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samedi 18 août 2007

L'homme est son homme N°12 - 1ere année

« Faisons un rêve : les chercheurs en sciences humaines et les experts en sciences dites “dures” travailleraient la main dans la main, cette collaboration permettrait ainsi à l’intelligence collective d’accomplir enfin le grand bond que laisse espérer la construction technologique d’une nouvelle matrice culturelle et les intellectuels les y aideraient… Ce rêve, qui n’est pas un voeu pieux, est au centre d’un article très stimulant pour un esprit porté un tant soit peu sur le futur immédiat, intitulé “Nouvelle responsabilité des intellectuels” et publié dans Le Monde diplomatique (Août 2007). Il est signé de Pierre Lévy, directeur de la chaire de recherches en intelligence collective à l’université d’Ottawa et auteur il y a quelques années d’un ouvrage qui fit débat Cyberdémocratie. ».
L’extrait du blog de Pierre Assouline (
http://passouline.blog.lemonde.fr/) pousse très haut et sans prévenir les fameux intellectuels, spécificité nationale presque intraduisible dans les langues étrangères, que l’on pensait endormis pour toujours au terme d’un siècle de vie.
Le propos général de cet article tient plus à intellectualiser des travaux universitaires qu’à encourager l’émergence de nouveaux penseurs. Qu’est-ce qu’un penseur ? Qu’est-ce qui fait le penseur ? L’homme qui vit tout simplement, l’homme qui se pense, l’homme qui voit. Catégoriser le recrutement d’intellectuels chez « les chercheurs en sciences sociales, chez ceux qui travaillent sur les sciences de l’information et chez les passeurs d’héritages culturels » a le désavantage de rétrécir considérablement la libre pensée liée à un cursus universitaire seul habilité à valider l’intellectuel. Une porte garde son ouverture par une laide expression, « passeurs d’héritages culturels ». On y verrait facilement des animateurs des maisons de la culture.
Je pense important de bien faire la distinction entre une pensée universitaire – sans omettre les différences existantes au sein de toute « Sorbonne »- et une pensée hors champ institutionnel. A quel titre une université aurait le privilège de l’intellect ? Tous les professeurs ne sont pas des penseurs, beaucoup se résignent à la routine, à l’administratif de leur chaire. Tous les hommes ne sont évidemment pas des penseurs ou intellectuels. Mais tous les hommes ont le devoir de la transmission, ils sont pour leur génération des relayeurs.
Je crois aussi que les travaux autour de l’intelligence collective manquent de largeur en confondant les instruments techniques dits intelligents qui permettent à l’intellect de s’exprimer par le plus grand nombre avec l’intelligence individuelle, source incomparable autant que tout homme diffère de tout homme. La question ou les réflexions pourraient se diriger vers ces correspondances entre individu et technique collective.
Le propos de Pierre Assouline se termine par une heureuse nouvelle, les chercheurs en sciences humaines sont trop à l’étroit. Ils laissent aux nouveaux intellectuels c’est-à-dire à nous tous le soin de forcer les barrières. C’est là une sage philosophie bien qu’on y relève plus une prudence d’expression que de conviction. L’intelligence collective en ligne ferait-elle un bond en « travaillant sur le sens et non plus seulement sur les signes » ? L’intelligence collective en ligne est-elle si opposée au bons sens si j’ose dire terrestre ? C’est le bon sens, l’intuition, une cérébralité équilibrée et ouverte qui feront de demain une intelligence collective. Les moteurs de recherche ne sont que des outils où l’on met le savoir, la puissance. Ils ne sont cependant que des moyens. Ils ne sauraient se substituer à nos interrogations. Aiguiser notre intelligence oui mais point la bâillonner. L’intelligence collective en ligne signifie peu. L’homme est son homme. Il est sa matrice.

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