suppose-t-on une mise en œuvre importante d’une redisposition de cette partie d’Asie par les acteurs qui s’estiment majeurs. Cette Asie réorganisée sera plus impénétrable qu’auparavant et plus encore étrange à nos yeux. Autre point nullement écarté par la Perse, approcher via sa politique l’Inde et la Chine, deux forces montantes. Pour conclure, nous sommes face à une lente et irrémédiable retour dans l’Histoire.
Le bal à trois annonce des festivités qui ne cesseront pas de nous ébaubir.
Dernier détail, quelle ironie que de voir les fantoches placés par les Américains donner la main à une nation diabolisée par leur protecteur commun!

jeudi 16 août 2007

2007: les Indes N°10 - 1ere année

L’Inde accède à l’indépendance le 15 août 1947 amputée au nord du Pakistan occidental, à l’est du Pakistan oriental qui deviendra en 1971 le Bengladesh. Cette partition motivée par les Anglais au nom des guerres religieuses entre les musulmans et les Indous est l’ultime leg de sa domination. Gandhi lui-même ne parvint pas à infléchir cette stratégie. L’actualité nous montre que ce souci de la querelle tient toujours dans les raisonnements de quelques cercles anglo-américains.
Soixante ans après, l’Inde est la plus grande démocratie au monde (un milliard d’habitants) avec une femme comme Chef de l’Etat. Ce pays garde tout son secret en arrivant sur le devant de la scène. Ses civilisations successives toutes plus brillantes les unes que les autres, fascinérent les conquérants depuis Alexandre le Grand sans oublier les voyageurs, aventuriers, conquérants. Cette démocratie-continent jouit de la prévention des étrangers au vu des différentes castes et religions qui y prospèrent. Chaque Indien est un centre. A la différence de la Chine qui centralise tout, l’Inde affecte l’apparent enchevêtrement pour garder intact les caractères et les usages.
Puissance silencieuse mais point oublieuse de sa véritable frontière au nord avec l’Indus, aujourd’hui sous souveraineté pakistanaise. Ses points avec la Chine, le Népal, le Bhoutan et Myanmar (ex-Birmanie) d’une part, et les ondes de choc en provenance de la Mésopotamie d’autre part obligent les dirigeants indiens à accepter une politique étrangère plus dynamique. New Delhi sait sa force dans les sciences, en particulier les mathématiques – c’est le pays du zéro et du jeu d’échecs – et comprend complètement que toute querelle interne – comme au Cachemire- fera le jeu de telle ou telle puissance. Autrefois tout conquérant devait combattre à Pânipat avant de se lancer dans les royaumes indiens : les Afghans, les sultans de Delhi et les Moghols s’y illustrèrent. En 2007, les champs de bataille ont des frontières invisibles et mondiales. Une force pour cette civilisation-monde dotée de la maîtrise du temps, de l’espace, du cérébral. L’originalité de l’Inde est dans l’avantage d’une puissance absorbante et non conquérante. Cet atout ne suffit plus, elle se prémunit donc en posant elle-même les jalons scientifiques et économiques à travers la planète. A l’inverse de la Chine qui établit des tas de points de chute pour veiller à ses ressources énergétiques, l’Inde opte pour la prudence et se pense toujours au pluriel d’où le titre. Pakistan et Bengladesh ou Bengale sont des pierres desserties de son collier. Mais au vu de l’état désastreux du Pakistan et de la dépendance du Bengladesh, New Delhi saura n’avoir aucun geste précipité. Le Népal et le Bhoutan, deux humbles royaumes que le gouvernement indien garde dans ses mains quitte à chatouiller les pieds chinois.
La logique tient, maintenant, dans cette demande indienne de compter parmi le conseil de sécurité de l’ONU. Puissance régionale ? Reste à savoir si la région a les mêmes bornes en Asie du sud et en Atlantique. Sait-on à New-Delhi ce qu’est une région ? Comment y dessine-t-on le monde ? Sont-ce les uniques géographies terrestres qui font le dessin du globe ?
L’Asie émergente à travers la Chine et l’Inde devraient ravir tous nos esprits pour les futurs en gestation. Ne négligeons pas la pensée devant des civilisations-mondes immémoriales. L’Inde est une force axiale du XXIe siècle.

