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lundi 6 août 2007

La mort d'un roi invisible, Zahir Shah N°1 -1ere année

La mort d’un Roi invisible, Zahir Shah

A la fin du mois de juillet, dans Kaboul derrière les murs d’un bâtiment appelé palais s’éteignit le Roi Zahir Shah. Que sait-on de sa personne ? Autant que ce nous sommes en état de rapporter sur ce pays lointain, mystérieux. Pays de lutte contre les Britanniques qui y subirent leurs pires défaites (Kaboul, Maiwand) dans les années 1840 et y commirent des atrocités d’un tel degré qu’elles soulevèrent de dégoût des gentlemen. C’est à cette époque que le mot de talib ou taliban apparut : il désignait des étudiants « patriotes » en turban noir.
Zahir Shah Roi à 18 ans en 1933, renversé par son cousin en 1973, ramené, en 2002, par les Anglo-américains depuis Rome où il aimait la solitude, il n’eut à dire que peu et ne semble pas avoir cherché à agir selon sa puissance elle-même étrange. Eduqué en Italie, en France, il plut aux Occidentaux pour son côté laïc quoiqu’il convienne d’y placer des bornes. Son règne, aujourd’hui, rehaussé quand le pays est, à la fois occupé et assailli par tant de forces qui s’opposent et, ô ironie, ferment toutes les yeux sur les revenus du pavot. Cette récolte abondante convient à tout le monde mais l’on se garde bien de le porter à l’examen de nos opinions.
Hamid Karzaï, honnête agent de la CIA, ne suffisait pas à légitimer la présence américaine, anglaise et otanienne, il fallait y adjoindre un monarque âgé, perclus de rites et de douces journées, entouré de livres précieux, d’amis italiens distingués. Le plaisir des couronnes par les occidentaux et singulièrement des Anglais qui les répandirent en Orient au lieu et place des émirs, sultans tout au long du XIXe siècle, se perpétue d’une étrange manière. Zahir Shah, Roi d’un royaume inédit, priait pour le silence sur son pays et veillait à ne pas donner de la voix. C’était sans compter sur la guerre froide, les attentats du 11 septembre et tout le nouvel Orient des néo-con. On sortit un vieillard, les Afghans ne le virent point et nos médias ne lui consacrèrent pas la une. Faute de pouvoir partager l’Afghanistan comme on le fit pour la Pologne au XVIIIe siècle par les conséquences d’autres découpages à opérer dans la région (Pakistan), on s’échine à parler de légitimité alors que Karzaï ne sort jamais de Kaboul. Zahir Shah ne fut donc pas le Stanislas Auguste Poniatowski que l’on espérait, l’érudition exceptée. Zahir Shah roi muet d’une nation entre le marteau et l’enclume, il quitte la scène dans un silence de tombe.
JV©2007

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