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mercredi 22 août 2007

Peine toujours plus? N°15 - 1ere année

L’opinion publique est toujours redoutable quand elle croit voir dans une défaillance de la justice une raison de sa crainte, de sa peur. Francis Evrard, délinquant sexuel récidiviste, auteur du dernier forfait contre un enfant ne se prive pas d’abonder dans le sens de la colère populaire. Il en rajoute. Le personnage sait ce qu’il fait, il n’en est que plus odieux.
Le Président de la République toujours sur le devant de la scène et en permanence constamment fidèle à toutes les promesses faites pendant la campagne enfonce le clou en proposant une série de mesures pour parer à la non-répétition de cette triste affaire. L’objectif est louable. Il n’empêche que le pouvoir ouvre avec une certaine vitesse la porte à des développements inquiétants. Je pense en premier lieu à l’hôpital fermé. Le détenu (délinquant sexuel) sa peine accomplie ne serait pas rendue à la liberté mais placé – après avis d’un conseil de médecins – dans un hôpital clos. Ne nous cachons pas, le détenu débuterait une seconde peine sans en connaître, semble-t-il, la durée. C’est gravissime. On voit bien que le choix du nom, hôpital fermé est une habileté de langage pour ne pas prêter le flanc à une déviation des principes qui veulent qu’une fois la peine réalisée, le détenu redevienne un citoyen. Le second point tient dans la borne de cette idée d’hôpital fermé : aujourd’hui réservé aux délinquants sexuels, demain étendu à d’autres catégories. Le troisième point tient dans l’observation qu’une fois de plus au lieu de proposer une solution normale, le pouvoir exécutif tient à marquer la nation : en jouant sur ses bons sentiments il l’amène à entériner des choix dangereux pour le futur. Rappelons-nous la prise ADN réservée, au début, aux seuls terroristes, désormais étendue à une ample chaîne d’infractions qui va pratiquement jusqu’aux voleurs de pommes ! Les lois Perben II ont franchi un pas que le Président Sarkozy n’entend pas effacer.
L’affaire Francis Evrard se déroule donc dans un contexte particulier où l’obsession sécuritaire aveugle les justes mesures. Le vice premier est de faire croire à la population qu’on ne peut résoudre tel ou tel point que par une régression de la liberté, des principes fondamentaux. Sous couvert d’une émotion légitime – et l’on pense aux parents du petit Enis – s’enclenche une action politique bien précise complètement assumée. Rapport de force et répression au lieu de la réforme profonde sont, en cette heure, les seules maximes gouvernementales. Cette façon d’en imposer aux citoyens est, à terme, néfaste. On s’apercevra de la permanence de la défaillance en dépit de tout ce qui est dit aujourd’hui. On n’aura donc ajouté qu'une lourdeur administrative et une réduction de la justice bien loin du bon sens qui aurait dû guider un gouvernement responsable.

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