mardi 14 août 2007

Arctique : chaud devant ! N°9 - 1ere année

L’Arctique cesserait-il d’être un océan gelé entouré de toundra? Le réchauffement climatique dynamise les prétentions des Etats : Russie, Canada, USA, Norvège, Danemark via le Groenland. Les dérives d’icebergs dont certains atteignent 180 mètres de hauteur sont à la mesure des espérances de quelques nations. L’ONU est saisie depuis quelques années de la part de la Russie et des Etats-Unis d’une réévaluation de leur frontière respective en Arctique. Les réserves en gaz et en pétrole outre de nouvelles voies maritimes aiguisent les ambitions de tout ce monde.
La Russie a planté un drapeau en titane au lendemain d’une descente spectaculaire à 4200 mètres. Les USA lancent dans le secret à l’instar des autres compétiteurs des missions d’exploration, certaines l’étant sous le label scientifique ou « non profit ».
Historiquement qui a des droits sur l’Arctique ? A moins de remonter à plusieurs millénaires en arrière, on ne trouvera guère que quelques esquimaux, navigateurs venus là, non pour y dominer mais seulement pour subvenir à leur alimentation.
Il serait, je le crois, très important que cet Arctique entre dans la compétence juridique de l’ONU ou d’une organisation internationale sous son égide. Il n’est guère suffisant de dire les ressources sous-marines, les chemins de navigation tant comptent les intérêts mondiaux à conserver cet espace géographique le plus indemne qui soit.
Les prétentions de quelques-uns renvoient à une antique habitude de conquête de territoires nouveaux. Mais, en sommes-nous encore à ce stade ? Cela est achevé. Toute la terre est connue. Tous les Etats ont leurs frontières. La fonte des glaces accélérée réactive de vieux schémas que l’ONU devrait, si j’ose dire, glacer. Mais l’ONU étant l’expression des nations qui la reconnaissent, un travail considérable doit être mené pour veiller à l’équilibre géostratégique, climatique, environnemental. Quelques Etats dont la portée de voix ne peut être tue auraient la charge de cette politique. L’Arctique est un continent d’eau entouré de toundra. Juridiquement cela est viable et original. Imaginons l’Arctique sous la souveraineté de l’ONU dotée d’une force de surveillance et d’action. Un sondage presque idiot demandait de choisir les nouvelles Sept merveilles du monde. Mettons-le à la poubelle. L’Arctique est une merveille du monde et une merveille vivante, réelle. Protégeons-le.

lundi 13 août 2007

Avalanches monétaires de la BCE et de la FED N°8- 1ere année

Les banques centrales mondiales ont injecté jusqu’à ce jour plus de 300 milliards de dollars pour calmer les esprits, rassurer les investisseurs. La BCE est l’institution qui déverse la plus grande quantité monétaire,150 milliards au moins. La FED semble timide et la banque du Japon consent à répandre 5 milliards.
Pourquoi la BCE se précipite-t-elle pour vider son coffre ? Pourquoi les autres institutions, d’Asie par exemple en bougent-elles pas ?
La vertu d’une crise tient dans son identité unique. Doit-on prévaloir l’histoire sur le raisonnement économique dans cette situation ? Je crois que oui parce que les enseignements historiques sont autrement plus assis que les errances des économistes et des fameuses agences de notation officiellement aveuglées par cette course aux mécanismes du crédit.
Jean-Claude Trichet, avocat de l’euro fort et d’une pratique du taux ascendant ou stationnaire par crainte de l’inflation, agit-il en qualité d’européen ou bien en reconnaissance de la suprématie de Wall Street ? En réalité Bernanke et Trichet sont en première ligne de l’incendie qu’ils ont contribué à créer ou si l’on veut qu’ils ont tenu à ne pas réglementer. L’octroi de tout ce crédit combiné au carry trade s’est fait en dollar, en faveur des ménages américains, des seuls fonds de pension dont la montée en puissance aimanta les banques telle la BNP. Le fonctionnement pratiquement à la demande de la planche à dollars a illusionné la maxime selon laquelle la croissance et la consommation ne cessent jamais.
Les marchés peuvent retrouver le calme c’est-à-dire la confiance temporaire et avec une fragilité renforcée si les autorités légitimes ne prennent pas des mesures de surveillance, de contrôle, d’encadrement. A quoi cela sert-il de faire engloutir plus de 300 milliards voir 400 si l’on tolère le mal ? A rien. Ajoutons que l’entrée sur scène de telles quantités d’argent pourraient encourager l’inflation ? Et une inflation avec des octrois de crédit durcis ont des conséquences sur la consommation des ménages. La question de la confiance se pose.Les entreprises,elles-mêmes, auront plus de pénibilité à s’endetter pour investir, conquérir de nouveaux marchés tandis qu’elles feront face, demain, aux exigences des fonds d’investissement en manque de liquidité. Ces derniers voudront davantage de délocalisations, de plan sociaux ; alors que la croissance est là et l’énergie entrepreneuriale intacte. Là aussi s’avance la question de la confiance.
Le moteur de la croissance mondiale relève de plusieurs pays dont la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil. Les réserves en dollars sont gigantesques : Pékin détient mille milliards ! Ces puissances reçoivent chez elles tout le savoir-faire technologique de « l’ouest » ou « Atlantique », pèsent sur la nouvelle cartographie économique de la planète. Ces nations ont la monnaie monde, la technologie entre leurs mains; croit-on, un seul instant que les enseignements tirés de cette crise ne déboucheront pas vers des stratégies plus dynamiques, des tactiques plus habiles ?
Les interventions de la BCE et de la FED au secours d’un système capitaliste présenté comme libéral quoiqu’il exige les aides trébuchantes de ces dernières et in fine des Etats, marqueraient-elles le terme intéressant d’une partie du monde ?

samedi 11 août 2007

Nicolas chez l'empereur du Potomac N°7 - 1ere année

Grande émotion parmi les médias américains, Nicolas Sarkozy est admis à un déjeuner chez l’empereur du Potomac. Les louanges, les compliments les pétales de roses ne cessent pas de pleuvoir sur le couple présidentiel depuis leur arrivée dans la maison louée, semble-t-il par son ami, Roberto Agostinelli. Il n’y a que des heureux ! Nicolas Sarkozy joue, enfin, dans son film hollywoodien, vit son moment wasp en s’imaginant Kennedy. On est tellement habitué à cette comédie, en fait, d’une grande banalité qu’il n’est point besoin de s’y attarder.
Le déjeuner informel avec Georges Bush est nettement moins drôle. Les Etats-Unis sont en plein désarroi militaire dans leur lutte contre le terrorisme. Ils sont dans les mailles de leur propre filet, le désordre mondial. Ils pensaient cette option de division à l’extrême de la planète comme le plus sur moyen de garder une prépotence. Le résultat est loin de toute l’espérance. Quel rapport avec Nicolas Sarkozy ? Et bien, le bonhomme est Président de la République d’une puissance atomique dont le peuple a dit non à la guerre en Mésopotamie et au projet de traité constitutionnel. Notre armée compte de nombreux théâtres d’opérations. Elle s’y distingue avec aisance et la conscience de mener sa tâche, de remplir son devoir. Son élection ne doit pas supposer une disparition de ce caractère national. La France est une puissance mondiale dont la voix compte quoi qu’en dise les déclinologues.
Le déjeuner prévu ne saurait être une conversation entre un suzerain et son vassal. La combativité annoncée en termes de communication sur Nicolas Sarkozy devrait produire des tonalités pas nécessairement aimables pour Georges Bush. L’erreur de ce dernier serait de croire que nous pourrions relever les Anglais des champs guerriers où ils se retirent. La faute serait donc d’un côté de voir Nicolas Sarkozy faire du Blair après Blair, de l’autre que Bush ne le pense pas autrement.
Le Président de la République a montré sa manière de se servir de tel ou tel thème pour réimposer des entreprises françaises, par exemple en Libye. Et ce même si cette politique comporte de grands dangers et de hautes fragilités. Il a su mettre au pas la Commission européenne lors des disciplines budgétaires à suivre.
Quel est le gain escompté de Nicolas Sarkozy ? Etablir un rapport de force. Il le peut en dénonçant le projet Américain de rétablir les visas pour les Européens, d’exiger les emplois du temps détaillés des hommes d’affaires. Il aura un poids plus grand que la Commission. Cet exemple n’est pas le principal que l’on pourrait dire mais rien ne devant être négligé, il convient de l’exprimer.
Là encore le problème se pose pour Nicolas Sarkozy de savoir faire la part de la communication avec la politique avec un grand P. Depuis son arrivée au pouvoir, il oscille singulièrement. Les médias, les communiqués ne rendent publics que cet aspect. Georges Bush n’est pas un moment people du séjour de la famille Sarkozy et le Président Américain ne devrait plus après ce repas, croire que sa fascination pour l’American dream est un tout.

vendredi 10 août 2007

Sabrer les Kurdes? N°6 - 1ere année


Dans mon précédent article, Chasse-cousin à Bagdad, j’écrivais que le Pentagone multipliait les avis pour contenir la colère des généraux turcs. Aujourd’hui, la tentation américaine serait, peut-être, d’accéder aux désirs turcs. Pourquoi ? Les députés mésopotamiens tenus de voter une loi de privatisation du pétrole en faveur des seules compagnies US ont regimbé puis sont partis en congé.
Quel rapport avec le Kurdistan ? La chute de Saddam Hussein en 2003, ouvrait une période faste pour les nationalistes kurdes lesquels pensaient que la parole de Londres et de Washington était franche. A la fin de la première guerre mondiale les alliés avaient fait dire aux Kurdes qu’ils auraient leur état. Un royaume éphémère en 1922 puis une république kurde d’Ararat en 1927 sombrèrent dans le sang sous le regard complice desdits alliés. La Royal Air Force bombardera les villes et villages kurdes en 1925 en usant de l’arme chimique l’ypérite. La Turquie, la Perse et la nouvelle monarchie Hachémite de Bagdad sabrèrent tranquillement.
En 2007, la situation des Kurdes demeure fragile : leur statut régional ne les autorise à aucune souveraineté et les militants du PKK sans omettre les rivalités internes au sein des principales familles dotées de liens dans toutes les communautés installées en Turquie, en Perse, en Mésopotamie, affaiblissent une volonté unitaire. Invariablement le Kurdistan redevient un enjeu entre des puissances étrangères. Si l’on voit Washington insister auprès d’Ankara pour entrer dans le jeu du nouvel Orient, on remarque aussi la réticence très nette de certains hommes politiques turcs lesquels ne manquent pas de suspecter la politique américaine de perfide. Le Pentagone a besoin des généraux turcs et ces derniers sont liés à leurs sociétés d’armement. A travers cette soudaine pression n’est-ce point le pouvoir civil que l’on voudrait influer ? Le principe retenu tient dans le supposé fondamentalisme du parti victorieux l’AKP. L’argument est facile mais guère résistant. Un deuxième argument supplée au premier, la menace de remettre en état le pipe-line Kirkouk-Mosoul-Haïfa permettant d’exploiter le pétrole du Nord de la Mésopotamie sans l’acheminer vers la Turquie (Haaretz, 1er août 2007). On devine la conséquence financière et économique pour la Turquie en cas d’exécution. Les militaires américains, en tenant de cette manière leurs homologues, rendraient plus improbables toute remise en cause des alliances précédemment conclues.
Dans toute musique le bémol intervient. Ici, une fois encore, les têtes pensantes américaines dédaignent l’effet domino qu’engendrerait une entrée turque et le désordre qui s’y installerait. Mais pour le pouvoir bushien l’essentiel tient dans le business donc celui du pétrole et de la sûreté des tuyaux. L’autre risque serait de faire des Kurdes un ennemi supplémentaire pour les forces d’occupation. Cette politique est celle du pire pour des vues à court terme. Le Kurdistan est un appât. Et pour les Kurdes une énième répétition des horreurs d’antan. Saladin, leur plus illustre héros et ancêtre, un souvenir qui ne les protége plus.

jeudi 9 août 2007

Harmonie des deux Corée=China first! N°5 - 1ere année


Depuis Manille où se tenait la conférence de l’ASEAN réunissant les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est et de leurs partenaires, l’annonce de l’installation de consultations bilatérales entre les deux Corée a été saluée pleinement.
La Corée du Nord sort de son isolement : son ministre des Affaires Etrangères siègera à l’ASEAN. Son régime politique ne se modifiera pas et la population continuera à pâtir des exigences du parti communiste. C’est sur un autre plan que la mise en place des consultations bilatérales entre les deux Corée apporte un élan important pour l’avenir de l’Asie. Pékin disait depuis 1949 que la Corée était de son champ d’influence. Ce principe a été répété au moment de la question nucléaire. Aujourd’hui, la Chine fait la preuve de sa capacité à garder sous sa main un régime totalitaire tout en l’amenant à ouvrir ses portes sans que Séoul ne s’enhardisse de demandes fortes. Si Pékin compte cette victoire, le PC sait bien que la Russie y a sa part. En regardant bien la carte, on voit assez clairement les intérêts russo-chinois via la Sibérie à tenir en totalité une région géostratégique laquelle, demain, pourrait être un nouvel eldorado. La Corée du Nord ne présente pas cette espérance. Mais, nous sommes dans le cadre d’un équilibre régional qui ne veut être le fait que des seules nations asiatiques. Les USA ne perdent pas à cette réalisation mais ils manquent, peut-être, une occasion de favoriser telle ou telle crise locale.
La Chine jouait sa réputation en abritant les consultations à six sur le dossier nord-coréen. Mais le risque aurait été plus grand si elle avait fait preuve d'inaction. Cette crise, si elle ne trouvait pas son épilogue, risquait non seulement de miner la croissance économique et l'influence grandissante de la Chine en Asie.
La Chine a aujourd'hui plus de poids qu'il y a un an. A Manille, elle était représentée par le nouveau ministre des Affaires étrangères, Yang Jiechi, successeur de Li Zhaoxing. Le diplomate a exposé sa nouvelle vision de la sécurité en Asie et a expliqué comment son pays, tout en multipliant ses échanges et ses projets de développement (avec le Vietnam, la Birmanie ou le Cambodge, notamment), souhaitait contribuer à la prospérité générale et au renforcement de l'Asie. La Chine a une nouvelle fois montré que, sans elle, la sécurité en Asie est impossible. Ce point capital surmonté puis approuvé par toutes les puissances réunies officialise le nouveau degré de puissance. Il est démontré que l’harmonie entre les deux Corée passe par la prépondérance de la Chine. A un an des Jeux Olympiques, cette victoire ne supporte pas le dédain.
JV©2007

mercredi 8 août 2007

Chasse-cousin à Bagdad N°4 - 1ere année

Le gouvernement de New Mesopotamia tangue sérieusement : 13 des 37 ministres menacent de partir. Le chef du gouvernement, Nuri Al Maliki, s’y oppose mais tout le monde hausse les épaules. Les sunnites font leurs valises, les chiites avec leur chef Mahdi al-Hafez s’impatientent bruyamment. Détail amusant le leader chiite est l’ancien ambassadeur aux Nations Unis de Saddam Hussein en 1980. Toute cette dispute se déroule dans l’enceinte de la fameuse zone verte où s’agglutine pêle-mêle ambassade US, dignitaires, domestiques, militaires et mercenaires. Pendant ce temps, l’ensemble de la Mésopotamie flambe, les civils tombent sous les tirs, sont les cibles des factions, des forces occupantes. Le nouvel invité dans ce drame, la Turquie, puissance agacée par les agitations kurdes, lancerait facilement une offensive si les Américains ne s’épuisaient pas à les calmer. Mais, l’eau du lac menace de passer par-dessus le barrage. La Perse, elle-même, en bute à ces mêmes kurdes, ne découragerait pas une nouvelle alliance avec Ankara comme sous le Chah Reza Pahlavi.
Le chassé-croisé sunnite/chiite à Bagdad ne risque pas de faiblir tant les personnalités de Maliki et du Président de New Mesopotamia sont de carton pâte !
Georges Bush déjà crispé au récit détaillé dit par son représentant à Kaboul, Karzai lequel ne peut plus masquer le désastre de la situation, verdit à l’écoute des calamiteux rapports en provenance de Bagdad. Le général Petraeus ,commandant en chef, passe plus de nuits à trouver des formules doucereuses pour décrire un navire échoué définitivement, qu’à mettre de l’ordre. La colère américaine grandit encore par les protestations des députés mésopotamiens opposés à la privatisation du pétrole en faveur des compagnies de l’oncle Sam.
Si l’empereur du Potomac sait le moment du retrait de son armée inévitable, il ne doit absolument pas s’empêcher une main-mise sur l’or noir de ce pays. Les députés bidons d’un Etat sans légitimité regimbant de cette manière, devra-t-il les mettre en forteresse ?
Tranquillement la Mésopotamie penche vers les chiites plutôt agrées par Téhéran quand les sunnites regardent vers Riad. Jamais la présence militaire américaine n’a atteint ce nombre : sur terre, sur mer. Au mouvement de chasse-cousin dans la capitale répond le chassé-croisé des régiments, des navires de guerre, des porte-avions. Quel est le sens sur cette terre ? Qui guide ce nouvel Orient ? La Mésopotamie est bien une plaque tectonique géopolitique, les vanités humaines y sont d’une manière ou d’une autre happées.
JV©2007

mardi 7 août 2007

La bise Tripolitaine N°3 - 1ere année

Les arcs de triomphe n’étaient pas encore démontés en France pour applaudir le succès du couple Sarkozy lequel reposait, selon les communiqués officiels, sur leurs seules qualités manœuvrières qu’ici et là depuis la Libye d’étranges échos revenaient en boucle.
Cette ironie doit recevoir mon moderato. Peut-on reprocher à Nicolas Sarkozy d’avoir conclu cette libération en opinant pour différents contrats en faveur de France et notamment dans l’armement ? Non. Les Américains et les Anglais ont depuis longtemps apposé leurs signatures sur une multitude d’accords. Ils furent les premiers à sortir le colonel Kadhafi de son isolement pour des intérêts mercantiles et géopolitiques. Ledit colonel se veut le chef des Etats-Unis d’Afrique et souhaite sa part d’or dans le partage de la corne du continent. La France tient fermement la barrière du Tchad contre les intégristes islamiques installés en nombre autour du Darfour. La question serait donc de savoir les raisons qui conduisent Nicolas Sarkozy à placer Kadhafi dans son jeu. On peut craindre de la faiblesse.
Le second point de ces bruits libyens est dans le degré de communication de Sarkozy lequel tient à être si Superman ou bienfaiteur itinérant qu’il ne juge pas louable de parler des tractations et de la mise en perspective d’intérêts. C’est là que le bas blesse. La politique n’est pas seulement un roman à l’eau de rose et moins encore à l’extérieur. S’il y a bien un bonhomme à tenir d’une main ferme, c’est exactement Kadhafi. Cette bise, vent désagréable qui agace la joue, avertit le Président que la légèreté a des limites. N’oublions pas tout ce qu’il a imposé à l’Union, à l’Allemagne en fin de présidence quoique chacune y a son avantage !
Le troisième point tient dans la difficulté à se dire partenaires quand Londres et Washington s’y voyaient en couple honorable ! Sarkozy voulait-il faire une pierre deux coups ? Le principe ne s’écarte pas d’un revers de la main. Quelle stratégie à terme ? Mystère. En somme cette bise Tripolitaine survient à propos et avec cette chance qu’en août bien des acteurs politiques sont sur les plages du littoral ou au loin.

©Jean Vinatier2007

Croissance de l'écouteN°2 - 1ere année

Le Congrès américain démocrate vote en faveur d’une extension de la possibilité des écoutes téléphoniques selon les très exacts vœux de Georges Bush. La Chambre des Communes s’insurge contre la décision du Premier Ministre d’agréer des modifications substantielles du site de Menwith Hill, centre d’écoute américain sous l’autorité apparente des Anglais.
Le lien entre les deux faits : canaliser les Etats voyous. Nous passons doucement de la menace terroriste à celle d’états dont l’honorabilité varierait selon les intérêts d’une seule puissance ou presque.
Menwith Hill se concentrerait officiellement contre la Perse (en fait contre la Russie). A Washington, les deux partis se pressent de communier en direction de la soif sécuritaire de leurs électeurs sous couvert d’une lutte de plus en plus aveugle contre le terrorisme.
Le Président Sarkozy barbotte dans une élégante station balnéaire américaine. Certains s’insurgent. Ils ont tort. Nicolas Sarkozy est sans racine, il va donc dans la nation sans racine, c’est d’une parfaite logique d’une part et, d’autre part, le bonhomme n’a aucun sentiment de faillir à son ambition ni à son honnêteté : il se sécurise. Pour le reste, il applaudit des deux mains à la possibilité de doter notre nation d’un vaste réseau de caméras de surveillance. Notre critique reçoit déjà un avertissement parce que nous ne ferions que suivre la marche britannique sur ce point. Dénonce-t-on une démocratie ? Ne sait-on pas où naquit l’habeas corpus ? Athènes toute démocratique qu’elle fut, n’en sombra pas moins ! Ce projet est tout bonnement diabolique.
Le centre de Guantanamo cherche à étendre sa surface d’accueil et, certains émissaires, sillonnent le monde dont l’Europe pour négocier quelques enclos supplémentaires. Inutile de dire que les fameux vols secrets de la CIA comptent toujours des heures d’avance.
Les grandes âmes mandatées nous corneront aux oreilles que la protection de nos idéaux doivent être surveillés et enregistrés. Belle formule dynamique pour la croissance de la « policiarisation » de la société. Le nombre croissant des séries policières qui prennent pour guide général les formats américains et anglais ont une force terrible. La prison devient même d’une grande banalité. Jamais on ne vit dans des fictions autant de gens menottées. Aucune tranche d’âge, aucun milieu professionnel n’y échappent.
Les hommes de raison s’angoissent de cette étendue de la chape de plomb : comment les hommes seront-ils écoutés si la liberté se recouvre d’une image vidéo ? Nos libertés fondent comme neige au soleil. Tout est bon pour se saisir d’une nation tant par son gouvernement que par un autre. Le diable se frotte les mains.
JV©2007

lundi 6 août 2007

La mort d'un roi invisible, Zahir Shah N°1 -1ere année

La mort d’un Roi invisible, Zahir Shah

A la fin du mois de juillet, dans Kaboul derrière les murs d’un bâtiment appelé palais s’éteignit le Roi Zahir Shah. Que sait-on de sa personne ? Autant que ce nous sommes en état de rapporter sur ce pays lointain, mystérieux. Pays de lutte contre les Britanniques qui y subirent leurs pires défaites (Kaboul, Maiwand) dans les années 1840 et y commirent des atrocités d’un tel degré qu’elles soulevèrent de dégoût des gentlemen. C’est à cette époque que le mot de talib ou taliban apparut : il désignait des étudiants « patriotes » en turban noir.
Zahir Shah Roi à 18 ans en 1933, renversé par son cousin en 1973, ramené, en 2002, par les Anglo-américains depuis Rome où il aimait la solitude, il n’eut à dire que peu et ne semble pas avoir cherché à agir selon sa puissance elle-même étrange. Eduqué en Italie, en France, il plut aux Occidentaux pour son côté laïc quoiqu’il convienne d’y placer des bornes. Son règne, aujourd’hui, rehaussé quand le pays est, à la fois occupé et assailli par tant de forces qui s’opposent et, ô ironie, ferment toutes les yeux sur les revenus du pavot. Cette récolte abondante convient à tout le monde mais l’on se garde bien de le porter à l’examen de nos opinions.
Hamid Karzaï, honnête agent de la CIA, ne suffisait pas à légitimer la présence américaine, anglaise et otanienne, il fallait y adjoindre un monarque âgé, perclus de rites et de douces journées, entouré de livres précieux, d’amis italiens distingués. Le plaisir des couronnes par les occidentaux et singulièrement des Anglais qui les répandirent en Orient au lieu et place des émirs, sultans tout au long du XIXe siècle, se perpétue d’une étrange manière. Zahir Shah, Roi d’un royaume inédit, priait pour le silence sur son pays et veillait à ne pas donner de la voix. C’était sans compter sur la guerre froide, les attentats du 11 septembre et tout le nouvel Orient des néo-con. On sortit un vieillard, les Afghans ne le virent point et nos médias ne lui consacrèrent pas la une. Faute de pouvoir partager l’Afghanistan comme on le fit pour la Pologne au XVIIIe siècle par les conséquences d’autres découpages à opérer dans la région (Pakistan), on s’échine à parler de légitimité alors que Karzaï ne sort jamais de Kaboul. Zahir Shah ne fut donc pas le Stanislas Auguste Poniatowski que l’on espérait, l’érudition exceptée. Zahir Shah roi muet d’une nation entre le marteau et l’enclume, il quitte la scène dans un silence de tombe.
JV©2007